29/10/2009

Mercredi 28 octobre 2009

            « Valérie, Olivier. Vois ces deux initiales : / L’une à l’autre accouplée, et voici qu’apparaît, / Ainsi qu’au cinéma sur un drap le reflet, / Le nom de mon amour : Version Originale. » Je ne sais pourquoi, tout à l’heure, en écoutant ce morceau d’un chanteur que m’avait fait découvrir la Valérie de ce piètre quatrain, dont j’étais chastement épris, à l’époque, je ne pouvais m’empêcher de penser à Callias. (Il est vrai que je pense un peu trop souvent à lui ces temps-ci.) Puis je me suis souvenu que le nom patronymique de Valérie, qui m’était sorti de l’esprit, était le même que celui de Callias. Même si c’était en toute chasteté, j’avais été sincèrement amoureux de Valérie. Je ne cessais d’imaginer de nouvelles façons de lui rendre hommage, sans jamais craindre le ridicule, comme un enfant. J’avais même réussi à faire croire à tout le monde, un jour, que j’avais cueilli une rose blanche de derrière son oreille. Aujourd’hui encore, je me demande comment j’avais réussi ce tour, auquel tous les témoins s’étaient laissé prendre. J’aimais Valérie comme on aime une vierge, comme Hippolyte, peut-être, aima la sauvage Artémis. Vierge est d’ailleurs l’épithète que je lui avais donnée dans la Ballade de mes petites amoureuses. (Beauté virginale de Callias ? Qu’il m’intimide tellement parce qu’il est une Artémis, comme Valérie, comme Sandrine F*** ? Il porte à son cou la menace du sort qui fut fait à Actéon : les suçons que lui fait son amant, qui sont pour moi des morsures. Callias m’a dit l’autre soir (j’avais oublié de le noter dans ce journal), sur le ton de la plaisanterie (mais il l’a dit tout de même…), que si je continuais à lui tourner ainsi autour (ce qu’il avait donc bien remarqué), il le rapporterait à son amant, qui viendrait me ‘‘casser la gueule’’. Se peut-il qu’il y ait un lien de parenté entre Callias et Valérie ? J’ai dit que Callias était le frère d’une célébrité locale, au sujet de laquelle j’ai encore lu, tout récemment, un article dans le journal. Peu après avoir relevé ce lien de parenté dans mon blogue, je me suis aperçu que le nom dudit frère avait disparu du ‘‘mur’’ de Callias, sur Facebook, dont l’une des indispensables fonctionnalités est justement de pouvoir dire de qui  l’on est le frère ou la sœur. Je me suis demandé si ce dernier avait fait exprès de l’effacer. Etait-ce son frère qui lui avait demandé de le faire disparaître, parce qu’il ne voulait pas être associé à quelqu’un d’efféminé ? Cette disparition était-elle seulement liée aux récents changements opérés sur le site Facebook et qui n’ont pas été sans occasionner quelques bugs ? Je suis même allé jusqu’à imaginer que Callias avait lu mon journal, et que la gêne qu’il avait peut-être éprouvée en trouvant le nom de son frère dans ma prose l’avait poussé à le retirer de son ‘‘mur’’, pour effacer les traces. C’est dire si je suis déjà gravement atteint… Il n’est pas normal que je pense tellement à lui, que je me pose autant de questions, que sa pensée me fasse faire autant d’associations d’idées. D’ailleurs, ce ne sont pas des associations, ce sont des fantasmes. A l’heure où j’écris ces lignes, le nom du frère est miraculeusement réapparu sur Facebook. Lorsque Callias m’avait dit qu’il était le frère de quelqu’un d’assez connu dans le monde de la tauromachie (qui est ici, avec celui du rugby, presque tout le monde), ç’avait été sur un ton particulier, légèrement méprisant, comme s’il y avait de réelles tensions entre les deux garçons, comme s’ils n’approuvaient pas leurs modes de vie respectifs. D’ailleurs, toujours sur Facebook, Callias écrit qu’il aime toutes les ‘‘musiques’’, « sauf le métal (qu’est-ce donc ?) et les musiques de férias ». (A chaque fois qu’un garçon qui veut apprendre à me connaître davantage me demande quel est le genre de musique que j’aime, je ne puis m’empêcher de penser que je suis foutu, que je n’ai