13/05/2008

O chienne Pélagie...

O chienne Pélagie,

Toi qui fus la vigie

De nos brèves amours,

Approche ton pelage,

Que je respire autour

Un peu de son passage…

23:04 Publié dans 2008, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

09/04/2008

Le feu déjà couvait...

Le feu déjà couvait avant que je l’y mette :

Sur les mignons un souffle est comme une allumette !

16:57 Publié dans 2008, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Je veux que chacun sache...

Je veux que chacun sache

Que non loin de Bidache

J’ai trouvé mon mignon.

C’est sur les verts rivages

D’un plus proche Lignon

Qu’il passe son jeune âge.

 

Une fatale lettre

Sépare nos deux êtres :

Il vit sur un versant

Des bords de la Bidouze ;

Moi dans Mont-de-Marsan,

Où coule la Midouze.

 

Entre nous, Peyrehorade,

Fatidique bourgade,

Borne nos deux pays.

Lui touche la Navarre,

Et moi, trop loin de lui,

J’en deviens son avare !

16:52 Publié dans 2008, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note

12/09/2007

Mardi 11 septembre 2007

            Hélas ! J’apprends qu’Armando, dont c’était hier l’anniversaire, pourrait bien ne pas venir à Paris, ce mois de septembre, comme nous l’avions espéré. Pierre Driout dirait sans doute que c’est une occasion de m’introduire qui me passe sous le nez ! D’un autre côté, F***, dont je ne crois pas avoir jamais parlé dans ce journal, m’écrivait l’autre jour qu’il m’avait désiré lors du concert qu’il avait donné à Mont-de-Marsan au début de cette année (ou à la fin de la dernière ?), au cours duquel nous nous étions revus pour la première fois depuis la courte période où nous nous étions connus (bibliquement) à Bordeaux. Il me désirait, et je n’avais rien vu ! Alors que mon appartement était tout près du lieu du concert ! Nous nous reverrons donc peut-être bientôt. Je retrouve dans mes archives que ma fréquentation de F*** remonte au début de l’année 2004, car les premiers petits vers qu’il m’avait inspirés suivent immédiatement ceux écrits après la mort de ma chienne Coccymèle. « J’aimais à caresser / De ton museau la laine, / Et j’aimais t’embrasser / Et sentir ton haleine. // J’aimais te voir laper / De l’eau dans ta gamelle, / Ou t’écouter japper, / Je t’aimais Coccymèle ! // Ne m’aimais-tu donc pas / Pour si tôt disparaître ? / Qu’avait donc le trépas/ Que n’avait pas ton maître ? » « Moderne discobole / Dressé sur ses guiboles, / Il cherchait dans les rangs / De hautes étagères / Des musiques légères / Sur disques transparents. // Une fois décidé / Quel serait le CD / Que nous allions entendre, / Ses petits doigts rosés / Allaient le disposer / Avec des gestes tendres. // Cette cérémonie / (Une étrange manie) / Me causait de l’émoi. / Dans la lente atmosphère, / Je le regardais faire, / Brûlant qu’il vienne à moi. // Puis il venait enfin / (Exhalant un parfum / De douce cigarette / Partout autour de nous) / S’asseoir sur mes genoux / Et me conter fleurette. // Eclairés à la lune, / Nous buvions de la prune, / Mollement enlacés. / Sa bouche parfumée / D’alcool et de fumée, / En venant m’embrasser // Rallumait dans mon âme / Une petite flamme / Qui rendait à mon corps / Sans doute pas la vie, / Mais peut-être l’envie / D’une fois naître encor. »

03:15 Publié dans 2007, Journal, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

18/04/2007

Mercredi 18 avril 2007

            B***, ma petite élève cubaine, avait un sonnet à écrire pour l’école. Nous avons travaillé ensemble sur son premier jet. Je me suis fait aussi discret que possible, me contentant de donner à la syntaxe l’air à peu près français et de veiller à ce qu’il y eût alexandrins, rimes et césures. « Espérance : L’espoir se trouve dans notre environnement,/Dans ce très grand espace où tout me semble immense./Ce mot veut dire tout de la grande existence,/La paix dans le pays et son grand peuplement.//L’espérance est souvent de nos rêves la cause./Elle apporte la joie à la planète entière./Dans la splendeur on peut observer bien des choses/Merveilleuses pour nous, dont on peut être fier.//Quand le soleil est bas, soudain, l’horizon suit./Le jour disparaît dans la tombée de la nuit./Il fait froid, j’ai très peur, la nuit est effroyable.//Le jour se lève enfin, revoici le soleil./Je suis toujours en vie, c’est à peine croyable./La forêt disparaît quand sonne mon réveil. »

20:55 Publié dans 2007, Journal, Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

12/12/2006

Mon Albatros

Que j’aimerais savoir quelle électricité

Des anges élancés couve sous la casquette,

Que l’on  voit arpenter nos sinistres cités

Et littéralement s’envoler sur leur skate,

 

Tandis que, dessous eux, la racaille excitée

Les lapide des yeux, convoitant leurs baskets,

Sa tête en capuchon par le vide habitée

Peinant à mettre en œuvre un énième racket !

