03/10/2009

Vendredi 2 octobre 2009

            Vingt-huitième séance chez Tirésias : Il m’est arrivé une chose étrange, mercredi après-midi, à la bibliothèque. J’y ai aperçu Sandrine F***. Elle avait laissé sa sublime rousseur lui tomber jusqu’aux hanches. Nous ne nous sommes salués que d’un signe de nos têtes. J’aurais voulu me lever de ma chaise pour aller jusqu’à elle, mais au moment de le faire, je me suis trouvé comme cloué à mon siège. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Mes bras et mes jambes tremblaient. J’ai dû poser sur la table de lecture le crayon que j’ai toujours à la main, que je n’arrivais plus à tenir. Je me suis senti littéralement foudroyé par cette divinité, dont le passage en ces livres m’a fait le même effet que certaines de ces fulgurances dont on est parfois saisi au détour d’une page, qui empêchent la poursuite de la lecture, le temps qu’il faut pour se remettre de leur pénétration, à moins que ce ne soit précisément le temps qu’elles mettent à se frayer dans la chair une plaie jusqu’aux tréfonds… En même temps est arrivé celui que j’ai appelé le jeune dieu tutélaire de cette bibliothèque. Il s’est assis face à moi, mais à une autre table. Il était tard et le soleil, bas et peut-être un peu roux lui aussi, illuminait les genoux, les mollets, les chevilles du garçon, dont la chair, splendide, radieuse, me semblait presque inhumaine, adorable, proprement divine. Je ne pouvais plus lire. Je ne pouvais plus rien. Sabine, en Allemagne, et Frédéric P***, que j’aimais tous deux, m’avaient fait croire un jour, par jeu, qu’ils étaient épris l’un de l’autre. Déjà cette fois, j’avais perdu le contrôle de moi-même : exactement comme mercredi, devant Sandrine F***, pure idée jaillie des livres, et le garçon, son page entre les pages. Il est tout de même curieux que ces deux êtres, étrangers l’un à l’autre, m’aient causé le même accablement qu’avaient fait Sabine et Frédéric, qui se connaissaient entre eux. Mes deux divinités avaient pourtant bien une chose en commun, c’était le regard indifférent ; le regard sans chaleur de Sandrine, qui ne semblait pas même joyeuse, pas même surprise (preuve de sa divinité ?), de retrouver un ancien camarade de classe, comme si nous nous étions quittés la veille ; quant au jeune dieu tutélaire, son regard était celui de quelqu’un qui lève un instant le nez de son livre pour y replonger aussitôt les yeux : c’était un regard presque absent. J’étais regardé sans être vu. « ‘‘Divinité’’, ‘‘dieu tutélaire’’ », me dit Tirésias. « Bien sûr : tout cela me renvoie à ma propre condition d’être bassement humain. » Je ne suis que cette boue toujours indigne de ce qui m’inspire du désir. Et ma mère, qui m’a interdit de toucher les femmes, trop sacrées pour que j’aie le droit d’y porter la main. Non seulement je ne me sens pas le droit de toucher, mais même de regarder ce que je trouve beau. Ma grande peur est que mon regard soit surpris par ce que je regarde. Dans le même temps, je prends plaisir à regarder ce que je sais ne pas être conscient de mon regard. Je suis un peu voyeur. Paradoxe : je ne supporte pas d’être regardé, mais c’était précisément les ‘‘regards sans me voir’’ de Sandrine F*** et du garçon qui m’accablaient. C’est peut-être de ne pas être vu tel que je suis ou tel que je voudrais être qui m’accable. « Le regard, le regaaaard ! Dites-moi les pensées qui vous viennent à ce sujet, m’a demandé Tirésias. – Ce qui me vient à ce sujet ? Je ne sais pas, moi… C’est ce que je viens de vous dire, qui me vient à l’esprit ! (Un silence.) Là, par exemple, ce qui vient de me traverser l’esprit, c’est mon reflet dans la glace. Il me semble que depuis que j’ai commencé cette analyse, je me vois vieillir. Ou plutôt, je suis en train de m’apercevoir que j’avais commencé de vieillir avant de vous consulter, car je ne peux pas croire que toutes les rides que je me découvre, toutes ces petites imperfections de la peau, me soient venues en moins de six mois !  En me regardant dans le miroir, je me vois désormais tel que je suis sans doute. – Oui, c’est tout à fait normal. Commencer une analyse, c’est accepter de regarder en soi, et donc de se regarder en face. » Pourtant, nombreux sont ceux qui me disent qu’ils me croyaient beaucoup plus jeune ou qui, connaissant mon âge, trouvent que je ne le fais pas. A dire le vrai, les avis sont fort partagés quant à cette question des plus délicates. Phidippide, par exemple, se moque de moi lorsque je lui dis que je fais croire, sur Internet, que je n’ai que vingt-sept ans. « Tu dois en décevoir beaucoup, me dit-il, si tu leur annonce cet âge. Tu fais beaucoup plus vieux ! » Mais don Esteban, qui a regardé dernièrement les photos de moi que j’ai publiées sur Facebook, me disait encore tout récemment que je semblais avoir trouvé une seconde jeunesse. Un garçon beaucoup plus jeune que moi prétendait hier encore, en toute bonne foi, qu’il avait cru que je n’avais pas vingt-trois ans ! Je ne sais plus quel est mon âge. Quand je me regarde dans le miroir, je commence à voir en effet quelqu’un qui pourrait avoir l’âge du Christ. Mais celui que j’aperçois dans les yeux de mon prochain, ou du moins le reflet que j’apprête spécialement pour ses yeux, à grand renfort de crèmes cosmétiques, de repos et de sommeil (qui est le secret de la fraîcheur), est encore un tout jeune homme. En revanche, si je ferme les yeux, pour mieux considérer ma solitude et mon inadaptation dans le monde où je suis, j’ai l’impression d’avoir mille ans. Ou plutôt, j’ai l’impression d’être un tout petit enfant de mille ans. Je n’avais rien dit de plus, lors de la vingt-septième séance, jeudi 24 septembre, que ce que j’avais noté dans ce journal le dimanche 20. Mais Tirésias a cru bon d’ajouter que noli me tangere, « ne me touche pas », signifiait peut-être aussi : « ne m’émeus pas, ne m’atteins pas, ne me blesse pas, ne me fais pas souffrir ». Je ne voudrais plus souffrir à cause de cette femme, ma mère, qui me l’a déjà fait tant.