aucune chance, qu’il ne pourra rien y avoir de sérieux entre nous. Je ne sais jamais quoi répondre à sa question, non seulement parce que je ne suis pas assez versé dans la petite musique pour en connaître tous les genres, mais surtout parce que la néfaste lecture de Renaud Camus m’a fait prendre le parti, pourtant intenable dans le milieu complètement décervelé qui est le mien, de dire, par bravade, la musique tout court où le garçon qui m’interroge dirait comiquement la grande musique ou la musique classique. « Et toi alors, me demande le joli garçon, quelle musique aimes-tu ? – Comment ça, quelle musique j’aime ? J’aime la musique, voilà tout ! – Oui, mais quelle musique ? – Eh bien la musique ! » J’ai généralement l’air d’un fou, dans ces moments-là, ou de quelqu’un qui se moque. D’ailleurs je ne suis pas bien sûr, rinaldo-camusiennement parlant, que ce soit tout à fait la musique que j’aime. J’aime surtout cette partie de la musique ancienne, de la Renaissance et du Moyen Age, qui est essentiellement de la chanson. Evidemment, mes termes sont fort imprécis : ce sont ceux d’un inculte, car je ne suis guère plus savant en grande qu’en petite musique. N’est-ce pas sous la plume de Camus (mais je n’en jurerais pas, d’autant qu’il citait peut-être quelqu’un d’autre) que j’ai lu cette phrase que je cite à mon tour de mémoire, et sans doute fort imparfaitement : « La musique baroque, n’est-ce pas la musique qu’aiment ceux qui n’aiment pas la musique ? » ? Alors la musique de la Renaissance ou du Moyen Age…) Callias ne porte pas le même nom patronymique que ses frères, qui ne sont que des demi-frères. Il est le fils d’un autre père. Cela, plus le fait qu’il ne s’entende (peut-être) pas avec son frère célèbre, me fait croire (je dis bien croire, car je ne fais que supposer tout ce que j’écris, et encore, supposer est trop dire, je fantasme, voilà tout) qu’il est possible que Callias ait manqué d’un frère, ce qui me semble avoir été toujours aussi mon cas. L’attirance que j’ai pour Callias n’est pas tellement sexuelle : mais je me verrais bien devenir son ‘‘grand’’ frère, comme il ne faudrait pas dire dans un texte où Renaud Camus vient d’être évoqué. Cela dit, si Callias avait été mon frère, je ne sais pas si je l’aurais aimé comme un frère. Sans doute l’aurais-je aimé comme j’aime les garçons, l’inceste étant, dans mon ‘‘système’’, la quintessence de l’homosexualité. Mais peut-être aurait-il été le seul garçon que j’aurais aimé comme j’aime aujourd’hui les garçons. Parce que j’aurais trouvé en lui ce que je ne trouverai jamais entièrement auprès des autres garçons, c’est à savoir un frère, j’aurais pu, outre lui, me consacrer à l’amour des filles. J’ai appris qu’il se préparait au Brésil un film consacré à deux frères qui s’aiment plus qu’ils ne devraient, ou d’une façon qui n’est pas permise, bref, qui ont l’un pour l’autre, autant le dire, un amour incestueux. Je suis très curieux de voir ce film, s’il est un jour projeté sur les écrans. (Inutile de dire à mes délateurs et aux procureurs et policiers qui, les ayant écoutés, viendraient surveiller ce blogue, que je réprouve et condamne l’inceste avec autant de force que la prostitution ! Et, s’il a pu m’arriver de donner l’impression, dans ces pages, d’être tenté par l’un et l’autre, ou même d’avoir cédé à la tentation, je tiens à l’écrire de nouveau : je ne dirai jamais assez combien je me désapprouve et condamne, oh là là, non, jamais assez !) Le désordre du texte de ce jour sera sans doute la matière de ma séance demain chez Tirésias. Beaucoup d’éléments relatifs à Callias font remonter en moi de ces choses enfouies dont parle Tirésias, comme ç’avait déjà été le cas avec Camille, qu’il y aura tout juste un an, le deux novembre, qui m’a quitté. Camille, roux comme Sandrine F*** ; Callias, ‘‘vierge’’ comme Valérie. Callias me sera-t-il un second Camille ? Comme je le souhaiterais ! Pourvu que non !