 

(Ainsi s’amuse-t-elle : en hommes d’équipage,

Prenant au roi du ciel ses joyeux petits pages,

Fougueusement coiffés comme des Albators…)

 

Ah ! Que j’eusse voulu d’une langue électrique

Faire aux uns quelque juste et draconienne trique ;

Aux autres pour les cieux un grand escalator !

00:50 Publié dans Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

27/11/2006

Lundi 27 novembre 2006

            C’est aujourd’hui l’anniversaire de mon amie Laurence. Comme je ne savais pas quoi lui offrir, je lui propose de lire, pour son plaisir, ce sonnet que m’avait donné envie d’écrire le téléfilm sur la vie d’Elisabeth Ire, que j’ai vu l’autre soir chez ma mère. Quel rapport entre cette reine et mon amie ? Aucun, si ce n’est que Laurence est un peu ma virgin queen à moi, la couronne en moins, bien sûr, mais la chasteté en plus !

 

Robert Devereux

 

Mais qui donc, de nos jours, de Robert Devereux,

Second comte d’Essex, a gardé la mémoire ?

Qui se souvient encor que la cruelle Moire

Lui fit un grand malheur d’être par trop heureux ?

 

Jamais en Angleterre on ne vit d’amoureux

De tournois et duels, d’assauts et de victoires,

Qui s’attira plus jeune une plus grande gloire.

Mais tout vivre avant l’âge est un sort douloureux.

 

Il alla jusqu’à boire aux sources vaginales

Que gardait pour lui seul la reine virginale

Le poison que ce fut de régner sur son cœur !

 

Jamais sa folle soif n’étant plus étanchée,

De n’avoir encor plus il eut tant de rancœur

Que sa tête trop haute à la fin fut tranchée.

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17/11/2006

Jeudi 16 novembre 2006

            M’étant récemment réinscrit à l’ANPE, j’ai été, lors de mon premier entretien avec le/un conseiller à l’emploi, immédiatement redirigé vers une association travaillant en sous-traitance avec l’Agence Nationale… La conseillère référente de ladite association est censée m’aider à ‘‘définir un projet de retour rapide à l’emploi’’. Pour cela, je dois mener des enquêtes auprès de personnes faisant des métiers susceptibles de me plaire et effectuer des stages de un à dix jours dans des entreprises où ces métiers sont exercés. Premier stage, de un jour (c’est largement suffisant), aujourd’hui, dans la boutique de Fred, l’ancien actuel amoureux de ma sœur, que j’aime beaucoup, et qui m’a rendu un fier service en acceptant de m’avoir dans les jambes toute une journée. Pour le remercier, je l’ai invité à dîner chez ma sœur, la semaine prochaine. Chez moi, ce n’est pas possible. Je n’aime pas recevoir dans ma ‘‘zôthèque’’. Et puis Julie est une parfaite maîtresse de maison, excellente cuisinière et pâtissière de génie. Cette journée dans la boutique de Fred fut parfaite. Le jeudi, m’expliquait le maître des lieux, il y a peu de clients (surtout au mois de novembre). Il ne vient du monde qu’à la fin de l’après-midi, quand les collèges et les lycées se vident. Et ce ne sont à peu près que des skateurs qui se montrent, ou skaters, je ne sais comment il faut écrire : des garçons qui font de la planche à roulettes et qui sont sans doute, de tous les garçons, les plus beaux du monde. Les mieux vêtus, à mon goût, de leur génération. Avec des cheveux longs, mi-longs plutôt, juste comme il faut. Ni excessivement virils ; ni trop efféminés. La plupart embrassent Fred sur la joue, quand ils entrent dans le magasin. C’est charmant. Bref, je le dis sans crainte du ridicule : ils sont du siècle naissant ceux qui portent le mieux le nom si beau, le nom pourtant si difficile à porter, quand on y songe un peu sérieusement, je veux dire le nom si difficile à porter proprement, et qui, de fait, l’est bien rarement, le nom si merveilleux de garçon. Il ne faudrait rimer ce nom qu’avec échanson, que seuls les Ganymèdes peuvent porter. Ce qui ne signifie pas que le garçon véritable est celui dont seul est digne un dieu ; mais que l’homme auquel il est permis d’aimer un tel garçon se sent l’égal d’un dieu. C’est les vers de Catulle et de Sappho, que j’avais un jour lourdinguement tenté de mettre à mon tour en français : « D’être assis près de toi goûtant le privilège,/(Si toutefois ces mots ne sont pas sacrilèges)/ Il me semble souvent qu’il est l’égal des dieux,/Celui qui, tout le jour, contemple ton visage/Et dont le cœur palpite à ton tendre langage,/Où le parler se mêle au rire mélodieux. » Le skater est peut-être l’antithèse de la racaille. S’il advient que le premier abîme le mobilier urbain, c’est en pratiquant sa passion, passion sans doute très éloignée de l’in-nocence, mais passion innocente tout de même. Le second, lui, détruit systématiquement tout ce qu’il peut, par désoeuvrement ou par vice, et jusques au français, dans ce qu’on appelle le rap, qui est en réalité le rapt de la langue, et son viol ! Les uns se servent de nos hideuses cités pour littéralement s’envoler, en Icare à roulettes qu’ils sont. Les autres restent au ras des pâquerettes, c’est-à-dire englués dans l’asphalte, et se complaisent tellement dans la fange dont ils sont l’une des premières causes, qu’ils infestent les banlieues, comme des rats ou des cafards les caves et les poubelles. Les skaters eux-mêmes semblent être conscients de la différence fondamentale qu’il y a entre les uns et les autres. Je lisais tout à l’heure dans une revue consacrée à leur passion qu’il n’était pas rare, si j’en juge par le présent de vérité générale utilisé par l’un des auteurs du courrier des lecteurs, que des racailles s’en prennent à des skaters, dont ils s’amusent à casser la planche à roulette, puis la figure, qu’ils ont pourtant si jolie.