03:31 Publié dans 2009, Don Esteban, Frédéric P***, Journal, Ma mère, Phidippide, Sabine, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

21/09/2009

Dimanche 20 septembre 2009

            Et si c’était parce que je suis dans mon âge du Christ que tout cela s’était passé, que tout cela se passait maintenant, c’est-à-dire depuis que Camille m’a quitté, le 2 novembre 2008, date anniversaire de ma naissance, jour des morts, où je suis donc entré en cet âge symbolique, l’âge de mourir et de renaître ? J’assistais hier au concert d’orgue qui était donné en l’église de Saint-Pierre-du-Mont. Comme c’étaient ce week-end les journées du patrimoine, des tableaux étaient exposés dans ladite église. L’un de ces tableaux, qui fait en réalité partie de la collection permanente, était intitulé Noli me tangere. J’ai reçu comme une gifle ce titre prononcé par le curé qui commentait les œuvres. Noli me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum. Tirésias m’avait dit que j’avais manqué d’un père pour me détacher de ma mère. C’est peut-être parce que j’ai atteint cet âge où l’on meurt et renaît que le contact physique avec ma mère, qui m’est pénible depuis si longtemps, m’est devenu cette année à ce point insupportable. Il me semble avoir remarqué, lors de sa récente visite, que mes sentiments pour mon père s’étaient beaucoup apaisés. J’ai infiniment moins de dégoût pour lui que naguère encore, comme si l’‘‘ascension’’ vers mon père était l’autre condition de ma renaissance (la première étant la séparation d’avec ma mère). C’est encore parce que je viens probablement d’atteindre la moitié de ma vie. Je suis retourné cet après-midi dans la même église, accompagné cette fois d’Osman, pour assister à la lecture du Chemin de Croix de Claudel, sur lequel Pierre Pincemaille improvisait à l’orgue. Il m’a semblé que presque tout le texte de la septième station parlait très précisément de moi ! « Ce n’est pas la pierre sous le pied, ni le licou tiré trop fort, c’est l’âme qui fait défaut tout à coup. Ô milieu de notre vie ! Ô chute que l’on fait spontanément ! Quand l’aimant n’a plus de pôle et la foi plus de firmament, parce que la route est longue et parce que le terme est loin, parce que l’on est tout seul et que la consolation n’est point ! Longueur du temps ! Dégoût en secret qui s’accroît de l’injonction inflexible et de ce compagnon de bois ! C’est pourquoi on étend les deux bras à la fois comme quelqu’un qui nage ! Ce n’est plus sur les genoux qu’on tombe, c’est sur le visage. Le corps tombe, il est vrai, et l’âme en même temps a consenti. Sauvez-nous de la seconde chute que l’on fait volontairement par ennui. » Camille a été ma croix. C’était un garçon d’une grande nervosité. La tension en lui était telle que son corps semblait chaque jour se raidir un peu plus, peut-être à cause de moi, qui ne savais pas y faire avec lui. Il était si passif, au lit, que je n’aurais sans doute pas été surpris de le voir les bras en croix ! Camille fut pour moi littéralement « ce compagnon de bois » dont parle Claudel. C’est lorsqu’il s’est échappé, croix tombant de mon épaule, à laquelle il était venu s’appuyer, que j’ai moi-même chuté. Mais tout cela était sans doute la condition de ma lente résurrection.

