12/11/2009

Mercredi 11 novembre 2009

            Dans le feu de l’action, avant-hier, Elithios m’a dit qu’il m’aimait. N’étant pas sûr de l’avoir bien entendu, je lui ai demandé de me le répéter, ce qu’il a fait avec une conviction déconcertante, pour une seconde rencontre. « Qu’avez-vous ressenti à ce moment », m’a demandé Tirésias, hier, lors de ma trentième séance avec lui. « J’aurais bien pris mes jambes à mon cou. Et pourtant je me sens bien avec lui. » J’aime le regarder dans les yeux sans rien dire. Je ne suis pas sûr d’avoir dit grand-chose pendant cette séance chez Tirésias. Je ne savais pas de quoi lui parler, parce qu’il s’est passé peu de choses ces derniers temps, exception faite de la cuite impressionnante d’Osman, le week-end dernier, qui avait appris la mort de son grand-père peu après nous avoir rejoints, Tityre, Aribaze, ma sœur et moi, au bar du bel Ascagne, et surtout de la longue conversation que j’ai eue sur Facebook, dans la nuit de vendredi à samedi, avec Callias, que j’avais vu plus tôt dans la soirée (avant l’effondrement d’Osman, qu’on a même pu croire un moment dans le coma), et qui s’est beaucoup confié à moi, sans que je sache vraiment s’il l’a fait précisément parce que c’était moi (parce que c’était lui !) ou parce qu’il avait seulement besoin de se confier. Son vieux chat de quinze ans, qu’il avait depuis sa plus tendre enfance, venait de mourir. Il pleurait, à cause de la mort de cet animal, à cause de la violence du deuil d’Osman, en comparaison duquel il trouvait le sien un peu ridicule, et à cause de l’indifférence de son amant (qui est d’ailleurs serveur dans le bar que tient Pharnace, celui-là même au sujet duquel le grand C*** prétendait (mais sans doute était-ce un mensonge) qu’il faisait courir sur moi le bruit que je faisais ‘‘la pute à Toulouse’’). Callias, qui avait fait bonne figure toute la soirée, cachait en réalité les idées les plus sombres derrière son lumineux sourire. Ma sœur dit qu’il est un ‘‘écorché vif’’. Il peut avoir des accès de violence, dont Osman a été une fois le témoin : Callias voulait battre son amant, dont il se sent mal aimé. Et donc, cette nuit-là, j’étais touché d’être celui à qui il confiait son mal-être. Le lendemain, Callias a prétendu que tout était oublié, qu’il allait beaucoup mieux, que c’était l’alcool ingurgité plus tôt dans la soirée qui l’avait fait s’épancher. Tirésias m’a dit que je n’étais pas obligé de lui parler de ce qui s’était passé entre cette séance et la précédente. « Je sais bien, lui ai-je répondu, mais c’est tout de même plus facile pour moi d’appuyer mon discours sur les faits qui se sont produits récemment, comme je fais d’habitude. – Mais justement, c’est peut-être trop facile. Parlez-moi plutôt de vous. » Voici donc ce que j’ai dit : que j’étais plutôt heureux, ces temps-ci, mais que je perdais beaucoup de temps dans la fréquentation de mes amis. Je ne lis plus ni n’écris autant que naguère encore, même si, sans doute, ce journal est devenu plus fourni depuis que j’ai commencé mon analyse ; non pas qu’il soit souvent question d’elle dans ce blogue, mais parce que ses heureuses conséquences sur ma vie sociale et peut-être même sentimentale font que j’ai désormais plus de choses à y raconter. Ma vie d’écrivain est un échec. N’était ce journal, je pourrais dire que j’ai quasi renoncé à écrire. Je n’ai jamais été capable de mener à son terme l’un des romans dont j’ai eu l’idée et commencé le travail. L’impossibilité dans laquelle je suis, pendant l’écriture, d’avoir simultanément à l’esprit l’ensemble de ce qui a déjà été écrit et de ce qui doit l’être encore, me donne une sensation de vertige que je trouve insoutenable. C’est comme si j’étais à la fois en train d’errer dans un immense désert, de chercher mon chemin dans un labyrinthe et de tenter de garder l’équilibre au bord d’un gouffre. Je suis devenu incapable de mener à bien tout travail qui aurait quelque ampleur. (Déjà, pendant mes études, je m’étais soudain trouvé dans l’impossibilité de terminer mes dissertations.) Plutôt que de subir ce vertige, je préfère détourner le regard et ne pas travailler. « Ne pas travailler… – Oui, ne pas travailler. Ah ! Vous pensez sans doute que c’est pour le même genre de raison que je n’ai pas de véritable travail… » De même que j’étais devenu incapable de terminer une dissertation en temps limité, de même, la pensée de mener un travail dans l’urgence, par exemple, ce qui peut arriver dans la vie professionnelle, me terrifie : j’aurais trop peur que la qualité de mon travail ne satisfasse pas mon employeur. L’organisation hiérarchique de tous les milieux professionnels me semble impossible à affronter. Si j’aime mon travail de distributeur de prospectus, c’est parce que je peux l’organiser à ma guise (du moment qu’il soit fait dans les temps) et l’effectuer en étant absolument seul. « Ce que vous n’aimez pas, me dit Tirésias, c’est que la volonté d’un autre s’impose à vous. – Oui, c’est possible, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup aimé qu’Elithios me dise, hier soir, qu’il était tombé amoureux de moi. Je n’aimais pas l’entendre m’imposer son amour. » Les garçons me reprochent souvent de leur préférer la chienne Pélagie, qui a le droit de dormir dans ma chambre, contrairement à eux. J’aime beaucoup les chiens. Ils sont comme des peluches vivantes qu’on peut aimer sans danger. L’amour de ces bêtes ne s’impose pas à leurs maîtres. Je dis que j’aime les chiens, mais c’est les chiennes que j’aime surtout, les femelles et non pas les mâles. « Ah ? Pourquoi donc les femelles ? – Pourquoi ? Je ne sais pas… – C’est probablement parce que vous aimez dominer et qu’il vous semble plus facile de dominer une femelle. – Oui, c’est possible. D’ailleurs, j’ai toujours aimé terroriser les chats. Or je vous avais dit, au début de cette analyse, que j’associais les chats à mon père, qui avait dessiné l’une de ces bêtes, un jour de ma plus tendre enfance, sur le mur de ma chambre. J’étais dans les bras de ma mère, et j’avais fait un caprice, parce que je ne comprenais pas pourquoi mon père avait sali mon mur. » (Avais-je interprété ce dessin comme une marque que mon père voulait m’imposer, une marque de sa volonté concurrente ?) Terroriser les chats, dans mon enfance, c’était sans doute, inconsciemment, me venger de mon père, le dominer enfin. Est-ce à dire que les chiennes sont le symbole de ma mère ? Je n’ai pas pensé à dire à Tirésias que Pélagie était le nom de ma chienne. Pélagie, c’est la mer. De la mer à la mère, il n’y a qu’un pas, que le psychanalyste franchirait aisément. « C’est vous qui venez de le franchir, m’aurait-il sans doute répliqué, puisque c’est vous qui l’avez dit. » J’ai écrit tout à l’heure que j’aimais regarder Elithios dans les yeux sans rien dire. C’est peut-être parce qu’il a le regard simple et franc d’un bon chien. J’aime aussi regarder Pélagie dans les yeux.

04:44 Publié dans 2009, Aribaze, Callias, Cyrille, Elithios, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Osman, Pélagie, Pharnace, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

05/11/2009

Jeudi 5 novembre 2009

            Ce n’était aujourd’hui que ma vingt-neuvième séance chez Tirésias, quand ç’aurait pu être la trente et unième. Mais la séance de jeudi dernier, qui aurait dû être la trentième, avait été annulée, parce qu’ayant manqué notre rendez-vous du huit octobre (pour n’avoir pas eu le temps de dessoûler de la veille), je n’avais pu confirmer le suivant (pris à l’avance) pour le vingt-neuf (si longtemps après, parce que Tirésias devait s’absenter entre temps). J’aurais pu faire en sorte de téléphoner, pour maintenir cette seconde séance ratée, mais ma mauvaise volonté m’en a empêché. J’ai donc passé un peu plus d’un mois sans voir mon analyste. Peut-être avais-je besoin de suspendre momentanément un travail d’analyse auquel je n’arrive pas toujours à m’intéresser. J’ai commencé par parler aujourd’hui de l’étrange rencontre que j’ai faite hier soir chez Tityre. Ce dernier m’avait invité à dîner chez lui pour me présenter un certain Elithios, qu’il avait rencontré quelques jours plus tôt à la rocade, comme on dit ici, c’est-à-dire dans ce baisodrome à ciel ouvert que je suis un des rares, semble-t-il, à ne pas fréquenter, mais dont j’ai sans doute déjà parlé dans ce journal. Ce garçon, prétendait mon hôte, avait une vingtaine d’années, était plein de charme et fort porté sur la chose, et me conviendrait peut-être, même s’il était loin d’avoir inventé la poudre. Osman, qui était également là, et qui connaissait la bête, lui aussi, pour l’avoir pratiquée quelques mois plus tôt, était d’accord avec Tityre sur ce point : Elithios était un garçon franchement limité. En comparaison, me disaient-ils, la simplesse de Camille eût pu passer pour de la vivacité d’esprit : aussi le risque pour moi était-il assez grand de m’éprendre du garçon, ajoutèrent-ils perfidement, quoique assez justement. Elithios arriva donc vers onze heures, après son travail (il est plongeur dans un restaurant). J’ai assez vite compris qu’il était encore plus bête que tout ce qu’on m’avait dit : la déficience mentale d’Elithios est caractérisée. Par exemple, il a le plus grand mal à se situer dans le temps. Il a d’abord en effet prétendu, quand je lui ai posé la question, ne travailler que deux heures par jours. Mais quand je lui ai demandé de me dire à quelle heure il commençait et terminait son travail, j’ai compris qu’il y passait beaucoup plus de temps qu’il m’avait dit. Seulement, comme il a une pause de plusieurs heures, tous les jours, chaque mi-temps de son travail représente, dans son esprit de simplet, ce qu’il appelle une heure. Il ne sait pas non plus à quelle époque il a commencé à travailler. C’était il y a longtemps, voilà tout. Mais qu’est-ce que longtemps, pour lui ? Des mois, des années ? Elithios est incapable de dire quel est le montant de son salaire. Ce n’est pas lui qui s’occupe de ça, comme il dit, mais son frère, dont il est sous la tutelle. Le plus frappant est qu’il rit pour des choses qui ne devraient faire rire personne, si ce n’est des adolescents de quatorze ans à peine, et encore : même des enfants de treize ans n’en riraient peut-être déjà plus ! L’extrême candeur d’Elithios, qui illumine littéralement son visage, le fait paraître beaucoup plus jeune qu’il n’est. Mais il a les mêmes rides que moi au coin des yeux, plus prononcées encore, sans doute parce qu’il a déjà beaucoup plus travaillé que moi dans la vie, et beaucoup plus baisé également, puisqu’il passe habituellement toutes ses soirées à la fameuse rocade, où il fait toutes ses rencontres, parce qu’il refuse de s’abonner à Internet et qu’il n’a pas de téléphone (à moins que ce ne soit son tuteur qui lui ait mis dans la tête qu’il n’en avait pas besoin). En réalité, il a mon âge. Il n’est né qu’un mois après moi, en décembre 1975 ! A la fin de la semaine, il quitte toujours Mont-de-Marsan, pour passer le week-end chez ses parents. Je me suis finalement levé pour rentrer chez moi quand, me voyant faire, Elithios s’est écrié : « Tu t’en vas ? – Oui, je dois me lever tôt demain, j’ai la séance chez mon psy à midi ! Pourquoi, tu voulais que je reste encore un peu ? – Bah oui ! – Oh ! Comme il est mignon, il veut que je reste encore avec lui. Mais regarde donc Tityre, c’est son heure, il est en train de piquer du nez, il faut qu’on le laisse dormir. – On n’a qu’à aller chez moi… » Car tout débile léger qu’il soit, Elithios a son propre appartement (dans l’immeuble en face de celui qu’habitait Nicandre naguère encore, qu’il a d’ailleurs beaucoup observé depuis son balcon, assez pour savoir qu’il fréquentait assidûment un petit noir qui n’était autre, sans doute, que mon Phédon, de sinistre mémoire et qui semble avoir définitivement quitté la ville), il conduit un scooter et a littéralement le feu au cul, mais d’une façon tout à fait gracieuse, et comme allant de soi, sans doute du fait de sa stupidité. Avec lui, on est bien loin de l’obscénité calculée d’un Phédon, dont la perpétuelle ondulation, sur la piste de danse, semblait le retentissement, dans tout le corps, d’un péristaltisme de son cul, mais d’un péristaltisme inverse, servant non pas à expulser, mais à aspirer des bites, dont il n’est probablement jamais repu. Quand Elithios dit tout de même des obscénités, pour inviter à le sucer ou à l’enculer, c’est d’une façon qui sonne si faux que c’en devient tout à fait juste : on dirait un enfant qui répète des obscénités dont il ne comprend pas le sens. Ce qui échappe entièrement à Elithios, c’est la part d’ordure qu’il y a dans les termes qu’il emploie et, l’ignorant, il en reste comme vierge en prononçant ces mots : il n’y a pas le plus petit reliquat de saleté dans l’intonation de sa voix, dans son regard, dans ses gestes, dans les poses pourtant très suggestives qu’il peut prendre pendant l’amour (mais qui ne sont justement pas du tout suggestives : elles sont absolument naturelles). Le peu que j’ai vu de la sexualité d’Elithios (car je n’ai pas voulu trop en voir, pour l’instant) a quelque chose d’immaculé. La raison pour laquelle je n’ai d’abord pas voulu trop en voir a été le sujet de cette séance chez Tirésias. Même s’il est évident qu’Elithios est très demandeur, sexuellement, comment puis-je être sûr de ne pas abuser de lui, puisqu’il est intellectuellement si limité, puisqu’il est presque un enfant ? N’est-il pas anormal que je me sois senti si bien avec lui ? Pour une fois, je n’étais plus en représentation, contrairement à mon habitude, qui est de toujours veiller à bien jouer mon rôle, même et surtout au moment d’avoir des relations sexuelles. Je croyais que la prise de conscience libérait ? Comment se fait-il donc, dans ce cas, que je continue d’être attiré par les garçons plus jeunes ou plus bêtes que moi, ou de faible constitution physique ou intellectuelle (en un mot : par des garçons qui me sont inférieurs), puisque j’ai découvert, au cours de cette analyse, la plupart des raisons de cette attirance, c’est à savoir, en l’occurrence, le fait que je me sente moins en danger avec eux (ce qui n’est que partiellement vrai, car dans le même temps, je puis me sentir très en danger avec de tels garçons, avec Callias, par exemple). Tirésias m’a répondu que le but de l’analyse n’était pas de ne plus se trouver bien avec les personnes auprès desquelles on se trouve bien, mais de cesser de se trouver mal avec les personnes auprès desquelles on se trouve mal… « Ce qui est très important, dans ce que vous venez de dire, c’est qu’on peut retourner votre inquiétude : vous craignez de jouir abusivement d’autrui parce que votre plus grande crainte est d’être abusé par autrui. C’est une très bonne chose que vous ayez ainsi le souci de votre prochain. » Le garçon qui me fait sentir plus particulièrement en danger, ces temps-ci, comme j’ai dit à l’instant, c’est Callias. Je ne sais pas interpréter les signes qu’il peut donner de son attirance pour moi ou, contraire, de son indifférence. Ou plutôt, j’ai tendance à sur-interpréter tout ce qui se produit comme d’éventuels signes de quelque chose que je ne comprends pas. Mon long retrait du monde a fait que je ne possède pas le code qui me permettrait de déchiffrer les garçons (puisque les garçons sont des livres !). Vendredi soir, par exemple, après la fête chez Iolaos, dans la rue, pourquoi Callias, s’adressant à Osman et moi, a-t-il dit plaisamment que j’étais gros et qu’Osman était tout mince, alors que c’est évidemment le contraire ? « Mais non, voyons ! Tout le monde sait que c’est Osman le petit gros de la bande ! – Mais non, Osman est trop maigre, il ne pourrait pas me porter dans ses bras jusque chez moi, il n’est pas assez fort. Toi tu pourrais ! – Te porter jusque chez toi ? Mais non, c’est trop loin ! – Quoi ? Tu veux dire que tu me trouves trop gros ? »  Callias voulait-il dire quelque chose de précis, peut-être sans le savoir lui-même, en faisant une telle allusion à nos corps, ou si c’est moi qui en ai le fantasme ? Nous n’avons finalement pas suivi les autres invités de Iolaos, Callias et moi, et plutôt que d’aller avec eux au bar d’Ascagne, où devait se poursuivre la soirée, nous avons préféré rentrer chacun chez soi, c’est-à-dire, pour lui, dans l’appartement de son amant, chez qui je l’ai donc raccompagné. Nous avons fait le chemin à pied. Quand nous fûmes arrivés presque à destination, Callias a fait cette remarque que son amant ne serait peut-être pas chez lui, sorti qu’il était de son côté. Puis, une fois que nous fûmes parvenus au pied de l’immeuble, il m’a demandé de lui expliquer de nouveau où j’habitais, ce que je lui avais déjà dit un peu plus tôt dans la soirée. Ce n’est qu’après l’avoir salué que je me suis dit qu’il m’avait peut-être tendu des perches pour que je l’invitasse à venir chez moi, ce que m’a sœur, à qui j’ai rapporté cet épisode le lendemain, m’a dit être en effet vraisemblable. Mais comment y penser, sur le moment, et, surtout, comment en être sûr ? « Mais ce n’est pas si grave, si tu te trompes », dit Julie. Le problème est pourtant bien là : la pensée du plus petit échec dans ces situations prend chez moi une ampleur inouïe. Tout ce passe précisément comme si c’était une affaire très grave. Je suis incapable de légèreté dans la conduite de mes amourettes. C’est très pénible. Ma paralysie devient peut-être plus grande encore lorsqu’il y a des témoins de mes invisibles tentatives de séduction. Le plus terrible est que, même si nous nous trouvons seuls, le garçon que je désire est encore un témoin de la scène qui, de ce fait, ne peut avoir lieu. Même si le garçon était tout à fait bienveillant, mon malheur est si grand qu’il y aurait encore un témoin dont le regard me figerait : c’est moi ! Si le regard d’autrui m’est si pénible, c’est parce que je le ressens comme malveillant (moqueur ou convoitant de me dépouiller de ce que je convoite moi-même). « Encore une fois, me dit Tirésias, vous avez peur d’être abusé ou dépouillé, comme vous avez dit, par un autre méchant. Pour vous, l’autre est presque toujours méchant. »

20:07 Publié dans 2009, Ascagne, Callias, Camille, Elithios, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nicandre, Osman, Phédon, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

29/10/2009

Mercredi 28 octobre 2009

            « Valérie, Olivier. Vois ces deux initiales : / L’une à l’autre accouplée, et voici qu’apparaît, / Ainsi qu’au cinéma sur un drap le reflet, / Le nom de mon amour : Version Originale. » Je ne sais pourquoi, tout à l’heure, en écoutant ce morceau d’un chanteur que m’avait fait découvrir la Valérie de ce piètre quatrain, dont j’étais chastement épris, à l’époque, je ne pouvais m’empêcher de penser à Callias. (Il est vrai que je pense un peu trop souvent à lui ces temps-ci.) Puis je me suis souvenu que le nom patronymique de Valérie, qui m’était sorti de l’esprit, était le même que celui de Callias. Même si c’était en toute chasteté, j’avais été sincèrement amoureux de Valérie. Je ne cessais d’imaginer de nouvelles façons de lui rendre hommage, sans jamais craindre le ridicule, comme un enfant. J’avais même réussi à faire croire à tout le monde, un jour, que j’avais cueilli une rose blanche de derrière son oreille. Aujourd’hui encore, je me demande comment j’avais réussi ce tour, auquel tous les témoins s’étaient laissé prendre. J’aimais Valérie comme on aime une vierge, comme Hippolyte, peut-être, aima la sauvage Artémis. Vierge est d’ailleurs l’épithète que je lui avais donnée dans la Ballade de mes petites amoureuses. (Beauté virginale de Callias ? Qu’il m’intimide tellement parce qu’il est une Artémis, comme Valérie, comme Sandrine F*** ? Il porte à son cou la menace du sort qui fut fait à Actéon : les suçons que lui fait son amant, qui sont pour moi des morsures. Callias m’a dit l’autre soir (j’avais oublié de le noter dans ce journal), sur le ton de la plaisanterie (mais il l’a dit tout de même…), que si je continuais à lui tourner ainsi autour (ce qu’il avait donc bien remarqué), il le rapporterait à son amant, qui viendrait me ‘‘casser la gueule’’. Se peut-il qu’il y ait un lien de parenté entre Callias et Valérie ? J’ai dit que Callias était le frère d’une célébrité locale, au sujet de laquelle j’ai encore lu, tout récemment, un article dans le journal. Peu après avoir relevé ce lien de parenté dans mon blogue, je me suis aperçu que le nom dudit frère avait disparu du ‘‘mur’’ de Callias, sur Facebook, dont l’une des indispensables fonctionnalités est justement de pouvoir dire de qui  l’on est le frère ou la sœur. Je me suis demandé si ce dernier avait fait exprès de l’effacer. Etait-ce son frère qui lui avait demandé de le faire disparaître, parce qu’il ne voulait pas être associé à quelqu’un d’efféminé ? Cette disparition était-elle seulement liée aux récents changements opérés sur le site Facebook et qui n’ont pas été sans occasionner quelques bugs ? Je suis même allé jusqu’à imaginer que Callias avait lu mon journal, et que la gêne qu’il avait peut-être éprouvée en trouvant le nom de son frère dans ma prose l’avait poussé à le retirer de son ‘‘mur’’, pour effacer les traces. C’est dire si je suis déjà gravement atteint… Il n’est pas normal que je pense tellement à lui, que je me pose autant de questions, que sa pensée me fasse faire autant d’associations d’idées. D’ailleurs, ce ne sont pas des associations, ce sont des fantasmes. A l’heure où j’écris ces lignes, le nom du frère est miraculeusement réapparu sur Facebook. Lorsque Callias m’avait dit qu’il était le frère de quelqu’un d’assez connu dans le monde de la tauromachie (qui est ici, avec celui du rugby, presque tout le monde), ç’avait été sur un ton particulier, légèrement méprisant, comme s’il y avait de réelles tensions entre les deux garçons, comme s’ils n’approuvaient pas leurs modes de vie respectifs. D’ailleurs, toujours sur Facebook, Callias écrit qu’il aime toutes les ‘‘musiques’’, « sauf le métal (qu’est-ce donc ?) et les musiques de férias ». (A chaque fois qu’un garçon qui veut apprendre à me connaître davantage me demande quel est le genre de musique que j’aime, je ne puis m’empêcher de penser que je suis foutu, que je n’ai aucune chance, qu’il ne pourra rien y avoir de sérieux entre nous. Je ne sais jamais quoi répondre à sa question, non seulement parce que je ne suis pas assez versé dans la petite musique pour en connaître tous les genres, mais surtout parce que la néfaste lecture de Renaud Camus m’a fait prendre le parti, pourtant intenable dans le milieu complètement décervelé qui est le mien, de dire, par bravade, la musique tout court où le garçon qui m’interroge dirait comiquement la grande musique ou la musique classique. « Et toi alors, me demande le joli garçon, quelle musique aimes-tu ? – Comment ça, quelle musique j’aime ? J’aime la musique, voilà tout ! – Oui, mais quelle musique ? – Eh bien la musique ! » J’ai généralement l’air d’un fou, dans ces moments-là, ou de quelqu’un qui se moque. D’ailleurs je ne suis pas bien sûr, rinaldo-camusiennement parlant, que ce soit tout à fait la musique que j’aime. J’aime surtout cette partie de la musique ancienne, de la Renaissance et du Moyen Age, qui est essentiellement de la chanson. Evidemment, mes termes sont fort imprécis : ce sont ceux d’un inculte, car je ne suis guère plus savant en grande qu’en petite musique. N’est-ce pas sous la plume de Camus (mais je n’en jurerais pas, d’autant qu’il citait peut-être quelqu’un d’autre) que j’ai lu cette phrase que je cite à mon tour de mémoire, et sans doute fort imparfaitement : « La musique baroque, n’est-ce pas la musique qu’aiment ceux qui n’aiment pas la musique ? » ? Alors la musique de la Renaissance ou du Moyen Age…) Callias ne porte pas le même nom patronymique que ses frères, qui ne sont que des demi-frères. Il est le fils d’un autre père. Cela, plus le fait qu’il ne s’entende (peut-être) pas avec son frère célèbre, me fait croire (je dis bien croire, car je ne fais que supposer tout ce que j’écris, et encore, supposer est trop dire, je fantasme, voilà tout) qu’il est possible que Callias ait manqué d’un frère, ce qui me semble avoir été toujours aussi mon cas. L’attirance que j’ai pour Callias n’est pas tellement sexuelle : mais je me verrais bien devenir son ‘‘grand’’ frère, comme il ne faudrait pas dire dans un texte où Renaud Camus vient d’être évoqué. Cela dit, si Callias avait été mon frère, je ne sais pas si je l’aurais aimé comme un frère. Sans doute l’aurais-je aimé comme j’aime les garçons, l’inceste étant, dans mon ‘‘système’’, la quintessence de l’homosexualité. Mais peut-être aurait-il été le seul garçon que j’aurais aimé comme j’aime aujourd’hui les garçons. Parce que j’aurais trouvé en lui ce que je ne trouverai jamais entièrement auprès des autres garçons, c’est à savoir un frère, j’aurais pu, outre lui, me consacrer à l’amour des filles. J’ai appris qu’il se préparait au Brésil un film consacré à deux frères qui s’aiment plus qu’ils ne devraient, ou d’une façon qui n’est pas permise, bref, qui ont l’un pour l’autre, autant le dire, un amour incestueux. Je suis très curieux de voir ce film, s’il est un jour projeté sur les écrans. (Inutile de dire à mes délateurs et aux procureurs et policiers qui, les ayant écoutés, viendraient surveiller ce blogue, que je réprouve et condamne l’inceste avec autant de force que la prostitution ! Et, s’il a pu m’arriver de donner l’impression, dans ces pages, d’être tenté par l’un et l’autre, ou même d’avoir cédé à la tentation, je tiens à l’écrire de nouveau : je ne dirai jamais assez combien je me désapprouve et condamne, oh là là, non, jamais assez !) Le désordre du texte de ce jour sera sans doute la matière de ma séance demain chez Tirésias. Beaucoup d’éléments relatifs à Callias font remonter en moi de ces choses enfouies dont parle Tirésias, comme ç’avait déjà été le cas avec Camille, qu’il y aura tout juste un an, le deux novembre, qui m’a quitté. Camille, roux comme Sandrine F*** ; Callias, ‘‘vierge’’ comme Valérie. Callias me sera-t-il un second Camille ? Comme je le souhaiterais ! Pourvu que non !

01:40 Publié dans 2009, Callias, Camille, Journal, Musique et/ou musiquette, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias, Valérie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

26/10/2009

Dimanche 25 octobre 2009

            Le dîner chez ma sœur hier soir était annulé, Aribaze et Osman en ayant chacun donné chez soi. Tityre et moi sommes allés à celui d’Osman (ainsi que Cléomédon, mais sans son Clinias, qui n’a paraît-il pas du tout apprécié certaines choses que j’ai dites sur lui dans ce journal), ma sœur et Iolaos (qui est le meilleur ami d’Osman et, depuis peu, le chevalier servant de Julie) à celui d’Aribaze. Ceux du côté d’Aribaze nous ont plus tard rejoints chez Osman, d’où nous sommes ensuite allés dans le bar que tient le bel Ascagne et, de là, pour finir, à Parthénon. Une certaine Nidalie, qui est une grande habituée d’Ascagne, était également des nôtres. Bien que je ne la connusse pas vraiment avant hier soir, où je la voyais pour la première fois chez l’un de nous plutôt qu’en ville, j’ai pu constater, pour avoir longuement parlé avec elle, qu’elle me connaissait apparemment très bien, et en particulier, qu’elle savait déjà que c’était à cause de moi que Phidippide était tombé dans l’espèce de disgrâce d’où personne ne semble très désireux de le sortir, à l’exception de Tityre. Osman, qui était pourtant absent, le soir de notre rupture, m’a même fait remarquer qu’il ne lui avait pas du tout coûté de ne pas inviter Phidippide à son dîner. En m’assurant ainsi de leur soutien, mes amis ne se doutaient sans doute pas qu’ils ne faisaient qu’accroître ma mauvaise conscience. Pauvre Phidippide, après tout… D’autres personnes étaient encore chez Osman, dont je n’ai pas retenu les noms, trop aviné que j’étais sans doute, et surtout trop affairé à cultiver le sublime Callias, qui nous honora de son angélique présence. Il était soul et, durant tout le temps de son absence, ne cessa de me demander quand arriverait enfin ma sœur, qu’il aime passionnément, quoique d’un amour tout platonique évidemment. Il l’a pourtant embrassée (à ce que m’a dit Tityre, chez qui je suis allé dîner ce soir), ainsi qu’un autre des invités d’Osman, celui d’entre eux (encore un pédé) qui était célibataire et bien loin d’être un prix de beauté ! Il faut dire que Callias embrassait et caressait tout le monde. L’ivresse le rendait débordant d’amour. Plus d’une fois il s’est jeté dans mes bras ou m’a pris dans les siens, me serrant si fort que je pouvais à peine respirer ou lui répondre quand il m’a demandé pourquoi je le touchais ainsi, alors que c’était lui qui… De toute façon, je n’aurais rien su répondre d’intelligent, ni même d’idiot. Je continue de me demander si la relative indifférence que Callias me montre un peu trop ostensiblement n’est pas plutôt de l’intérêt péniblement dissimulé. Lors d’une fois précédence, il m’avait dit cette chose étrange : « Olivier, je n’oublie jamais un visage. Il me semblait bien que je t’avais déjà vu quelque part, mais je n’arrivais pas à me rappeler où. Et puis ça m’est revenu tout à coup. C’est chez Osman que je t’avais vu la première fois ! » C’était une remarque complètement absurde. Aux premiers temps de notre fréquentation actuelle (et qui n’a jamais été qu’actuelle), nous ne nous sommes toujours vus que chez Osman ou du moins en sa présence. Qu’Osman soit celui qui nous a présentés l’un à l’autre est une évidence. En bonne logique, Callias aurait dû me dire qu’il m’avait déjà vu avant de me rencontrer chez Osman, ailleurs que chez ce dernier (ce dont je me serais nécessairement souvenu, de toute façon, parce qu’il correspond parfaitement à mon type de garçons ; c’est d’ailleurs bien pourquoi il me fait perdre tous mes moyens : la peur de perdre ce que je désire le plus me paralyse. Je me demande si l’un des nœuds de ma névrose n’est pas que je ne me sente pas le droit de prétendre à ce qui serait le plus fait pour me combler. Je perds tous mes moyens devant le bel être que je voudrais séduire, parce que je ne m’en sens pas digne. Le sentiment que je serais un voleur, pour ne pas dire un violeur (violant quelque loi supérieure, qui m’interdirait d’y prétendre), m’empêche de seulement esquisser le plus petit geste pour séduire la personne qui m’inspire du désir. Il faudrait que j’en parle à Tirésias.) Je me demande donc si Callias n’a pas inventé cette invraisemblable réminiscence pour me dire à sa manière qu’il m’avait remarqué, qu’il avait pour moi un intérêt qu’il n’ose pas me dire trop explicitement, d’autant qu’il est déjà l’amant de quelqu’un, je ne sais plus si je l’avais dit : il s’agit d’un jeune homme de trente ans, avec qui j’ai paraît-il déjà chatté, avec qui j’avais même sympathisé, mais que je n’ai jamais rencontré physiquement. Le fait que Callias soit l’amant d’un garçon de trente ans m’affole complètement : je me dis qu’entre toutes les barrières qu’il y a entre nous, celle de l’âge n’en est pas une. Hier soir, il m’a fait une autre remarque, et précisément au sujet du tout premier jour de notre rencontre. Comme il me demandait si je ne voulais pas danser avec lui : « Ah ! Non ! C’est impossible, je ne danse jamais ! – Comment ça, tu ne danses jamais ? Je t’ai vu danser, une fois, je ne sais plus où. – Moi ? J’aurais dansé ? Ah oui ! Ce devait être avec Phédon, mais c’est uniquement parce qu’il m’y avait forcé et parce que j’étais soul. – Oui, et vous étiez allés faire des choses dans les toilettes aussi. – Euh… Oui, mais non… Là encore, c’est lui qui m’avait entraîné. De toute façon, moi, je ne fais jamais rien dans les toilettes. C’est bien simple, je n’y vais jamais ! Je suis au-dessus de ces choses-là ! Ç’avait été une très mauvaise soirée pour moi. J’aime autant ne pas en parler, d’ailleurs, je suis sûr que tu sais déjà tout, puisque tout finit toujours pas se savoir. » Callias, qui avait prétendu, quelques jours plus tôt, ne s’être rappelé que tout récemment le premier jour de notre rencontre, semblait donc s’en souvenir désormais très précisément. Mais le plus surprenant, c’est donc qu’il m’avait apparemment observé, ce premier jour, alors que j’avais été si affecté par son indifférence à mon égard. Aussi bien suis-je en train de me faire des idées. Il est tout à fait possible que j’interprète trop les choses. Ma sœur me dit que, Callias étant plus jeune que moi et donc le plus inexpérimenté, c’est à moi de mener la danse, c’est-à-dire de faire précisément ce que je ne sais pas. « Mais je n’y arriverai jamais ! Je ne sais même pas danser, au propre comme au figuré ! Alors mener la danse… Pourquoi crois-tu que je me saigne aux quatre veines pour m’offrir les services d’un Tirésias ? – Mais justement, est-ce que vous ne travaillez pas sur tes difficultés relationnelles, avec ce Tirésias ? – Si, bien sûr. Et j’ai fait beaucoup de progrès, mais uniquement dans mes relations avec les groupes. Avec les individus, je suis encore complètement incapable. – Tu te poses trop de questions au sujet de Callias. Tu devrais te contenter de jouir du plaisir d’avoir un beau garçon dans ton entourage et prendre le temps d’apprendre à le connaître, sans penser à autre chose. » Je le sais bien, mais c’était délicieusement affolant de sentir le corps enivré de Callias se presser contre moi. Comment donc penser à autre chose après cela ? J’ai de nouveau croisé Callias, par hasard, cet après-midi, pendant ma distribution hebdomadaire. Il avait dessoûlé et semblait fatigué et un peu gêné de me rencontrer (il faut dire que cette rencontre s’est passée dans le hall de l’immeuble où vit son amant (immeuble qui est également celui de la mère de Tityre)). Aucun produit cosmétique n’avait été mis dans ses cheveux, qui étaient tout propres. Il avait l’air plus blond et plus flou. C’était presque quelqu’un d’autre. Je me suis avisé que je ne l’avais vu jusqu’alors que de nuit. « Le jour et la nuit. » Je ne sais pourquoi m’est venue à l’esprit cette expression. Tout nous sépare. Il est le jour, je suis la nuit. Comment donc pourrions-nous vraiment nous rencontrer ?

