23/11/2009

Lundi 23 novembre 2009

            J’aurais voulu écrire plus tôt dans ce journal le compte rendu de la trente et unième séance chez Tirésias (qui a eu lieu mardi 17 (la trente-deuxième étant déjà prévue pour demain)), mais je ne savais pas comment m’y prendre pour ne froisser personne (ce qui, de toute façon, est impossible). Lors de cette séance, en effet, j’ai commencé par parler de choses qui ne me concernent pas directement moi, mais un être qui m’est très cher, qui connaît l’existence de ce journal et continue peut-être à le lire. C’est à cause de ce blogue, par exemple, que ma sœur Laura (puisque c’est d’elle qu’il s’agit) avait découvert, il y a quelques années, la séropositivité de ma sœur Julie, ce qui n’était sans doute pas la meilleure façon de l’apprendre. De manière générale, l’existence de ce blogue ayant été révélée par Mnasyle à mes amis (que j’aurais préféré qui en restassent dans l’ignorance), j’éprouve de plus en plus souvent de scrupules à écrire ici certaines choses. Ce journal a même fini par devenir l’objet de disputes avec certains de mes amis, disputes dont c’est souvent moi qui suis à l’origine. Car je ne comprends absolument pas que mes familiers se permettent de lire mon journal, même s’il est vrai que j’aurais toujours la possibilité de ne pas le publier, si vraiment je ne voulais pas me sentir (comme c’est actuellement le cas) épié par eux. Bien sûr, je comprends que la tentation soit grande de le lire et j’étais moi-même un lecteur assidu de celui de ma sœur, lorsque j’étais adolescent, ce qui m’a donné l’occasion de beaux fous rires, lorsque je m’amusais à faire des allusions très précises aux mésaventures de celle-ci, pendant les repas, ce qui la mettait d’autant plus hors d’elle qu’elle ne comprenait pas (peut-être parce qu’elle ne pouvait s’empêcher d’avoir confiance en moi) que j’avais tout simplement profané le secret du gros cahier qu’elle cachait sous son matelas : sans doute me prenait-elle pour un extra-lucide ! Il est probablement très naturel de céder à la tentation, mais il me semble que la moindre des choses serait d’en avoir honte et de s’en cacher. Ce n’est pas parce que la possibilité est si facilement offerte à mes amis de lire mon journal qu’ils en ont le droit. Bien sûr, la loi ne le leur interdit pas, puisque j’ai fait le choix de le publier. Mais c’est une chose que d’être lu par des inconnus ; c’en est une autre de l’être par ses proches. Je ne comprends pas que leur conscience le leur permette. Ce n’est pas moi qui suis impudique, c’est eux qui sont indiscrets. Mais comment le leur faire comprendre ? Ils n’ont aucune morale, non seulement parce qu’ils n’ont aucune culture, mais encore parce qu’ils sont à peine civilisés, pour la plupart. Je trouve parfaitement indécent qu’ils se permettent de me parler du contenu de ce journal, ou qu’ils m’annoncent, complètement hilares, qu’ils ont prévu de lire mes dernières observations lors de leur prochaine connexion à Internet, alors que je ne cesse de leur demander de ne plus le faire. Et j’ai beau les prier de rester discrets quant à l’existence de ce journal, ils l’évoquent sans même s’en rendre compte devant des gens que je viens à peine de rencontrer. Un tel mépris pour ma personne est l’une des raisons qui m’ont fait écrire plusieurs fois dans ce journal que mes ami n’étaient pas de vrais amis, mais qu’ils étaient seulement à l’amitié ce qu’à l’amour les fuckbuddies. Je les fréquente comme je vais baiser : parce que je suis un homme et que ma nature humaine me pousse à avoir des relations, sexuelles ou d’amitié, peu importe. Finalement, j’ai demandé à Laura si elle me permettait de rapporter ici le mauvais coup que lui a fait mon père, dont j’ai parlé à Tirésias. Je le ferai donc, puisque j’en ai la permission, mais demain seulement.

22:45 Publié dans 2009, Journal, Laura, Ma soeur, Mnasyle, Mon père, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

09/10/2009

Jeudi 8 octobre 2009

            En dînant avec Alfred, mardi soir, chez ma sœur (car il est de nouveau possible à Julie de le fréquenter depuis qu’elle a quitté le grand con, qui était tellement jaloux qu’il avait voulu, découvrant qu’elle lui avait téléphoné, ‘‘casser les genoux’’, selon ses propres termes, à ce pauvre Alfred), j’en ai appris une autre bien bonne sur ledit grand con. Alfred connaît à peu près tout le monde à Mont-de-Marsan, et pas seulement à Mont-de-Marsan, d’ailleurs : ne s’est-il pas vanté, au cours du repas, d’avoir été longtemps l’amant de la fille d’un député du cru (l’autre grand amour de sa vie, paraît-il, avec ma sœur, que tout le monde semble d’ailleurs aimer, en ce moment, tant elle a de prétendants, dont le meilleur ami d’Osman, depuis peu, qui est fort beau…), ce qui lui donna l’occasion de rencontrer parfois tel ancien premier ministre ou tel président de conseil général dont Phidippide aime à dire qu’il le connaît assez bien lui aussi, depuis l’époque où il militait dans un certain parti politique. (Quelle déception, d’ailleurs, que ce Phidippide ! Je lui avais beaucoup confié les reproches que je faisais souvent à Tityre, par exemple, d’avoir couché avec Camille, alors qu’il m’en savait épris. Phidippide avait prétendu être aussi atterré que moi par la fausseté de Tityre, qui s’était longtemps comporté avec moi comme si de rien n’était, tentant de me cacher cette bassesse même après que je l’avais apprise, bien plus tard, de la bouche de Camille. Phidippide était différent, lui, c’est du moins ce qu’il m’assurait, et c’est pourquoi il avait également été scandalisé, sans en être surpris du tout, de la fausseté des déclarations d’amitié du terrible Cléomédon, qui venait tout juste, sans même attendre que mon odeur ait quitté la peau du beau Mnasyle, que j’avais un peu vite chassé hors de mon lit, de le prendre pour laisser à son tour sur lui sa salive, à côté de la mienne encore humide ! Ah ! Ce n’est pas Phidippide qui se serait si mal comporté avec moi, lui qui m’était un véritable ami, me jurait-il, contrairement à ces Tityre et ces Cléomédon, qui ne sont que des vieillards ou des lubriques ! Je suis tombé de bien haut quand Aribaze, sur lequel il était notoire que j’avais des vues, m’a confié que la veille d’une coucherie que j’avais eue avec Phidippide, c’était avec lui que ce dernier avait couché, lui faisant promettre de ne rien me dire, ce qu’Aribaze, en véritable ami, lui, s’était empressé de me rapporter, le plus naturellement du monde et pour notre plus grand rire, puisque nous nous étions aperçus que n’ayant pas pu tout faire avec l’un, qui n’avait été que passif avec lui ce soir-là, c’était par l’autre que Phidippide s’était fait enculer : le lendemain ! Moi qui avais cru pouvoir faire de lui un nouveau meilleur ami, maintenant que don Esteban n’est plus aussi près de moi que je le voudrais, je m’aperçois qu’il était en réalité le pire de tous ! C’est le plus faux, le plus immoral et surtout le moins excusable, parce qu’il se pique d’avoir un certain vernis de culture, grâce auquel il devrait donc être le mieux armé de mes amis pour se conduire le moins mal. Ce qui me fâche le plus n’est pas tant le fait que Phidippide ait couché avec un garçon sur lequel il savait que j’avais des vues que le secret qu’il a voulu m’en faire, alors que je lui avais dit d’abord combien j’avais été blessé que des amis ou prétendus tels m’aient délibérément laissé dans l’ignorance où j’étais de leur traitrise. (Ma sœur me demande comment il se fait que je ne cherche pas davantage à rencontrer l’âme sœur. C’est à cause de mes amis ! J’en suis à me demander s’il me faudra leur cacher ma prochaine conquête, pour être sûr de ne pas en être aussitôt dépouillé !) Je ne sais si c’est parce que j’ai le sentiment que le fruit que je convoitais a été gâté par l’avidité de Phidippide, comme j’ai dit un soir à ce dernier, mais Aribaze n’a plus sur moi l’attrait des premiers jours. Au contraire, j’ai désormais le plus grand mal à en supporter seulement la présence. Ma sœur m’a dit qu’elle avait été interloquée par mon comportement avec lui lors d’un dîner que donnait chez lui Tityre, samedi dernier, durant lequel je me serais montré un peu dur… J’aurais dit à Aribaze que je trouvais qu’il était une ‘‘agression permanente’’ et, comme il se demandait s’il resterait en France après avoir terminé sa formation d’élagueur (car il a de l’ambition et ne veut pas rester dans sa condition de bûcheron !), je lui aurais conseillé de retourner dans son pays, tant me paraissait évidente son inadaptation au nôtre. « Mais le problème, a-t-il répondu, c’est qu’il n’y a pas d’arbres à élaguer là-bas », ce qui, je crois, n’est pas vrai. Plus tard dans la soirée, mais chez Osman, cette fois, où nous étions allés continuer à boire, Aribaze m’a mis tellement hors de moi, que j’ai préféré partir avant d’imploser où de me jeter par la fenêtre. Mon humeur s’était déjà passablement dégradée depuis que le sublime Callias, qui nous avait rejoints avec un sien ami chez Osman, était reparti sans me dire au revoir, une fois de plus, alors qu’il l’avait fait même à ma sœur, qu’il avait pourtant rencontrée pour la première fois ce soir-là. Cette contrariété et les pitreries incessantes d’Aribaze ont fini par m’achever. Mes amis sont habitués à ces départs soudains dont ils ont fait un sujet de plaisanterie : « Arrêtez, disent-ils souvent, sinon Olivier va s’en aller ! », « Attention ! Taisez-vous, ou Olivier va partir ! »… (Telle pourrait être ma définition : Olivier, celui qui s’en va… Aphanisme est le sous-titre de ce blogue.) J’aurais d’ailleurs mieux fait de rester, parce que le bel Ascagne, peu après avoir fermé son bar, a rejoint la compagnie que je venais de quitter pour passer avec elle le reste de la nuit. Tout le monde, sauf peut-être Tityre, a finalement couché chez Osman, dont Ascagne, donc, qui est beau comme… comme… comme un barman, et près de qui j’aurais peut-être pu dormir, moi aussi, quoique sans doute assez inconfortablement, puisqu’il m’a rapporté hier soir qu’il avait tout de même vomi trois fois cette courte nuit-là. Je crois savoir que c’est au cours de cette soirée que ma sœur est devenue l’amante du meilleur ami d’Osman.) Alfred donc, qui connaît tout le monde, nous disait qu’il avait entendu dire à un agent immobilier que le grand con, environ deux semaines avant d’être quitté, avait cherché à savoir si les propriétaires ne voulaient pas vendre l’appartement que venait de quitter son frère et qui se trouve à côté de celui de ma sœur. (C’est d’ailleurs à cause de ce voisinage que tout a commencé pour cette dernière. Le grand con l’avait aperçue depuis le balcon de l’appartement de son frère. Il avait vite appris qu’elle était propriétaire du sien, ce qui signifiait dans son cervelet gigolétique qu’elle était solvable, et c’est ainsi qu’il lui a mis le grappin dessus, entrant du jour au lendemain dans sa vie et réussissant vite, grâce à quelques bouquets de fleurs et coups de bite bien envoyés, à se faire entretenir par elle pendant deux ans.) Si le grand con s’était informé de l’intention des propriétaires de l’appartement qu’avait occupé son frère, c’était parce que ma sœur, a-t-il prétendu, envisageait de le racheter, pour agrandir le sien ! Que tramait-il encore ? Telle était sa façon de procéder : il semait le trouble dans les esprits, en prêchant souvent le faux, pour s’assurer de nouveaux appuis. Il est ainsi plus que probable qu’il a imaginé que Pharnace, ce patron de bar qui m’est tellement antipathique, lui avait dit que je faisais la pute à Toulouse. C’était simplement pour me faire croire que je pouvais compter sur lui, ce grand con qui n’hésitait pas à me rapporter ce qui se disait de pire sur moi. On est toujours tenté de croire davantage ce dont on est le plus blessé. Ce faisant, il se rendait indispensable, car je fais partie de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de chercher à savoir ce qu’on pense d’elles… De même a-t-il très probablement inventé que des gens qui savaient ma sœur séropositive changeaient de trottoir lorsqu’ils la croisaient dans la rue. Une telle révélation, contribuant à ébranler l’une, consolidait d’autant le soutien que voulait lui être l’autre : non seulement il ne changeait pas de trottoir, lui, mais encore dormait-il tout contre elle ! Prétendre que Julie était assez prospère pour vouloir agrandir son appartement, c’était faire croire au monde que lui-même ne manquait pas d’argent, et qu’on pouvait donc lui faire confiance en affaires, qu’il menait pourtant de façon désastreuse. Tous autant que nous sommes, nous avons été pigeonnés par ce remarquable imposteur et néanmoins minuscule escroc.