00:22 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mon père, Osman, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

18/09/2009

Jeudi 17 septembre 2009

            La vingt-sixième séance chez Tirésias aujourd’hui fut sans doute celle où j’ai le moins parlé. Mes phrases, dont je peinais à trouver l’‘‘inspiration’’, étaient séparées par de très longs silences. Je n’ai absolument rien dit de nouveau mais n’ai fait que répéter, me semble-t-il, des choses que j’avais déjà dites. J’ai commencé par raconter que je suis sorti hier soir avec Thessalonice, Bérélise et ma sœur. Nous sommes allés dans le bar que tient le bel Ascagne. (Long silence.) Il y avait dans ce bar un jeune-homme qui me plaisait. (Long silence.) Pourtant, depuis Mnasyle, j’ai rarement envie d’avoir des relations physiques. Je ne vais même plus chatter, comme il m’arrivait parfois, pour faire des rencontres sexuelles. (Long silence.) Je supporte toujours aussi mal la proximité physique de ma mère. Quand elle est à côté de moi, j’ai toujours peur qu’elle m’effleure par inadvertance. Dans ces moments-là, toute mon attention est focalisée sur les moindres gestes de ma mère, à cause desquels elle pourrait me toucher sans le vouloir (car je le lui ai bien sûr interdit). Tirésias me demande d’en dire plus sur ce que je ressens dans ces cas-là. (Long silence.) « J’éprouve à la fois le besoin de prendre la fuite…et… et une sensation de dégoût… (Dit dans cet ordre : fuite, dégoût.) – Oui, à la fois du dégoût et quoi d’autre ? – Du dégoût et le besoin de fuir. – Vous ressentez à la fois le besoin de fuir, dites-vous, et quoi d’autre ? – Vous avez raison, je me suis mal exprimé. Le besoin de fuir est la conséquence de mon dégoût. Je n’aurais pas dû dire ‘‘à la fois’’, qui vous a fait croire que j’allais ajouter quelque chose en balancement de ce que j’avais déjà dit. » Suit encore un silence pour le coup réellement à la fois buté et gêné de ma part. Puis Tirésias me délivre en disant ceci : « Vous éprouvez à la fois le besoin de fuir votre mère et la sensation d’être happé par elle. » Je réprime alors difficilement un rire nerveux. « Vous devez avoir raison. D’ailleurs, j’ai les mêmes sortes de sentiments avec mes relations amoureuses. J’ai tendance à fuir ceux qui m’attirent, comme je fuis en ce moment Aribaze. – Ouiiii ! Ouiiii, très bien ! Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. » Ouf ! Je ne comprends pas pourquoi j’ai tellement peiné à dire cette chose que j’ai déjà plusieurs fois écrite dans ce journal et même dite à Tirésias lors d’autres séances. Se peut-il que des choses dont l’analyse a permis de prendre conscience (en l’occurrence, le fait que je ne supporte d’être sous l’emprise de personne, ni de ma mère, ni d’un Aribaze) soient de nouveau refoulées au cours même de l’analyse ? Et pourquoi cela ? Est-ce que cela signifie quelque chose ? Il faudrait que je pose la question à Tirésias la prochaine fois. Cela me fera au moins une chose à lui dire. Ou si je ne veux pas admettre que je suis, horresco referens, attiré, mais oui, ce doit être ça, je m’en rends compte en l’écrivant, que je suis attiré par ma mère ? Quelle horreur ! J’avais d’abord parlé de mon besoin de fuir. La tournure commençant par les mots ‘‘à la fois’’ annonçait en balancement du premier, un second élément, paradoxal. Or j’ai parlé de dégoût, qui ne peut être, en bonne logique, que la cause du besoin que j’éprouve de prendre la fuite. Ce qui aurait dû venir en balancement des premiers termes, c’est quelque chose comme leur contraire. Mais qu’est-ce que ce peut bien être que le contraire de fuir ? Se réfugier ? Est-ce que j’aurais aussi le désir de trouver refuge dans les bras de ma mère, ces bras dont je ne supporte pas le contact ? Je n’arrive pas à croire que, même inconsciemment, j’éprouve un désir si contraire à mes instincts. Comment pourrais-je désirer d’être embrassé par ma mère (pris dans ses bras), alors que je ne supporte pas son emprise, pas même un simple baiser sur la joue ? Par contre, il est possible que, pour avoir eu une telle mère, j’aie manqué d’une mère, c’est-à-dire d’une véritable mère, dans les jupes de laquelle j’aurais pu trouver refuge.