02:18 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Callias, Cléomédon, Clinias, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nidalie, Osman, Parthénon, Phédon, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03/10/2009

Vendredi 2 octobre 2009

            Vingt-huitième séance chez Tirésias : Il m’est arrivé une chose étrange, mercredi après-midi, à la bibliothèque. J’y ai aperçu Sandrine F***. Elle avait laissé sa sublime rousseur lui tomber jusqu’aux hanches. Nous ne nous sommes salués que d’un signe de nos têtes. J’aurais voulu me lever de ma chaise pour aller jusqu’à elle, mais au moment de le faire, je me suis trouvé comme cloué à mon siège. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Mes bras et mes jambes tremblaient. J’ai dû poser sur la table de lecture le crayon que j’ai toujours à la main, que je n’arrivais plus à tenir. Je me suis senti littéralement foudroyé par cette divinité, dont le passage en ces livres m’a fait le même effet que certaines de ces fulgurances dont on est parfois saisi au détour d’une page, qui empêchent la poursuite de la lecture, le temps qu’il faut pour se remettre de leur pénétration, à moins que ce ne soit précisément le temps qu’elles mettent à se frayer dans la chair une plaie jusqu’aux tréfonds… En même temps est arrivé celui que j’ai appelé le jeune dieu tutélaire de cette bibliothèque. Il s’est assis face à moi, mais à une autre table. Il était tard et le soleil, bas et peut-être un peu roux lui aussi, illuminait les genoux, les mollets, les chevilles du garçon, dont la chair, splendide, radieuse, me semblait presque inhumaine, adorable, proprement divine. Je ne pouvais plus lire. Je ne pouvais plus rien. Sabine, en Allemagne, et Frédéric P***, que j’aimais tous deux, m’avaient fait croire un jour, par jeu, qu’ils étaient épris l’un de l’autre. Déjà cette fois, j’avais perdu le contrôle de moi-même : exactement comme mercredi, devant Sandrine F***, pure idée jaillie des livres, et le garçon, son page entre les pages. Il est tout de même curieux que ces deux êtres, étrangers l’un à l’autre, m’aient causé le même accablement qu’avaient fait Sabine et Frédéric, qui se connaissaient entre eux. Mes deux divinités avaient pourtant bien une chose en commun, c’était le regard indifférent ; le regard sans chaleur de Sandrine, qui ne semblait pas même joyeuse, pas même surprise (preuve de sa divinité ?), de retrouver un ancien camarade de classe, comme si nous nous étions quittés la veille ; quant au jeune dieu tutélaire, son regard était celui de quelqu’un qui lève un instant le nez de son livre pour y replonger aussitôt les yeux : c’était un regard presque absent. J’étais regardé sans être vu. « ‘‘Divinité’’, ‘‘dieu tutélaire’’ », me dit Tirésias. « Bien sûr : tout cela me renvoie à ma propre condition d’être bassement humain. » Je ne suis que cette boue toujours indigne de ce qui m’inspire du désir. Et ma mère, qui m’a interdit de toucher les femmes, trop sacrées pour que j’aie le droit d’y porter la main. Non seulement je ne me sens pas le droit de toucher, mais même de regarder ce que je trouve beau. Ma grande peur est que mon regard soit surpris par ce que je regarde. Dans le même temps, je prends plaisir à regarder ce que je sais ne pas être conscient de mon regard. Je suis un peu voyeur. Paradoxe : je ne supporte pas d’être regardé, mais c’était précisément les ‘‘regards sans me voir’’ de Sandrine F*** et du garçon qui m’accablaient. C’est peut-être de ne pas être vu tel que je suis ou tel que je voudrais être qui m’accable. « Le regard, le regaaaard ! Dites-moi les pensées qui vous viennent à ce sujet, m’a demandé Tirésias. – Ce qui me vient à ce sujet ? Je ne sais pas, moi… C’est ce que je viens de vous dire, qui me vient à l’esprit ! (Un silence.) Là, par exemple, ce qui vient de me traverser l’esprit, c’est mon reflet dans la glace. Il me semble que depuis que j’ai commencé cette analyse, je me vois vieillir. Ou plutôt, je suis en train de m’apercevoir que j’avais commencé de vieillir avant de vous consulter, car je ne peux pas croire que toutes les rides que je me découvre, toutes ces petites imperfections de la peau, me soient venues en moins de six mois !  En me regardant dans le miroir, je me vois désormais tel que je suis sans doute. – Oui, c’est tout à fait normal. Commencer une analyse, c’est accepter de regarder en soi, et donc de se regarder en face. » Pourtant, nombreux sont ceux qui me disent qu’ils me croyaient beaucoup plus jeune ou qui, connaissant mon âge, trouvent que je ne le fais pas. A dire le vrai, les avis sont fort partagés quant à cette question des plus délicates. Phidippide, par exemple, se moque de moi lorsque je lui dis que je fais croire, sur Internet, que je n’ai que vingt-sept ans. « Tu dois en décevoir beaucoup, me dit-il, si tu leur annonce cet âge. Tu fais beaucoup plus vieux ! » Mais don Esteban, qui a regardé dernièrement les photos de moi que j’ai publiées sur Facebook, me disait encore tout récemment que je semblais avoir trouvé une seconde jeunesse. Un garçon beaucoup plus jeune que moi prétendait hier encore, en toute bonne foi, qu’il avait cru que je n’avais pas vingt-trois ans ! Je ne sais plus quel est mon âge. Quand je me regarde dans le miroir, je commence à voir en effet quelqu’un qui pourrait avoir l’âge du Christ. Mais celui que j’aperçois dans les yeux de mon prochain, ou du moins le reflet que j’apprête spécialement pour ses yeux, à grand renfort de crèmes cosmétiques, de repos et de sommeil (qui est le secret de la fraîcheur), est encore un tout jeune homme. En revanche, si je ferme les yeux, pour mieux considérer ma solitude et mon inadaptation dans le monde où je suis, j’ai l’impression d’avoir mille ans. Ou plutôt, j’ai l’impression d’être un tout petit enfant de mille ans. Je n’avais rien dit de plus, lors de la vingt-septième séance, jeudi 24 septembre, que ce que j’avais noté dans ce journal le dimanche 20. Mais Tirésias a cru bon d’ajouter que noli me tangere, « ne me touche pas », signifiait peut-être aussi : « ne m’émeus pas, ne m’atteins pas, ne me blesse pas, ne me fais pas souffrir ». Je ne voudrais plus souffrir à cause de cette femme, ma mère, qui me l’a déjà fait tant.

03:31 Publié dans 2009, Don Esteban, Frédéric P***, Journal, Ma mère, Phidippide, Sabine, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

21/09/2009

Dimanche 20 septembre 2009

            Et si c’était parce que je suis dans mon âge du Christ que tout cela s’était passé, que tout cela se passait maintenant, c’est-à-dire depuis que Camille m’a quitté, le 2 novembre 2008, date anniversaire de ma naissance, jour des morts, où je suis donc entré en cet âge symbolique, l’âge de mourir et de renaître ? J’assistais hier au concert d’orgue qui était donné en l’église de Saint-Pierre-du-Mont. Comme c’étaient ce week-end les journées du patrimoine, des tableaux étaient exposés dans ladite église. L’un de ces tableaux, qui fait en réalité partie de la collection permanente, était intitulé Noli me tangere. J’ai reçu comme une gifle ce titre prononcé par le curé qui commentait les œuvres. Noli me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum. Tirésias m’avait dit que j’avais manqué d’un père pour me détacher de ma mère. C’est peut-être parce que j’ai atteint cet âge où l’on meurt et renaît que le contact physique avec ma mère, qui m’est pénible depuis si longtemps, m’est devenu cette année à ce point insupportable. Il me semble avoir remarqué, lors de sa récente visite, que mes sentiments pour mon père s’étaient beaucoup apaisés. J’ai infiniment moins de dégoût pour lui que naguère encore, comme si l’‘‘ascension’’ vers mon père était l’autre condition de ma renaissance (la première étant la séparation d’avec ma mère). C’est encore parce que je viens probablement d’atteindre la moitié de ma vie. Je suis retourné cet après-midi dans la même église, accompagné cette fois d’Osman, pour assister à la lecture du Chemin de Croix de Claudel, sur lequel Pierre Pincemaille improvisait à l’orgue. Il m’a semblé que presque tout le texte de la septième station parlait très précisément de moi ! « Ce n’est pas la pierre sous le pied, ni le licou tiré trop fort, c’est l’âme qui fait défaut tout à coup. Ô milieu de notre vie ! Ô chute que l’on fait spontanément ! Quand l’aimant n’a plus de pôle et la foi plus de firmament, parce que la route est longue et parce que le terme est loin, parce que l’on est tout seul et que la consolation n’est point ! Longueur du temps ! Dégoût en secret qui s’accroît de l’injonction inflexible et de ce compagnon de bois ! C’est pourquoi on étend les deux bras à la fois comme quelqu’un qui nage ! Ce n’est plus sur les genoux qu’on tombe, c’est sur le visage. Le corps tombe, il est vrai, et l’âme en même temps a consenti. Sauvez-nous de la seconde chute que l’on fait volontairement par ennui. » Camille a été ma croix. C’était un garçon d’une grande nervosité. La tension en lui était telle que son corps semblait chaque jour se raidir un peu plus, peut-être à cause de moi, qui ne savais pas y faire avec lui. Il était si passif, au lit, que je n’aurais sans doute pas été surpris de le voir les bras en croix ! Camille fut pour moi littéralement « ce compagnon de bois » dont parle Claudel. C’est lorsqu’il s’est échappé, croix tombant de mon épaule, à laquelle il était venu s’appuyer, que j’ai moi-même chuté. Mais tout cela était sans doute la condition de ma lente résurrection.

00:22 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mon père, Osman, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

18/09/2009

Jeudi 17 septembre 2009

            La vingt-sixième séance chez Tirésias aujourd’hui fut sans doute celle où j’ai le moins parlé. Mes phrases, dont je peinais à trouver l’‘‘inspiration’’, étaient séparées par de très longs silences. Je n’ai absolument rien dit de nouveau mais n’ai fait que répéter, me semble-t-il, des choses que j’avais déjà dites. J’ai commencé par raconter que je suis sorti hier soir avec Thessalonice, Bérélise et ma sœur. Nous sommes allés dans le bar que tient le bel Ascagne. (Long silence.) Il y avait dans ce bar un jeune-homme qui me plaisait. (Long silence.) Pourtant, depuis Mnasyle, j’ai rarement envie d’avoir des relations physiques. Je ne vais même plus chatter, comme il m’arrivait parfois, pour faire des rencontres sexuelles. (Long silence.) Je supporte toujours aussi mal la proximité physique de ma mère. Quand elle est à côté de moi, j’ai toujours peur qu’elle m’effleure par inadvertance. Dans ces moments-là, toute mon attention est focalisée sur les moindres gestes de ma mère, à cause desquels elle pourrait me toucher sans le vouloir (car je le lui ai bien sûr interdit). Tirésias me demande d’en dire plus sur ce que je ressens dans ces cas-là. (Long silence.) « J’éprouve à la fois le besoin de prendre la fuite…et… et une sensation de dégoût… (Dit dans cet ordre : fuite, dégoût.) – Oui, à la fois du dégoût et quoi d’autre ? – Du dégoût et le besoin de fuir. – Vous ressentez à la fois le besoin de fuir, dites-vous, et quoi d’autre ? – Vous avez raison, je me suis mal exprimé. Le besoin de fuir est la conséquence de mon dégoût. Je n’aurais pas dû dire ‘‘à la fois’’, qui vous a fait croire que j’allais ajouter quelque chose en balancement de ce que j’avais déjà dit. » Suit encore un silence pour le coup réellement à la fois buté et gêné de ma part. Puis Tirésias me délivre en disant ceci : « Vous éprouvez à la fois le besoin de fuir votre mère et la sensation d’être happé par elle. » Je réprime alors difficilement un rire nerveux. « Vous devez avoir raison. D’ailleurs, j’ai les mêmes sortes de sentiments avec mes relations amoureuses. J’ai tendance à fuir ceux qui m’attirent, comme je fuis en ce moment Aribaze. – Ouiiii ! Ouiiii, très bien ! Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. » Ouf ! Je ne comprends pas pourquoi j’ai tellement peiné à dire cette chose que j’ai déjà plusieurs fois écrite dans ce journal et même dite à Tirésias lors d’autres séances. Se peut-il que des choses dont l’analyse a permis de prendre conscience (en l’occurrence, le fait que je ne supporte d’être sous l’emprise de personne, ni de ma mère, ni d’un Aribaze) soient de nouveau refoulées au cours même de l’analyse ? Et pourquoi cela ? Est-ce que cela signifie quelque chose ? Il faudrait que je pose la question à Tirésias la prochaine fois. Cela me fera au moins une chose à lui dire. Ou si je ne veux pas admettre que je suis, horresco referens, attiré, mais oui, ce doit être ça, je m’en rends compte en l’écrivant, que je suis attiré par ma mère ? Quelle horreur ! J’avais d’abord parlé de mon besoin de fuir. La tournure commençant par les mots ‘‘à la fois’’ annonçait en balancement du premier, un second élément, paradoxal. Or j’ai parlé de dégoût, qui ne peut être, en bonne logique, que la cause du besoin que j’éprouve de prendre la fuite. Ce qui aurait dû venir en balancement des premiers termes, c’est quelque chose comme leur contraire. Mais qu’est-ce que ce peut bien être que le contraire de fuir ? Se réfugier ? Est-ce que j’aurais aussi le désir de trouver refuge dans les bras de ma mère, ces bras dont je ne supporte pas le contact ? Je n’arrive pas à croire que, même inconsciemment, j’éprouve un désir si contraire à mes instincts. Comment pourrais-je désirer d’être embrassé par ma mère (pris dans ses bras), alors que je ne supporte pas son emprise, pas même un simple baiser sur la joue ? Par contre, il est possible que, pour avoir eu une telle mère, j’aie manqué d’une mère, c’est-à-dire d’une véritable mère, dans les jupes de laquelle j’aurais pu trouver refuge.

01:35 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Bérélise, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Thessalonice, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

15/09/2009

Lundi 14 septembre 2009

            Je viens de recopier et publier (avec quelque retard, mais à leur date dans ce blogue) les notes que j’avais prises dans je journal de mon analyse, relatives aux vingt-quatrième et vingt-cinquième séances chez Tirésias. Ces notes ayant été écrites un peu vite risquent fort de déplaire à ceux de mes lecteurs qui me lisent pour la beauté de mon style, car il paraît que j’en ai un, et qui n’est pas laid ! Du moins satisferont-elles les plus voyeurs…

03:25 Publié dans 2009, Journal, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

10/09/2009

Jeudi 10 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-cinquième séance chez Tirésias. Inconsciemment, j’avais décalé mon rendez-vous d’une heure, auquel je suis donc arrivé très en retard. « Pensez-vous que c’est un acte manqué, ai-je demandé à Tirésias. – Je ne sais pas. Dites-moi ce qui vous fait croire qu’il s’agit peut-être d’un acte manqué. – Depuis quelque temps, je me demande ce que je vais bien pouvoir vous raconter pendant ces séances. – Alors il s’agit bien d’un acte manqué. » Suis sorti hier avec ma sœur et des amies. Avons parlé de sexe. Les femmes sont vraiment très crues quand elles parlent de sexe. Vie sexuelle apparemment très active de ma sœur, contrairement à moi, qui n’ai pas très envie d’aventures depuis Mnasyle. (A cause de mes ‘‘amis’’, qui voudraient tous me voler les garçons sur lesquels j’ai des vues.) J’ai tout de même rencontré Aribaze, à qui je plais et qui me plaît aussi. Mais je remets à plus tard le début d’une éventuelle relation entre nous. (Nous n’avons pas même eu de relation sexuelle.) Aribaze pourrait me convenir parce qu’il a un très fort caractère, grâce auquel il est bien armé pour supporter le mien. Mais il me déplaît de l’avoir rencontré par l’intermédiaire de mes ‘‘amis’’. J’ai peur de me le faire voler. Je ne me sens pas à la hauteur d’une telle compétition. Dans le même temps, je trouve cette compétition indigne de moi. J’aime encore mieux laisser un garçon qui me plaît à ceux qui veulent me le prendre. C’est d’ailleurs ce que j’avais fait avec Camille et Mnasyle, le premier abandonné à ce chien d’Ascylte, le second abandonné à son sort, parce que les gens autour de moi m’avaient trop fait voir le désir qu’ils avaient pour lui. Tirésias : « ‘‘Laisser’’, ‘‘prendre’’… » Grand sourire de ma part : « Je me rends compte, en effet, que pour moi, ‘‘aimer’’, c’est posséder. » Et de fait, je ne suis sexuellement qu’actif, jamais passif. « Vous n’arrivez pas à vous faire posséder. – Non : je n’arrive pas à me donner entièrement. » Je ne supporte pas d’être sous quelque emprise que ce soit. L’emprise de ma mère a été absolue sur moi. Aribaze plaît beaucoup à cette dernière. Si Aribaze m’attire, c’est sans doute parce qu’il n’est pas attaché exclusivement à moi. Je sais qu’il a couché avec Phidippide et un garçon que nous avons rencontré à la fameuse plage des Casernes, à Seignosse, dont tous ne cessaient de me parler et que je ne connaissais pas. La saine ‘‘infidélité’’ d’Aribaze me rassure. Qu’il ne soit pas attaché exclusivement à moi me permet de ne pas me sentir trop lié à lui, trop sous son emprise. De même, son désir de retourner en Nouvelle-Calédonie, d’où il est, me fait penser qu’il ne risque pas de s’installer définitivement dans ma vie. Mon père était très infidèle. Ai-je le sentiment que ma mère attend de moi que je sois fidèle à Aribaze (qui lui plaît tellement, comme elle me l’a bien fait comprendre) ?

03:12 Publié dans 2009, Aribaze, Ascylte, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Mon père, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03/09/2009

Jeudi 3 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-quatrième séance chez Tirésias. Ai parlé des ennuis que Julie a eus avec Cyrille. Une fois de plus, j’avais raison : raison de me méfier de lui. Une fois de plus, elle avait tort. Sentiment que ma sœur sera toujours mineure (parce qu’elle est ma cadette ?). Grandes tensions entre ma mère et moi, atténuées par la mauvaise opinion que nous avons toujours eue de Cyrille, dont il est souvent question entre nous, maintenant qu’il cause tant d’ennuis à ma sœur. Je ne supporte pas, non seulement que ma mère me dise non, mais encore qu’elle me face la moindre remarque. Rencontre d’Aribaze (dont je m’avise que je n’avais encore jamais parlé dans ce journal). Ma mère l’apprécie. Me trompais-je sur le regard qu’elle porte sur les hommes ? Tous ne la dégoûtent apparemment pas. Il est vrai qu’Aribaze n’est pas exactement le prototype des hommes tels que les conçoit et déteste ma mère. C’est un véritable boute-en-train, qui se moque souvent de lui-même et qui, donc, en un sens, se moque des hommes : d’où que ma mère l’apprécie ; elle l’apprécie en tant qu’elle ressent qu’il a la même opinion des hommes qu’elle… Quel est le type d’hommes de ma mère ? Les efféminés tels que celui qu’elle m’a fait devenir ou les véritables hommes, tels mon père, celui qu’elle avait épousé, après tout ? Les admirateurs de mon père plus jeunes que lui (comme Sabylinthe). Est-ce que ma mère pourrait être une lesbienne et mon père un pédé ? Tirésias m’a demandé quels étaient mes rapports avec mon père, durant mon enfance. Il me semble qu’ils étaient ‘‘normaux’’. Nous jouions souvent ensemble, aux jeux que les pères ont avec les fils. Mais sans doute préférais­-je ma mère, comme c’est souvent le cas des petits garçons. Tirésias voudrait que j’analyse mes souvenirs de cette époque (l’enfance) où la personnalité se forme.

03:08 Publié dans 2009, Aribaze, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Sabylinthe, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

27/08/2009

Lundi 24 août 2009

            Vingt-troisième séance chez Tirésias : Ces derniers jours ont été particulièrement durs pour moi, parce que, ayant organisé, avec le concours de ma sœur, une fête chez ma mère, j’ai dû constamment tout négocier avec cette dernière, jusqu’à l’utilisation des tabourets ! Sans doute avec cette fête étais-je en train de trop m’affirmer à son goût, comme j’ai dit à Tirésias, si bien que ma mère n’a cessé de m’opposer de ces non qui, depuis toujours, c’est-à-dire depuis son divorce d’avec mon père, me donnent l’impression d’être littéralement nié. Je ne suis plus capable d’entendre aucun refus de la part de ma mère, même lorsqu’il est justifié, parce que c’est à chaque fois le même mot de non qu’il lui faut prononcer, parce que, le prononçant, c’est le même visage, proprement monstrueux, qu’elle me fait voir. Je la hais tellement que, dans ces moments-là, je voudrais la tuer, mais ce n’est bien sûr qu’un fantasme. La fête s’est bien passée et a coïncidé avec l’arrivée de mon père, venu passer quelques jours à Mont-de-Marsan. Sa présence suffit à me faire mieux supporter ma mère. Peut-être son autorité naturelle la remet-elle à sa place de femme. Lui présent, ma mère, d’habitude si autoritaire, ne peut plus usurper la place de mon père. Cela ne change rien au fait que, par bien des aspects, mon père m’incommode au plus haut point. Je ne supporte pas sa bestialité. « Qu’appelez-vous sa bestialité ? », me demande Tirésias. J’appelle ainsi l’impossibilité dans laquelle est mon père de garder le contrôle de son corps. Il est affligé d’espèces de TOC qui l’agitent constamment, lorsqu’il marche ou parle, qui le rendent très bruyant, qui lui font prendre trop de place, envahir tout l’espace. « Vous avez un père envahissant et une mère rejetante… – Et les deux s’équilibrent et se neutralisent sans doute. » Paradoxalement, mon père, homme sévère, sait se faire aimer sincèrement par les personnes les plus inattendues, dont il aime être entouré. Outre ma sœur Laura, Artémise, la jeune amie de cette dernière et Stéphanie, il était accompagné de Sabylinthe, tout jeune homme travaillant non pas avec mais pour celui-ci, comme il a lui-même tenu à me dire. Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce pour une forme d’amour, peut-être d’amour filial. Laura m’avait raconté, lorsque nous nous sommes vus à Biarritz, il y a quelques jours, que ce garçon, dont elle avait fait la connaissance une semaine plus tôt en Tunisie (où vit son père, un homme apparemment très dur et qui est une relation du mien), était encore traité, lorsqu’il revenait dans ce pays (car il vit désormais à Paris, où son père l’a recommandé au mien) comme un enfant, à qui il n’était laissé aucune liberté. A vingt-deux ans, le garçon n’a toujours pas le droit, non seulement de fumer, mais même de boire du café ! Il me semble qu’il a reporté sur mon père, qui est pourtant un homme d’une grande sévérité, l’affection qu’il lui est difficile d’avoir pour le sien. Lorsque je lui ai tendu la main, samedi, pour le saluer, il l’a saisie, mais pour me prendre dans ses bras et baiser mes joues. Il m’a expliqué un peu plus tard qu’il ne pouvait s’empêcher d’embrasser ceux qu’aimaient ceux que lui-même aimait. « Est-ce que tu as cru que j’étais homosexuel, m’a-t-il demandé ? – Euh… Non, rassure-toi, je l’ai seulement fantasmé ! » Il faut dire que Sabylinthe est un garçon d’une grande douceur, à la voix fluette et qui parle lentement. Plus tard dans la soirée, car Sabylinthe était venu à Mont-de-Marsan avec Artémise et Laura pour participer à la fête que Julie et moi avions organisée chez ma mère, quelqu’un a voulu nous prendre en photo. J’ai passé mon bras autour de ses épaules et, pendant que le photographe faisait le cadrage, j’ai eu le temps de caresser sa nuque avec le pouce de la main que j’avais posée sur lui. Il m’a laissé faire. Plus tard encore, j’ai pu le voir en maillot de bain. « Quoi ? Tu gardes ton caleçon sous ton maillot de bain ? – Oui, m’a-t-il répondu, c’est comme ça qu’on se baigne en Tunisie, à cause des méduses. – Mais la seule méduse que tu trouveras ici, c’est Tityre ! Et ce n’est pas ton caleçon qui te protègera de lui… » Sabylinthe grelottait en sortant de la piscine. C’était charmant. Serais-je attiré par le type de garçons qu’attire et par qui est attiré mon père ? Déjà le jeune oncle de ma (demi-)sœur Laura, qui avait mon âge, il y a maintenant tant d’années… Je trouve étrange que Sabylinthe m’ait demandé, d’une voix légèrement inquiète, si j’avais cru qu’il était homosexuel, comme s’il avait voulu dire : « Cela se voit donc tant que je le suis ? ». Du coup, je ne puis m’empêcher de penser qu’il l’est peut-être un peu sur les bords en effet. Ou si tout cela n’est qu’un fantasme de plus ?

03:17 Publié dans 2009, Artémise, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Stéphanie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

23/07/2009

Mercredi 22 juillet 2009

Cette après-midi, vingt-deuxième séance chez Tirésias, que je vois peu pendant ces mois de vacances, durant lesquels il prend beaucoup de repos. Nouvelle preuve du mieux social que j’ai pu observer en moi : pour la première fois de ma vie, j’ai ‘‘fait’’ les fêtes de la Madeleine, presque entièrement, c’est-à-dire toutes les nuits, sauf la première, et en portant à chaque fois, du moins en haut, le costume rouge et blanc des festayres. Ces fêtes ont pris fin cette nuit. Mnasyle y est venu, pour passer deux jours avec moi. A la soirée chez Osman, j’ai senti que plusieurs des pédés qui étaient invités (non pas des amis directs, mais des amis d’amis) avaient espéré me prendre Mnasyle, ce que m’a confirmé Phidippide, qui a surpris quelques conversations absolument navrantes et dans lesquelles il fut fait montre du plus grand mépris à mon égard. Mon humeur s’en est beaucoup assombrie et j’ai fini par me sentir obligé de me mettre en colère contre Mnasyle, parce qu’il ne cessait de dire à qui voulait l’entendre qu’il ne savait pas s’il allait quitter son ami de Pau, ce que je trouvais insultant pour moi, qu’il n’était donc pas sûr d’aimer autant qu’il le montrait (car j’ai déjà dit qu’il était très démonstratif), ce que je puis comprendre, bien sûr, mais qu’il aurait tout de même pu garder pour lui, plutôt que d’en faire la confidence à tous mes amis ! J’ai perdu mon sang-froid quand je me suis aperçu, durant l’explication que je tentais d’avoir avec lui, que Mnasyle ne me laissait jamais le temps de seulement dire une phrase entière ! Même et surtout dans les disputes, ce garçon est un véritable moulin à paroles ! Perdant patience, j’ai préféré rompre avec lui et l’ai donc traîné de chez Osman jusque chez moi, pour avoir le plaisir de le jeter dehors, avec toutes ses affaires, geste absurde, que je regrette beaucoup à présent, mais j’avais énormément bu (comme d’ailleurs lui), ce qui n’est pas ma seule excuse, car je me permets de rappeler à mon blond lecteur que je dois également composer, sobre ou aviné, avec ma névrose, celle-là même qui me fait payer les consultations d’un Tirésias, à moi qui suis si pauvre ! J’ai l’impression de ne faire qu’aujourd’hui mon éducation sentimentale, ai-je encore confié à ce dernier. Mais c’est vraiment très décourageant, tous ces échecs, si rapides à chaque fois, et avec des garçons qui me plaisent tant, et à qui je plais aussi. Cette fois-ci, j’avais réussi à dormir sans grande difficulté avec Mnasyle durant la première nuit (la seconde ayant été celle de notre séparation). Sans doute cette facilité s’explique-t-elle, il est vrai, en vertu du principe que j’ai relevé lors de la précédente séance chez Tirésias, selon lequel je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme j’ai fini par sentir que c’était le cas de Mnasyle, à qui son cocu ne cessait de téléphoner, ce qui me donnait l’impression que, même s’il était assis à mon côté pendant ses conversations avec l’autre, il n’était pas vraiment avec moi : quelque chose, quelqu’un, c’est-à-dire son ami de six ans, l’appelant loin de moi, l’empêchait d’être tout à moi, ce que  ressentant, je me trouvais paradoxalement, c’est-à-dire ‘‘névrotiquement’’, rassuré : s’il n’était pas tout à moi, c’est que je n’étais pas tout à lui, et je pouvais donc dormir avec Mnasyle sans risquer de m’en sentir étouffé, contrairement à la dernière fois : je n’étais au contraire pas loin d’avoir besoin de dormir avec lui, pour posséder davantage ce que je sentais m’échapper. Ces expériences ne sont pas des échecs, me dit Tirésias, mais des leçons à retenir, pour ne plus reproduire les mêmes erreurs à l’avenir, pour avancer, pour aller mieux. C’est d’abord par amour-propre que je me suis mis en colère contre Mnasyle : je n’ai pas supporté qu’il se demande, devant une bande de pédés qui semblait elle-même penser que je n’étais pas assez bien pour lui, qui était le plus désirable de son amant palois ou de moi. Je me suis senti mésestimé, méprisé. Encore une fois, c’est à cause du sentiment que j’ai qu’on a de ma valeur que je perds le contrôle de mes angoisses. J’ai bien trop d’amour-propre et manque encore de beaucoup d’assurance, pour arriver à plus de détachement quant à cette question finalement sans importance : qu’importe donc en effet ma valeur, puisque le temps passe ? Tout se dégrade. Le cocu du Béarn a rapidement compris qui j’étais parmi les ‘‘amis’’ de Mnasyle sur son Facebook. Il a dû taper ensuite mon nom dans Google et trouver ainsi l’adresse de ce blogue, dont il a parlé à son amant, qui s’est ensuite empressé d’en parler à son tour à mes amis, qu’il est allé retrouver l’autre soir après avoir été mis à la rue par moi. Tityre, Osman, Cléomédon, Parthénie, Damis et tous les autres connaissent donc désormais ou connaîtront très bientôt l’existence de ce journal. J’ai ressenti hier soir comme du reproche dans la voix de quelqu’un, chez Tityre, qui me parlait de mon blogue comme s’il m’avait pris en faute en en apprenant l’existence, comme si j’avait tout fait pour le cacher et que j’avais été enfin découvert. Mais c’est absurde. Je publie ce blogue, que je signe de mon véritable nom. Je ne vois donc pas comment on pourrait croire que j’ai voulu me cacher. Mais il est vrai que j’avais pris le parti de ne jamais en parler à mes familiers, dans l’espoir de les en laisser ignorants, afin de pouvoir parler d’eux ou des sentiments qu’ils m’inspirent le plus librement possible, c’est-à-dire loin de leurs regards. Parviendrai-je à rester aussi sincère à l’avenir ? Je ne sais… Il n’y a sans doute qu’à Phidippide que j’avais parlé de ce blogue, parce qu’il pourrait être mon avocat, si la plainte que le grotesque Monsieur Véto (instrumentalisant la justice dans le but de me nuire) a portée contre moi aboutissait à mon procès !

03:22 Publié dans 2009, Cléomédon, Damis, Mnasyle, Monsieur Véto, Osman, Parthénie, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

08/07/2009

Mardi 7 juillet 2009

            Vingt et unième séance chez Tirésias. J’ai parlé de ma rencontre avec Mnasyle. Nous nous sommes d’abord très bien entendus sexuellement, lui et moi. Mais en le revoyant plus longuement une seconde fois, j’ai pu constater que, si je m’étais beaucoup amélioré ‘‘socialement’’, je n’avais guère progressé sentimentalement. Mnasyle est un garçon très affectueux et surtout très démonstratif de son affection. Il ne cesse, lorsque nous sommes ensemble, de se tenir tout contre moi, de me prendre la main, de me toucher, de me caresser, de me regarder. J’ai l’impression d’étouffer lorsque je suis près de lui et finis par ressentir un irrépressible besoin de fuir. J’ai dû mettre un terme à notre relation sexuelle, la dernière fois que nous avons couché ensemble, parce que je ne supportais plus ses baisers ! Je l’ai même fait dormir sur le canapé ! Bref ! Sur le terrain des sentiments et de l’amour, j’en suis toujours au même point. Je commence à comprendre que, pour l’instant, je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme c’était par exemple le cas de Camille. Par contre, j’ai le plus grand mal à me donner entièrement à quelqu’un que je me sais si totalement attaché que l’est Mnasyle. Je ne puis m’empêcher de ressentir son attachement et les preuves physiques qu’il m’en donne comme les chaînes d’une nouvelle emprise. Alors que je m’efforce de me libérer de l’emprise qu’a toujours eue ma mère sur moi, je ne me sens pas prêt à me mettre sous celle d’un autre. Je suis attiré par ce que je sens qui me fuit ; je fuis ce que je trouve attirer trop. C’est à cause de l’emprise de ma mère et de la terreur qu’elle m’a inspiré dans l’enfance et plus tard que je suis devenu le monstre que je suis : j’ai grandi en tâchant de devancer constamment les reproches qu’elle pourrait me faire, pour ne pas avoir à subir son mépris, ses colères, ses silences ensuite. En m’efforçant de penser comme elle, d’agir comme elle, pour me faire oublier d’elle en en devenant comme le prolongement, l’alter ego, ou plutôt en me transformant en une excroissance de son être, j’ai fini par devenir comme elle, et même par être pire qu’elle : par être un elle cancéreux.

