24/10/2009
Vendredi 23 octobre 2009
En plus de madame L***, mon ancien professeur de piano, qui est devenue presque aveugle, j’ai encore aperçu Sandrine F***, au concert donné ce soir au tout récent et horriblement nommé ‘‘Pôle culturel du Marsan’’. Et pourquoi pas le Pôle emploi pour les intermittents du spectacle, tant qu’on y est ? Dieu merci, c’est encore bien le Pôle culturel du Marsan qu’on dit, et non pas Pôle culturel tout court, comme se fait appeler Pôle emploi, justement, qui se prend peut-être pour une personne, à moins qu’il ne soit une espèce de dieu des temps post-modernes, qu’on prie pour avoir du travail. De même que je rebaptise les personnes dans ce journal, j’ai décidé de donner de nouveaux noms aux lieux les plus hideusement nommés de ma vie. Déjà Parthénon, la boîte de nuit où j’ai dit que mes amis préféraient aller ces temps-ci, ne s’appelle évidemment pas Parthénon, ni bien sûr tel repaire associatif de citoyens concernés la Quadrature du cercle. (Après une rapide recherche, je n’ai pas trouvé de trace de cette Quadrature du cercle dans mon journal… Il est assez fréquent que je croie avoir noté dans ce blogue des choses que je n’ai pourtant jamais écrites et, la plupart du temps, j’ai oublié presque tout ce qu’il a pu m’arriver d’y dire. D’où parfois (j’exagère : une fois seulement, pour l’instant) que je tombe littéralement des nues à cause de plaintes qu’un Monsieur Véto contrarié va déposer contre moi. Je m’avise à présent que j’ai moi-même dit Parthénon tout court (« mes invités avaient continué la nuit à Parthénon »), comme s’il s’agissait, non pas d’une personne, mais d’une petite ville, ou d’un quartier ; sans doute est-ce Somaize qui m’a fait parler ainsi, que j’aime entendre dire « à Léolie » pour « dans le Marais du Temple ». Je me sens aussi peu à ma place dans une discothèque que dans l’un de ces quartiers qui sont colonisés par les étrangers. Peut-être est-ce aussi pourquoi j’ai choisi de traiter, dans ce journal, le nom que j’ai donné à cette discothèque comme s’il s’agissait de celui d’un quartier. Mon ‘‘à Parthénon’’ oscille entre l’‘‘à Léolie’’ des précieuses de Somaize et l’‘‘à Pigale’’ des filles de joies. Mais au lieu du Pôle culturel du Marsan, c’est bien du temple de Pol…, de Pol…, disons de Polhymnie, que je parlerai désormais, ce qui est peut-être aussi ridicule que de parler de Pôle emploi comme d’une personne ou d’un dieu, mais est néanmoins beaucoup plus dans l’esprit… bucolique de ce journal. J’ai donc encore aperçu ce soir Sandrine F*** au temple de Polhymnie. Avec mon espèce de passion pour elle, je me fais un peu penser à ce pauvre Frédéric Mitterrand, dont j’avais lu La Mauvaise vie, que don Esteban m’avait demandé d’acheter pour lui : car vivant aux Marquises, il n’a guère souvent l’occasion d’entrer dans des librairies. Je ne sais pourquoi don Esteban avait voulu lire ce livre en particulier. Peut-être était-ce le fait que l’auteur vient d’un milieu assez semblable au sien qui l’avait attiré. Peut-être est-ce parce que tout deux, enfants, passaient leurs vacances au bord du Léman. Mais ce n’est pas mon sujet. Je disais que je me faisais penser à ce pauvre Frédéric Mitterrand, dont la passion pour Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni le rend à peu près aussi ridicule que moi. La scène dans laquelle, témoin d’un accident de la circulation, en pleine nuit, à Paris, l’auteur tombe nez à nez avec une Catherine Deneuve sortant, accompagnée de sa fille, d’une berline qui passait par-là et lui demandant, en l’appelant par son prénom, de prévenir les secours au lieu de rester planté sans rien faire (paralysé qu’il était par l’apparition de ces deux divinités) était réellement pathétique, ou comique, je ne me rappelle plus. Il faudrait que don Esteban, qui a le livre avec lui, me dise ce qu’il en est exactement. J’aurais d’ailleurs aimé qu’il écrive sur ‘‘l’affaire Frédéric Mitterrand’’. Je l’ai toujours trouvé meilleur lorsqu’il traitait, hélas si rarement, de questions d’économie (qui fut la matière de ses études), plutôt que lorsqu’il travaille à ses mémoires ! Il s’agit bien d’économie, après tout, même si ce n’est pas par le tourisme sexuel auquel on reproche à Mitterrand de s’être adonné que j’avais été le plus ‘‘choqué’’. A dire le vrai, je n’ai gardé aucun souvenir de cette partie du livre. Par contre, j’avais trouvé surprenant que Mitterrand aille acheter des enfants au Maghreb, ou plutôt les louer à des familles miséreuses, pour les élever seul en France. D’ailleurs, la première chose qui m’était venue à l’esprit quand Frédéric Mitterrand était devenu ministre de la culture, c’est précisément qu’il y aurait sûrement très vite une ‘‘affaire Mitterrand’’. Je m’étais demandé si le Président de la République et son premier ministre n’étaient pas un peu fous d’arrêter leur choix sur un homme à de si étranges pratiques. Mais je le répète, les pratiques que je trouvais étranges, ce n’était pas le tourisme sexuel, mais le tourisme de l’adoption, ou de la location d’enfants, pour être plus précis, que je n’étais pas loin de trouver foncièrement immorale. Mais qui suis-je pour juger mon prochain, moi qui loue mes sourires, mes soupirs, mes caresses et d’autres choses encore à des messieurs (pratique que je réprouve et condamne évidemment ! D’ailleurs, je ne dirai jamais assez combien je me désapprouve.) ? Pour le dire un peu grossièrement (mais c’est parce que je trouvais grossière sa démarche), je trouvais surprenant qu’on nomme ministre de la culture un homme qui louait à leurs familles de jeunes Maghrébins parce qu’il voulait faire des enfants ‘‘toute seule’’… Et c’est le tourisme sexuel qu’on lui reproche ! C’est dire si l’on marche sur la tête ! La preuve est faite qu’il est parfaitement entré dans les mœurs d’acheter des enfants à l’étranger pour les élever en France. C’est ce que font déjà la plupart des parents français qui adoptent des enfants. Sans doute sont-ils plus à plaindre qu’à blâmer. Le concert de ce soir était donné en hommage à Francis Planté, qui est le grand homme du pays. Il a vécu à Mont-de-Marsan. Une partie du Conseil général des Landes est d’ailleurs installée dans l’hôtel Planté. La grande place qui se trouve devant mon ancien Lycée, tout près de chez moi, porte son nom. Il a été le maire de Saint-Avit, un village tout proche, pendant près de vingt ans. Sa carrière pianistique a duré plus de quatre-vingts ans. Né à Orthez, il fut un enfant virtuose et est mort en 1938 à quatre-vingt-quinze ans, dans les Landes, qu’il aima passionnément, parce qu’il avait la passion de la chasse, qu’il y pouvait pratiquer tout à loisir. Parce qu’il était l’un des rares à en avoir la capacité technique, il fut parmi les premiers à interpréter de nouveau Franz Liszt (que beaucoup trouvaient injouable), du vivant de ce dernier, et même, avec lui, des transcriptions pour deux pianos d’œuvres pour orchestres. Il fut aussi l’un des premiers pianistes à être enrigistrés. Un enregistrement de lui a d’ailleurs été réédité et joint à la biographie du pianiste (que j’ai acquise tout à l’heure, après le concert) écrite par Roseline Kassap-Riefenstahl. Je me contente de répéter ce qu’elle avait probablement déjà dit lors d’une récente conférence à laquelle je n’ai malheureusement pas eu le temps d’assister, et de nouveau ce soir, pendant l’entracte. « Ayant pris le flambeau pianistique des mains d’artistes nés au XVIIIe siècle, écrit madame Kassap-Riefenstahl dans son livre (et Philerme ne devrait pas être insensible à la synchronie ici relevée), avant de le tendre à son tour à ceux qui tissèrent le XXe siècle, il [Planté] traversa un siècle de piano en y rencontrant tous les acteurs de la vie musicale et artistique. Il eut pour partenaires tous les grands chefs d’orchestre, violonistes, violoncellistes, pianistes et autres musiciens de son temps. Témoin remarquable des transformations qui s’opérèrent à la fois sur les instruments, sur la musique elle-même, sur l’interprétation pianistique en France et à l’étranger, Francis Planté rayonna sur plusieurs générations de musiciens […] ». Ecouter cet enregistrement de Francis Planté, c’est un peu comme regarder certaine photo que Philerme a récemment publiée sur son blogue. Ici, Planté est à Liszt ce qu’à Mozart la Constance de la photo : on se prend à rêver à de possibles enregistrements d’un autre.
03:35 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, La Quadrature du cercle, Le temple de Polhymnie, Madame L***, Monsieur Véto, Parthénon, Philerme, Sandrine F*** | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25/09/2009
Jeudi 24 septembre 2009
Tityre, qui n’a toujours pas de connexion Internet digne de ce nom mais envisage sérieusement d’en acquérir, ne serait-ce que pour trouver plus facilement de quoi baiser (« je suis de la vieille école, moi, dit-il encore, mais sans plus vraiment y croire, je vais donc dans les bois et les saunas ! »), a profité de son séjour à Bordeaux, ce week-end, chez le terrible Cléomédon, pour lire en partie ce journal. « J’ai lu ton journal, Olivier. Ce Tityre, c’est moi, n’est-ce pas ? – Ah ? Je ne sais pas, c’est possible… – Tout de même, tu y vas fort ! A un moment, tu écris que Clinias est un paysan et un demeuré. Non, pas un paysan, mais quelque chose comme ça. » J’en suis moi-même tombé des nues. J’aurais donc médit du beau Clinias ? J’en ai peur. Voici ce que j’écrivais en effet le quinze avril dernier : « Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. » Mais j’ajoutais aussitôt : « dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! » Je veux bien croire que ma plume semble un peu acérée à ceux de mes amis qui me lisent. « C’est que ce journal, ai-je dit à Tityre, pour ma défense (molle défense, j’en conviens, mais il est vrai que celui-ci ne m’accusait de rien, ce qui m’a d’ailleurs un peu surpris, car je l’aurais cru plus contrarié du portrait peu reluisant qu’il a pu m’arriver de faire de lui), c’est que ce journal est un ‘‘défouloir’’ pour moi. » La vérité est que s’il est un sujet dont je n’ai pas la moindre envie de parler avec mes amis, c’est bien ce journal. Libre à eux de le lire, s’ils connaissent son existence, mais libre à moi de ne pas répondre à ce qu’ils ont à m’en dire. Cette attitude est d’ailleurs peu défendable, puisqu’elle revient finalement à ne pas vouloir assumer entièrement la responsabilité de ce que j’écris… En portant plainte contre moi, Monsieur Véto ne s’est pourtant pas privé de me rappeler cette responsabilité ! Tout récemment encore, mais sur mon autre blogue, des internautes, membres du site de pédés habituel, ont manœuvré pour me faire effacer un texte qu’ils considéraient comme raciste (selon une certaine Félicité-Coupable (dont je prends soin, pour ne pas la froisser (car il faut se méfier de ces bêtes-là) de changer le faux nom derrière lequel elle se cache) et incitant à la haine, selon un autre internaute, que nous appellerons prudemment Dorante. Le webmestre du site sur lequel je publie mon autre blogue, écoutant évidemment ces délateurs, s’est empressé d’exiger que j’efface le texte en question, de façon tout à fait arbitraire, puisque tout cela s’est passé sans qu’aucune forme légale soit respectée. La loi n° 2004-575 stipule, en effet, dans son article 6-I-5 : « La connaissance des faits litigieux est présumée acquise par les personnes désignées au 2 [en l’occurrence, le webmestre] lorsqu’il leur est notifié les éléments suivants : - la date de la notification ; - si le notifiant est une personne physique : ses nom, prénoms, profession, domicile, nationalité, date et lieu de naissance ; si le requérant est une personne morale : sa forme, sa dénomination, son siège social et l’organe qui la représente légalement ; - les nom et domicile du destinataire ou, s’il s’agit d’une personne morale, sa dénomination et son siège social ; - la description des faits litigieux et leur localisation précise ; - les motifs pour lesquels le contenu doit être retiré, comprenant la mention des dispositions légales et des justifications de faits ; - la copie de la correspondance adressée à l’auteur ou à l’éditeur des informations ou activités litigieuses demandant leur interruption, leur retrait ou leur modification, ou la justification de ce que l’auteur ou l’éditeur n’a pu être contacté. » Comme je n’ai pas été contacté par mes délateurs, je doute que le webmestre ait reçu copie de la correspondance qui aurait dû m’être adressée, dans laquelle etc. A strictement parler, le webmestre n’avait pas connaissance des faits litigieux. Il n’avait donc pas à exiger de moi le retrait du texte qu’il m’était reproché d’avoir écrit. D’un autre côté, puisque j’ai effacé ledit texte malgré le caractère pour le moins irrégulier de la demande qui m’en était faite, sans doute pourrait-on considérer que je me suis censuré de mon plein gré ! Enfin, non pas tout à fait de mon plein gré, car le message électronique du webmestre n’était pas sans me menacer des foudres de la loi, même si, paradoxalement et comme j’ai dit, il le faisait sans respecter aucune forme légale… J’ai demandé à mes délateurs de me dire très précisément ce qui, dans mon texte (je dis bien dans le texte et non pas dans leur esprit), était répréhensible. Soit ils en ont été incapables, soit ils ne l’ont pas voulu, tout simplement parce qu’ils n’y trouvaient réellement rien de répréhensible. C’est la raison pour laquelle j’estime qu’ils pourraient eux aussi « faire l’objet de poursuites », pour reprendre les mots qu’a utilisés le webmestre, mais au sujet de mon texte. La même loi, dans son article 6-I-4, prévoit en effet que « Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2 [toujours le webmestre ici] un contenu ou une activité comme étant illicite dans le but d’en obtenir le retrait ou d’en faire cesser la diffusion, alors qu’elle sait cette information inexacte, est puni d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 15000 EUR d’amende ». Mais je suis bien trop pauvre, moi qui gagne moins de 600 EUR par mois, pour recourir aux services d’un avocat et faire valoir mes droits. J’envierais presque Juan Asensio, qui semble avoir les moyens, lui, de se défendre en ce moment contre des ennemis pourtant bien plus déterminés que les miens ! (La scigalomachie fait rage.) L’argent est toujours le nerf de la guerre, et c’est précisément parce que je n’en ai pas que des internautes sous pseudonymes, c’est-à-dire des corbeaux, de vulgaires auteurs de lettres anonymes (car je doute qu’ils aient donné au webmestre, comme l’exigerait pourtant la loi, leurs nom, prénoms, profession et domicile !), sont parvenus une fois à me museler, ce qui me semble être une grave atteinte, paraît-il fréquente sur Internet, à la liberté d’expression, conséquence immédiate de la liberté de penser, qui est, avec celui de vivre, l’un des plus grands droits de l’homme. Tout cela faute de moyens ! C’est vraiment rageant. Et c’est dire si cet imbécile d’Aribaze me met hors de moi lorsqu’il s’amuse à dire à tout le monde que je ne suis qu’un faignant qui vit des rentes de ses parents ! Quel con ! (Même s’il est vrai que je ne suis pas toujours très vaillant, la preuve…) Plus que jamais, ces temps-ci, je ressens la précarité de ce blogue, qui pourrait disparaître du jour au lendemain, sans laisser aucune trace. Peut-être faudrait-il que j’envisage d’être mon propre hébergeur, si c’est possible, ou d’acheter un ‘‘nom de domaine’’, comme je crois qu’on dit. Mais évidemment, tout cela doit coûter de l’argent, dont je suis fort dépourvu. A cause des misères qui m’ont été faites, j’en viendrais presque à souhaiter une liberté d’expression totale pour tous, sans aucune espèce de limitation, non pas parce que je suis indifférent aux souffrances réelles que peuvent causer à certaines personnes des affirmations choquantes (la négation de crimes contre l’humanité, par exemple, ou même, plus simplement, les injures), mais parce que le risque d’être aveuglé par ses propres opinions pour juger des opinions d’autrui est trop grand, parce qu’on ne peut pas juger des idées comme des faits. Mon argument en faveur d’une liberté d’expression totale serait à peu près le même que peuvent avancer ceux qui sont contre la peine de mort : s’il y a toujours un risque de condamner à mort un innocent, le risque me semble infiniment plus grand (parce qu’il est doublé d’une tentation évidente) de faire taire quelqu’un dont l’opinion heurte, choque ou inquiète, alors que c’est pourtant son droit d’avoir une telle opinion. C’est le propre de la pensée, surtout de la pensée en cours, que de ‘‘flirter’’ avec les idées dangereuses ou interdites. L’époque est tellement ennemie de la pensée que la seule expression de ‘‘flirter avec une idée’’ peut servir à faire condamner celui dont l’opinion déplaît. Pourtant, penser, ce n’est peut-être que cela : flirter, tourner autour, chercher, s’approcher, risquer d’être séduit… Je ne connais pas grand-chose à la loi, dont je trouve la matière peu attrayante, mais il me semble qu’au sujet des délits d’opinion, on marche sur la tête. Par exemple, mes délateurs ont prétendu que j’avais tenu des propos illicites (racistes ou incitant à la haine) et pouvant donc faire l’objet de poursuites. Mais justement, s’ils peuvent faire l’objet de poursuites, c’est donc bien que c’est à un juge de dire s’ils sont illicites ou s’ils ne le sont pas. Tant qu’un juge n’a pas rendu de jugement relatif à ces propos litigieux, leur auteur devrait donc être présumé innocent, c’est-à-dire les propos présumés licites… Comment donc peuvent-ils être censurés avant qu’il y ait eu jugement ? Et est-ce que les accusateurs (mes délateurs) n’ont pas à rendre des comptes pour ne pas avoir respecté la présomption d’innocence et pour avoir diffamé (tant qu’il n’a pas été reconnu coupable) celui qu’ils accusent ? Il me semble évident qu’une Félicité-Coupable, en me traitant de raciste, me diffame. Mais, si je veux être en accord avec moi-même, c’est-à-dire avec le principe d’une liberté d’expression totale et entière, cette même Félicité-Coupable ne devrait pas plus être inquiétée par la justice pour cette diffamation que moi pour mes prétendus propos racistes. Cela dit, le principe de liberté entière n’ayant pas cours en France, quelle conduite morale devrais-je adopter (si j’avais les moyens de toutes) ? Rester en accord avec le principe que ‘‘j’appelle de mes vœux’’ (malgré que j’en aie, faute de mieux, par ‘‘principe de précaution’’, comme on dit) et ne pas poursuivre ceux qui m’ont nui ? Ou me défendre, puisque le régime sous lequel on est ne protège pas des attaques ? Heureusement, la question ne se pose pas, puisque je suis pauvre.