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06/09/2006

Mardi 5 septembre

            C’était affreux. Il faisait nuit noire. J’étais au volant de ma voiture. Soudain, je regarde dans le rétroviseur central. Une énorme araignée s’y trouvait. Ma peur fut si grande que j’ai bien failli ‘‘partir dans le décor’’. Il a fallu que je m’arrête au beau milieu de la nuit, pour tuer, après d’interminables hésitations, l’abominable bête. C’est à croire que la mort me guette, depuis quelque temps. (J’ai les insectes en horreur, et toutes les bestioles du même acabit, comme les araignées ou les grenouilles. Il n’y a que les abeilles qui me plaisent. Elles m’évoquent des moutons d’une poussière qui serait solaire : « Dès qu’arrive l’été, j’attrape mon stylo/Et m’installe au soleil, au milieu des avettes,/Pour écrire un peu vite, et comme à la sauvette,/Mes mauvais petits vers, assis au bord de l’eau.//Ces vers, je le sais bien, sont des bijoux pâlots,/Des pierres sans valeur, de simples olivettes./Mais s’ils ne sont pas beaux comme un chant de fauvette,/C’est que je suis distrait par le doux bruit du flot.//Au lieu d’être à mes vers, je ne suis qu’à plonger,/Sortir, plonger encor, pour enfin m’allonger/Parmi les faux bourdons, ces moutons de lumière.//Leur discrète industrie est prompte à me bercer./A ce son velouté, mon esprit s’empoussière/Et bientôt je m’endors sur mes vers délaissés. » Mais ce n’est plus tout à fait vrai. Je ne crois pas avoir écrit un seul vers depuis le début de l’été.) Du coup, je ne suis plus du tout d’humeur à raconter la fin de mon petit séjour à Barcelone. Ce sera pour une autre fois.

02:10 Publié dans Journal, Rimes et vers, Sonnets, Stéphanophorie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

31/05/2006

Sonnet

Dedans moi, jusqu’alors, j’étais un écroué.

Mais depuis toi, Julien, ma prison s’enjolive.

Avec tes petits bras, tu m’as tout secoué,

Faisant tomber mes us, comme un cueilleur d’olives.

 

J’aime avoir pour gardien ton regard enjoué.

J’aime emmêler ma bouche à ta jeune salive.

Et, quand je vais au lit, j’aime te voir nouer

Autour de moi tes bras pour attache lascive.

 

A toi, mon beau gardien, je vais tout avouer.

Mon unique délit est de m’être engoué

De ton rire si gai, de ta figure vive.

 

Comme un vrai détenu, je pourrais tatouer

Ton nom dessus ma peau, d’une point incisive,

Et graver au-dessous : « Je te suis tout voué ».

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07/08/2005

Lecture de Deuil

        J’avais d’abord lu le titre, Deuil, mais cela ressemblait trop à « une inscription sur une tombe ». Il aurait fallu que ce titre fût aussi un alexandrin. Car ces vers ne sont pas une inscription sur une tombe, comme tout livre, à en croire Renaud Camus. Ils sont une inscription, oui, mais dans de l’air : rime et rythme (une seule et même chose) sont une gravure dans le silence, une gravure qui, comme dans de l’eau, ne laisse pas de trace. Idéalement, il faudrait n’écouter cette lecture qu’une fois, puis tenter de ne pas l’oublier tout à fait. L’enregistrement est de mauvaise qualité. La poudre des parasites étouffe la voix, semble l’ensevelir. Mais les vers remontent de cette terre, pour s’évaporer dans l’air.


Lecture de Deuil

02:20 Publié dans Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

11/07/2005

DEUIL - Cinq sonnets (2004)

Je n’ai lui dans tes yeux que le temps d’un clin d’oeil.
Depuis, de ton regard, ma vie est dénuée.
Contre l’averse d’yeux qui tombe des nuées,
Je n’ai pour me couvrir que l’habit de mon deuil.