01:35 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Bérélise, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Thessalonice, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

10/09/2009

Jeudi 10 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-cinquième séance chez Tirésias. Inconsciemment, j’avais décalé mon rendez-vous d’une heure, auquel je suis donc arrivé très en retard. « Pensez-vous que c’est un acte manqué, ai-je demandé à Tirésias. – Je ne sais pas. Dites-moi ce qui vous fait croire qu’il s’agit peut-être d’un acte manqué. – Depuis quelque temps, je me demande ce que je vais bien pouvoir vous raconter pendant ces séances. – Alors il s’agit bien d’un acte manqué. » Suis sorti hier avec ma sœur et des amies. Avons parlé de sexe. Les femmes sont vraiment très crues quand elles parlent de sexe. Vie sexuelle apparemment très active de ma sœur, contrairement à moi, qui n’ai pas très envie d’aventures depuis Mnasyle. (A cause de mes ‘‘amis’’, qui voudraient tous me voler les garçons sur lesquels j’ai des vues.) J’ai tout de même rencontré Aribaze, à qui je plais et qui me plaît aussi. Mais je remets à plus tard le début d’une éventuelle relation entre nous. (Nous n’avons pas même eu de relation sexuelle.) Aribaze pourrait me convenir parce qu’il a un très fort caractère, grâce auquel il est bien armé pour supporter le mien. Mais il me déplaît de l’avoir rencontré par l’intermédiaire de mes ‘‘amis’’. J’ai peur de me le faire voler. Je ne me sens pas à la hauteur d’une telle compétition. Dans le même temps, je trouve cette compétition indigne de moi. J’aime encore mieux laisser un garçon qui me plaît à ceux qui veulent me le prendre. C’est d’ailleurs ce que j’avais fait avec Camille et Mnasyle, le premier abandonné à ce chien d’Ascylte, le second abandonné à son sort, parce que les gens autour de moi m’avaient trop fait voir le désir qu’ils avaient pour lui. Tirésias : « ‘‘Laisser’’, ‘‘prendre’’… » Grand sourire de ma part : « Je me rends compte, en effet, que pour moi, ‘‘aimer’’, c’est posséder. » Et de fait, je ne suis sexuellement qu’actif, jamais passif. « Vous n’arrivez pas à vous faire posséder. – Non : je n’arrive pas à me donner entièrement. » Je ne supporte pas d’être sous quelque emprise que ce soit. L’emprise de ma mère a été absolue sur moi. Aribaze plaît beaucoup à cette dernière. Si Aribaze m’attire, c’est sans doute parce qu’il n’est pas attaché exclusivement à moi. Je sais qu’il a couché avec Phidippide et un garçon que nous avons rencontré à la fameuse plage des Casernes, à Seignosse, dont tous ne cessaient de me parler et que je ne connaissais pas. La saine ‘‘infidélité’’ d’Aribaze me rassure. Qu’il ne soit pas attaché exclusivement à moi me permet de ne pas me sentir trop lié à lui, trop sous son emprise. De même, son désir de retourner en Nouvelle-Calédonie, d’où il est, me fait penser qu’il ne risque pas de s’installer définitivement dans ma vie. Mon père était très infidèle. Ai-je le sentiment que ma mère attend de moi que je sois fidèle à Aribaze (qui lui plaît tellement, comme elle me l’a bien fait comprendre) ?