02:49 Publié dans 2009, Aribaze, Cléomédon, Clinias, Dorante, Félicité-Coupable, Journal, Juan Asensio, Monsieur Véto, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23/07/2009
Mercredi 22 juillet 2009
Cette après-midi, vingt-deuxième séance chez Tirésias, que je vois peu pendant ces mois de vacances, durant lesquels il prend beaucoup de repos. Nouvelle preuve du mieux social que j’ai pu observer en moi : pour la première fois de ma vie, j’ai ‘‘fait’’ les fêtes de la Madeleine, presque entièrement, c’est-à-dire toutes les nuits, sauf la première, et en portant à chaque fois, du moins en haut, le costume rouge et blanc des festayres. Ces fêtes ont pris fin cette nuit. Mnasyle y est venu, pour passer deux jours avec moi. A la soirée chez Osman, j’ai senti que plusieurs des pédés qui étaient invités (non pas des amis directs, mais des amis d’amis) avaient espéré me prendre Mnasyle, ce que m’a confirmé Phidippide, qui a surpris quelques conversations absolument navrantes et dans lesquelles il fut fait montre du plus grand mépris à mon égard. Mon humeur s’en est beaucoup assombrie et j’ai fini par me sentir obligé de me mettre en colère contre Mnasyle, parce qu’il ne cessait de dire à qui voulait l’entendre qu’il ne savait pas s’il allait quitter son ami de Pau, ce que je trouvais insultant pour moi, qu’il n’était donc pas sûr d’aimer autant qu’il le montrait (car j’ai déjà dit qu’il était très démonstratif), ce que je puis comprendre, bien sûr, mais qu’il aurait tout de même pu garder pour lui, plutôt que d’en faire la confidence à tous mes amis ! J’ai perdu mon sang-froid quand je me suis aperçu, durant l’explication que je tentais d’avoir avec lui, que Mnasyle ne me laissait jamais le temps de seulement dire une phrase entière ! Même et surtout dans les disputes, ce garçon est un véritable moulin à paroles ! Perdant patience, j’ai préféré rompre avec lui et l’ai donc traîné de chez Osman jusque chez moi, pour avoir le plaisir de le jeter dehors, avec toutes ses affaires, geste absurde, que je regrette beaucoup à présent, mais j’avais énormément bu (comme d’ailleurs lui), ce qui n’est pas ma seule excuse, car je me permets de rappeler à mon blond lecteur que je dois également composer, sobre ou aviné, avec ma névrose, celle-là même qui me fait payer les consultations d’un Tirésias, à moi qui suis si pauvre ! J’ai l’impression de ne faire qu’aujourd’hui mon éducation sentimentale, ai-je encore confié à ce dernier. Mais c’est vraiment très décourageant, tous ces échecs, si rapides à chaque fois, et avec des garçons qui me plaisent tant, et à qui je plais aussi. Cette fois-ci, j’avais réussi à dormir sans grande difficulté avec Mnasyle durant la première nuit (la seconde ayant été celle de notre séparation). Sans doute cette facilité s’explique-t-elle, il est vrai, en vertu du principe que j’ai relevé lors de la précédente séance chez Tirésias, selon lequel je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme j’ai fini par sentir que c’était le cas de Mnasyle, à qui son cocu ne cessait de téléphoner, ce qui me donnait l’impression que, même s’il était assis à mon côté pendant ses conversations avec l’autre, il n’était pas vraiment avec moi : quelque chose, quelqu’un, c’est-à-dire son ami de six ans, l’appelant loin de moi, l’empêchait d’être tout à moi, ce que ressentant, je me trouvais paradoxalement, c’est-à-dire ‘‘névrotiquement’’, rassuré : s’il n’était pas tout à moi, c’est que je n’étais pas tout à lui, et je pouvais donc dormir avec Mnasyle sans risquer de m’en sentir étouffé, contrairement à la dernière fois : je n’étais au contraire pas loin d’avoir besoin de dormir avec lui, pour posséder davantage ce que je sentais m’échapper. Ces expériences ne sont pas des échecs, me dit Tirésias, mais des leçons à retenir, pour ne plus reproduire les mêmes erreurs à l’avenir, pour avancer, pour aller mieux. C’est d’abord par amour-propre que je me suis mis en colère contre Mnasyle : je n’ai pas supporté qu’il se demande, devant une bande de pédés qui semblait elle-même penser que je n’étais pas assez bien pour lui, qui était le plus désirable de son amant palois ou de moi. Je me suis senti mésestimé, méprisé. Encore une fois, c’est à cause du sentiment que j’ai qu’on a de ma valeur que je perds le contrôle de mes angoisses. J’ai bien trop d’amour-propre et manque encore de beaucoup d’assurance, pour arriver à plus de détachement quant à cette question finalement sans importance : qu’importe donc en effet ma valeur, puisque le temps passe ? Tout se dégrade. Le cocu du Béarn a rapidement compris qui j’étais parmi les ‘‘amis’’ de Mnasyle sur son Facebook. Il a dû taper ensuite mon nom dans Google et trouver ainsi l’adresse de ce blogue, dont il a parlé à son amant, qui s’est ensuite empressé d’en parler à son tour à mes amis, qu’il est allé retrouver l’autre soir après avoir été mis à la rue par moi. Tityre, Osman, Cléomédon, Parthénie, Damis et tous les autres connaissent donc désormais ou connaîtront très bientôt l’existence de ce journal. J’ai ressenti hier soir comme du reproche dans la voix de quelqu’un, chez Tityre, qui me parlait de mon blogue comme s’il m’avait pris en faute en en apprenant l’existence, comme si j’avait tout fait pour le cacher et que j’avais été enfin découvert. Mais c’est absurde. Je publie ce blogue, que je signe de mon véritable nom. Je ne vois donc pas comment on pourrait croire que j’ai voulu me cacher. Mais il est vrai que j’avais pris le parti de ne jamais en parler à mes familiers, dans l’espoir de les en laisser ignorants, afin de pouvoir parler d’eux ou des sentiments qu’ils m’inspirent le plus librement possible, c’est-à-dire loin de leurs regards. Parviendrai-je à rester aussi sincère à l’avenir ? Je ne sais… Il n’y a sans doute qu’à Phidippide que j’avais parlé de ce blogue, parce qu’il pourrait être mon avocat, si la plainte que le grotesque Monsieur Véto (instrumentalisant la justice dans le but de me nuire) a portée contre moi aboutissait à mon procès !
03:22 Publié dans 2009, Cléomédon, Damis, Mnasyle, Monsieur Véto, Osman, Parthénie, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24/06/2009
Mardi 23 juin 2009
J’attendais désespérément des nouvelles de Camille, qui ne m’en a pas données depuis peut-être bien deux mois. Je voulais avoir une chance de lui montrer du dédain : ne pas décrocher le téléphone, s’il avait appelé ; ne pas répondre à son SMS, s’il m’en avait écrit ; ne pas aller à un rendez-vous qu’il m’aurait donné ; ne pas lui rendre un service qu’il m’aurait demandé. Ce fut chose faite cet après-midi. Mon ami Phidippide m’avait invité à venir l’écouter plaider tout à l’heure, dans une affaire en correctionnelle. Je ne l’ai hélas presque pas entendu, parce que j’ai dû m’absenter une grosse demi-heure, pour me rendre à ma dix-neuvième séance chez Tirésias, dont la maison est heureusement tout près du palais de justice. Phidippide concluait quand je suis revenu. Je ne sais donc toujours pas s’il est aussi talentueux que je voudrais croire mon futur avocat, si je dois recourir à ses services, au cas où l’on me jugerait pour les délits que j’ai moi-même commis et dont le pauvre Monsieur Véto, ce poète si délicat mais que j’ai maudit, fut l’innocente victime. L’autre jour, comme Phidippide se réjouissait d’avoir un nouveau client pour une ‘‘très grosse affaire’’ au pénal, j’ai dit tout à coup pour moi-même, mais à voix haute : « Tiens ! Ça me rappelle quelque chose… Est-ce que ce ne serait pas cette sordide affaire dans laquelle un sinistre individu aurait fait ceci et cela, mais dans le but unique et planifié longtemps à l’avance de parvenir à faire cette troisième chose, plus répugnante encore ? – Mais si ! Comment peux-tu donc avoir entendu parler de tout cela ? – Ne me croyais-tu donc pas, lorsque je te disais qu’Ascylte ne pouvait s’empêcher de parler au premier venu des expertises dont il était chargé par les juges, violant ainsi allègrement le secret de l’instruction ? Si vraiment tu ne me croyais pas : la preuve est maintenant faite de ma bonne foi. Tu n’auras qu’à regarder les noms des experts qui figurent au dossier et tu trouveras sûrement celui d’Ascylte », ce que m’a confirmé tout à l’heure Phidippide, qui a vérifié la chose. C’est sans doute le soir où je l’ai présenté à Tityre qu’Ascylte a parlé de cette affaire. C’est dire s’il est con, tout de même. Après la frayeur que je lui avais faite au sujet des rapports d’expertise qu’il m’avait fait lire en toute illégalité, il continue donc de se mettre hors la loi, et devant un témoin cette fois ! Cela dit, je ne suis pas beaucoup moins imprudent que lui, moi qui rapporte tout cela dans ce journal, pour le publier aussitôt !
02:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Monsieur Véto, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18/06/2009
Mercredi 17 juin 2009
Heureusement que j’ai des lecteurs qui se sont donné pour devise quasi socratique de me connaître moi-même ! S’ils n’étaient pas là pour me relire, je me demande bien qui corrigerait mon portrait, lorsque je me laisse aller de bonne foi dans ce journal à me peindre meilleur que je ne suis, comme j’ai donc apparemment fait tout récemment en prétendant trouver que mon état s’était amélioré. Je ne puis aller mieux, m’a fait très justement remarquer un nouveau Monsieur Véto en puissance dont je tairai donc prudemment le nom, puisque j’ai bu comme un trou sans fond, lors du dîner que j’ai organisé la semaine dernière chez ma mère, au point d’avoir complètement effacé de ma mémoire plusieurs heures de la nuit, pendant lesquelles j’étais pourtant loin d’être endormi, m’a assuré Phidippide, entre les bras duquel j’ai passé lesdites heures, à lui montrer énormément d’affection, m’a-t-il dit, ce qui ne me ressemble guère. Si j’allais mieux, je ne boirais pas, me dit-on, c’est l’évidence ! Mais moi je prétends que c’est précisément parce que je ne bois pas que je ne tiens plus l’alcool et que quelques verres de vodka vidés cul sec m’anéantissent. En d’autres temps, ils seraient passés comme une lettre à la poste : mon amie Myriam, qui n’est pas la dernière, pourrait en témoigner. Mais mon lecteur a raison. Peut-être, en effet, ne vais-je pas tant mieux que cela. Hier ou avant-hier, je ne sais, n’ayant jamais eu la mémoire des dates, j’étais chez Tityre, où Phidippide nous a rejoints. Le parfait accord de ces deux sires apparemment si faits pour se rencontrer, leur mauvaise foi partagée, leur connivence, leur facétieuse entente contre moi, leur bêtise entièrement assumée, m’ont rendu leur conversation si pénible que j’ai encore une fois perdu patience : je les ai laissés entre eux, à la grande stupéfaction de Phidippide, auquel le fataliste Tityre s’est empressé d’expliquer mon caractère avant même que je sois sorti de la maison. « Il faut l’excuser, a-t-il dû lui dire, c’est un scorpion. Ce n’est pas sa faute, on n’y peut rien. » Car Tityre explique les êtres par les signes astraux ! C’est là toute sa psychologie ! Etre scorpion, selon lui, c’est n’être jamais maître de soi et vouloir constamment le devenir d’autrui (c’est être une femme, en somme, et il se trouve justement que j’ai grandi au milieu de femmes !). Je ne sais si c’est ainsi que sont en effet tous les scorpions, mais je dois reconnaître que c’est bien ainsi que, moi, je suis le plus souvent. J’aurais dû boire : l’alcool m’adoucit et me rend aimable. Cela dit, Phidippide et Tityre ont été bien heureux de se retrouver seuls, à ce que j’ai cru comprendre tout à l’heure, lors du coup de téléphone de ce dernier, car ils ont pu terminer en mon absence ce que ma présence avinée les avait empêché de commencer la semaine dernière. J’ai donc été tout excusé de mon petit éclat. L’étrange logique qu’a montrée Phidippide lors de l’interminable conversation qui m’a fait perdre patience, son refus de rien argumenter sérieusement, m’inquiètent tout de même un peu. Si, à cause de Monsieur Véto, je devais vraiment recourir aux services d’un avocat, je me demande si Phidippide serait bien apte à défendre ma cause d’ailleurs perdue d’avance ! Je ne sais comment, dans le courant de la conversation, nous en sommes venus à parler de viol. Phidippide nous a alors révélé qu’il avait pris l’habitude de garder pendant trois semaines au moins les préservatifs ou les mouchoirs dans lesquels avaient joui ses amants. C’était, disait-il, une précaution qu’il prenait, au cas où quelqu’un viendrait à lancer contre lui de fausses accusations de viol, comme il peut hélas arriver parfois. Il prétendait ainsi pouvoir démontrer que son accusateur avait joui, fait qui, dans sa logique, signifierait nécessairement le consentement du partenaire, ce qui, en soi, me paraît déjà douteux. Mais quand bien même cela prouverait effectivement son consentement à tel moment, en quoi donc cela le prouverait-il également à l’instant d’après ? Et d’ailleurs, comment dater l’éjaculat conservé ? Et si c’était possible, l’accusateur de mauvaise foi n’aurait qu’à prétendre avoir été violé à un autre moment ! Tout cela me paraît absurde. La seule chose que prouve la collection de Phidippide, à mon avis, c’est qu’il a d’étranges manies ! D’une certaine manière, elle l’accuserait elle aussi, parce qu’elle le rendrait suspect !
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13/06/2009
Vendredi 12 juin 2009
J’ai profité de l’absence de ma mère, qui est partie en vacances avec ses lesbiennes, pour organiser chez elle un petit dîner au bord de la piscine, où j’avais invité mes amis Osman, Phidippide qui, à cause de Monsieur Véto, sera peut-être bientôt mon avocat, et Tityre, qui s’est déjà trouvé un nouvel amant ‘‘attitré’’. (Mais comment fait-il donc ? Moi, il me semble avoir toujours été célibataire…) La soirée fut tellement arrosée que j’en ai oublié toute la fin. C’est Phidippide qui me l’a dit tout à l’heure, quand je suis passé chez lui pour lui rendre son maillot de bain et lui faire prendre des photos de mon dos, qui porte les traces de la chute que j’ai faite, peu de temps avant de sombrer dans le noir complet. Apparemment, j’aurais passé plusieurs heures dans ses bras, à me montrer très tendre avec lui, même si, m’a-t-il dit, je ne savais plus qui il était, à me laisser tripoter et rouler des pelles, et à tenir des propos complètement incohérents en réclamant la présence de Tityre, qui était reparti. J’ai tout oublié. A cause de moi, ce dernier, qui semblait s’intéresser beaucoup à Phidippide, et réciproquement, a dû rentrer sans lui, qui a préféré rester pour garder un œil sur moi en attendant que je recouvre un peu mes esprits : ce que j’ai fait en vomissant au pied d’un canapé, juste avant de me traîner jusqu’au lit le plus proche. La chienne Pélagie, que j’avais oublié de nourrir hier soir, a vraiment les façons d’une bête : elle a mangé ce matin tout ce que j’avais rendu cette nuit avant de me coucher. J’ai encore vomi toute la journée et j’arrivais à peine à me tenir debout, tant mes jambes tremblaient, ainsi que mes bras. Maintenant, je vais mieux. Tout cela, c’est à cause de l’eau un peu fraîche de la piscine. Pour me réchauffer, j’ai vidé cul sec trop de verres de vodka. Je suis resté si longtemps sans vivre que je tombe à présent dans l’excès inverse. Osman a pris quelques photos, où l’on me voit hélas fort peu vêtu, pour ne pas dire complètement nu, et sur lesquelles j’ai l’air d’être plein de vie. Je me demande s’il va les publier sur son Facebook.