 

02:46 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Callias, Camille, Cléomédon, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Pharnace, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

18/09/2009

Jeudi 17 septembre 2009

            La vingt-sixième séance chez Tirésias aujourd’hui fut sans doute celle où j’ai le moins parlé. Mes phrases, dont je peinais à trouver l’‘‘inspiration’’, étaient séparées par de très longs silences. Je n’ai absolument rien dit de nouveau mais n’ai fait que répéter, me semble-t-il, des choses que j’avais déjà dites. J’ai commencé par raconter que je suis sorti hier soir avec Thessalonice, Bérélise et ma sœur. Nous sommes allés dans le bar que tient le bel Ascagne. (Long silence.) Il y avait dans ce bar un jeune-homme qui me plaisait. (Long silence.) Pourtant, depuis Mnasyle, j’ai rarement envie d’avoir des relations physiques. Je ne vais même plus chatter, comme il m’arrivait parfois, pour faire des rencontres sexuelles. (Long silence.) Je supporte toujours aussi mal la proximité physique de ma mère. Quand elle est à côté de moi, j’ai toujours peur qu’elle m’effleure par inadvertance. Dans ces moments-là, toute mon attention est focalisée sur les moindres gestes de ma mère, à cause desquels elle pourrait me toucher sans le vouloir (car je le lui ai bien sûr interdit). Tirésias me demande d’en dire plus sur ce que je ressens dans ces cas-là. (Long silence.) « J’éprouve à la fois le besoin de prendre la fuite…et… et une sensation de dégoût… (Dit dans cet ordre : fuite, dégoût.) – Oui, à la fois du dégoût et quoi d’autre ? – Du dégoût et le besoin de fuir. – Vous ressentez à la fois le besoin de fuir, dites-vous, et quoi d’autre ? – Vous avez raison, je me suis mal exprimé. Le besoin de fuir est la conséquence de mon dégoût. Je n’aurais pas dû dire ‘‘à la fois’’, qui vous a fait croire que j’allais ajouter quelque chose en balancement de ce que j’avais déjà dit. » Suit encore un silence pour le coup réellement à la fois buté et gêné de ma part. Puis Tirésias me délivre en disant ceci : « Vous éprouvez à la fois le besoin de fuir votre mère et la sensation d’être happé par elle. » Je réprime alors difficilement un rire nerveux. « Vous devez avoir raison. D’ailleurs, j’ai les mêmes sortes de sentiments avec mes relations amoureuses. J’ai tendance à fuir ceux qui m’attirent, comme je fuis en ce moment Aribaze. – Ouiiii ! Ouiiii, très bien ! Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. » Ouf ! Je ne comprends pas pourquoi j’ai tellement peiné à dire cette chose que j’ai déjà plusieurs fois écrite dans ce journal et même dite à Tirésias lors d’autres séances. Se peut-il que des choses dont l’analyse a permis de prendre conscience (en l’occurrence, le fait que je ne supporte d’être sous l’emprise de personne, ni de ma mère, ni d’un Aribaze) soient de nouveau refoulées au cours même de l’analyse ? Et pourquoi cela ? Est-ce que cela signifie quelque chose ? Il faudrait que je pose la question à Tirésias la prochaine fois. Cela me fera au moins une chose à lui dire. Ou si je ne veux pas admettre que je suis, horresco referens, attiré, mais oui, ce doit être ça, je m’en rends compte en l’écrivant, que je suis attiré par ma mère ? Quelle horreur ! J’avais d’abord parlé de mon besoin de fuir. La tournure commençant par les mots ‘‘à la fois’’ annonçait en balancement du premier, un second élément, paradoxal. Or j’ai parlé de dégoût, qui ne peut être, en bonne logique, que la cause du besoin que j’éprouve de prendre la fuite. Ce qui aurait dû venir en balancement des premiers termes, c’est quelque chose comme leur contraire. Mais qu’est-ce que ce peut bien être que le contraire de fuir ? Se réfugier ? Est-ce que j’aurais aussi le désir de trouver refuge dans les bras de ma mère, ces bras dont je ne supporte pas le contact ? Je n’arrive pas à croire que, même inconsciemment, j’éprouve un désir si contraire à mes instincts. Comment pourrais-je désirer d’être embrassé par ma mère (pris dans ses bras), alors que je ne supporte pas son emprise, pas même un simple baiser sur la joue ? Par contre, il est possible que, pour avoir eu une telle mère, j’aie manqué d’une mère, c’est-à-dire d’une véritable mère, dans les jupes de laquelle j’aurais pu trouver refuge.