01:40 Publié dans 2009, Callias, Camille, Journal, Musique et/ou musiquette, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias, Valérie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

20/02/2009

Jeudi 19 février 2009

            Hier, quatrième séance avec Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la dernière fois, plus quelques autres, qu’ayant beaucoup hésité à confier à mon autre journal, tout à l’heure, je n’écrirai bien évidemment pas dans celui-ci. J’ai déjà dit, lundi dernier, que j’avais retrouvé les fausses lettres de Julien et celles d’Anja rangées ensemble. Ce fait est sans doute très significatif. Julien et Anja sont les deux grandes figures de mon passé avant la rencontre d’Augustin. Il est même probable qu’ils soient à l’origine du plus grand des mythes qui me sont propres. Les deux sont morts de morts violentes, puisque Julien est censé s’être suicidé et qu’Anja a été assassinée. J’ai rencontré cette dernière en Allemagne, quelques années après la création de Julien. Depuis la classe de quatrième, et jusqu’à la terminale, j’allais tous les ans passer une quinzaine de jours dans ce pays, avec d’autres élèves des deux lycées d’enseignement général de Mont-de-Marsan, pour perfectionner mon allemand. Pour une raison que je ne m’explique toujours pas, dans ce pays, alors que je me trouvais pourtant encore parmi des élèves de mon propre lycée, je me sentais complètement libéré de mes névroses habituelles. Je redevenais pour ainsi dire un adolescent normal. Julien étant un personnage de mon invention, le fruit de mon imagination (l’imaginaire pouvant être considéré comme un espace d’évasion) et Anja ayant été rencontrée en Allemagne, qui était pour moi le lieu d’une libération éphémère mais salutaire, tous deux appartenaient donc à un monde de liberté, de relative paix intérieure, un monde aussi de parenthèses. Je n’ai vu physiquement Anja qu’une fois, le jour de notre rencontre, après quoi nos relations ne furent qu’épistolaires. Il est tout de même étrange que je me sois pris d’amitié pour une étrangère, qui ne parlait pas un mot de français, et que je ne pouvais pas fréquenter aussi régulièrement qu’il eût été naturel. Non seulement il y avait entre nous la barrière de la langue, que je ne parlais pas aisément, mais encore des centaines et des centaines de kilomètres nous séparaient-ils. De toute notre correspondance, je ne me souviens que d’une phrase de moi, sans doute hautement significative du fait même qu’elle soit la seule que je me rappelle : « Unsere Freundschaft, lui avais-je écrit un jour, ist ein stummes Zauberwort » : « Notre amitié est une muette parole magique ». C’était l’impossibilité de parler, au fond, que, déjà, je pointais à l’époque ; c’est d’elle que je me souviens encore aujourd’hui. J’étais devenu l’ami d’une personne dont je ne pouvais pas être l’ami. De nos jours encore, l’une des grandes questions qui agitent mon esprit et se posent régulièrement dans ce journal, c’est l’impossibilité pour moi de me faire de véritables amis. Cette impossibilité s’explique-t-elle par la même raison qui me rend impossible de dormir avec d’autres garçons ? De même que, par une espèce de fidélité à Julien, avec qui je n’ai bien sûr jamais pu dormir, puisqu’il n’a jamais existé, je n’arrive pas à trouver le sommeil en présence d’une autre personne dans mon lit, se pourrait-il que je sois devenu incapable de me faire des amis par fidélité à la morte ? Sa mère m’avait exhorté à ne pas l’oublier. « Behalte sie in guter Erinnerung », m’écrivit-elle, dans la lettre qu’elle m’avait adressée après la mort d’Anja. (Pourtant, je me suis tout de même fait quelques amis, depuis, mais, il est vrai, si peu, et si rarement…) Anja était une jeune fille à qui je ne pouvais pas vraiment parler ni vraiment me confier, à cause de la barrière de la langue et parce que nous ne pouvions faire autrement que nous écrire. Il manquait la spontanéité, le naturel, l’immédiateté. Mais Anja devint également, après sa mort, une jeune fille dont je ne pouvais plus parler. Ayant en effet déjà raconté le suicide de Julien à certains des amis que j’avais réussi à me faire en Allemagne où, je l’ai dit, libéré de mes névroses (partiellement libéré, du moins, puisque j’avais manifestement toujours à l’esprit ce Julien de mon invention dont j’osais parler), j’étais plus apte à nouer des liens, j’avais estimé que deux morts violentes et si rapprochées avaient quelque chose d’invraisemblable. Aucun de mes amis français n’avait en effet connu Anja, puisque je l’avais rencontrée au sein de la famille qui me recevait, le jour de la confirmation de mon ‘‘correspondant’’ allemand. J’avais donc peur de passer pour un mythomane, ce que j’étais d’ailleurs en partie : je craignais qu’on crût Anja inventée, alors que c’était Julien le fruit de mon imagination ! Bref, alors que Julien, dont j’avais parlé, avait fini par avoir un peu de la réalité d’une personne, Anja, dont il m’était devenu impossible de parler, avait été en partie réduite à l’état de personnage. A la fin, les qualités de personne et de personnage ont dû se répartir équitablement entre ces deux êtres, puisqu’ils ont fini par occuper dans mon cœur et dans mon souvenir autant de place l’un que l’autre. Anja avait d’ailleurs une sœur jumelle, et il est probable que ce fait m’ait beaucoup inspiré dans l’élaboration du mythe qui m’est personnel selon lequel j’aurais connu mon double, mon amant/frère (dont Julien était l’‘‘incarnation’’), en rêve, avant d’en faire