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29/05/2009
Jeudi 28 mai 2009
Je me demande si le texte qui suit la photo prise par Dominique Autié que Juan Asensio a publiée sur son blogue s’y trouvait déjà hier. Sur la page principale, il n’y a que la photo, suivie d’un lien menant au texte proprement dit. Mais je ne me rappelle pas avoir remarqué ce lien, hier après-midi, ce qui d’ailleurs ne signifie pas qu’il ne s’y trouvait pas. Peut-être le texte n’a-t-il été ajouté que dans un second temps, après que Juan Asensio eut donc remarqué que pas un, sauf lui, évidemment, n’avait eu de pensée pour Dominique Autié : pas un des blogueurs que ce dernier avait liés sur son blogue. Mais c’est faux. Il y a des semaines que je pensais à l’anniversaire de sa mort, que je me demandais bien comment évoquer. Je ne l’ai fait qu’en une phrase, certes lapidaire, mais qu’on ne peut donc pas me reprocher de ne pas avoir écrite. (Il est vrai qu’à strictement parler, je ne l’ai écrite, cette phrase, que le lendemain de la date anniversaire de la mort de Dominique Autié, mes journées, décalées, se prolongeant généralement jusque vers trois ou quatre heures du matin : c’est la nuit que je me mets à ce journal, après avoir vécu, ou tenté de vivre, ce qui me prend peut-être plus de temps qu’il faudrait mais à quoi je réussis chaque jour un peu mieux.) Au contraire, ce que je commence à me reprocher, moi, c’est justement de l’avoir écrite, cette phrase, tant elle me paraît déplacée, ainsi tournée, seule et froide, précédant la suite de ma prose habituelle et bavarde. Je ne voulais pas laisser passer cette date anniversaire sans écrire au moins un mot l’évoquant. Mais c’est évidemment un texte entier que j’aurais dû publier. En réalité, ce texte, j’ai commencé à l’écrire depuis longtemps. Oui, mais voilà… Pour tout dire, j’avais commencé à l’écrire avant la mort de Dominique Autié : il devait être consacré à mon Tireur d’épine et j’avais espéré le faire publier sur son blogue, comme une suite à mes Tu puer aeternus et Hic est locus patriae. Puis Dominique Autié est mort. J’ai continué à penser à ce texte, dont la nature a alors un peu changé dans mon esprit pour devenir un hommage au disparu. Mais je ne sais pourquoi je ne suis toujours pas parvenu à écrire vraiment ce texte. Peut-être est-ce parce que je l’ai commencé avant la mort de Dominique Autié, et dans le but de le faire publier par lui, chez lui, ce qui ne sera plus possible. Je l’avais conçu dans la perspective d’un plaisir partagé avec lui, comme pour les deux textes précédents. Mais après sa mort, l’idée de ce texte, même devenu un hommage à Dominique Autié, doit avoir pour moi quelque chose de déplacé. L’écrire, car je n’ai pas renoncé à le faire, ce sera un peu comme de me rendre à une fête où j’aurais prévu d’aller avec un être cher qui serait finalement dans l’incapacité de venir : dans ces cas-là, on ne peut s’empêcher de se sentir coupable de s’y rendre quand même, seul. C’est aussi faute de temps, je ne vais pas le cacher, que je n’ai pas encore écrit ce texte, et ce fait-là est loin de m’honorer, car j’aurais sans doute pu, j’aurais dû prendre le temps qu’il y fallait. Mais ce n’est probablement pas un hasard si Dominique Autié est mort au moment où je me suis mis à vivre. (J’avais l’intention, hier, de ‘‘m’arrêter de vivre’’, je veux dire l’intention d’arrêter le cours de ma vie pour une journée, le temps de cet anniversaire, pour me consacrer uniquement au souvenir de Dominique Autié. Mais l’appel de la vie, auquel je prends goût, a été le plus fort et mon désir d’aller au concert avec Osman, le soir, était trop grand. J’ai tout de même pris le temps d’écouter encore une fois l’enregistrement de la Présentation à Gargas de l’Homme-aux-liens et l’Ave Maria de Caccini, ce chant insoutenable, dit Dominique Autié de sa voix souveraine, dans le finale de son Récitatif à voix alternée, comme il l’appelle, dont nous sommes toujours, quatre siècles plus tard, les débiteurs et pour lequel Caccini aurait, autant que Bruno, mérité le bûcher.) Ce que je veux dire, par cette absence de hasard, c’est que la mort de Dominique Autié, et même l’annonce de sa maladie, qui m’ont beaucoup plus affecté que j’aurais cru, sont l’une des deux circonstances qui m’ont décidé à faire en sorte de vivre davantage. (Chaque jour m’apprend un peu plus que vivre, c’est perdre son temps.) Evidemment, pour l’instant, vivre davantage, pour moi, cela revient à faire des choses que, parfois, la morale réprouve. Je suis souvent tenté d’évoquer Dominique Autié, dans les pages de ce journal. Je me demande comment il me jugerait (mal sans doute (mais peut-être pas pour les raisons que je crois ni que mes lecteurs imaginent)). C’est pourquoi, la plupart du temps, je m’interdis de citer son nom : pour ne pas, en quelque sorte, salir sa mémoire de mes diverses élucubrations (n’entrons pas dans les détails, pour une fois). Pour le dire autrement, je crois que Dominique Autié était un homme d’une grande rigueur morale, et je ne suis pas tout à faire sûr que ce soit aussi mon cas… Je me fais souvent la réflexion, peut-être d’ailleurs à tort, que ma vie aurait pris un tout autre cours, si Dominique Autié était toujours de ce monde. Parce que je n’aurais pas aimé, par exemple, qu’il me voie me comporter comme j’ai fait avec le grotesque Monsieur Véto, c’est-à-dire si mal, il me faut bien le reconnaître, même si ma victime l’avait bien cherché, je ne me serais probablement jamais mis dans la situation de me faire convoquer par la police pour m’expliquer sur les injures à caractère homophobe (un comble, quand on connaît mes penchants !) dont je me suis rendu coupable ou sur cette prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite. Plus que le Dominique Autié blogueur, éditeur, écrivain, c’est le Dominique Autié lecteur de mon propre blogue qui me manque : il avait pris dans mon estime la place d’un père que je n’aurais pas voulu décevoir. Ses yeux me manquent, et la voix souveraine de sa Présentation à Gargas de l’Homme-aux-liens, dont voici les derniers mots, avant que ne commence l’Ave Maria de Caccini : « Jusque dans la solitude des écrans de nos ordinateurs, c’est à ce chant, parce qu’il cesse de se confondre à la rumeur, au bruit de fond que fait l’homme sur la planète, serait-ce pour prier, c’est à ces mains, parce qu’elles sont déjà singulières, que chacun de nous peut délier pour lui-même les liens qui le lient. Nous, hommes liés de 2006, aux yeux de cristaux liquides, éclairons, ce soir, la grande paroi des mains, d’un brandon de ciel embrasé au-dessus du bûcher de Bruno. Debout, face aux mains singulières de l’homme souverain. Pour saluer, qui sait encore, bénir, le geste de Gargas, l’Homme-aux-liens, l’halluciné de l’écran muet, se relève, se décourbe. Dans la nuit redoublée du temps, l’étincelle de sa voix allume l’immense brasier du Verbe. »
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26/05/2009
Lundi 25 mai 2009
J’ai sans doute trop tardé à rendre compte de ma quatorzième séance chez Tirésias, qui a eu lieu mardi dernier. Ce sera demain la quinzième, déjà. Ce n’est pas la première fois que je tarde à consigner dans ce journal ce qui se dit lors de mes séances sur le divan. Au début, si je remettais toujours au lendemain ce petit devoir que je me suis fixé de tenir à jour la chronique de mon analyse, c’est parce qu’il m’était pénible de faire une seconde fois ces sortes d’aveux qui touchent souvent à des choses qui me sont très personnelles. Il est parfois plus difficile de soutenir le propre regard qu’on a sur soi que celui qu’y porte autrui. J’ai souvent le même déplaisir (mais il y a dans ce déplaisir un plaisir ambigu) à écrire ces rapports sur mon analyse qu’à scruter dans le miroir l’apparition de nouvelles rides sur mon visage, au coin de mes yeux, encore si imperceptibles que je ne sais jamais si elles viennent tout juste de s’ajouter aux autres ou si elles étaient là depuis longtemps déjà. Je ressens, avant de me mettre à cet ordinateur pour faire la relation de la dernière séance chez mon analyste, la même angoisse, mais le mot est sans doute trop fort, disons la même inquiétude qu’avant de vérifier que n’ont pas poussé pendant la nuit d’autres de ces taches qui m’étaient venues juste après avoir failli baiser avec Phédon, qui est noir, et qui m’avait littéralement donné la nausée (je n’en reviens pas moi-même d’être ainsi fait (ou contrefait) qu’il me faille écrire de telles choses sur mes relations avec des Noirs !). C’est aussi ce genre d’inquiétude que j’ai avant de me peser et que je sais, pour avoir trop bu ou trop mangé dans la semaine, que le cadran de la balance indiquera un kilo de trop. Un kilo, sur un total de cinquante-six, ce n’est presque rien, bien sûr, et la silhouette ne s’en trouve pas changée du tout. Pourtant, ce petit rien, ce seul kilo devient obsédant, tellement qu’à lui seul, il semble peser plus lourd que les cinquante-cinq autres ! On n’est pas loin de ne plus songer qu’à ce kilo, qui est le signe écrit, la preuve qu’on a changé, qu’on a grossi, et que le risque est donc là, kilos après kilos, de devenir obèse. L’indication d’un simple kilo en trop fait prendre conscience de quelque chose qu’on ne voyait pas ni ne ressentait. Il n’y a donc pas de raison, après cette prise de conscience, de le voir davantage, ce kilo supplémentaire qui ne change rien à la silhouette. Et pourtant, on ne peut plus s’empêcher de le garder à l’esprit, il devient une gêne, petite mais constante. Ce dont je suis censé prendre conscience grâce aux libres associations que je fais au cours de mon analyse a de semblables conséquences. Je découvre des choses qui étaient invisibles, auxquelles j’ai du mal à croire moi-même et que je ne parviens pas à ressentir, à éprouver (même si je dois bien admettre que c’est à cause d’elles, précisément, que mes sentiments sont tels qu’ils sont). La découverte de ces choses ne me semble donc changer absolument rien en moi. Pour reprendre l’image de la pesée, ma silhouette est inchangée : mon caractère, mes qualités, mes défauts, ma pente, ont l’air d’être rigoureusement les mêmes. Et pourtant, Cyrille, l’ami de ma sœur, et certains lecteurs de ce blogue me disent qu’à leurs yeux, j’ai déjà changé, en deux ou trois mois d’analyse seulement. Et de fait, j’ai moi-même constaté en moi une espèce de meilleure humeur générale, mais sans parvenir à lier résolument cette amélioration à mon analyse. Je l’y lie parce que j’ai commencé cette analyse précisément dans le but d’aller mieux, mais, à strictement parler, je n’arrive pas à faire le lien, justement. Je ne vois pas plus de rapport entre mon amélioration et mon analyse que, par exemple, entre les marées et la lune. L’influence de mon analyse sur mon humeur m’est aussi imperceptible que l’attraction de la lune sur les océans. Je sais qu’elles existent, mais il m’est impossible de les éprouver. C’est comme si la prise de conscience, qui me semble d’ailleurs souvent toute relative, avait pour conséquence des changements inconscients à leur tour ! Il se passe quelque chose qui échappe à mon contrôle, alors même que c’est pour garder ou reprendre le contrôle de ma vie que j’ai décidé de faire cette psychanalyse ! Les relations dans ce journal de mes séances chez Tirésias sont comme le kilo de trop qui s’affiche sur le cadran de la balance. Il y a une part de moi qui me dit qu’il serait bien plus simple de ne pas me peser. Sans pesée, je n’aurais pas connaissance de ce kilo supplémentaire, qui n’existe pas vraiment, puisqu’il ne change rien à la vision que j’ai de ma silhouette, mais qui est pourtant d’un poids infiniment supérieur aux cinquante-cinq autres kilos, puisqu’il est le signe inquiétant que je change sans le voir, sans l’éprouver, et presque sans le savoir, n’était l’indication de la balance. Savoir, ou avoir conscience, c’est ici bien différent d’avoir le sentiment, ou d’avoir l’impression, la sensation. La balance m’indique que je change malgré moi, ou plutôt, sans moi, en mon absence ! Sentiment fort désagréable qui m’a donc fait souvent, disais-je, remettre au dernier moment la rédaction du compte rendu des séances chez Tirésias. Mais depuis quelques semaines, il me semble qu’il y a une autre raison à ces ajournements. Lors des deux ou trois dernières séances, j’ai l’impression de n’avoir dit que des choses dépourvues du moindre intérêt, même pour moi ! C’est plutôt parce que je trouve désormais la relation de ces séances d’un grand ennui que je répugne tant à la faire ! Que j’en sois pour l’instant à trouver tout cela sans intérêt ne signifie pas que Tirésias ne parvienne pas à me faire dire, comme lors de cette quatorzième séance, des choses qui me sont très pénibles. Mais preuve qu’il ne se passe décidément rien de nouveau, en ce moment, dans cette analyse : ces choses si pénibles, cette fois, il ne me les a pas fait dire, à strictement parler, mais répéter. Je les lui avais déjà dites lors de la énième séance ! Mais, je m’en avise à présent : non, c’est lui, cette fois, qui a formulé les choses à ma place, plutôt que vraiment moi : je me suis contenté d’acquiescer, furieux d’avoir à revenir sur des choses que j’avais dites dès le début de cette analyse, précisément pour ne plus avoir à les dire. Tout cela (je n’en dirai pas plus) est pour moi tellement indicible qu’il y a des mots que je ne peux absolument pas prononcer, même pour dire des choses tout autres ! Je me demande d’ailleurs si je les avais vraiment prononcés devant Tirésias, ces mots, je ne sais plus lors de quelle séance, l’une des premières, comme j’ai dit. Sans doute m’étais-je perdu dans d’interminables circonvolutions et c’est plus vraisemblablement Tirésias qui avait reformulé tout cela en une phrase, probablement assez courte, d’ailleurs. Ce sentiment que j’ai de m’ennuyer lors de ces dernières séances est peut-être la conséquence d’un sursaut du refoulement. J’imagine que c’est pour combattre ce refoulement que Tirésias m’a forcé à revenir sur des choses dont je ne veux pas parler. J’avais d’ailleurs prévu, pour cette séance, de parler de tout autre chose, de choses sans grand intérêt, donc. Voici ce que j’ai eu le temps de dire d’inintéressant, tout de même, avant que la séance n’échappe complètement à mon contrôle : Sophronie, une amie du lycée, a retrouvé ma trace, grâce à un site d’anciens élèves, sur Internet. Elle m’a dit, dans son courriel, qu’elle avait voulu reprendre contact avec moi après avoir retrouvé dans sa chambre de jeune fille les nombreuses lettres que je lui avais écrites. Il y a des pans entiers de ma vie que j’ai totalement oubliés. Je ne me souvenais plus du toute de cette correspondance. Ce n’est pas seulement le contenu de cette correspondance, que j’avais oublié, mais l’existence même d’une correspondance échangée avec elle. Depuis cette quatorzième séance, j’ai revu Sophronie, qui m’a prêté ces lettres, que je n’ai d’ailleurs pas encore pris le temps de lire (encore un ajournement qui, probablement, n’est pas sans rapport avec le refoulement), mais dont j’ai bien reconnu le papier ! La meilleure amie de Sophronie n’est autre qu’Hermione, l’une de mes petites amoureuses de l’école primaire, celle qui, sans doute, succéda immédiatement à « Florence, ma seconde ». Je me rappelais que nous avions été camarades de classe, Hermione et moi, mais j’avais complètement oublié que nous avions également pris des cours de piano ensemble. Sophronie m’a dit qu’Hermione se souvenait de moi comme d’un enfant qui inventait des contes de fées à faire pâlir de jalousie les Perrault et autres Andersen ! Lorsque j’étais en terminale, un certain Cléocrite, qui avait la passion du théâtre, était tombé amoureux de moi. Il m’avait écrit une lettre, lui aussi, dans laquelle il me déclarait sa flamme, mais comme il ne connaissait pas mon adresse, il avait demandé à la conseillère principale d’éducation de me la transmettre ! J’ai perdu cette lettre, comme d’ailleurs celles de Sophronie. Le pauvre Cléocrite ne pouvait pas tenter de m’aborder à plus mauvais moment ! L’année de terminale fut pour moi l’une des pires de ma vie, durant laquelle ma phobie sociale a atteint l’un de ses paroxysmes. Je n’ai donc jamais répondu à Cléocrite, mais ai beaucoup souffert d’avoir à passer tous les jours, pour me rendre aux cours de philosophie, non seulement