01:35 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Bérélise, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Thessalonice, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

10/09/2009

Jeudi 10 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-cinquième séance chez Tirésias. Inconsciemment, j’avais décalé mon rendez-vous d’une heure, auquel je suis donc arrivé très en retard. « Pensez-vous que c’est un acte manqué, ai-je demandé à Tirésias. – Je ne sais pas. Dites-moi ce qui vous fait croire qu’il s’agit peut-être d’un acte manqué. – Depuis quelque temps, je me demande ce que je vais bien pouvoir vous raconter pendant ces séances. – Alors il s’agit bien d’un acte manqué. » Suis sorti hier avec ma sœur et des amies. Avons parlé de sexe. Les femmes sont vraiment très crues quand elles parlent de sexe. Vie sexuelle apparemment très active de ma sœur, contrairement à moi, qui n’ai pas très envie d’aventures depuis Mnasyle. (A cause de mes ‘‘amis’’, qui voudraient tous me voler les garçons sur lesquels j’ai des vues.) J’ai tout de même rencontré Aribaze, à qui je plais et qui me plaît aussi. Mais je remets à plus tard le début d’une éventuelle relation entre nous. (Nous n’avons pas même eu de relation sexuelle.) Aribaze pourrait me convenir parce qu’il a un très fort caractère, grâce auquel il est bien armé pour supporter le mien. Mais il me déplaît de l’avoir rencontré par l’intermédiaire de mes ‘‘amis’’. J’ai peur de me le faire voler. Je ne me sens pas à la hauteur d’une telle compétition. Dans le même temps, je trouve cette compétition indigne de moi. J’aime encore mieux laisser un garçon qui me plaît à ceux qui veulent me le prendre. C’est d’ailleurs ce que j’avais fait avec Camille et Mnasyle, le premier abandonné à ce chien d’Ascylte, le second abandonné à son sort, parce que les gens autour de moi m’avaient trop fait voir le désir qu’ils avaient pour lui. Tirésias : « ‘‘Laisser’’, ‘‘prendre’’… » Grand sourire de ma part : « Je me rends compte, en effet, que pour moi, ‘‘aimer’’, c’est posséder. » Et de fait, je ne suis sexuellement qu’actif, jamais passif. « Vous n’arrivez pas à vous faire posséder. – Non : je n’arrive pas à me donner entièrement. » Je ne supporte pas d’être sous quelque emprise que ce soit. L’emprise de ma mère a été absolue sur moi. Aribaze plaît beaucoup à cette dernière. Si Aribaze m’attire, c’est sans doute parce qu’il n’est pas attaché exclusivement à moi. Je sais qu’il a couché avec Phidippide et un garçon que nous avons rencontré à la fameuse plage des Casernes, à Seignosse, dont tous ne cessaient de me parler et que je ne connaissais pas. La saine ‘‘infidélité’’ d’Aribaze me rassure. Qu’il ne soit pas attaché exclusivement à moi me permet de ne pas me sentir trop lié à lui, trop sous son emprise. De même, son désir de retourner en Nouvelle-Calédonie, d’où il est, me fait penser qu’il ne risque pas de s’installer définitivement dans ma vie. Mon père était très infidèle. Ai-je le sentiment que ma mère attend de moi que je sois fidèle à Aribaze (qui lui plaît tellement, comme elle me l’a bien fait comprendre) ?

03:12 Publié dans 2009, Aribaze, Ascylte, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Mon père, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

15/08/2009

Vendredi 14 août 2009

            Rien n’a vraiment changé depuis deux mille ans que le pauvre Catulle est mort. Carmina, 15 : « Conservues puerum mihi pudice, / Non dico a populo ; nihil ueremur / Istos, qui in platea modo huc modo illuc / In re praetereunt sua occupati ; / Verum a te metuo tuoque pene / Infesto pueris bonis malisque. » Carmina, 21 : « Pedicare cupis meos amores. / Nec clam ; nam simul es, iocaris una, / Haerens ad latus omnia experiris. » Combien étaient-ils donc, nec clam, sans s’en cacher du tout, à tenter un rapprochement avec Mnasyle, le soir où nous nous séparâmes, lui et moi, mais avant que nous le fussions ! Et quand nous le fûmes, il n’a pas dû s’écouler plus d’une heure avant que quelqu’un l’eût ‘‘pédiqué’’, c’est-à-dire avant qu’il lui eût été fait ce qu’on fait aux garçons ! Car Tityre et Osman, avec qui j’ai reparlé hier soir de ma séparation d’avec Mnasyle, continuent de penser, malgré les dénégations de ce dernier, qu’il a couché avec Cléomédon après avoir été chassé de chez moi. (Si, par la suite, il a prétendu le contraire, c’était probablement, m’ont dit Tityre et Osman, de peur que son cocu, venant lire encore ce blogue, n’apprît qu’il avait été doublement cocufié.) Mais ce n’est pas cela qui m’attriste le plus. Après tout, c’est moi qui ai mis fin à ma courte histoire avec Mnasyle, qui n’était sans doute pas fait pour moi et qui, de toute façon, vieillira mal : c’est un de ces faux maigres qui deviendra très gros, comme c’est par exemple déjà le cas du pauvre Damis. Non, ce qui m’attriste, c’est que Tityre et Osman ne comprennent pas que je puisse en vouloir à Cléomédon de la rapidité avec laquelle il s’est emparé de ce que j’avais possédé. Bien sûr, il y en aura toujours qui viendront ramasser les miettes ! C’est dans l’ordre des choses… Mais il me semble qu’on pourrait avoir la décence d’attendre que mon odeur ne soit plus sur la peau de celui qu’on me prend : que mon foutre ait au moins eu le temps de sécher ! J’avais quitté Mnasyle, m’objecte-t-on, il ne m’appartenait donc plus, par quoi l’on doit comprendre qu’il appartenait à tous. Admettons… Mais n’a-t-on jamais entendu parler des querelles d’amoureux ? S’il est fréquent que des amoureux se séparent, c’est souvent pour se remettre ensemble. C’est généralement le temps de quelques heures, de quelques jours, tout au plus. Ces premières heures, ces quelques jours n’étaient pas encore écoulés, qui auraient pu dire au monde que Mnasyle et moi n’étions réellement plus ensemble. Mais Cléomédon n’a pas respecté ce laps de temps qui nous appartenait, à Mnasyle et moi. Ces heures nous étaient d’autant plus nécessaires que nous nous étions séparés en étant sous l’empire de la colère et surtout de l’alcool. Notre querelle d’amoureux était une querelle d’ivrognes ! On ne nous a pas même laissé le temps de décuver. Heureusement que ce n’était qu’une amourette ! Mais comment donc pourrais-je prendre pour un ami quelqu’un qui me prend mes amourettes ?

01:50 Publié dans 2009, Cléomédon, Journal, Mnasyle, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

09/08/2009

Samedi 8 août 2009

            Pardonne-moi, journal, et toi, mon blond lecteur, si j’ai moins donné, ces derniers temps, le spectacle de ma dissolution. A cause de l’indiscrétion du petit Mnasyle, qui était venu s’y répandre après que je l’avais chassé de chez moi, le fameux soir où, m’avoua-t-il par la suite, dans l’une de nos dernières conversations, il n’avait finalement pas couché avec le terrible Cléomédon, contrairement à ce que m’avait fait croire Tityre, dont c’est apparemment le jeu favori de m’égarer dans la brume qu’il s’amuse à souffler sur moi, la foule où se dissout ma vie ayant entendu parler de ce blogue, j’aime mieux, le temps de l’en faire oublier, ne plus trop y écrire. Et d’ailleurs, qu’y pourrais-je dire de nouveau ? C’est la même histoire qui semble devoir se répéter indéfiniment : sans encore connaître son nom, son visage, son parfum, la couleur de ses yeux, le son de sa voix, je sais déjà que le prochain garçon que j’aimerai, et qui m’aimera, me fera sérieusement m’agiter du bocal avant même d’avoir passé un nycthémère entier près moi. Et s’il ne me fuit pas avant la fin d’un second, c’est, comme je fis avec Camille, comme avec Mnasyle, c’est moi qui le chasserai ou le pousserai dans les griffes de ces hyènes, de ces charognards ou de ces piteux ramasseurs de miettes que sont tous les pédés, mes semblables, que je laisse graviter autour de ma pauvre existence, parce que je voudrais apprendre à voler comme eux, ces vautours.

