27/02/2009
Jeudi 26 février 2009
J’ai revu cet après-midi le jeune Chrysanthe, à qui je n’avais pas encore donné de nom dans ce journal. C’est un garçon qui sourit en baisant, ce qui n’est pas très fréquent, pour ne pas dire fort rare. Quand je fais des pauses pour le regarder, il me fait de grands sourires, comme un nouveau-né. Violette, la chienne de Camille, était en train de faire des petits quand j’ai téléphoné à son maître tout à l’heure. Bien sûr, ma sœur a dit non au grand C qui l’avait demandée en mariage. Ascylte est convoqué à une audience au tribunal de Mont-de-Marsan le mercredi 11 mars. Il veut que nous déjeunions ensemble à cette occasion ! J’ai accepté son invitation, pour vérifier que je le haïssais toujours autant.
00:08 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Chrysanthe, Cyrille, Journal, Ma soeur, Violette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25/11/2008
Lundi 24 novembre 2008
Il y a déjà trois ou quatre jours que j’ai découvert l’appartement de Camille. Celui-ci avait posé bien en évidence, sur une étagère, le petit chien en peluche que je lui avais offert, orné du ruban de la chienne Pélagie, qui était de la même couleur que la tenue que portait Camille le soir de notre rencontre, et qu’il avait de nouveau sur lui ce jour-là (ce devait être vendredi). C’était une charmante attention, qui m’a beaucoup touché, une sorte d’invitation à renouer plus sereinement. Nous nous sommes allongés sur son lit. Il s’est mis dans la position d’un fœtus, de dos à moi, et je suis allé l’envelopper de mon corps et de mes bras, le nez dans sa nuque. Je lui ai redemandé si c’était à cause des méchantes paroles que je lui avais dites qu’il était parti, le jour de mon anniversaire. Il m’a répondu que non, mais qu’il en avait eu besoin, que moi aussi, et que cette séparation nous avait fait du bien. Tout cela était si vrai que je n’en suis toujours pas revenu de l’intelligence de Camille (que j’ai toujours pris pour une tête de linotte (ce qu’il est d’ailleurs en grande partie, malgré l’intelligence qu’il me faut bien lui reconnaître)), de sa parfaite connaissance de mon caractère, de sa profonde compréhension de ma souffrance et de mes peurs. L’appartement qu’il occupe n’est pas celui qui lui était réservé, dont il n’aurait dû avoir les clés que dans une semaine ou deux. Seulement, la veille de l’heureux jour où on lui donna les clés de celui qu’il occupe aujourd’hui, il avait décidé de partir de chez l’amie d’enfance qui l’hébergeait depuis le jour où il m’avait quitté, et dont il ne supportait plus le petit ami. Il s’était retrouvé à la rue. L’association caritative qui s’occupe de lui avait dû le loger à l’hôtel pour une nuit. Cette nuit d’hôtel a permis d’accélérer les choses. Dès le lendemain, on lui donnait les clés de son appartement, un studio en réalité, beaucoup plus petit que celui qu’il était d’abord prévu de lui faire occuper. Camille m’a fait cet aveu que c’était aussi dans le but de faire accélérer les choses qu’il était parti une première fois de chez moi ; puis une seconde fois de chez son amie d’enfance. Il donnait ainsi de nouvelles preuves de la précarité de sa situation et de l’urgence qu’il y avait de lui trouver un logement. J’ai d’abord été contrarié de n’avoir été qu’un pion parmi d’autres sur le terrain de ses basses manœuvres. Puis je me suis dit qu’en effet, ce n’était pas à cause de moi ni de ma méchanceté que Camille était parti, mais parce qu’il est, lui aussi, quelqu’un d’incroyablement capricieux, au fond, et qu’il n’est pas possible de tenir en laisse. A propos de laisse : je ne pourrai plus offrir à Camille un collier et une laisse pour la chienne Violette, comme j’avais l’intention de le faire à Noël, puisque la pauvre bête a dû être ramenée chez le père de Camille, l’appartement occupé par son jeune maître étant trop petit pour qu’un dalmatien puisse y vivre heureux. C’était pourtant le cadeau idéal : Camille l’aurait tenu tous les jours dans sa belle main pâle éclaboussée de mille tâches de rousseur. Il va falloir que je trouve une autre idée de cadeau, maintenant. Je suis retourné chez lui hier soir, comme nous en étions convenus plus tôt dans la journée, au téléphone (il n’a jamais assez de crédit téléphonique devant lui ; aussi m’envoie-t-il à chaque fois des SMS dans lesquels il me demande de le rappeler). Quand je suis arrivé sur son palier (il m’a donné le code pour entrer dans l’immeuble), j’ai trouvé porte close. Il m’avait laissé un petit mot (que je conserve précieusement, comme tous ses petits mots), dans lequel il m’expliquait qu’il avait dû conduire à l’hôpital la mère vulgipecque de la place Saint-Roch, qui souffrait d’un mal que la décence m’interdit de rapporter dans ce journal. Il voulait que j’attende son retour. Je ne l’ai pas attendu mais suis revenu chez lui, vers minuit, après qu’il m’eut de nouveau envoyé un SMS dans lequel, etc. Vers une heure et demie du matin, son téléphone à sonné : il fallait aller chercher la grande malade, qui souffrait le martyre, et la reconduire chez elle, où nous sommes restés, pour lui tenir compagnie. En écoutant la conversation qui se tenait devant moi, j’ai appris des choses qui m’ont fort contrarié. Mais la disparition de Camille le jour de mon anniversaire m’a servi de leçon et je me suis bien gardé de montrer ma contrariété. J’ai laissé passer un peu de temps. Puis j’ai feint d’être fatigué et suis rentré chez moi. Je savais que Camille devait passer la soirée de la veille, samedi, avec la ‘‘fille mère’’ récemment accouchée et un ancien petit ami à lui. Je savais aussi que les trois dormiraient dans le même lit, chez Camille. Je savais encore que cet ancien amoureux aurait les mains baladeuses, dans le lit de Camille, comme celui-ci s’y attendait, et qu’il lui ferait des avances. Je savais enfin que Camille refuserait ces avances : il avait tenu à me le dire, comme s’il avait le sentiment de m’appartenir un peu. Mais je ne m’attendais absolument pas à ce que l’amoureux se rabatte sur la fille, et qu’il la monte devant Camille qui n’arrivait pas à dormir. La pensée que cette fille se soit laissé baiser par ce garçon dans le lit de mon Camille, et surtout en la présence de mon Camille, me remplit d’indignation. Cette révoltante promiscuité, cette indifférence à la pudeur de Camille, a vraiment tout de la bestialité. Mais ce qui m’afflige le plus, c’est que Camille n’en soit pas plus offensé : il en a ri au contraire, et moi, je me suis senti profondément blessé par ce sourire, par tant d’indulgence, par une telle complicité. Mais je n’en ai rien fait voir. Pendant que Camille laissait souiller le lieu de son sommeil par ces deux abjectes créatures, j’étais chez Tityre, qui recevait de ses amis (il semble s’être mis en tête de me présenter à tout ce qu’il connaît !). Il a fini par convaincre Damis, qui ne savait pas que j’étais chez lui, de nous y rejoindre. Celui-ci a semblé fort contrarié de me trouver là. Il faut dire qu’il m’en veut un peu d’avoir répondu à la question qu’il me posait l’autre jour, dans un SMS, que nous coucherions de nouveau ensemble quand il aurait enfin terminé son régime ! J’étais ivre, comme toujours, quand je suis chez Tityre. A un moment, Damis a fait exprès de me bousculer, et je suis tombé par terre de tout mon poids quasi mort, en me cognant d’abord le bras, que j’aurais pu me casser, contre un fauteuil. Je n’ai rien senti, grâce à l’alcool, du moins jusqu’au lendemain. Cet après-midi, j’ai croisé Féliciane, qui m’a regardé très froidement, sans me saluer. Quelqu’un a dû dire à l’abominable Trimalcion, dont elle est l’amie, tout le bien que je pensais de lui, ce ‘‘petit protégé’’ de Tityre, comme dit ce dernier, pour m’énerver. Qui donc a pu parler ? Est-ce Camille, ce grand muet, qui parle trop, et toujours pour ne rien dire ? Est-ce Corydon, qui ne m’aime plus et qui m’en veut ?
