02/05/2009
Samedi 2 mai 2009
« Tu peux être fier de toi : tu as gagné. A cause de ta plainte, j’ai passé deux bonnes heures au commissariat de police, pour m’entendre expliquer que j’avais fait l’apologie de la prostitution, que c’était un délit, que j’aurais pu être mis en garde à vue pour cela. Maintenant, quelle sorte de vainqueur seras-tu ? Clément ou acharné ? Cela ne dépend que de toi et relève de ta liberté et de ta conscience. Tiens-tu réellement à me créer de vrais ennuis ? Je veux croire que non et espère donc que tu auras la décence de retirer ta plainte, comme j’ai retiré de mon blogue les injures que j’avais proférées contre toi. C’est uniquement pour te demander de faire cela que je t’écris, et certainement pas pour renouer avec toi. Tout ce que je souhaite, c’est que tu sortes définitivement de ma vie. Je veux pouvoir t’oublier enfin, comme j’avais fait jusqu’alors, et continuer ma route en espérant ne plus jamais croiser de gens tels que toi. » Il me semble avoir retrouvé l’adresse électronique de Monsieur Véto. J’espère qu’elle est toujours valide. C’est cette lettre que je viens de lui envoyer. Osman avait donc rendez-vous hier soir avec le sublime Callias, qui n’était pas à son goût, mais qui était très au mien : le moule qui donne leur forme aux garçons du type qui me plaît le plus semblait avoir été fait sur lui. Plus grand que moi, mince et souple comme une herbe, tel était Callias. J’ai pu constater, en regardant ses photos sur Facebook, qu’il fréquentait ou avait fréquenté Nicandre, qui lui ressemble d’ailleurs beaucoup, et la petite Mélanire. Hélas, ce n’est pas avec le beau Callias que j’ai failli baiser, hier soir, mais avec Phédon, un beau petit Guyanais bondissant, qui, après être venu me regarder pisser, comme pour vérifier la qualité de la marchandise, m’a sauvagement embrassé contre le mur des commodités pour me faire comprendre que je pouvais terminer la soirée chez lui, si je le souhaitais. Mais si j’écris que j’ai failli baiser avec Phédon, c’est parce qu’une fois effectivement rendu chez lui, ayant beaucoup bu et mangé d’un sandwich qui n’était peut-être plus très frais, je fus saisi de nausées qui m’empêchèrent de lui faire ce qu’il aurait voulu. Je n’ai pas eu le temps d’y mettre plus d’un doigt. Pardon pour ces détails, mais le risque était trop grand que je lui vomisse dessus ! D’ailleurs, à peine étais-je rentré chez moi que je reprenais les étreintes, mais cette fois avec la cuvette des W.-C., que j’ai beaucoup embrassée, elle aussi ! En me réveillant ce matin, c’est-à-dire en début d’après-midi, je me suis aperçu que de petites tâches marron étaient apparues sur ma peau pendant mon sommeil. J’ai réellement cru que c’était le Sida qui venait me faire savoir que non seulement je l’avais attrapé, mais encore qu’il s’était déjà déclaré ! Complètement paniqué de me retrouver si tôt à l’article de la mort, je suis allé voir un médecin, qui m’a dit que ce n’était rien de grave : ce n’était que ma peau qui avait cette tendance à produire des tâches marron et il n’était pas même nécessaire d’aller consulter un dermatologue, sauf s’il devait en apparaître trop. Je devais seulement éviter le soleil. Je me suis alors demandé si mon inconscient ne m’avait pas joué quelque tour. Et si je ne m’étais aperçu qu’aujourd’hui de la présence déjà ancienne de ces tâches ? Et si mon inconscient me les avait fait paraître plus sombres, plus marron, plus visibles à ce moment précis, je veux dire parce que je venais juste de presque baiser avec un Noir ? Je crois qu’il faudra que j’en parle à Tirésias. J’ai toujours pensé n’avoir aucune attirance physique pour les Noirs. Est-ce que, sans le vouloir, je me suis fait trop violence en me frottant à ce Noir, au point d’avoir l’illusion que ma peau devenait semblable à la sienne ? Est-ce que la nausée que j’ai eue, hier, n’était pas le fruit de mon imagination, la