la rencontre dans la réalité. (Au fond, selon ce mythe, Julien, connu en rêve (puisque fruit de mon imagination), pourrait toujours être rencontré dans le futur. D’où ma difficulté d’aimer, puisque ce n’est jamais Julien que je rencontre, évidemment.) Anja était rousse, comme Camille. Camille, c’était un Julien roux. C’était Julien et Anja, Julien par le diabète (fragilité), Anja par la rousseur. D’où mon attachement à lui, incompréhensible autrement. (En hypokhâgne, Sandrine F*** était pour moi l’image même de la beauté. Elle était rousse. Je la connaissais depuis l’enfance. Lorsque nous avions dix ou onze ans, peut-être plus tôt, nos parents nous avaient inscrits à un cours de poterie et de dessin. Je m’entendais très bien avec elle alors, qui faisait très fillette, avec ses belles nattes rousses. J’ai regretté que cette bonne entente ait disparu, quand nous nous sommes retrouvés en hypokhâgne. J’aurais aimé, moi, un garçon, être l’ami d’une fille aussi belle. J’en aurais été fier. (J’aurais eu plus de valeur aux yeux des autres, puisque Tirésias estime, à juste titre, d’ailleurs, que l’un de mes problèmes, c’est le sentiment de n’avoir pas de valeur pour autrui). Le bruit courait qu’elle était lesbienne. J’aurais été fier qu’une lesbienne, une Artémis, me souffre comme ami. (Ma mère a toujours eu la virilité en horreur.) Sandrine F***, c’était la beauté même, c’était peut-être aussi le souvenir de l’enfance perdue.) Je me suis souvenu que j’avais donné un nom patronymique à Julien : Clément, c’est-à-dire un autre prénom. Or il y avait un Clément parmi mes camarades français en Allemagne. Un jour, il s’était amusé à pisser contre un arbre au pied duquel était assise Elisa, qui boudait pour une raison que j’ai oubliée. J’aime regarder les garçons uriner. J’aime par exemple qu’on voie des garçons uriner dans les films pornographiques ou même dans les films normaux. A la fac, j’avais écrit un poème sur la première urine du matin. Dans La Boucle d’un songe, les jets d’urine de Julien et du narrateur se croisaient, leurs visages se reflétaient dans la cuvette des toilettes : c’était un symbole de la fusion de l’amour (l’œuf unique, la gémellité, etc.). Je recopie le passage en question. Que mes lecteurs me pardonnent ma prose poético-lourdingue : « Un fait me revient, apparemment sans importance, et pourtant digne d’être rapporté – tout a la même importance, même les plus petits riens, dans un bonheur égal et parfait : portés par les carreaux glacés plutôt que véritablement marchant, nous sommes allés, pied contre pied, comme lourds et penchés, du lit jusques au cabinet d’aisance. Dans ce lieu secret, qu’on ne partage qu’avec soi, nous nous sommes vidés, épaule contre épaule et chevelures mêlées, des accumulations de la nuit. Deux arcs aux courbes parfaites, se croisant, couraient briser le trouble écran d’or. Du fond de la cuvette montait un seul crépitement, à la fois limpide et confus. L’arche liquide s’est tarie et l’écran redevenu lisse a révélé nos presque imperceptibles têtes, effacées par l’eau comme ces portraits que le temps estompe : deux visages serrés à l’intérieur d’un médaillon de porcelaine. » Dans la réalité, il m’est très difficile d’uriner en présence de quelqu’un. Je ne parviens pas à relâcher mes sphincters et, d’ailleurs, personne n’a jamais pu m’enculer. Pourquoi donc me sentais-je libéré en Allemagne ? Pourquoi n’ai-je jamais pu me faire enculer ? Trouver des réponses à ces questions, ce serait à coup sûr faire un grand pas en direction de la guérison. Après avoir entendu ce que je censure dans ce journal, Tirésias a dit qu’il me faudrait, la prochaine fois, lui parler de mon père. Il n’y aura pas d’autre séance avant le 10 mars, Tirésias devant s’absenter jusqu’à cette date. Renaud Camus déplore le peu de savoir vivre dont font preuve ses correspondants dans leurs lettres électroniques (ou même dans les lettres qu’il reçoit par voie postale). Mais ma sœur serait bien en droit de se plaindre elle aussi, qui vient d’être demandée en mariage, sur Facebook, par son illettré d’amoureux. La pauvre. Quelle humiliation ! Maintenant, tous ses contacts, tous ses ‘‘amis’’, comme on dit sur Facebook, vont savoir avec quel genre de personne elle ne va tout de même pas jusqu’à envisager (enfin, j’espère) de se marier ! Quand je pense qu’hier encore, comme j’étais venu lui dire que j’avais compris, grâce à Tirésias, pourquoi je m’étais tellement attaché à Camille, un garçon qui m’est pourtant tellement inférieur, elle me confiait être elle aussi la première étonnée de s’être mise avec un garçon d’un niveau si bas ! Et voici que le garçon veut l’épouser ! Naguère encore, les homosexuels, au moins, n’avaient pas à subir les joies du mariage. (Je parle de ceux qui ne jouaient pas la comédie de l’hétérosexualité.) Ils étaient généralement bien assez à plaindre comme cela ! Avec l’avènement du Pacs, ils ont obtenu le droit d’en connaître, eux aussi, tous les désagréments, mais sans la gloire. Les cons ! Autrefois, les couples d’homosexuels faisaient comme Napoléon se couronnant lui-même : ils se mariaient entre eux sans demander l’accord de personne. Ils fondaient leur propre église en se consacrant d’eux-mêmes et l’un par l’autre : l’un à l’autre. C’est aussi ce qui se passait dans La Boucle d’un songe, je crois. Le soleil et la chienne étaient les seuls témoins du mariage. Le soleil, c’est tout de même plus glorieux qu’un greffier ! Le ciel sera toujours plus haut que la voûte de la plus haute cathédrale.