devant lui, mais encore devant tous ses camarades de classes, à qui il ne faisait pas mystère de son homosexualité ni des vues qu’il avait sur moi. Je ne pouvais m’empêcher de penser que tout ce petit monde me dévisageait pendant toute ma traversée du couloir, fort long, qu’il me fallait emprunter pour me rendre en classe de philosophie qui, bien sûr, se trouvait tout au bout. Ce n’est pas parce que j’avais honte d’être homosexuel, comme me l’a demandé Tirésias, que j’avais peur d’aborder Cléocrite ou de me laisser aborder par lui (pas consciemment du moins ; quant à savoir ce qui se passait alors dans mon inconscient ! Mystère !) ; c’est parce que je ne supportais pas d’être regardé et que, bien sûr, un abordage n’aurait pas manqué de jeter sur moi tous les yeux, ne serait-ce que ceux des camarades de Cléocrite, dont il me semblait déjà surprendre constamment des regards réprobateurs (à eux inspirés, selon mon délire du moment, soit par ma pédérastie manifeste (car je n’étais pas bien viril à l’époque, ce qui suffit généralement à faire un pédé, au moins de réputation), soit par mon indifférence, qui causait beaucoup de peine au garçon qui s’était épris de moi, et qui était fort aimé dans sa classe). C’était déjà bien assez pénible, pour moi, de devoir subir les regards implorants de Cléocrite, qui semblait vouloir me dire en pensée : « Regarde-moi, Olivier ! Je suis le garçon qui t’a écrit cette lettre d’amour ! Tu me dois bien donner cet amour en retour, puisque tu es manifestement pédé, toi aussi ! ». Et la pensée m’était insupportable de la vraisemblable nouveauté des regards qu’en cas d’abordage, tous les autres auraient portés sur moi et que j’imaginais devoir se dire : « Ah ! Quand même ! Il se décide enfin à répondre à notre Cléocrite, ce petit pédé qui regarde tout le monde de haut ! » Car à cette époque, je n’avais pas le courage ni la force de regarder les gens dans les yeux : aussi les regardais-je généralement au-dessus de la tête, s’ils venaient me parler, faiblesse qu’on prenait généralement pour de la superbe, ce qui, d’ailleurs n’a jamais vraiment changé depuis lors ! J’étais complètement aliéné ! J’étais l’esclave du regard insensé que je portais sur les regards qu’il arrivait inévitablement qu’on portât sur moi ! Je vivais un cauchemar éveillé. J’étais en enfer et, donc, assez peu disposé à l’amour. C’est pourtant sans doute ce qui aurait pu me sauver. Quand je repense à Cléocrite, je ne puis m’empêcher de croire que tout aurait été différent, si je l’avais laissé entrer dans ma vie et m’aimer. J’aurais trouvé en lui un soutien dans cette épreuve qu’étaient pour moi tous ces regards insoutenables, ces averses d’yeux dont je me sentais littéralement lapidé ; car, paradoxalement, c’est d’un regard qu’on a besoin, dans ces sortes de phobies, pour se protéger des regards. Grâce à l’aide de Cléocrite, j’aurais sans doute abordé différemment la vie ; j’aurais probablement vécu autrement : j’aurais vécu, tout simplement, ce qui, pour l’instant, n’a jamais été vraiment le cas. Parfois je cherche la trace de Cléocrite en tapant son nom dans Google. C’est ainsi que j’ai appris qu’il était devenu comédien et metteur en scène. Sans doute est-il heureux, ce qui, peut-être, n’aurait pas été possible, s’il était tombé dans ma vie. C’est quand j’ai dit que l’année de terminale avait été pour moi l’une des pires de ma vie que Tirésias a pris le contrôle de la séance pour me faire parler de ce que je ne peux pas dire. « Pourquoi ? », m’a-t-il demandé, et de fil en aiguille… J’avais tout de même eu le temps de lui dire qu’il m’était également resté de cette terrible époque de paralysie un grand respect, une grande crainte de l’autorité. Quand j’étais enfant, ma mère, cette usurpatrice de l’autorité de mon père, me façonnait de ses paroles de femme, comme le Verbe qu’il y avait au commencement, comme Dieu créant le monde en le disant. Il avait fallu, par exemple, lorsque j’avais une dizaine d’années et qu’elle venait de me faire changer de coiffure, qu’elle me dise qu’elle préférait que les cheveux sur mes tempes tiennent derrière mes oreilles, pour que je fusse pris d’une espèce de TOC, qui me faisait passer constamment mes mains dans les cheveux, pour les passer derrière les oreilles, comme le voulait ma mère. C’est probablement à cause de ce geste éminemment viril que les autres enfants de l’école se sont mis à me traiter de tapette ! Merci maman ! Tirésias m’a dit que j’étais donc, encore aujourd’hui, complètement à la merci de la volonté d’autrui, comme, par exemple, lors de mon récent enlèvement des Sabines pendant Phédon ! Il m’a dit la même chose qu’Ascylte à propos de Camille : « Vous ne savez pas dire non ! ». Cette vérité surprendra mes lecteurs qui, à force de lire ce journal, où je suis le seul maître, doivent me prêter beaucoup de volonté. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, lorsque je recherchais des plans et que je tombais sur quelqu’un qui n’était pas à mon goût, que je trouvais trop vieux, trop gros, trop sale, que sais-je encore, je n’osais pas le renvoyer ou m’en aller sans avoir baisé avec lui : j’avais peur de me comporter mal en coupant court, de ne pas faire ce qu’il fallait ! En réalité, j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Par exemple, lorsque j’étais encore étudiant à Bordeaux, j’ai baisé une fois avec un garçon qui était beau, mais qui vivait manifestement dans la rue et puait comme clochard. J’avais l’estomac tellement retourné que j’ai failli lui vomir dessus. Et je m’étouffais à moitié, parce que l’odeur de ses pieds était tellement épouvantable que je devais m’interdire de respirer par le nez pendant que je lui suçais la queue ! J’aurais pu lui demander d’aller se doucher, m’objectera-t-on… Mais non ! Je ne le pouvais pas, parce que ç’aurait été manquer de savoir vivre ! J’ai écrit que j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Il serait plus juste de dire qu’il y a des volontés auxquelles je me soumets entièrement. Car c’est sans doute à l’époque où je me forçais à baiser avec ce puant SDF que je faisais, de la Poupotte, ou la Glotte, comme je l’avais appelée, ma tête de Turc, tout à fait volontairement, et précisément parce que je la trouvais malodorante et sale. C’est elle, l’héroïne du « grossier méchant conte » que j’avais imaginé pour l’anniversaire de mon amie Laurence. J’inventais souvent des phrases dont la Poupotte était le sujet et qui faisaient beaucoup rire Myriam et Laurence, qui en inventaient d’ailleurs elles aussi : « Glotte en bas-résilles : rôti prêt à cuir ! », « Savez-vous pourquoi Glotte à les yeux qui brillent ? Parce qu’elle est si grosse que son godemiché, c’est le Phare des Baleines ! », « Quand la Glotte a ses règles, ce n’est pas des tampons qu’il lui faut acheter, mais des rouleaux de Sopalin ! ». Car je disais les noms des marques, dans mes beaux discours d’alors. C’est dire si j’étais tombé bas. Finalement, l’ordurière inspiration qui me faisait m’en prendre à la Glotte n’était pas bien différente de celle qui m’a fait imaginer les injures adressées à Monsieur Véto. Peut-être cette veine-là de mon inspiration est-elle un symptôme, elle aussi. Sans doute d’ailleurs ne faut-il pas être un bien fin psychologue pour comprendre que, probablement, la facilité avec laquelle j’injurie les Glotte et les Messieurs Véto et celle avec laquelle je subis l’injure de certains hommes sont les deux extrémités d’un même nœud que je suis apparemment encore bien loin d’avoir défait.
04:40 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cléocrite, Cyrille, Florence P***, Hermione, Journal, La Glotte, Laurence, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Myriam, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19/05/2009
Lundi 18 mai 2009
J’apprends à l’instant que Guillaume Cingal est accusé de violences contre un policier. Je n’ai rencontré cet homme qu’une fois, en avril 2007, chez Jean-Paul Marcheschi, et c’est à peine si je lui ai parlé, mais je ne crois pas beaucoup m’avancer en disant que Guillaume Cingal ne peut être soupçonné de la moindre violence. Le texte de la pétition de soutien à Cingal, que j’invite mes lecteurs à signer eux aussi, relate dans quelles circonstances ce pacifique universitaire s’est retrouvé accusé de violences dont il est manifestement innocent. Voilà qui me fait relativiser, comme on dit, mes propres démêlés avec la justice ! Et puis moi, au moins, je suis coupable ! Enfin : coupable des injures proférées à l’encontre de Monsieur Véto, et non pas de l’apologie qu’on prétend que j’aurais faite de la prostitution. Ce sera demain mon quatorzième rendez-vous chez Tirésias. Mais je n’avais pas encore parlé de la treizième séance (jeudi dernier) dans ce journal. Contrairement à mon habitude, je n’avais pas beaucoup ‘‘préparé’’ cette séance pendant la semaine qui la précédait. Je n’ai pas été aussi ‘‘ouvert’’, pour parler comme Tirésias, aux associations que j’aurais pu faire autrement. « Ce n’est pas grave, m’a répondu le psychanalyste, vous allez faire maintenant, devant moi, ces associations. » Le personnage d’Effy dans la série télévisée intitulée Skins, que je regarde sur Internet, en streaming. Sa grande beauté, que je trouve envoûtante, et à laquelle je suis particulièrement sensible. Ce personnage me fait penser à ma sœur Laura, très soucieuse de son apparence, elle aussi. Peut-être même est-elle un peu superficielle, mais je me rends compte que je ne la connais pas assez pour pouvoir en juger. Leur maquillage. (Je crois que Laura aime aussi cette série télévisée. Sur MSN, à côté de son pseudo, il y a écrit : Skins.) Peut-être m’a-t-il manqué de vivre près d’elle. J’ai longtemps trouvé Julie, mon autre sœur, très belle, elle aussi. Mais moins depuis quelque temps. Je trouve qu’elle devient vulgaire. Je n’aime pas ses manières ni son rire. Je ne sais si c’est lié au fait qu’elle soit avec Cyrille, qui me fait plutôt mauvaise impression. Julie ressemble de plus en plus à mon père. Je regrette d’avoir dit si ouvertement à ma sœur la mauvaise opinion que j’avais de Cyrille. Lors d’une conversation un peu tendue entre elle, ma mère et moi, blessée, elle m’en a fait le tacite reproche ; tacite, parce que Cyrille assistait à la conversation. C’est à cause de la tension qu’il y avait à ce moment-là qu’elle s’est laissée aller à faire à demi-mot cet aveu. Autrement, si elle avait gardé son sang froid, elle n’aurait rien dit et l’aurait gardé pour elle. Ça m’est particulièrement déplaisant, parce que, d’habitude, c’est à ma mère, à qui je ressemble décidément beaucoup, qu’on cache les choses, pour ne pas avoir à subir son silence et son regard réprobateurs et méprisants. Tirésias m’a demandé si j’aimais mes sœurs. Je lui ai répondu que je n’étais pas quelqu’un de très aimant. Mon attachement à elles est d’un autre ordre. Avec Julie, qui a grandi près de moi, c’est le sentiment de possession, mon espèce de droit d’aînesse, qui me tient lieu d’amour. Avec Laura, c’est la fierté que m’inspire sa beauté. Je regrette qu’elle n’ait pas grandi elle aussi près de moi : ç’aurait flatté mon amour propre. J’aurais pu dire au monde : « Voyez le beau patrimoine génétique que nous avons en commun, elle et moi ! » J’avais couché, deux jours avant cette séance, avec un garçon qui se trouve être le fils de voisins de ma mère. Il m’a dit qu’à l’époque où nous étions adolescents, lorsqu’il vivait chez ses parents et ma sœur et moi chez notre mère, il rêvait de coucher avec Julie, mais aussi avec moi. (Inceste ?) Il m’est désagréable que les garçons avec lesquels je couche se connaissent tous. Sentiment d’enfermement. Où que j’aille, je retombe toujours au même endroit. Il n’y a qu’un même et unique réseau de personnes, surtout dans le milieu homosexuel, et tout particulièrement dans une petite ville comme Mont-de-Marsan. Tout se sait. Le garçon qui est le fils de voisin de ma mère connaît Phédon, par exemple, ce Noir avec qui j’ai couché il y a une quinzaine de jours, et avec qui il avait lui-même couché, un mois plus tôt. Quant à Damis, que je suis retourné voir l’autre nuit dans sa boulangerie, il connaît l’ami de ma sœur, avec qui il avait sympathisé du temps que celui-ci était serveur dans le bar de cet homosexuel qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir le bruit que j’allais faire la pute à Toulouse, ce qui est entièrement faux. Je pourrais multiplier les exemples. (Damis et moi sommes tombés d’accord sur le fait que nous ne nous étions pas connus au bon moment. J’aurais dû le rencontrer deux ans plus tôt, quand il était encore mince ; et lui aurait dû faire ma connaissance dans dix ans : quand j’aurai terminé mon analyse ! Alors nous aurions pu nous aimer. Ça s’est joué à peu de choses, finalement : douze années seulement !) « Pourquoi le fait que tout le monde connaisse tout le monde vous dérange-t-il tant ? », m’a demandé Tirésias. Je ne suis pas sûr de le savoir même. Je n’aime pas ce que cette réalité implique, c’est-à-dire que tout se sache, que tout soit répété, qu’il ne soit pas possible de voir ses secrets gardés. « C’est encore le regard des autres, ce regard qui vous est toujours si pénible et qui vous angoisse tant. – Non, ce n’est pas de l’angoisse, que j’éprouve ici, ce n’est pas la peur d’être regardé comme je peux la ressentir dans la rue, dans les bars, dans les discothèques. C’est plutôt de la déception. Je trouve décevant que tous ces gens trahissent si naturellement tant de secrets. Mais si je dois être honnête, il me faut bien reconnaître que je suis affligé du même vice : moi non plus je ne garde pas les secrets, qu’on dirait n’avoir été inventés que pour être trahis. » Puis je suis revenu sur le mensonge que j’avais fait plus tôt au sujet du bruit qu’avait fait courir ce patron de bar sur le fait que j’irais me prostituer à Toulouse. « En fait, je ne vous ai pas tout dit, ai-je avoué à Tirésias. – Vraiment ? Dites-moi donc ce que vous ne m’avez pas dit. – Je vous ai déjà expliqué que je ne pouvais pas vraiment avoir de relations avec des hommes de mon âge. C’est presque toujours avec des garçons plus jeunes que je couche, ou avec des hommes plus âgés que moi. Mais avec ces hommes plus âgés, souvent, mais non pas toujours, je me prostitue. Bien sûr, c’est d’abord par nécessité que je le fais, occasionnellement, pour arrondir les fins de mois. Mais je me demande aussi si je ne le fais pas pour avoir un prix : pour me donner du prix. – Bien ! Très bien ! Nous allons nous arrêter sur cette phrase : ‘‘Avoir du prix’’, ‘‘AVOIR DU PRIX’’, c’est intéressant. C’est bien, que vous arriviez à me dire de telles choses : vous vous prostituez pour avoir du prix… » J’étais sûr que Tirésias apprécierait cette phrase, évidemment formulée en ces termes pour la lui faire relever comme particulièrement signifiante. C’est presque toujours sur ce genre de phrases, que j’ai généralement préparées à l’avance, qu’il clôt la séance. Plus tôt, il m’a fait cette remarque, au sujet de l’amour que j’ai ou n’ai pas vraiment pour mes sœurs : « Vous dites que vous ne savez pas aimer, c’est donc que vous savez ce que c’est qu’aimer, ce que c’est que l’amour, puisque vous êtes conscient d’en être incapable. »
02:33 Publié dans 2009, Cyrille, Damis, Jean-Paul Marcheschi, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Phédon, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume cingal
18/05/2009
Dimanche 17 mai 2009