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06/07/2009

Dimanche 5 juillet 2009

            Mon ami Phidippide, qui est migraineux, n’ayant pas été en état de m’accompagner hier au concert qui était donné en la cathédrale de Dax, j’ai demandé à Mnasyle s’il voulait y aller avec moi. Quand je lui ai téléphoné, au début de l’après-midi, il m’a dit qu’il se trouvait justement dans cette ville, avec sa mère et sa sœur. « Ah ! Très bien. Surtout, restes-y, je vais t’y rejoindre et nous y passerons la journée ensemble jusqu’au concert. » J’ai donc eu toute une journée pour observer ce qui me semblait insupportable chez lui. J’ai d’abord pu vérifier que Mnasyle parlait comme un enfant : les intonations qu’il donne à sa voix sont d’une puérilité invraisemblable. Et il a vingt-cinq ans ! J’ai rapidement remarqué qu’il ne savait pas marcher dans la rue. Il était en effet irrésistiblement attiré par mon corps. Je veux dire par là qu’il lui fallait toujours marcher très près de moi, de façon à rester en contact avec mon corps, qu’il frôlait constamment. Là encore, il me faisait penser à ces petits enfants qui, marchant ensemble, vont si près l’un de l’autre qu’ils semblent ne faire qu’un seul être. Je faisais exprès de m’éloigner toujours un peu de lui dès qu’il entrait en contact avec moi, pour vérifier s’il viendrait de nouveau se presser contre mon bras, ce qu’il ne manquait jamais de faire, si bien qu’il nous était impossible de marcher droit ! Régulièrement, nous nous retrouvions arrêtés par le mur que je finissais immanquablement par rencontrer ! Quand je le lui ai fait remarquer, il m’a expliqué, de sa voix si puérile, qu’ayant besoin d’être ‘‘en confiance’’ lorsqu’il marchait dans les rues, il ne pouvait s’empêcher, soit de raser les murs, lorsqu’il était seul, soit de se coller contre son voisin, s’il était accompagné. J’ai vite compris qu’il fallait donner à Mnasyle quelques instructions pour le faire se bien tenir pendant le concert, ce que faisant, je l’ai entendu me demander s’il lui serait tout de même permis d’apporter une bouteille d’eau, au cas où il aurait soif… J’ai failli annuler mon projet d’assister à ce concert ! Nous y sommes allés malgré tout. Evidemment, je ne pouvais pas penser à tout ce qui pourrait ne pas aller dans le comportement de Mnasyle avant d’avoir vu comment il se tiendrait effectivement pendant le concert… Il m’a donc encore fallu lui demander, sur le moment, de se tenir correctement assis, et non pas avachi comme il s’était d’abord mis ; d’arrêter de gigoter comme il faisait (« Sais-tu que tu n’es plus un enfant, Mnasyle ? Tu devrais être capable de te tenir immobile pendant deux ou trois heures, tout de même ! ») ; de cesser de bayer constamment, comme il faisait, ou du moins, de le faire le plus discrètement possible, si vraiment il ne pouvait pas s’en empêcher ; et surtout de regarder vers le chœur et non pas vers moi, dont il ne devait pas chercher à attirer l’attention, pour ne pas me déconcentrer. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait pensé du concert, il m’a répondu que c’était à faire au moins une fois dans sa vie. « Je ne savais pas que tu aimais ce genre de musique, a-t-il ajouté, surtout que tu es encore jeune… » J’ai tenté de lui expliquer que la musique que j’aimais, qui était la musique par excellence, la seule véritable musique, je ne sais trop comment le dire, n’avait pas à être qualifiée comme il le faisait et que c’était la sienne, si l’on peut encore parler de musique, qu’on devait appeler ‘‘ce genre’’ de musique, et uniquement la sienne. Mais je ne crois pas qu’il m’ait compris. Evidemment, je n’ai pas tenté de lui faire entendre que mon goût pour la musique n’avait rien à voir avec mon âge… L’explication m’aurait demandé trop d’efforts. Mnasyle semblait vraiment croire, en effet, que les personnes plus âgées que nous qui assistaient à ce concert étaient de la même génération que Jean-Sébastien Bach… Au milieu de la seconde partie du concert sont entrés dans l’église des gens qui, sans doute, passaient par là et, entendant du bruit dans l’église, se sont dit qu’ils iraient bien voir ce que c’était que cette musique qui s’y jouait. Bien sûr, ceux-là n’ont pas acheté de billets. Je ne crois pas qu’ils aient seulement eu conscience d’être des fraudeurs, c’est-à-dire quasi des voleurs, habitués qu’ils sont, probablement, à faire usage de leur droit à la culture, aux musées gratuits, pour les plus jeunes (et c’étaient justement des jeunes !), aux livres gratuits, dans les bibliothèques, etc. Il y avait parmi ces jeunes gens un garçon qui était ‘‘chaussé’’ de ‘‘claquettes’’ et qui marcha jusqu’à la place qu’il avait choisie en faisant force bruit, c’est-à-dire en faisant claquer ces chaussures qui n’en sont pas contre la plante de ses pieds. Il était grotesquement coiffé d’une casquette de rappeur qu’une fille qui était peut-être sa sœur a mis cinq bonnes minutes à lui demander d’ôter de sa tête puisqu’il était dans une église. « Tu vois, ai-je dit ensuite à Mnasyle, tu n’étais finalement pas le garçon qui s’est le plus mal tenu à ce concert ! » Hélas ! Même une église n’est plus à l’abri du monde, qui ne se contente pas de passer devant ses portes, mais y entre, s’il entend du bruit, et s’y répand sans la moindre vergogne, sans le moindre respect, pour reprendre un mot à la mode. Après l’arrivée du garçon à casquette, que personne, pas même moi, n’a eu le courage d’aller immédiatement demander de se décoiffer, je n’ai plus été en état d’écouter la musique. J’ai donc laissé libre cours à mes pensées, et je me suis fait cette réflexion que si le reste des Français n’était pas capable de se tenir debout pour faire face aux innombrables fléaux qui le menacent, dont la ‘‘barbarisation’’ et l’islamisation ne sont évidemment pas des moindres, c’était aussi, c’était d’abord parce qu’il ne savait plus se tenir tout simplement assis. Cette position est peut-être éminemment, mais non pas exclusivement, celle de la culture et de la civilisation. Allez-vous-en donc cultiver et civiliser des jeunes ou des sauvageons, s’ils ne savent pas se tenir assis plus d’une heure ! (Assis ou  debout, d’ailleurs, mais correctement, constamment, dignement, studieusement, respectueusement assis, ou debout, donc…) Même ma chienne sait rester assise cinq minutes sans bouger si je lui en donne l’ordre ! C’était d’ailleurs le grand principe que j’essayais de faire entendre à Mnasyle, lorsque je voulais lui faire accepter le bien-fondé des instructions que je lui donnais : « Vois-tu, Mnasyle, nous ne sommes pas des bêtes. Ce n’est donc pas parce que ton corps te dit qu’il a soif, pendant le concert auquel tu assistes, que tu dois pour autant boire aussitôt, comme si tu étais l’une de tes chiennes (car il en a deux), qui irait en effet sûrement directement s’abreuver à sa gamelle d’eau, elle, puisqu’elle n’est qu’une bête. Si l’envie t’avait pris de pisser, serais-tu donc allé te soulager dans un bénitier, et devant tout le monde ? » Avant, pendant et après le concert, Mnasyle avait un tel besoin de me frôler, de me toucher, de me tripoter, de me caresser ou de me regarder que je me sentais à la fin littéralement étouffer de son oppressante présence. Tellement qu’il m’a été pénible de baiser avec lui, cette fois… J’ai préféré mettre un terme rapide à notre relation sexuelle, hier soir, et l’envoyer dormir sur le canapé. Je l’ai reconduit ce matin chez ses parents. Voici la lettre électronique que j’ai trouvée ce soir (j’en corrige seulement l’orthographe et la syntaxe) : « Coucou mon poulet (« mon poulet »… Tout est dit !), juste un petit mot pour m’excuser de mon comportement. Je suis vraiment désolé de t’avoir autant collé et de tout ce que tu m’as reproché ce matin dans la voiture. Enfin, j’espère qu’on pourra rester en contact. Tu es un mec super (c’est moi qui souligne !). Voilà ce que je voulais faire hier soir, en prenant cette feuille : c’était pour t’écrire ce petit mot. J’espère avoir une réponse de ta part. Surtout ne fais pas attention aux fautes. Mnasyle. » Il écrit donc qu’il trouve que je suis ‘‘un mec super’’… J’ai mauvaise conscience, maintenant. Je me fais penser à tatie Danielle, cet odieux personnage de cinéma qui déteste tout le monde et se montre d’une méchanceté absolue même avec les chiens. A la fin du film, comme une infirmière de la maison de retraite demande à une autre petite vieille pourquoi elle passe tellement de temps dans la chambre de celle-ci, la malheureuse, qui est devenue le souffre-douleur consentant de tatie Danielle, lui répond que c’est parce qu’elle la trouve gentille ! Je ne sais plus quels sont mes sentiments. Maintenant que Mnasyle est reparti, il me manque et je voudrais le revoir. Mais je sais déjà qu’à peine l’aurai-je revu que je ne songerai plus qu’à le voir repartir ! Je ne trouverai jamais personne pour partager ma vie, tout simplement parce qu’il n’y aura jamais personne que j’agréerai. Tout cela, c’est à cause de ma mère. Je suis trop occupé à faire en sorte de me délivrer de l’emprise qu’elle a sur moi pour me remettre déjà sous celle de quelqu’un d’autre. Et Mnasyle était toujours si désireux de m’embrasser, de me tenir enfermé dans ses bras, que je ne songeais plus qu’à m’en dégager ! A la fin, je ne supportais plus le moindre contact de son corps avec le mien, exactement comme je ne supporte plus le moindre contact avec ma mère, cette grande coupable, qui a fait de moi le monstre que je suis, c’est-à-dire un monstre encore pire qu’elle, puisque fait pour survivre à la monstruosité dont il est issu (il faudra que je le dise à Tirésias : pour moi, tout contact physique est devenu le début d’une emprise et me devient très vite intolérable). Camille a demandé encore aujourd’hui plusieurs fois de mes nouvelles. J’ai donc connu de nouveau le plaisir de ne pas lui répondre. J’ai besoin de me venger de lui, et pourtant, il me manque toujours, et ma tendresse pour lui est restée la même. Osman m’a dit l’autre jour que lorsqu’il le croisait, comme il lui arrive parfois, son petit Espagnol lui demandait toujours de mes nouvelles. J’aimerais beaucoup avoir une aventure avec cet Espagnol, qui est très à mon goût. Mnasyle, quant à lui, est de race portugaise : il est donc d’une beauté très brune, quand ma préférence est pour les peaux blanches. Mais enfin, dans son type, il est presque parfait.

01:45 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mnasyle, Osman, Pélagie, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

25/06/2009

Mercredi 24 juin 2009

            Hier, donc, dix-neuvième séance chez Tirésias, qui fut encore plus laborieuse que la dix-huitième, dont j’ai d’ailleurs trop tardé à faire le compte rendu dans mon autre journal, celui de mon analyse, si bien que j’ai fini par oublier tout ce que j’y avais dit. Je sortais du procès en correctionnelle où plaidait Phidippide, qui m’avait invité à venir l’écouter. J’ai donc commencé par parler à Tirésias de l’affaire qui était jugée et qui m’a fait repenser à Camille. La victime était en effet un jeune prisonnier, diabétique, comme ce dernier, qui avait subi des atteintes sexuelles de la part de deux de ses codétenus. Le malheureux avait fini par cesser le traitement de son diabète pour être envoyé à l’infirmerie, loin de ses bourreaux, qui avaient fait de lui un véritable esclave, chargé de toutes les tâches ménagères et à qui le ‘‘chef’’ de la cellule (où ils étaient cinq à loger) allait jusqu’à voler la nourriture et, donc, jusqu’à demander aussi, ou plutôt imposer de lui rendre des services d’ordre sexuel (ce qu’exigeait également l’autre accusé, qui était en quelque sorte le second de la cellule). C’est parce que le jeune homme, un peu simplet, s’est parfois contredit dans ses déclarations, qu’il n’a pu être établi de façon certaine, lors de l’instruction, qu’on l’avait forcé à pratiquer des fellations contre sa volonté, ce qui a évité les assises aux accusés, qui auraient sans doute mérité d’être jugés pour viol. (Ce qui leur était reproché, c’était donc d’avoir seulement mis leurs sexes devant la bouche du malheureux et d’avoir baissé son pantalon pour tenter de le sodomiser (sans y parvenir) sous la menace d’un couteau. « Ce n’était pas un couteau, mais un stylo, a répondu le ‘‘sous-chef’’, et c’était pour lui faire une farce ! » Telle était d’ailleurs aussi la ligne de défense du caïd de la cellule, qui était apparemment le plus farceur de tous. « On pouvait lui raconter n’importe quoi, disait-il à propos de sa victime, il le croyait ! Il a dix ans d’âge mental. » Car le caïd connaissait sa victime depuis l’école et la savait un peu simple d’esprit. La présidente a fait remarquer ironiquement que c’était sans doute parce qu’il avait dix ans d’âge mental que ce dernier n’était pas capable de prendre pour de simples plaisanteries les intrusions de ses codétenus dans son lit, venus le réveiller au milieu de la nuit en lui baissant le pantalon, en le menaçant avec un couteau ou un stylo, ou en l’étranglant. « Vous qui le connaissiez, vous auriez dû prendre sa défense au lieu de le terroriser. » Mais le pauvre garçon a vécu dans une terreur permanente : le caïd, surtout, menaçait constamment de le battre, de le violer, ou de le faire violer par les autres prisonniers. Il exigeait de se faire masturber par lui. Il le frappait s’il faisait le moindre bruit, comme lorsqu’il descendait de son lit, faisant sans doute ainsi grincer les ressors du matelas. Le plus étonnant dans tout cela est que le caïd était le plus jeune de la cellule. Je crois qu’il n’avait pas vingt ans : même sa victime était un peu plus âgée que lui (les autres étaient des hommes faits). C’est un ‘‘jeune’’, comme on dit pudiquement, c’est-à-dire un arabe, qui avait réussi à imposer sa loi aux autres prisonniers. Je crois d’ailleurs savoir que les arabes ont souvent le plus grand mal à reconnaître leurs penchants homosexuels s’ils en ont. Je ne sais si c’est parce que son père était dans la salle, comme me l’a fait remarquer Phidippide, et qu’il ne voulait pas passer pour un pédé devant lui, mais il ne cessait de dire qu’il n’avait commis aucune atteinte sexuelle : il ne voulait se reconnaître coupable que de harcèlement sexuel, puisque, prétendait-il, il n’avait voulu faire que des farces à son codétenu. En aucun cas il ne serait réellement passé à l’acte, disait-il : « Je ne fais pas ça, moi, c’est… c’est sale, madame la présidente ! ». Non, lui, il n’avait fait que des menaces, pour plaisanter. C’était les autres prisonniers qui avaient fait ce qui était sale. Mon ami Phidippide défendait l’une de ces crapules : celui qui n’était que le second de la cellule. J’ai trouvé tout cela fascinant. Au fond, cette affaire tournait autour de mon fantasme absolu, c’est-à-dire le grand absent du procès, la victime, le faible, le diabétique, l’être simple et qu’il faut protéger, l’être pur, mais non pas innocent, puisque au moment des faits, il purgeait une peine de prison pour des violences ou des vols, je ne sais plus. Bref, ce grand absent qui me fascinait, c’était un autre Camille : encore et toujours lui ; un Camille idéal, puisque la victime étant absente du procès, je ne pouvais qu’en imaginer l’apparence. Je ne sais plus par quelle transition j’en suis venu à parler ensuite à Tirésias de la difficulté que j’avais à trouver mes marques dans ‘‘ma nouvelle vie’’, dont le rythme a profondément changé en peu de temps. Je n’arrive pas encore à organiser un emploi du temps qui me satisfasse pleinement. Ma vie ‘‘sociale’’ étant beaucoup plus remplie qu’autrefois, je me retrouve avec bien moins de temps pour m’adonner à mes anciennes activités. Au fond, je reste insatisfait de mes sorties, et c’est sans doute pourquoi je sors tellement. Je me suis souvenu d’un article que j’avais lu dans l’exemplaire d’une quelconque revue pour bonnes femmes, chez ma mère, et qui traitait des régimes alimentaires. Pour ne pas grossir, était-il écrit, il ne faut pas se resservir et pour ne pas éprouver le besoin de se resservir, il faut que les plats dont on se nourrit soient délicieux, afin d’en tirer tout le plaisir possible en une seule fois. Pleinement satisfait, on ne doit alors plus éprouver le besoin de courir encore après des plaisirs qui, décevants, finiraient nécessairement par engraisser le mangeur frustré de régal. C’est d’ailleurs ainsi que je procède moi-même pour maintenir mon poids sous les 56 kilos : je me suis mis à cuisiner pour rester mince. L’hiver, je commence par préparer du potage, pour me donner l’illusion d’être à moitié rassasié quand vient la suite, qui doit être bonne, mais de petite quantité (c’est elle que je passe du temps à cuisiner). L’été, des légumes remplacent le potage. Enfin, je prends des fruits pour dessert. Mes soirées, mes amis, mes beuveries sont médiocres : c’est pourquoi, paradoxalement, je cours après ces nouveaux plaisirs qui me laissent toujours insatisfait. Je cherche une satisfaction qui ne vient pas. Puis (par quelle autre transition ?) : j’ai dit que je me sentais vieillir. Mes rides autour des yeux. Heureusement que ma sœur me donne tous ces produits de beauté que je n’aurais pas les moyens de me procurer sans elle. Mais je vois bien que le combat que je mène contre le vieillissement de mon corps et le délabrement de mon apparence est perdu d’avance. Ce vieillissement m’éloigne chaque jour un peu plus des garçons plus jeunes que moi et qui ont ma préférence. Je sors davantage pour faire des rencontres et trouver quelqu’un à aimer. Mais sortir me fatigue et accélère donc le vieillissement de ma personne, ce qui me rend moins séduisant et réduit mes chances de trouver mon bonheur. Il y a sans doute encore un équilibre à atteindre, avant que d’être définitivement emporté dans la chute. Dans quel état serais-je donc aujourd’hui si je n’avais pas dormi si longtemps ? Encore une fois, il me semble que rien n’a été dit lors de cette séance.

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24/06/2009

Mardi 23 juin 2009

            J’attendais désespérément des nouvelles de Camille, qui ne m’en a pas données depuis peut-être bien deux mois. Je voulais avoir une chance de lui montrer du dédain : ne pas décrocher le téléphone, s’il avait appelé ; ne pas répondre à son SMS, s’il m’en avait écrit ; ne pas aller à un rendez-vous qu’il m’aurait donné ; ne pas lui rendre un service qu’il m’aurait demandé. Ce fut chose faite cet après-midi. Mon ami Phidippide m’avait invité à venir l’écouter plaider tout à l’heure, dans une affaire en correctionnelle. Je ne l’ai hélas presque pas entendu, parce que j’ai dû m’absenter une grosse demi-heure, pour me rendre à ma dix-neuvième séance chez Tirésias, dont la maison est heureusement tout près du palais de justice. Phidippide concluait quand je suis revenu. Je ne sais donc toujours pas s’il est aussi talentueux que je voudrais croire mon futur avocat, si je dois recourir à ses services, au cas où l’on me jugerait pour les délits que j’ai moi-même commis et dont le pauvre Monsieur Véto, ce poète si délicat mais que j’ai maudit, fut l’innocente victime. L’autre jour, comme Phidippide se réjouissait d’avoir un nouveau client pour une  ‘‘très grosse affaire’’ au pénal, j’ai dit tout à coup pour moi-même, mais à voix haute : « Tiens ! Ça me rappelle quelque chose… Est-ce que ce ne serait pas cette sordide affaire dans laquelle un sinistre individu aurait fait ceci et cela, mais dans le but unique et planifié longtemps à l’avance de parvenir à faire cette troisième chose, plus répugnante encore ? – Mais si ! Comment peux-tu donc avoir entendu parler de tout cela ? – Ne me croyais-tu donc pas, lorsque je te disais qu’Ascylte ne pouvait s’empêcher de parler au premier venu des expertises dont il était chargé par les juges, violant ainsi allègrement le secret de l’instruction ? Si vraiment tu ne me croyais pas : la preuve est maintenant faite de ma bonne foi. Tu n’auras qu’à regarder les noms des experts qui figurent au dossier et tu trouveras sûrement celui d’Ascylte », ce que m’a confirmé tout à l’heure Phidippide, qui a vérifié la chose. C’est sans doute le soir où je l’ai présenté à Tityre qu’Ascylte a parlé de cette affaire. C’est dire s’il est con, tout de même. Après la frayeur que je lui avais faite au sujet des rapports d’expertise qu’il m’avait fait lire en toute illégalité, il continue donc de se mettre hors la loi, et devant un témoin cette fois ! Cela dit, je ne suis pas beaucoup moins imprudent que lui, moi qui rapporte tout cela dans ce journal, pour le publier aussitôt !

02:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Monsieur Véto, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

16/06/2009

Lundi 15 juin 2009

            Demain : dix-huitième séance chez Tirésias. Voici le compte rendu de la dix-septième, qui a eu lieu mardi 9 juin dernier. J’ai demandé à Tirésias s’il avait remarqué, comme moi, que j’avançais beaucoup moins vite depuis quelques semaines. (Car j’imagine que c’est de cela qu’il s’agit, que c’est cela qu’il faut : avancer…) Cela s’explique probablement par le fait qu’étant beaucoup moins atteint, sans doute d’ailleurs grâce à cette analyse, par ce que j’appelle ma phobie sociale, je mène une vie sociale, justement, beaucoup plus intense que naguère. La conséquence est que j’ai beaucoup moins de temps pour me retrouver seul avec moi et, donc, pour rechercher entre les séances les diverses associations qui pourraient en faire ensuite la matière. D’une manière générale, je me sens beaucoup mieux et, ressentant donc moins la nécessité d’‘‘avancer’’, je ne cherche pas non plus spécialement à faire ces associations censées me permettre d’aller encore plus loin. Paradoxalement : mieux je me trouve et moins je suis dans de bonnes dispositions pour faire en sorte d’aller mieux ! J’ai parlé des rêves faits dans les nuits du trois au quatre et du huit au neuf juin, que je vois bien qui ne sont pas sans rapport entre eux (dans l’un meurt Camille ; dans l’autre Nicandre ; les deux m’ont rejeté) mais que je peine à interpréter. Pour une fois, Tirésias a peut-être parlé plus que moi, en me donnant une interprétation possible, a-t-il précisé, de ces rêves. Dans l’un comme dans l’autre, il est important qu’un doute plane sur la réalité de la mort de mes amis. J’ai ce doute, parce que j’ai constamment peur d’être manipulé. C’est particulièrement frappant dans le premier rêve, où la pensée me vient que Camille a pu mettre sa mort en scène pour me faire chanter. Ce qui est plus frappant dans le second rêve, lors de l’enquête que je mène auprès de gens que manifestement j’importune, c’est ma crainte d’être rejeté, méprisé, abandonné. Rien donc que je ne sache déjà… Tirésias a conclu cette séance en m’exhortant à tenter de découvrir pourquoi j’allais mieux. Je n’en ai pas la moindre idée ! Au fond, rien n’a été dit lors de cette dix-septième séance.

03:38 Publié dans 2009, Camille, Journal, Nicandre, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

28/05/2009

Mercredi 27 mai 2009

            Il y a un an que Dominique Autié est mort. Hier soir, rencontre de Dioclès et dîner avec lui. C’est un Internaute avec qui je chatte depuis longtemps. Il est revenu vivre un mois chez ses parents, à Mont-de-Marsan, en attendant de partir pour le Nouveau Monde, en juin. Nous avons profité de sa présence ici pour nous voir. Il était curieux du nom que je lui donnerais dans ce journal et se demandait d’ailleurs suivant quel système je nommais mes personnages. La vérité est que je n’ai pas vraiment de système. Souvent, mais non pas toujours, j’essaie de donner aux faux noms les mêmes initiales qu’aux vrais. Parfois, mais assez rarement, finalement, je joue sur les étymologies. D’autres fois encore, je ne fais que garder, s’il me plaît, le nom qui m’est venu à l’esprit, comme c’est par exemple le cas ce soir, pour Dioclès. En ce moment, je vais régulièrement chercher de nouvelles idées de noms dans le Dictionnaire des Précieuses. Ainsi, c’est pour sa passion du théâtre que j’ai donné le sien à Cléocrite, qui est celui que porte Corneille dans ce dictionnaire. Puisque j’en suis à parler des noms qui ont cours dans ce journal, je tiens à rassurer mes lecteurs, et plus particulièrement un, qui était membre du site de pédés habituel, mais qui s’est fait apparemment renvoyer par le Webmestre, pour une raison qui m’échappe : j’ai bien toujours l’intention de créer un index des noms, pour aider les paresseux dans leur lecture. Mais n’étant pas moi-même un bien grand courageux, je n’ai pas encore trouvé l’énergie nécessaire à la création d’un tel index. Patience, donc. Osman m’a accompagné ce soir à l’église de Saint-Médard où était donné un concert de musique ancienne (celle de la Renaissance est ma préférée). Pensée pour don Esteban pendant l’interprétation des cantiques du Livre Vermeil de Montserrat. J’ai enfin pris le temps de lire les lettres prêtées par Sophronie, que je lui avais écrites lorsque j’étais adolescent. Celle-ci m’avait dit, en me reparlant de ces lettres, qu’elle s’était régalée d’y retrouver complètement le garçon qu’elle avait connu au lycée. Quant à moi, je ne m’y retrouve pas du tout ! Je suis atterré par la lecture que je viens de faire et j’ai vraiment peine à croire que le garçon prétentieux et détestable, obsessionnel et prodigieusement bête, qui a écrit ces torchons, c’est moi. Je ne me rappelais pas que j’avais été si soucieux de mes études, si inquiet de ma réussite scolaire, ce qui ne fut plus du tout le cas par la suite, une fois le lycée terminé. J’avais oublié presque tout ce dont il est question dans ces lettres, qui sont donc un précieux document sur les débuts de ma névrose. Elles sont d’abord un petit roman, je veux dire : le roman de Julien, dont je parle beaucoup. J’y apprends par exemple que je l’avais fait naître un 23 mars (soit la veille de l’anniversaire de ma sœur Laura) ; que je le faisais mourir un 26 février et que je faisais remonter notre rencontre à un 24 août. Je parle également dans ces lettres d’une amie censée avoir occupé dans mon cœur autant de place que Sophronie ou Anja, qui faisait apparemment de la danse, et dont je ne garde absolument aucun souvenir. Par contre, je me suis souvenu, grâce à cette lecture, des scarifications que je me faisais aux poignets et qui m’étaient complètement sorties de la tête. Dans ces lettres, je parlais énormément de suicide : de celui de Julien, mais aussi du mien, dont je n’avais pas le courage. « Si je dois me suicider, écrivais-je par exemple, ce ne sera pas par les veines. » (Cela dit, à moins que ma mémoire ne m’abuse, il me semble ne jamais avoir réellement été tenté par le suicide. Je parlais du suicide, sans du tout l’envisager sérieusement : c’était encore du roman. Mais il y a pire encore : j’allais jusqu’à exhorter Sophronie à mettre fin à ses jours, à ‘‘partir’’, comme j’écrivais, non seulement elle, mais aussi son jeune amant de l’époque, qui est devenu depuis son mari et le père de ses enfants, dont un garçonnet de trois ans et demie à peine, mais d’une grâce et d’une intelligence incroyables. Dès cette époque, la pensée de mon propre sang, de mes veines et de mon pouls me tourmentait. Je rapporte ainsi cette anecdote, dont je me souviens très bien, maintenant que je l’ai relue : « Parfois, à mon cours de piano, quand mon professeur me tient le poignet pour me faire battre la mesure, je suis pris d’un rire nerveux et de bouffées de chaleur qui ne s’arrêtent plus. » Il m’était très pénible de me faire ausculter par le médecin, dont les palpations me faisaient perdre toute maîtrise de moi. Encore aujourd’hui, je déteste me faire prendre la tension : j’ai l’impression que mes artères vont éclater. Avais-je dit que Phédon, lorsqu’il m’avait embrassé dans les commodités de la discothèque, avait exercé une succion sur ma lèvre inférieure qui avait failli me faire évanouir ? C’était comme s’il m’avait pris la tension ! Comme s’il m’avait ouvert les veines ! C’était un vampire qui me suçait le sang. L’écrire me donne encore des suées. Assurément, il y aurait dans ces lettres de quoi nourrir plusieurs séances chez Tirésias ! (J’y ai par exemple trouvé une formulation, à propos de Julien, très proche de ce que j’ai pu dire plus récemment au sujet de Camille. J’avais en effet écrit à Sophronie que Julien était mon enfant, mais aussi mon père, et mon frère.)

03:52 Publié dans 2009, Anja, Camille, Cléocrite, Dioclès, Dominique Autié, Don Esteban, Journal, Julien, Osman, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

26/05/2009

Lundi 25 mai 2009

            J’ai sans doute trop tardé à rendre compte de ma quatorzième séance chez Tirésias, qui a eu lieu mardi dernier. Ce sera demain la quinzième, déjà. Ce n’est pas la première fois que je tarde à consigner dans ce journal ce qui se dit lors de mes séances sur le divan. Au début, si je remettais toujours au lendemain ce petit devoir que je me suis fixé de tenir à jour la chronique de mon analyse, c’est parce qu’il m’était pénible de faire une seconde fois ces sortes d’aveux qui touchent souvent à des choses qui me sont très personnelles. Il est parfois plus difficile de soutenir le propre regard qu’on a sur soi que celui qu’y porte autrui. J’ai souvent le même déplaisir (mais il y a dans ce déplaisir un plaisir ambigu) à écrire ces rapports sur mon analyse qu’à scruter dans le miroir l’apparition de nouvelles rides sur mon visage, au coin de mes yeux, encore si imperceptibles que je ne sais jamais si elles viennent tout juste de s’ajouter aux autres ou si elles étaient là depuis longtemps déjà. Je ressens, avant de me mettre à cet ordinateur pour faire la relation de la dernière séance chez mon analyste, la même angoisse, mais le mot est sans doute trop fort, disons la même inquiétude qu’avant de vérifier que n’ont pas poussé pendant la nuit d’autres de ces taches qui m’étaient venues juste après avoir failli baiser avec Phédon, qui est noir, et qui m’avait littéralement donné la nausée (je n’en reviens pas moi-même d’être ainsi fait (ou contrefait) qu’il me faille écrire de telles choses sur mes relations avec des Noirs !). C’est aussi ce genre d’inquiétude que j’ai avant de me peser et que je sais, pour avoir trop bu ou trop mangé dans la semaine, que le cadran de la balance indiquera un kilo de trop. Un kilo, sur un total de cinquante-six, ce n’est presque rien, bien sûr, et la silhouette ne s’en trouve pas changée du tout. Pourtant, ce petit rien, ce seul kilo devient obsédant, tellement qu’à lui seul, il semble peser plus lourd que les cinquante-cinq autres ! On n’est pas loin de ne plus songer qu’à ce kilo, qui est le signe écrit, la preuve qu’on a changé, qu’on a grossi, et que le risque est donc là, kilos après kilos, de devenir obèse. L’indication d’un simple kilo en trop fait prendre conscience de quelque chose qu’on ne voyait pas ni ne ressentait. Il n’y a donc pas de raison, après cette prise de conscience, de le voir davantage, ce kilo supplémentaire qui ne change rien à la silhouette. Et pourtant, on ne peut plus s’empêcher de le garder à l’esprit, il devient une gêne, petite mais constante. Ce dont je suis censé prendre conscience grâce aux libres associations que je fais au cours de mon analyse a de semblables conséquences. Je découvre des choses qui étaient invisibles, auxquelles j’ai du mal à croire moi-même et que je ne parviens pas à ressentir, à éprouver (même si je dois bien admettre que c’est à cause d’elles, précisément, que mes sentiments sont tels qu’ils sont). La découverte de ces choses ne me semble donc changer absolument rien en moi. Pour reprendre l’image de la pesée, ma silhouette est inchangée : mon caractère, mes qualités, mes défauts, ma pente, ont l’air d’être rigoureusement les mêmes. Et pourtant, Cyrille, l’ami de ma sœur, et certains lecteurs de ce blogue me disent qu’à leurs yeux, j’ai déjà changé, en deux ou trois mois d’analyse seulement. Et de fait, j’ai moi-même constaté en moi une espèce de meilleure humeur générale, mais sans parvenir à lier résolument cette amélioration à mon analyse. Je l’y lie parce que j’ai commencé cette analyse précisément dans le but d’aller mieux, mais, à strictement parler, je n’arrive pas à faire le lien, justement. Je ne vois pas plus de rapport entre mon amélioration et mon analyse que, par exemple, entre les marées et la lune. L’influence de mon analyse sur mon humeur m’est aussi imperceptible que l’attraction de la lune sur les océans. Je sais qu’elles existent, mais il m’est impossible de les éprouver. C’est comme si la prise de conscience, qui me semble d’ailleurs souvent toute relative, avait pour conséquence des changements inconscients à leur tour ! Il se passe quelque chose qui échappe à mon contrôle, alors même que c’est pour garder ou reprendre le contrôle de ma vie que j’ai décidé de faire cette psychanalyse ! Les relations dans ce journal de mes séances chez Tirésias sont comme le kilo de trop qui s’affiche sur le cadran de la balance. Il y a une part de moi qui me dit qu’il serait bien plus simple de ne pas me peser. Sans pesée, je n’aurais pas connaissance de ce kilo supplémentaire, qui n’existe pas vraiment, puisqu’il ne change rien à la vision que j’ai de ma silhouette, mais qui est pourtant d’un poids infiniment supérieur aux cinquante-cinq autres kilos, puisqu’il est le signe inquiétant que je change sans le voir, sans l’éprouver, et presque sans le savoir, n’était l’indication de la balance. Savoir, ou avoir conscience, c’est ici bien différent d’avoir le sentiment, ou d’avoir l’impression, la sensation. La balance m’indique que je change malgré moi, ou plutôt, sans moi, en mon absence ! Sentiment fort désagréable qui m’a donc fait souvent, disais-je, remettre au dernier moment la rédaction du compte rendu des séances chez Tirésias. Mais depuis quelques semaines, il me semble qu’il y a une autre raison à ces ajournements. Lors des deux ou trois dernières séances, j’ai l’impression de n’avoir dit que des choses dépourvues du moindre intérêt, même pour moi ! C’est plutôt parce que je trouve désormais la relation de ces séances d’un grand ennui que je répugne tant à la faire ! Que j’en sois pour l’instant à trouver tout cela sans intérêt ne signifie pas que Tirésias ne parvienne pas à me faire dire, comme lors de cette quatorzième séance, des choses qui me sont très pénibles. Mais preuve qu’il ne se passe décidément rien de nouveau, en ce moment, dans cette analyse : ces choses si pénibles, cette fois, il ne me les a pas fait dire, à strictement parler, mais répéter. Je les lui avais déjà dites lors de la énième séance ! Mais, je m’en avise à présent : non, c’est lui, cette fois, qui a formulé les choses à ma place, plutôt que vraiment moi : je me suis contenté d’acquiescer, furieux d’avoir à revenir sur des choses que j’avais dites dès le début de cette analyse, précisément pour ne plus avoir à les dire. Tout cela (je n’en dirai pas plus) est pour moi tellement indicible qu’il y a des mots que je ne peux absolument pas prononcer, même pour dire des choses tout autres ! Je me demande d’ailleurs si je les avais vraiment prononcés devant Tirésias, ces mots, je ne sais plus lors de quelle séance, l’une des premières, comme j’ai dit. Sans doute m’étais-je perdu dans d’interminables circonvolutions et c’est plus vraisemblablement Tirésias qui avait reformulé tout cela en une phrase, probablement assez courte, d’ailleurs. Ce sentiment que j’ai de m’ennuyer lors de ces dernières séances est peut-être la conséquence d’un sursaut du refoulement. J’imagine que c’est pour combattre ce refoulement que Tirésias m’a forcé à revenir sur des choses dont je ne veux pas parler. J’avais d’ailleurs prévu, pour cette séance, de parler de tout autre chose, de choses sans grand intérêt, donc. Voici ce que j’ai eu le temps de dire d’inintéressant, tout de même, avant que la séance n’échappe complètement à mon contrôle : Sophronie, une amie du lycée, a retrouvé ma trace, grâce à un site d’anciens élèves, sur Internet. Elle m’a dit, dans son courriel, qu’elle avait voulu reprendre contact avec moi après avoir retrouvé dans sa chambre de jeune fille les nombreuses lettres que je lui avais écrites. Il y a des pans entiers de ma vie que j’ai totalement oubliés. Je ne me souvenais plus du toute de cette correspondance. Ce n’est pas seulement le contenu de cette correspondance, que j’avais oublié, mais l’existence même d’une correspondance échangée avec elle. Depuis cette quatorzième séance, j’ai revu Sophronie, qui m’a prêté ces lettres, que je n’ai d’ailleurs pas encore pris le temps de lire (encore un ajournement qui, probablement, n’est pas sans rapport avec le refoulement), mais dont j’ai bien reconnu le papier ! La meilleure amie de Sophronie n’est autre qu’Hermione, l’une de mes petites amoureuses de l’école primaire, celle qui, sans doute, succéda immédiatement à « Florence, ma seconde ». Je me rappelais que nous avions été camarades de classe, Hermione et moi, mais j’avais complètement oublié que nous avions également pris des cours de piano ensemble. Sophronie m’a dit qu’Hermione se souvenait de moi comme d’un enfant qui inventait des contes de fées à faire pâlir de jalousie les Perrault et autres Andersen ! Lorsque j’étais en terminale, un certain Cléocrite, qui avait la passion du théâtre, était tombé amoureux de moi. Il m’avait écrit une lettre, lui aussi, dans laquelle il me déclarait sa flamme, mais comme il ne connaissait pas mon adresse, il avait demandé à la conseillère principale d’éducation de me la transmettre ! J’ai perdu cette lettre, comme d’ailleurs celles de Sophronie. Le pauvre Cléocrite ne pouvait pas tenter de m’aborder à plus mauvais moment ! L’année de terminale fut pour moi l’une des pires de ma vie, durant laquelle ma phobie sociale a atteint l’un de ses paroxysmes. Je n’ai donc jamais répondu à Cléocrite, mais ai beaucoup souffert d’avoir à passer tous les jours, pour me rendre aux cours de philosophie, non seulement devant lui, mais encore devant tous ses camarades de classes, à qui il ne faisait pas mystère de son homosexualité ni des vues qu’il avait sur moi. Je ne pouvais m’empêcher de penser que tout ce petit monde me dévisageait pendant toute ma traversée du couloir, fort long, qu’il me fallait emprunter pour me rendre en classe de philosophie qui, bien sûr, se trouvait tout au bout. Ce n’est pas parce que j’avais honte d’être homosexuel, comme me l’a demandé Tirésias, que j’avais peur d’aborder Cléocrite ou de me laisser aborder par lui (pas consciemment du moins ; quant à savoir ce qui se passait alors dans mon inconscient ! Mystère !) ; c’est parce que je ne supportais pas d’être regardé et que, bien sûr, un abordage n’aurait pas manqué de jeter sur moi tous les yeux, ne serait-ce que ceux des camarades de Cléocrite, dont il me semblait déjà surprendre constamment des regards réprobateurs (à eux inspirés, selon mon délire du moment, soit par ma pédérastie manifeste (car je n’étais pas bien viril à l’époque, ce qui suffit généralement à faire un pédé, au moins de réputation), soit par mon indifférence, qui causait beaucoup de peine au garçon qui s’était épris de moi, et qui était fort aimé dans sa classe). C’était déjà bien assez pénible, pour moi, de devoir subir les regards implorants de Cléocrite, qui semblait vouloir me dire en pensée : « Regarde-moi, Olivier ! Je suis le garçon qui t’a écrit cette lettre d’amour ! Tu me dois bien donner cet amour en retour, puisque tu es manifestement pédé, toi aussi ! ». Et la pensée m’était insupportable de la vraisemblable nouveauté des regards qu’en cas d’abordage, tous les autres auraient portés sur moi et que j’imaginais devoir se dire : « Ah ! Quand même ! Il se décide enfin à répondre à notre Cléocrite, ce petit pédé qui regarde tout le monde de haut ! » Car à cette époque, je n’avais pas le courage ni la force de regarder les gens dans les yeux : aussi les regardais-je généralement au-dessus de la tête, s’ils venaient me parler, faiblesse qu’on prenait généralement pour de la superbe, ce qui, d’ailleurs n’a jamais vraiment changé depuis lors ! J’étais complètement aliéné ! J’étais l’esclave du regard insensé que je portais sur les regards qu’il arrivait inévitablement qu’on portât sur moi ! Je vivais un cauchemar éveillé. J’étais en enfer et, donc, assez peu disposé à l’amour. C’est pourtant sans doute ce qui aurait pu me sauver. Quand je repense à Cléocrite, je ne puis m’empêcher de croire que tout aurait été différent, si je l’avais laissé entrer dans ma vie et m’aimer. J’aurais trouvé en lui un soutien dans cette épreuve qu’étaient pour moi tous ces regards insoutenables, ces averses d’yeux dont je me sentais littéralement lapidé ; car, paradoxalement, c’est d’un regard qu’on a besoin, dans ces sortes de phobies, pour se protéger des regards. Grâce à l’aide de Cléocrite, j’aurais sans doute abordé différemment la vie ; j’aurais probablement vécu autrement : j’aurais vécu, tout simplement, ce qui, pour l’instant, n’a jamais été vraiment le cas. Parfois je cherche la trace de Cléocrite en tapant son nom dans Google. C’est ainsi que j’ai appris qu’il était devenu comédien et metteur en scène. Sans doute est-il heureux, ce qui, peut-être, n’aurait pas été possible, s’il était tombé dans ma vie. C’est quand j’ai dit que l’année de terminale avait été pour moi l’une des pires de ma vie que Tirésias a pris le contrôle de la séance pour me faire parler de ce que je ne peux pas dire. « Pourquoi ? », m’a-t-il demandé, et de fil en aiguille… J’avais tout de même eu le temps de lui dire qu’il m’était également resté de cette terrible époque de paralysie un grand respect, une grande crainte de l’autorité. Quand j’étais enfant, ma mère, cette usurpatrice de l’autorité de mon père, me façonnait de ses paroles de femme, comme le Verbe qu’il y avait au commencement, comme Dieu créant le monde en le disant. Il avait fallu, par exemple, lorsque j’avais une dizaine d’années et qu’elle venait de me faire changer de coiffure, qu’elle me dise qu’elle préférait que les cheveux sur mes tempes tiennent derrière mes oreilles, pour que je fusse pris d’une espèce de TOC, qui me faisait passer constamment mes mains dans les cheveux, pour les passer derrière les oreilles, comme le voulait ma mère. C’est probablement à cause de ce geste éminemment viril que les autres enfants de l’école se sont mis à me traiter de tapette ! Merci maman ! Tirésias m’a dit que j’étais donc, encore aujourd’hui, complètement à la merci de la volonté d’autrui, comme, par exemple, lors de mon récent enlèvement des Sabines pendant Phédon ! Il m’a dit la même chose qu’Ascylte à propos de Camille : « Vous ne savez pas dire non ! ». Cette vérité surprendra mes lecteurs qui, à force de lire ce journal, où je suis le seul maître, doivent me prêter beaucoup de volonté. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, lorsque je recherchais des plans et que je tombais sur quelqu’un qui n’était pas à mon goût, que je trouvais trop vieux, trop gros, trop sale, que sais-je encore, je n’osais pas le renvoyer ou m’en aller sans avoir baisé avec lui : j’avais peur de me comporter mal en coupant court, de ne pas faire ce qu’il fallait ! En réalité, j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Par exemple, lorsque j’étais encore étudiant à Bordeaux, j’ai baisé une fois avec un garçon qui était beau, mais qui vivait manifestement dans la rue et puait comme clochard. J’avais l’estomac tellement retourné que j’ai failli lui vomir dessus. Et je m’étouffais à moitié, parce que l’odeur de ses pieds était tellement épouvantable que je devais m’interdire de respirer par le nez pendant que je lui suçais la queue ! J’aurais pu lui demander d’aller se doucher, m’objectera-t-on… Mais non ! Je ne le pouvais pas, parce que ç’aurait été manquer de savoir vivre ! J’ai écrit que j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Il serait plus juste de dire qu’il y a des volontés auxquelles je me soumets entièrement. Car c’est sans doute à l’époque où je me forçais à baiser avec ce puant SDF que je faisais, de la Poupotte, ou la Glotte, comme je l’avais appelée, ma tête de Turc, tout à fait volontairement, et précisément parce que je la trouvais malodorante et sale. C’est elle, l’héroïne du « grossier méchant conte » que j’avais imaginé pour l’anniversaire de mon amie Laurence. J’inventais souvent des phrases dont la Poupotte était le sujet et qui faisaient beaucoup rire Myriam et Laurence, qui en inventaient d’ailleurs elles aussi : « Glotte en bas-résilles : rôti prêt à cuir ! », « Savez-vous pourquoi Glotte à les yeux qui brillent ? Parce qu’elle est si grosse que son godemiché, c’est le Phare des Baleines ! », « Quand la Glotte a ses règles, ce n’est pas des tampons qu’il lui faut acheter, mais des rouleaux de Sopalin ! ». Car je disais les noms des marques, dans mes beaux discours d’alors. C’est dire si j’étais tombé bas. Finalement, l’ordurière inspiration qui me faisait m’en prendre à la Glotte n’était pas bien différente de celle qui m’a fait imaginer les injures adressées à Monsieur Véto. Peut-être cette veine-là de mon inspiration est-elle un symptôme, elle aussi. Sans doute d’ailleurs ne faut-il pas être un bien fin psychologue pour comprendre que, probablement, la facilité avec laquelle j’injurie les Glotte et les Messieurs Véto et celle avec laquelle je subis l’injure de certains hommes sont les deux extrémités d’un même nœud que je suis apparemment encore bien loin d’avoir défait.