01:30 Publié dans 2009, Camille, Cléomédon, Journal, Mnasyle, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

25/07/2009

Vendredi 24 juillet 2009

            J’ai retenu du dîner de ce soir, chez Tityre, que, si j’étais le seul à ne pas partager l’avis de tous les autres convives, ce ne pouvait être que parce que j’étais quelqu’un d’in-to-lé-rant ! J’ai d’autre part appris qu’après avoir été mis à la rue par moi l’autre nuit, Mnasyle était allé trouver refuge auprès de Tityre, chez lequel il avait couché… avec le terrible Cléomédon… qui m’expliquait, deux jours plus tard, comme il était en train de m’annoncer qu’il me considérait désormais comme l’un des siens, c’est-à-dire comme un membre à part entière de l’étroite société de ceux à qui va la préférence de Tityre et de lui, que, bien qu’il formât avec le beau Clinias un couple libre, il ne supporterait pas de voir ce dernier coucher avec l’un de ses amis. Ce que j’avais pris d’abord pour une déclaration d’amitié n’était donc sans doute qu’une mise en garde : Cléomédon me faisait gracieusement savoir, avant même que je l’eusse appris, que ce n’était pas parce qu’il avait couché avec mon Mnasyle que je devais croire pour autant qu’il m’était permis d’approcher son Clinias ! Mon amie Myriam, qui lit ce blogue, me dit que tous ces gens que je fréquente ne lui semblent pas être des gens fréquentables.

03:50 Publié dans 2009, Cléomédon, Clinias, Journal, Mnasyle, Myriam, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

23/07/2009

Mercredi 22 juillet 2009

Cette après-midi, vingt-deuxième séance chez Tirésias, que je vois peu pendant ces mois de vacances, durant lesquels il prend beaucoup de repos. Nouvelle preuve du mieux social que j’ai pu observer en moi : pour la première fois de ma vie, j’ai ‘‘fait’’ les fêtes de la Madeleine, presque entièrement, c’est-à-dire toutes les nuits, sauf la première, et en portant à chaque fois, du moins en haut, le costume rouge et blanc des festayres. Ces fêtes ont pris fin cette nuit. Mnasyle y est venu, pour passer deux jours avec moi. A la soirée chez Osman, j’ai senti que plusieurs des pédés qui étaient invités (non pas des amis directs, mais des amis d’amis) avaient espéré me prendre Mnasyle, ce que m’a confirmé Phidippide, qui a surpris quelques conversations absolument navrantes et dans lesquelles il fut fait montre du plus grand mépris à mon égard. Mon humeur s’en est beaucoup assombrie et j’ai fini par me sentir obligé de me mettre en colère contre Mnasyle, parce qu’il ne cessait de dire à qui voulait l’entendre qu’il ne savait pas s’il allait quitter son ami de Pau, ce que je trouvais insultant pour moi, qu’il n’était donc pas sûr d’aimer autant qu’il le montrait (car j’ai déjà dit qu’il était très démonstratif), ce que je puis comprendre, bien sûr, mais qu’il aurait tout de même pu garder pour lui, plutôt que d’en faire la confidence à tous mes amis ! J’ai perdu mon sang-froid quand je me suis aperçu, durant l’explication que je tentais d’avoir avec lui, que Mnasyle ne me laissait jamais le temps de seulement dire une phrase entière ! Même et surtout dans les disputes, ce garçon est un véritable moulin à paroles ! Perdant patience, j’ai préféré rompre avec lui et l’ai donc traîné de chez Osman jusque chez moi, pour avoir le plaisir de le jeter dehors, avec toutes ses affaires, geste absurde, que je regrette beaucoup à présent, mais j’avais énormément bu (comme d’ailleurs lui), ce qui n’est pas ma seule excuse, car je me permets de rappeler à mon blond lecteur que je dois également composer, sobre ou aviné, avec ma névrose, celle-là même qui me fait payer les consultations d’un Tirésias, à moi qui suis si pauvre ! J’ai l’impression de ne faire qu’aujourd’hui mon éducation sentimentale, ai-je encore confié à ce dernier. Mais c’est vraiment très décourageant, tous ces échecs, si rapides à chaque fois, et avec des garçons qui me plaisent tant, et à qui je plais aussi. Cette fois-ci, j’avais réussi à dormir sans grande difficulté avec Mnasyle durant la première nuit (la seconde ayant été celle de notre séparation). Sans doute cette facilité s’explique-t-elle, il est vrai, en vertu du principe que j’ai relevé lors de la précédente séance chez Tirésias, selon lequel je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme j’ai fini par sentir que c’était le cas de Mnasyle, à qui son cocu ne cessait de téléphoner, ce qui me donnait l’impression que, même s’il était assis à mon côté pendant ses conversations avec l’autre, il n’était pas vraiment avec moi : quelque chose, quelqu’un, c’est-à-dire son ami de six ans, l’appelant loin de moi, l’empêchait d’être tout à moi, ce que  ressentant, je me trouvais paradoxalement, c’est-à-dire ‘‘névrotiquement’’, rassuré : s’il n’était pas tout à moi, c’est que je n’étais pas tout à lui, et je pouvais donc dormir avec Mnasyle sans risquer de m’en sentir étouffé, contrairement à la dernière fois : je n’étais au contraire pas loin d’avoir besoin de dormir avec lui, pour posséder davantage ce que je sentais m’échapper. Ces expériences ne sont pas des échecs, me dit Tirésias, mais des leçons à retenir, pour ne plus reproduire les mêmes erreurs à l’avenir, pour avancer, pour aller mieux. C’est d’abord par amour-propre que je me suis mis en colère contre Mnasyle : je n’ai pas supporté qu’il se demande, devant une bande de pédés qui semblait elle-même penser que je n’étais pas assez bien pour lui, qui était le plus désirable de son amant palois ou de moi. Je me suis senti mésestimé, méprisé. Encore une fois, c’est à cause du sentiment que j’ai qu’on a de ma valeur que je perds le contrôle de mes angoisses. J’ai bien trop d’amour-propre et manque encore de beaucoup d’assurance, pour arriver à plus de détachement quant à cette question finalement sans importance : qu’importe donc en effet ma valeur, puisque le temps passe ? Tout se dégrade. Le cocu du Béarn a rapidement compris qui j’étais parmi les ‘‘amis’’ de Mnasyle sur son Facebook. Il a dû taper ensuite mon nom dans Google et trouver ainsi l’adresse de ce blogue, dont il a parlé à son amant, qui s’est ensuite empressé d’en parler à son tour à mes amis, qu’il est allé retrouver l’autre soir après avoir été mis à la rue par moi. Tityre, Osman, Cléomédon, Parthénie, Damis et tous les autres connaissent donc désormais ou connaîtront très bientôt l’existence de ce journal. J’ai ressenti hier soir comme du reproche dans la voix de quelqu’un, chez Tityre, qui me parlait de mon blogue comme s’il m’avait pris en faute en en apprenant l’existence, comme si j’avait tout fait pour le cacher et que j’avais été enfin découvert. Mais c’est absurde. Je publie ce blogue, que je signe de mon véritable nom. Je ne vois donc pas comment on pourrait croire que j’ai voulu me cacher. Mais il est vrai que j’avais pris le parti de ne jamais en parler à mes familiers, dans l’espoir de les en laisser ignorants, afin de pouvoir parler d’eux ou des sentiments qu’ils m’inspirent le plus librement possible, c’est-à-dire loin de leurs regards. Parviendrai-je à rester aussi sincère à l’avenir ? Je ne sais… Il n’y a sans doute qu’à Phidippide que j’avais parlé de ce blogue, parce qu’il pourrait être mon avocat, si la plainte que le grotesque Monsieur Véto (instrumentalisant la justice dans le but de me nuire) a portée contre moi aboutissait à mon procès !