02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Féliciane, Journal, Pélagie, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04/11/2008
Lundi 3 novembre 2008
C’était hier mon anniversaire. Je n’aime guère ce jour où je vieillis officiellement d’une année. Mais pour une fois, j’étais heureux. Je me faisais une joie de passer cette journée avec Camille. Je suis d’abord allé le rejoindre comme tous les jours dans son lit pour le réveiller doucement en me rendormant à moitié. Puis il a fait comme s’il avait oublié que c’était mon anniversaire. « Le 2 novembre, disait-il, c’est le jour des morts. – Oui, c’est le jour des morts, mais c’est autre chose aussi… – Ah ? Il y a eu autre chose, le 2 novembre ? Je ne suis pas très bon en histoire. » Quand enfin il m’a fait comprendre, par une amusante allusion, qu’il savait que j’avais désormais un an de plus et que je me suis plaint qu’il ait oublié de me souhaiter un bon anniversaire, il a répondu qu’il avait toute la journée pour le faire ! Nous avons fait ensemble la liste des courses qu’il devait faire aujourd’hui, grâce à l’argent auquel il a droit, puis il est parti promener Violette, en me disant qu’il reviendrait quand il aurait fini la chose qu’il avait à faire ce jour-là. « Mais qu’est-ce que tu peux bien avoir à faire un dimanche ? – Je vais aider à démonter des radiateurs chez un ami. » Il a soigneusement plié en quatre une lettre que je lui avais écrite la veille, pour m’excuser d’avoir été si dur lors d’une dispute que nous avions eue, puis il est sorti sous la pluie. Trouvant un peu étrange qu’il ait pris cette lettre, je lui ai écrit un SMS, dans lequel je lui demandais de ne pas la faire lire à tout le monde. Quand il est revenu, quelques heures plus tard, il était accompagné de ces deux amies si vulgaires et braves filles, la mère et la fille, qui m’on fait comprendre, sans le faire exprès, que Camille, qui était en train de rassembler ses affaires, partait s’installer chez une amie d’enfance qu’il venait de retrouver et qui voulait bien le loger jusqu’à ce qu’il s’installe dans l’appartement qui lui est réservé. Je n’ai pas eu d’autres explications, en partie parce que je répugnais à en demander devant ces femmes. J’ai juste dit que c’était cruel de partir si soudainement, et le jour de mon anniversaire. « Ah ? C’est son anniversaire ? Ce n’est pas bien ça, Camille, de partir le jour de son anniversaire ! » J’étais effondré. Le soir, ma mère, chez qui nous devions dîner, m’a rapporté que Camille, qui était passé un peu plus tôt récupérer du linge qu’il avait laissé à laver, lui avait dit qu’il viendrait peut-être, que cela dépendrait de moi. Je lui ai donc téléphoné, pour lui dire que je l’attendais, que je voulais qu’il vienne, mais il m’a répondu qu’il ne le pouvait pas, parce qu’il avait déjà dîné. C’est alors qu’il m’a souhaité un bon anniversaire, et bon appétit, avant de raccrocher. Depuis, je n’ai plus de nouvelles, pas même une réponse aux SMS que je lui ai envoyés. Je suis complètement sonné. Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui s’est passé. Je me dis que c’est à cause de la dispute et de la lettre d’excuses, qu’il est allé montrer à je ne sais qui. Mais tout c’était si bien passé depuis cette dispute, les excuses semblaient avoir été si pleinement acceptées ! Pourquoi donc ces caresses dans le lit, hier matin, et pourquoi faire ensemble la liste de nos courses, si Camille avait décidé de partir ? Je m’en veux énormément. Certains mots que j’ai eus, lors de notre dispute, me font penser que c’est quasiment moi qui l’ai jeté dehors. Parce qu’il était rentré bien après l’heure qu’il m’avait annoncée, samedi, au petit matin, je lui avais dit que la jalousie qu’il me causait et les états dans lesquels il me mettait étaient tellement douloureux que je n’étais pas sûr qu’il pourrait rester chez moi jusqu’à ce qu’il ait enfin les clefs de son appartement. « Puisque tu as tellement d’amis avec qui tu préfères passer tant de temps plutôt qu’avec moi, pourquoi donc ne vas-tu pas t’installer chez eux ? » En m’entendant prononcer ces mots, pris de remords, je m’étais jeté sur Camille, pour le prendre dans mes bras, comme pour l’empêcher de partir, en m’excusant, en le suppliant d’oublier les paroles que je venais de lui tenir dans le seul but de le blesser. Je croyais qu’il m’avait pardonné. J’avais encore écrit cette lettre, samedi soir, que j’avais déposée sur son oreiller. Tout semblait oublié hier matin. Tout était si doux. La journée avait merveilleusement commencé. Ce fut finalement le pire anniversaire de toute ma vie.
