18/04/2007
Mercredi 18 avril 2007
B***, ma petite élève cubaine, avait un sonnet à écrire pour l’école. Nous avons travaillé ensemble sur son premier jet. Je me suis fait aussi discret que possible, me contentant de donner à la syntaxe l’air à peu près français et de veiller à ce qu’il y eût alexandrins, rimes et césures. « Espérance : L’espoir se trouve dans notre environnement,/Dans ce très grand espace où tout me semble immense./Ce mot veut dire tout de la grande existence,/La paix dans le pays et son grand peuplement.//L’espérance est souvent de nos rêves la cause./Elle apporte la joie à la planète entière./Dans la splendeur on peut observer bien des choses/Merveilleuses pour nous, dont on peut être fier.//Quand le soleil est bas, soudain, l’horizon suit./Le jour disparaît dans la tombée de la nuit./Il fait froid, j’ai très peur, la nuit est effroyable.//Le jour se lève enfin, revoici le soleil./Je suis toujours en vie, c’est à peine croyable./La forêt disparaît quand sonne mon réveil. »
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12/12/2006
Mon Albatros
Que j’aimerais savoir quelle électricité
Des anges élancés couve sous la casquette,
Que l’on voit arpenter nos sinistres cités
Et littéralement s’envoler sur leur skate,
Tandis que, dessous eux, la racaille excitée
Les lapide des yeux, convoitant leurs baskets,
Sa tête en capuchon par le vide habitée
Peinant à mettre en œuvre un énième racket !
(Ainsi s’amuse-t-elle : en hommes d’équipage,
Prenant au roi du ciel ses joyeux petits pages,
Fougueusement coiffés comme des Albators…)
Ah ! Que j’eusse voulu d’une langue électrique
Faire aux uns quelque juste et draconienne trique ;
Aux autres pour les cieux un grand escalator !
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27/11/2006
Lundi 27 novembre 2006
C’est aujourd’hui l’anniversaire de mon amie Laurence. Comme je ne savais pas quoi lui offrir, je lui propose de lire, pour son plaisir, ce sonnet que m’avait donné envie d’écrire le téléfilm sur la vie d’Elisabeth Ire, que j’ai vu l’autre soir chez ma mère. Quel rapport entre cette reine et mon amie ? Aucun, si ce n’est que Laurence est un peu ma virgin queen à moi, la couronne en moins, bien sûr, mais la chasteté en plus !
Robert Devereux
Mais qui donc, de nos jours, de Robert Devereux,
Second comte d’Essex, a gardé la mémoire ?
Qui se souvient encor que la cruelle Moire
Lui fit un grand malheur d’être par trop heureux ?
Jamais en Angleterre on ne vit d’amoureux
De tournois et duels, d’assauts et de victoires,
Qui s’attira plus jeune une plus grande gloire.
Mais tout vivre avant l’âge est un sort douloureux.
Il alla jusqu’à boire aux sources vaginales
Que gardait pour lui seul la reine virginale
Le poison que ce fut de régner sur son cœur !
Jamais sa folle soif n’étant plus étanchée,
De n’avoir encor plus il eut tant de rancœur
Que sa tête trop haute à la fin fut tranchée.
19:15 Publié dans Journal, Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06/09/2006
Mardi 5 septembre
C’était affreux. Il faisait nuit noire. J’étais au volant de ma voiture. Soudain, je regarde dans le rétroviseur central. Une énorme araignée s’y trouvait. Ma peur fut si grande que j’ai bien failli ‘‘partir dans le décor’’. Il a fallu que je m’arrête au beau milieu de la nuit, pour tuer, après d’interminables hésitations, l’abominable bête. C’est à croire que la mort me guette, depuis quelque temps. (J’ai les insectes en horreur, et toutes les bestioles du même acabit, comme les araignées ou les grenouilles. Il n’y a que les abeilles qui me plaisent. Elles m’évoquent des moutons d’une poussière qui serait solaire : « Dès qu’arrive l’été, j’attrape mon stylo/Et m’installe au soleil, au milieu des avettes,/Pour écrire un peu vite, et comme à la sauvette,/Mes mauvais petits vers, assis au bord de l’eau.//Ces vers, je le sais bien, sont des bijoux pâlots,/Des pierres sans valeur, de simples olivettes./Mais s’ils ne sont pas beaux comme un chant de fauvette,/C’est que je suis distrait par le doux bruit du flot.//Au lieu d’être à mes vers, je ne suis qu’à plonger,/Sortir, plonger encor, pour enfin m’allonger/Parmi les faux bourdons, ces moutons de lumière.//Leur discrète industrie est prompte à me bercer./A ce son velouté, mon esprit s’empoussière/Et bientôt je m’endors sur mes vers délaissés. » Mais ce n’est plus tout à fait vrai. Je ne crois pas avoir écrit un seul vers depuis le début de l’été.) Du coup, je ne suis plus du tout d’humeur à raconter la fin de mon petit séjour à Barcelone. Ce sera pour une autre fois.