02:42 Publié dans 2009, Anja, Augustin, Camille, Clément, Cyrille, Elisa, Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

16/02/2009

Dimanche 15 février 2009

            Renaud Camus évoque une fois Dominique Autié dans Le Royaume de Sobrarbe, dernier tome de son journal intime, le 3 février, page 79, à propos des éditions Privat, dirigées par ce dernier dans les années quatre-vingt-dix. Quelques jours plus tôt, il notait que Virginia Woolf « n’écrivait pas dans les livres, elle, et qu’elle se moquait des gens qui le faisaient, même ». Dominique Autié ne se moquait pas seulement de ces gens, mais il les détestait. « Dupont-Durant n’étant pas Voltaire, écrivait-il dans la chronique qu’il consacra, dans L’ordinaire et le propre des livres, à ces déprédateurs, comme il n’était pas loin de les appeler (‘‘Sans hésiter, disait-il, je range dans la catégorie des déprédations – et non dans celle, prisée des bibliophiles, des dédicaces et envois – l’ex-dono, cette odieuse appropriation de l’objet par qui offre un livre à un tiers et se hausse au rang de donateur en y apposant sa griffe (et, la plupart du temps, le motif du cadeau)’’), Dupont-Durand n’étant pas Voltaire, écrivait-il donc, il est peu probable que je confonde ses coups de crayon ou ses crottes de bic avec des marginalia. » On pourrait objecter à Virginia Woolf, qui ne l’avait certes pas lu, que Renaud Camus, qui annote ses livres, n’est pas les gens. Son journal est là pour en témoigner, dans lequel il écrit presque à chaque page combien la fréquentation des gens lui cause de souffrance. Renaud Camus est sans doute un misanthrope, comme il en fait lui-même l’hypothèse. Plus généralement : c’est des écrivains qu’on ne peut pas dire qu’ils sont des gens. Par contre, je ne comprends absolument pas que Camus puisse trouver à son goût les livres tels qu’ils sont fabriqués par Fayard, c’est-à-dire brochés sans couture, comme c’est d’ailleurs désormais le cas chez la plupart des éditeurs. Lui qui est un grand pourfendeur de la camelote, ne voit-il donc pas que de tels livres en sont aussi ? Ne voit-il pas que ce ne sont tout bonnement pas des livres ? « Pas de fil ? Ce n’est pas un livre », disait encore Dominique Autié, dans une autre chronique de L’ordinaire et le propre des livres. J’avais d’ailleurs laissé ce commentaire à la suite du texte d’Autié consacré aux livres cousus : « Je ne dois pas être encore arrivé à la moitié du livre que je lis en ce moment, et déjà, des paquets entiers de pages se sont décollés et sont devenus des feuilles volantes qui, à tout moment, risquent de ‘‘tomber’’ hors du livre, si je ne le tiens pas assez fermement entre mes mains, ce qui me donne parfois des crampes. C’est très désagréable. On croirait presque que ces livres sont conçus pour n’être lus qu’une fois, et encore, pour certains, jusqu’à la moitié seulement ! » Eh bien ! Ce livre que je lisais alors, je crois bien que c’était Outrepas, c’est-à-dire l’un de ces volumes Fayard que Camus trouve qu’ils lui tiennent si bien en main (je ne me souviens plus de l’expression exacte de l’auteur). Il est probable que nous n’ayons pas les mêmes mains, lui et moi ! Mais lui qui doit, pour travailler à ses églogues, laisser ouverts, pendant des jours et des jours, des dizaines de livres sur son bureau, il devrait être le mieux placé pour comprendre que l’écrivain de demain, son disciple, qui voudrait écrire à son tour des églogues et aurait, pour ce faire, besoin de consulter à tout moment Outrepas ou Le Royaume de Sobrarbe, ne le pourrait tout bonnement pas, à cause de la fragilité des livres, qui ne se prêtent pas à pareille consultation. La fabrication de livres sans couture contribuera sans nul doute à l’appauvrissement de la littérature. Les battements de mon cœur se sont accélérés quand j’ai lu ces quelques phrases, qui me parurent confirmer une certaine communauté de vues, de sentiments et même de sensations, entre Camus et moi, sur les bibliothèques, ou plutôt sur la bibliothèque, page 366 : « Mais c’est parfois dans cette bibliothèque, aussi, à tout cet étage, par de beaux crépuscules d’été comme celui-ci, quand la lumière semble arrêtée et se présenter par toutes les fenêtres avec une intensité égale, étale, passionnément dépassionnée. La vie est là, simple et tranquille sans doute, mais noble aussi, amicale avec indifférence, majestueuse, transparente, mortelle. Hic est locus patriae : cette absence. » Hic est locus patriae, c’était le titre que j’avais donné au texte consacré aux bibliothèques que Dominique Autié avait bien voulu publier dans L’ordinaire et le propre des livres. Mais la lecture du journal de Renaud Camus m’est devenue une épreuve. A chaque fois que je tombe sur une page où il est question du manque de savoir vivre de ses correspondants, de la mauvaise tenue des lettres, surtout des lettres électroniques, je ne puis m’empêcher de repenser à celle que je lui avais envoyée pour lui signaler la parution dans le blogue de Dominique Autié de mon texte sur les bibliothèques. J’avais tourné ma prose d’une telle façon, j’avais été si abrupt, si dépourvu de transition, de préambule (j’avais commencé ex abrupto, si ma mémoire est bonne), je m’étais montré si concis, si bref, si pressé d’en finir, que j’avais dû laisser une fort mauvaise impression. Pour tout dire, j’avais commencé en disant je et conclu par un cordialement du meilleur effet ! C’est d’autant plus absurde que j’avais déjà beaucoup lu Renaud Camus, à cette époque, et savais donc à peu près comment il ne fallait pas m’y prendre pour lui écrire… Mais je l’ai sans doute déjà dit dans ce journal, il y a parfois quelqu’un d’autre en moi, qui agit et parle à ma place. C’est le même qui m’avait poussé à dire à Camille, quand il habitait chez moi, que je voulais qu’il parte, alors que je voulais qu’il reste. Page 133 : « Je connais beaucoup de gens qui n’aiment pas passer la nuit avec leurs amants. » J’en suis ! Plus précisément, j’aimerais passer la nuit avec mes amants, mais je ne le peux pas. C’est d’ailleurs l’un des changements que j’attends de l’analyse que j’ai commencée avec Tirésias. J’espère pouvoir dormir un jour avec les garçons qui entrent dans mon lit. Je croyais que je le pouvais déjà, depuis Camille, dont j’avais très bien supporté la présence dans mon lit toute la nuit. Mais ce n’était que parce que c’était Camille, c’est-à-dire un garçon dans lequel je retrouvais inconsciemment des traits ayant appartenu à des personnages-clés de mon passé : à Julien, comme je l’ai déjà dit mardi dernier, et à un autre, une autre, dont je n’ai pris conscience qu’avant-hier, et dont je parlerai plus tard, après en avoir rendu compte à Tirésias. J’ai voulu renouveler l’expérience du sommeil à deux, il y a quelques jours, avec un adorable Nicéphore, mais ce fut très pénible. Je ne me suis pas endormi avant plusieurs heures. Par contre, le réveil a été très agréable. Nicéphore était venu se blottir au creux de moi, comme fait d’habitude la chienne Pélagie. J’ai fait cette confidence amusée, tout à l’heure, à Osman, qui m’avait invité à venir regarder la télévision chez lui, sur son canapé, contre lui, sous sa couverture : au fond, j’ai commencé mon analyse pour ne plus avoir froid dans mon lit les nuits d’hiver.