04:40 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cléocrite, Cyrille, Florence P***, Hermione, Journal, La Glotte, Laurence, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Myriam, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

19/05/2009

Lundi 18 mai 2009

            J’apprends à l’instant que Guillaume Cingal est accusé de violences contre un policier. Je n’ai rencontré cet homme qu’une fois, en avril 2007, chez Jean-Paul Marcheschi, et c’est à peine si je lui ai parlé, mais je ne crois pas beaucoup m’avancer en disant que Guillaume Cingal ne peut être soupçonné de la moindre violence. Le texte de la pétition de soutien à Cingal, que j’invite mes lecteurs à signer eux aussi, relate dans quelles circonstances ce pacifique universitaire s’est retrouvé accusé de violences dont il est manifestement innocent. Voilà qui me fait relativiser, comme on dit, mes propres démêlés avec la justice ! Et puis moi, au moins, je suis coupable ! Enfin : coupable des injures proférées à l’encontre de Monsieur Véto, et non pas de l’apologie qu’on prétend que j’aurais faite de la prostitution. Ce sera demain mon quatorzième rendez-vous chez Tirésias. Mais je n’avais pas encore parlé de la treizième séance (jeudi dernier) dans ce journal. Contrairement à mon habitude, je n’avais pas beaucoup ‘‘préparé’’ cette séance pendant la semaine qui la précédait. Je n’ai pas été aussi ‘‘ouvert’’, pour parler comme Tirésias, aux associations que j’aurais pu faire autrement. « Ce n’est pas grave, m’a répondu le psychanalyste, vous allez faire maintenant, devant moi, ces associations. » Le personnage d’Effy dans la série télévisée intitulée Skins, que je regarde sur Internet, en streaming. Sa grande beauté, que je trouve envoûtante, et à laquelle je suis particulièrement sensible. Ce personnage me fait penser à ma sœur Laura, très soucieuse de son apparence, elle aussi. Peut-être même est-elle un peu superficielle, mais je me rends compte que je ne la connais pas assez pour pouvoir en juger. Leur maquillage. (Je crois que Laura aime aussi cette série télévisée. Sur MSN, à côté de son pseudo, il y a écrit : Skins.) Peut-être m’a-t-il manqué de vivre près d’elle. J’ai longtemps trouvé Julie, mon autre sœur, très belle, elle aussi. Mais moins depuis quelque temps. Je trouve qu’elle devient vulgaire. Je n’aime pas ses manières ni son rire. Je ne sais si c’est lié au fait qu’elle soit avec Cyrille, qui me fait plutôt mauvaise impression. Julie ressemble de plus en plus à mon père. Je regrette d’avoir dit si ouvertement à ma sœur la mauvaise opinion que j’avais de Cyrille. Lors d’une conversation un peu tendue entre elle, ma mère et moi, blessée, elle m’en a fait le tacite reproche ; tacite, parce que Cyrille assistait à la conversation. C’est à cause de la tension qu’il y avait à ce moment-là qu’elle s’est laissée aller à faire à demi-mot cet aveu. Autrement, si elle avait gardé son sang froid, elle n’aurait rien dit et l’aurait gardé pour elle. Ça m’est particulièrement déplaisant, parce que, d’habitude, c’est à ma mère, à qui je ressemble décidément beaucoup, qu’on cache les choses, pour ne pas avoir à subir son silence et son regard réprobateurs et méprisants. Tirésias m’a demandé si j’aimais mes sœurs. Je lui ai répondu que je n’étais pas quelqu’un de très aimant. Mon attachement à elles est d’un autre ordre. Avec Julie, qui a grandi près de moi, c’est le sentiment de possession, mon espèce de droit d’aînesse, qui me tient lieu d’amour. Avec Laura, c’est la fierté que m’inspire sa beauté. Je regrette qu’elle n’ait pas grandi elle aussi près de moi : ç’aurait flatté mon amour propre. J’aurais pu dire au monde : « Voyez le beau patrimoine génétique que nous avons en commun, elle et moi ! » J’avais couché, deux jours avant cette séance, avec un garçon qui se trouve être le fils de voisins de ma mère. Il m’a dit qu’à l’époque où nous étions adolescents, lorsqu’il vivait chez ses parents et ma sœur et moi chez notre mère, il rêvait de coucher avec Julie, mais aussi avec moi. (Inceste ?) Il m’est désagréable que les garçons avec lesquels je couche se connaissent tous. Sentiment d’enfermement. Où que j’aille, je retombe toujours au même endroit. Il n’y a qu’un même et unique réseau de personnes, surtout dans le milieu homosexuel, et tout particulièrement dans une petite ville comme Mont-de-Marsan. Tout se sait. Le garçon qui est le fils de voisin de ma mère connaît Phédon, par exemple, ce Noir avec qui j’ai couché il y a une quinzaine de jours, et avec qui il avait lui-même couché, un mois plus tôt. Quant à Damis, que je suis retourné voir l’autre nuit dans sa boulangerie, il connaît l’ami de ma sœur, avec qui il avait sympathisé du temps que celui-ci était serveur dans le bar de cet homosexuel qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir le bruit que j’allais faire la pute à Toulouse, ce qui est entièrement faux. Je pourrais multiplier les exemples. (Damis et moi sommes tombés d’accord sur le fait que nous ne nous étions pas connus au bon moment. J’aurais dû le rencontrer deux ans plus tôt, quand il était encore mince ; et lui aurait dû faire ma connaissance dans dix ans : quand j’aurai terminé mon analyse ! Alors nous aurions pu nous aimer. Ça s’est joué à peu de choses, finalement : douze années seulement !) « Pourquoi le fait que tout le monde connaisse tout le monde vous dérange-t-il tant ? », m’a demandé Tirésias. Je ne suis pas sûr de le savoir même. Je n’aime pas ce que cette réalité implique, c’est-à-dire que tout se sache, que tout soit répété, qu’il ne soit pas possible de voir ses secrets gardés. « C’est encore le regard des autres, ce regard qui vous est toujours si pénible et qui vous angoisse tant. – Non, ce n’est pas de l’angoisse, que j’éprouve ici, ce n’est pas la peur d’être regardé comme je peux la ressentir dans la rue, dans les bars, dans les discothèques. C’est plutôt de la déception. Je trouve décevant que tous ces gens trahissent si naturellement tant de secrets. Mais si je dois être honnête, il me faut bien reconnaître que je suis affligé du même vice : moi non plus je ne garde pas les secrets, qu’on dirait n’avoir été inventés que pour être trahis. » Puis je suis revenu sur le mensonge que j’avais fait plus tôt au sujet du bruit qu’avait fait courir ce patron de bar sur le fait que j’irais me prostituer à Toulouse. « En fait, je ne vous ai pas tout dit, ai-je avoué à Tirésias. – Vraiment ? Dites-moi donc ce que vous ne m’avez pas dit. – Je vous ai déjà expliqué que je ne pouvais pas vraiment avoir de relations avec des hommes de mon âge. C’est presque toujours avec des garçons plus jeunes que je couche, ou avec des hommes plus âgés que moi. Mais avec ces hommes plus âgés, souvent, mais non pas toujours, je me prostitue. Bien sûr, c’est d’abord par nécessité que je le fais, occasionnellement, pour arrondir les fins de mois. Mais je me demande aussi si je ne le fais pas pour avoir un prix : pour me donner du prix. – Bien ! Très bien ! Nous allons nous arrêter sur cette phrase : ‘‘Avoir du prix’’, ‘‘AVOIR DU PRIX’’, c’est intéressant. C’est bien, que vous arriviez à me dire de telles choses : vous vous prostituez pour avoir du prix… » J’étais sûr que Tirésias apprécierait cette phrase, évidemment formulée en ces termes pour la lui faire relever comme particulièrement signifiante. C’est presque toujours sur ce genre de phrases, que j’ai généralement préparées à l’avance, qu’il clôt la séance. Plus tôt, il m’a fait cette remarque, au sujet de l’amour que j’ai ou n’ai pas vraiment pour mes sœurs : « Vous dites que vous ne savez pas aimer, c’est donc que vous savez ce que c’est qu’aimer, ce que c’est que l’amour, puisque vous êtes conscient d’en être incapable. »

02:33 Publié dans 2009, Cyrille, Damis, Jean-Paul Marcheschi, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Phédon, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume cingal

15/05/2009

Jeudi 14 mai 2009

            Monsieur Véto a donc répondu à la lettre électronique dans laquelle je lui demandais de retirer sa plainte contre moi. Il m’a rappelé que j’avais mis en ligne sur mon blogue un texte nominatif extrêmement violent à son égard (c’est hélas entièrement vrai), et accessible à tous sur un simple clic (d’ailleurs, je constate qu’en lançant dans Google une recherche sur Monsieur Véto, des liens mènent toujours aux pages où je le nommais et l’injuriais, même si j’ai effacé son nom de mon blogue depuis une bonne quinzaine de jours, maintenant) ; il a ajouté qu’il m’avait demandé de retirer ce nom et que je n’en avais rien fait ; qu’il n’avait donc pas pu faire autrement que de porter plainte contre moi. « Le Web, concluait-il triomphalement, n’est pas une zone de non-droit. » J’ai mis en doute, vendredi 1er mai, la bonne foi de Monsieur Véto qui, pensais-je, m’avait tendu un piège dans lequel j’étais lamentablement tombé. Je ne croyais pas, je ne crois toujours pas, d’ailleurs, qu’il ait eu sincèrement le désir de me voir retirer de mon blogue son nom ni les injures que je lui avais adressées. Tant que ces preuves de ma culpabilité se trouvaient dans mon journal, Monsieur Véto avait en effet une bonne raison de porter plainte contre moi (puisque, je le répète, il est entièrement dans son bon droit), c’est-à-dire de me nuire. Cela dit, même si je ne crois pas en la sincérité de Monsieur Véto, je dois à la vérité de dire ce qu’il m’a lui-même rappelé, dans une autre lettre électronique, c’est à savoir que, contrairement à ce que j’avais dit dans ce journal, il m’avait envoyé un courriel, le 4 janvier 2009, dont voici la texte : « Cher Olivier, je vous demande de retirer toute référence à ma personne de votre blog. Cordialement, Monsieur Véto. » Il s’était mis à me voussoyer pour cette grave occasion, dans laquelle, néanmoins, je restais son ‘‘cher Olivier’’, qu’il saluait d’ailleurs cordialement ! N’est-ce pas délicieux ? C’est donc le 4 janvier qu’il m’avait envoyé cette lettre, c’est-à-dire, si ma mémoire est bonne, avant que je ne bloque son adresse électronique, pour ne plus avoir à subir l’irritante démangeaison de ce pou du pubis. Je n’ai aucun souvenir de ce courriel, dont je ne mets cependant pas en doute la réalité. Seulement, je ne me rappelle qu’à présent que l’exaspération m’avait fait effacer sans les lire certains des messages de Monsieur Véto. C’était d’ailleurs précisément pour ne plus les recevoir que j’avais bloqué aussitôt après son adresse électronique. Tout cela ne m’excuse en rien, puisque je suis responsable de ce qui est publié dans mon blogue. Mais ce courriel que j’avais donc bien reçu, sans pour autant le lire, montre, je le crains, à quel point je suis décidément indéfendable ! Même ma petite théorie de la mauvaise foi de Monsieur Véto, à laquelle je crois toujours autant et qui aurait pu être à mon bénéfice une circonstance atténuante, ne tient pas vraiment. Quelle admirable vérité que ce Web qui n’est pas une zone de non-droit ! Elle est de ces vérités qui font comme donner corps aux imbéciles, à la fois leur tenant lieu de profondeur (proprement abyssale) et d’indépendance d’esprit (quelle nouveauté, en effet, que cette idée si originale, si audacieuse, si courageuse, même, que le Web n’est pas etc.) ! Non, le Web n’est pas une zone de non-droit. C’est en vertu de telles lois que les Messieurs Véto peuvent sévir en toute impunité sur Internet : ils mettent tout leur art à pousser leurs ennemis dans les derniers retranchements de l’infraction, pour pouvoir ensuite les menacer de recourir à la justice, quand ils ne le font pas tout bonnement, sans crainte du ridicule. C’est ainsi qu’a procédé Monsieur Véto, qui a tout fait pour se faire injurier (ce qui, je le redis, ne m’excuse en rien, certes, mais peut tout de même expliquer la violence de ma réaction), pour affecter ensuite d’être tout étonné de l’avoir été ! Encore une fois : c’était un piège ; je suis tombé dedans. Après tout, c’est la pure vérité, et c’est une bonne chose pour la paix civile (cela dit sans aucune ironie) : le Web n’est pas ni ne doit être une zone de non-droit. Quant à moi, je voudrais faire entendre cette autre vérité, beaucoup plus petite, il est vrai, et qui n’a certes pas force de loi, que ma vie ni le récit que j’en fais ne sont des pissotières. Quel besoin Monsieur Véto avait-il donc de venir pisser sur moi la désapprobation, le mépris que lui inspiraient la façon que j’ai de mener ma vie, de la juger ou d’en faire étalage dans mon blogue ? J’ai déjà dit qu’il y avait un malentendu entre mes lecteurs et moi : ce n’est pas parce que je publie cette relation de ma vie, ce n’est pas non plus parce que la possibilité est laissée aux internautes d’écrire des commentaires dans mon blogue, qu’ils ont moralement le droit de m’y faire part (ou dans des lettres électroniques) de tout le mal qu’ils pensent de moi ; du bien qu’ils en pensent, à la rigueur, mais c’est tout ! Peut-être la crudité de certains de mes propos fait-elle croire aux plus ou aux moins sensibles de mes lecteurs, aux moins humains d’entre eux, serais-je tenté d’écrire, que j’ai le cœur particulièrement bien accroché, et que je puis donc tout entendre sur mon compte sans m’en émouvoir. Eh bien ! Je vais peut-être en décevoir beaucoup, mais il n’en est rien ! Ce n’est pas parce que je suis méchant, comme don Esteban le prétend, sans doute d’ailleurs à juste titre, ce n’est pas non plus parce que j’affecte parfois ou souvent, je ne sais, d’être un cynique (mais je dis bien que je l’affecte seulement), ce n’est pas enfin parce que je suis plus enclin à montrer la partie la plus dure, je veux dire la plus indurée et la plus endurcie, de mon cœur, que je suis pour autant dépourvu de cette tendresse, de cette fragilité, peut-être même de cette gentillesse qu’il y a dès la naissance au cœur de tout homme et qui en font d’ailleurs sans doute la force paradoxale, la densité, la teneur. (Par exemple, ce n’est pas parce que je ne me cache pas d’aller occasionnellement me prostituer, le plus souvent ‘‘pour arrondir les fins de mois’’, que je ne rêve pas aussi de l’amour le plus pur et de l’eau la plus fraîche ! Il me semblait évident que les putes pouvaient avoir les mêmes aspirations que les jeunes filles en fleur. Même en pratiquant ce métier qui passe pour honteux, il arrive qu’elles s’attendent, comme n’importe qui d’autre et tout simplement parce qu’elles en méritent autant, à du respect, pour écrire un mot à la mode. (Mais qu’on n’aille pas s’imaginer que je me considère réellement comme une pute. Je ne me définis en effet pas plus comme tel que comme un distributeur de prospectus, par exemple. Mes deux travails, purement alimentaires et prenant relativement peu de mon temps, ne constituent qu’une part marginale de mon mode de vie. Si j’osais, je dirais que je ne pratique pas assez assidûment le noble métier de pute pour pouvoir me prévaloir du si beau titre qu’il confère ! C’est tout de même le plus vieux métier du monde ! Mais j’imagine que qualifier de noble un tel métier est déjà condamnable ! Je m’empresse donc d’ajouter que je ne pense pas vraiment ce que je viens d’écrire…) Je le disais l’autre jour : je n’en suis pas moins homme ! C’est sur un homme que l’incontinent Monsieur Véto est venu se soulager de la mauvaise opinion qu’il avait de moi. Et c’est également un homme que j’ai honteusement injurié. Comment expliquer que je me sois laissé tomber si bas ? Les quelques phrases qui font l’objet du délit étaient réellement épouvantables et dignes d’être proférées par les pires canailles issues des ‘‘cités’’ les plus diverses ou les plus sensibles, je ne sais comment dire : dignes d’un assassin (cela dit sans vouloir faire d’amalgame, comme je crois qu’on appelle la chose, ni de généralisations abusives… Je crains que les amalgames ne soient aussi condamnés, ou du moins aussi condamnables, que les discriminations ou que certaines incitations ou apologies dont je me serais également rendu coupable et dont il me faudra reparler. (Fin de cette parenthèse écrite à l’attention de la police, qui veille et lit peut-être encore ce blogue.)) Pourquoi suis-je tombé si bas ? Probablement parce que c’est dans une mauvaise période de ma vie que Monsieur Véto est venu déverser sur moi la tiède urine qui lui sert de conscience. Je venais d’être trahi par Ascylte et Camille, et ceux qui me lisent vraiment savent sans doute combien j’en ai souffert. C’est cet événement, et la radicalité de la réaction qu’il a failli m’inspirer, qui m’ont finalement décidé à commencer mon analyse avec Tirésias. J’étais donc à ce moment dans un tel état que la haine, la violence, le mépris, les grossièretés, les noms d’oiseau qu’il y avait en moi ne demandaient qu’à en sortir. Il ne fallait qu’un mot pour me faire exploser, et ce sont des lettres que Monsieur Véto m’écrivait, des lettres qui, je crois l’avoir déjà dit, auraient tout eu de vulgaires lettres anonymes, si je n’avais pas connu l’identité de leur auteur… Evidemment, Monsieur Véto ne pouvait pas savoir dans quel état je me trouvais, puisqu’il n’était plus un lecteur régulier de mon blogue, comme il me l’avait dit lui-même dans l’une de ses ‘‘lettres anonymes’’. Non, Monsieur Véto ne venait plus jeter un œil à mon journal que très occasionnellement, c’est-à-dire lorsqu’il ne pouvait plus se retenir de déverser les flots de sa bonne conscience ammoniaquée sur moi, de me pisser dessus, donc, ce qui me fait dire qu’il prenait ma vie et le récit que j’en faisais pour des pissotières. J’avais dit un jour que j’avais la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incitait à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. « On est sans doute moins tenté, poursuivais-je, de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Monsieur Véto et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom (car à ce moment-là, il n’écrivait pas encore ses commentaires sous sa véritable identité) ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! » J’ai donc fini par tomber aussi bas que Monsieur Véto, en l’injuriant fort, mais à un moment où il avait eu le petit courage de ne plus cacher sa véritable identité sur ce blogue. (Depuis, il semble avoir perdu ce courage, pourtant si petit, du nom. Car c’est bien de retirer de mon blogue toute référence à sa personne, qu’il m’avait demandé, dans sa lettre du 4 janvier, et non seulement les injures dont il était victime.) Dans la deuxième des lettres électroniques qu’il m’a tout récemment envoyées, Monsieur Véto m’écrit ceci : « Tu veux (car il s’est remis à me tutoyer), tu veux que je sorte de ta vie (Dieu sait que je ne demande pas mieux) et, à la fois, tu ne parles que de moi. Règle tes propres contradictions une bonne fois pour toutes. » Sans doute est-il vrai que je me contredis souvent dans ce blogue. Cela dit, je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de surprenant dans le fait que je parle beaucoup, dans mon journal intime, de l’homme qui, en portant plainte contre moi pour injures, a attiré l’attention de la police sur d’autres délits dont je pourrais être accusé, c’est à savoir la prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite dans une ou deux phrases qui, d’ailleurs, n’avaient sans doute pas échappées à Monsieur Véto, qui ne doit pas peu se réjouir, je pense, d’avoir fait d’une pierre deux coups ! (J’expliquerai un autre jour pourquoi cette accusation-là, au moins, ne tient pas debout, selon moi.) Il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce qu’un homme qui tient un journal intime y parle beaucoup de la personne qu’il juge responsable des deux heures qu’il a passées au commissariat de police, à débattre avec deux inspecteurs de littérature (je n’invente rien), d’homosexualité, de prostitution et de l’apologie que j’aurais donc faite de cette dernière. Je n’irai certes pas jusqu’à dire que l’expérience fut traumatisante, mais elle fut fort désagréable. Par contre, je pourrais probablement dire qu’il y a en effet quelque chose de traumatisant dans le fait de se sentir complètement à la merci d’un Monsieur Véto, c’est-à-dire de la bêtise la plus ordinaire, partagée, triomphante, et qui, non contente d’avoir raison, semble encore vouloir avoir raison de moi. C’est au procureur de la république que revient la décision de me poursuivre ou pas. Pour l’instant, je ne sais absolument pas quelle sera cette décision. J’imagine que je ne serais pas même informé du choix qu’il ferait de me laisser tranquille… Probablement n’est-on informé que si l’on est poursuivi. (Monsieur Véto, quant à lui, n’a pas daigné me dire s’il consentait à retirer sa plainte contre moi.) Mais quand donc cela se produira-t-il ? Il s’est tout de même écoulé presque la moitié d’une année entre le dépôt de plainte de Monsieur Véto et mon audition par les policiers. C’est donc comme s’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mais cette épée, pour moi, c’est l’épée de Monsieur Véto : c’est pourquoi je parle de lui dans ce journal. Il est tellement con qu’il y voit une contradiction. J’ajoute, mais je crois l’avoir déjà dit, que le Monsieur Véto de ce journal n’est plus tout à fait seulement le Monsieur Véto qui a porté plainte contre moi. C’est un type humain. C’est une allégorie de la bêtise humaine. Mais son ego est tellement démesuré qu’il croit que c’est uniquement de lui que je parle. A-t-il seulement compris pourquoi je m’étais mis à l’appeler Monsieur Véto ?

01:59 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Monsieur Véto, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

05/05/2009

Lundi 4 mai 2009

            Je dois me rendre demain à ma douzième séance chez Tirésias et je m’aperçois que je n’ai pas encore parlé de ce dont il avait été question lors de la onzième, la semaine dernière. Quant à la semaine précédente, il n’y eut pas de séance du tout, Tirésias ayant dû s’absenter. Je sais déjà qu’il sera beaucoup question, demain, de ce que j’ai écrit dans ce journal, samedi 2 mai, à propos de Phédon, le petit Guyanais, de sa peau noire, de ma nausée, des tâches marron apparues sur ma peau le lendemain et de ma grande angoisse en les découvrant. J’avais d’ailleurs oublié de préciser, ce jour-là, pensant naïvement que c’était inutile, que l’espèce de dégoût que, très probablement, Phédon m’a inspiré, au point que j’en ai eu la nausée et que j’ai cru que toutes ces tâches étaient apparues sur ma peau dans mon sommeil, comme par contamination, trouve son origine dans mes entrailles. Je ne faisais que tirer les conséquences des associations que j’ai faites, et qui semblent indiquer que c’est parce que Phédon est noir qu’il m’a été impossible de coucher avec lui, c’est-à-dire parce qu’il est tout le contraire du roux et pâle Camille. Mais ces conclusions (ma préférence pour le blanc plutôt que pour le noir) que je me suis permis de tirer ne sont fondées qu’en psychanalyse ! Elles n’ont aucune valeur politique, sociale, intellectuelle, je ne sais comment dire. Il y a pourtant un internaute qui s’est permis de me faire remarquer (sur le site de pédé habituel) que ce que j’avais écrit était « à gerber », pour reprendre ses mots. Et il ne croyait pas si bien dire, car on peut être amené à beaucoup parler en effet des productions de ses entrailles, lors d’une analyse. Est-ce que l’antiracisme s’est déjà si totalement imposé que, même dans les psychanalyses, il faille faire comme si les races n’existaient pas, je veux dire ces différences de couleur qui sautent aux yeux et peuvent avoir une très grande importance pour l’inconscient ? Pourquoi serait-il choquant d’écrire que c’est parce qu’il avait la peau noire qu’on a eu du dégoût pour tel garçon, comme j’ai fait, s’il ne l’est pas de dire, comme ce semble être le cas, puisque personne ne m’en a fait la remarque, qu’on a eu du désir pour tel autre (Camille, en l’occurrence), parce qu’il était roux et qu’il avait la peau très blanche ? J’espère que l’antiracisme ne nous mènera pas si loin, je veux dire jusqu’au point de nous imposer des quotas de Noirs ou d’arabes dans nos relations sexuelles ! Cela dit, si vraiment il me fallait coucher avec un Noir pour prouver ma stricte orthodoxie antiraciste, je crois que je serais tout à fait capable de surmonter mon dégoût, quand une fois j’aurais résolu de le faire. Après tout, je n’ai que rarement du goût pour mes ‘‘clients’’ et je réussis pourtant assez facilement, d’habitude, à faire comme si j’en avais. Mais c’est précisément parce que je ne m’étais pas foncièrement avisé de ce dégoût que je me suis laissé submerger par lui, avec Phédon. J’avais pour ce garçon une curiosité non feinte, parce qu’il me semblait être très différent de l’idée que je m’étais faite jusqu’alors des Noirs, parce que le trouvais réellement attirant lorsqu’il était habillé, et que le désire qu’il m’avait inspiré était sincère. C’est parce que je ne m’attendais pas à ce dégoût qu’il m’a terrassé. D’autant que je n’en ai pris conscience que le lendemain, en tentant d’analyser ma réaction. Sur le moment, j’étais entièrement inconscient de la cause de ce dégoût, ce qui explique que j’y aie si totalement succombé. Tityre, à qui j’ai raconté ma débandade, me dit qu’il trouve surprenant que je parvienne, par instants, à avoir du désir pour des gens qui ne m’en inspirent pas d’ordinaire. (Peut-être devrais-je parler de ce désir paradoxal à Tirésias.) Ce n’est pas la première fois, en effet, que je confiais à Tityre avoir couché avec des gens qui me déplaisent. Je l’ai d’ailleurs encore fait récemment avec Ascylte, après l’avoir invité à nous rejoindre chez Tityre, le onze mars dernier. (Tant que j’en suis à parler d’Ascylte : il m’a rejoint hier soir, sur MSN, pour me dire qu’il avait retrouvé les vœux que je lui avais envoyés au mois de janvier. Il voulait savoir s’il avait pensé à m’en remercier ! J’ai beau tourner notre conversation dans tous les sens, il semble bien qu’Ascylte ait pris cette lettre, qui était pourtant odieuse, pour de véritables vœux de bonheur ! Il m’a parlé de nouveau de ses problèmes de santé et dit souffrir d’une insuffisance corticosurrénalienne. Je n’ai pas la moindre idée de ce que cela peut être. Tout ce que je sais, qu’Ascylte m’a appris, c’est que cette insuffisance a pour conséquence de lui rendre très difficile de bander, de jouir ou même d’avoir du désir. Mais je me demande si cette insuffisance n’a pas aussi de fâcheux effets sur ses capacités intellectuelles. Comment expliquer autrement qu’il ait cru que mes vœux partaient d’un bon sentiment ? « Comme un Romain d’une Sabine. » Comme j’avais repris à côté de mon nom, sur MSN, ces quelques mots, dont la tournure me plaisait, Ascylte m’a demandé ce qu’ils signifiaient pour moi ? Il voulait savoir si j’étais amoureux. (Sans doute y voyait-il, lui aussi, le nom de Camille, qui s’appelle Romain, en réalité, comme j’ai déjà dit.) Je lui ai donc expliqué que c’était une allusion à l’enlèvement des Sabines, parce qu’un garçon s’était récemment emparé de moi, dans une discothèque, ‘‘comme un Romain d’une Sabine’’, pour me faire tourner dans ses bras sur la piste de danse. « Ah ! m’a-t-il répondu, je n’ai jamais entendu parler de cet épisode. » Il ne voyait réellement pas à quoi je faisais allusion ! Est-ce que ce n’est pas effrayant, tout de même, de savoir que les juges d’instruction confient des expertises psychologiques à des hommes qui ne savent pas ce que c’est que l’enlèvement des Sabines ? On ne peut s’empêcher de se demander s’ils ont déjà entendu parler de ce prince de l’antiquité, qui s’appelait Œdipe, et qui avait tué son père et couché avec sa mère… Mais je crois avoir déjà dit dans ce journal qu’Ascylte était un imposteur. Ascylte, c’est Tartuffe à l’époque des cellules psychologiques ! Il voudrait me revoir, pour m’inviter à dîner… Alors qu’il n’a même pas été fichu de bander, lors de notre dernière entrevue !)  Voici donc la relation de ma onzième séance avec Tirésias : Je lui ai parlé de ma relation sexuelle avec Didymias. Il m’embrassait trop. C’en était oppressant. (Est-ce qu’il ne me traitait pas comme une femme ?) Je ne supporte pas non plus que ma mère m’embrasse ni me touche. D’ailleurs, je lui ai demandé de ne plus le faire depuis une ou deux années. Elle avait en particulier l’habitude, en m’embrassant, de poser la main sur mon épaule ou de me toucher le cou, ce qui m’était particulièrement pénible. Pendant les relations sexuelles, je trouve angoissant qu’on m’embrasse dans le cou. Cette sorte de plaisir est pour moi une épreuve difficile à affronter. On ne peut pas me faire de suçons à cet endroit (n’ont plus qu’ailleurs, je m’en avise). Ils me donnent l’impression d’être vampirisé. C’est absolument insoutenable. J’ai lu que Freud expliquait en partie l’antisémitisme par le complexe de castration. Je ne suis pas antisémite, mais j’ai une certaine défiance envers l’Islam (circoncision/castration, comme pour l’antisémitisme ?). J’ai plusieurs fois regardé sur Internet des vidéos dans lesquelles des hommes se font trancher la tête par des islamistes (en Afghanistan, le plus souvent). Je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation. De là viendrait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Ma mère a tout d’une mère castratrice. Il m’était pénible de me faire toucher le cou par elle parce que je n’aimais pas la sensation qu’il en résultait d’être sous son emprise (et aussi : courber la tête). « Vous avez le sentiment d’être vampirisé par votre mère », me dit Tirésias. Un garçon circoncis est pour moi l’étranger par excellence. Or j’ai déjà dit que c’est aussi un frère que je voudrais trouver dans l’être aimé, c’est-à-dire quelqu’un de ma race, au sens de famille. Le sexe de mon père : j’ai toujours eu le sentiment que mon père et moi, d’après mon souvenir, avions des sexes de même forme et de même taille, comme s’ils étaient ce par quoi nous pouvons nous considérer de même race. A une époque, ma mère me laissait entendre que c’était à cause de moi qu’elle n’avait pas pu reprendre de vie sentimentale après son divorce d’avec mon père. Elle prétendait qu’à l’époque où elle fréquentait Jacob, le seul amant qu’elle ait eu, immédiatement après le divorce, je leur faisais des scènes terribles lorsqu’ils allaient s’enfermer dans la chambre de ma mère. Je suis presque sûr à présent qu’elle m’a menti. Je n’ai le souvenir d’avoir frappé qu’une fois à leur porte, parce que je ne comprenais pas pourquoi ils s’enfermaient dans la chambre. Ils m’expliquèrent alors qu’ils voulaient être seuls, et je n’ai plus refait de scène. J’imagine à présent que ma mère a inventé que j’avais été excessivement jaloux, pour me rendre responsable de son échec avec les hommes. Ou bien : le refoulement m’a fait oublier que ma mère a raison de me faire ces reproches ? Jacob était photographe. Ses photos, ainsi que celles qu’avaient faites l’un de ses amis, photographe lui aussi, montrent deux enfants malheureux : ma sœur et moi. Ma mère, qui a toujours aimé la beauté de ces photos, les faisait admirer à ses amies. Tout le monde ne voyait que la beauté des photos. Personne ne voyait les enfants malheureux qu’elles représentaient ! (Ma sœur me dit au contraire que c’est ce qui frappait ses propres amies, lorsqu’elles venaient chez nous : notre tristesse sur ces photos.) Maintenant que j’y repense, je me demande si Phédon n’était pas circoncis. J’ai vu sa queue, je l’ai sucée, mais j’avais tellement bu que je ne me souviens plus de ce détail crucial. C’est absurde d’écrire que je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation, d’où s’expliquerait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Cette difficulté est antérieure aux vidéos de décapitation. Sans doute ces dernières ne font-elles que renforcer, d’une part, la difficulté que je disais, et, d’autre part, la défiance que j’ai envers l’Islam, en redoublant en quelque sorte la peur de la castration.