00:13 Publié dans 2008, Camille, Journal, Ma mère, Violette | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
01/11/2008
Vendredi 31 octobre 2008
Il y a quelques jours que je suis tombé par hasard sur Tityre, que je n’avais pas revu depuis des années. Je n’avais pas encore l’âge de Camille à l’époque où nous nous fréquentions. Lors d’un petit dîner qu’il avait donné chez lui, Tityre avait essayé de me faire boire, dans le but de me mettre plus facilement dans son lit, m’avait expliqué Damète, l’un des convives, qui m’avait tiré du piège grossier tendu par notre hôte, mais pour mieux me faire tomber dans le sien. Tityre m’a invité à venir chez lui prendre l’apéritif avant-hier. J’y suis resté pour le dîner, puis nous avons téléphoné à Camille pour qu’il nous rejoigne au moment du café. Nous sommes rentrés lui et moi sur les sept heures du matin. Nous avons passé la nuit au coin du feu à boire du whisky (que Camille prétend être un des alcools qui lui sont permis, à moins que ce ne soit le seul auquel il ait droit, si tant est qu’il y ait vraiment droit, et dans de telles quantités, ce dont je doute fort). Tityre, qui a été ‘‘un peu artiste’’ en son temps, nous a montré ses perruques, ses robes et ses chapeaux. Nous avons écouté pendant des heures de ses disques vinyles. Il y a dans sa bibliothèque beaucoup de livres anciens, mais très abîmés. Je me suis redit à part moi la phrase qui sert à me faire honte quand je maltraite mes propres livres : « Si Dominique Autié avait vu ça ! » Ce n’est pas la bibliothèque d’un bibliophile : Tityre l’a simplement héritée de son grand-père : avec la maison. Il n’en a pas soigné les livres. (A propos de ce verbe soigner : Camille, qui est plein d’expressions que j’imagine être propres à la campagne dont il est, me demande toujours : « Veux-tu que je soigne aussi ta chienne ? ». C’est qu’il est alors en train de nourrir la sienne et veut savoir s’il me plairait qu’il en fasse autant pour la mienne. Soigner Violette et Pélagie, c’est remplir leurs gamelles. Je lui réponds souvent avec une autre de ses expressions : « De là étant, je ne peux pas le faire, la gamelle est vraiment trop loin », car je suis généralement assis sur le canapé, en train de le suivre des yeux.) A Tityre, qui me demandait qui je lisais, j’ai répondu en prononçant le nom de Renaud Camus. « Ah oui ! Tricks ! », a-t-il dit. Je me suis alors souvenu de ce qu’écrivait Camus sur Duras et la musique, dans Corée l’absente : « On y apprenait qu’elle écoutait et réécoutait le Requiem de Mozart, les symphonies de Beethoven et les Passions de Bach – bref qu’elle n’aimait pas la musique, ou peut-être plutôt que la musique tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu. » L’on pourrait peut-être dire aussi de tous ces homosexuels qui ont lu Tricks qu’ils n’aiment pas Renaud Camus ou du moins que Renaud Camus tient peu de place dans leurs bibliothèques ! Cela dit, je m’avance peut-être un peu et ne sais pas vraiment de quoi je parle, car bien qu’il y ait beaucoup de Camus dans ma bibliothèque, je dois confesser que je n’ai pas lu Tricks. Comme nous cherchions à savoir si nous avions d’autres connaissances communes que celles de l’époque où nous nous fréquentions encore, lui et moi, Tityre a dit de Trimalcion que c’était « son petit protégé », ce qui a fait sourire Camille, qui connaît l’aversion que j’ai pour cet individu, qu’il s’est pourtant mis à fréquenter occasionnellement. Quand