02:10 Publié dans Journal, Rimes et vers, Sonnets, Stéphanophorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31/05/2006
Sonnet
Dedans moi, jusqu’alors, j’étais un écroué.
Mais depuis toi, Julien, ma prison s’enjolive.
Avec tes petits bras, tu m’as tout secoué,
Faisant tomber mes us, comme un cueilleur d’olives.
J’aime avoir pour gardien ton regard enjoué.
J’aime emmêler ma bouche à ta jeune salive.
Et, quand je vais au lit, j’aime te voir nouer
Autour de moi tes bras pour attache lascive.
A toi, mon beau gardien, je vais tout avouer.
Mon unique délit est de m’être engoué
De ton rire si gai, de ta figure vive.
Comme un vrai détenu, je pourrais tatouer
Ton nom dessus ma peau, d’une point incisive,
Et graver au-dessous : « Je te suis tout voué ».
03:05 Publié dans Amours de Julien, Cycle de Julie(n), Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
11/07/2005
DEUIL - Cinq sonnets (2004)
Je n’ai lui dans tes yeux que le temps d’un clin d’oeil.
Depuis, de ton regard, ma vie est dénuée.
Contre l’averse d’yeux qui tombe des nuées,
Je n’ai pour me couvrir que l’habit de mon deuil.
Trempé de maints regards, je m’abrite à ce seuil :
Entre mémoire et moi, mon âme habituée
Hante un absurde corps, comme déjà tuée.
Je suis muré vivant dans un froid de cercueil.
Mon crâne est un enfer que recouvrent de rouille
Les larmes de ces yeux qui l’ouvrent et verrouillent.
Une flaque s’y forme, à peine miroitant.
Penché, comme sur toi, sur cette froide eau noire,
Cherchant à me revoir dans tes grands yeux, j’attends
Que monte un souvenir du fond de ma mémoire.
Quand j’ai fermé tes yeux, mon tombeau s’est ouvert.
Je suis tombé dedans pour te dire : « Je t’aime »,
Et depuis, mes cheveux sont le tapis tout vert
Autour du marbre éteint de mon visage blême.
Le neurone asticot grignote avec les vers
L’enseveli vivant dans le fond de moi-même.
Dans le trou de ma tête, un petit univers
Est traversé des feux que partout il essaime.
Partout, tes yeux, partout se rouvrent en mon sein,
Sans cesse bourdonnant, comme font les essaims,
Clignant incessamment, comme font les étoiles.
Me couvrant de tes yeux, tu m’as fait un linceul
De ton regard perdu dans le mien qui se voile :
Me souvenir de toi et toujours être seul.
Quand je ferme mes yeux, je m’ouvre à l’intérieur,
Comme, à la fin du jour, les paupières des roses
Dont on n’a pas cueilli les teints frais et rieurs
Pour les mettre en bouquets dans des vases moroses.
L’obscurité du soir éteignant les couleurs,
Il se fait dans le monde une métamorphose :
Des étoiles partout se transforment en fleurs
Et les fleurs, à leur tour, les cueillent et disposent.
Les neurones en moi sont des constellations.
Je dois fermer mes yeux pour leur observation.
A force d’en chercher, je reconnais des formes :
Ici, c’est un sourire ; et là, corps enlacés,
Deux garçons familiers qui doucement s’endorment
Dans l’ultime pâleur d’un astre trépassé.
Quand tu fermais tes yeux, je m’ouvrais de désir,
Comme, à l’aube amoureuse, une corolle éclose,
Brûlant sous la fraîcheur qui la pare et l’arrose
Que l’aurore ose enfin ses pétales rosir.
Mais sur ma tendre joue, il ne vint qu’un moisir :
Je me suis recouvert d’une lente nécrose
Et vis au fond de moi, par une ultime osmose,
Comme toi dans la geôle où tu t’en fus gésir.
Chaque jour un peu plus abrégeant mon passage,
Je devrais approcher de revoir ton visage,
Mais je vois seulement qu’il s’éloigne de moi :
Je n’ai plus que des bouts jetés dans ma mémoire,
A peine les reflets d’une légère moire
Qui n’a pas cet éclat de nos premiers émois.
Quand je rouvre mes yeux, ton tombeau se referme
Et le monde n’est plus que ton champ de repos.
Ton absence a terni le terrestre épiderme,
Comme ton souvenir a pâli sur ma peau.
Même à la pleine nuit les myriades de spermes
Se répandent au ciel comme autant de copeaux.
L’eau manque à ces lueurs qui demeurent en germes,
Le Berger laisse errer son assoiffé troupeau.
Tout ne borne à mes yeux qu’un emplacement vide :
Il manque tes cheveux sur ma tempe livide,
Il manque dans ma chair la pointe de tes os,
Dans mes yeux grand ouverts ta figure ravie,
Dans mes mains se fermant ta ligne de roseau,
Qui penchait tout le jour sur le cours de ma vie.