Trempé de maints regards, je m’abrite à ce seuil :
Entre mémoire et moi, mon âme habituée
Hante un absurde corps, comme déjà tuée.
Je suis muré vivant dans un froid de cercueil.


Mon crâne est un enfer que recouvrent de rouille
Les larmes de ces yeux qui l’ouvrent et verrouillent.
Une flaque s’y forme, à peine miroitant.


Penché, comme sur toi, sur cette froide eau noire,
Cherchant à me revoir dans tes grands yeux, j’attends
Que monte un souvenir du fond de ma mémoire.




Quand j’ai fermé tes yeux, mon tombeau s’est ouvert.
Je suis tombé dedans pour te dire : « Je t’aime »,
Et depuis, mes cheveux sont le tapis tout vert
Autour du marbre éteint de mon visage blême.


Le neurone asticot grignote avec les vers
L’enseveli vivant dans le fond de moi-même.
Dans le trou de ma tête, un petit univers
Est traversé des feux que partout il essaime.


Partout, tes yeux, partout se rouvrent en mon sein,
Sans cesse bourdonnant, comme font les essaims,
Clignant incessamment, comme font les étoiles.


Me couvrant de tes yeux, tu m’as fait un linceul
De ton regard perdu dans le mien qui se voile :
Me souvenir de toi et toujours être seul.




Quand je ferme mes yeux, je m’ouvre à l’intérieur,
Comme, à la fin du jour, les paupières des roses
Dont on n’a pas cueilli les teints frais et rieurs
Pour les mettre en bouquets dans des vases moroses.
 
L’obscurité du soir éteignant les couleurs,
Il se fait dans le monde une métamorphose :
Des étoiles partout se transforment en fleurs
Et les fleurs, à leur tour, les cueillent et disposent.


Les neurones en moi sont des constellations.
Je dois fermer mes yeux pour leur observation.
A force d’en chercher, je reconnais des formes :


Ici, c’est un sourire ; et là, corps enlacés,
Deux garçons familiers qui doucement s’endorment
Dans l’ultime pâleur d’un astre trépassé.




Quand tu fermais tes yeux, je m’ouvrais de désir,
Comme, à l’aube amoureuse, une corolle éclose,
Brûlant sous la fraîcheur qui la pare et l’arrose
Que l’aurore ose enfin ses pétales rosir.


Mais sur ma tendre joue, il ne vint qu’un moisir :
Je me suis recouvert d’une lente nécrose
Et vis au fond de moi, par une ultime osmose,
Comme toi dans la geôle où tu t’en fus gésir.


Chaque jour un peu plus abrégeant mon passage,
Je devrais approcher de revoir ton visage,
Mais je vois seulement qu’il s’éloigne de moi :


Je n’ai plus que des bouts jetés dans ma mémoire,
A peine les reflets d’une légère moire
Qui n’a pas cet éclat de nos premiers émois.




Quand je rouvre mes yeux, ton tombeau se referme
Et le monde n’est plus que ton champ de repos.
Ton absence a terni le terrestre épiderme,
Comme ton souvenir a pâli sur ma peau.


Même à la pleine nuit les myriades de spermes
Se répandent au ciel comme autant de copeaux.
L’eau manque à ces lueurs qui demeurent en germes,
Le Berger laisse errer son assoiffé troupeau.


Tout ne borne à mes yeux qu’un emplacement vide :
Il manque tes cheveux sur ma tempe livide,
Il manque dans ma chair la pointe de tes os,


Dans mes yeux grand ouverts ta figure ravie,
Dans mes mains se fermant ta ligne de roseau,
Qui penchait tout le jour sur le cours de ma vie.

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10/05/2005

Pour l'anniversaire de Myriam

Je pourrais bien t'écrire une grande épopée,
Où je chante ce nom qui sait tant me saisir,
Mais je le fis déjà dans une mélopée
Que m'avait fait pleurer l'impossible désir.

Je pourrais bien pousser ma satire éclopée,
Où je te dise encor, pour ton plus grand plaisir,
Comme à son fondement aime être salopée
Notre grosse malpropre au nom qu'il faut taisir.

Mais j'ai déjà moqué sa grotesque plastique
Dans des vers qu'à Laurence autrefois j'écrivis.
Désormais plus d'affronts, d'insultes à l'envi,

De satire ou sonnet, mais un simple distique :
Pour te dire bien tout ce qui me fait t'aimer,
Il n'est assez de mots que je puisse rimer.

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16/01/2005

Renouveau - Sonnet

à Hieronymus


Que si tu consentais à te couper l’artère
Pour que mes grands yeux clairs se teignent de ton sang,
Ma bouche pourrait bien te servir de cautère,
Qu’on entendrait crier que tu fus innocent.

De ta sève enivré, j’irais te mettre en terre :
Terrible fossoyeur au creux de mes accents,
Ceux qui te la coupaient, je les ferais se taire
En leur disant leur tort, comme on fait aux absents.

Pareil à cette fleur qui pousse aux cimetières,
Levant mes yeux au ciel et tombant à genoux,
J’exhalerais des chants où je te dirais nous :

Tu ne serais plus tu pour que la terre entière
Sache enfin que toujours, comme aux têtes de veaux,
Le persil peut pousser aux pierres des caveaux.