je pense qu’il habite dans la rue parallèle à la mienne… Il ne faudrait pas trois minutes à Camille pour se rendre chez lui ! Je suis sûr qu’il l’a déjà fait, même s’il ne veut pas l’admettre. Mais si ! Il l’a reconnu, puisqu’il m’a dit une fois qu’il n’avait pas trouvé l’appartement de Trimalcion aussi sale que je l’avais dit ! Nous sommes retournés chez Tityre hier soir, jusqu’à très tôt ce matin, comme la veille. Il y avait un autre invité, qui avait les mains baladeuses et voulait absolument voir la rousseur entre les jambes de Camille ! On m’a dit ensuite que je n’avais pas fait beaucoup d’efforts pour cacher ma contrariété et ma mauvaise humeur.
03:33 Publié dans 2008, Camille, Damète, Dominique Autié, Journal, Pélagie, Renaud Camus, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
28/10/2008
Mardi 28 octobre 2008
C’était presque prévisible. L’appartement qui doit être attribué à Camille n’est pas encore disponible, parce qu’il faut d’abord y faire des travaux, pour réparer les dégâts qu’y a faits l’ancien locataire, qui était probablement un jeune ou un étranger, comme sont tous ces ‘‘cas sociaux’’ qu’on couvre d’aides et d’or, autant dire des barbares, des vandales ! Camille est sorti promener sa chienne, qui pisse partout dans la maison. Ces promenades durent généralement fort longtemps. Je ne crois pas l’avoir encore dit dans ce journal, mais Camille est un grand marcheur. Il peut se promener pendant des heures, la nuit, pour se ‘‘vider la tête’’ comme il dit, c’est-à-dire sans doute pour penser, ce qui le rattache à tout une tradition qu’il ignore. Il connaît la plupart des rues d’Aire-sur-l’Adour, ou il a vécu quelques mois, et déjà presque toutes celles de Mont-de-Marsan, alors que je ne dois pas en connaître le dixième, prisonnier que je suis, depuis tant d’années, des itinéraires qui me sont familiers, à cause de ma névrose phobique. Mais je sais aussi, pour l’avoir accompagné un soir, avec la chienne Pélagie, qu’il rend visite à ses connaissances, lorsqu’il passe devant leur porte et qu’il n’est pas trop tard, comme par exemple à cette famille que j’évoquais hier, qui est d’une vulgarité que je croyais n’exister que dans les œuvres de fiction ! Cela dit, cette famille est aussi foncièrement gentille et, finalement, sympathique, qu’elle est sale et grossière. Et puis il y a chez ces gens un adorable chiot qui s’appelle Bandit et avec qui la chienne Pélagie s’entend très bien. Cette dernière est également devenue très amie avec Violette, qui reste encore un peu distante, très grande dame : elle ne ressemble pas du tout à son maître, qui n’est jamais qu’un cul-terreux avec un joli minois. Celui-ci a croisé Damis, cet après-midi, et s’est étonné d’apprendre, en parlant avec lui, qu’il connaissait aussi Trimalcion, qui passait d’ailleurs par là, et cette Féliciane qui est une lesbienne de ses amies. On s’imagine toujours que, parce qu’il est contraint de travailler la nuit dans sa boulangerie et de dormir quand il fait jour, ce pauvre Damis ne connaît personne. Au contraire, c’est un habitué de la rocade, ce baisodrome à ciel ouvert, par où passent tous les mâles de ce petit monde, qui sont donc sans doute aussi tous passés par le cul de Damis. Tout le monde l’a connu, même moi ! Trimalcion a dit à Camille que Nicandre avait quitté la ville. Il vit désormais à Bordeaux, chez son nouvel amant, qui est bien à plaindre, à mon avis, sans doute autant que je le suis.