03:45 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Didymias, Jacob, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Phédon, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

04/05/2009

Dimanche 3 mai 2009

            Au fond, tout ce que demandait Monsieur Véto, c’est de pouvoir me dire, dans les commentaires de mon propre blogue, tout le mal qu’il pensait de moi, tout le mépris que je lui inspirais, mais sans qu’en retour je bronchasse du tout. Est-ce que ce n’est pas le droit de tout homme, après tout, que de provoquer son prochain, de le pousser à bout, et de n’en subir aucune riposte ? Mais dans quelle époque vit-on ? Ce droit que voulait exercer Monsieur Véto, c’est celui de se comporter et d’être traité comme une femme, comme une de ces femmes qui se réservent le droit de rendre la vie impossible à des maris qui ont quant à eux le devoir de garder le sourire ou de baisser la tête ! Il arrive parfois que l’homme la relève, le temps de donner une gifle et d’être conduit en prison. Cela dit sans vouloir tenir de propos discriminatoires à l’encontre des femmes ni faire l’apologie de la violence conjugale, comme on dit de nos jours ! (Attention ! La police veille et lit peut-être encore ce blogue…) Monsieur Véto, c’est un de ces hommes-femmes comme il y en a de plus en plus : c’est un homme émasculé qui, n’en revenant pas d’avoir pris des coups qu’il a tout fait pour recevoir, est allé pleurer dans les bras de sa mère la police. En d’autres temps, heureusement révolus, dois-je m’empresser de préciser, car je n’ai pas non plus l’intention de faire l’apologie des pratiques qui avaient cours alors, cette ridicule affaire se serait probablement terminée par un duel. Mais il est vrai qu’en ces temps, un être aussi petit, aussi pleutre, aussi vile que Monsieur Véto n’aurait sans doute jamais été du nombre de ceux qui portaient l’épée et, d’ailleurs, il n’y aurait pas eu d’affaire, parce que les injures qui me sont reprochées n’auraient jamais été prononcées : une simple bastonnade les aurait remplacées ! Je crois qu’il y a un énorme malentendu relativement au fait que je laisse à mes lecteurs la possibilité de commenter ce blogue. Si les commentaires sont ‘‘ouverts’’, c’est surtout pour laisser à un éventuel prince charmant, pour parler comme un pédé (cela dit sans vouloir offenser la communauté homosexuelle, bien sûr, oh la la, loin de moi cette idée !), pour lui laisser la possibilité, disais-je, de se faire connaître à moi. Evidemment, vue la tournure que ce blogue a prise depuis quelques mois, la venue de cet hypothétique prince charmant est très compromise et ce d’autant plus que je l’ai déjà rencontré, il y a quelques années. Il avait hélas perdu son royaume et sa fortune : c’était don Esteban ! La Providence serait tout de même bien généreuse, et bien indulgente, en me permettant d’en rencontrer un second grâce à ce blogue. Je devrais sans doute m’estimer heureux de tomber sur un maquereau, compte tenu de ce que j’ai pu y écrire ! Je plaisante, évidemment. Moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie de la prostitution dans les pages de ce journal ! Si je laisse ouverts les commentaires, c’est aussi parce que j’aimais lire ceux de Pierre Driout, qui semble hélas avoir définitivement cessé de fréquenter ces lieux. C’est enfin pour ne pas décevoir un peu plus don Esteban, qui ne cesse de me dire que c’est une lâcheté que de les ‘‘fermer’’ ! Le malentendu porte également sur la raison qui me fait publier ce journal sur Internet. Je ne pensais pas avoir à l’écrire, mais enfin, il semble que ce soit nécessaire : si je le publie, ce n’est absolument parce que je suis curieux des réflexions que sa lecture peut inspirer aux internautes, même s’il est vrai qu’il peut m’être agréable de les connaître, lorsqu’elles sont aussi flatteuses que dans le commentaire que m’a laissé par exemple hier un certain Philip. Tout internaute est libre de l’opinion, bonne ou mauvaise, que je lui inspire, bien sûr, mais je trouve fort indélicat qu’on tienne absolument à me dire la mauvaise ici-même : pourquoi donc le faire, si ce n’est pour me blesser, pour me nuire, c’est-à-dire pour assouvir ses plus bas instincts, comme a fait Monsieur Véto, quoique en toute bonne conscience ? On n’a qu’à l’écrire dans son propre blogue ! Non, si je publie le mien, c’est parce qu’il est aux confidences ce que le fuckbuddy est aux amours ! C’est le propre de l’homme que d’avoir à se confier. Et pour être ce que je suis ou ce que je semble être à tous les Monsieur Véto qui lisent peut-être encore ce journal, c’est-à-dire pour leur être le plus souvent des plus détestables, je n’en suis pas moins homme ! Mais j’ai peu d’amis à qui me confier. Dans la confidence, le plus important n’est pas le secrétaire et, d’ailleurs, mes lecteurs les plus attentifs auront bien vu que j’ai peu de secrets pour eux ! Non, le plus important, c’est que ces secrets soient dits. Qu’ils soient dévoilés, chassés de moi, jetés dans l’air ambiant. Dans un tel but, écrire pour soi seul n’est pas suffisant : ce n’est pas tout à fait dire. Je publie donc tout ce que j’écris parce que j’ai besoin de le dire. Il me semble d’ailleurs que c’est également l’un des fondements de la psychanalyse. Je pourrais bien découvrir seul tout ce que je fais depuis que j’ai commencé nos séances avec Tirésias. Mais l’important est de le dire, du moins pour cheminer jusqu’au point de découvrir ce qui a toutes les chances d’être proprement indicible. J’écris ce journal sur Internet parce que je n’ai personne à qui le dire. Même ma mère ne me prêterait pas l’oreille qu’il y faudrait, surtout pas elle, d’ailleurs, qui est complètement folle et probablement la racine de tous mes maux. Pour que mon lecteur puisse se faire une idée de cette marâtre, qu’il songe seulement qu’elle est la première à me dire d’aller me prostituer quand, depuis qu’elle a décidé de devenir avec moi moins prodigue de son argent, je lui demande encore, sans grand espoir, de m’en donner un peu. « Tu n’as qu’à te trouver un vieux riche ou bien aller faire la pute », me répond-elle souvent. Elle le dit sans aucun dégoût pour la pratique qu’elle me recommande, mais comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et le métier le plus fait pour moi, qui ne sais pas faire grand-chose ni de mes mains ni de ma tête, il est vrai, et je ne vois d’ailleurs pas comment je pourrais le nier, ce journal en étant la preuve, ou plutôt l’aveu… Je n’ai pas particulièrement envie de me confier à une mère si disposée à se satisfaire que son fils fasse le plus vieux métier du monde, auquel seule l’antiquité, peut-être, pourrait donner un peu de prestige. Allons ! Il va de soi que je n’y trouve aucun prestige, non plus que de honte. J’espère qu’on voit bien qu’il n’y a dans ce journal nulle apologie de la prostitution. Je ne fais que la constater dans ma vie et dans le monde.

03:22 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Pierre Driout, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

02/05/2009

Samedi 2 mai 2009

            « Tu peux être fier de toi : tu as gagné. A cause de ta plainte, j’ai passé deux bonnes heures au commissariat de police, pour m’entendre expliquer que j’avais fait l’apologie de la prostitution, que c’était un délit, que j’aurais pu être mis en garde à vue pour cela. Maintenant, quelle sorte de vainqueur seras-tu ? Clément ou acharné ? Cela ne dépend que de toi et relève de ta liberté et de ta conscience. Tiens-tu réellement à me créer de vrais ennuis ? Je veux croire que non et espère donc que tu auras la décence de retirer ta plainte, comme j’ai retiré de mon blogue les injures que j’avais proférées contre toi. C’est uniquement pour te demander de faire cela que je t’écris, et certainement pas pour renouer avec toi. Tout ce que je souhaite, c’est que tu sortes définitivement de ma vie. Je veux pouvoir t’oublier enfin, comme j’avais fait jusqu’alors, et continuer ma route en espérant ne plus jamais croiser de gens tels que toi. » Il me semble avoir retrouvé l’adresse électronique de Monsieur Véto. J’espère qu’elle est toujours valide. C’est cette lettre que je viens de lui envoyer. Osman avait donc rendez-vous hier soir avec le sublime Callias, qui n’était pas à son goût, mais qui était très au mien : le moule qui donne leur forme aux garçons du type qui me plaît le plus semblait avoir été fait sur lui. Plus grand que moi, mince et souple comme une herbe, tel était Callias. J’ai pu constater, en regardant ses photos sur Facebook, qu’il fréquentait ou avait fréquenté Nicandre, qui lui ressemble d’ailleurs beaucoup, et la petite Mélanire. Hélas, ce n’est pas avec le beau Callias que j’ai failli baiser, hier soir, mais avec Phédon, un beau petit Guyanais bondissant, qui, après être venu me regarder pisser, comme pour vérifier la qualité de la marchandise, m’a sauvagement embrassé contre le mur des commodités pour me faire comprendre que je pouvais terminer la soirée chez lui, si je le souhaitais. Mais si j’écris que j’ai failli baiser avec Phédon, c’est parce qu’une fois effectivement rendu chez lui, ayant beaucoup bu et mangé d’un sandwich qui n’était peut-être plus très frais, je fus saisi de nausées qui m’empêchèrent de lui faire ce qu’il aurait voulu. Je n’ai pas eu le temps d’y mettre plus d’un doigt. Pardon pour ces détails, mais le risque était trop grand que je lui vomisse dessus ! D’ailleurs, à peine étais-je rentré chez moi que je reprenais les étreintes, mais cette fois avec la cuvette des W.-C., que j’ai beaucoup embrassée, elle aussi ! En me réveillant ce matin, c’est-à-dire en début d’après-midi, je me suis aperçu que de petites tâches marron étaient apparues sur ma peau pendant mon sommeil. J’ai réellement cru que c’était le Sida qui venait me faire savoir que non seulement je l’avais attrapé, mais encore qu’il s’était déjà déclaré ! Complètement paniqué de me retrouver si tôt à l’article de la mort, je suis allé voir un médecin, qui m’a dit que ce n’était rien de grave : ce n’était que ma peau qui avait cette tendance à produire des tâches marron et il n’était pas même nécessaire d’aller consulter un dermatologue, sauf s’il devait en apparaître trop. Je devais seulement éviter le soleil. Je me suis alors demandé si mon inconscient ne m’avait pas joué quelque tour. Et si je ne m’étais aperçu qu’aujourd’hui de la présence déjà ancienne de ces tâches ? Et si mon inconscient me les avait fait paraître plus sombres, plus marron, plus visibles à ce moment précis, je veux dire parce que je venais juste de presque baiser avec un Noir ? Je crois qu’il faudra que j’en parle à Tirésias. J’ai toujours pensé n’avoir aucune attirance physique pour les Noirs. Est-ce que, sans le vouloir, je me suis fait trop violence en me frottant à ce Noir, au point d’avoir l’illusion que ma peau devenait semblable à la sienne ? Est-ce que la nausée que j’ai eue, hier, n’était pas le fruit de mon imagination, la manifestation physique, comme dans l’hystérie, de causes enfouies, oubliées ? C’était Callias que je désirais. Mais justement parce que c’est lui que je désirais vraiment, je n’ai pas eu le courage de rien entreprendre pour le séduire. Au contraire, je me suis laissé draguer par l’autre, par Phédon, le petit Noir, sans lui résister du tout. Je me suis laissé porter par lui, et même littéralement, quand à un certain moment, il s’est emparé de moi, comme un Romain d’une Sabine, pour me faire tournoyer dans ses bras sur la piste de danse. Mais en me laissant faire ainsi, je me demande si je n’ai pas violé une part enfouie de moi, qui ne veut pas du noir. Je suis extrêmement sensible à la blancheur des peaux. Je me souviens que les tétons presque blancs de Camille me rendaient fou. Pendant toute mon adolescence, et longtemps encore après, j’ai absolument refusé de laisser ma peau bronzer au soleil. Que sont donc ce noir et ce blanc qui semblent avoir tant d’importance pour moi ? Pureté et impureté ? Excréments et lait ? Je ne sais. Mes mains tremblent en l’écrivant. C’est sans chercher à faire une heureuse comparaison que j’ai dit : « comme un Romain d’une Sabine ». Ces mots me sont spontanément venus sous la plume au moment de les écrire. C’en est presque effrayant. Romain est le véritable nom de Camille. Quand j’étais adolescent, je suis tombé amoureux d’une très belle fille qui s’appelait Sabine et dont la peau était d’une éclatante blancheur. Elle s’était jouée de moi, un jour, en me faisant croire être tombée amoureuse d’un garçon qui me plaisait beaucoup lui aussi, et dont j’étais également amoureux. Ce n’était qu’une farce que le garçon et la fille avaient voulu me faire, mais j’avais été absolument incapable de la subir, d’y faire face. Je crois que j’avais eu une espèce de crise de panique : j’étais parti en courant, absolument incapable de me contrôler, absolument incapable de réagir autrement. « Comme un Romain d’une Sabine. » Est-ce que mon inconscient veut me dire que Romain, c’est-à-dire Camille dans ce journal, fut pour moi une nouvelle Sabine, son descendant, et non seulement un nouveau julien ni une nouvelle Anja, rousse elle aussi, et très pâle ? Quand je me suis mis dans ce journal à donner des pseudonymes aux personnages de ma vie, j’ai d’abord pris le parti (auquel j’ai renoncé depuis) de donner à mes amants des noms assonant parfaitement entre eux : Damis, Alcide, Camille. Or, a et i sont les deux voyelles qu’on entend en prononçant le nom de Sabine. En inventant Julien, j’avais imaginé que, tel une dame de l’hôtel de Rambouillet, il s’était donné l’un de ces noms dont précieux et précieuses aimaient s’affubler. Ce nom, c’était Daphnis : a et i, déjà.

22:37 Publié dans 2009, Alcide, Callias, Camille, Damis, Journal, Julien, Mélanire, Monsieur Véto, Nicandre, Osman, Phédon, Sabine, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

18/04/2009

Vendredi 17 avril 2009

            Hier soir, dixième séance chez Tirésias, durant laquelle il ne fut question presque que de ma sœur. Dimanche 12 avril, lors du dîner, Julie a dit qu’elle enviait l’étroitesse du lien qu’il y avait entre notre mère et moi. Selon ma sœur, nous serions parfois capables de nous comprendre sans même nous parler. Il y a certains de nos silences qu’elle ne comprend pas du tout, mais qu’elle voit bien qui sont parlants pour nous. Comme Cyrille n’était pas présent à ce dîner, parce qu’il avait, ce week-end, la garde de son fils, dont la présence nous est insupportable, à ma mère et moi, qui avons l’agitation des enfants en horreur, je me suis fait la réflexion que nous étions bien égoïstes de ne pas faire l’effort de tolérer davantage le père et le fils. Je me suis également demandé si notre insistance à exhorter Julie à quitter son amant n’avait pas quelque chose de malsain. En quoi cela nous regarde-t-il donc ? Après tout, ma sœur est libre de mener sa vie comme elle l’entend. Il est décidément bien vrai que je ressemble énormément à ma mère, par mon intolérance et mes dégoûts, et cette réalité m’est pénible, car ma mère est une femme à qui je n’aime(rais) vraiment pas ressembler ! Ce m’est d’autant plus pénible que je ne puis m’empêcher de penser que c’est à cause d’elle, et précisément de ses dégoûts, que je suis devenu cet être névrotique qui va s’allonger toutes les semaines sur un divan chez Tirésias. Ce dernier me demande quel type de relation j’entretiens avec ma sœur. Je lui réponds qu’elle est présente dans ma vie comme une évidence : c’est comme si elle avait toujours été là. Peut-être aussi ai-je le sentiment qu’elle m’appartient, puisqu’il me déplaît tant qu’elle ait un Cyrille pour amant. Je ne suis pourtant pas amoureux d’elle, même si j’ai déjà eu l’occasion de parler à Tirésias d’une espèce d’éphémère inceste entre elle et moi, il y a fort longtemps. Comme Cyrille n’était pas là, dimanche dernier, Julie a profité de son absence pour nous faire quelques nouvelles révélations sur lui, grâce auxquelles ma mauvaise conscience n’a pas duré bien longtemps. Au contraire, ce qu’elle nous a appris n’a fait que nous conforter, ma mère et moi, dans la mauvaise opinion que nous avons de lui. Pour commencer, ma sœur nous a redit les forts soupçons que lui avaient inspirés certaines confidences de l’ex-femme de Cyrille sur le cancer des poumons dont il leur avait dit qu’il était atteint. Non seulement personne ne l’a jamais vu se soigner, mais encore serait-il malgré tout presque guéri… Ce n’est pas la première fois qu’un amant de ma sœur lui ment sur des sujets aussi graves. Déjà Hiéronymus lui avait caché qu’il était séropositif. « L’ami de votre sœur serait donc un affabulateur », me dit Tirésias. C’est cela : un affabulateur, qui profite de la crédulité de Julie, crédulité qui n’est d’ailleurs pas loin de me laisser pantois. Pour avoir avec elle des relations sexuelles sans préservatif, celui-ci a en effet réussi à lui faire croire, je ne sais comment, qu’il se faisait prescrire un traitement préventif contre le Sida ! Ce n’est qu’en parlant de ce prétendu traitement au médecin qui la suit que ma sœur, cette sotte, a compris que Cyrille s’était probablement fichu d’elle. Si ce dernier faisait allusion au traitement prophylactique prescrit en cas d’urgence après une exposition au virus, son docteur a expliqué à ma sœur qu’aucun médecin digne de ce nom ne le prescrirait à quelqu’un qui ne cacherait pas qu’il voudrait le recevoir dans le but d’avoir des relations sexuelles non protégées avec une personne séropositive, ne serait-ce que parce que son efficacité n’est pas assurée (aux dernières nouvelles, lui a rappelé son docteur, il n’y a toujours pas de vaccin contre le Sida !). D’autre part, ce traitement coûte une fortune, et ce serait une aberration économique que de le prescrire dans un tel but, surtout avec tant de risques. Soit Cyrille a menti à ma sœur, soit il ment régulièrement à des médecins pour se faire prescrire ledit traitement, soit enfin il a trouvé un médecin véreux qui a bien voulu entrer dans son jeu. Autrement dit : soit il ment, soit il vole, soit il ment et vole. Au cas où il serait bien un voleur, ce qui ne m’étonnerait guère, ma sœur lui a montré ses propres feuilles de remboursement, pour qu’il ait une idée de l’importance des sommes qu’il détourne et cesse de le faire, parce qu’elle croit sans doute qu’il a une conscience… Apparemment, Cyrille et ma sœur ont déjà ‘‘pris des risques’’, comme on dit pudiquement, parce que celle-ci semble craindre de l’avoir contaminé. Elle nous a en effet parlé, à ma mère et moi, de son désir de lui faire signer un document dans lequel il reconnaîtrait avoir toujours été conscient de la séropositivité de ma sœur et n’avoir donc pu être contaminé, le cas échéant, qu’en connaissance de cause… Elle craint en effet qu’en cas de séparation (et de contamination), Cyrille l’attaque en justice, influencé par sa mère et sa sœur, qui la détestent et seraient ‘‘deux vraies connes’’, à ce que dit ma sœur, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elles sont du même moule que le grand C. Il me paraît évident que ma sœur, qui n’a jamais été éprise de Cyrille, comme je l’ai toujours dit, n’ose pas le quitter pour plusieurs raisons, dont cette peur de l’avoir contaminé et d’être inquiétée pour cela. Julie semble d’autre part être entièrement sous l’emprise de Cyrille, qui est un affabulateur, comme j’ai déjà dit, et un manipulateur, comme l’était d’ailleurs Camille. Pour l’instant, ma sœur n’admet pas qu’elle est manipulée : elle croit naïvement être celle des deux qui porte la ceinture, parce qu’elle a littéralement entretenu Cyrille pendant plus d’un an et que c’est encore elle qui tient les cordons de leurs deux bourses, parce qu’elle estime que l’argent qu’il gagne pour l’instant lui revient en remboursement des dépenses qu’elle a faites auparavant pour lui. Mais elle ne comprend pas que l’espèce de confort matériel qu’elle a donné à Cyrille et que les ‘‘facilités de caisse’’ qu’elle lui permet encore sont l’heureuse conséquence pour lui d’une manipulation à laquelle elle ne veut pas croire justement parce qu’elle lui donne l’illusion d’être celle qui manie l’argent. Mais encore récemment, elle a vu sa facture de téléphone multipliée par quatre parce que Cyrille avait passé des appels professionnels vers des téléphones portables depuis la ligne fixe de ma sœur. Parce qu’il ne lui avait rien dit, celle-ci ne s’en est aperçue qu’en recevant sa facture. Comme elle a pu lui faire une mercuriale, elle croit être celle qui mène la barque mais, en attendant, c’est bien Cyrille qui a profité de l’espèce d’avance que ma sœur lui a faite et dont la dette s’ajoute à toutes les autres, dont il a tout le loisir de remettre le remboursement aux calendes grecques. Il semblerait enfin que Cyrille garde ma sœur sous son emprise par la terreur. Il y a eu en effet une suite au grotesque épisode de juillet 2008 durant lequel Cyrille avait voulu, par jalousie, ‘‘casser les genoux’’ de Fred, l’ancien amant de julie, suite que cette dernière ne nous a donc apprise que dimanche. Une fois rentrée chez elle, ce soir-là, celle-ci a retrouvé un Cyrille qui, toujours aussi furieux, a sorti de sous leur lit un fusil de chasse avec lequel il est allé s’asseoir dans le salon, laissant dans leur chambre, dont il avait refermé la porte, ma sœur complètement terrorisée, qui se demandait s’il préparait son suicide ou son meurtre… Quand enfin ma sœur a trouvé le courage de sortir de la chambre et de demander à ce furieux ce qu’il comptait faire avec son fusil, celui-ci, qui s’était apparemment un peu calmé, lui a répondu qu’il était tout simplement en train de nettoyer l’arme, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à une heure si tardive, après avoir passé la plus grande partie de la soirée à errer dans les rues de Mont-de-Marsan à la recherche du pauvre Fred, dont il voulait tout de même casser les genoux, comme j’ai dit… Il me semble évident que Cyrille a voulu menacer ma sœur et que celle-ci garde désormais à l’esprit qu’elle dort au-dessus d’un fusil qui pourrait servir un jour à l’assassiner ou à repeindre en rouge les murs de son salon, si le grand C choisissait plutôt de mettre fin à ses propres jours, ce qui serait un moindre mal et aurait le mérite de régler le problème que constitue cet encombrant amant dont ma sœur ne sait comment se défaire. « Vous êtes donc inquiet pour votre sœur », me dit Tirésias. Je lui réponds que je le suis en effet, mais que mon inquiétude pour elle n’est pas aussi grande que l’indignation que m’inspire le comportement de Cyrille. J’imagine que si j’étais quelqu’un de normal, ce serait la peur pour elle qui l’emporterait. Mais il n’y a rien à faire, c’est l’indignation qui prend le plus de place dans mes pensées, et ma colère contre ce sinistre individu, dont je n’aime ni l’extraction (il faut voir le père et la mère, qui sont réellement plouquissimes), ni les manières (dormir avec un fusil sous son lit, c’est d’un goût !), et qui s’est introduit dans ma famille, pour en détourner ma sœur, qui m’appartient, oui, c’est bien le sentiment que j’ai, ce qui n’est sans doute pas normal, je veux bien en convenir. Je me sens personnellement humilié que ma propre sœur puisse s’abaisser à frayer avec ce ressortissant de Franche-Comté qui est surtout franchement con, comme je dis souvent à ma mère. C’est paradoxal, puisque je me suis moi-même laissé chavirer par un Camille, qui est un peu l’équivalent Landais et pédé de l’amant de ma sœur, il faut bien le dire. Il se peut donc qu’elle et moi nous ressemblions beaucoup par nos amants, comme ma mère et moi par nos dégoûts. Nous avons tous les deux un goût prononcé pour les grands minces et de santé fragile comme sont ou sont censés l’être Hiéronymus, Cyrille ou Camille. Nous nous prenons d’affection pour des menteurs et des manipulateurs. Hiéronymus et Cyrille se ressemblent en effet en cela qu’ils ont fait de très graves mensonges à ma sœur, le premier sur son Sida, qu’il lui cachait, le second sur son cancer, qu’il a sans doute inventé ! Tous les deux en sont venus à se passer du préservatif dans leurs relations sexuelles avec elle, quoique, sans doute, pour des raisons différentes. C’est probablement le déni de sa propre maladie qui a fait agir si mal Hiéronymus, au point de donner le Sida à ma sœur. Quant à Cyrille, il ne m’étonnerait pas qu’il ait l’intention de l’attraper, sans doute dans le but de se lier encore plus ma sœur, par la mauvaise conscience et la culpabilité que la contamination du garçon ne manquerait pas de causer à celle-ci. Peut-être aussi manœuvre-t-il pour la faire tomber enceinte, là encore dans le but de l’enchaîner à lui. Camille aussi m’a menti, quoique que sur des sujets moins graves. Il m’a également beaucoup manipulé. Il est amusant de noter que Cyrille a sans doute été séduit, lui aussi, par ce Camille dans lequel il s’est peut-être reconnu, le fameux soir où il l’a tripoté dans la salle-de-bain, chez ma sœur. Mais comme c’est précisément de Camille, autre grand affabulateur, que je tiens cela, il se peut fort bien que tout soit faux. Je comprends d’autant moins la réticence de ma sœur à quitter son amant qu’elle semble être bien consciente que Cyrille est quelqu’un de fort peu recommandable, puisqu’elle le soupçonne déjà d’être capable de lui faire les pires ennuis si, l’ayant laissé se faire contaminer par elle (ce qui est en soi une folie), elle se décidait enfin à quitter cet illuminé. Sinon, pourquoi donc voudrait-elle lui faire signer ce papier qui n’aurait probablement pas bien grande valeur aux yeux d’un juge ? Tout cela sent la névrose plein nez et d’ailleurs ma sœur m’a elle-même prié de demander à Tirésias s’il n’avait pas un confrère à lui recommander.

02:35 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Fred, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

16/04/2009

Mercredi 15 avril 2009

            Je rentre à l’instant de chez Tityre, où le beau Clinias et le terrible Cléomédon passent quelques jours de vacances. Je les avais déjà vus, lundi soir dernier, lors d’un dîner chez le même, auquel participait également Anaximandre ‘‘de Paris’’, comme dit Tityre, pour le distinguer du cinquième convive, qui porte le même nom, mais qui, se faisant appeler de celui d’un célèbre cardinal français, sera nommé ‘‘Richelieu’’ dans ce journal, si jamais il doit en être de nouveau question. Don Esteban et d’autres avant lui m’ont dit qu’ils se perdaient dans les noms de tous mes personnages et souhaiteraient donc que je crée un index pour les aider dans leur lecture. Peut-être devrais-je suivre leur conseil. M’y perdant moi-même, j’ai d’ailleurs déjà créé depuis longtemps, pour mon usage personnel, une tabula nominum qui m’aide à retrouver à qui appartiennent les invraisemblables noms que je donne aux personnes évoquées dans ces pages. J’ai appris de Cléomédon, lundi soir, que son Clinias était circoncis ! Je devrais peut-être parler à Tirésias de mon aversion pour les sexes circoncis, aversion toute relative, il est vrai, car je n’arrêtais pas de penser, une fois cette révélation faite, qu’il me plairait fort de voir celui du beau Clinias, que je trouvais d’ailleurs encore plus beau rougissant de l’indiscrétion de son terrible amant. En l’observant ce soir, je me suis tout de même demandé pourquoi je le trouvais si attirant. Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. Mais dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! Sans doute Clinias n’est-il pour moi qu’un fantasme, comme l’était déjà Camille, cette autre créature indéfinissable, incompréhensible, inexistante et pourtant l’obsession de mes pensées. Mais il est peu probable que j’aie le temps de parler demain de mon aversion tout relative pour les sexes circoncis. J’aurai sans doute bien trop à dire sur ce que ma sœur nous a confié, à ma mère et moi, dimanche dernier à propos du grand C, qui est apparemment quelqu’un de beaucoup plus inquiétant que j’aurais cru.

03:32 Publié dans ''Richelieu'', 2009, Anaximandre, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

09/04/2009

Mercredi 8 avril 2009

            J’ai dit dans ma relation de la septième séance chez Tirésias que je n’avais d’abord pas su formuler aussi nettement que dans le récit que j’en faisais ensuite dans ce journal certaines des choses que j’avais dites à mon analyste. C’est de ces choses qu’il fut de nouveau question lors de la huitième séance. Inutile, donc, de les récrire ici. Quant aux choses qui n’avaient pas déjà été dites lors de cette septième séance, elles le furent de nouveau lors de la neuvième, hier matin. Autant donc en faire directement la relation. J’ai commencé par parler de la soirée du samedi 4 avril à Montfort avec Tityre. Lors de la séance précédente, la huitième, je m’étais arrêté sur une expression qu’avait relevée Tirésias : « J’ai peur, avais-je dit, de ne pas être à la hauteur ». Cette peur s’est sans doute fait ressentir lors de ladite soirée à Montfort, où étaient présents plusieurs couples, membres d’une association d’homosexuels à Mimizan. J’avais le sentiment de ne pas pouvoir intéresser tous ces garçons dont le cœur était déjà pris. Je me sentais un peu honteux de ne pas être dans la même heureuse situation qu’eux. Il est vrai que je pouvais passer pour l’amant de Tityre, mais, d’une part, je gardais à l’esprit que ce n’était qu’une apparence, et, d’autre part, le fait que ce dernier soit mon aîné de plus de vingt ans ne me valorisait pas. J’avais l’impression d’être dans la position de quelqu’un qui n’avait pas trouvé mieux. J’ai redit à Tirésias que je n’avais jamais eu de véritable histoire avec un garçon de mon âge. Quand ma préférence ne va pas, comme d’habitude, aux garçons plus jeunes que moi, c’est que j’ai des aventures avec des hommes plus âgés, pour me trouver à mon tour dans la position du plus jeune. Ce dernier point s’explique, je pense, par le fait que la jeunesse est sans doute la seule valeur sûre ayant cours dans le milieu des homosexuels : aux yeux de plus vieux que moi, je me sens donc valorisé. Quant au premier point, il peut s’expliquer par cet autre fait que, vraisemblablement, j’ai fait miennes ces valeurs homosexuelles que je déplore pourtant. Mais j’ai pu constater, samedi soir, à Montfort, que bon nombre des trentenaires présents étaient fort à mon goût. Beaucoup étaient beaux, et d’une beauté assez proche de celle à laquelle je suis sensible chez les garçons plus jeunes que moi. Parce que, probablement, les générations se sont mises à vieillir plus lentement qu’autrefois, et peut-être aussi du fait du jeunisme, les trentenaires sont encore très souvent des garçons plutôt que des hommes tels qu’on pouvait se le représenter naguère encore. La barrière qu’il y a entre eux et moi n’est donc pas physique, puisque je suis sensible à leur beauté, mais bien morale : je ne me sens pas à la hauteur de ce que j’imagine être leurs attentes, parce que je n’ai pas de revenus ni de statut social digne du leur. Avec les garçons de vingt ans, il me semble, peut-être à tort, d’ailleurs, que ces questions de moyens et de statut ne se posent pas encore. Avec de plus âgés, mon infériorité est dans l’ordre des choses et constitue même ma supériorité, puisque c’est alors ma jeunesse qui fait ma valeur : je me fais d’ailleurs souvent payer (ce que je n’ai pas encore dit à Tirésias, de peur qu’il n’augmente ses prix s’il apprend que j’ai ces revenus supplémentaires !). Depuis la séance précédente, j’ai l’impression de me répéter. J’avance moins vite. D’ailleurs, lors de cette neuvième séance, il y a eu de très longs moments de silence. Je ne savais pas quoi dire.