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11/01/2005

Que la fête commence... - Satire

Il y avait hier ce film à la télé,
Qui me fait chaque fois, peut-être pas hurler,
Mais rire de bon cœur : Que la fête commence…
Dans une scène un duc, celui de la Régence,
Philippe d’Orléans, prince désespéré,
Cynique, jouisseur et tendre invétéré,
Que suit l’abbé Dubois, son bouffon de ministre,
Descend d’un beau carrosse en une cour sinistre,
Pleine d’un grand concours de pauvres et de gueux
Venus tendre au Régent l’épiderme rugueux
De sales grosses mains, dans l’espoir qu’on y donne.
Le prince est généreux ; l’abbé ne voit personne !
– Toi, tu ne fais jamais l’aumône aux miséreux…
– Ah ça non, Monseigneur, ils sont bien trop nombreux !
Sans doute faut-il être en bien grande misère
Pour ne pas rire un peu des mots du ministère !
Un dénommé Chirac, médicastre du temps,
Paraît deux ou trois fois, gros, gras et rebutant,
Dans des scènes du film. Si j’ai bonne mémoire,
Ce sage médecin n’arrivait pas à croire
(Quand depuis fort longtemps ce n’est plus litigieux)
Que peste ni variole étaient maux contagieux !
Cela n’empêcha pas d’entrer dans la noblesse
Cet homme dont l’esprit manquait bien de souplesse.
Je me demande si l’actuel président
Compte dans ces aïeux ce cuistre, ce pédant.
Les temps ont bien changé : désormais, dans la France
Un Chirac peut fort bien détenir la régence.
Les petits d’autrefois sont les rois d’aujourd’hui.
Un autre changement c’est encore produit :
Quoique tournant toujours autour du même thème,
Les répliques des grands ne sont plus bien les mêmes :
– Ne laissez pas un cent aux pauvres amassés.
– Il est vrai, Monseigneur, qu’ils ne sont pas assez !
Il faut sans doute avoir un gros paquet de thunes
Pour ne pas pleurer fort devant leur infortune.
Vers la fin de ce film, pris d’une étrange peur,
Le régent, sans raison, croit soudain qu’il se meurt…
– L’abbé ! Je meurs ! L’abbé ! Quittons la bacchanale !
Dubois cesse de boire aux fentes vaginales,
Et suit ce pauvre duc qu’il faut accompagner.
Ils vont trouver Chirac, seul à pouvoir soigner
Un mal inexistant, mais d’autant plus terrible.
L’équipage à travers la campagne paisible
S’ébranle à grand galop, lorsque, chemin faisant,
La voiture renverse un petit paysan.
L’enfant meurt sur le coup. On descend du carrosse,
Court vers le petit corps, qui gît, douleur atroce,
Entre les maigres bras de sa plus grande sœur.
En voyant ce tableau, le prince jouisseur,
Apparemment ému (à moins tout au contraire
Qu’en ce royaume rien ne le puisse distraire
De sa propre personne et de ses gros malheurs)
Commande que l’on donne à la soeurette en pleurs,
Pour la dédommager, quelques pièces dorées.
Et même alors on rit, quand devant l’éplorée,
Dubois, que rien ne touche, excepté le danger
De devoir de sa poche une pièce allonger,
S’écrie : « Ah ! J’en ai pas ! J’en ai pas ! », plein d’angoisse.
Le prince fait encor la généreuse grâce
D’inviter les parents de cette pauvre enfant
A venir au palais dès le matin suivant
Pour être mieux payés de leur cruelle perte ;
Puis remis, semble-t-il, de sa première alerte
(Il fallait pour cela qu’au milieu d’un chemin
S’aventure et trépasse un imprudent gamin
Entre les gros sabots d’impétueuses rosses),
Le voici remontant dans un second carrosse,
Qui suivait le premier, gisant un peu plus loin.
Les princes ont souvent de ces sortes d’appoints.
Il repart. Mais la sœur, la jeune paysanne,
Qui tient entre ses bras le petit corps diaphane,
Est pleine dans les yeux d’un limpide courroux :
Saisissant un flambeau de ses frêles bras roux,
Pour enflammer avec, sur le bord de la route,
La voiture échouée, elle la brûle toute,
Puis revient sur ses pas délicats et furieux
Jusqu’à son petit frère, et lui rouvre les yeux,
Tenant droit le garçon qui vient de rendre l’âme,
Afin que, de la mort, il puisse voir ces flammes,
Avant d’aller payer son obole au passeur.
« Regarde, petit frère, et vois, lui dit la sœur,
Comme brûlent ces riens, causes de nos souffrances ! »
Et bientôt, en effet, tout brûlait dans la France.
Difficile aujourd’hui de se représenter
Que si nous jouissons de notre liberté,
C’est grâce à cette fille autant qu’à nos grands hommes.
D’elle nous descendons, tous autant que nous sommes.
Mais d’elle on ne voudrait pas plus que d’un rôdeur.
A cause de son air et de sa sale odeur,
De sa peau, de ses poux et de toute sa crasse,
Nous la pourchasserions, comme une abjecte race !
Nous sommes devenus tous des ducs d’Orléans,
Assoiffés de plaisirs, affamés de néant.
Notre indécent banquet nous semble toujours chiche :
Pauvres nous nous trouvons de n’être pas plus riches !
Nous manquerons toujours de n’avoir pas encor.
Les excès, non la faim nous maigrissent le corps,
Quand nous ne l’avons pas gonflé par la paresse,
Tant est devenu vrai qu’être assis nous engraisse.
Notre peuple autrefois, soulevé par la faim,
Criait à l’injustice, allait y mettre fin.
Aujourd’hui qu’ont cessé l’émeute et la colère,
Puisqu’en la douce France, il est moins de misère,
Le peuple est attroupé, non pour le prix du pain,
Mais parce qu’est baissé celui des escarpins !
Des marchands de souliers, nous sommes à la solde.
Quand émeute il y a, c’est que ce sont les soldes.