03:22 Publié dans 2009, Cléomédon, Damis, Mnasyle, Monsieur Véto, Osman, Parthénie, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

18/07/2009

Vendredi 17 juillet 2009

            Que je dise à présent avec quel genre d’individu ma sœur partage sa vie. Cyrille n’a pas voulu être du dîner que donnait Julie lundi dernier pour fêter son anniversaire : ne voulant pas voir l’une des invités, avec laquelle il est en froid, il a préféré aller passer la soirée chez l’un de ses frères. Mais comme ce frère s’est couché tôt, le grand C s’est retrouvé seul à attendre dans sa voiture (celle de ma sœur, en réalité, puisque la sienne est en panne) que cette dernière lui téléphone pour lui annoncer le départ de ses hôtes. A minuit, c’est lui qui a téléphoné, parce qu’il n’en pouvait plus d’attendre dans la voiture. Ma sœur l’a envoyé paître : il lui avait déjà gâché le jour où elle avait obtenu son diplôme, il n’allait pas non plus lui gâcher ses trente ans ! Vers une heure, il est entré dans l’appartement, sans avoir un regard pour personne. Il a seulement pris une cigarette dans le paquet de ma sœur, puis est allé s’enfermer dans la chambre. « Pourvu qu’il n’en ressorte pas avec son fusil », me suis-je dit. Le lendemain, mardi 14 juillet, c’était ma mère qui nous avait invités à dîner, pour fêter cette fois en famille l’anniversaire de ma sœur. Curieusement, il ne fut question à aucun moment du cadeau que lui avait fait Cyrille. Ayant revu Julie hier après-midi, je lui ai donc demandé ce que celui-ci lui avait offert. « Il doit m’offrir un CD, quand il aura de l’argent. Et autrement, il m’a offert il y a quelques jours une moto qui ne roule pas. Il devait la réparer, mais elle est toujours en panne. De toute façon, je lui ai demandé de la revendre, parce que je n’ai pas envie de payer ni le casque ni l’assurance. » Cyrille s’était offert il y a un peu plus d’un an une espèce d’épave roulante qu’il appelle une voiture de collection. Evidemment, il est impossible de faire un peu de route avec un tel véhicule, et encore moins d’y transporter le matériel nécessaire au fonctionnement de l’entreprise qu’il a créée il y a quelques mois. Il a donc acheté récemment un 4x4 d’occasion, mais qui est déjà en panne, comme je disais. Son entreprise bat de l’aile. Il a très rapidement employé trop de personnes. Je crois savoir qu’il ne pourra bientôt plus faire face aux nombreuses charges qu’impliquent pour son entreprise l’emploi de cinq bûcherons. Un ancien employé, qui ne travaille plus pour lui, le traîne déjà devant les prud’hommes. Un autre est prêt à témoigner en faveur du premier. Cyrille, qui est un vrai panier percé, a cruellement besoin d’argent. Il voudrait revendre sa ‘‘voiture de collection’’. Il en demande 3000 EUR. Comme elle ne les vaut pas, il ne trouve évidemment pas d’acheteur, pas même chez les amateurs, et il n’y a guère que des amateurs pour vouloir acheter de telles épaves. Peut-être Cyrille est-il un brave type (ce dont je dois dire que je doute beaucoup pour ma part, comme d’ailleurs la personne qu’il ne voulait pas voir lundi dernier, et précisément parce qu’elle nourrit de grands soupçons à son encontre, cause de leur brouille), mais il a tout d’un tocard ! Le plus attristant est qu’il est sans doute ce que sa famille a produit de plus évolué ! Il vit très clairement aux crochets de ma sœur. C’est un aventurier de bas étage, de province, sans aucune envergure, un menteur, un profiteur, probablement infidèle, et se permettant néanmoins d’être jaloux. Peut-être même est-il un peu pédé sur les bords, si j’en crois ce que m’avait dit Camille de l’épisode de la salle-de-bain. Cyrille me fait d’ailleurs parfois des descriptions un peu trop inspirées de tel de ses bûcherons, qui serait bisexuel et dans les bras duquel il voudrait me jeter… Tout cela est fort suspect. Mais je dois bien reconnaître à cet imposteur qu’abstraction faite de sa tête, il est plutôt bien fait. J’ai eu des nouvelles de ce chien d’Ascylte, autre grand imposteur devant l’éternel ! Il doit se faire opérer dans quelques jours de la vésicule biliaire, je crois, mais doit rester hospitalisé une bonne dizaine de jours, à cause du mauvais état général de sa santé. Le pauvre doit y subir aussi toute une série d’examens, dans l’espoir d’expliquer enfin l’inexplicable, c’est à savoir pourquoi, comment et peut-être aussi combien de temps peut exister, ou seulement tenir debout, une créature si évidemment peu viable que lui ! Il est malade. Tout dans son corps se dérègle, à ce qu’il me raconte. « J’ai peur », m’a-t-il dit, exactement en ces termes, qui ont l’impudeur du désespoir, « voudras-tu bien me rendre visite, pendant mon hospitalisation ? – Non, je n’ai pas assez d’argent pour venir à Bordeaux, et puis, de toute façon, j’ai rencontré quelqu’un. J’aime mieux passer du temps avec lui. » Je ne m’explique pas comment Ascylte peut croire encore à notre amitié, après tout ce qu’il m’a fait (le détournement de Camille), après les multiples déclarations de haine que je lui ai faites, après les menaces, le chantage, et surtout mon mépris, que je ne me donne même plus la peine de lui cacher. Quand je pense qu’il n’a pas seulement été capable de bander, la dernière fois qu’il est entré dans mon lit ! Et il ose se rappeler à mon souvenir, apparemment sans rougir du tout. Je ne le comprends vraiment pas. Peut-être est-il tout bêtement d’une connerie abyssale. Mon ami Phidippide, qui a été amené à le croiser quelquefois chez des amis d’amis, me dit que ce grotesque (il est d’accord avec moi sur ce point) est sans doute beaucoup plus vieux qu’il ne veut bien le reconnaître. Comment donc n’y ai-je pas pensé tout seul ? C’est pourtant l’évidence, et la preuve qu’Ascylte est, paradoxalement (c’est-à-dire malgré tout ce qu’il y a d’impuissance en lui), un imposteur de génie. (Il est vrai que Phidippide est une mauvaise langue : hier encore, il me disait avec un plaisir évident qu’il trouvait que j’avais beaucoup vieilli depuis un an que nous nous connaissons ! Il faisait plus particulièrement allusion à mes pattes d’oies, dont je ne saurais nier l’évidence, mais qu’il pourrait tout de même avoir la délicatesse d’ignorer… Plus je sors tard, plus je bois d’alcool, plus on fume autour de moi, et plus ces odieuses petites rides me paraissent voyantes le lendemain matin. Il faudrait que je ne rie plus du tout, ni même ne sourie ! Mais les occasions me semblent hélas justement chaque jour plus nombreuses de rire, non plus même de tous ces hommes auquel je me mêle de nouveau, mais de rire avec eux, parmi lesquels j’ai fini par trouver sans doute tout ce que je méritais d’amis ! C’est dire si je suis tombé bas !) C’est probablement parce qu’Ascylte a bien dix ans de plus qu’il ne le dit qu’il est déjà si décrépit ! Comme disait mon arrière-grand-mère, crois-le ou non, mon blond lecteur, mais Aschenbach agonisant dans le film de Visconti a encore l’air plus pimpant que mon Ascylte, qui se fait aux cheveux la même teinture d’un noir de jais, alors qu’il est déjà si pâle, puisque toujours malade ! C’est probablement la bonne humeur qui me fait écrire tant de méchancetés. Les fêtes de la Madeleine ont commencé aujourd’hui. Demain soir, après le dîner chez Tityre, je dois aller chercher à Pau le petit Mnasyle, pour le ramener avec moi à Mont-de-Marsan. Nous irons sans doute faire un tour à la fête, peut-être avec ma sœur, ou bien avec Phidippide, Osman, Tityre et compagnie. Dimanche, nous sommes invités à passer le début de la soirée chez Osman, où il devrait y avoir foule. (Je m’entends très bien avec Mnasyle. Il est une espèce de Damis que l’obésité de menacerait pas encore. Je perds un temps fou à parler avec lui sur MSN, à le regarder ‘‘en cam’’ me faire de grands sourires ou me montre sa queue. J’ai l’impression de le connaître depuis des lustres, alors qu’il ne doit pas y avoir plus de quinze jours.) A l’une de ses amies, qui lui conseillait de quitter son Cyrille pour quelqu’un de plus mûr, ma sœur, répondant que les hommes plus mûrs étaient généralement déjà mariés, a fait cette étrange confidence qu’elle avait depuis longtemps le pressentiment qu’elle terminerait sa carrière amoureuse en tant que la maîtresse d’un homme marié. Il me semble que c’est justement ce que je suis en train de devenir moi-même : la ‘‘maîtresse’’ d’un jeune homme (Mnasyle) déjà marié (c’est-à-dire lié à un autre homme depuis six ans déjà). Je m’amuse souvent à appeler l’amant de Phidippide ‘‘la légitime’’. La légitime refuse absolument de rencontrer personne et porte le même prénom que moi, ce qui excite encore un peu plus ma curiosité et mon désir de connaître un jour cette sorte d’alter ego, cette espèce de négatif de moi, qui ne suis, en l’occurrence, que ‘‘la favorite’’, condition qu’on pourrait croire préférable, mais dans laquelle je ne puis m’empêcher de finir par penser que, malgré tout ce qui fait mon charme, je suis apparemment entièrement dépourvu de ce qu’on recherche habituellement chez un homme pour en faire sa légitime épouse, si du moins mon lecteur veut bien me permettre de mélanger ainsi les genres, ce que, bien sûr, je ne fais que pour plaisanter, car il n’y a pas moins adepte que moi de la religion homosexualo-trans-genre et de toutes les bouffonneries conceptuelles que la fierté mal placée de ses disciples leur inspire. C’est simple, je crois bien que j’ai aussi peu d’affinités avec eux qu’avec les sectateurs de Mahomet. Si je ne craignais pas d’être encore convoqué par la police, qui est donc apparemment aussi une police de la pensée et lit peut-être toujours ces pages, j’écrirais à propos de ceux-ci comme de ceux-là que je ne comprends vraiment pas comment ils ne se sentent pas plus confus d’exposer si haut leurs fondements, que ce soit pour se soumettre davantage à leur Allah ou pour mieux se faire mettre après leur grand tralala. Parfois, je me dis que, si les mahométans se prosternent comme ils font, c’est pour enfouir leurs têtes dans le sol, pareils à des autruches qui auraient honte d’avoir la religion la plus conne du monde, comme je crois qu’avait dit Michel Houellebecq. Et d’autrefois, je souhaiterais presque aux plus fiers participants des défilés homosexuels d’adopter certain costume islamique, dont il a beaucoup été question dernièrement et dans lequel, finalement, ils me feraient sans doute moins honte. Mais bien sûr, tout cela, que je viens certes d’écrire, je ne le pense pas vraiment, cela dit (si du moins c’est suffisant) pour me mettre en conformité avec la loi !

04:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cyrille, Damis, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : michel houellebecq

10/07/2009

Jeudi 9 juillet 2009

            Mnasyle : « Son nom fait palpiter mon cœur ! » Je l’aurais voulu près de moi, hier soir, lors du dîner qu’Osman donnait chez lui. Outre Tityre et Phidippide, il y avait parmi nous un bel hétéro, qui est, je crois, le meilleur ami d’Osman, et deux autres pédés, dont un m’avait apparemment déjà connu, sans que je m’en souvinsse du tout, ce qui a fait beaucoup rire la médisante assemblée, qui en a conclu que j’étais une plus grande salope encore que notre hôte, ce qui n’est pas peu dire, mais est entièrement faux ! Tityre, qui ne manque jamais plus une occasion de me déconsidérer aux yeux des autres, était en train de raconter à tous quel être odieux j’étais (« un scorpion, pensez donc !), parfaitement incapable d’aimer. La preuve en était, selon lui, qu’après le déduit, je serais un tel goujat que je ferais toujours dormir mes conquêtes sur le canapé, comme encore tout récemment le pauvre Mnasyle, auquel je semblais pourtant m’être plus attaché qu’à d’autres. « Mais non ! Pas toujours, ai-je répondu. Avec Camille dans mon lit, j’arrivais parfaitement à dormir ! » C’est à ce moment que celui des deux pédés qui me disait en effet vaguement quelque chose a cru bon de confirmer qu’il avait bel et bien dormi sur mon canapé, lui aussi, alors que ma chienne avait eu le droit de rester près de moi dans la chambre… (Damis avait également été jaloux de la chienne Pélagie !) « Ah ? Nous nous connaissions donc déjà ? » Mais je n’avais gardé aucun souvenir de cette éphémère relation, qui ne m’avait apparemment guère durablement impressionné… Je me rappelais bien m’être une fois rendu quelques mois plus tôt chez lui, en compagnie de Corydon, qui le connaît, mais quant au reste… Ce jour-là, mon immémoré c’était abstenu de me rappeler notre première rencontre, en quoi il s’était montré plus courtois qu’hier soir ! Avait-il gardé bon souvenir de notre ancienne relation, voulut-on savoir ? Apparemment pas… Ce qu’apprenant, Tityre et Phidippide furent ravis d’ajouter qu’eux non plus n’avaient guère été satisfaits de leurs rapports sexuels avec moi… « Et vous croyez dire du mal de moi, en prétendant que je suis un mauvais coup ? Mair pour mal baiser, comme pour bien faire l’amour, il faut être au moins deux ! Et puis figurez-vous que vous n’êtes pas le centre du monde ! Ce n’est pas parce que je me conduis d’une certaine façon avec vous que j’ai nécessairement la même conduite avec d’autres ! Est-ce qu’il ne vous a jamais traversé l’esprit que si je vous avais paru un si mauvais coup, c’était peut-être tout simplement parce que je n’avais pas spécialement envie de baiser avec vous ? – Mais alors pourquoi, m’a demandé celui des deux autres pédés que je ne connaissais pas, pourquoi as-tu couché avec eux, si tu n’en avais pas vraiment envie ? – Mais c’est parce que je ne veux pas être contrariant ! – Dans ce cas, c’est bien ce que nous disions, tu es vraiment la dernière des salopes ! » A quoi n’ayant su que répondre, je me suis contenté de me resservir de vin. « Mais pourquoi donc m’invitez-vous à vos dîners, si vous me trouvez si détestable que vous le dites ? – C’est parce que tu rends bien sur les photos ! » Car, je l’ai peut-être déjà dit dans ce journal, le plus souvent, je passe aux yeux de ces messieurs pour un gentil écervelé, enfin, pour un méchant écervelé… « Je sais bien que vous me prenez pour un idiot. Mais moi, si je vous fréquente, c’est justement pour m’épargner d’avoir à penser ! Et si vous me souffrez si complaisamment, ce n’est pas parce que je rends bien sur vos photos, mais parce que vous vous croyez autorisés, pour me voir faire bonne figure, à rire de moi, à vous moquer, à être blessants. » Mais ce n’est pas parce que je gardais un sourire de façade, hier soir, que je n’étais pas profondément blessé par les paroles de mes convives. C’est pourquoi j’ai peut-être bu plus qu’à mon habitude (d’où l’ivresse que je me suis empressé de noter hier soir dans ce journal à mon retour chez moi) : afin de m’aider à entendre cet incessant persiflage ; c’est aussi pourquoi j’aurais voulu Mnasyle près de moi : pour continuer à flirter avec lui plutôt que d’écouter tous ces médisants si satisfaits d’avoir avec eux de qui médire. Je perds des heures à chatter sur MSN avec Mnasyle. J’ai déjà presque épuisé mon forfait téléphonique du mois, à force de l’appeler. Et j’ai dû consommer en quelques jours, à cause de mes allées et venues pour le voir, l’essence de deux ou trois mois ordinaires ! Je voudrais qu’il vienne ici pour les fêtes de la Madeleine, mais il n’est pas sûr de pouvoir se libérer, se libérer de son travail, de son amant, de sa vie d’avant moi. Après le dîner, nous sommes allés vider d’autres verres dans le bar tenu par ce petit pédé qui plaît tellement à tout le monde et qui m’a fait quelques jolis sourires. Puis à la fermeture, nous sommes allés au Dix bis écouter des gitans chanter du flamenco, dont c’est en ce moment le festival à Mont-de-Marsan. Là encore, j’aurais voulu que Mnasyle fût avec moi, parce que j’étais heureux d’écouter cette musique, et que mon bonheur aurait été plus complet avec lui près de moi : contre moi. Il y eut un moment où un vieux gitan, apparemment très respecté des autres, s’est mis à chanter à son tour. Mais il avait déjà tellement vécu, tellement fumé, tellement bu, tellement chanté dans sa vie de gitan, il était tellement usé d’être lui, que presque aucun son ne sortait plus de son corps, qui se tendait pourtant encore d’une ferveur impossible : on eût dit que les guitares accompagnaient le chant non pas du silence, mais des dernières angoisses d’une vie joyeuse d’être épuisée. Devant lui, dans son cri inaudible, dansait une jeunesse de sa race, belle et fière, d’un monde complètement autre, inquiétant, absolument étranger au mien, incompréhensible, impénétrable, inaccessible, quoique à portée de main. La musique de ces gitans envers qui j’ai souvent l’occasion d’éprouver la haine la plus viscérale est peut-être la plus belle du monde.

03:57 Publié dans 2009, Camille, Corydon, Damis, Journal, Mnasyle, Osman, Pélagie, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

09/07/2009

Mercredi 8 juillet 2009

            Ivre ce soir (j’expliquerai demain pourquoi, si j’en trouve le temps), je ne puis m’empêcher d’écrire dans ce journal le véritable nom de Mnasyle, que je trouve proprement sublime, pour évoquer ce qui me semble être l’alpha et l’oméga de notre civilisation moribonde, c’est à savoir l’empire et la foi (même s’il ne le sait pas) : il s’appelle Paul-Alexandre. Paul-Alexandre. Paul-Alexandre. Paul-Alexandre.