Je crois que c’était aujourd’hui ‘‘la journée contre l’homophobie’’, ou quelque chose comme cela. Je me sens évidemment très concerné par ce douloureux problème, surtout depuis que j’ai appris que j’étais moi-même homophobe ! Les policiers qui m’ont entendu au début du mois m’ont en effet prévenu que je pourrais être inquiété non seulement pour les injures que j’avais adressées à Monsieur Véto, mais aussi pour leur caractère discriminatoire, si j’ai bien compris ce qu’on m’a dit, et pour l’incitation à la haine des homosexuels qu’elles constituaient… Bref, mes injures avaient un caractère indubitablement homophobe, ce que je n’envisage certes pas de nier, puisque je les avais tournées de la sorte précisément dans le but de blesser davantage ma victime, dont je connaissais l’orientation sexuelle. Si Monsieur Véto avait été noir ou arabe, mes injures auraient probablement été cette fois ‘‘à caractère raciste’’, et j’aurais alors été bon pour le bagne ou pour la bascule ! Je l’ai finalement échappé belle et il me faut reconnaître que je suis tout de même bien chanceux dans mon malheur. Ce sont mes injures qui étaient homophobes et non pas moi ! Mais même si je l’avais été, Dieu merci, ce n’était aujourd’hui que la journée contre l’homophobie et non pas contre les homophobes : quand on est dans ma délicate situation, on apprécie ces sortes de nuances… De toute façon, l’un des deux policiers m’a dit lui-même, pour me rassurer, qu’il était peu vraisemblable, en admettant que le procureur de la république décide de me poursuivre (ce qui, en soi, est déjà très improbable), qu’il m’accuse également d’homophobie, en raison de ma propre homosexualité, qui, selon la logique du bel inspecteur (car il était beau), empêcherait que je sois homophobe, suivant ce même principe qui empêche les étrangers d’être xénophobes, les noirs ou les arabes d’être racistes, les femmes de harceler ou de battre les maris, et les pauvres d’être cupides ou bling-bling, puisqu’ils sont pauvres (ce qui est d’ailleurs absurde : il suffit en effet d’ouvrir les yeux pour voir qu’il y a des pauvres qui sont bling-bling. Qu’on songe par exemple à ces jeunes des quartiers dits défavorisés, qui passent pour pauvres et arborent néanmoins de vraies ou fausses casquettes Vuitton sur la tête et des polos, des baskets ou des lunettes de soleil appartenant aux marques les plus chères. Il y a rarement plus m’as-tu-vu que les pauvres congénitaux, dont le mauvais goût tape-à-l’œil n’a souvent d’égal que celui de ceux qu’on appelait autrefois les nouveaux riches, et qu’on croirait être aujourd’hui tous les ‘‘riches’’ : les parvenus mais aussi les rejetons des plus anciennes familles. « Un homosexuel traitant un autre homosexuel de sale pédé, m’expliqua mon policier, c’est un peu comme si moi, je traitais quelqu’un de sale con ! » Je n’ai pu m’empêcher de rire de bon cœur à l’humour involontaire de ce charmant inspecteur, qui disait donc, sans vraiment s’en rendre compte, soit qu’il était un con, soit, pire encore, que c’étaient tous les policiers qui étaient des cons ! Mais j’exagère : il a tout de même dû se rendre compte de la bêtise de sa remarque, parce qu’il s’est ensuite repris : « Enfin, a-t-il dit alors, c’est plutôt comme si je traitais quelqu’un de sale hétérosexuel ! » Il était donc hétérosexuel… Mon homosexualité, comme on dit, qui semblait m’innocenter au moins d’un crime, ne faisait donc aucun doute. Puisque je ne me cachais pas de me prostituer, c’était donc que j’étais un pédé. Mais cette rapide conclusion était tout de même un peu vexante. Pourquoi ne pensait-on pas que je me prostituais avec des femmes ? Il est vrai que mon journal, dans lequel étaient publiées les injures à cause desquelles j’ai été convoqué au commissariat, ne laisse pas vraiment de doute quant au sexe de ma clientèle ! Cela dit, peut-être devrais-je songer à vendre mes charmes à ces dames. Je m’avise que ce serait sans doute bien plus commode. Rien ne me rend la bandaison plus difficile que la fâcheuse rencontre de certaines matières qui se trouvent parfois dans les fondements ! Or, ces matières, on ne les trouve pas dans les sexes des femmes. Un garçon, avec qui il m’arrive de chatter et qui lit parfois ce blogue, me demandait l’autre jour comment j’arrivais à bander quand je couchais avec des hommes pour qui je n’ai le plus souvent aucune attirance. Eh bien ! Je n’y arrive pas toujours, justement ! On pourrait penser que de telles déconvenues sont des plus fâcheuses, dans l’exercice d’un pareil métier. Sans doute l’est-ce d’ailleurs parfois, je ne sais, ne pratiquant pour ma part ce métier qu’occasionnellement, et en amateur, si je puis dire, car je ne suis pas bien certain de l’aimer vraiment, sans pour autant pourvoir dire que je le déteste ! Mais il n’en est rien : aussi surprenant que cela paraisse, ces déconvenues me servent. Elles m’humanisent aux yeux de mes ‘‘clients’’ qui, pour la plupart, ne cherchent pas tant à combler d’une queue qu’ils achètent pour une instant leurs pauvres culs désertés qu’un vide d’une tout autre nature et qu’emplissent momentanément ma compagnie, ma présence, mon contact, mon oreille, ma voix, mon regard. Ce sont bien plus souvent mes autres plans, ceux de ma vie de pédé célibataire lambda, qui ne voient en moi qu’une queue qui ne doit pas mollir un instant ! C’était par exemple le cas du petit Phédon, que j’ai croisé hier soir, en ville, après le concert à l’église de la Madeleine. Je lui ai proposé de m’accompagner dans tel bar, où j’allais vider quelques verres avec mon ami Tityre. Mais Phédon m’a seulement souhaité une bonne soirée : sans doute ne m’a-t-il pas pardonné de ne pas l’avoir enculé l’autre soir. Il me semble souvent que les relations que j’ai avec les gens qui me paient sont plus simple, plus saines et, paradoxalement, plus humaines qu’autrement. Cela dit sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, bien sûr. C’est plutôt l’amour bénévole que je veux dénigrer en faisant une telle comparaison : je ne vois pas une once de bienveillance dans les rapports que la pratique d’un tel amour implique. Je me sens plus respecté par les malheureux qui me paient que par les garçons qui m’abusent, en me faisant croire que je leur plais, pour parvenir à leurs fins, qui sont de se servir de moi comme d’un vulgaire godemiché. De même, lorsque j’écrivais, le 3 janvier de cette année, que je ne voyais pas de différence fondamentale entre le fait de faire entrer des déclinaisons dans la tête d’un enfant, une bite dans le cul d’un homme ou un doigt dans celui d’un prostatique ou d’un chien, ce n’était évidemment pas l’apologie de la prostitution que je voulais faire, comme on pourrait donc m’en accuser, aux dires de la police ! (« C’est du pareil au même, avais-je ajouté. A force de pratique, j’ai pu constater que c’était aussi de la merde qu’il y avait dans la tête de mes élèves. ») Mon intention était seulement (je le dis dès à présent, puisque je pourrais être amené à m’expliquer sur ce fait) de dénigrer le métier de professeur particulier de français ou de latin, qu’il m’est arrivé de pratiquer également à l’occasion. Je ne voulais évidemment pas dire qu’il valait mieux se prostituer qu’enseigner le latin à nos chères têtes blondes, mais qu’enseigner quoi que ce soit à ces têtes le plus souvent entièrement satisfaites de leur vide abyssal était encore pire, encore plus éprouvant, encore plus dégradant que de se prostituer ! C’est pourquoi il me semble que l’accusation qui pourrait m’être faite d’avoir fait l’apologie de la prostitution ne me semble pas tenir debout. Ce dont on pourrait m’accuser, à l’extrême limite, c’est d’être injurieux envers les professeurs et d’avoir tenu des propos diffamatoires ou même discriminatoires à leur encontre ! Je m’empresse donc d’ajouter ici que j’ai le plus grand respect pour leur noble corporation, qui fait tant pour la civilisation dans les colonies de ‘‘défavorisés’’ qu’on trouve autour de nos villes. (Ce me semble tout de même avoir plus de sens de parler de colonies plutôt que de ‘‘cités’’, comme on dit abusivement à la télévision. Il ne devrait d’ailleurs y avoir en France qu’une cité, c’est à savoir la République, avec laquelle sont très loin d’être compatibles ces zones de non-droit, ou de droit parallèle, sans doute islamique, ces émirats, on ne sait comment dire, bref, ces colonies, c’est encore le mot le plus approprié, qu’on appelle absurdement les ‘‘cités’’, alors qu’il leur manque justement tout ce qui fait une cité digne de ce nom.) Sans l’œuvre civilisatrice de ces admirables professeurs exerçant courageusement leur quasi sacerdoce, souvent au péril de leur vie (comme on l’apprend parfois dans les journaux télévisés, comme encore tout récemment), non seulement dans les colonies que je viens de dire et qui se trouvent dans la périphérie de nos villes, mais aussi dans ces autres colonies que, par mimétisme, par contagion, je ne sais trop pour quelle raison, par malheur, tout simplement, semblent être devenues les écoles partout en France, l’Ecole avec une majuscule, parce qu’elle est le lieu de cette race barbare entre toutes : celle de la jeunesse française du XXIe siècle ; sans l’œuvre civilisatrice de ces saints missionnaires, disais-je, les ‘‘faits divers’’ qui ne semblent se produire à l’école qu’une petite dizaine de fois par ans seraient tellement plus nombreux qu’on parlerait sans doute de phénomènes de société ; sans eux, ce n’est pas d’un gang des barbares qu’on entendrait parler, mais de centaines de gangs des barbares ; ce n’est pas un Ilan Halimi qui serait assassiné, mais des milliers de juifs. Heureusement qu’ils sont là, ces professeurs, terrorisés par les bêtes sauvages qu’ils ont pour élèves mais surmontant leur terreur, heureusement qu’ils sont là pour caresser dans le sens du poil ces animaux qui ont curieusement besoin de caresses, pour flatter cette barbarie qui, malgré sa violence, malgré sa bêtise, veut être respectée et qui, même, veut être respectée pour sa violence et sa bêtise ! S’ils n’étaient pas là, ces sages gardiens d’un beau songe, pour continuer de jouer la comédie de l’école républicaine, alors on verrait bien que la France n’est déjà plus la France, puisque son école, son origine, sa racine, son avenir, sont aux mains des barbares. C’est probablement parce qu’on croit encore majoritairement à cette illusion pieusement et mensongèrement entretenue que la France existe toujours : elle n’existe que parce qu’on s’y croit. Et c’est grâce à la corporation des professeurs et à quelques autres, comme celle des journalistes, celle des politiques, celle des travailleurs sociaux, celle des juges pour enfants, qu’on peut continuer de croire qu’il y a toujours la paix civile en France et l’état de droit, malgré les coups de poignards dans les collèges, malgré les zones de non-droit dans les colonies périphériques, dans les universités bloquées, dans les usines aux patrons séquestrés. S’il n’y avait pas tous ces illusionnistes pour nous aveugler, nous nous apercevrions que la France est sur le point de devenir l’Espagne des années trente, cette Espagne où, contrairement à ce que prétendent d’ailleurs ces mêmes illusionnistes, la république n’existait plus dès avant le coup d’état des militaires. Non, je ne voulais pas plus faire l’apologie de la prostitution que je n’avais l’intention d’injurier les professeurs, en écrivant la phrase qui pourrait donc me valoir des ennuis avec la justice, si tant est qu’il y ait un procureur assez désœuvré pour s’en prendre à moi, qui ne suis au fond que la victime de ma victime, comme je l’ai déjà dit l’autre jour, plutôt qu’à de vrais coupables. Tout ce que je voulais dire, c’était tout bêtement ma détestation des enfants, des adolescents, de la jeunesse, de cette barbarie haineuse et souriante, qui voudrait qu’on se laisse assassiner dans la joie et la bonne humeur. Mon Dieu ! Avec la police qui veille, je ne sais plus trop si j’ai le droit de dire ma détestation des enfants… Qu’on me comprenne bien : j’aime évidemment les enfants, tendrement, passionnément, enfin, de la façon qui est prescrite par les censeurs de nos mœurs ! Mais a-t-on le droit de les aimer, au fait, ces enfants ? Je ne voudrais pas qu’on m’accuse aussi de faire l’apologie de la pédophilie ! Il ne manquerait plus que ça ! Le mieux est encore de ne rien dire. En ne disant rien, en restant sur son quant-à-soi, on ne risque pas d’être inquiété, en principe. Au début, du moins. Je me tairai donc pour ce soir.
04:04 Publié dans 2009, Journal, Monsieur Véto, Phédon, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/05/2009
Jeudi 14 mai 2009
Monsieur Véto a donc répondu à la lettre électronique dans laquelle je lui demandais de retirer sa plainte contre moi. Il m’a rappelé que j’avais mis en ligne sur mon blogue un texte nominatif extrêmement violent à son égard (c’est hélas entièrement vrai), et accessible à tous sur un simple clic (d’ailleurs, je constate qu’en lançant dans Google une recherche sur Monsieur Véto, des liens mènent toujours aux pages où je le nommais et l’injuriais, même si j’ai effacé son nom de mon blogue depuis une bonne quinzaine de jours, maintenant) ; il a ajouté qu’il m’avait demandé de retirer ce nom et que je n’en avais rien fait ; qu’il n’avait donc pas pu faire autrement que de porter plainte contre moi. « Le Web, concluait-il triomphalement, n’est pas une zone de non-droit. » J’ai mis en doute, vendredi 1er mai, la bonne foi de Monsieur Véto qui, pensais-je, m’avait tendu un piège dans lequel j’étais lamentablement tombé. Je ne croyais pas, je ne crois toujours pas, d’ailleurs, qu’il ait eu sincèrement le désir de me voir retirer de mon blogue son nom ni les injures que je lui avais adressées. Tant que ces preuves de ma culpabilité se trouvaient dans mon journal, Monsieur Véto avait en effet une bonne raison de porter plainte contre moi (puisque, je le répète, il est entièrement dans son bon droit), c’est-à-dire de me nuire. Cela dit, même si je ne crois pas en la sincérité de Monsieur Véto, je dois à la vérité de dire ce qu’il m’a lui-même rappelé, dans une autre lettre électronique, c’est à savoir que, contrairement à ce que j’avais dit dans ce journal, il m’avait envoyé un courriel, le 4 janvier 2009, dont voici la texte : « Cher Olivier, je vous demande de retirer toute référence à ma personne de votre blog. Cordialement, Monsieur Véto. » Il s’était mis à me voussoyer pour cette grave occasion, dans laquelle, néanmoins, je restais son ‘‘cher Olivier’’, qu’il saluait d’ailleurs cordialement ! N’est-ce pas délicieux ? C’est donc le 4 janvier qu’il m’avait envoyé cette lettre, c’est-à-dire, si ma mémoire est bonne, avant que je ne bloque son adresse électronique, pour ne plus avoir à subir l’irritante démangeaison de ce pou du pubis. Je n’ai aucun souvenir de ce courriel, dont je ne mets cependant pas en doute la réalité. Seulement, je ne me rappelle qu’à présent que l’exaspération m’avait fait effacer sans les lire certains des messages de Monsieur Véto. C’était d’ailleurs précisément pour ne plus les recevoir que j’avais bloqué aussitôt après son adresse électronique. Tout cela ne m’excuse en rien, puisque je suis responsable de ce qui est publié dans mon blogue. Mais ce courriel que j’avais donc bien reçu, sans pour autant le lire, montre, je le crains, à quel point je suis décidément indéfendable ! Même ma petite théorie de la mauvaise foi de Monsieur Véto, à laquelle je crois toujours autant et qui aurait pu être à mon bénéfice une circonstance atténuante, ne tient pas vraiment. Quelle admirable vérité que ce Web qui n’est pas une zone de non-droit ! Elle est de ces vérités qui font comme donner corps aux imbéciles, à la fois leur tenant lieu de profondeur (proprement abyssale) et d’indépendance d’esprit (quelle nouveauté, en effet, que cette idée si originale, si audacieuse, si courageuse, même, que le Web n’est pas etc.) ! Non, le Web n’est pas une zone de non-droit. C’est en vertu de telles lois que les Messieurs Véto peuvent sévir en toute impunité sur Internet : ils mettent tout leur art à pousser leurs ennemis dans les derniers retranchements de l’infraction, pour pouvoir ensuite les menacer de recourir à la justice, quand ils ne le font pas tout bonnement, sans crainte du ridicule. C’est ainsi qu’a procédé Monsieur Véto, qui a tout fait pour se faire injurier (ce qui, je le redis, ne m’excuse en rien, certes, mais peut tout de même expliquer la violence de ma réaction), pour affecter ensuite d’être tout étonné de l’avoir été ! Encore une fois : c’était un piège ; je suis tombé dedans. Après tout, c’est la pure vérité, et c’est une bonne chose pour la paix civile (cela dit sans aucune ironie) : le Web n’est pas ni ne doit être une zone de non-droit. Quant à moi, je voudrais faire entendre cette autre vérité, beaucoup plus petite, il est vrai, et qui n’a certes pas force de loi, que ma vie ni le récit que j’en fais ne sont des pissotières. Quel besoin Monsieur Véto avait-il donc de venir pisser sur moi la désapprobation, le mépris que lui inspiraient la façon que j’ai de mener ma vie, de la juger ou d’en faire étalage dans mon blogue ? J’ai déjà dit qu’il y avait un malentendu entre mes lecteurs et moi : ce n’est pas parce que je publie cette relation