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03/01/2005

Tsunami

Mais quelle est cette enfant qu’on croyait assoupie,
Qui, grimpant au grenier pour tromper son ennui,
A fini par trouver notre pauvre toupie,
Depuis l’aube des temps, tournoyant dans la nuit ?

Quelle est cette fillette observant accroupie
La course d’un jouet d’où ne monte aucun bruit,
Souillé d’antique crasse et d’un peu d’eau croupie,
Grouillant de petits vers, plus plein qu’un trop vieux fruit ?

Et pourquoi de son doigt fait-elle ce fouet
Qui vient soudain frapper le fragile jouet,
Ne laissant sur le fruit qu’une peau malaxée ?

Sait-elle qu’elle a fait se rompre un continent ?
Que l’océan déborde, en vieil incontinent ?
Et que la pauvre Terre est toute désaxée ?



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31/12/2004

Lugete, o Veneres Cupidinesque...

Pleurez Vénus ! Pleurez Amours !
Pleurez qu’à compter de ce jour
Ne vole plus ni ne pépie
Le joli petit compagnon
Que chérissait tant ma Lesbie :
Il a vécu, le tout mignon.

D’une amour pure et maternelle,
Elle aimait plus que ses prunelles
Son moineau doux comme du miel ;
Et lui, fillette avec sa mère,
La connaissait mieux que le ciel,
Qui verse des larmes amères.

Jamais il ne quittait son sein.
Toujours, il n’avait qu’un dessein :
S’ébattre ou pépier pour lui plaire,
Jusqu’à ce triste dernier jour
Où jeux et chants se renvolèrent
Pour le royaume sans retour…

Il vague à présent par les ombres,
Perdu sur quelque chemin sombre,
A la merci de tous les morts.
Et vous ! ô vous ! soyez maudites,
Ténèbres de l’Orcus ! qui mord,
Qui dans sa gorge précipite,

Comme affamé par la folie,
Toutes les choses plus jolies.
Il était si joli, si beau,
Le petit moineau de m’amie !
Mais depuis qu’il est au tombeau,
De pleurs sa maîtresse est blêmie.


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22/12/2004

O qui flosculus es...

Toi qui es, bel enfant,
Des enfants la fleurette
(Des temps passés, présents,
Et de ceux qui s’apprêtent),

J’aimerais beaucoup mieux
Qu’à ce généreux prince
Dont l’or est poudre aux yeux,
Qui toujours tend la pince,

Qui n’est un bon vivant
Que parce qu’on lui prête,
Et qui n’a ni suivants,
Ni coffres, ni soubrettes ;

Tu donnes pour trésor
Tout ce que tu possèdes,
Plutôt qu’à ton cher corps
Tu souffres qu’il accède !

S’il n’est pas un vivant
D’une beauté parfaite ?
Mais qui n’a ni suivants,
Ni coffres, ni soubrettes !

« Cela n’est que du vent »,
T’entends-je qui décrètes !
Mais il n’a ni suivants,
Ni coffres, ni soubrettes…


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19/12/2004

Le Moineau de Lesbie

A la demande de l’ami Catulle, je traduis ou plutôt j’adapte, un peu maladroitement sans doute, le Moineau de Lesbie. Il voudrait le publier bientôt sur son propre blogue. Mais dis-moi Catulle, était-ce bien astucieux de consacrer ton blogue à ce poète, si tu n’as pas le courage de mettre toi-même en vers français ses vers à lui ? J’ai à m’occuper de mes propres vers ! Les siens me détournent de mes sonnets.


Joli petit moineau,
Mignon de ma mignonne,
Qui viens puiser ton eau
Dans la main que te donne

Celle qui, de ce sein
Qu’en ce moment j’épie,
Te fait comme un coussin
Pour que tu lui pépies ;

Toi qui peux picorer
Le bout de son doigt blême,
Qu’à te voir dévorer
De bises tant elle aime,

Et que, pour apaiser
Quelque peine ou désordre,
De tes ardents baisers
Elle pousse à remordre ;

Je voudrais qu’avec moi,
Comme au sein de ma muse,
Pour calmer mon émoi,
Tu viennes et t’amuses…


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04/12/2004

Lettre de l'arrière

L’on me disait tantôt que ce fier don Juan,
Qui couche chaque nuit de nouvelles lectures
Entre les draps chauffés d’un lit tonitruant,
Avait été jeté du haut de sa monture.