00:36 Publié dans 2009, Journal, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

06/04/2009

Dimanche 5 avril 2009

            Suis allé hier soir à Montfort, pour assister, avec Tityre, à la pièce de théâtre qu’a écrite et dans laquelle jouait Agathon, ce courageux efféminé qui s’était presque battu avec le terrible Cléomédon, l’autre soir, pour prendre la défense de son mignon obèse, que Tityre appelle entre nous ‘‘la grosse loche’’, mais que nous nommerons ici plus charitablement Polysarque. Agathon, Tityre et Polysarque font partie d’une association de pédés dont d’autres membres étaient venus assister au spectacle, attirés sans doute par le buffet qui était prévu ensuite. Comme dit le charmant Apollodote, qui est le président de ladite association, installée à Mimizan : « Nous ne sommes pas un groupe de rencontre ». Et en effet, tous ces garçons étaient en couple. Ils étaient presque tous de ma génération, souvent beaux, et apparemment heureux, ce qui m’a plongé dans une tristesse que, fort heureusement, je n’ai pas eu trop de mal à dissimuler : ils m’exhibaient inconsciemment ce bonheur à deux qui m’est encore inaccessible, du fait de mes nombreuses névroses. J’en parlais justement à Tirésias, lors de notre dernière séance : je n’ai jamais pu avoir de relation vraiment sérieuse avec quelqu’un de mon âge. Physiquement, je préfère les garçons plus jeunes ; je puis assez facilement coucher avec des hommes plus vieux que moi, desquels je me fais généralement payer ; mais il m’est presque impossible de me lancer dans une véritable histoire avec quelqu’un de ma génération. Ils étaient pourtant beaux à regarder ces garçons de mon âge, hier soir, et d’ailleurs, pour la plupart, c’étaient bien encore des garçons au sens large où je l’entends : je les trouvais fort attirants, attirants, mais inaccessibles. Je n’ai pas le courage ni les ressources nécessaires pour m’engager avec de tels garçons. Je devrais être comme eux, je veux dire dans la force de l’âge et plein de toutes les ressources possibles, mais c’est tout le contraire : je n’ai aucun revenu, aucune situation sociale. Je ne pourrais tout bonnement pas être à la hauteur. « Bien ! a conclu Tirésias. Etre à la hauteur. Nous nous arrêterons sur cette expression pour aujourd’hui : ‘‘Etre - à - la - hauteur’’. » Tirésias a raison : je me suis arrêté de grandir. Je suis resté coincé à l’âge d’adolescent ou de tout jeune homme : d’où ma préférence pour les garçons plus jeunes que moi ; d’où la facilité avec laquelle je me prostitue à des personnes plus âgées : pour vivre comme quand j’avais vingt ans, à l’époque où Augustin et moi vendions nos charmes, lui parce qu’il avait toujours plus de vêtements à acheter, et moi parce que c’est lui que je voulais acheter.

00:48 Publié dans 2009, Agathon, Apollodote, Cléomédon, Journal, Polysarque, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03/04/2009

Jeudi 2 avril 2009

            Huitième séance avec Tirésias aujourd’hui. Mais je me rends compte que je n’avais pas encore rapporté ce que j’avais dit lors de la septième séance. Je recopie donc ici ce que j’écrivais dans mon autre journal, celui de mon analyse, le jeudi 26 mars dernier : Suis revenu sur les deux traits physiques qui ont rendu Camille si attirant pour moi. Premièrement, sa rousseur, qui est un élément féminin, si vraiment c’est à Anja ou à Sandrine F*** qu’elle renvoie. Peut-être suis-je une espèce d’hétérosexuel refoulé. Je n’ai jamais eu de dégoût sexuel pour les filles, comme il paraît qu’il arrive à certains homosexuels. D’ailleurs, j’ai été l’amant d’Anne D*** pendant trois années. (Le prénom d’Anne était-il un vestige de celui d’Anja ?) Ce qui me sépare des filles, c’est plutôt la peur que j’ai de leur inspirer moi du dégoût, à cause de ma mère, qui m’a toujours fait ressentir personnellement celui qu’elle avait pour les hommes. J’ai raconté à Tirésias la soirée du samedi 28 février, avec Tityre et Lydie, durant laquelle je m’étais fait draguer par cette dernière, qui avait très ostensiblement envie que je la baise. Elle ne cessait de me passer la main dans les cheveux, comme aurait fait une mère, et c’est sans doute parce que cette mère, qui n’était certes pas la mienne, me faisait voir que, loin d’être dégoûtée, elle était au contraire très attirée par moi, que, pour une fois, je ne me suis pas senti trop mal parmi la foule au milieu de laquelle je ne puis, d’habitude, me défaire de l’espèce de raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me paralyse littéralement. Tirésias m’a demandé si j’avais ressenti de l’excitation sexuelle au moment où Lydie, qui avait voulu que je l’accompagne au petit coin, s’est mise à uriner devant moi. Non, ce n’a pas été le cas. Pendant l’enfance, j’étais attiré sexuellement (d’une sexualité d’enfant) par les filles dont je tombais déjà amoureux (Florence P***, par exemple, qui est évoquée dans la Ballade de mes petites amoureuses. Je m’aperçois, en relisant cette ballade, que la petite Virginie, « De toutes elles ma première/Aux tâches rousses infinies », avait donc déjà de la rousseur en elle). Mais j’étais également attiré par les garçons dès cette époque. En revanche, à partir de l’adolescence, je n’ai plus été attiré sexuellement par des filles dont je continuais pourtant à tomber amoureux (par exemple la belle Sabine au lycée, Valérie à la faculté) et d’ailleurs, je n’ai jamais été amoureux d’Anne D***, avec qui j’ai donc été capable de coucher pendant trois ans. Excepté pour cette dernière, que j’ai beaucoup méprisée, non pas intellectuellement, mais sentimentalement, et physiquement, j’avais pour ces filles une sorte d’amour courtois qui excluait toute relation charnelle. Il s’agissait pour moi de rendre comme un hommage à leur beauté, à leur pureté. Il n’était d’ailleurs pas rare que ces filles soient lesbiennes, comme l’était Valérie, et comme était réputée l’être Sandrine F***, dont il est vrai que je ne fus pas à proprement parler amoureux. Le fait qu’elles fussent lesbiennes réglait ainsi le problème des relations sexuelles avec elles : il n’en était tout simplement pas question. Pour décrire à Tirésias la beauté foudroyante de Sandrine F***, j’ai d’abord comparé celle-ci à une biche, puis, aussitôt après, à Artémis. Le fait même que je parle de beauté foudroyante n’est sans doute pas anodin. Cette beauté de déesse qui tue les hommes, c’est probablement ce que ma mère m’a fait comprendre qu’il m’était interdit de souiller, à force de me faire ressentir le dégoût qu’elle avait des hommes et de moi. Il ne m’était permis que de rendre hommage à cette beauté, par des regards (contrairement au pauvre Actéon qui en meurt), par des mots (des poèmes, souvent) ou des cadeaux, des offrandes, comme à la blonde Sabine. Mais quant à honorer physiquement ces filles, je n’y pensais même pas. L’autre trait qui m’a séduit en Camille, c’est sa faiblesse physique, sa maladie. Je me suis récemment aperçu de ce fait, que j’ai rapporté à Tirésias : toutes les fois que, à la télévision, j’entends qu’il y a ou apprends qu’il y aura une émission ou un reportage consacré à un adolescent ou à un jeune homme malade ou physiquement affaibli, je cesse toute activité ou prévois de me libérer pour pouvoir regarder l’émission ou le reportage. Si c’est à une fille que le reportage est consacré : ça ne m’intéresse plus du tout. Pourquoi, me demande Tirésias, la faiblesse, la fragilité du garçon revêt-elle une telle importance à mes yeux ? « Je ne sais pas du tout. – Mais si, vous savez. » Je n’ai d’abord pas su le formuler aussi nettement qu’à présent : mais c’est sans doute encore à cause de ma mère, qui m’a tout bonnement transmis son dégoût des hommes. Un garçon qui est physiquement faible, fragile ou malade, c’est un garçon qui n’est pas vraiment viril, même s’il le reste dans sa manière de se tenir, de parler, de se déplacer, etc. Sa virilité devient acceptable, selon les critères de ma mère et qui sont devenus les miens : elle est tempérée par sa faiblesse. C’est sans doute aussi pourquoi j’ai plutôt le goût des garçons grands et maigres, grands, parce qu’ils paraissent encore plus maigres : c’est-à-dire fragiles et, donc, d’une virilité incomplète, inachevée. Peut-être même recherché-je, dans les garçons, une part de féminin qu’il me soit permis d’honorer cette fois physiquement. Les garçons tels que je les aime, ce seraient des filles avec lesquelles il me serait permis de coucher. Je trouve cette idée profondément dérangeante. Mon amour des garçons a toujours été pour moi d’une telle évidence que je n’ai jamais douté jusqu’alors que je les aimais pour ce qu’ils étaient, c’est-à-dire précisément des garçons, dont je trouve que le nom est l’un des mots les plus beau de la langue française, qui sert à désigner cette race si particulière, rare parce que, éphémère, elle semble en perpétuelle voie de disparition, cette espèce de troisième sexe qui n’est certes pas les hommes, mais qui n’est évidemment pas pour autant les femmes, ni les filles ! Et pourtant, c’est ce que semble indiquer mon analyse, au stade où j’en suis : les garçons seraient des filles qui ne me sont pas défendues.

00:40 Publié dans 2009, Anja, Anne D***, Camille, Florence P***, Journal, Lydie, Ma mère, Sabine, Sandrine F***, Tirésias, Tityre, Valérie, Virginie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

22/03/2009

Samedi 21 mars 2009

            Il ne me semble pas avoir beaucoup avancé, hier après-midi, lors de ma sixième séance chez Tirésias. J’ai parlé d’un nouveau rêve qui confirmait et permettait d’approfondir l’interprétation de celui que j’avais fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ces deux rêves, les thèmes étaient les mêmes et tournaient autour des livres, de la bibliothèque, domaine de mon père, véritable patrie, mon patrimoine, mon héritage, détourné par ma mère à son profit, laquelle n’a pas usurpé que mon bien, mais aussi le nom de mon père, qu’elle continue de porter, malgré son divorce d’avec lui. Il n’y a pas que dans mes rêves qu’on refuse de me donner mon nom (Alina Reyes, dans le rêve en question, me désignait par mon pronom, disait-elle, dans la dédicace de son livre) : sur Internet aussi, j’ai remarqué que certains blogueurs sur la page desquels un lien mène à ce blogue continuaient à m’appeler Oliviermb, qui est le pseudonyme que je portais sur la Toile en un temps où je n’avais pas encore conscience que, s’il n’était pas particulièrement courageux d’écrire sous son véritable nom, il était profondément lâche de le faire sous un faux, surtout à une époque comme la nôtre, où la liberté d’expression est telle qu’on peut tout dire sans courir le moindre risque d’être inquiété, sauf, il est vrai, au sujet des races et des enfants. J’ose espérer que c’est parce que ces blogueurs ont arrêté de me lire avant que je ne me sois mis à porter mon nom sur Internet qu’ils continuent de m’appeler Oliviermb. Autrement, ce serait vraiment à désespérer d’Internet et des internautes. Est-ce que déjà, dans cette excroissance verbale de notre monde, tout lui est si semblable qu’il n’y a plus de place pour celui qui ne parle pas, ne pense pas, ni ne se nomme conformément à l’usage qui prévaut ? Est-on déjà condamné à porter des pseudonymes sur Internet, comme on est condamné au tutoiement, aux prénoms, à la familiarité dans la vie ? L’usage généralisé du pseudonyme est la grande faiblesse de la Toile, ce qui la discrédite entièrement et en fait un lieu d’une telle violence. Puisque personne ou presque ne signe ce qu’il dit de son nom, tout le monde devient de facto auteur de lettres anonymes. On tombe plus facilement dans l’ordure quand on ne risque pas de déshonorer un nom qu’on garde secret. On se rend souvent puéril et ridicule, quand on s’entête à porter des pseudonymes aussi grotesques que celui de Chapi-Chapo, par exemple, que porta Prêchi-Prêcha pendant quelques années, avant d’en changer, sur le site de pédés habituel. Tout le monde a quelque chose à dire, chacun tient à montrer comme il est en accord avec la pensée dominante, qu’il croit généralement être la moins partagée du monde, il est vrai, et pourtant, personne ne semble vraiment l’assumer, puisque personne n’est prêt à signer de son nom ce qu’il écrit. Qu’on songe, par exemple, qu’il circule parfois sur la Toile des pétitions que les gens osent signer de simples pseudonymes, ce qui est tout de même une aberration ! Il manque à Internet des auteurs. Personne n’ose se reconnaître l’auteur d’une prose le plus souvent insignifiante et inoffensive (quoique souvent haineuse) ! Et sans auteur, il n’y a pas non plus d’autorité. C’est pourquoi il me semble qu’on ne peut pas faire bien grand cas d’une entreprise comme Wikipedia, qui est une encyclopédie d’un genre nouveau, dans laquelle chacun s’efforce de corriger le texte de chacun, sans jamais signaler ses corrections au lecteur, qui peut néanmoins souvent les deviner aux ruptures de construction de bien des phrases (qui, à elles seules, devraient d’ailleurs suffire à discréditer l’ensemble), un peu comme le Mazouf des Souffles du monde de José Luis de Juan (dont je n’ai pas un souvenir très précis), esclave natif d’Antioche, qui, depuis l’Argilète, améliore les textes qu’on lui dicte, reconnaît les corrections dont il est l’auteur, des années plus tard, lorsqu’il retrouve dans les bibliothèques publiques les manuscrits dont il a été le copiste, à une presque imperceptible variation de son écriture, conséquence de celle de son état, au moment de la copie,  qui, de scribe, passe à celui d’auteur. Les Romains qui se piquent de poésie ou de philosophie sont ravis de voir leurs œuvres copiées par Mazouf, parce qu’ils savent que leurs vers ou leur prose en seront améliorés et leur réputation grandie. Le Syrien se permet même de récrire certains vers des plus grands poètes ou de corriger ce qu’il estime être un mauvais raisonnement de Platon. Et si, se demande le narrateur, et s’il ne restait plus une ligne originale de Plutarque ? Mais est-ce si grave, si le texte récrit par Mazouf est meilleur que l’original ? Cependant, alors que Mazouf, qui est un faussaire de génie, s’efforce d’améliorer les œuvres qu’il a la charge de copier et ne rêve de rien tant que de se faire un nom, non plus de copiste, mais d’auteur à part entière, je soupçonne fort les internautes encyclopédistes d’être entièrement satisfaits de leur anonymat et, surtout, de fausser le savoir qu’ils ont la prétention de transmettre, précisément à cause de la médiocrité, de l’incompétence, du manque de rigueur, qui les fait préférer cet anonymat (car ils ne tiennent évidemment pas à se voir attribuer personnellement la responsabilité d’un tel désastre).

02:56 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Mon père, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : josé luis de juan, les souffles du monde, wikipédia

14/03/2009

Samedi 14 mars 2009

            Lors de cette cinquième séance, j’ai également raconté à Tirésias le rêve que j’ai fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ce rêve, je participe à l’émission de radio de Finkielkraut sur, France Culture, avec Ségolène Royal et Alina Reyes. Alina Reyes est venue avec trois exemplaires ‘‘faits maison’’ de son dernier livre. Elle veut les offrir à Ségolène Royal, à Finkielkraut et à moi. Mais elle me dit que, selon mon désir, mon livre fait maison est différent. C’est en rapport avec la dédicace : elle me dit que, au lieu de m’y appeler par mon nom, elle m’appelle par mon pronom. Je n’ai jamais désiré cela. Soudain, Alina Reyes reconnaît son erreur : elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre… J’avais d’abord cru que, dans ce rêve, Royal et Reyes représentaient mon père. Dans la journée ayant précédé ce rêve, j’étais en effet tombé par hasard, en recherchant un passage de La Boucle d’un songe, sur une page d’Histoire et Géographie de l’île de nos rêves, un autre livre que je n’ai fait que commencer à écrire. C’était une page consacrée au personnage de Basile, tyran politique en grande partie copié sur mon père, ce tyran domestique. J’avais donc pensé, en notant ce rêve, le lendemain, que Royal et Reyes, c’étaient Basile, c’est-à-dire mon père. Mais le sens du rêve me semble bien plus clair si Alina Reyes représente ma mère, ce qui doit donc être le cas (et d’ailleurs, Freud dit bien que les reines sont des symboles de la mère). Mon père, dans ce rêve, ce serait plutôt Finkielkraut, l’animateur de l’émission, qui s’intitule Répliques. (Un peu comme Renaud Camus, Alain Finkielkraut est pour moi une espèce d’autorité.) Or il se trouve que dans mon rêve, l’animateur de Répliques ne dit pas un mot, il garde un silence absolu. C’est Alina Reyes qui parle. Et pour me dire quoi ? Qu’elle n’a pas écrit mon nom dans sa dédicace, mais mon pronom, comme si elle refusait de me donner le nom que je tiens de mon père, à quoi Finkielkraut, le père, ne réplique rien. Ensuite, Alina Reyes reconnaît son erreur. Elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre. Son erreur, c’est donc de ne pas m’avoir reconnu. Mais en l’occurrence, ne pas être reconnu, pour moi, c’est ne pas être reconnu par mon père, puisqu’il ne réplique rien. Or il se trouve que ma mère, malgré son divorce, a gardé comme nom d’usage celui de mon père. Et si ce rêve signifiait que je tenais ma mère pour une usurpatrice, qui aurait volé le nom de mon père, lequel ne m’aurait jamais reconnu ? Ma mère a d’ailleurs toujours eu avec moi la sévérité, la dureté d’un père, et mon père m’a toujours préféré mes sœurs. C’est à Julie qu’il offrait les livres que j’aurais aimé recevoir et ma pauvre sœur se voyait condamnée à des lectures qui ne l’intéressaient pas. Il ne la reconnaissait pas plus elle que moi, puisqu’il croyait que les centres d’intérêt de l’un étaient ceux de l’autre. Le présent que veut me faire Alina Reyes, dans ce rêve, mais qui est gâté par son refus de me nommer dans la dédicace, est un livre que je dis ‘‘fait maison’’. Dans mon rêve, ce ‘‘fait maison’’ signifie que le livre est fabriqué à l’ancienne, qu’il est cousu. Il renvoie donc directement, comme d’ailleurs Alina Reyes elle-même, à quelqu’un qui a été pour moi une autre figure paternelle, c’est à savoir : Dominique Autié. Mais « livre fait maison » pourrait avoir un autre sens. Il pourrait représenter l’héritage qui, transmis de génération en génération, fait la lignée, la maison. Je dois avouer que j’ai parfois désiré la mort de mon père, pour hériter de sa bibliothèque, et je me suis souvent dit que j’aimerais avoir une bibliothèque comme celle de Dominique Autié. Mais Alina Reyes, c’est-à-dire ma mère, s’interpose entre mon héritage (et donc mon père) et moi. C’est elle qui me le transmet, mais sans le nom, comme si elle voulait faire de moi un déraciné au sein même de la bibliothèque, qui est la véritable demeure, comme j’écrivais dans l’Hic est locus patriae que Dominique Autié avait bien voulu publier dans son blogue. Mon père s’est toujours senti déraciné, à cause de son père qui, lui ayant interdit de la parler dès son arrivée en France, lui a fait oublier sa langue maternelle, qui était le cantonais, la langue de ma grand-mère. Je ne sais si j’interprète bien ce rêve, mais j’aurais tendance à croire qu’il signifie que je pense qu’à cause de ma mère, qui est une usurpatrice (une Clytemnestre, comme je dis parfois), il m’est devenu impossible de trouver ma place.

21:56 Publié dans 2009, Dominique Autié, Histoire et Géographie de l'île de nos rêves, Journal, La Boucle d'un songe, Ma grand-mère paternelle, Ma mère, Ma soeur, Mon grand-père paternel, Mon père, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

13/03/2009

Jeudi 12 mars 2009

            Cinquième séance chez Tirésias avant-hier. Il voulait que je lui parle de mon père. Ma mère m’a toujours reproché de faire peur aux chats. « A ton âge, me dit-elle, terroriser les chats… » Quand j’étais enfant, avant la naissance de ma sœur, mon père, pour m’amuser, était venu dessiner un chat sur la tapisserie de ma chambre. J’étais dans les bras de ma mère et j’avais fait un caprice : « Pourquoi papa a-t-il dessiné un chat sur ma tapisserie ? », avais-je demandé à ma mère en pleurant. Ma mère m’a raconté plusieurs fois que mon père et elle avaient eu un chien avant ma naissance. Mais ils avaient dû s’en séparer,  à cause de mon père, qui le battait. Plus tard, lorsque j’avais treize ou quatorze ans (ou était-ce plus tôt ?), mon père eut une autre adorable petite chienne noire, un caniche, qui s’appelait Frisquette, dont il dut se séparer également, parce qu’il ne pouvait pas s’empêcher de la battre, lorsque sa présence lui était trop pénible. (Je n’ai pas pensé à en faire la remarque à Tirésias, mais sans doute est-ce à cause de Frisquette que je ne conçois d’avoir pour chien que des caniches noirs et femelles (Coccymèle d’abord, et maintenant Pélagie).) Mon père eut ensuite des chats (encore aujourd’hui), avec lesquels il s’est toujours beaucoup mieux entendu (à quelques exceptions près). La passion qu’il s’est découverte pour la défunte chienne Nikita, qui appartenait à son amie Stéphanie, est survenue au moment où s’opérait un grand changement en lui. Pendant des années, mon père avait eu en effet l’obsession de l’hygiène, de la propreté, la terreur des microbes, etc. Il nous était formellement interdit de boire à la bouteille, par exemple, ou bien encore, nous devions nous figurer où se trouvait tel produit qu’on voulait prendre dans le réfrigérateur avant d’en ouvrir la porte, pour s’en saisir le plus rapidement possible et éviter ainsi tout réchauffement à l’intérieur de l’appareil. Il faut dire que la ‘‘chaîne du froid’’ était la grande préoccupation professionnelle de mon père : jusqu’à ce qu’il change de métier, pour ne plus se consacrer qu’au syndicalisme. Il donna alors libre cours à sa bestialité, en se prenant de passion pour la chienne Nikita, qu’il laissait lui lécher le visage ou à qui il donnait à manger avec sa fourchette, qu’il portait ensuite joyeusement à sa propre bouche, en répétant puérilement qu’il était le chef de meute ! Mon père a toujours été terrifiant. Il fut d’abord terrifiant par sa violence difficilement contenue, par sa sévérité et par la rigidité de ses nombreux principes. Il exigeait par exemple un silence si absolu, lorsqu’il lisait, qu’on osait à peine respirer : c’était la vie de la maison qui s’arrêtait, ou presque. Il avait également voulu m’apprendre les pourcentages à un âge où je savais à peine écrire et compter, et me força toute mon enfance à jouer aux échecs avec lui pendant ce qui me paraissait être des heures entières. J’ai donc les échecs en horreur et n’ai jamais été un matheux. (J’ai d’ailleurs eu pour note un sur vingt à l’épreuve de mathématiques au baccalauréat. « Ç’a donc fait série, ce dégoût des mathématiques », a remarqué Tirésias.) Je me souviens d’une terrible colère de mon père qui, lorsque j’avais dix-sept ou dix-huit ans, m’avait surpris en train de boire à la bouteille. Je savais que je n’en avais pas le droit, mais je croyais qu’il ne l’aurait pas vu. M’apercevant du violent changement de son humeur, je m’étais efforcé de me faire le plus discret possible, me contentant d’acquiescer à tout ce qu’il braillait, comme m’a toujours dit que faisait ma mère avec lui du temps de leur mariage et comme j’ai moi-même toujours fait avec celui-ci, heureusement inspiré par celle-là. (La grande peur de ma mère, durant son mariage, était d’être battue par mon père. Elle ne le fut cependant jamais, contrairement à la mère de mon autre sœur, Laura, qui quitta mon père pour cette raison.) Mais ma sœur Julie, lors de cette grande colère de mon père, avait pris ma défense : elle lui avait tenu tête, en lui soutenant que sa colère était excessive, et ç’avait été vraiment terrible. Cet épisode est d’ailleurs resté dans les mémoires. Il est une référence fameuse dans ma famille. (Est-ce pour terroriser mon père à mon tour, que j’aime faire peur aux chats ?) Ensuite, c’est par sa bestialité affichée que mon père fut effrayant. Effrayant et dégoûtant. Plus dégoûtant encore, devrais-je dire, car ma mère, à cause de lui, a pour les hommes un grand dégoût depuis longtemps, dégoût qu’elle m’a toujours fait ressentir et que je lui ai toujours inspiré moi aussi. (Paradoxalement, ce dégoût n’a pas empêché ma mère de rester en très bons termes avec mon père depuis leur divorce.) Sans doute est-ce par ce dégoût de ma mère pour les hommes et la virilité, et donc pour moi, que s’explique en partie mon angoisse d’être mal jugé, ma peur du regard des autres. Pourtant, ai-je fait remarquer à Tirésias, je me donne beaucoup à regarder dans le journal intime que je publie sur Internet, et sans presque aucune honte. Ce n’est pas moralement que j’ai honte de moi, mais physiquement : c’est ma présence, mon corps livré au regard d’autrui, qui sont l’objet de ma névrose. Et encore, le regard d’une seule personne m’est tout à fait supportable. De deux ou trois également. Je puis avoir des relations sexuelles sans éprouver de honte de mon corps. Il m’est déjà plus difficile d’avoir des relations sexuelles avec plus d’une personne en même temps. Les deux seules fois où cela m’est arrivé, c’était avec des garçons que je connaissais, et avec qui j’avais déjà couché seul. C’est le regard de personnes peu connues ou inconnues qui m’est pénible, dès lors qu’elles sont nombreuses, c’est-à-dire plus de quatre en général. C’est aussi l’idée de ce regard,  sa possibilité, qui m’est insupportable. Je pourrai me sentir très mal dans un bar presque vide, parce que je garderai à l’esprit que la foule peut y affluer à tout moment. J’ai parfois encore du mal à marcher dans certaines rues, même si elles sont désertes. Je ne peux pas aller dans les piscines publiques, à la plage, dans les saunas, sur les lieux de drague. Je ne peux pas non plus faire de sport ni danser. « Bien, me dit Tirésias, on progresse. Vous vous êtes vraiment mis au travail. Il sera temps, la prochaine fois, de vous allonger sur le divan. Je vous regarderai, mais vous ne me verrez pas vous regarder. Et ce sera un regard amical. Rappelez-le-moi la prochaine fois. Et essayez de creuser d’ici là la question de ce corps qui ne supporte pas d’être regardé. »

01:43 Publié dans 2009, Coccymèle, Frisquette, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Nikita, Pélagie, Stéphanie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

11/03/2009

Mardi 10 mars 2009

            Je ferai une autre fois le récit de ma cinquième séance chez Tirésias. Je préfère raconter maintenant ce qui m’est arrivé ce soir. Je rentre à l’instant de chez le petit Osman, à qui j’ai rendu visite après avoir eu un plan, rapide et sans grand intérêt, avec un routier, et dans son camion ! J’ai demandé à ce routier s’il venait souvent à Mont-de-Marsan, s’il y connaissait beaucoup de garçons. Il m’a répondu que non, qu’il n’y en avait qu’un qu’il voyait régulièrement dans cette ville. Je me suis fait la réflexion que ce garçon était peut-être Osman, qui est, fut ou sera sans doute le ‘‘plan régulier’’ de tous les pédés de la ville. Ce que me disant, j’ai eu envie d’aller le voir. « Ça tombe bien, m’a-t-il dit, j’ai des choses à te raconter. » Il avait rencontré, au début de l’après-midi, un garçon qui lui demandait une cigarette (encore un ! (Ai-je déjà parlé, dans ce journal, de cet autre garçon qu’il avait rencontré de la même façon, grâce à une cigarette ?) Pourquoi donc ai-je arrêté de fumer ?). Osman a répondu à ce garçon qu’il n’en avait pas, mais qu’il lui en donnerait une s’il l’accompagnait chez lui. Le garçon l’y a suivi et est resté avec lui jusque vers neuf heures du soir. Tous deux ont beaucoup bu, surtout l’hétéro, car c’était un hétéro d’une vingtaine d’années, un petit hétéro qui a bien voulu essayer avec Osman, mais sans grand succès : il avait trop bu et bandait mou. Il a tout de même sucé Osman, qui m’a confié avoir joui deux fois. Ce dernier ayant un plan de prévu pour huit heures ne savait pas trop comment se débarrasser de l’hétéro, qui était soul et ne semblait pas vouloir partir. Il lui a donc proposé de ‘‘faire un plan à trois’’, dans l’espoir que la compagnie du troisième le rendrait plus gaillard. Il n’en fut rien, évidemment, à tel point que ledit troisième, fort désappointé, préféra repartir de son côté, mais bredouille. Quand j’eus fini de faire à mon tour le récit de ma rencontre du jour à Osman, nous comprîmes vite que ce troisième qui était rentré bredouille, c’était mon camionneur ! J’avais vu juste en imaginant qu’Osman était son ‘‘plan régulier’’ dans cette ville ! Le routier déçu, parti à la recherche d’un autre plan, m’avait finalement rencontré, ce qui nous fit beaucoup rire, Osman et moi. Le proverbe s’en trouvait confirmé, selon lequel le malheur des uns fait le bonheur des autres. Quelqu’un sonne alors à la porte d’Osman. Ce n’est autre que le bel hétéro, qui vient de se faire chasser de chez sa mère, à coups de matraques, dit-il, par la police, appelée par cette dernière, qui n’avait pas apprécié que le garçon ne rentre pas à l’heure qu’elle avait décidé pour lui. Il cherchait un toit pour la nuit. « Ce fut comme une apparition » ! Grand et maigre comme j’aime, beau comme un Espagnol, avec des yeux tout noirs et des sourcils épais comme avait Augustin, viril comme une mauvaise herbe et vêtu comme ‘‘un jeune des banlieues’’, il pleurait. Il pleurait devant nous, comme un enfant, en disant que c’était dur d’être chassé par sa propre mère, de se cacher derrière une machine à laver le linge pour se protéger des coups de matraques de la police, et pourtant, il avait fait de la prison, disait-il, car il avait fait de la prison… C’était très beau à regarder, ces larmes, à la fois bouleversant et très excitant. Osman et moi nous sommes efforcés de lui remonter le moral avec notre conversation de pédales décervelées. L’hétéro, après s’être excusé mille fois de nous avoir surpris, croyait-il, sur le point de faire la bête à deux dos, s’est mis à participer à la conversation en faisant étalage de sa grande culture. Il posait des questions, comme dans un quiz, auxquelles il donnait lui-même les réponses. « Qui a écrit l’Encyclopédie Universalis ? Diderot et d’Alembert. Quelle fut la dernière bataille de François-Napoléon Ier ? Trafalgar. » Et ainsi de suite. C’était très amusant. Plus effrayant : ce garçon d’origine espagnole et qui parlait d’ailleurs couramment la langue de Cervantès (enfin, pas tout à fait la langue de Cervantès, j’imagine), nous a confié qu’il avait aussi des notions d’arabe… Il savait dire bonjour, merci, et prononcer quelques prières, ce qu’il s’est empressé de nous prouver. « Mais où donc as-tu appris l’arabe, lui ai-je demandé ? Attends, ne dis rien. Je parie que c’était en prison ! » C’était bien là. Cela dit, sa conversion à l’islamisme est encore bien loin d’être faite, car il ne cessait de dire qu’il n’avait rien contre les homos, ce qui n’est pas d’un islam très orthodoxe, je pense. Et non seulement il n’avait rien contre les homos, mais il se pouvait même qu’il fût bi, disait-il, ce qui était bien possible, en effet, puisqu’il avait fricoté avec Osman durant tout l’après-midi. D’ailleurs, il n’arrêtait pas de me dire que j’avais de beaux yeux. « Ah ! Quels yeux ! Je n’ai jamais vu d’yeux aussi bleus, aussi beaux que les tiens… » Et comme il voulait être sûr qu’il ne nous avait pas dérangés dans des projets que nous n’avions pas eu, Osman et moi, ainsi que nous l’en assurions, il a voulu m’embrasser, pour vérifier qu’Osman ne serait pas jaloux. J’ai donc été embrassé par ce beau grand garçon d’une candeur invraisemblable. C’est incroyable, la candeur de ces sortes d’individus, qui doivent pourtant bien avoir aussi une grande part d’ombre, puisqu’ils ont mérité la prison. Quand je suis parti, il a tendu la main vers moi une dernière fois, pour me toucher l’épaule. Je l’aurais bien emmené avec moi, mais ce n’aurait pas été raisonnable. Je n’ai vraiment pas besoin d’un autre sans abri en ce moment, ni d’un ‘‘cas social’’. J’ai eu bien assez d’un Camille.

02:06 Publié dans 2009, Augustin, Camille, Journal, Osman, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

04/03/2009

Mardi 3 mars 2009

            Il y a peut-être une explication au fait que je me sois senti mieux qu’à mon habitude en accompagnant Tityre en ville samedi soir dernier. Je me suis blessé en sciant de vieilles planches chez moi, il y a quelque temps. Ayant coupé l’une d’elles jusqu’à la moitié de sa largeur, au lieu de la cogner ensuite contre le sol pour qu’elle se casse, comme m’avait appris à faire Camille, je ne sais pourquoi j’ai préféré laisser mon pied gauche sur le support où je la maintenais ainsi et, montant dessus, la briser d’un coup du pied droit. C’était d’autant plus idiot que le support n’était pas très stable. J’ai perdu l’équilibre et suis tombé de tout mon poids sur le sol, très dur, en me tordant d’abord la cheville et le genou gauches. (Par la suite, Osman, à qui j’ai rapporté ma mésaventure, m’a dit qu’il trouvait que mon idée revenait presque à vouloir scier la branche sur laquelle j’étais assis. Ce n’était pas tout à fait cela, mais presque, en effet, et le résultat fut le même.) J’ai eu très mal pendant quelques minutes, puis supportablement pendant quelques jours, au bout desquels la douleur avait presque complètement disparu. Mais elle est réapparue quelques jours plus tard. Il m’était devenu difficile de m’accroupir et de monter ou descendre les escaliers. J’avais mal dans toute la jambe, de la hanche jusqu’à la cheville et sur le dessus du pied, en passant par le genou. J’avais peur de m’être écrasé un nerf, comme il était arrivé au grand C, après le même genre de chute, lors de sa carrière militaire, m’a-t-il dit. Je suis allé consulter mon docteur, qui m’a dit qu’il ne s’agissait sans doute que de l’hématome, à l’intérieur, qui ne se voyait pas, mais descendait probablement dans la jambe, comprimant au passage certaines structures. Il lui faudrait environ six semaines pour se résorber. Il m’a prescrit un anti-inflammatoire, dont l’interaction avec l’alcool pourrait expliquer mon état de samedi soir. Cela me paraît tout de même plus vraisemblable que des effets positifs de l’analyse à peine commencée avec Tirésias.