23:04 Publié dans 2008, Bandit, Camille, Damis, Féliciane, Journal, Nicandre, Pélagie, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25/10/2008
Vendredi 24 octobre 2008
J’héberge un réfugié de plus : c’est le dalmatien de Camille, qu’il a dû ramener avec lui, hier qu’il était allé chez son père chercher quelques affaires, parce que la pauvre bête se laissait mourir depuis son départ. C’est une femelle qui porte le nom de Violette. J’ai cru que c’était un signe. Le nom complet de ma chienne est Ultraviolette Pélagie. J’avais d’abord voulu l’appeler Violette, pensant qu’elle était née l’année des v, mais il avait fallu l’appeler Ultraviolette, parce qu’elle était du mois de décembre de l’année précédente, celle des u. Nos chiennes ont été les bornes de notre histoire. Le jour où nous nous sommes rencontrés, Pélagie portait un ruban de la même couleur que la tenue de Camille ; le jour où j’ai appris que le nom de sa chienne était contenu dans celui de la mienne, je me suis aperçu que Camille n’aurait jamais autant d’amitié pour moi que pour elle. Depuis que nos chiennes se sont rencontrées, elles gardent leurs distances. Il faut dire qu’elles n’ont pas fait connaissance dans les meilleures conditions. La mienne ne se sent pas encore vraiment chez elle ici et craint que je ne l’abandonne dès que je fais un pas ; celle de Camille, qui a toujours vécu à la campagne, en toute liberté, est effrayée de se retrouver en pleine ville, enfermée dans une maison, attachée à une laisse quand on la promène dans la rue. Nous sommes allés rendre visite à Damis, avant-hier, dans sa boulangerie. Nous nous étions mis d’accord pour lui faire croire que nous étions ensemble. Damis m’a écrit plus tard que nous formions un beau couple, Camille et moi, mais qu’il était visible que ce dernier ne m’aimait pas. J’ai déjà dit que Camille était bête et illettré, ce qui va souvent de pair. Parce qu’il a devant lui plus de temps que de moyens de l’occuper, il va souvent chatter sur des sites de rencontre, chatter pour chatter, pas même pour rencontrer d’autres garçons. Pour tous ceux qui viennent lui parler, il a les mêmes réponses. On dirait un petit robot qu’on aurait programmé pour prononcer toujours les dix ou douze mêmes répliques en réponse aux quelques phrases (toujours les mêmes) qu’on lui aurait appris à reconnaître. Mais parfois, il survient une phrase inhabituelle et qu’il n’a pas comprise, pour l’avoir lue trop vite, c’est-à-dire encore très lentement, puisqu’il est illettré ! Et comme je suis assis à côté de lui, pour le plaisir d’être en sa présence et pour l’aider un peu dans sa lecture, j’ai souvent l’occasion de rire aux éclats. Ainsi tout à l’heure, comme un garçon lui posait l’inévitable question : « Que (re)cherches-tu ? », Camille a répondu de ce mot dont il ne saisira sans doute jamais vraiment le sens : « L’amour ! ». (Mais j’ai dit que Camille était d’une grande fausseté, tout bête et naturel qu’il est ! Il ne cherchait pas l’amour, mais seulement à passer le temps en faisant prendre à de pauvres internautes les vessies pour des lanternes…) « L’amour » ! Ayant lu cette réponse, l’internaute lui répliqua : « Longue quête… ». Il ne m’était même pas venu à l’esprit que ces deux mots pussent donner lieu à pareil quiproquo. Et pourtant, ils furent fort mal interprétés… Qu’on en juge donc à la réponse offensée que fit mon Camille : « Hein ??? », écrivit-il, « et la tienne, elle est longue ??? ». J’étais ‘‘mort de rire’’, comme ils disent.
11:23 Publié dans 2008, Camille, Damis, Pélagie, Violette | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note