manifestation physique, comme dans l’hystérie, de causes enfouies, oubliées ? C’était Callias que je désirais. Mais justement parce que c’est lui que je désirais vraiment, je n’ai pas eu le courage de rien entreprendre pour le séduire. Au contraire, je me suis laissé draguer par l’autre, par Phédon, le petit Noir, sans lui résister du tout. Je me suis laissé porter par lui, et même littéralement, quand à un certain moment, il s’est emparé de moi, comme un Romain d’une Sabine, pour me faire tournoyer dans ses bras sur la piste de danse. Mais en me laissant faire ainsi, je me demande si je n’ai pas violé une part enfouie de moi, qui ne veut pas du noir. Je suis extrêmement sensible à la blancheur des peaux. Je me souviens que les tétons presque blancs de Camille me rendaient fou. Pendant toute mon adolescence, et longtemps encore après, j’ai absolument refusé de laisser ma peau bronzer au soleil. Que sont donc ce noir et ce blanc qui semblent avoir tant d’importance pour moi ? Pureté et impureté ? Excréments et lait ? Je ne sais. Mes mains tremblent en l’écrivant. C’est sans chercher à faire une heureuse comparaison que j’ai dit : « comme un Romain d’une Sabine ». Ces mots me sont spontanément venus sous la plume au moment de les écrire. C’en est presque effrayant. Romain est le véritable nom de Camille. Quand j’étais adolescent, je suis tombé amoureux d’une très belle fille qui s’appelait Sabine et dont la peau était d’une éclatante blancheur. Elle s’était jouée de moi, un jour, en me faisant croire être tombée amoureuse d’un garçon qui me plaisait beaucoup lui aussi, et dont j’étais également amoureux. Ce n’était qu’une farce que le garçon et la fille avaient voulu me faire, mais j’avais été absolument incapable de la subir, d’y faire face. Je crois que j’avais eu une espèce de crise de panique : j’étais parti en courant, absolument incapable de me contrôler, absolument incapable de réagir autrement. « Comme un Romain d’une Sabine. » Est-ce que mon inconscient veut me dire que Romain, c’est-à-dire Camille dans ce journal, fut pour moi une nouvelle Sabine, son descendant, et non seulement un nouveau julien ni une nouvelle Anja, rousse elle aussi, et très pâle ? Quand je me suis mis dans ce journal à donner des pseudonymes aux personnages de ma vie, j’ai d’abord pris le parti (auquel j’ai renoncé depuis) de donner à mes amants des noms assonant parfaitement entre eux : Damis, Alcide, Camille. Or, a et i sont les deux voyelles qu’on entend en prononçant le nom de Sabine. En inventant Julien, j’avais imaginé que, tel une dame de l’hôtel de Rambouillet, il s’était donné l’un de ces noms dont précieux et précieuses aimaient s’affubler. Ce nom, c’était Daphnis : a et i, déjà.
22:37 Publié dans 2009, Alcide, Callias, Camille, Damis, Journal, Julien, Mélanire, Monsieur Véto, Nicandre, Osman, Phédon, Sabine, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19/09/2008
Jeudi 18 septembre 2008
Camille nous a rejoints chez moi, mardi soir, Corydon et moi, accompagné d’une certaine Barthénoïde (donnons-lui ce nom-là), une proche amie de lui, la fille la plus étrange, peut-être la plus détestable, qu’il m’ait été donné de rencontrer. Barthénoïde est dépressive depuis le collège. Ses bras sont recouverts des cicatrices qu’elle s’est faites. Cette pauvre fille est si bonne à rien que même après plusieurs tentatives, elle n’a toujours pas réussi à se donner la mort ! Et je devine que je serai donc obligé de la subir toutes les fois que Camille, qui recueille tous les oiseaux tombés du nid et l’a donc prise sous son aile, décidera d’en être accompagné. C’est à peine si elle a plus de présence qu’un moineau. Corydon la trouve jolie. Quant à moi, je ne suis pas sûr que je la reconnaîtrais dans la rue ! Elle est bête et mal élevée. Elle m’a dit hier, car j’ai dû la subir hier aussi, que j’étais beaucoup moins beau avec mes lunettes que sans. En