13:25 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10/05/2005
Pour l'anniversaire de Myriam
Je pourrais bien t'écrire une grande épopée,
Où je chante ce nom qui sait tant me saisir,
Mais je le fis déjà dans une mélopée
Que m'avait fait pleurer l'impossible désir.
Je pourrais bien pousser ma satire éclopée,
Où je te dise encor, pour ton plus grand plaisir,
Comme à son fondement aime être salopée
Notre grosse malpropre au nom qu'il faut taisir.
Mais j'ai déjà moqué sa grotesque plastique
Dans des vers qu'à Laurence autrefois j'écrivis.
Désormais plus d'affronts, d'insultes à l'envi,
De satire ou sonnet, mais un simple distique :
Pour te dire bien tout ce qui me fait t'aimer,
Il n'est assez de mots que je puisse rimer.
20:25 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16/01/2005
Renouveau - Sonnet
Que si tu consentais à te couper l’artère
Pour que mes grands yeux clairs se teignent de ton sang,
Ma bouche pourrait bien te servir de cautère,
Qu’on entendrait crier que tu fus innocent.
De ta sève enivré, j’irais te mettre en terre :
Terrible fossoyeur au creux de mes accents,
Ceux qui te la coupaient, je les ferais se taire
En leur disant leur tort, comme on fait aux absents.
Pareil à cette fleur qui pousse aux cimetières,
Levant mes yeux au ciel et tombant à genoux,
J’exhalerais des chants où je te dirais nous :
Tu ne serais plus tu pour que la terre entière
Sache enfin que toujours, comme aux têtes de veaux,
Le persil peut pousser aux pierres des caveaux.
03:50 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03/01/2005
Tsunami
Mais quelle est cette enfant qu’on croyait assoupie,
Qui, grimpant au grenier pour tromper son ennui,
A fini par trouver notre pauvre toupie,
Depuis l’aube des temps, tournoyant dans la nuit ?
Quelle est cette fillette observant accroupie
La course d’un jouet d’où ne monte aucun bruit,
Souillé d’antique crasse et d’un peu d’eau croupie,
Grouillant de petits vers, plus plein qu’un trop vieux fruit ?
Et pourquoi de son doigt fait-elle ce fouet
Qui vient soudain frapper le fragile jouet,
Ne laissant sur le fruit qu’une peau malaxée ?
Sait-elle qu’elle a fait se rompre un continent ?
Que l’océan déborde, en vieil incontinent ?
Et que la pauvre Terre est toute désaxée ?
02:25 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
04/12/2004
Lettre de l'arrière
L’on me disait tantôt que ce fier don Juan,
Qui couche chaque nuit de nouvelles lectures
Entre les draps chauffés d’un lit tonitruant,
Avait été jeté du haut de sa monture.
Un rat de librairie au front chauve et suant,
Un cuistre fort coquin, quelqu’un de la roture,
L’en aurait fait tomber d’un procédé truand.
Allons ! Comment ? Mon Basque en mauvaise posture ?
Je ne le pouvais croire ! Il appelait pourtant,
Tenant sa position sur le champ de bataille
Et priant qu’un renfort arrivât bien à temps.
Mais à le secourir je ne suis pas de taille.
Tout juste de l’arrière, où restent les moins forts,
Posté-je ce courrier de peu de réconfort…
06:30 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
29/11/2004
Sirène à l'étalage - sonnet
Si seulement j’avais la voix d’une sirène,
Des marins de partout joncheraient mon rocher.
Ulysse sans attache et jusques au Nocher
Se viendraient échouer le long de mon arène.
J’aurais à dévorer chaque jour ma carène,
Ma pleine cargaison de matelots fâchés,
Qui de n’avoir voulu se laisser attacher,
Qui de devoir périr en lapin de garenne.
Mais je suis exposé sur ce puant étal,
Comme un poisson passé par le fleuve léthal,
Exhalant tout autour ma propre pestilence.
Gisant, la bouche bée, en un lit de glaçons,
J’attire les chalands par le plus grand silence :
Des choses que l’on mange, il ne sort aucun son.
04:50 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
14/11/2004
Doublet de mon journal - dimanche 7 novembre 2004
Presque d’une traite m’est venu ce sonnet de
HIERONYMUS
C’est un vivant cadavre assoiffé de Vénus,
Versant impunément aux vierges assagies
Le danger quotidien de ses hémorragies,
Si dans la fleur éclose il trempe son phallus.
Fallait-il que l’enfant s’offre au Hieronymus,
Dont je séchais, enfant, les tristesses vagies ?
Gisant, dressé vers moi, pour sa nécrophagie,
Je voudrais, à ce veau, lui bouffer le thymus !
Mais toujours cette bête a les yeux d’une vache !
Et malgré ses secrets, malgré ses sales us,
Il passe pour plus pur que le petit Jésus.
Son maudit sacré nom, jamais rien ne l’entache,
Même quand il lui prend d’empoisonner nos sangs !
Quoi qu’il fasse, il demeure un coupable innocent !
03:50 Publié dans Doublets de mon autre blogue, Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note