de ma vie, ce n’est pas non plus parce que la possibilité est laissée aux internautes d’écrire des commentaires dans mon blogue, qu’ils ont moralement le droit de m’y faire part (ou dans des lettres électroniques) de tout le mal qu’ils pensent de moi ; du bien qu’ils en pensent, à la rigueur, mais c’est tout ! Peut-être la crudité de certains de mes propos fait-elle croire aux plus ou aux moins sensibles de mes lecteurs, aux moins humains d’entre eux, serais-je tenté d’écrire, que j’ai le cœur particulièrement bien accroché, et que je puis donc tout entendre sur mon compte sans m’en émouvoir. Eh bien ! Je vais peut-être en décevoir beaucoup, mais il n’en est rien ! Ce n’est pas parce que je suis méchant, comme don Esteban le prétend, sans doute d’ailleurs à juste titre, ce n’est pas non plus parce que j’affecte parfois ou souvent, je ne sais, d’être un cynique (mais je dis bien que je l’affecte seulement), ce n’est pas enfin parce que je suis plus enclin à montrer la partie la plus dure, je veux dire la plus indurée et la plus endurcie, de mon cœur, que je suis pour autant dépourvu de cette tendresse, de cette fragilité, peut-être même de cette gentillesse qu’il y a dès la naissance au cœur de tout homme et qui en font d’ailleurs sans doute la force paradoxale, la densité, la teneur. (Par exemple, ce n’est pas parce que je ne me cache pas d’aller occasionnellement me prostituer, le plus souvent ‘‘pour arrondir les fins de mois’’, que je ne rêve pas aussi de l’amour le plus pur et de l’eau la plus fraîche ! Il me semblait évident que les putes pouvaient avoir les mêmes aspirations que les jeunes filles en fleur. Même en pratiquant ce métier qui passe pour honteux, il arrive qu’elles s’attendent, comme n’importe qui d’autre et tout simplement parce qu’elles en méritent autant, à du respect, pour écrire un mot à la mode. (Mais qu’on n’aille pas s’imaginer que je me considère réellement comme une pute. Je ne me définis en effet pas plus comme tel que comme un distributeur de prospectus, par exemple. Mes deux travails, purement alimentaires et prenant relativement peu de mon temps, ne constituent qu’une part marginale de mon mode de vie. Si j’osais, je dirais que je ne pratique pas assez assidûment le noble métier de pute pour pouvoir me prévaloir du si beau titre qu’il confère ! C’est tout de même le plus vieux métier du monde ! Mais j’imagine que qualifier de noble un tel métier est déjà condamnable ! Je m’empresse donc d’ajouter que je ne pense pas vraiment ce que je viens d’écrire…) Je le disais l’autre jour : je n’en suis pas moins homme ! C’est sur un homme que l’incontinent Monsieur Véto est venu se soulager de la mauvaise opinion qu’il avait de moi. Et c’est également un homme que j’ai honteusement injurié. Comment expliquer que je me sois laissé tomber si bas ? Les quelques phrases qui font l’objet du délit étaient réellement épouvantables et dignes d’être proférées par les pires canailles issues des ‘‘cités’’ les plus diverses ou les plus sensibles, je ne sais comment dire : dignes d’un assassin (cela dit sans vouloir faire d’amalgame, comme je crois qu’on appelle la chose, ni de généralisations abusives… Je crains que les amalgames ne soient aussi condamnés, ou du moins aussi condamnables, que les discriminations ou que certaines incitations ou apologies dont je me serais également rendu coupable et dont il me faudra reparler. (Fin de cette parenthèse écrite à l’attention de la police, qui veille et lit peut-être encore ce blogue.)) Pourquoi suis-je tombé si bas ? Probablement parce que c’est dans une mauvaise période de ma vie que Monsieur Véto est venu déverser sur moi la tiède urine qui lui sert de conscience. Je venais d’être trahi par Ascylte et Camille, et ceux qui me lisent vraiment savent sans doute combien j’en ai souffert. C’est cet événement, et la radicalité de la réaction qu’il a failli m’inspirer, qui m’ont finalement décidé à commencer mon analyse avec Tirésias. J’étais donc à ce moment dans un tel état que la haine, la violence, le mépris, les grossièretés, les noms d’oiseau qu’il y avait en moi ne demandaient qu’à en sortir. Il ne fallait qu’un mot pour me faire exploser, et ce sont des lettres que Monsieur Véto m’écrivait, des lettres qui, je crois l’avoir déjà dit, auraient tout eu de vulgaires lettres anonymes, si je n’avais pas connu l’identité de leur auteur… Evidemment, Monsieur Véto ne pouvait pas savoir dans quel état je me trouvais, puisqu’il n’était plus un lecteur régulier de mon blogue, comme il me l’avait dit lui-même dans l’une de ses ‘‘lettres anonymes’’. Non, Monsieur Véto ne venait plus jeter un œil à mon journal que très occasionnellement, c’est-à-dire lorsqu’il ne pouvait plus se retenir de déverser les flots de sa bonne conscience ammoniaquée sur moi, de me pisser dessus, donc, ce qui me fait dire qu’il prenait ma vie et le récit que j’en faisais pour des pissotières. J’avais dit un jour que j’avais la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incitait à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. « On est sans doute moins tenté, poursuivais-je, de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Monsieur Véto et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom (car à ce moment-là, il n’écrivait pas encore ses commentaires sous sa véritable identité) ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! » J’ai donc fini par tomber aussi bas que Monsieur Véto, en l’injuriant fort, mais à un moment où il avait eu le petit courage de ne plus cacher sa véritable identité sur ce blogue. (Depuis, il semble avoir perdu ce courage, pourtant si petit, du nom. Car c’est bien de retirer de mon blogue toute référence à sa personne, qu’il m’avait demandé, dans sa lettre du 4 janvier, et non seulement les injures dont il était victime.) Dans la deuxième des lettres électroniques qu’il m’a tout récemment envoyées, Monsieur Véto m’écrit ceci : « Tu veux (car il s’est remis à me tutoyer), tu veux que je sorte de ta vie (Dieu sait que je ne demande pas mieux) et, à la fois, tu ne parles que de moi. Règle tes propres contradictions une bonne fois pour toutes. » Sans doute est-il vrai que je me contredis souvent dans ce blogue. Cela dit, je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de surprenant dans le fait que je parle beaucoup, dans mon journal intime, de l’homme qui, en portant plainte contre moi pour injures, a attiré l’attention de la police sur d’autres délits dont je pourrais être accusé, c’est à savoir la prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite dans une ou deux phrases qui, d’ailleurs, n’avaient sans doute pas échappées à Monsieur Véto, qui ne doit pas peu se réjouir, je pense, d’avoir fait d’une pierre deux coups ! (J’expliquerai un autre jour pourquoi cette accusation-là, au moins, ne tient pas debout, selon moi.) Il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce qu’un homme qui tient un journal intime y parle beaucoup de la personne qu’il juge responsable des deux heures qu’il a passées au commissariat de police, à débattre avec deux inspecteurs de littérature (je n’invente rien), d’homosexualité, de prostitution et de l’apologie que j’aurais donc faite de cette dernière. Je n’irai certes pas jusqu’à dire que l’expérience fut traumatisante, mais elle fut fort désagréable. Par contre, je pourrais probablement dire qu’il y a en effet quelque chose de traumatisant dans le fait de se sentir complètement à la merci d’un Monsieur Véto, c’est-à-dire de la bêtise la plus ordinaire, partagée, triomphante, et qui, non contente d’avoir raison, semble encore vouloir avoir raison de moi. C’est au procureur de la république que revient la décision de me poursuivre ou pas. Pour l’instant, je ne sais absolument pas quelle sera cette décision. J’imagine que je ne serais pas même informé du choix qu’il ferait de me laisser tranquille… Probablement n’est-on informé que si l’on est poursuivi. (Monsieur Véto, quant à lui, n’a pas daigné me dire s’il consentait à retirer sa plainte contre moi.) Mais quand donc cela se produira-t-il ? Il s’est tout de même écoulé presque la moitié d’une année entre le dépôt de plainte de Monsieur Véto et mon audition par les policiers. C’est donc comme s’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mais cette épée, pour moi, c’est l’épée de Monsieur Véto : c’est pourquoi je parle de lui dans ce journal. Il est tellement con qu’il y voit une contradiction. J’ajoute, mais je crois l’avoir déjà dit, que le Monsieur Véto de ce journal n’est plus tout à fait seulement le Monsieur Véto qui a porté plainte contre moi. C’est un type humain. C’est une allégorie de la bêtise humaine. Mais son ego est tellement démesuré qu’il croit que c’est uniquement de lui que je parle. A-t-il seulement compris pourquoi je m’étais mis à l’appeler Monsieur Véto ?
01:59 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Monsieur Véto, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09/05/2009
Samedi 9 mai 2009
Je n’ose plus trop écrire dans ce journal que je suis pauvre, puisqu’il y a toujours une lectrice pour me dire que je ne le suis pas ! « Pauvre toi ?, me disait celle à laquelle je pense. N’es-tu pas propriétaire de ta nouvelle demeure ? » Non mais rends-toi compte, mon blond lecteur : je suis propriétaire ! Comment donc pourrais-je être pauvre ? Mais il y a pire encore. A l’époque où j’avais écrit ce qui avait inspiré son commentaire à ma lectrice, j’étais encore moins pauvre qu’aujourd’hui, puisque je n’étais pas seulement propriétaire de ma nouvelle demeure, mais encore de l’ancienne, que j’ai donc vendue avant-hier. J’étais un riche propriétaire, comme disait plaisamment Tityre. Et maintenant que j’ai vendu mon appartement de la rue des Cordeliers, non seulement je suis toujours le ‘‘riche propriétaire’’ de la maison que j’occupe depuis octobre ou novembre 2008, mais encore ai-je un compte en banque de plusieurs dizaines de milliers d’euros ! Cela dit, comme je dois rembourser mes dettes à la banque, à ma mère et à mon père, à qui j’ai emprunté l’argent nécessaire à l’achat de ma demeure actuelle, j’aurai tout reperdu la semaine prochaine. Mais à strictement parler, une fois mes dettes remboursées, je ne serai pas redevenu pauvre pour autant, si je comprends bien la pensée de ma lectrice, puisque je serai toujours propriétaire de ma maison, enfin, d’une partie de ma maison, pour être exact, puisque c’est ma mère qui possède le reste ; mais justement, comment donc pourrais-je me prétendre pauvre, puisque je peux toujours compter sur mes parents pour faire l’avance, d’une part, des milliers d’euros qui me manquent pour acheter mes palais, et, d’autre part, pour placer leurs liquidités ‘‘dans la pierre’’, comme on dit, dans le reste des pierres de ces palais que je n’ai pas les moyens de m’offrir entièrement ? Grâce à ma mère, la maison où je vis a plus d’un mur ! Le plus petit m’appartient ; les trois autres sont à elle ! C’est donc grâce à elle qu’il y a un toit au-dessus de ma tête, car, bien que je ne sois pas architecte, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’il est peu vraisemblable que j’en aurais eu, s’il n’y avait eu qu’un mur, le seul dont j’avais les moyens, pour le soutenir. C’est donc bien, je le répète, grâce à ma mère, à ma chère mère, qui est si bonne pour moi, si tendre et si aimante, que je ne suis pas pauvre, puisqu’un pauvre, c’est quelqu’un qui, selon ma lectrice, « ne possède rien, ni maison, ni boulot, ni voiture, bref, rien du tout » ! Et comme j’ai aussi une voiture et un travail, je suis décidément très loin d’être pauvre. Mon travail me rapporte en effet un peu plus de 300 EUR par mois, tout de même ! C’est dire si je suis un nanti ! Il est vrai qu’avec ces 320 EUR, j’avais à payer l’essence pour ma voiture (quel luxe, quand j’y pense !), la nourriture, pour moi et pour ma chienne (car j’ai une chienne, autre luxe d’un bling-bling éhonté, comme disent les journalistes et tous ces veaux qui braient comme eux (mais ce sont les ânes qui braient)), l’abonnement de mon téléphone portable et celui d’Internet (qui sont deux dépenses de pur agrément !), les charges de la maison que j’occupe et les charges de copropriété dont la possession de l’appartement de la rue des Cordeliers me rendait redevable. Mais même en payant tout cela, il est arrivé plusieurs fois qu’il reste plus de 10 EUR sur mon compte en banque à la fin du mois. C’était généralement parce que je m’étais prostitué. En vérité, ce n’est pas toujours parce qu’on possède un petit patrimoine qu’on est riche. Mais c’est souvent parce qu’on a de très faibles revenus qu’on est pauvre. Ce que voulait dire cette lectrice indécente, je crois, ce n’était pas que je n’étais pas pauvre, mais que je n’étais pas à plaindre, point sur lequel je la rejoins entièrement. Il y a des gens qui sont réellement dans le besoin, contrairement à moi : ce sont ceux-là qui seraient bien à plaindre. Mais moi, certainement pas. (Et qu’on ne s’imagine pas que je sois à plaindre pour cette autre raison qu’il m’arrive de me prostituer. Je le fais en toute liberté et parce que j’ai sans doute la chance, car j’imagine que c’est une chance, qui ne durera qu’un temps, de pouvoir me le permettre. D’ailleurs, à ce sujet, je dois dire que j’ai le plus grand mal à comprendre le ton misérabiliste de ces reportages que l’on voit parfois à la télévision et qui sont consacrés à ce qu’on appelle, je crois, la nouvelle prostitution, c’est à savoir celle de ces étudiantes, par exemple, qui offrent leurs charmes en prospectant sur Internet pour financer leurs études et qu’on voudrait faire passer pour des Cosettes. Quant à moi, je trouve qu’elles devraient s’estimer heureuses d’être assez bien faites pour pouvoir subvenir à leurs besoins de la sorte. Ce sont les mochetés ou, si l’on me permet cette expression, les coincées du cul, qui, aussi pauvres qu’elles, sont bien à plaindre. Comment font-elles donc, celles-là, pour subvenir à leurs besoins ? Cela dit, je ne suis pas une fille. Peut-être la chose leur est-elle plus pénible qu’aux garçons ; ce qui pourrait expliquer pourquoi elles s’estiment bien à plaindre elles aussi. Et puis la prostitution, chez les pédés, c’est une espèce d’institution, comme le sont les travestis, les folles ou la fornication dans les bois. L’opprobre n’est pas aussi grand. Cela dit, bien sûr, sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, comme on m’en a accusé. Il faudra d’ailleurs que j’en reparle (ainsi que de Monsieur Véto, qui a répondu à la lettre électronique que je lui ai envoyée dernièrement), mais pas ce soir, faute de temps.) Comme ma lectrice fait vraisemblablement partie (car je ne vois pas d’autre explication à sa remarque si déplacée, si fausse, surtout), comme elle fait vraisemblablement partie de ces gens qui sont tellement absorbés par les possibilités de consommation qui s’offrent à eux de toutes parts, et dont ils ont les moyens, qu’ils ne savent plus faire la différence entre des pauvres et des miséreux (comme si c’était nécessairement être miséreux que de ne pas pouvoir consommer autant que ces gens incapables de concevoir qu’il est possible de vivre chichement et néanmoins décemment), elle avait cru qu’en me prétendant pauvre, je cherchais à me faire plaindre comme si j’avais été véritablement miséreux ! Il n’y a pas de mots assez forts pour dire l’indignation, le dégoût, que m’inspire une pareille tournure d’esprit, que je trouve infiniment plus obscène, par exemple, que celle du chef de l’état, dont il est de bon ton de mépriser le dit bling-bling (comme si ce mot voulait dire quelque chose (mais c’est sans doute parce qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on lui reproche exactement, quand on parle de son bling-bling, qui n’est d’ailleurs pas si différent de celui du premier venu, après tout, qu’on recourt à ce mot vide de sens…)) ou que celle de ces patrons qui se font attribuer des ‘‘parachutes dorés’’ ou organisent leurs assemblées dans des palaces ou sur des îles paradisiaques, comme si le coût de ces largesse peu morales (mais je trouve beaucoup plus immorale et indubitablement illégale la séquestration des patrons dans les usines, et parfaitement injustifiable l’impunité des ouvriers ou employés voyous (comme on dit des patrons voyous) qui se rendent coupables de tels faits), comme si ces largesses, disais-je, étaient