Un rat de librairie au front chauve et suant,
Un cuistre fort coquin, quelqu’un de la roture,
L’en aurait fait tomber d’un procédé truand.
Allons ! Comment ? Mon Basque en mauvaise posture ?

Je ne le pouvais croire ! Il appelait pourtant,
Tenant sa position sur le champ de bataille
Et priant qu’un renfort arrivât bien à temps.

Mais à le secourir je ne suis pas de taille.
Tout juste de l’arrière, où restent les moins forts,
Posté-je ce courrier de peu de réconfort…


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29/11/2004

Sirène à l'étalage - sonnet

Si seulement j’avais la voix d’une sirène,
Des marins de partout joncheraient mon rocher.
Ulysse sans attache et jusques au Nocher
Se viendraient échouer le long de mon arène.

J’aurais à dévorer chaque jour ma carène,
Ma pleine cargaison de matelots fâchés,
Qui de n’avoir voulu se laisser attacher,
Qui de devoir périr en lapin de garenne.

Mais je suis exposé sur ce puant étal,
Comme un poisson passé par le fleuve léthal,
Exhalant tout autour ma propre pestilence.

Gisant, la bouche bée, en un lit de glaçons,
J’attire les chalands par le plus grand silence :
Des choses que l’on mange, il ne sort aucun son.


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14/11/2004

Doublet de mon journal - dimanche 7 novembre 2004

            Presque d’une traite m’est venu ce sonnet de

 

HIERONYMUS

 

C’est un vivant cadavre assoiffé de Vénus,

Versant impunément aux vierges assagies

Le danger quotidien de ses hémorragies,

Si dans la fleur éclose il trempe son phallus.

 

 

Fallait-il que l’enfant s’offre au Hieronymus,

Dont je séchais, enfant, les tristesses vagies ?

Gisant, dressé vers moi, pour sa nécrophagie,

Je voudrais, à ce veau, lui bouffer le thymus !

 

 

Mais toujours cette bête a les yeux d’une vache !

Et malgré ses secrets, malgré ses sales us,

Il passe pour plus pur que le petit Jésus.

 

 

Son maudit sacré nom, jamais rien ne l’entache,

Même quand il lui prend d’empoisonner nos sangs !

Quoi qu’il fasse, il demeure un coupable innocent !

03:50 Publié dans Doublets de mon autre blogue, Rimes et vers, Sonnets | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

29/07/2004

La blanche biche

D’après une vieille complainte

 

Celles qui vont au bois,

C’est la mère et la fille.

La mère s’égosille :

Sa fille est aux abois.

      

– Margot, m’allez vous dire

Quel est ce grand émoi ?

– J’ai bien trop d’ire en moi,

Je souffre le martyre :

 

Je suis fille le jour

Et la nuit blanche biche.

Des chasseurs me dénichent

Et me tournent autour.

 

C’est mon frère Renaud

Qui de tous est le pire.

Renaud va même occire

Quand la lune est bien haut.

 

Ma mère, allez lui dire

Qu’il retienne ses chiens

Tant que là-haut se tient

La lune qu’on voit luire.

 

– Où sont tes chiens Renaud ?

– Ils ont quitté la niche

Pour courre blanche biche

Dans les bois infernaux.

 

– Arrête-les, Renaud,

De ton cornet de cuivre.

Empêche-les de suivre

Ces tracés virginaux.

 

Renaud trois fois les corne.

Mais même après trois fois,

Son cornet ni sa voix

N’ont pu faire une borne :

 

La blanche biche est prise !

– Mandons le dépouilleur,

Que, pour tous mes chasseurs,

Il la pèle et l’incise.

 

Celui qui s’agenouille

Dit : – Elle a des jupons

Et de beaux cheveux blonds,

Celle que je dépouille.

 

Elle a des cheveux blonds

Et le corps d’une fille,

Celle qu’il déshabille

De la tête aux talons.

 

Puis il prend son couteau

Et tranche avec sa lame

Dedans la jeune femme

Pour faire des morceaux.

 

On les a cuisinés

Aux barons et aux princes.

De toute la province,

Ils sont venus dîner.

 

– Nous voici tous assis

Si ce n’est ma sœurette…

– Renaud, je suis bien prête,

Première assise ici :

 

Ma tête est dans le plat

Et mon cœur aux chevilles.

Mes pauvres os se grillent

Sur ces noirs charbons-là.

 

Mon sang est répandu

Par toute la cuisine.

C’est de moi que l’on dîne,

Du corps qu’on m’a fendu…

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27/07/2004

Nous autres, les vivants...

