11/01/2009

Samedi 10 janvier 2009

            Ils tombent tous amoureux de Camille, ce qui est parfaitement incompréhensible. Je viens de finir le livre qu’a publié Michel del Castillo sur Le Temps de Franco (l’un des livres les plus mal écrits qu’il m’ait été donné de lire (c’est dire si je lis peu de ce qui se publie de nos jours). Pas une phrase qui soit bien construite ! J’en prends une au hasard, c’est-à-dire deux, page 117 : « A son retour en Espagne [le retour de Ramón Franco], il est reçu et décoré par Alphonse XIII. Fêté, acclamé dans tout le pays, la municipalité de sa ville natale, El Ferrol, décide d’apposer une plaque devant la maison des Franco » (c’est moi qui souligne). Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Evidemment, je comprends ce que l’auteur veut dire, mais il le dit tout de même très mal, et, à strictement parler, il ne le dit pas du tout : le lecteur le devine. Et c’est tout le livre qui ne se lit pas, mais se devine ainsi !) : il y a un mystère de Camille comme il y en a du Généralissime ou du Dalaï-lama, ces petits bonshommes sans aucune envergure et capables de susciter l’enthousiasme des foules espagnoles ou des défenseurs de la cause tibétaine. Le charme de Camille est inexplicable, mais il est indéniable. Cet être frêle et maladif, dont on ne saurait dire s’il est beau ou s’il est laid, qui ne sait que mentir et manipuler, qui n’a pas un sentiment qui lui soit propre, pas un mot de vrai, qui n’a tout bonnement pas de parole, et peut-être pas de cœur, cet être qui n’en est pas un déchaîne les passions autour de lui. Moi qui l’aime, comme tous les autres, je serais bien incapable de dire pourquoi je l’aime. Ceux qui ne l’aiment pas le détestent. Mais l’aimer ou le détester, c’est du pareil au même. J’ai pour lui autant de haine que j’ai d’amour. Je voudrais ne jamais l’avoir rencontré. J’ai l’impression de le connaître depuis toujours. Lui qui n’est que du vent, que vide, qu’absence, lui qui ne tient pas en place, qui n’est jamais tout à fait là, qui est toujours déjà ailleurs, il est d’une telle présence, si imposante, si écrasante, que tout le reste est occulté. Il s’est imposé à moi comme une évidence et comme un mystère absolu. J’ai beau ne pas l’aimer passionnément, il a réussi à me mettre hors de moi. Il m’a littéralement chassé, exproprié de moi-même ! A cause de lui, j’ai perdu, sans passion, toute espèce d’amour propre.