la cause de la crise économique ou de la crise de l’emploi, ce qui me semble plus que douteux. Il me faut bien le confesser : le fait qu’il y ait des miséreux ne me révolte pas autant que le fait qu’il y ait des gens assez indécents pour ne plus savoir faire la différence entre des miséreux et de simples pauvres. La discrète obscénité de ces gens, d’un faux bon sens, quotidienne, banale, est bien plus grande que celle, si m’as-tu-vu, si ‘‘nouveau riche’’, des ‘‘riches’’, tout simplement parce qu’elle est plus répandue, étant entendu qu’il y a beaucoup moins de ‘‘riches’’ que d’hommes appartenant à la classe moyenne, si c’est bien ainsi qu’il faut dire. Et cette obscénité supérieure par sa médiocrité même rend caduque la réprobation dont il est convenu de faire montre à l’encontre de celle du petit nombre des plus riches. Quelle différence y a-t-il, en effet, entre un bouffon qui croit qu’on a raté sa vie si l’on ne possède pas de Rolex à cinquante ans (pauvre don Esteban, qui a la Rolex depuis des lustres, mais plus les moyens de l’entretenir !), et quelqu’un qui croit qu’à tout âge on est miséreux si l’on n’est que pauvre, c’est-à-dire si l’on n’a pas les moyens d’acheter les mêmes choses que lui, sans lesquelles on ne vit pourtant pas misérablement, que je sache ? Tout ce que montrent ces gens qui voient la misère où elle n’est pas, c’est leur propre immoralité. Ce n’est que par jalousie qu’ils réprouvent l’étalage de richesses de ceux qui possèdent plus qu’eux et c’est par la même arrogance que celle qu’ils condamnent chez les ‘‘riches’’ qu’ils prennent de simples pauvres pour des miséreux. Ils me dégoûtent. Cette lectrice me fait un peu penser à Lambert, ce travailleur social, comme je crois qu’on dit, qui suivait mon dossier de Rmiste au centre communal d’action sociale de Mont-de-Marsan. Quand il avait appris que j’étais propriétaire de l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’occupais encore à l’époque (car c’était avant d’avoir acheté la nouvelle maison), il m’avait dit le plus sérieusement du monde que plus rien ne justifiait que je reste à Mont-de-Marsan, où le marché du travail était fort limité. Je n’avais qu’à mettre mon appartement en location, m’avait-il expliqué, et partir dans une autre ville, où il y aurait eu plus de travail et où j’aurais pu me loger, selon lui, grâce au revenu que m’aurait apporté mon appartement loué ! Je trouve de telles paroles proprement scandaleuses. Ce n’était que grâce à la propriété de cet appartement que je pouvais vivre décemment malgré la faiblesse de mes revenus, et ce travailleur social voulait m’inciter à me faire partir à l’aventure et devenir ailleurs locataire. Il s’imaginait peut-être que j’aurais trouvé sans la moindre difficulté un locataire pour mon propre appartement. Sans doute n’avait-il jamais entendu parler de ces locataires qu’il est impossible d’expulser et qui ne paient jamais leur loyer. N’est-ce pas le ministre Boutin, qui, tout récemment encore, voulait interdire les expulsions, s’il n’y avait pas de solution de relogement pour les mauvais payeurs ? De tels projets font des locataires, de facto, des propriétaires, mais des propriétaires entièrement exemptés des charges impliquées par la propriété, comme, par exemple, le paiement de taxes foncières. Il y avait une telle ‘‘incompatibilité d’humeur’’, pour le dire en trois mots, entre Lambert et moi, que j’avais moi-même demandé à être radié de la liste des allocataires du RMI, parce que je ne voulais pas subir une nouvelle fois l’arbitraire de cet homme qui m’a toujours détesté, sans que je sache pourquoi, peut-être parce qu’il n’aime pas les pédés. La mauvaise foi des reproches qu’il me faisait est évidente, parce que, dans la même période, sa collègue, une jeune Mme P***, me trouvait irréprochable ! Si j’ai demandé dernièrement à redevenir allocataire du RMI, ce n’est que parce que j’ai appris, en allant m’informer à la CAF sur le futur RSA, que Lambert ne travaillait plus au centre communal d’action social et que je ne risquais donc pas d’avoir affaire à lui : il a été muté à la maison d’accueil spécialisée, ce que je trouve si surprenant que je me suis même demandé si cette mutation n’était pas une conséquence disciplinaire de la lettre que j’avais écrite au président du conseil général pour lui demander ma radiation. J’ai pensé qu’on avait peut-être demandé à Lambert de s’expliquer sur cet allocataire qui demandait lui-même à être radié, pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, donc... Mais ç’aurait tout de même été sans doute beaucoup de bruit pour rien, c’est-à-dire pour ma petite personne. Il y a pourtant quelque chose d’étrange dans cette affaire, car quand je suis retourné au centre communal d’action social, le mois dernier, pour remplir un nouveau ‘‘dossier RMI’’, Mme P***, qui, m’ayant demandé pour qu’elle raison j’avais été radié la dernière fois et s’étonnant fort, en entendant ma réponse, qu’on pût l’être sur sa propre demande et pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, a vérifié quelle était la raison consignée dans les archives du centre, a trouvé finalement qu’il était écrit que j’avais été radié en décembre 2007 (ce qui est vrai), parce que mes revenus étaient devenus trop grands pour que je pusse prétendre encore au RMI, ce qui est entièrement faux, puisque entre décembre 2007 et avril 2009, si mon salaire le plus élevé fut, en mai 2008, de 417 EUR (une fortune, diront certaines), le plus bas fut, en janvier 2008, de 138 EUR ! Quant à la moyenne des dix-sept mois, elle est de 317 EUR. Mes revenus n’ont donc pas été trop élevés pendant cette période pour que je puisse prétendre au RMI. Quand je lui ai fait part à mon tour de mon grand étonnement, Mme P*** s’est empressée de passer à autre chose, comme si elle était embarrassée (mais j’ai peut-être imaginé cet embarras). Quelqu’un a pourtant fait une espèce de fausse déclaration, ou créé un faux document, dont la conséquence est que la véritable raison de ma radiation n’apparaît pas dans les archives du centre communal d’action sociale. A moins qu’il n’y ait effectivement pas, comme l’étonnement de Mme P*** pourrait l’indiquer, de formulation prévue lorsque la radiation a eu lieu à la demande de l’allocataire lui-même. Mais dans ce cas, puisque c’est pour éviter d’avoir à subir l’arbitraire de Lambert qui, j’en suis sûr, m’aurait fait convoquer devant la commission d’insertion (si c’est bien son nom, car je n’en suis pas certain) pour me faire radier, comme il avait déjà fait une fois, que j’ai moi-même demandé à l’être, je trouve qu’il aurait été plus fidèle à la vérité de dire que je l’avais été à cause de la faiblesse des moyens que Lambert prétendait, à tort, certes, que je mettais en œuvre pour m’insérer dans la société, plutôt que sous le faux prétexte de mes prétendus trop grands revenus. Il faudrait que je mène ma petite enquête, pour savoir ce qu’il en est exactement, mais je dois bien reconnaître que je ne suis pas sûr d’en trouver l’énergie nécessaire. Si j’ai demandé à redevenir allocataire du RMI, c’est d’abord parce que je suis intéressé par le RSA, qui n’est pas encore appliqué, mais auquel auront automatiquement droit tous les bénéficiaires du RMI, le moment venu, et, surtout, parce que ma situation financière est devenue vraiment délicate depuis que j’ai commencé mon analyse, qui me coûte presque un tiers de mes revenus ! Pour faire face à toutes ces dépenses, il faudrait que je me prostitue davantage, ce qui n’est pas du tout mon intention. Au contraire, j’aurais plutôt le désir d’arrêter.
22:51 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Lambert, Ma mère, Mme P***, Mon père, Monsieur Véto, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : christine boutin
08/05/2009
Jeudi 7 mai 2009
Lu cet après-midi dans le journal local : « L’experte était sans diplôme. Autodéclarée psychologue, cette femme de 53 ans a berné les tribunaux pendant plusieurs années, où elle avait la qualité d’expert. Elle a été mise en examen pour usage de faux et placée sous contrôle judiciaire. » Dans l’article consacré à cette affaire, il y a cette phrase : « Comment cette femme a-t-elle réussi a obtenir l’avis favorable du parquet général pour être inscrite sur la liste des experts ? » Je ne cesse de me poser la même question au sujet d’Acylte, qui est, comme cette dame, expert-psychologue près la cours d’appel de Bordeaux. Les enquêtes de moralité ni les vérifications ne doivent pas être menées bien loin dans cette ville ! L’honnêteté, la moralité, la compétence d’Ascylte me semblent plus que douteuses. Il a plusieurs fois trahi le secret professionnel et le secret de l’instruction. Christophe prétendait même qu’il n’avait pas les diplômes requis pour faire partie du collège des experts. Il m’avait dit que c’était Ascylte lui-même qui le lui avait confié, mais je ne l’avais pas cru. Je dois garder à l’esprit le mauvais exemple de Monsieur Véto et ne pas tomber aussi bas que lui. Cet après-midi, j’ai vendu mon appartement de la rue de Cordeliers. Il faudra que j’en reparle. Il y a beaucoup de choses dont je dois reparler dans ce journal. De la vente de mon appartement, de Monsieur Véto, qui a répondu à ma lettre électronique, de la raison pour laquelle il est consigné dans les archives du centre communal d’action social que j’ai été radié du ‘‘dispositif RMI’’ en décembre 2007, du RSA, de l’apologie que la police prétend que j’ai faite de la prostitution. Mais pas ce soir. Le petit Osman m’a fait trop boire.
02:45 Publié dans 2009, Ascylte, Christophe, Journal, Monsieur Véto, Osman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04/05/2009
Dimanche 3 mai 2009
Au fond, tout ce que demandait Monsieur Véto, c’est de pouvoir me dire, dans les commentaires de mon propre blogue, tout le mal qu’il pensait de moi, tout le mépris que je lui inspirais, mais sans qu’en retour je bronchasse du tout. Est-ce que ce n’est pas le droit de tout homme, après tout, que de provoquer son prochain, de le pousser à bout, et de n’en subir aucune riposte ? Mais dans quelle époque vit-on ? Ce droit que voulait exercer Monsieur Véto, c’est celui de se comporter et d’être traité comme une femme, comme une de ces femmes qui se réservent le droit de rendre la vie impossible à des maris qui ont quant à eux le devoir de garder le sourire ou de baisser la tête ! Il arrive parfois que l’homme la relève, le temps de donner une gifle et d’être conduit en prison. Cela dit sans vouloir tenir de propos discriminatoires à l’encontre des femmes ni faire l’apologie de la violence conjugale, comme on dit de nos jours ! (Attention ! La police veille et lit peut-être encore ce blogue…) Monsieur Véto, c’est un de ces hommes-femmes comme il y en a de plus en plus : c’est un homme émasculé qui, n’en revenant pas d’avoir pris des coups qu’il a tout fait pour recevoir, est allé pleurer dans les bras de sa mère la police. En d’autres temps, heureusement révolus, dois-je m’empresser de préciser, car je n’ai pas non plus l’intention de faire l’apologie des pratiques qui avaient cours alors, cette ridicule affaire se serait probablement terminée par un duel. Mais il est vrai qu’en ces temps, un être aussi petit, aussi pleutre, aussi vile que Monsieur Véto n’aurait sans doute jamais été du nombre de ceux qui portaient l’épée et, d’ailleurs, il n’y aurait pas eu d’affaire, parce que les injures qui me sont reprochées n’auraient jamais été prononcées : une simple bastonnade les aurait remplacées ! Je crois qu’il y a un énorme malentendu relativement au fait que je laisse à mes lecteurs la possibilité de commenter ce blogue. Si les commentaires sont ‘‘ouverts’’, c’est surtout pour laisser à un éventuel prince charmant, pour parler comme un pédé (cela dit sans vouloir offenser la communauté homosexuelle, bien sûr, oh la la, loin de moi cette idée !), pour lui laisser la possibilité, disais-je, de se faire connaître à moi. Evidemment, vue la tournure que ce blogue a prise depuis quelques mois, la venue de cet hypothétique prince charmant est très compromise et ce d’autant plus que je l’ai déjà rencontré, il y a quelques années. Il avait hélas perdu son royaume et sa fortune : c’était don Esteban ! La Providence serait tout de même bien généreuse, et bien indulgente, en me permettant d’en rencontrer un second grâce à ce blogue. Je devrais sans doute m’estimer heureux de tomber sur un maquereau, compte tenu de ce que j’ai pu y écrire ! Je plaisante, évidemment. Moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie de la prostitution dans les pages de ce journal ! Si je laisse ouverts les commentaires, c’est aussi parce que j’aimais lire ceux de Pierre Driout, qui semble hélas avoir définitivement cessé de fréquenter ces lieux. C’est enfin pour ne pas décevoir un peu plus don Esteban, qui ne cesse de me dire que c’est une lâcheté que de les ‘‘fermer’’ ! Le malentendu porte également sur la raison qui me fait publier ce journal sur Internet. Je ne pensais pas avoir à l’écrire, mais enfin, il semble que ce soit nécessaire : si je le publie, ce n’est absolument parce que je suis curieux des réflexions que sa lecture peut inspirer aux internautes, même s’il est vrai qu’il peut m’être agréable de les connaître, lorsqu’elles sont aussi flatteuses que dans le commentaire que m’a laissé par exemple hier un certain Philip. Tout internaute est libre de l’opinion, bonne ou mauvaise, que je lui inspire, bien sûr, mais je trouve fort indélicat qu’on tienne absolument à me dire la mauvaise ici-même : pourquoi donc le faire, si ce n’est pour me blesser, pour me nuire, c’est-à-dire pour assouvir ses plus bas instincts, comme a fait Monsieur Véto, quoique en toute bonne conscience ? On n’a qu’à l’écrire dans son propre blogue ! Non, si je publie le mien, c’est parce qu’il est aux confidences ce que le fuckbuddy est aux amours ! C’est le propre de l’homme que d’avoir à se confier. Et pour être ce que je suis ou ce que je semble être à tous les Monsieur Véto qui lisent peut-être encore ce journal, c’est-à-dire pour leur être le plus souvent des plus détestables, je n’en suis pas moins homme ! Mais j’ai peu d’amis à qui me confier. Dans la confidence, le plus important n’est pas le secrétaire et, d’ailleurs, mes lecteurs les plus attentifs auront bien vu que j’ai peu de secrets pour eux ! Non, le plus important, c’est que ces secrets soient dits. Qu’ils soient dévoilés, chassés de moi, jetés dans l’air ambiant. Dans un tel but, écrire pour soi seul n’est pas suffisant : ce n’est pas tout à fait dire. Je publie donc tout ce que j’écris parce que j’ai besoin de le dire. Il me semble d’ailleurs que c’est également l’un des fondements de la psychanalyse. Je pourrais bien découvrir seul tout ce que je fais depuis que j’ai commencé nos séances avec Tirésias. Mais l’important est de le dire, du moins pour cheminer jusqu’au point de découvrir ce qui a toutes les chances d’être proprement indicible. J’écris ce journal sur Internet parce que je n’ai personne à qui le dire. Même ma mère ne me prêterait pas l’oreille qu’il y faudrait, surtout pas elle, d’ailleurs, qui est complètement folle et probablement la racine de tous mes maux. Pour que mon lecteur puisse se faire une idée de cette marâtre, qu’il songe seulement qu’elle est la première à me dire d’aller me prostituer quand, depuis qu’elle a décidé de devenir avec moi moins prodigue de son argent, je lui demande encore, sans grand espoir, de m’en donner un peu. « Tu n’as qu’à te trouver un vieux riche ou bien aller faire la pute », me répond-elle souvent. Elle le dit sans aucun dégoût pour la pratique qu’elle me recommande, mais comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et le métier le plus fait pour moi, qui ne sais pas faire grand-chose ni de mes mains ni de ma tête, il est vrai, et je ne vois d’ailleurs pas comment je pourrais le nier, ce journal en étant la preuve, ou plutôt l’aveu… Je n’ai pas particulièrement envie de me confier à une mère si disposée à se satisfaire que son fils fasse le plus vieux métier du monde, auquel seule l’antiquité, peut-être, pourrait donner un peu de prestige. Allons ! Il va de soi que je n’y trouve aucun prestige, non plus que de honte. J’espère qu’on voit bien qu’il n’y a dans ce journal nulle apologie de la prostitution. Je ne fais que la constater dans ma vie et dans le monde.