03:57 Publié dans 2009, Camille, Dominique Autié, Journal, Julien, Nicéphore, Osman, Pélagie, Renaud Camus, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : renaud camus, dominique autié, le royaume de sobrarbe, virginia woolf

26/01/2009

Dimanche 25 janvier 2009

            La tempête d’hier semble avoir été beaucoup plus forte que celle de 1999, qui n’avait duré que le temps d’un gros orage, disait ma mère ce soir, tandis que les éléments se sont déchaînés pendant des heures, hier matin. Je ne puis que la croire sur parole, puisque je dormais à ces heures-là. Mais à midi, et pendant toute la première partie de l’après-midi, le vent a continué de souffler très fort. Les dégâts sont apparemment très grands. Il paraît que le toit de l’internat du lycée Despiau s’est effondré. De nombreux arbres du parc Jean-Rameau, tout près de chez moi, sont tombés, ainsi qu’à Nahuque. Tityre, qui a passé quelques jours à Bordeaux, m’a dit tout à l’heure au téléphone qu’entre cette ville et Mont-de-Marsan, une grande partie de la forêt avait tout bonnement disparu. Il lui a fallu huit heures, cet après-midi, pour faire le trajet jusqu’ici, tant la circulation était rendue difficile par les arbres dont les routes étaient littéralement jonchées. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il avait entendu parler d’une femme qui, ayant été forcée d’accoucher chez elle pendant la tempête, avait ensuite passé une huitaine d’heures dans l’ambulance qui devait la conduire à l’hôpital, à quinze kilomètres seulement de son domicile. De nombreux arbres ont été abattus dans le parc de madame V***, la voisine de ma mère. Les parents d’une amie de ma sœur en ont perdu près d’une centaine chez eux. Pendant ma distribution dominicale de prospectus, cet après-midi, dans Mont-de-Marsan, j’ai vu quelques cheminées effondrées. La toiture de madame P***, qui vit non loin de chez ma mère et fut mon professeur de physique, lorsque j’étais au collège, a été en partie emportée par les vents. Il y avait des tuiles brisées sur tous les trottoirs de la ville. Dans un jardin, une voiture avait disparu sous un arbre. Je ne retrouvais plus la monotonie de mes itinéraires habituels : des quartiers entiers avaient changé d’aspect, parce que les arbres des jardins avaient disparu, laissant les maisons comme nues et livrées aux regards. Une partie du parking de la résidence de La Rotonde a sombré dans le Midou. Quant à la Midouze, elle a englouti toutes les voitures du parking qui se trouve sur l’un de ses quais. Elle a également noyé le quai Silguy, à l’endroit où, tout près de chez Tityre, il rejoint la rue Sarraute, qui disparaissait cet après-midi dans la rivière. Hier après-midi, Camille m’a dit au téléphone qu’il partait chez son père, où il allait aider à planter un arbre pour le quatre-vingtième anniversaire de son grand-père. Il ne semblait pas encore avoir pris conscience (ni moi d’ailleurs, à ce moment-là) qu’il y aurait sans doute plus d’un arbre à replanter ! Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis ce coup de téléphone. Peut-être s’est-il tué sur les routes, qui sont dangereuses et le seront sans doute encore pendant plusieurs jours, à cause des nombreux arbres qui menacent toujours de tomber et que la pluie va gorger d’eau et rendre plus lourds encore, me disait Cyrille, tout à l’heure, l’actuel amoureux de ma sœur. Peut-être Camille est-il resté chez son père pour aider à réparer les dégâts. Toutes les lignes téléphoniques ne sont pas rétablies dans les villages. Je me suis souvenu du discours très ému que nous avait fait M. Cambronne, l’un de mes professeurs de latin, à Bordeaux, lors de son premier cours de l’an 2000, juste après les vacances de fin d’année, pendant lesquelles avait eu lieu la tempête de 1999. Il avait demandé à ses élèves d’avoir une pensée pour les malheureux qui avaient été frappés par la catastrophe, pour les morts qu’elle avait faits, et plus particulièrement pour ceux dont la presse n’avait pas parlé, avait-il dit, et qui, poussés par le désespoir, s’étaient eux-mêmes ôtés la vie. Je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation avant d’entendre la voix légèrement tremblante de mon professeur. (Je dois avouer que j’avais toujours trouvé cet homme antipathique, à cause de sa constante gentillesse, de sa perpétuelle bonne humeur et du sourire qu’il affichait en permanence et jusque dans la mélodie de sa voix. J’étais si bête, à l’époque (bien plus encore qu’aujourd’hui, c’est dire…), que je trouvais indigne d’un homme (et révoltant) de faire montre d’une telle légèreté. Retrouver à la rentrée un professeur devenu tout à coup si grave m’avait donc fort impressionné. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que cet homme était infiniment plus homme que moi, puisqu’il avait écrit Chants d’exil.) Hier soir, j’étais de nouveau très loin de seulement penser à prendre le temps de cette pensée pour les victimes de la tempête qui venait d’avoir lieu, à laquelle M. Cambronne, déjà en 1999, m’avait invité, moi et mes camarades de classe. C’est parce que j’étais invité à tout autre chose, par le petit bouquetier, à qui je m’avise que je n’ai toujours pas donné de nom dans ce journal. Appelons-le donc Osman. Osman m’avait en effet convié à sa pendaison de crémaillère et la soirée que j’ai passée hier chez lui fut pour moi l’une des plus agréables depuis fort longtemps. Il n’y avait parmi les invités que fort peu d’homosexuels, ce qui explique d’ailleurs peut-être en grande partie la perfection du moment. Nous étions entourés de couples hétérosexuels et des frères et sœur d’Osman, qui sont nombreux et portent des noms appartenant aux trois grandes religions monothéistes. (Dieu merci, Osman, malgré son nom, n’est pas circoncis !) Il ne manquait que celui des frères qui habitait au-dessus de mon ancien appartement et qui s’était un jour amusé à pisser sur ma véranda depuis l’une de ses fenêtres. Les conséquences de la tempête l’empêchaient de quitter je ne sais plus quel village des environs. S’il avait été là, la soirée ne m’aurait probablement pas parue si réussie… Il y avait même un enfant, que sa mère semblait avoir confiée à la garde des deux seuls autres homosexuels (outre notre hôte et moi), un couple, qui semblait fort heureux de pouvoir jouer au papa et à la maman. La bonne humeur et la joie de vivre de tous ces gens, la sincérité de leurs sentiments et surtout ce qui m’a semblé être leur très grande aptitude pour la vie, avaient quelque chose de proprement incroyable pour quelqu’un qui, comme moi, ne fréquente plus, depuis quelque temps, que des homosexuels, qui sont par nature ce qui se trouve parmi les hommes de moins ondoyant et divers, de moins animé, et finalement de moins vivant, puisqu’ils n’ont d’intérêt que pour le même en général, comme leur nom l’indique : tous ces pédés se mordent la queue, c’est bien le cas de le dire, et moi le premier, sans doute. Diodore, le plus jeune frère d’Osman, qui n’a que seize ans, est le type même de l’adolescent réjouissant et facétieux. A cause de ses bouffonneries, l’hilarité générale n’est retombée qu’au bout de plusieurs heures. Je l’ai encore croisé cet après-midi, comme souvent, lors de ma distribution dominicale, puisqu’il habite dans l’une des rues que je dessers. Il a tout du bon garçon : poli, souriant et serviable, il est à peu près le contraire de mes élèves, qui avaient tout du mollusque, eux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai cessé de leur donner des cours. Ils étaient vraiment trop cons, tous, sans exception. Ma vie est bien assez réduite comme cela, selon le mot de Tirésias, le psychanalyste. Je n’avais vraiment pas besoin de me faire réduire aussi la tête par ses petits sauvages, en essayant, bien en vain, d’élargir un peu les leurs. Mais à présent, je l’ai, cette pensée pour les malheureuses victimes de la tempête. Je suis inquiet pour Camille et pour sa famille. Peut-être la propriété de son père est-elle complètement dévastée, où vivaient les bêtes qu’il aime tant, ses chiens, ses cochons, ses chevaux. Peut-être sont-ils au désespoir, en ce moment-même. Je me suis également surpris à penser à Renaud Camus, tout à l’heure, qui écrivait dans le dernier volume de son journal, je crois, qu’il était heureux d’avoir enfin pu payer entièrement la réfection de la toiture du château de Plieux. Si ça se trouve, il n’en reste plus rien à l’heure actuelle !