03:58 Publié dans 2009, Journal, Mnasyle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

08/07/2009

Mardi 7 juillet 2009

            Vingt et unième séance chez Tirésias. J’ai parlé de ma rencontre avec Mnasyle. Nous nous sommes d’abord très bien entendus sexuellement, lui et moi. Mais en le revoyant plus longuement une seconde fois, j’ai pu constater que, si je m’étais beaucoup amélioré ‘‘socialement’’, je n’avais guère progressé sentimentalement. Mnasyle est un garçon très affectueux et surtout très démonstratif de son affection. Il ne cesse, lorsque nous sommes ensemble, de se tenir tout contre moi, de me prendre la main, de me toucher, de me caresser, de me regarder. J’ai l’impression d’étouffer lorsque je suis près de lui et finis par ressentir un irrépressible besoin de fuir. J’ai dû mettre un terme à notre relation sexuelle, la dernière fois que nous avons couché ensemble, parce que je ne supportais plus ses baisers ! Je l’ai même fait dormir sur le canapé ! Bref ! Sur le terrain des sentiments et de l’amour, j’en suis toujours au même point. Je commence à comprendre que, pour l’instant, je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme c’était par exemple le cas de Camille. Par contre, j’ai le plus grand mal à me donner entièrement à quelqu’un que je me sais si totalement attaché que l’est Mnasyle. Je ne puis m’empêcher de ressentir son attachement et les preuves physiques qu’il m’en donne comme les chaînes d’une nouvelle emprise. Alors que je m’efforce de me libérer de l’emprise qu’a toujours eue ma mère sur moi, je ne me sens pas prêt à me mettre sous celle d’un autre. Je suis attiré par ce que je sens qui me fuit ; je fuis ce que je trouve attirer trop. C’est à cause de l’emprise de ma mère et de la terreur qu’elle m’a inspiré dans l’enfance et plus tard que je suis devenu le monstre que je suis : j’ai grandi en tâchant de devancer constamment les reproches qu’elle pourrait me faire, pour ne pas avoir à subir son mépris, ses colères, ses silences ensuite. En m’efforçant de penser comme elle, d’agir comme elle, pour me faire oublier d’elle en en devenant comme le prolongement, l’alter ego, ou plutôt en me transformant en une excroissance de son être, j’ai fini par devenir comme elle, et même par être pire qu’elle : par être un elle cancéreux.

03:00 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mnasyle, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

06/07/2009

Dimanche 5 juillet 2009

            Mon ami Phidippide, qui est migraineux, n’ayant pas été en état de m’accompagner hier au concert qui était donné en la cathédrale de Dax, j’ai demandé à Mnasyle s’il voulait y aller avec moi. Quand je lui ai téléphoné, au début de l’après-midi, il m’a dit qu’il se trouvait justement dans cette ville, avec sa mère et sa sœur. « Ah ! Très bien. Surtout, restes-y, je vais t’y rejoindre et nous y passerons la journée ensemble jusqu’au concert. » J’ai donc eu toute une journée pour observer ce qui me semblait insupportable chez lui. J’ai d’abord pu vérifier que Mnasyle parlait comme un enfant : les intonations qu’il donne à sa voix sont d’une puérilité invraisemblable. Et il a vingt-cinq ans ! J’ai rapidement remarqué qu’il ne savait pas marcher dans la rue. Il était en effet irrésistiblement attiré par mon corps. Je veux dire par là qu’il lui fallait toujours marcher très près de moi, de façon à rester en contact avec mon corps, qu’il frôlait constamment. Là encore, il me faisait penser à ces petits enfants qui, marchant ensemble, vont si près l’un de l’autre qu’ils semblent ne faire qu’un seul être. Je faisais exprès de m’éloigner toujours un peu de lui dès qu’il entrait en contact avec moi, pour vérifier s’il viendrait de nouveau se presser contre mon bras, ce qu’il ne manquait jamais de faire, si bien qu’il nous était impossible de marcher droit ! Régulièrement, nous nous retrouvions arrêtés par le mur que je finissais immanquablement par rencontrer ! Quand je le lui ai fait remarquer, il m’a expliqué, de sa voix si puérile, qu’ayant besoin d’être ‘‘en confiance’’ lorsqu’il marchait dans les rues, il ne pouvait s’empêcher, soit de raser les murs, lorsqu’il était seul, soit de se coller contre son voisin, s’il était accompagné. J’ai vite compris qu’il fallait donner à Mnasyle quelques instructions pour le faire se bien tenir pendant le concert, ce que faisant, je l’ai entendu me demander s’il lui serait tout de même permis d’apporter une bouteille d’eau, au cas où il aurait soif… J’ai failli annuler mon projet d’assister à ce concert ! Nous y sommes allés malgré tout. Evidemment, je ne pouvais pas penser à tout ce qui pourrait ne pas aller dans le comportement de Mnasyle avant d’avoir vu comment il se tiendrait effectivement pendant le concert… Il m’a donc encore fallu lui demander, sur le moment, de se tenir correctement assis, et non pas avachi comme il s’était d’abord mis ; d’arrêter de gigoter comme il faisait (« Sais-tu que tu n’es plus un enfant, Mnasyle ? Tu devrais être capable de te tenir immobile pendant deux ou trois heures, tout de même ! ») ; de cesser de bayer constamment, comme il faisait, ou du moins, de le faire le plus discrètement possible, si vraiment il ne pouvait pas s’en empêcher ; et surtout de regarder vers le chœur et non pas vers moi, dont il ne devait pas chercher à attirer l’attention, pour ne pas me déconcentrer. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait pensé du concert, il m’a répondu que c’était à faire au moins une fois dans sa vie. « Je ne savais pas que tu aimais ce genre de musique, a-t-il ajouté, surtout que tu es encore jeune… » J’ai tenté de lui expliquer que la musique que j’aimais, qui était la musique par excellence, la seule véritable musique, je ne sais trop comment le dire, n’avait pas à être qualifiée comme il le faisait et que c’était la sienne, si l’on peut encore parler de musique, qu’on devait appeler ‘‘ce genre’’ de musique, et uniquement la sienne. Mais je ne crois pas qu’il m’ait compris. Evidemment, je n’ai pas tenté de lui faire entendre que mon goût pour la musique n’avait rien à voir avec mon âge… L’explication m’aurait demandé trop d’efforts. Mnasyle semblait vraiment croire, en effet, que les personnes plus âgées que nous qui assistaient à ce concert étaient de la même génération que Jean-Sébastien Bach… Au milieu de la seconde partie du concert sont entrés dans l’église des gens qui, sans doute, passaient par là et, entendant du bruit dans l’église, se sont dit qu’ils iraient bien voir ce que c’était que cette musique qui s’y jouait. Bien sûr, ceux-là n’ont pas acheté de billets. Je ne crois pas qu’ils aient seulement eu conscience d’être des fraudeurs, c’est-à-dire quasi des voleurs, habitués qu’ils sont, probablement, à faire usage de leur droit à la culture, aux musées gratuits, pour les plus jeunes (et c’étaient justement des jeunes !), aux livres gratuits, dans les bibliothèques, etc. Il y avait parmi ces jeunes gens un garçon qui était ‘‘chaussé’’ de ‘‘claquettes’’ et qui marcha jusqu’à la place qu’il avait choisie en faisant force bruit, c’est-à-dire en faisant claquer ces chaussures qui n’en sont pas contre la plante de ses pieds. Il était grotesquement coiffé d’une casquette de rappeur qu’une fille qui était peut-être sa sœur a mis cinq bonnes minutes à lui demander d’ôter de sa tête puisqu’il était dans une église. « Tu vois, ai-je dit ensuite à Mnasyle, tu n’étais finalement pas le garçon qui s’est le plus mal tenu à ce concert ! » Hélas ! Même une église n’est plus à l’abri du monde, qui ne se contente pas de passer devant ses portes, mais y entre, s’il entend du bruit, et s’y répand sans la moindre vergogne, sans le moindre respect, pour reprendre un mot à la mode. Après l’arrivée du garçon à casquette, que personne, pas même moi, n’a eu le courage d’aller immédiatement demander de se décoiffer, je n’ai plus été en état d’écouter la musique. J’ai donc laissé libre cours à mes pensées, et je me suis fait cette réflexion que si le reste des Français n’était pas capable de se tenir debout pour faire face aux innombrables fléaux qui le menacent, dont la ‘‘barbarisation’’ et l’islamisation ne sont évidemment pas des moindres, c’était aussi, c’était d’abord parce qu’il ne savait plus se tenir tout simplement assis. Cette position est peut-être éminemment, mais non pas exclusivement, celle de la culture et de la civilisation. Allez-vous-en donc cultiver et civiliser des jeunes ou des sauvageons, s’ils ne savent pas se tenir assis plus d’une heure ! (Assis ou  debout, d’ailleurs, mais correctement, constamment, dignement, studieusement, respectueusement assis, ou debout, donc…) Même ma chienne sait rester assise cinq minutes sans bouger si je lui en donne l’ordre ! C’était d’ailleurs le grand principe que j’essayais de faire entendre à Mnasyle, lorsque je voulais lui faire accepter le bien-fondé des instructions que je lui donnais : « Vois-tu, Mnasyle, nous ne sommes pas des bêtes. Ce n’est donc pas parce que ton corps te dit qu’il a soif, pendant le concert auquel tu assistes, que tu dois pour autant boire aussitôt, comme si tu étais l’une de tes chiennes (car il en a deux), qui irait en effet sûrement directement s’abreuver à sa gamelle d’eau, elle, puisqu’elle n’est qu’une bête. Si l’envie t’avait pris de pisser, serais-tu donc allé te soulager dans un bénitier, et devant tout le monde ? » Avant, pendant et après le concert, Mnasyle avait un tel besoin de me frôler, de me toucher, de me tripoter, de me caresser ou de me regarder que je me sentais à la fin littéralement étouffer de son oppressante présence. Tellement qu’il m’a été pénible de baiser avec lui, cette fois… J’ai préféré mettre un terme rapide à notre relation sexuelle, hier soir, et l’envoyer dormir sur le canapé. Je l’ai reconduit ce matin chez ses parents. Voici la lettre électronique que j’ai trouvée ce soir (j’en corrige seulement l’orthographe et la syntaxe) : « Coucou mon poulet (« mon poulet »… Tout est dit !), juste un petit mot pour m’excuser de mon comportement. Je suis vraiment désolé de t’avoir autant collé et de tout ce que tu m’as reproché ce matin dans la voiture. Enfin, j’espère qu’on pourra rester en contact. Tu es un mec super (c’est moi qui souligne !). Voilà ce que je voulais faire hier soir, en prenant cette feuille : c’était pour t’écrire ce petit mot. J’espère avoir une réponse de ta part. Surtout ne fais pas attention aux fautes. Mnasyle. » Il écrit donc qu’il trouve que je suis ‘‘un mec super’’… J’ai mauvaise conscience, maintenant. Je me fais penser à tatie Danielle, cet odieux personnage de cinéma qui déteste tout le monde et se montre d’une méchanceté absolue même avec les chiens. A la fin du film, comme une infirmière de la maison de retraite demande à une autre petite vieille pourquoi elle passe tellement de temps dans la chambre de celle-ci, la malheureuse, qui est devenue le souffre-douleur consentant de tatie Danielle, lui répond que c’est parce qu’elle la trouve gentille ! Je ne sais plus quels sont mes sentiments. Maintenant que Mnasyle est reparti, il me manque et je voudrais le revoir. Mais je sais déjà qu’à peine l’aurai-je revu que je ne songerai plus qu’à le voir repartir ! Je ne trouverai jamais personne pour partager ma vie, tout simplement parce qu’il n’y aura jamais personne que j’agréerai. Tout cela, c’est à cause de ma mère. Je suis trop occupé à faire en sorte de me délivrer de l’emprise qu’elle a sur moi pour me remettre déjà sous celle de quelqu’un d’autre. Et Mnasyle était toujours si désireux de m’embrasser, de me tenir enfermé dans ses bras, que je ne songeais plus qu’à m’en dégager ! A la fin, je ne supportais plus le moindre contact de son corps avec le mien, exactement comme je ne supporte plus le moindre contact avec ma mère, cette grande coupable, qui a fait de moi le monstre que je suis, c’est-à-dire un monstre encore pire qu’elle, puisque fait pour survivre à la monstruosité dont il est issu (il faudra que je le dise à Tirésias : pour moi, tout contact physique est devenu le début d’une emprise et me devient très vite intolérable). Camille a demandé encore aujourd’hui plusieurs fois de mes nouvelles. J’ai donc connu de nouveau le plaisir de ne pas lui répondre. J’ai besoin de me venger de lui, et pourtant, il me manque toujours, et ma tendresse pour lui est restée la même. Osman m’a dit l’autre jour que lorsqu’il le croisait, comme il lui arrive parfois, son petit Espagnol lui demandait toujours de mes nouvelles. J’aimerais beaucoup avoir une aventure avec cet Espagnol, qui est très à mon goût. Mnasyle, quant à lui, est de race portugaise : il est donc d’une beauté très brune, quand ma préférence est pour les peaux blanches. Mais enfin, dans son type, il est presque parfait.