00:18 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Journal, Osman, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

02/03/2009

Dimanche 1er mars 2009

            J’ai accompagné Tityre, hier soir, qui voulait sortir. Nous sommes allés dans toutes sortes d’endroits et, malgré la foule, je ne me suis pas senti trop mal, sans vraiment pouvoir l’expliquer. Ce ne pouvait pas être seulement grâce à l’alcool que j’avais ingurgité puisque, d’habitude, même en buvant, je ne puis me défaire de cette raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me rend si pénible le fait de me trouver au milieu de gens, ou même dans des endroits seulement susceptibles d’en voir affluer. Pour une fois, je me suis senti presque à mon aise. Se pourrait-il que l’analyse à peine commencée avec Tirésias ait déjà des effets positifs sur moi ? Il me semble pourtant avoir toujours eu conscience de la partie (censurée dans ce journal) de ce que j’ai confié à ce dernier qui a à voir avec ce que j’appelle ma phobie sociale et pourrait l’expliquer. Peut-être n’est-ce pas tant la prise de conscience qui mène à la guérison que le fait de dire ce dont on a conscience. Ou peut-être mon heureux état de la soirée d’hier n’était-il que la conséquence d’un inexplicable hasard. Je ne sais. J’ai croisé l’aimable Osman, ainsi qu’un ancien ‘‘coup’’, qui n’a pas daigné me saluer. J’ai été dragué plusieurs fois, mais uniquement par des filles. Une en particulier, appelons-la Lydie, a commencé par m’offrir à boire du champagne, puis son numéro de téléphone. Elle nous a fait faire ensuite le tour de ses endroits favoris, jusqu’à ce que nous perdions de vue Tityre, qui avait ses propres vues sur certain garçon qui n’était pas vraiment à mon goût. Lydie voulut absolument aller dans un bar qui vient d’être rouvert par ce patron de restaurant qui est le seul, dans Mont-de-Marsan, me dit-elle, à ne pas savoir qu’il est pédé. « Il est plutôt le seul à croire qu’on pense qu’il ne l’est pas, lui ai-je répondu, parce que je puis t’assurer qu’il connaît parfaitement ses préférences sexuelles. Il m’a fait plusieurs fois des avances, mais je le trouvais trop gros. Si j’avais su que son commerce était si florissant, j’aurais probablement accepté de donner de ma personne. » Lydie voulait absolument voir le ‘‘numéro’’ que fait parfois ce patron de bar : pour amuser sa clientèle, il lui arrive en effet d’imiter Cindy Sander chantant Papillon de lumière. (Il est vrai que la chanteuse et le cafetier ont à peu près la même corpulence.) Et il s’imagine qu’on le croit hétéro ! Lydie n’arrêtait pas de me caresser les cheveux ou de me recoiffer. A un moment, dans un autre bar, elle a voulu que je l’accompagne au petit coin. Elle a insisté pour que j’entre avec elle dans cet endroit et s’est assise devant moi, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Mais le fait le plus incroyable n’est pas là. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que moi aussi, j’ai pissé en sa présence, en me détournant juste un peu, pendant qu’elle se lavait les mains, alors que j’écrivais il y a quelques jours à peine qu’il m’était très difficile de faire cela en présence de quelqu’un, parce que mon inhibition était trop grande. M’étais-je trompé ? N’est-ce qu’en présence des garçons que la chose m’est si pénible ou si je découvrais avec Lydie un autre effet positif de mon analyse ? J’ai fort peu pratiqué la gent féminine. Anne D*** est toute mon expérience en la matière, et encore, je ne sais pas si cela compte, puisqu’elle a terminé lesbienne. J’ignore s’il est fréquent de se faire inviter au petit coin par une demoiselle. C’était probablement une manière pour elle de me dire que je pouvais lui rentrer dedans. De toute façon, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu : j’étais bien trop soul pour cela. Lydie a fini par me faire venir chez elle, où elle m’a confié qu’elle aimait les garçons et les filles. Elle était amoureuse d’une jeune femme qui venait de se marier. Elle avait les larmes aux yeux. Elle était complètement soule, elle aussi. J’ai préféré rentrer chez moi. Je me demande parfois si je ne suis pas une espèce d’hétérosexuel refoulé, après tout. Il est évident que je préfère les garçons, mais enfin, les filles ne me dégoûtent pas. Et ce serait probablement plus simple d’en trouver. Et puis il me semble que je me sentais différemment garçon avec Lydie qu’avec Nicandre ou Camille, ou même avec le petit Chrysanthe, qui est pourtant si simple, et si accessible. Avec une Lydie, c’est plus sereinement, plus heureusement, que je me sens garçon. C’est paradoxal, puisque c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’accepter ce qu’il y a de viril en moi, parce qu’elle a toujours eu les hommes en horreur. Mais justement, Lydie me faisait très ostensiblement voir le désir que je lui inspirais. Contrairement à ma mère, elle n’était pas dégoûtée par moi. C’est peut-être pour cela qu’il m’était plus facile d’être moi en sa présence : je n’étais plus encombré de ma masculinité devant elle. Mais si c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’être un garçon (il serait d’ailleurs peut-être temps que je dise « être un homme », ‘‘mais bon’’, je n’en suis pas encore là, je viens à peine de commencer cette analyse avec Tirésias !), pourquoi donc ai-je également tant de mal, le plus souvent, à l’être avec des garçons, justement ? C’est ce qui me fait dire que, peut-être, je suis un hétérosexuel refoulé : je ne me permettrais d’aimer les garçons que parce que ma mère, par son dégoût, m’aurait empêché d’aimer les femmes : j’aurais peur de leur inspirer le même dégoût qu’à elle. Enfin, tout cela n’est que pure hypothèse. J’ai tout de même beaucoup de mal à y croire moi-même, tant le goût des garçons est ancré en moi, et tant il m’est cher. Peut-être que je suis bisexuel ? J’aurais besoin du désir des filles pour ne plus douter de celui que j’inspire aux garçons ?

02:35 Publié dans 2009, Anne D***, Camille, Chrysanthe, Journal, Lydie, Ma mère, Nicandre, Osman, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

25/02/2009

Mardi 24 février 2009

            J’avais dit que je voulais me détourner de Camille mais, bien sûr, c’est impossible. J’ai assez de volonté pour rester des jours et des jours sans lui donner de nouvelles, mais à la fin, constatant que lui non plus ne m’en donne pas, je ne peux pas m’empêcher de lui téléphoner, pour lui dire tout le mal que je pense de lui, pour lui dire que je ne lui téléphonerai plus jamais et que tout est fini entre nous. En général, je le rappelle dès le lendemain, pour m’excuser, pour lui dire qu’il me manque, qu’il sera toujours dans mon cœur, que je veux le revoir. Il ne m’en veut pas, parce qu’il sait ‘‘que je suis un garçon compliqué’’. Depuis la tempête, il passe énormément de temps chez son père. Il y dort d’ailleurs très souvent, comme ce soir. En lui téléphonant tout à l’heure, vers onze heures, je l’ai réveillé. Il venait de s’endormir. Je pensais qu’il serait tout juste rentré de son travail, mais il n’en était rien : il ne travaillait pas ce soir. C’est merveilleux de le surprendre dans son sommeil. Sa voix encore endormie est pleine d’une douceur qui lui manque d’habitude : il semble plus affectueux, plus proche, plus offert. Je donne un sens qui n’a peut-être pas vraiment lieu d’être au fait qu’il ait répondu à un coup de téléphone si tardif alors qu’il avait déjà sombré dans le sommeil. Je me dis qu’il a lu mon nom sur l’écran de son téléphone portable et qu’il a voulu me répondre. Il ne me reproche pas de l’avoir réveillé. J’y vois une preuve d’amitié. Je me dis qu’il est sans doute permis aux véritables amis de se téléphoner à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Nous nous sommes donné des nouvelles l’un de l’autre. Il m’a dit qu’Ascylte lui avait téléphoné : celui-ci voulait le voir pour lui rendre quelques affaires à lui qu’il avait encore en sa possession. J’aimerais que Camille lui dise qu’il ne veut plus le revoir et qu’il préfèrerait que ce soit moi qui récupère ses affaires : pour mon plaisir, pour le plaisir d’être désagréable à cette belle enflure, pour lui montrer que c’est moi qui l’emporte, à la fin, malgré tout. A moi aussi, Ascylte a fait signe plusieurs fois, sur MSN, le plus souvent pour me parler de sa mauvaise santé, qui s’est encore dégradée. Mais qui sait s’il ne l’a pas prétendu pour m’attendrir ? Il en serait bien capable. A l’en croire, il serait actuellement ‘‘en arrêt maladie longue durée’’. Il ne manquerait plus qu’il crève avant que j’aie pu me venger de lui ! C’est curieux, ce besoin que Camille semble encore avoir de son père, au point d’aller dormir si souvent chez lui, ces temps-ci. Il est vrai qu’il n’a que vingt ans et que, par bien des aspects, il n’est encore qu’un enfant, ne serait-ce que par le faible développement de son intelligence, dont on se demande parfois s’il en a. Mais bien sûr qu’il en a ! Il suffit d’entendre de quelle façon il me répond au téléphone. Sans même dire « allo » en décrochant, il me demande directement comment je vais : « Comment ça va ? », « Tu vas bien ? », « Comment tu vas ? », en le disant très vite, comme s’il était sincèrement inquiet pour moi ! Il me prend ainsi au dépourvu et me laisse le plus souvent complètement désarmé. J’ai l’impression d’être pour lui comme une évidence, comme si j’étais justement dans ses pensées avant même de l’appeler, comme s’il avait deviné que je n’allais pas bien, et que, sachant que j’aurais besoin de le lui dire, il m’invitait à le faire aussitôt, sans aucun préambule, sans détour, comme s’il allait de soi qu’il y avait urgence et que j’étais sur le point d’exploser ou de m’effondrer. Même quand je le surprends dans son sommeil, comme tout à l’heure, il a la présence d’esprit, l’intelligence de me répondre de cette astucieuse façon. Il est vrai que, me considérant comme ‘‘un garçon compliqué’’, il doit se dire que je suis constamment dans un genre d’état appelant cette façon de me prendre. C’est comme s’il y avait une compassion de son indifférence. Il a donc bien son intelligence, oui : j’ai d’ailleurs sûrement déjà dit dans ce journal que Camille était un grand manipulateur : il fait de moi ce qu’il veut, ou presque. Avant de raccrocher, il m’a demandé d’embrasser pour lui la chienne Pélagie. Ça n’a l’air de rien, mais c’est prodigieusement intelligent. En quelques mots, il me fait comprendre que l’espèce d’intimité à laquelle nous étions parvenus à l’époque où, chassé de chez lui par son père, il était venu trouver refuge chez moi est restée la même. Et c’est tout ce que je souhaite, au fond : être l’intime de quelqu’un. Il sait que Pélagie est un autre moi, un prolongement de moi, plutôt, le plus souvent prolongement de ma main, quand je la caresse, et qui obéit au son de ma voix comme mon corps aux ordres de mon cerveau. En embrassant ma chienne, il m’embrasse une seconde fois. Plus précisément, il me montre qu’il pense à embrasser une part de moi qu’il est l’un des seuls à connaître, pour l’avoir vue lorsqu’il partageait mon quotidien et mon intimité. Tirésias voudrait que je lui parle de mon père, dont je me passe très bien, moi, contrairement à Camille. Je suis bien embêté. Je n’ai encore rien trouvé d’intéressant à dire sur le sujet…

01:38 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Mon père, Pélagie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

20/02/2009

Jeudi 19 février 2009

            Hier, quatrième séance avec Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la dernière fois, plus quelques autres, qu’ayant beaucoup hésité à confier à mon autre journal, tout à l’heure, je n’écrirai bien évidemment pas dans celui-ci. J’ai déjà dit, lundi dernier, que j’avais retrouvé les fausses lettres de Julien et celles d’Anja rangées ensemble. Ce fait est sans doute très significatif. Julien et Anja sont les deux grandes figures de mon passé avant la rencontre d’Augustin. Il est même probable qu’ils soient à l’origine du plus grand des mythes qui me sont propres. Les deux sont morts de morts violentes, puisque Julien est censé s’être suicidé et qu’Anja a été assassinée. J’ai rencontré cette dernière en Allemagne, quelques années après la création de Julien. Depuis la classe de quatrième, et jusqu’à la terminale, j’allais tous les ans passer une quinzaine de jours dans ce pays, avec d’autres élèves des deux lycées d’enseignement général de Mont-de-Marsan, pour perfectionner mon allemand. Pour une raison que je ne m’explique toujours pas, dans ce pays, alors que je me trouvais pourtant encore parmi des élèves de mon propre lycée, je me sentais complètement libéré de mes névroses habituelles. Je redevenais pour ainsi dire un adolescent normal. Julien étant un personnage de mon invention, le fruit de mon imagination (l’imaginaire pouvant être considéré comme un espace d’évasion) et Anja ayant été rencontrée en Allemagne, qui était pour moi le lieu d’une libération éphémère mais salutaire, tous deux appartenaient donc à un monde de liberté, de relative paix intérieure, un monde aussi de parenthèses. Je n’ai vu physiquement Anja qu’une fois, le jour de notre rencontre, après quoi nos relations ne furent qu’épistolaires. Il est tout de même étrange que je me sois pris d’amitié pour une étrangère, qui ne parlait pas un mot de français, et que je ne pouvais pas fréquenter aussi régulièrement qu’il eût été naturel. Non seulement il y avait entre nous la barrière de la langue, que je ne parlais pas aisément, mais encore des centaines et des centaines de kilomètres nous séparaient-ils. De toute notre correspondance, je ne me souviens que d’une phrase de moi, sans doute hautement significative du fait même qu’elle soit la seule que je me rappelle : « Unsere Freundschaft, lui avais-je écrit un jour, ist ein stummes Zauberwort » : « Notre amitié est une muette parole magique ». C’était l’impossibilité de parler, au fond, que, déjà, je pointais à l’époque ; c’est d’elle que je me souviens encore aujourd’hui. J’étais devenu l’ami d’une personne dont je ne pouvais pas être l’ami. De nos jours encore, l’une des grandes questions qui agitent mon esprit et se posent régulièrement dans ce journal, c’est l’impossibilité pour moi de me faire de véritables amis. Cette impossibilité s’explique-t-elle par la même raison qui me rend impossible de dormir avec d’autres garçons ? De même que, par une espèce de fidélité à Julien, avec qui je n’ai bien sûr jamais pu dormir, puisqu’il n’a jamais existé, je n’arrive pas à trouver le sommeil en présence d’une autre personne dans mon lit, se pourrait-il que je sois devenu incapable de me faire des amis par fidélité à la morte ? Sa mère m’avait exhorté à ne pas l’oublier. « Behalte sie in guter Erinnerung », m’écrivit-elle, dans la lettre qu’elle m’avait adressée après la mort d’Anja. (Pourtant, je me suis tout de même fait quelques amis, depuis, mais, il est vrai, si peu, et si rarement…) Anja était une jeune fille à qui je ne pouvais pas vraiment parler ni vraiment me confier, à cause de la barrière de la langue et parce que nous ne pouvions faire autrement que nous écrire. Il manquait la spontanéité, le naturel, l’immédiateté. Mais Anja devint également, après sa mort, une jeune fille dont je ne pouvais plus parler. Ayant en effet déjà raconté le suicide de Julien à certains des amis que j’avais réussi à me faire en Allemagne où, je l’ai dit, libéré de mes névroses (partiellement libéré, du moins, puisque j’avais manifestement toujours à l’esprit ce Julien de mon invention dont j’osais parler), j’étais plus apte à nouer des liens, j’avais estimé que deux morts violentes et si rapprochées avaient quelque chose d’invraisemblable. Aucun de mes amis français n’avait en effet connu Anja, puisque je l’avais rencontrée au sein de la famille qui me recevait, le jour de la confirmation de mon ‘‘correspondant’’ allemand. J’avais donc peur de passer pour un mythomane, ce que j’étais d’ailleurs en partie : je craignais qu’on crût Anja inventée, alors que c’était Julien le fruit de mon imagination ! Bref, alors que Julien, dont j’avais parlé, avait fini par avoir un peu de la réalité d’une personne, Anja, dont il m’était devenu impossible de parler, avait été en partie réduite à l’état de personnage. A la fin, les qualités de personne et de personnage ont dû se répartir équitablement entre ces deux êtres, puisqu’ils ont fini par occuper dans mon cœur et dans mon souvenir autant de place l’un que l’autre. Anja avait d’ailleurs une sœur jumelle, et il est probable que ce fait m’ait beaucoup inspiré dans l’élaboration du mythe qui m’est personnel selon lequel j’aurais connu mon double, mon amant/frère (dont Julien était l’‘‘incarnation’’), en rêve, avant d’en faire la rencontre dans la réalité. (Au fond, selon ce mythe, Julien, connu en rêve (puisque fruit de mon imagination), pourrait toujours être rencontré dans le futur. D’où ma difficulté d’aimer, puisque ce n’est jamais Julien que je rencontre, évidemment.) Anja était rousse, comme Camille. Camille, c’était un Julien roux. C’était Julien et Anja, Julien par le diabète (fragilité), Anja par la rousseur. D’où mon attachement à lui, incompréhensible autrement. (En hypokhâgne, Sandrine F*** était pour moi l’image même de la beauté. Elle était rousse. Je la connaissais depuis l’enfance. Lorsque nous avions dix ou onze ans, peut-être plus tôt, nos parents nous avaient inscrits à un cours de poterie et de dessin. Je m’entendais très bien avec elle alors, qui faisait très fillette, avec ses belles nattes rousses. J’ai regretté que cette bonne entente ait disparu, quand nous nous sommes retrouvés en hypokhâgne. J’aurais aimé, moi, un garçon, être l’ami d’une fille aussi belle. J’en aurais été fier. (J’aurais eu plus de valeur aux yeux des autres, puisque Tirésias estime, à juste titre, d’ailleurs, que l’un de mes problèmes, c’est le sentiment de n’avoir pas de valeur pour autrui). Le bruit courait qu’elle était lesbienne. J’aurais été fier qu’une lesbienne, une Artémis, me souffre comme ami. (Ma mère a toujours eu la virilité en horreur.) Sandrine F***, c’était la beauté même, c’était peut-être aussi le souvenir de l’enfance perdue.) Je me suis souvenu que j’avais donné un nom patronymique à Julien : Clément, c’est-à-dire un autre prénom. Or il y avait un Clément parmi mes camarades français en Allemagne. Un jour, il s’était amusé à pisser contre un arbre au pied duquel était assise Elisa, qui boudait pour une raison que j’ai oubliée. J’aime regarder les garçons uriner. J’aime par exemple qu’on voie des garçons uriner dans les films pornographiques ou même dans les films normaux. A la fac, j’avais écrit un poème sur la première urine du matin. Dans La Boucle d’un songe, les jets d’urine de Julien et du narrateur se croisaient, leurs visages se reflétaient dans la cuvette des toilettes : c’était un symbole de la fusion de l’amour (l’œuf unique, la gémellité, etc.). Je recopie le passage en question. Que mes lecteurs me pardonnent ma prose poético-lourdingue : « Un fait me revient, apparemment sans importance, et pourtant digne d’être rapporté – tout a la même importance, même les plus petits riens, dans un bonheur égal et parfait : portés par les carreaux glacés plutôt que véritablement marchant, nous sommes allés, pied contre pied, comme lourds et penchés, du lit jusques au cabinet d’aisance. Dans ce lieu secret, qu’on ne partage qu’avec soi, nous nous sommes vidés, épaule contre épaule et chevelures mêlées, des accumulations de la nuit. Deux arcs aux courbes parfaites, se croisant, couraient briser le trouble écran d’or. Du fond de la cuvette montait un seul crépitement, à la fois limpide et confus. L’arche liquide s’est tarie et l’écran redevenu lisse a révélé nos presque imperceptibles têtes, effacées par l’eau comme ces portraits que le temps estompe : deux visages serrés à l’intérieur d’un médaillon de porcelaine. » Dans la réalité, il m’est très difficile d’uriner en présence de quelqu’un. Je ne parviens pas à relâcher mes sphincters et, d’ailleurs, personne n’a jamais pu m’enculer. Pourquoi donc me sentais-je libéré en Allemagne ? Pourquoi n’ai-je jamais pu me faire enculer ? Trouver des réponses à ces questions, ce serait à coup sûr faire un grand pas en direction de la guérison. Après avoir entendu ce que je censure dans ce journal, Tirésias a dit qu’il me faudrait, la prochaine fois, lui parler de mon père. Il n’y aura pas d’autre séance avant le 10 mars, Tirésias devant s’absenter jusqu’à cette date. Renaud Camus déplore le peu de savoir vivre dont font preuve ses correspondants dans leurs lettres électroniques (ou même dans les lettres qu’il reçoit par voie postale). Mais ma sœur serait bien en droit de se plaindre elle aussi, qui vient d’être demandée en mariage, sur Facebook, par son illettré d’amoureux. La pauvre. Quelle humiliation ! Maintenant, tous ses contacts, tous ses ‘‘amis’’, comme on dit sur Facebook, vont savoir avec quel genre de personne elle ne va tout de même pas jusqu’à envisager (enfin, j’espère) de se marier ! Quand je pense qu’hier encore, comme j’étais venu lui dire que j’avais compris, grâce à Tirésias, pourquoi je m’étais tellement attaché à Camille, un garçon qui m’est pourtant tellement inférieur, elle me confiait être elle aussi la première étonnée de s’être mise avec un garçon d’un niveau si bas ! Et voici que le garçon veut l’épouser ! Naguère encore, les homosexuels, au moins, n’avaient pas à subir les joies du mariage. (Je parle de ceux qui ne jouaient pas la comédie de l’hétérosexualité.) Ils étaient généralement bien assez à plaindre comme cela ! Avec l’avènement du Pacs, ils ont obtenu le droit d’en connaître, eux aussi, tous les désagréments, mais sans la gloire. Les cons ! Autrefois, les couples d’homosexuels faisaient comme Napoléon se couronnant lui-même : ils se mariaient entre eux sans demander l’accord de personne. Ils fondaient leur propre église en se consacrant d’eux-mêmes et l’un par l’autre : l’un à l’autre. C’est aussi ce qui se passait dans La Boucle d’un songe, je crois. Le soleil et la chienne étaient les seuls témoins du mariage. Le soleil, c’est tout de même plus glorieux qu’un greffier ! Le ciel sera toujours plus haut que la voûte de la plus haute cathédrale.

02:42 Publié dans 2009, Anja, Augustin, Camille, Clément, Cyrille, Elisa, Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

17/02/2009

Lundi 16 février 2009

            J’ai retrouvé les fausses lettres de Julien. Elles étaient rangées avec celles qu’il me reste d’Anja. J’ai également retrouvé la lettre que la mère de cette dernière m’avait écrite après sa mort. Toutes ces lettres n’étaient pas perdues. Elles étaient restées pendant des années dans une boîte que je n’ouvrais jamais. Puis, sans doute au moment d’emménager dans l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’ai quitté depuis, je les avais classées dans une chemise rouge intitulée « Anja et autres lettres ». Ayant beaucoup perdu de mon allemand, j’ai demandé à don Esteban, dont la mère était autrichienne, de retraduire pour moi la lettre de la mère d’Anja. « Nach Ostern werden wir unsere geliebte Anja auf dem Friedhof in Rostock beisetzen ». J’avais complètement oublié que sa mère m’avait dit qu’Anja était enterrée à Rostock. Je n’avais bien sûr pas relu cette lettre avant le voyage que nous fîmes en Allemagne, Esteban et moi, en 2005, si bien que, le jour que nous consacrâmes à sa recherche, nous ne trouvâmes évidemment pas la tombe de mon amie, que je croyais enterrée à Dummerstorf, son village natal. Il n’y avait d’ailleurs pas de cimetière à Dummerstorf. Il fallait aller à Kavelstorf, un village voisin, pour rendre hommage aux morts de Dummerstorf. Mais bien sûr, dans le cimetière de ce village, point de tombe d’Anja ! Don Esteban, en traduisant la lettre de sa mère, a dû se dire que je n’étais vraiment qu’un imbécile. Je recopierai peut-être cette lettre ici, dans les jours qui viennent. Quant aux autres, les fausses lettres de Julien, elles me font trop honte ! Voilà typiquement le genre de contenu qui n’aura sa place que dans mon autre journal, celui de mon analyse. Plus de quinze ans séparent les rencontres d’Anja et de Camille. Et pourtant, je crois pouvoir dire que si je n’avais pas connu Anja, il y a tant d’années, je n’aurais sans doute jamais pu m’attacher à ce point à Camille. J’en parlerai bientôt, après ma prochaine séance chez Tirésias, à qui je réserve la primeur de mes découvertes.

01:37 Publié dans 2009, Anja, Don Esteban, Journal, Julien, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

16/02/2009

Dimanche 15 février 2009

            Renaud Camus évoque une fois Dominique Autié dans Le Royaume de Sobrarbe, dernier tome de son journal intime, le 3 février, page 79, à propos des éditions Privat, dirigées par ce dernier dans les années quatre-vingt-dix. Quelques jours plus tôt, il notait que Virginia Woolf « n’écrivait pas dans les livres, elle, et qu’elle se moquait des gens qui le faisaient, même ». Dominique Autié ne se moquait pas seulement de ces gens, mais il les détestait. « Dupont-Durant n’étant pas Voltaire, écrivait-il dans la chronique qu’il consacra, dans L’ordinaire et le propre des livres, à ces déprédateurs, comme il n’était pas loin de les appeler (‘‘Sans hésiter, disait-il, je range dans la catégorie des déprédations – et non dans celle, prisée des bibliophiles, des dédicaces et envois – l’ex-dono, cette odieuse appropriation de l’objet par qui offre un livre à un tiers et se hausse au rang de donateur en y apposant sa griffe (et, la plupart du temps, le motif du cadeau)’’), Dupont-Durand n’étant pas Voltaire, écrivait-il donc, il est peu probable que je confonde ses coups de crayon ou ses crottes de bic avec des marginalia. » On pourrait objecter à Virginia Woolf, qui ne l’avait certes pas lu, que Renaud Camus, qui annote ses livres, n’est pas les gens. Son journal est là pour en témoigner, dans lequel il écrit presque à chaque page combien la fréquentation des gens lui cause de souffrance. Renaud Camus est sans doute un misanthrope, comme il en fait lui-même l’hypothèse. Plus généralement : c’est des écrivains qu’on ne peut pas dire qu’ils sont des gens. Par contre, je ne comprends absolument pas que Camus puisse trouver à son goût les livres tels qu’ils sont fabriqués par Fayard, c’est-à-dire brochés sans couture, comme c’est d’ailleurs désormais le cas chez la plupart des éditeurs. Lui qui est un grand pourfendeur de la camelote, ne voit-il donc pas que de tels livres en sont aussi ? Ne voit-il pas que ce ne sont tout bonnement pas des livres ? « Pas de fil ? Ce n’est pas un livre », disait encore Dominique Autié, dans une autre chronique de L’ordinaire et le propre des livres. J’avais d’ailleurs laissé ce commentaire à la suite du texte d’Autié consacré aux livres cousus : « Je ne dois pas être encore arrivé à la moitié du livre que je lis en ce moment, et déjà, des paquets entiers de pages se sont décollés et sont devenus des feuilles volantes qui, à tout moment, risquent de ‘‘tomber’’ hors du livre, si je ne le tiens pas assez fermement entre mes mains, ce qui me donne parfois des crampes. C’est très désagréable. On croirait presque que ces livres sont conçus pour n’être lus qu’une fois, et encore, pour certains, jusqu’à la moitié seulement ! » Eh bien ! Ce livre que je lisais alors, je crois bien que c’était Outrepas, c’est-à-dire l’un de ces volumes Fayard que Camus trouve qu’ils lui tiennent si bien en main (je ne me souviens plus de l’expression exacte de l’auteur). Il est probable que nous n’ayons pas les mêmes mains, lui et moi ! Mais lui qui doit, pour travailler à ses églogues, laisser ouverts, pendant des jours et des jours, des dizaines de livres sur son bureau, il devrait être le mieux placé pour comprendre que l’écrivain de demain, son disciple, qui voudrait écrire à son tour des églogues et aurait, pour ce faire, besoin de consulter à tout moment Outrepas ou Le Royaume de Sobrarbe, ne le pourrait tout bonnement pas, à cause de la fragilité des livres, qui ne se prêtent pas à pareille consultation. La fabrication de livres sans couture contribuera sans nul doute à l’appauvrissement de la littérature. Les battements de mon cœur se sont accélérés quand j’ai lu ces quelques phrases, qui me parurent confirmer une certaine communauté de vues, de sentiments et même de sensations, entre Camus et moi, sur les bibliothèques, ou plutôt sur la bibliothèque, page 366 : « Mais c’est parfois dans cette bibliothèque, aussi, à tout cet étage, par de beaux crépuscules d’été comme celui-ci, quand la lumière semble arrêtée et se présenter par toutes les fenêtres avec une intensité égale, étale, passionnément dépassionnée. La vie est là, simple et tranquille sans doute, mais noble aussi, amicale avec indifférence, majestueuse, transparente, mortelle. Hic est locus patriae : cette absence. » Hic est locus patriae, c’était le titre que j’avais donné au texte consacré aux bibliothèques que Dominique Autié avait bien voulu publier dans L’ordinaire et le propre des livres. Mais la lecture du journal de Renaud Camus m’est devenue une épreuve. A chaque fois que je tombe sur une page où il est question du manque de savoir vivre de ses correspondants, de la mauvaise tenue des lettres, surtout des lettres électroniques, je ne puis m’empêcher de repenser à celle que je lui avais envoyée pour lui signaler la parution dans le blogue de Dominique Autié de mon texte sur les bibliothèques. J’avais tourné ma prose d’une telle façon, j’avais été si abrupt, si dépourvu de transition, de préambule (j’avais commencé ex abrupto, si ma mémoire est bonne), je m’étais montré si concis, si bref, si pressé d’en finir, que j’avais dû laisser une fort mauvaise impression. Pour tout dire, j’avais commencé en disant je et conclu par un cordialement du meilleur effet ! C’est d’autant plus absurde que j’avais déjà beaucoup lu Renaud Camus, à cette époque, et savais donc à peu près comment il ne fallait pas m’y prendre pour lui écrire… Mais je l’ai sans doute déjà dit dans ce journal, il y a parfois quelqu’un d’autre en moi, qui agit et parle à ma place. C’est le même qui m’avait poussé à dire à Camille, quand il habitait chez moi, que je voulais qu’il parte, alors que je voulais qu’il reste. Page 133 : « Je connais beaucoup de gens qui n’aiment pas passer la nuit avec leurs amants. » J’en suis ! Plus précisément, j’aimerais passer la nuit avec mes amants, mais je ne le peux pas. C’est d’ailleurs l’un des changements que j’attends de l’analyse que j’ai commencée avec Tirésias. J’espère pouvoir dormir un jour avec les garçons qui entrent dans mon lit. Je croyais que je le pouvais déjà, depuis Camille, dont j’avais très bien supporté la présence dans mon lit toute la nuit. Mais ce n’était que parce que c’était Camille, c’est-à-dire un garçon dans lequel je retrouvais inconsciemment des traits ayant appartenu à des personnages-clés de mon passé : à Julien, comme je l’ai déjà dit mardi dernier, et à un autre, une autre, dont je n’ai pris conscience qu’avant-hier, et dont je parlerai plus tard, après en avoir rendu compte à Tirésias. J’ai voulu renouveler l’expérience du sommeil à deux, il y a quelques jours, avec un adorable Nicéphore, mais ce fut très pénible. Je ne me suis pas endormi avant plusieurs heures. Par contre, le réveil a été très agréable. Nicéphore était venu se blottir au creux de moi, comme fait d’habitude la chienne Pélagie. J’ai fait cette confidence amusée, tout à l’heure, à Osman, qui m’avait invité à venir regarder la télévision chez lui, sur son canapé, contre lui, sous sa couverture : au fond, j’ai commencé mon analyse pour ne plus avoir froid dans mon lit les nuits d’hiver.

03:57 Publié dans 2009, Camille, Dominique Autié, Journal, Julien, Nicéphore, Osman, Pélagie, Renaud Camus, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : renaud camus, dominique autié, le royaume de sobrarbe, virginia woolf

10/02/2009

Mardi 10 février 2009

            En réalité, les enceintes dont je parlais l’autre jour, celles grâce auxquelles j’écoutais les mp3 de mon ordinateur portable, n’avaient pas rendu l’âme. Seulement, je ne m’étais pas aperçu que j’avais coupé le son… Troisième séance aujourd’hui chez Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la séance précédente. Je me suis souvenu, cette semaine, de quelque chose que je n’avais pas vraiment oublié, mais à quoi je ne pensais presque plus, depuis quelques années, et qu’il m’est pénible de rapporter dans ce journal, parce que mes lecteurs découvriront, en lisant ce que je vais dire, que tout n’était pas vrai dans les pages de mon blogue ; ce qu’apprenant, ils pourront légitimement douter de la véracité de tout le reste. (Mais si tout n’était pas vrai, tout relevait de ‘‘ma vérité’’, s’il m’est permis de le dire ainsi.) Au début de mon adolescence, un jour d’hiver (il avait neigé), je m’étais inventé un petit amoureux, que j’étais censé avoir connu quelques mois avant son invention, mais qui s’était suicidé. J’avais baptisé Julien ce personnage, c’est-à-dire d’un prénom qui pourrait être le masculin de Julie, celui que porte ma sœur. J’avais dit à Tirésias, lors de la séance précédente, que l’homosexualité, telle du moins que je la concevais pour moi, était une forme d’inceste, puisqu’elle revenait dans mon cas à rechercher un frère. Peut-être avais-je inventé ce personnage pour mettre fin à l’inceste avec ma sœur, mais j’en doute, parce que les dates ne coïncident pas dans la chronologie, que j’ai le plus grand mal, il est vrai, à établir avec précision. Je suis presque sûr que l’invention de Julien a suivi de plusieurs mois, peut-être même de deux ans, les dernières manifestations de cet inceste, qui furent d’ailleurs peu nombreuses. (Plus j’y repense, plus ce mot d’inceste, qui est si chargé, me paraît disproportionné.) Pour donner plus de réalité à mon invention, j’avais fabriqué de fausses lettres de Julien, en contrefaisant son écriture, si j’ose dire, car, n’ayant jamais existé, il va de soi que Julien n’écrivit jamais rien, si ce n’est sans doute la plus grande partie de ma vie. Pour donner l’illusion que ces lettres n’étaient pas neuves et que le temps avait passé sur elles, je m’étais mis à dormir avec elles, à les cacher sous mon oreiller, pour les froisser. Ç’avait fini par devenir une habitude, un rituel, qui dura des mois, peut-être même des années. Je me demande si ce n’est pas à cause de ces lettres qu’encore aujourd’hui, je n’arrive pas à dormir avec quelqu’un dans mon lit, comme si j’étais resté fidèle à ce garçon de mon invention, avec qui je n’ai donc évidemment jamais pu réellement coucher. (Autre souvenir : peu de temps avant l’invention de Julien, sans doute, (ou était-ce plusieurs mois avant, voire une ou deux années ?) prit fin, avec ma mère, un autre rituel, qui consistait, pour ma sœur et moi, à dormir à tour de rôle (ou les deux en même temps) avec celle-ci, dans son lit. J’étais déjà au collège, quand cela cessa, sans doute en sixième, ou peut-être en cinquième. A cette époque, il commençait à devenir pénible, pour moi, d’aller en cours. Mais la difficulté de me rendre en classe connut son paroxysme au lycée. Par exemple, il m’était devenu extrêmement douloureux de traverser la cour, pour aller d’un bâtiment à l’autre. J’étais pris d’épouvantables démangeaisons du cuir chevelu, et à l’époque, il était absolument inconcevable, pour moi, de me gratter, de me moucher, de tousser en public. Même déglutir m’était difficile. Je me hâtais de rejoindre les escaliers du bâtiment où je devais aller, généralement vides, pour pouvoir mettre un terme à la démangeaison.) Julien, le personnage de mon invention, était affligé, dans mon imagination, d’une grande faiblesse morale, et d’ailleurs, il était censé avoir fini par se suicider. Mon attachement à Camille est sans doute incompréhensible, si l’on ne tient pas compte de ce fait inventé. Après tout, ce dernier m’est intellectuellement très inférieur. Il n’est pas vraiment beau. Il a sans doute bien plus de défauts que de qualités. Je n’ai donc pas de bonne raison de m’être attaché à lui. Mais, comme Julien était moralement faible, Camille l’est physiquement, à cause de son diabète, même si, dans le même temps, il est plein d’une énergie qui est peut-être bien au-dessus de ses forces. C’est cette faiblesse qui pourrait expliquer mon attachement à lui. Il serait comme un second Julien. D’ailleurs, j’ai pu dormir avec lui dans mon lit, ce qui m’est d’ordinaire impossible avec d’autres. D’habitude, je ne tolère, pour le sommeil, aucune autre présence que celle de la chienne Pélagie (et encore, au moment de m’endormir, je la chasse de mon lit, pour avoir la paix. Ce n’est que lorsque je suis endormi, que je lui permets de revenir à côté de moi. (Je suis conscient que le sens de cette dernière phrase peut paraître un peu étrange.)). L’invention de Julien a sans doute été précédée de peu (quelques mois ? était-ce au printemps précédent ?) par un événement qui m’avait fort impressionné, à l’époque. J’étais seul, chez moi, quand on sonna à la porte. J’ouvris à un garçon légèrement plus âgé que moi, qui prétendait vendre des pâquerettes pour se faire un peu d’argent de poche. (Oui, des pâquerettes !) Il était très beau, très à mon goût, mais je n’avais pas d’argent à lui donner pour ses fleurs et j’ai fini par refermer la porte, sans l’inviter à entrer. Est-ce de ce personnage réel qu’est né Julien ? J’ai vérifié dans mon journal : en 2005, je parlais encore de Julien comme s’il avait réellement existé. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, je ne crois pas avoir jamais reconnu devant personne qu’il n’était que le fruit de mon imagination. (Ou peut-être que si. Je ne me souviens jamais de ce que j’ai pu écrire dans ce journal…) Julien a jeté son ombre sur presque toute ma vie. Il est le sujet et le dédicataire de bien de mes sonnets. Il était le personnage principal de La Boucle d’un songe, ce roman que je n’ai bien sûr jamais terminé (c’est à peine si je l’ai commencé !). En 2005, je créais pour mon blogue une catégorie intitulée Cycle de Julie(n), dans laquelle je rangeais encore un texte le concernant en mai 2006. Anne a sincèrement cru en l’existence de ce dernier. Celui-ci a d’ailleurs été le sujet de bien de nos conversations. Maintenant que j’y pense, Augustin, dont j’ai été très amoureux, avait le type physique que j’avais imaginé pour Julien, du moins jusqu’à ce qu’il change de coupe de cheveux. (Je ne suis pas sûr d’avoir été bien clair : évidemment, je n’ai jamais cru en la réalité de Julien. J’ai toujours su qu’il était une invention, même si ma mythomanie (si c’est bien le mot) m’a poussé à faire croire à d’autres en la réalité de son existence.) Demain, je n’aurai pas vu Camille depuis un mois, même si nous nous sommes parfois téléphoné ou envoyé des SMS depuis notre dernière rencontre. Est-ce l’effet du temps ou de l’analyse déjà ? J’ai le sentiment de parvenir à me libérer de lui. Le fait que j’aie pris conscience qu’il n’était sans doute qu’un avatar du fantôme qui a hanté ma vie, qu’une ombre en chair et en os, m’a comme délié. Contrairement à ce que je faisais tout récemment encore, je n’interprète plus tout ce que j’apprends ou n’apprends pas comme autant de preuves de son indifférence. Plus exactement, j’accepte cette indifférence, puisque je sais à présent que ce n’est pas l’indifférence de Julien, puisque je sais que l’indifférent n’est que Camille. Malgré tout, je suis triste. J’ai le sentiment de perdre un ami, sentiment absurde, sans doute, puisque je n’aurais probablement jamais pu avoir de réelle amitié pour un être aussi incomplet que lui. Mais si je ressens cette tristesse, c’est surtout de voir que personne ne veut de moi comme ami, pas même un Camille, qui était pourtant bien loin de pouvoir espérer en trouver un tel que moi. (J’accepte l’indifférence de Camille en tant qu’avatar de Julien, mais je ne l’accepte pas encore totalement, parce qu’elle est aussi l’indifférence que j’inspirerais à n’importe qui d’autre, celle à cause de laquelle je suis seul et sans amis.) « Il vaut mieux, pour nous, se dire adieu, comme chante Léotard, et ne plus penser à la vie tous les deux, n’avoir plus de cœur qui bat, quand l’un, sans l’autre, se noie tout seul dans son chagrin. Il vaut mieux, je crois, prendre un autre chemin, qui nous mènera vers un autre lointain. » Quelle chanson ! Qu’elle voix, surtout ! C’est la même voix qui chante en moi, d’une tristesse accablée, mais résignée. Je crois bien que Camille n’est plus, et sa perte, malgré tout, malgré le peu de choses qu’il était, me laisse inconsolable.