03:22 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Pierre Driout, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02/05/2009
Samedi 2 mai 2009
« Tu peux être fier de toi : tu as gagné. A cause de ta plainte, j’ai passé deux bonnes heures au commissariat de police, pour m’entendre expliquer que j’avais fait l’apologie de la prostitution, que c’était un délit, que j’aurais pu être mis en garde à vue pour cela. Maintenant, quelle sorte de vainqueur seras-tu ? Clément ou acharné ? Cela ne dépend que de toi et relève de ta liberté et de ta conscience. Tiens-tu réellement à me créer de vrais ennuis ? Je veux croire que non et espère donc que tu auras la décence de retirer ta plainte, comme j’ai retiré de mon blogue les injures que j’avais proférées contre toi. C’est uniquement pour te demander de faire cela que je t’écris, et certainement pas pour renouer avec toi. Tout ce que je souhaite, c’est que tu sortes définitivement de ma vie. Je veux pouvoir t’oublier enfin, comme j’avais fait jusqu’alors, et continuer ma route en espérant ne plus jamais croiser de gens tels que toi. » Il me semble avoir retrouvé l’adresse électronique de Monsieur Véto. J’espère qu’elle est toujours valide. C’est cette lettre que je viens de lui envoyer. Osman avait donc rendez-vous hier soir avec le sublime Callias, qui n’était pas à son goût, mais qui était très au mien : le moule qui donne leur forme aux garçons du type qui me plaît le plus semblait avoir été fait sur lui. Plus grand que moi, mince et souple comme une herbe, tel était Callias. J’ai pu constater, en regardant ses photos sur Facebook, qu’il fréquentait ou avait fréquenté Nicandre, qui lui ressemble d’ailleurs beaucoup, et la petite Mélanire. Hélas, ce n’est pas avec le beau Callias que j’ai failli baiser, hier soir, mais avec Phédon, un beau petit Guyanais bondissant, qui, après être venu me regarder pisser, comme pour vérifier la qualité de la marchandise, m’a sauvagement embrassé contre le mur des commodités pour me faire comprendre que je pouvais terminer la soirée chez lui, si je le souhaitais. Mais si j’écris que j’ai failli baiser avec Phédon, c’est parce qu’une fois effectivement rendu chez lui, ayant beaucoup bu et mangé d’un sandwich qui n’était peut-être plus très frais, je fus saisi de nausées qui m’empêchèrent de lui faire ce qu’il aurait voulu. Je n’ai pas eu le temps d’y mettre plus d’un doigt. Pardon pour ces détails, mais le risque était trop grand que je lui vomisse dessus ! D’ailleurs, à peine étais-je rentré chez moi que je reprenais les étreintes, mais cette fois avec la cuvette des W.-C., que j’ai beaucoup embrassée, elle aussi ! En me réveillant ce matin, c’est-à-dire en début d’après-midi, je me suis aperçu que de petites tâches marron étaient apparues sur ma peau pendant mon sommeil. J’ai réellement cru que c’était le Sida qui venait me faire savoir que non seulement je l’avais attrapé, mais encore qu’il s’était déjà déclaré ! Complètement paniqué de me retrouver si tôt à l’article de la mort, je suis allé voir un médecin, qui m’a dit que ce n’était rien de grave : ce n’était que ma peau qui avait cette tendance à produire des tâches marron et il n’était pas même nécessaire d’aller consulter un dermatologue, sauf s’il devait en apparaître trop. Je devais seulement éviter le soleil. Je me suis alors demandé si mon inconscient ne m’avait pas joué quelque tour. Et si je ne m’étais aperçu qu’aujourd’hui de la présence déjà ancienne de ces tâches ? Et si mon inconscient me les avait fait paraître plus sombres, plus marron, plus visibles à ce moment précis, je veux dire parce que je venais juste de presque baiser avec un Noir ? Je crois qu’il faudra que j’en parle à Tirésias. J’ai toujours pensé n’avoir aucune attirance physique pour les Noirs. Est-ce que, sans le vouloir, je me suis fait trop violence en me frottant à ce Noir, au point d’avoir l’illusion que ma peau devenait semblable à la sienne ? Est-ce que la nausée que j’ai eue, hier, n’était pas le fruit de mon imagination, la manifestation physique, comme dans l’hystérie, de causes enfouies, oubliées ? C’était Callias que je désirais. Mais justement parce que c’est lui que je désirais vraiment, je n’ai pas eu le courage de rien entreprendre pour le séduire. Au contraire, je me suis laissé draguer par l’autre, par Phédon, le petit Noir, sans lui résister du tout. Je me suis laissé porter par lui, et même littéralement, quand à un certain moment, il s’est emparé de moi, comme un Romain d’une Sabine, pour me faire tournoyer dans ses bras sur la piste de danse. Mais en me laissant faire ainsi, je me demande si je n’ai pas violé une part enfouie de moi, qui ne veut pas du noir. Je suis extrêmement sensible à la blancheur des peaux. Je me souviens que les tétons presque blancs de Camille me rendaient fou. Pendant toute mon adolescence, et longtemps encore après, j’ai absolument refusé de laisser ma peau bronzer au soleil. Que sont donc ce noir et ce blanc qui semblent avoir tant d’importance pour moi ? Pureté et impureté ? Excréments et lait ? Je ne sais. Mes mains tremblent en l’écrivant. C’est sans chercher à faire une heureuse comparaison que j’ai dit : « comme un Romain d’une Sabine ». Ces mots me sont spontanément venus sous la plume au moment de les écrire. C’en est presque effrayant. Romain est le véritable nom de Camille. Quand j’étais adolescent, je suis tombé amoureux d’une très belle fille qui s’appelait Sabine et dont la peau était d’une éclatante blancheur. Elle s’était jouée de moi, un jour, en me faisant croire être tombée amoureuse d’un garçon qui me plaisait beaucoup lui aussi, et dont j’étais également amoureux. Ce n’était qu’une farce que le garçon et la fille avaient voulu me faire, mais j’avais été absolument incapable de la subir, d’y faire face. Je crois que j’avais eu une espèce de crise de panique : j’étais parti en courant, absolument incapable de me contrôler, absolument incapable de réagir autrement. « Comme un Romain d’une Sabine. » Est-ce que mon inconscient veut me dire que Romain, c’est-à-dire Camille dans ce journal, fut pour moi une nouvelle Sabine, son descendant, et non seulement un nouveau julien ni une nouvelle Anja, rousse elle aussi, et très pâle ? Quand je me suis mis dans ce journal à donner des pseudonymes aux personnages de ma vie, j’ai d’abord pris le parti (auquel j’ai renoncé depuis) de donner à mes amants des noms assonant parfaitement entre eux : Damis, Alcide, Camille. Or, a et i sont les deux voyelles qu’on entend en prononçant le nom de Sabine. En inventant Julien, j’avais imaginé que, tel une dame de l’hôtel de Rambouillet, il s’était donné l’un de ces noms dont précieux et précieuses aimaient s’affubler. Ce nom, c’était Daphnis : a et i, déjà.
22:37 Publié dans 2009, Alcide, Callias, Camille, Damis, Journal, Julien, Mélanire, Monsieur Véto, Nicandre, Osman, Phédon, Sabine, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
01/05/2009
Vendredi 1er mai 2009
Mes lecteurs les plus fidèles se souviennent peut-être de ce petit vétérinaire à cheveux longs dont je n’avais pas su reconnaître tout le génie poétique. Il m’est désormais interdit d’écrire son nom dans ce journal, puisque c’est lui qui a porté plainte contre moi pour injure. Pour préserver son anonymat, appelons-le donc désormais Monsieur Véto. J’ai relu les quelques sonnets de lui que j’avais conservés dans mes archives, et force m’est de constater que je m’étais trompé. Persevare diabolicum : je tiens donc absolument à faire savoir à mes quelques lecteurs, car je crois qu’il m’est encore permis de le faire publiquement, que j’ai révisé mon jugement sur ces vers, qui sont bien dignes des plus grands poètes. Monsieur Véto est sans conteste le Virgile qui manquait à notre siècle naissant. Je ne m’explique toujours pas comment je ne m’en étais pas rendu compte à ma première lecture. Qu’on en juge plutôt en lisant ce sonnet qu’il avait lui-même publié dans les commentaires de ce blogue, en juin 2008 : L’Intransigeant. Le David qui signait cette œuvre évidemment magistrale est bien notre Monsieur Véto : c’est de ce faux nom (David ou David Marso) qu’il signait encore ses commentaires à l’époque. C’est moi qui avais exhorté ce lâche, qui tenait tant à me faire connaître le mépris et le dégoût que je lui inspirais, à avoir au moins le courage, le tout petit courage (car il me semble qu’il n’en faut pas plus) de signer ses minables commentaires de son véritable nom. J’aurais mieux fait de me taire car il se laissa convaincre. Sans doute, pourtant, n’aurait-il jamais pu porter plainte contre l’auteur d’injures formulées à l’encontre d’un prénom ni d’un faux nom. Ce n’est que de ces injures que je veux parler ce soir. Je dois à la vérité de dire, d’une part, que je me suis bien rendu coupable de les avoir proférées et, d’autre part, que Monsieur Véto n’a porté plainte que contre ces injures. Ce n’est que parce que l’attention de la police a été attirée sur les deux ou trois textes où ces injures ont été proférées et dans lesquels il était question de prostitution qu’il peut m’être également reproché d’en avoir fait l’apologie. Je reviendrai sur cette question de l’apologie de la prostitution demain ou dans les jours suivants, quand j’en aurai le temps. Quant à l’accusation qui pourrait également m’être faite d’avoir incité à la haine et tenu des propos discriminatoires contre les homosexuels, qui vont évidemment avec celle d’injure, je ne tiens pas à en parler du tout, du moins pour l’instant. Je laisse ces délicates questions de haine et de discriminations aux illuminés qui veulent nous enterrer vivants. Qu’on ne me demande pas ce que j’entends par ce nous, je crois que j’ai déjà assez d’ennuis comme cela. Il me faut tout de même garder la tête froide : pour l’instant, on n’a fait que porter plainte contre moi et j’ai été entendu par la police. Je ne suis pas encore poursuivi et j’espère que ça n’arrivera pas. C’est volontairement que j’ai effacé le nom de Monsieur Véto des pages de ce journal ainsi que les phrases qui me sont ou pourraient m’être reprochées, pour montrer en quelque sorte ma bonne volonté. C’est d’ailleurs une chose qui m’a paru très étrange. Si je n’avais pas moi-même proposé d’effacer le nom de Monsieur Véto des pages de ce journal, les policiers ne m’auraient manifestement pas demandé de le faire. Ce ne semblait pas non plus être une revendication de ma malheureuse victime, qui ne paraissait que vouloir me reprocher les injures à son encontre, sans se soucier du tout de me faire mettre fin à leur publicité. Je vois dans ce fait une preuve évidente de sa mauvaise foi et de sa malveillance. Quand, à la fin de ma déposition, les policiers m’ont demandé si j’avais quelque chose à ajouter, j’ai donc insisté pour qu’il soit inscrit dans le procès verbal que je trouvais surprenant que Monsieur Véto, avant de porter plainte contre moi, n’ait pas même essayé, par ses propres moyens, c’est-à-dire en me le demandant par courriel, de me faire effacer les injures dont il était victime. Je voulais qu’il soit bien indiqué que je trouvais paradoxal qu’il soit porté plainte contre moi pour des injures qu’on ne se souciait absolument pas de me faire retirer de mon blogue. J’ai la conviction que tout ce qui importait à Monsieur Véto, c’était d’avoir un motif de porter plainte contre moi, pour pouvoir me faire du mal, pour avoir le dernier mot. S’il n’a pas songé à me faire effacer les injures qu’il me reprochait, c’était sans doute de peur de perdre la preuve du délit, indispensable pour me nuire. Cela ne change rien au fait qu’il est dans son bon droit. Légalement, il est indubitablement ma victime. Moralement, je suis la sienne. Je commence même à me demander s’il ne m’a pas tendu un piège dans lequel je suis bien bêtement tombé. J’ai déjà dit que j’étais bête. Je reproche à Monsieur Véto de ne pas m’avoir demandé de retirer de ce blogue mes injures. On pourrait cependant m’objecter qu’il ne pouvait plus le faire dans les commentaires, parce que j’avais bloquée son adresse IP. Il ne l’a pas pu beaucoup plus longtemps par courriel, parce que j’ai très rapidement fini par bloquer également son adresse électronique. Cela dit, si vraiment il lui avait été si insupportable d’être publiquement injurié (et pour qui ne le serait-ce pas ?), je reste convaincu qu’il aurait eu la présence d’esprit soit de se connecter depuis un ordinateur dont l’adresse IP n’était pas bloquée sur mon blogue, soit de m’envoyer un courriel depuis une autre adresse électronique (il est très simple et rapide d’en créer). Seulement, il ne voulait pas que ces injures disparussent de mon blogue. D’ailleurs, celle qui m’est le plus reprochée a été proférée le 2 janvier 2009. Ce jour-là, j’avais commencé par écrire que j’avais malencontreusement effacé le courrier électronique que m’avait envoyé Monsieur Véto, que j’aurais voulu recopier dans mon journal et qui m’avait mis dans une colère telle que j’avais fini par proférer ladite injure. Le lendemain, je pouvais enfin recopier la lettre perdue, ainsi que la seconde qui l’accompagnait : c’était Monsieur Véto lui-même qui me les avait envoyées, preuve qu’il pouvait encore m’écrire à ce moment-là. On peut les retrouver et lire à leur place dans ce journal : je n’y trouve aucun souci de voir disparaître cette première injure censée l’avoir tellement blessé ! Il conclut sa lettre par un adieu peu sincère, puisque, quelques jours plus tard, il allait donc porter plainte contre moi. J’avais très vite fini par complètement l’oublier, jusqu’à ce qu’hier, au commissariat, le beau policier me dise : « Est-ce que vous savez pourquoi vous êtes ici ? – Non, je n’en ai aucune idée. – Monsieur Véto, ça vous dit quelque chose ? » C’est donc ainsi que les messieurs Véto font leurs adieux. Je le répète, moralement, la victime de Monsieur Véto, c’est moi, même si, bien sûr, il n’est pas question de nier les injures dont je suis l’auteur. Elles sont même d’une violence rare dans ce blogue, à la mesure de l’exaspération dans laquelle il m’avait mise. Il y avait longtemps déjà que nous n’étions plus du tout en bons termes. Je ne désirais rien tant que de ne plus avoir aucune nouvelle de lui, de le voir sortir enfin complètement de ma vie. Pourtant, il continuait occasionnellement à se rappeler à mon bon souvenir, en versant son fiel dans des commentaires ou des courriers électroniques pleins de la pire des méchancetés : celle des bonnes consciences ! Déjà, en juillet 2008, j’avais bien des griefs contre Monsieur Véto. Suite à leur énoncé, ce pénible avait laissé deux commentaires que je m’étais empressé d’effacer. C’est dans ces commentaires qu’il s’était mis à signer de son vrai nom, nom que j’avais effacé dès cette époque, mais que j’avais naturellement utilisé en janvier 2009, lors de l’épisode où furent proférées les injures qui me sont reprochées, puisque je savais qu’il n’en faisait plus mystère. Du second commentaire, je n’avais lu que le mot connard, écrit en lettres capitales. Ce seul gros mot m’avait suffi, je n’avais pas pris la peine de lire le reste, effacé aussitôt. Je le regrette un peu, parce qu’un autre internaute, qui avait signé du nom de Pierre, m’avait alors écrit ceci : « Quel dommage d’avoir caviardé le commentaire du futur vétérinaire, qui montrait qu’il a, non seulement une plume, mais aussi des couilles. » En réalité, si je regrette d’avoir effacé ce commentaire, c’est surtout parce que Monsieur Véto, en utilisant ce mot de connard, y proférait vraisemblablement lui aussi au moins une injure à mon encontre. Je ne puis néanmoins pas en jurer, puisque je n’avais pas lu ledit commentaire à l’époque. Il est donc également possible que ce mot de connard fut appliqué à un autre que moi, même si cela me paraît peu vraisemblable. Si je n’avais pas effacé ce commentaire, j’aurais peut-être eu une autre preuve de la malveillance et de la mauvaise foi de Monsieur Véto, qui prétendrait donc me reprocher de lui avoir fait publiquement ce que lui aussi des mois plus tôt. Il est vrai que connard est une bien plus petite injure que celles qui me sont reprochées. Mais bon… J’ai encore l’adresse électronique de l’internaute qui regrettait que j’aie effacé le ‘‘couillu’’ commentaire de Monsieur Véto. Peut-être pourrais-je lui écrire pour lui demander s’il se souvient de son contenu, de ce bel adjectif qui m’était peut-être destiné, et si, en cas de nécessité, je pourrais compter sur son témoignage. Mais c’est peut-être beaucoup demander, beaucoup espérer, et même craindre plus qu’il ne faut, sans doute, car la situation me semble loin d’être si grave qu’on pourrait le croire, pour l’instant. D’ailleurs, aux lecteurs qui disent être consternés par ce qu’il m’arrive, il me faut dire qu’à strictement parler : il ne m’est rien arrivé. Et j’espère qu’il ne se passera rien d’autre. J’ai l’intention d’écrire à Monsieur Véto pour lui demander de retirer sa plainte, si c’est possible. Peut-être a-t-il une conscience, après tout, et non pas seulement bonne conscience. On peut toujours rêver. De toute façon, je le remercie au moins pour une chose : j’espère pouvoir me souvenir toute ma vie de son mauvais exemple. Moi aussi, pour d’autres raisons, j’ai été très tenté de dénoncer quelqu’un que je n’aime pas. J’espère sincèrement ne jamais tomber aussi bas, aussi bas que Monsieur Véto, même si la tentation en est grande, parfois. J’ai plusieurs fois déjà failli le faire. Je m’éviterai aussi le ridicule. Car Monsieur Véto n’est que cela, un ridicule. Les policiers eux-mêmes, qui m’ont confié traiter une telle affaire pour la première fois de leur carrière, en semblaient embarrassés. Je ne veux pas donner l’impression de me défiler en me faisant passer pour la victime, au moins moralement, de Monsieur Véto. J’écrivais hier que ce journal était d’un ironique. Je crois que j’ai toujours pensé que l’homme était foncièrement mauvais. Monsieur Véto, qui est un type humain désormais, et non plus seulement ma victime, en est la preuve vivante. Mais parce que je suis des hommes celui que je connais le mieux, même si je me connais fort peu, finalement, je me suis choisi pour sujet, afin de donner à voir toute cette malignité, toute cette crasse humaine, d’où il peut tout de même arriver, par bonheur, que perce un brin de muguet, comme hier soir celui de Tityre, que se dessine un sourire, que s’entrouvrent des lèvres, que se ferment des bras ou que s’écrivent des phrases. C’est hier que j’étais abattu. Ce soir, je suis tout joyeux d’avoir trouvé de nouveaux aliments pour ce journal. Osman m’attend qui doit retrouver un possible plan dans un bar. Je continuerai donc demain, si l’alcool ingurgité cette nuit ne me terrasse pas dans la journée.
23:17 Publié dans 2009, Journal, Monsieur Véto | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note