Nous autres, les vivants, nous ne sommes rien qu'ombres,

Que fantômes légers, que gravats et décombres.

04:15 Publié dans Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

25/07/2004

Pour être pardonné...

Pour être pardonné par un que j'ai déçu,

Je grave ici ces vers de mes larmes issus.

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15/07/2004

Il me semble parfois...

Il me semble parfois que ces pauvres ados

Ont tout le poids du monde accroché sur le dos.

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12/07/2004

Ma chienne met toujours...

Ma chienne met toujours sa truffe carnassière

Dans les toiles d'araigne et les nids à poussière !

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20/06/2004

Tu reproches, Myriam...

Tu reproches, Myriam, à ce pauvre Olivier

D’avoir honteusement, cette fois, oublié

D’arranger un sonnet pour ton anniversaire.

Mais je manque du temps à cela nécessaire !

Mes longs bains de soleil et mes petits plongeons,

Mes poses de lézard, de cigale ou goujon,

Ne me laissent, hélas, pas un instant pour vivre.

Si le mauvais temps vient, crois-tu qu’il me délivre ?

Je dois le consacrer à prévoir les travaux

Qu’il faudra que je fasse à ce logis nouveau

Où ma cruelle mère ordonne que j’habite.

Sa décision fut brusque et l’occasion subite :

A peine elle avait dit : « Il te faut ton chez-toi »,

Qu’aussitôt nous trouvions ce coquet petit toit !

Mais comme, avant d’y vivre, il y a de la tâche,

Il me faut me frotter à ces gens à moustaches,

A grosses mains et voix, qu’on appelle artisans !

Oh ! Je ne voudrais pas passer pour médisant,

Mais quelle étrange gent que celle artisanale !

D’une mauvaise foi des plus phénoménales,

Cette race, on dirait, ne songe qu’à tromper.

Tout prétexte convient pour plus d’argent pomper !

Et le délai promis, crois-tu qu’on le respecte ?

Ce serait déroger aux lois de cette secte !

Le travail qu’on leur paye et qui donc nous est dû,

C’est, aux yeux de ces gens, un service rendu.

Et tu sais comme moi que rendre des services,

Donne l’air de vertus à tous ses petits vices :

Pourrait-on reprocher à quelqu’un sa lenteur,

Lorsque de sa mollesse on est le débiteur ?

Ne pas admirer fort son peu de diligence,

C’est malheureusement lui manquer d’obligeance.

Je dois donc tout sourire écouter des discours

Où l’on m’apprend qu’un mois, ça risque d’être court,

Ou bien que telle chose est hélas infaisable…

Jusques à l’apprenti qui met son grain de sable !

De la bouche artisane, il ne sort rien de doux :

« Vous ne serez chez vous pas avant le mois d’oût ! »

Ah ! Vivement, Myriam, vivement que j’y vive !

J’espère que bientôt tu seras ma convive,

Et qu’avecque Lamoule, invitée elle aussi,

Nous nous rappellerons en riant ce récit,

Autour d’un bon repas et de beaucoup de verres,

Fêtant dans ma maison la fin de ce calvaire.

Mais d’ici ce beau jour, je n’aurai pas le temps

De faire ce sonnet que tu désirais tant.

Surtout que je commence un nouveau petit livre

Et que j’espère bien jusqu’au bout le poursuivre.

C’est un grossier recueil de vers alexandrins

Où se trahit partout un malicieux entrain.

A cause de l’aspect de simple causerie

De ces vers familiers remplis de moquerie,

A cause également de la diversité

De leur inspiration, et de la crudité

De tableaux que j’y peins et mots qu’on m’entend dire,

Je donne à ce recueil le titre de Satires.

Je crois que j’y mettrai l’épître qu’autrefois,

Pour ton anniversaire, en toute bonne foi,

J’avais dû t’envoyer pour t’expliquer qu’un bègue

Avait su m’empêcher, en me montrant son sguègue,

De venir te rejoindre à ta fête à Bordeaux.

Je veux y mettre encor le conte qu’en cadeau

J’avais imaginé pour amuser Laurence

A son anniversaire et qui, plein de licence,

Traitait de qui tu sais (ne disons pas son nom)

Qui ne sent pas la rose et n’est pas un canon.

Et puis pourquoi ne pas joindre aussi cette épître

Qu’en ce même moment j’écris sur mon pupitre ?

Elle pourrait bien faire une présentation

Du livre dont j’espère un jour la parution.

Mais d’ici là, Myriam, je t’offre ces satires.

Dès qu’une sera faite, il te faudra la lire.

Tu me diras pour chaque et ce qui te déplaît

Et ce qui, franchement, ne te semble pas laid.

Mais recherche d’abord toutes mes négligences !

On est toujours puni de son intransigeance :

Je ne t’ennuîrais pas si tu me pardonnais

De n’avoir pas le temps d’écrire ce sonnet !

Tu voulais quelques vers ? Voici bien davantage !

Ton nom trois fois écrit dans les premières pages

D’un petit mauvais livre empli de vilains mots,

D’obscénité, d’ordure et de noms d’animaux :