22:49 Publié dans 2009, Anne D***, Augustin, Camille, Cycle de Julie(n), Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : philippe léotard

09/02/2009

Dimanche 8 février 2009

            Les yeux me brûlent. Il ne m’arrive que des malheurs, depuis quelque temps. Les enceintes dont je me servais pour écouter les mp3 de mon ordinateur portable semblent avoir rendu l’âme. Les nombreuses coupures d’électricité qui ont suivi la tempête ont complètement déréglé mon réfrigérateur, qui s’est transformé en congélateur. Je dois faire le contrôle technique de ma voiture avant la fin du mois, mais il faut d’abord que je change les plaquettes de frein et les miroirs des rétroviseurs. Parce que j’étais en retard pour le vernissage au Centre d’art contemporain, jeudi soir, dans ma précipitation, j’ai cassé le flacon de ce merveilleux parfum que m’avait offert ma sœur, qui m’allait si bien, mais qui est absolument au-dessus de mes moyens. Ma mère ne veut pas comprendre que je ne peux plus inviter à mon tour les membres de ma famille à dîner le dimanche soir, chez moi, parce que cela me revient trop cher. (C’est nouveau, depuis quelques mois : elle a décidé que nous devions nous inviter à tour de rôle.) Elle prétend que je ne suis pas obligé de faire un festin. Certes. Mais il ne restait, à la fin du mois de janvier, que 2,70 EUR sur celui de mes comptes en banque où sont versées mes rares entrées d’argent. Même la cuisine la plus simple coûterait plus de 2,70 EUR ! Mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, elle n’a jamais rien compris. L’autre soir, il était prévu que je dîne chez elle, mais j’ai dû partir soudain, parce que j’avais envie de la tuer. Pas exactement de la tuer, mais de la battre si violemment qu’elle en serait sûrement morte. Depuis que je me suis lancé dans cette psychanalyse avec Tirésias, je me suis remis à éprouver de la haine pour ma mère. Ce ne peut pourtant pas être déjà un effet de l’analyse, qui vient à peine de commencer. Mais, pour l’instant, je ne puis m’empêcher de me rendre aux séances chez Tirésias en me disant (peut-être à tort) que, probablement, me soigner et guérir, c’est me soigner et guérir de ma mère. D’où mes accès de haine. Hier soir, au dîner chez Tityre, son amie Parthénie, dont je m’étais sans doute mal fait comprendre, m’a demandé depuis combien de temps ma mère était membre de l’association du Centre d’art contemporain. J’ai dû lui expliquer qu’Arthénice, la présidente de l’association, qui est une connaissance de ma mère depuis le lycée, ne cessait de me demander quand cette dernière finirait par se décider à devenir adhérente ; mais qu’elle ne le deviendrait sans doute jamais, parce qu’elle était une personne qui n’aimait pas la vie en société et que, n’étaient ses deux lesbiennes, elle ne fréquenterait sans doute personne. A quoi Parthénie a répondu que ma mère ne perdait pas grand-chose. Sans doute. Mais ce m’était pénible d’avoir à dire cela à Parthénie, parce que j’avais l’impression de me justifier, d’expliquer pourquoi, moi, j’étais comme je suis, c’est-à-dire comme ma mère. La grande phobique sociale de la famille, c’est elle. Elle nous a transmis ses névroses, à ma sœur et moi. Le pire est qu’elle s’en lave les mains. D’où mon fantasme de les lui voir tranchées. Il y avait la voix de la sagesse à la télévision, cet après-midi : le grand Robert Badinter, qui nous expliquait encore une fois que la peine de mort était une abomination, au cas où nous ne l’aurions pas compris, depuis le temps. Mais bien sûr qu’il y a des mères qui méritent la peine de mort ! Moi, je rêverais que le bourreau couche la mienne sur la bascule et la coupe en deux, encore vivante, blablabla, pour enfin ne plus jamais voir sa maudite tête de mère, sa tête de Méduse, de Clytemnestre de banlieue pavillonnaire. Je donnerais un dernier grand coup de pied dedans, comme dans le ballon que va chercher et me rapporte la chienne Pélagie, quand je joue avec elle. La tête volerait par-dessus la clôture et les chiens de la voisine se feraient une joie de la bouffer. Au lieu de quoi c’est moi qui devais faire la bouffe à ma mère, ce soir, pour moins de 2,70 EUR, donc ! Mais c’était la dernière fois. Enfin ! J’exagère. Tout n’est pas si noir. Sappho, sa chienne, a peut-être un cancer. On attend les résultats de la biopsie. Mais tout de même, c’est un peu dur de ne plus pouvoir me réchauffer à la rousseur de Camille, pour m’apaiser. Il y aura bientôt trois semaines que je ne l’ai pas vu. Polémon dit qu’il aide chez son père, où la tempête a fait beaucoup de dégâts. Il n’en partirait que pour se rendre à son travail. Mais c’est de Polémon que je le tiens. Camille n’a même pas pensé à me le dire lui-même, si seulement il se souvient que j’existe. Je tiens moins de place dans sa vie que les poulets qu’il va ramasser la nuit dans les fermes des Landes. J’ai dit qu’il avait hébergé Alcidor, l’amant de Flipote, pendant quelque temps. Ça ne le dérangeait pas de dormir dans le même lit que ce grand hétéro malpropre qui allait se coucher sans même se laver, encore tout couvert de fientes et de plumes. Lorsque c’était moi qui l’hébergeais, Camille préférait dormir dans le salon, sur le canapé, loin de moi, qui sens pourtant l’éclair au chocolat, aux dires de Tityre. Il aimait mieux baiser avec Ascylte, ce déjà vieil accroupi, avec Tityre, cette brute qui ne sent pas sa force, ou avec Polémon, qui est presque aussi gros que Damis et qui vient d’attraper la gale ! Mais moi ? Moi, je suis un garçon compliqué. « C’est un garçon compliqué », voilà ce qu’il avait dit à sa cousine, je crois, qui lui demandait, dans l’une de ses conversations sur MSN, dont j’ai pu lire la sauvegarde, pourquoi il n’était plus mon amant, alors que je l’hébergeais pourtant, au mois de septembre ou d’octobre 2008. Il semblait embarrassé, il ne savait trop quoi répondre. « Parce que c’est un garçon compliqué », avait-il finalement expliqué à sa cousine. Ça m’avait touché de trouver sous la plume de Camille cette expression qui veut tout et rien dire. Il me semble qu’en disant cela, il avait compris que ce n’était pas contre lui que j’étais comme j’étais. Il avait compris que mon intention n’était pas de le heurter, mais que je ne cessais de me heurter à moi, plus encore qu’à lui, sans le vouloir, sans pouvoir faire autrement. Camille est bête, mais il comprend les choses, parfois. Peut-être même a-t-il reconnu le gouffre dans lequel je m’efforce de ne pas tomber, aussi profond que le sien, par quoi nous nous ressemblons, lui et moi, je l’ai déjà dit. Mais contrairement à moi, Camille n’a pas le vertige. Il joue les funambules au-dessus de l’abîme. C’est en quoi nous sommes si différents. A lui la grâce, à moi la gravité. Pas étonnant qu’il m’ait fui. Je l’aurais fait tomber.

02:27 Publié dans 2009, Alcidor, Arthénice, Ascylte, Camille, Damis, Flipote, Journal, Ma mère, Ma soeur, Parthénie, Pélagie, Polémon, Sappho, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : robert badinter

05/02/2009

Mercredi 4 février 2009

            Hier soir, Laurent Belkacem m’a écrit sur le site Facebook, pour me signaler une coquille dans le texte que je venais de publier dans mon blogue. « Il m’a expliqué, avais-je écrit dans mon journal, que c’étaient ses amis qui préféraient se servir de son second prénom, qu’ils trouvaient plus moderne, mon vieilli ! » Même en relisant ce texte, je n’ai d’abord pas vu la coquille, mais ai bien lu moins, comme il le fallait, au lieu de mon. Ce n’est qu’en découvrant la suite du message de Laurent Belkacem que je me suis enfin aperçu de mon lapsus calami : « Je suppose que c’est un ‘‘mon’’ pour un ‘‘moins’’ », me disait-il. Les deux lettres que je n’avais pas écrites, i et s, ont, en lettres capitales, IS, une forme assez semblable à celle du nombre 15. Or la veille, à propos d’un texte que j’avais écrit sur Facebook encore, pour répondre à l’invitation de Raphaël Juldé, qui m’avait taggué pour que je participe à un jeu qui consistait à écrire ce texte en 25 points, puis à inviter 25 ‘‘amis’’ à en écrire un à leur tour, celui-ci m’avait fait remarquer que j’avais, par erreur, écrit deux n°15. Mon texte était en grande partie consacré à l’amitié et au fait que j’ai fort peu d’amis. « Tu n’as pas 25 amis, m’avait écrit Raphaël Juldé, en commentaire, par contre tu as deux 15… » Ce n’est peut-être pas un hasard, si j’ai omis d’écrire ce 15, I et S, en réalité, dans un mot, moins, qui est particulièrement approprié pour dire le nombre de mes amis : j’en ai moins que la plupart des gens. Si l’on peut juger de la qualité, de la valeur d’un homme au nombre de ses amis, force m’est de reconnaître que j’ai peu de valeur, en effet, comme Tirésias m’avait fait remarquer que je le pensais. Le texte écrit pour Facebook avait trop de 15, puisqu’il en avait deux. Or ces deux points 15 se situaient à l’endroit d’une rupture dans le texte. Dans le premier n°15, je disais qu’une soirée à laquelle j’avais été invité par mon ami Tityre se déroulait dans la joie et la bonne humeur. « Nous avons beaucoup ri et bu », avais-je écrit. Mais dans le second n°15, j’écrivais qu’il fallait absolument que je raconte la scène de bagarre à laquelle j’avais assisté ensuite, ce que je faisais dans le reste du texte, sur le ton de la moquerie, de la dérision et presque du mépris, comme si je voulais absolument signifier que moi, je n’étais décidément pas comme ceux dont je me moquais, que je n’appartenais pas vraiment à leur groupe. (Mais : et si c’était moi qui avais moins de prix qu’eux, et qui étais le plus digne de mépris ?) Après m’être particulièrement bien amusé parmi eux, je m’étais soudain senti en trop. D’ailleurs, je n’ai pas voulu aider à séparer les pugilistes, comme si je ne me sentais pas concerné, comme si leur sort m’indifférait : après tout, ce n’étaient pas vraiment mes amis, mais ceux de Tityre. Un autre garçon n’a pas voulu s’interposer entre les bagarreurs, ce soir-là, et c’était précisément celui qui me plaisait, avec qui j’aurais aimé devenir ami, mais qui m’était interdit, parce qu’il avait déjà un amant, un amant qui plus est très jaloux, et très violent, puisque c’était justement celui qui en était venu le premier aux mains. Ce moins dont j’ai retiré les deux lettres qui veulent dire trop aurait donc bien pu vouloir dire trop lui aussi. Or, dans mon journal, ce trop que je ne voulais pas écrire se trouvait juste devant le mot vieilli : sans doute ne voulais-je pas admettre que j’étais trop vieux, trop vieux pour le garçon dont je parlais à ce moment-là dans mon journal, avec qui j’avais déjà couché, mais dont j’aimerais me faire un véritable ami. (Si j’aime un prénom que les garçons de son âge jugent trop vieilli, c’est bien que j’ai des goûts de vieux !) Je ne voulais pas reconnaître que son amitié m’était probablement inaccessible, du fait de mon âge, comme m’était interdit le garçon de la soirée chez Tityre. Je préférais écrire un mot qui dise mon désir, qui est de voir le garçon de mon journal devenir mon, c’est-à-dire mien, pour oublier Camille. (Vraiment ? Oublier Camille ? Ou seulement le remplacer, ou plutôt m’en libérer ? Tityre m’avait dit que le garçon qui me plaisait, lors de la soirée chez lui, aimait beaucoup les rouquins comme Camille. N’avais-je pas plutôt le désir de plaire à ce garçon pour me sentir aussi désirable que Camille, c’est-à-dire pour avoir le sentiment d’avoir autant de valeur que lui ?) Mon lapsus a-t-il vraiment le sens qu’il me semble lui avoir trouvé, ou si je viens de l’inventer à mesure que je l’écrivais ? Après tout, c’est un peu tiré par les cheveux et, d’ailleurs, i et s en lettres capitales ne ressemblent pas tant que cela au nombre 15, comme je le prétends. Une chose est sûre, cependant : j’ai relu le texte de mon journal une bonne dizaine de fois avant de le publier, comme je fais d’habitude. J’y ai corrigé plusieurs fautes de toutes sortes, mais à aucun moment je n’ai été capable de relever ce lapsus, jusqu’à ce que Laurent Belkacem me le signale.

01:51 Publié dans 2009, Agathon, Camille, Cléomédon, Clinias, Journal, Laurent Belkacem, Polysarque, Raphaël Juldé, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : raphaël juldé

03/02/2009

Mardi 3 février 2009

            Deuxième séance chez Tirésias, le psychanalyste. J’ai continué à lui faire l’exposé de mes souffrances quotidiennes. Deux grands types apparaissent. Premièrement : ma peur du regard des autres (les inconnus, les étrangers), la peur de paraître ridicule, ce que j’appelle ‘‘ma phobie sociale’’. Deuxièmement : la peur de laisser indifférents mes amis. C’est ce que je vis en ce moment avec Camille, par exemple. Tityre appelle cela mon ‘‘obsession amoureuse’’. Non pourtant, je ne suis pas amoureux de Camille comme j’ai pu l’être d’Augustin. Mais oui, il s’agit bien d’une obsession. Tout ce que fait ou ne fait pas Camille est analysé et interprété par moi comme autant de preuves de son indifférence. (Il ne me semble cependant pas totalement exclu que je sois tombé sur mon pire cauchemar, c’est-à-dire sur quelqu’un que je laisse effectivement complètement indifférent. « Vous avez peur que ce garçon ne s’intéresse pas assez à vous, dit Tirésias. – Oui, mais c’est plus compliqué que cela. Camille a ses propres problèmes, et je pense sérieusement qu’il ne peut vraiment s’intéresser à personne. A moins que ce ne soit ma propre peur qui ne m’aveugle… ».) Tirésias me fait remarquer que le ‘‘fil conducteur’’ entre mes deux grandes angoisses, c’est ma propre valeur, le peu de valeur que je crois avoir aux yeux des autres, inconnus ou familiers. Il semblerait également que j’aie inconsciemment cessé de grandir. Mon travail de distribution de prospectus, qui n’est pas un métier, est typiquement un travail d’étudiant. Parvenu en licence, je m’étais retrouvé subitement incapable de terminer toute dissertation en temps limité (pourquoi à ce moment-là précisément, c’est ce que je ne sais pas). C’était sans doute parce que, inconsciemment, je ne voulais plus progresser. (Je ne suis d’ailleurs pas plus capable de terminer un livre ! Je me souviens de l’intervention de je ne sais plus quel internaute, sur le forum du parti de l’in-nocence, qui disait que faire œuvre, c’était d’abord faire son âge. Or justement, on me dit souvent que je ne fais pas mon âge…) De même, jusqu’à présent, je n’ai jamais été capable de me projeter dans une véritable relation de couple, qui est censément une relation d’adultes. (D’ailleurs, c’est ce que j’appelle les garçons que j’aime, et non les hommes.) Mais le fait d’avoir vécu un semblant de relation de couple avec Camille, pendant le petit mois qu’il a passé chez moi, m’a fait prendre conscience de ce à côté de quoi je passais, et m’a sans doute en partie incité à commencer enfin cette analyse. Tirésias m’a ensuite expliqué comment nous allions procéder. Il y aura quatre séances par mois. Je devrai laisser libre cour à ma parole, suivant le principe de l’association libre. Apparemment, pas de divan en perspective (je suis un peu déçu, je m’y voyais déjà), mais un face à face, comme aujourd’hui. Il est possible de parler de mes rêves, mais pas nécessairement d’eux uniquement. Il faudrait d’autre part que, même entre les séances, selon l’expression de Tirésias, je ‘‘m’ouvre à cette parole et aux associations que je pourrais faire’’. J’ai commencé dès aujourd’hui à faire ce travail d’association libre avec Tirésias. J’ai d’abord dit que Camille occupait beaucoup mes pensées. « Il est diabétique, ce qui contribue à le rendre attachant. Son diabète le rend à mes yeux plus fragile (j’aime la fragilité) et irresponsable. Je me demande si je n’ai pas le même travers que ma sœur, qui a vécu pendant longtemps avec un hémophile, qui lui a d’ailleurs donné le sida, puis avec un cancéreux. C’est curieux cette association avec ma sœur, parce que je dis souvent que l’homosexualité, du moins la mienne, l’homosexualité telle que je la veux pour moi, est une forme d’inceste. Pour moi, être homosexuel, c’est rechercher un frère. Ce qui me fait penser que j’ai eu pendant un certain temps des relations incestueuses avec ma sœur, au début de la puberté. – Avez-vous honte de cet inceste, me demande Tirésias. – Non, pas du tout, même si, bien sûr, je suis conscient que je le devrais ! (D’ailleurs, j’hésite un peu à l’écrire dans ce journal… Je viens de commencer un autre journal, uniquement consacré à mon analyse, dont je projette de recopier la plus grande partie dans celui-ci, mais auquel je réserve ce que, sans doute, il arrivera que j’estime ne pas devoir être publié. Parler de cet inceste, qui n’a certes pas duré très longtemps, et qui n’alla pas bien loin, si mon lecteur voit ce que je veux dire, je me demande tout de même si ce n’est pas précisément ce que je ne devrais faire que dans l’autre journal…) Ma mère a fait une fausse couche entre ma naissance et celle de ma sœur. Je devais avoir deux ou trois ans. Je me rappelle être allé la voir à l’hôpital avec mon père, mais je ne sais plus si j’étais entré dans sa chambre, ou si je n’avais pu lui faire signe qu’à travers la fenêtre. » C’est à peu près tout ce dont je me souviens de la séance d’aujourd’hui. Je me demande si ce travail d’analyse aura rapidement des effets positifs sur moi et sur ma vie. Jusqu’à quel point vais-je changer ? Si mon amour des garçons n’est qu’un symptôme, par exemple, se pourrait-il que je finisse par me mettre à aimer les hommes ? Pour l’instant, j’aurais tendance à trouver aussi révoltant de voir transformer en homosexuel le pédéraste que je suis et que j’aime être que de voir transformer un homosexuel en hétérosexuel, comme il paraît que cela se fait dans certains pays. Pour dire à quel point mon obsession de Camille est grande, j’en suis réduit à me débattre entre le désir de couper tous les ponts avec lui et la peur de le perdre définitivement ! Je voudrais l’effacer de la liste des contacts de mon téléphone portable, pour ne plus être à guetter l’apparition de son nom, lorsque je reçois un SMS ou un appel, mais même cela, je n’y arrive pas, pour l’instant. Le fait que je sois dans une telle dépendance d’un garçon dont je ne suis même pas réellement épris et qui n’est tout au plus qu’une amourette pour moi, voilà ce qui me fait penser que j’avais en effet bien besoin d’un psy. Je ne dois pas être normal pour en être là. (Camille n’est certes qu’une amourette, mais, je l’ai déjà dit, je l’aime aussi comme un ami, comme un frère et peut-être même comme un fils. Pour toutes ces raisons, je l’aime donc énormément. Mais cela non plus, ce n’est sans doute pas normal.) Malgré mon obsession de lui, je continue de vivre ma vie, tant bien que mal. J’ai par exemple fait la connaissance d’un autre garçon, de dix-huit ans celui-là, très joli, et beaucoup plus sensuel et affectueux que Camille. Je me suis fait cette réflexion, hier soir, que ses couilles et son cul, qui sont très poilus et retiennent donc les odeurs qu’il n’y a qu’à cet endroit, avaient le parfum de la pâte à crêpe que je venais de préparer. Il a un fort joli prénom, qui évoque des fleurs qui s’ouvrent. Mais je me suis aperçu, en laissant un message sur le répondeur de son téléphone portable, qu’il se faisait appeler par ses amis d’un autre nom, l’un de ces noms de séries télévisées américaines, qui sont si ridicules, si populaires. Il m’a expliqué que c’étaient ses amis qui préféraient se servir de son second prénom, qu’ils trouvaient plus moderne, moins vieilli ! Je me suis d’abord demandé si ce garçon n’était pas vraiment très con. J’ai cru qu’il n’avait pas compris que ses amis s’étaient tout bonnement foutus de sa gueule, et puis je me suis rappelé que la jeunesse était de moins en moins consciente de son ridicule, qui est pourtant chaque année plus grand. Il est sans doute très possible que les jeunes trouvent de la beauté à des prénoms comme Dylan ou Brandon. Ils ont le mauvais goût de leurs parents, voilà tout. Quelle époque ! Le garçon m’a dit qu’il habitait chez son frère, parce qu’il ne s’entendait pas avec ses parents. Je comprends fort bien, pour ma part, qu’on ne s’entende pas avec des parents qui ont choisi pour soi un prénom de série américaine, même si ce n’est que le second. Mais ce n’est manifestement pas pour cette raison que le jeune homme est en froid avec eux. Je voulais aussi parler de la scène à laquelle j’ai assisté avant-hier chez Tityre, mais je n’en ai plus le courage. Je sens bizarrement le sommeil me gagner, alors qu’il est encore tôt. J’en parlerai peut-être une autre fois. Sinon, on peut s’en faire une idée en lisant ce petit texte, que j’ai écrit hier pour Facebook.

22:59 Publié dans 2009, Augustin, Camille, Chrysanthe, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

26/01/2009

Dimanche 25 janvier 2009

            La tempête d’hier semble avoir été beaucoup plus forte que celle de 1999, qui n’avait duré que le temps d’un gros orage, disait ma mère ce soir, tandis que les éléments se sont déchaînés pendant des heures, hier matin. Je ne puis que la croire sur parole, puisque je dormais à ces heures-là. Mais à midi, et pendant toute la première partie de l’après-midi, le vent a continué de souffler très fort. Les dégâts sont apparemment très grands. Il paraît que le toit de l’internat du lycée Despiau s’est effondré. De nombreux arbres du parc Jean-Rameau, tout près de chez moi, sont tombés, ainsi qu’à Nahuque. Tityre, qui a passé quelques jours à Bordeaux, m’a dit tout à l’heure au téléphone qu’entre cette ville et Mont-de-Marsan, une grande partie de la forêt avait tout bonnement disparu. Il lui a fallu huit heures, cet après-midi, pour faire le trajet jusqu’ici, tant la circulation était rendue difficile par les arbres dont les routes étaient littéralement jonchées. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il avait entendu parler d’une femme qui, ayant été forcée d’accoucher chez elle pendant la tempête, avait ensuite passé une huitaine d’heures dans l’ambulance qui devait la conduire à l’hôpital, à quinze kilomètres seulement de son domicile. De nombreux arbres ont été abattus dans le parc de madame V***, la voisine de ma mère. Les parents d’une amie de ma sœur en ont perdu près d’une centaine chez eux. Pendant ma distribution dominicale de prospectus, cet après-midi, dans Mont-de-Marsan, j’ai vu quelques cheminées effondrées. La toiture de madame P***, qui vit non loin de chez ma mère et fut mon professeur de physique, lorsque j’étais au collège, a été en partie emportée par les vents. Il y avait des tuiles brisées sur tous les trottoirs de la ville. Dans un jardin, une voiture avait disparu sous un arbre. Je ne retrouvais plus la monotonie de mes itinéraires habituels : des quartiers entiers avaient changé d’aspect, parce que les arbres des jardins avaient disparu, laissant les maisons comme nues et livrées aux regards. Une partie du parking de la résidence de La Rotonde a sombré dans le Midou. Quant à la Midouze, elle a englouti toutes les voitures du parking qui se trouve sur l’un de ses quais. Elle a également noyé le quai Silguy, à l’endroit où, tout près de chez Tityre, il rejoint la rue Sarraute, qui disparaissait cet après-midi dans la rivière. Hier après-midi, Camille m’a dit au téléphone qu’il partait chez son père, où il allait aider à planter un arbre pour le quatre-vingtième anniversaire de son grand-père. Il ne semblait pas encore avoir pris conscience (ni moi d’ailleurs, à ce moment-là) qu’il y aurait sans doute plus d’un arbre à replanter ! Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis ce coup de téléphone. Peut-être s’est-il tué sur les routes, qui sont dangereuses et le seront sans doute encore pendant plusieurs jours, à cause des nombreux arbres qui menacent toujours de tomber et que la pluie va gorger d’eau et rendre plus lourds encore, me disait Cyrille, tout à l’heure, l’actuel amoureux de ma sœur. Peut-être Camille est-il resté chez son père pour aider à réparer les dégâts. Toutes les lignes téléphoniques ne sont pas rétablies dans les villages. Je me suis souvenu du discours très ému que nous avait fait M. Cambronne, l’un de mes professeurs de latin, à Bordeaux, lors de son premier cours de l’an 2000, juste après les vacances de fin d’année, pendant lesquelles avait eu lieu la tempête de 1999. Il avait demandé à ses élèves d’avoir une pensée pour les malheureux qui avaient été frappés par la catastrophe, pour les morts qu’elle avait faits, et plus particulièrement pour ceux dont la presse n’avait pas parlé, avait-il dit, et qui, poussés par le désespoir, s’étaient eux-mêmes ôtés la vie. Je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation avant d’entendre la voix légèrement tremblante de mon professeur. (Je dois avouer que j’avais toujours trouvé cet homme antipathique, à cause de sa constante gentillesse, de sa perpétuelle bonne humeur et du sourire qu’il affichait en permanence et jusque dans la mélodie de sa voix. J’étais si bête, à l’époque (bien plus encore qu’aujourd’hui, c’est dire…), que je trouvais indigne d’un homme (et révoltant) de faire montre d’une telle légèreté. Retrouver à la rentrée un professeur devenu tout à coup si grave m’avait donc fort impressionné. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que cet homme était infiniment plus homme que moi, puisqu’il avait écrit Chants d’exil.) Hier soir, j’étais de nouveau très loin de seulement penser à prendre le temps de cette pensée pour les victimes de la tempête qui venait d’avoir lieu, à laquelle M. Cambronne, déjà en 1999, m’avait invité, moi et mes camarades de classe. C’est parce que j’étais invité à tout autre chose, par le petit bouquetier, à qui je m’avise que je n’ai toujours pas donné de nom dans ce journal. Appelons-le donc Osman. Osman m’avait en effet convié à sa pendaison de crémaillère et la soirée que j’ai passée hier chez lui fut pour moi l’une des plus agréables depuis fort longtemps. Il n’y avait parmi les invités que fort peu d’homosexuels, ce qui explique d’ailleurs peut-être en grande partie la perfection du moment. Nous étions entourés de couples hétérosexuels et des frères et sœur d’Osman, qui sont nombreux et portent des noms appartenant aux trois grandes religions monothéistes. (Dieu merci, Osman, malgré son nom, n’est pas circoncis !) Il ne manquait que celui des frères qui habitait au-dessus de mon ancien appartement et qui s’était un jour amusé à pisser sur ma véranda depuis l’une de ses fenêtres. Les conséquences de la tempête l’empêchaient de quitter je ne sais plus quel village des environs. S’il avait été là, la soirée ne m’aurait probablement pas parue si réussie… Il y avait même un enfant, que sa mère semblait avoir confiée à la garde des deux seuls autres homosexuels (outre notre hôte et moi), un couple, qui semblait fort heureux de pouvoir jouer au papa et à la maman. La bonne humeur et la joie de vivre de tous ces gens, la sincérité de leurs sentiments et surtout ce qui m’a semblé être leur très grande aptitude pour la vie, avaient quelque chose de proprement incroyable pour quelqu’un qui, comme moi, ne fréquente plus, depuis quelque temps, que des homosexuels, qui sont par nature ce qui se trouve parmi les hommes de moins ondoyant et divers, de moins animé, et finalement de moins vivant, puisqu’ils n’ont d’intérêt que pour le même en général, comme leur nom l’indique : tous ces pédés se mordent la queue, c’est bien le cas de le dire, et moi le premier, sans doute. Diodore, le plus jeune frère d’Osman, qui n’a que seize ans, est le type même de l’adolescent réjouissant et facétieux. A cause de ses bouffonneries, l’hilarité générale n’est retombée qu’au bout de plusieurs heures. Je l’ai encore croisé cet après-midi, comme souvent, lors de ma distribution dominicale, puisqu’il habite dans l’une des rues que je dessers. Il a tout du bon garçon : poli, souriant et serviable, il est à peu près le contraire de mes élèves, qui avaient tout du mollusque, eux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai cessé de leur donner des cours. Ils étaient vraiment trop cons, tous, sans exception. Ma vie est bien assez réduite comme cela, selon le mot de Tirésias, le psychanalyste. Je n’avais vraiment pas besoin de me faire réduire aussi la tête par ses petits sauvages, en essayant, bien en vain, d’élargir un peu les leurs. Mais à présent, je l’ai, cette pensée pour les malheureuses victimes de la tempête. Je suis inquiet pour Camille et pour sa famille. Peut-être la propriété de son père est-elle complètement dévastée, où vivaient les bêtes qu’il aime tant, ses chiens, ses cochons, ses chevaux. Peut-être sont-ils au désespoir, en ce moment-même. Je me suis également surpris à penser à Renaud Camus, tout à l’heure, qui écrivait dans le dernier volume de son journal, je crois, qu’il était heureux d’avoir enfin pu payer entièrement la réfection de la toiture du château de Plieux. Si ça se trouve, il n’en reste plus rien à l’heure actuelle !

02:06 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Diodore, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Renaud Camus, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la tempête de 1999, la tempête de janvier 2009, patrice cambronne, renaud camus

22/01/2009

Mercredi 21 janvier 2009

            Je me sens abattu. Tout est rentré dans l’ordre depuis la grande catastrophe causée par Ascylte, qui est à présent si méprisé, si malmené par Camille, que je le plaindrais presque si je n’avais pas tant de haine pour lui. Bien sûr, il m’amuse beaucoup d’écouter Camille se jouer d’Ascylte au téléphone en inventant mille et une obligations, toutes plus fausses les unes que les autres, pour dissuader ce dernier de venir à Mont-de-Marsan. (Camille semble craindre une confrontation qu’il ne cesse de remettre à plus tard. Peut-être est-ce parce qu’il a beaucoup à se reprocher et qu’il s’est encore plus mal comporté avec Ascylte que je le soupçonnais. Pourtant, il ne se donne même plus la peine de donner l’apparence de la vérité à ses mensonges. Ascylte doit bien s’en rendre compte, ce qui ne fait sans doute qu’accroître ses griefs et rendra plus pénible la confrontation dont lui semble très désireux, si j’en juge par l’insistance avec laquelle il demande à Camille de pouvoir le revoir. Je soupçonne aussi Camille de vouloir presser encore un peu plus cet agrume à la fraîcheur plus que douteuse d’Ascylte, qui est déjà tout pelé, comme dit Flipote, au cas où il y resterait du jus. Quand celui-ci lui a demandé combien lui avait coûté sa nouvelle voiture, Camille a répondu 2500 EUR au lieu des 300 qu’il a vraiment payés. Je me suis dit qu’il espérait qu’Ascylte, pour lui plaire et le garder, voudrait finalement lui offrir cette voiture à ce prix-là et l’ai donc bien sûr encouragé à en tirer le plus d’argent possible, tant qu’il le pouvait encore. Après tout, il faut bien faire payer aux traîtres, d’une manière ou d’une autre.) Oui, je ris méchamment des méchancetés de Camille. J’aime passer du temps avec lui, j’aime dîner chez lui, j’aime le confit de canard de son père, dont nous nous sommes nourris ce soir, j’aime lui faire la vaisselle, pendant qu’il passe le balai et que le néanderthalien Alcidor, qui est toujours presque nu et que j’aime aussi, parce qu’il est dans l’intimité de Camille, est parti digérer sous les couvertures, dans le lit, comme une bête repue. Mais je ne puis m’empêcher d’être un peu abattu à cette pensée déplaisante : ce n’est donc que ça, mon bonheur ? Etait-ce bien d’avoir perdu si peu que ma douleur était si grande ? Mais non, c’était ma colère, qui était grande, la colère d’avoir été trahi par l’autre. Tirésias, le psychanalyste dont mon médecin m’avait donné l’adresse et que je voyais aujourd’hui pour la première fois, m’a demandé si j’étais amoureux de Camille. Non, je ne peux pas me dire amoureux de lui. J’ai déjà été amoureux, par le passé. Ce n’était pas cela. Camille est une amourette. Mais je l’ai déjà écrit dans ce journal : cette amourette, c’est tout l’amour dont je me sens capable désormais. Cette amourette, Camille, c’est toute ma vie. Toute ma vie est à l’échelle de cette amourette. D’ailleurs, Tirésias a eu ces mots : il a dit que je menais une vie réduite. Il a raison. (Mais, mais, mais : Camille n’est pas qu’une amourette. Cela aussi, je l’ai déjà dit dans ce journal : je ne l’aime pas seulement comme un amoureux, mais aussi comme un jeune frère et peut-être même comme un fils. Je l’aime d’une infinité de façons. C’est pourquoi je l’aime énormément.)

01:55 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note