01:45 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mnasyle, Osman, Pélagie, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

04/07/2009

Vendredi 3 juillet 2009

            J’ai rencontré physiquement avant-hier le beau Mnasyle, dont j’avais fait la connaissance quelques jours plus tôt sur Internet. Comme il habite non loin du village où ma famille avait une maison dans laquelle nous passions les vacances, je suis passé le prendre en voiture (car il n’a pas le permis de conduire) et nous sommes allés (en passant par Uza et devant l’étang où nous allions piqueniquer, ma mère, ma sœur et moi, puis par Lit et devant le camping et le restaurant qui appartenaient à la famille d’Arthénice, qui fut une camarade de classe de ma mère, et qui avait un joli chien de berger, que j’aimais regarder) ; nous sommes allés faire l’amour au Cap de l’Homy, sur la plage de mon enfance, et sous la lune, qu’on apercevait parfois à travers les nuages. C’était orageux : il y avait de nombreux éclairs, qui nous faisaient un peu peur. Tityre, chez qui j’avais d’abord fait un saut pour annoncer la bonne nouvelle de ce rendez-vous avec Mnasyle, m’avait prêté un grand drap qu’il prétendait que j’aurais dû prévoir, si seulement j’avais une plus grande expérience de ces sortes d’aventures : pour nous protéger du sable. Il m’a recommandé, avant que je prenne la route, de le lui rendre sans le laver, dans l’espoir d’y trouver des traces de nos ébats ! Mnasyle et moi nous sommes vraiment très bien entendus, sexuellement. Je n’en reviens pas de la facilité avec laquelle il s’est mis à envisager, après une courte nuit d’amour, de quitter pour moi son ami de six ans ! Comment pourrais-je me fier à quelqu’un qui n’a pas hésité à tromper un ami de si longue date pour passer une nuit avec l’inconnu que je lui étais ? Mnasyle est déjà en train d’échafauder tout un plan pour laisser son ami à Pau, où il vit d’habitude (car, s’étant fait opérer du bras, il n’est en ce moment dans les Landes que pour sa convalescence, qu’il passe chez ses parents), et venir seul me voir à Mont-de-Marsan, dans une quinzaine de jours, pour les fêtes de la Madeleine. C’est un projet qui me plaît. Hier déjà, j’aurais voulu qu’il vienne au vernissage de la nouvelle exposition organisée au centre d’art contemporain, intitulée : Le Noir absolu et les Leçons de ténèbres. Mais il aurait fallu le reconduire chez lui dans la nuit, ce qui était impossible, car j’avais prévu de boire, ou ce matin très tôt, à cause d’un rendez-vous qu’il avait à la première heure avec un médecin de Bayonne, qui devait l’examiner avant de lui permettre de reprendre le travail. Or les lecteurs assidus de ce journal savent bien que ‘‘je ne suis pas du matin’’…  J’aurais pourtant beaucoup aimé me rendre à ce vernissage accompagné d’un si joli garçon. Car il est vraiment très beau, quoi qu’un peu grassouillet, et peut-être également un peu petit, le pauvre. Je crois bien que c’est le premier garçon de ma vie qui m’ait dit qu’il me trouvait grand ! L’un des tableaux de l’exposition s’intitulait Sola sub nocte. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram… » Ce vers, c’était nous, Mnasyle et moi, la veille, qui cheminions dans la nuit, sur la plage, pour nous éloigner le plus possible de l’escalier d’accès posé sur la dune, afin d’être sûrs que personne ne viendrait nous déranger. S’il avait été là, je le lui aurais expliqué, car il faut tout lui expliquer, et j’ai bien peur que nous ne soyons voués à ne nous entendre si bien que sexuellement… Nous sommes restés plus de deux heures à nous parler ce soir au téléphone en nous regardant ‘‘en cam’’ sur nos ordinateurs, et j’ai fini par le trouver pénible : puéril et bavard. Comment peut-on parler autant quand on a si peu de choses à dire ? Pourquoi se répéter à ce point ? Mais il est si joli, si tendre, si confiant déjà, si totalement offert ! C’est très plaisant. Pénible et plaisant. Cette aventure me rappelle pour l’instant celle que j’avais eue en 2008 avec mon si joli petit prince de Bidache.

04:09 Publié dans 2009, Arthénice, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note