02:06 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Diodore, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Renaud Camus, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la tempête de 1999, la tempête de janvier 2009, patrice cambronne, renaud camus

01/11/2008

Vendredi 31 octobre 2008

            Il y a quelques jours que je suis tombé par hasard sur Tityre, que je n’avais pas revu depuis des années. Je n’avais pas encore l’âge de Camille à l’époque où nous nous fréquentions. Lors d’un petit dîner qu’il avait donné chez lui, Tityre avait essayé de me faire boire, dans le but de me mettre plus facilement dans son lit, m’avait expliqué Damète, l’un des convives, qui m’avait tiré du piège grossier tendu par notre hôte, mais pour mieux me faire tomber dans le sien. Tityre m’a invité à venir chez lui prendre l’apéritif avant-hier. J’y suis resté pour le dîner, puis nous avons téléphoné à Camille pour qu’il nous rejoigne au moment du café. Nous sommes rentrés lui et moi sur les sept heures du matin. Nous avons passé la nuit au coin du feu à boire du whisky (que Camille prétend être un des alcools qui lui sont permis, à moins que ce ne soit le seul auquel il ait droit, si tant est qu’il y ait vraiment droit, et dans de telles quantités, ce dont je doute fort). Tityre, qui a été ‘‘un peu artiste’’ en son temps, nous a montré ses perruques, ses robes et ses chapeaux. Nous avons écouté pendant des heures de ses disques vinyles. Il y a dans sa bibliothèque beaucoup de livres anciens, mais très abîmés. Je me suis redit à part moi la phrase qui sert à me faire honte quand je maltraite mes propres livres : « Si Dominique Autié avait vu ça ! » Ce n’est pas la bibliothèque d’un bibliophile : Tityre l’a simplement héritée de son grand-père : avec la maison. Il n’en a pas soigné les livres. (A propos de ce verbe soigner : Camille, qui est plein d’expressions que j’imagine être propres à la campagne dont il est, me demande toujours : « Veux-tu que je soigne aussi ta chienne ? ». C’est qu’il est alors en train de nourrir la sienne et veut savoir s’il me plairait qu’il en fasse autant pour la mienne. Soigner Violette et Pélagie, c’est remplir leurs gamelles. Je lui réponds souvent avec une autre de ses expressions : « De là étant, je ne peux pas le faire, la gamelle est vraiment trop loin », car je suis généralement assis sur le canapé, en train de le suivre des yeux.) A Tityre, qui me demandait qui je lisais, j’ai répondu en prononçant le nom de Renaud Camus. « Ah oui ! Tricks ! », a-t-il dit. Je me suis alors souvenu de ce qu’écrivait Camus sur Duras et la musique, dans Corée l’absente : « On y apprenait qu’elle écoutait et réécoutait le Requiem de Mozart, les symphonies de Beethoven et les Passions de Bach – bref qu’elle n’aimait pas la musique, ou peut-être plutôt que la musique tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu. » L’on pourrait peut-être dire aussi de tous ces homosexuels qui ont lu Tricks qu’ils n’aiment pas Renaud Camus ou du moins que Renaud Camus tient peu de place dans leurs bibliothèques ! Cela dit, je m’avance peut-être un peu et ne sais pas vraiment de quoi je parle, car bien qu’il y ait beaucoup de Camus dans ma bibliothèque, je dois confesser que je n’ai pas lu Tricks. Comme nous cherchions à savoir si nous avions d’autres connaissances communes que celles de l’époque où nous nous fréquentions encore, lui et moi, Tityre a dit de Trimalcion que c’était « son petit protégé », ce qui a fait sourire Camille, qui connaît l’aversion que j’ai pour cet individu, qu’il s’est pourtant mis à fréquenter occasionnellement. Quand je pense qu’il habite dans la rue parallèle à la mienne… Il ne faudrait pas trois minutes à Camille pour se rendre chez lui ! Je suis sûr qu’il l’a déjà fait, même s’il ne veut pas l’admettre. Mais si ! Il l’a reconnu, puisqu’il m’a dit une fois qu’il n’avait pas trouvé l’appartement de Trimalcion aussi sale que je l’avais dit ! Nous sommes retournés chez Tityre hier soir, jusqu’à très tôt ce matin, comme la veille. Il y avait un autre invité, qui avait les mains baladeuses et voulait absolument voir la rousseur entre les jambes de Camille ! On m’a dit ensuite que je n’avais pas fait beaucoup d’efforts pour cacher ma contrariété et ma mauvaise humeur.

03:33 Publié dans 2008, Camille, Damète, Dominique Autié, Journal, Pélagie, Renaud Camus, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note