regardant sans les voir les livres qu’il y avait autour d’elle, comme elle constatait qu’il n’y avait pas de télévision chez moi, elle m’a demandé si je ne m’ennuyais pas sans cela ! Hier, après m’en avoir demandé la permission, d’une voix dont la puérilité met franchement mal à l’aise, elle a passé le plus clair de son temps à chatter avec des hommes de plus de cinquante ans qui se font passer pour des mignons de l’âge de mon Camille et lui envoient des photos censées être d’eux et qu’elle n’est pas même capable de reconnaître comme ayant été probablement téléchargées sur des sites pornographiques. Quelle pitié ! C’est bien simple : Barthénoïde est si insignifiante que si, par miracle, elle réussissait enfin à se supprimer, je ne suis pas sûr qu’il y aurait quelqu’un pour s’apercevoir de sa disparition ! Sans Camille, elle n’existerait pas ! Barthénoïde, Corydon, Camille et moi, nous sommes allés, mardi soir, dans un bar où devait se trouver Trimalcion, qui voulait enfin rencontrer physiquement mon ami, à qui il avait donc donné rendez-vous, dans l’espoir de pouvoir le connaître ensuite plus bibliquement. L’idée plaisait à Camille de se montrer à ce lubrique orné de ma désagréable présence et des suçons que je lui avais laissés dans le cou pour faire voir à l’autre qu’il était bien à moi. C’était amusant de voir ce pauvre Trimalcion danser avec mon Camille : on aurait dit un caniche se frottant à la jambe de sa maîtresse ! J’ai cru que j’allais avoir un orgasme lorsque Trimalcion, un peu perdu, est venu me demander si ça ne me dérangeait pas de voir mon ami danser avec d’autres que moi, ou même de savoir qu’il avait regardé l’autre soir le grotesque spectacle de sa nudité gigotant derrière la caméra numérique. Je lui ai répondu que je ne le considérais pas comme un bien grand danger pour moi. J’ai revu une partie de la clique qui accompagne toujours notre Trimalcion, comme cette Mélanire, qui profitait de ce que son amant, un étranger, musulman et néanmoins joli garçon, était parti faire son ramadan au Maroc pour faire une autre sorte de ramadan de son côté : elle voulait aller au ramdam (ce n’est pas moi qui l’en blâmerai) mais peinait quelque peu à trouver son bonheur, la pauvre, entourée qu’elle était de tous ces pédés ! Il y avait aussi Féliciane, une lesbienne, qui passe pour être belle et qui n’est pas laide, en effet. Et d’autres personnes encore, que je ne connaissais pas et dont j’ai oublié les noms. Inutile, donc, de leur en trouver de nouveaux. Je ne sais pourquoi, peut-être est-ce parce que j’étais mieux disposé que la dernière fois que j’avais rencontré ces gens, mais j’ai trouvé tout ce petit monde très agréable, même Trimalcion, qui est plus à plaindre qu’à détester. Camille n’est pas resté dormir avec moi, cette nuit-là. Il avait à faire dans la ferme (cela se dit-il encore ?), disons dans ou sur l’exploitation de son père, très tôt le lendemain. Il m’a raconté hier soir qu’une fois de retour dans sa chambre, il s’était connecté à MSN, où l’attendait Trimalcion, qu’avait rejoint chez lui le beau Nicandre, lequel aurait demandé de mes nouvelles… La terreur s’est alors abattue sur moi. S’il est vrai que je n’ai rien à craindre d’un Trimalcion, qui n’est jamais qu’un bouffon de plus, je ne puis en dire autant de Nicandre, cet ange odieux et manipulateur. Qu’a-t-il bien pu dire sur moi ? Camille m’assure qu’il n’a fait que s’enquérir, mais comment en être sûr ? Depuis que le nom de Nicandre est passé par sa bouche, j’ai acquis la certitude que je ne saurai pas retenir Camille bien longtemps. Il y aura toujours cette ombre sur nous, l’ombre d’un Nicandre, qui sera plus jeune, plus gai, moins inquiet, moins dur, moins méchant que moi, ou disons : plus plaisamment mauvais.
00:21 Publié dans 2008, Barthénoïde, Camille, Corydon, Féliciane, Journal, Mélanire, Nicandre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note