03:12 Publié dans 2009, Aribaze, Ascylte, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Mon père, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03/09/2009

Jeudi 3 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-quatrième séance chez Tirésias. Ai parlé des ennuis que Julie a eus avec Cyrille. Une fois de plus, j’avais raison : raison de me méfier de lui. Une fois de plus, elle avait tort. Sentiment que ma sœur sera toujours mineure (parce qu’elle est ma cadette ?). Grandes tensions entre ma mère et moi, atténuées par la mauvaise opinion que nous avons toujours eue de Cyrille, dont il est souvent question entre nous, maintenant qu’il cause tant d’ennuis à ma sœur. Je ne supporte pas, non seulement que ma mère me dise non, mais encore qu’elle me face la moindre remarque. Rencontre d’Aribaze (dont je m’avise que je n’avais encore jamais parlé dans ce journal). Ma mère l’apprécie. Me trompais-je sur le regard qu’elle porte sur les hommes ? Tous ne la dégoûtent apparemment pas. Il est vrai qu’Aribaze n’est pas exactement le prototype des hommes tels que les conçoit et déteste ma mère. C’est un véritable boute-en-train, qui se moque souvent de lui-même et qui, donc, en un sens, se moque des hommes : d’où que ma mère l’apprécie ; elle l’apprécie en tant qu’elle ressent qu’il a la même opinion des hommes qu’elle… Quel est le type d’hommes de ma mère ? Les efféminés tels que celui qu’elle m’a fait devenir ou les véritables hommes, tels mon père, celui qu’elle avait épousé, après tout ? Les admirateurs de mon père plus jeunes que lui (comme Sabylinthe). Est-ce que ma mère pourrait être une lesbienne et mon père un pédé ? Tirésias m’a demandé quels étaient mes rapports avec mon père, durant mon enfance. Il me semble qu’ils étaient ‘‘normaux’’. Nous jouions souvent ensemble, aux jeux que les pères ont avec les fils. Mais sans doute préférais­-je ma mère, comme c’est souvent le cas des petits garçons. Tirésias voudrait que j’analyse mes souvenirs de cette époque (l’enfance) où la personnalité se forme.

03:08 Publié dans 2009, Aribaze, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Sabylinthe, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

27/08/2009

Lundi 24 août 2009

            Vingt-troisième séance chez Tirésias : Ces derniers jours ont été particulièrement durs pour moi, parce que, ayant organisé, avec le concours de ma sœur, une fête chez ma mère, j’ai dû constamment tout négocier avec cette dernière, jusqu’à l’utilisation des tabourets ! Sans doute avec cette fête étais-je en train de trop m’affirmer à son goût, comme j’ai dit à Tirésias, si bien que ma mère n’a cessé de m’opposer de ces non qui, depuis toujours, c’est-à-dire depuis son divorce d’avec mon père, me donnent l’impression d’être littéralement nié. Je ne suis plus capable d’entendre aucun refus de la part de ma mère, même lorsqu’il est justifié, parce que c’est à chaque fois le même mot de non qu’il lui faut prononcer, parce que, le prononçant, c’est le même visage, proprement monstrueux, qu’elle me fait voir. Je la hais tellement que, dans ces moments-là, je voudrais la tuer, mais ce n’est bien sûr qu’un fantasme. La fête s’est bien passée et a coïncidé avec l’arrivée de mon père, venu passer quelques jours à Mont-de-Marsan. Sa présence suffit à me faire mieux supporter ma mère. Peut-être son autorité naturelle la remet-elle à sa place de femme. Lui présent, ma mère, d’habitude si autoritaire, ne peut plus usurper la place de mon père. Cela ne change rien au fait que, par bien des aspects, mon père m’incommode au plus haut point. Je ne supporte pas sa bestialité. « Qu’appelez-vous sa bestialité ? », me demande Tirésias. J’appelle ainsi l’impossibilité dans laquelle est mon père de garder le contrôle de son corps. Il est affligé d’espèces de TOC qui l’agitent constamment, lorsqu’il marche ou parle, qui le rendent très bruyant, qui lui font prendre trop de place, envahir tout l’espace. « Vous avez un père envahissant et une mère rejetante… – Et les deux s’équilibrent et se neutralisent sans doute. » Paradoxalement, mon père, homme sévère, sait se faire aimer sincèrement par les personnes les plus inattendues, dont il aime être entouré. Outre ma sœur Laura, Artémise, la jeune amie de cette dernière et Stéphanie, il était accompagné de Sabylinthe, tout jeune homme travaillant non pas avec mais pour celui-ci, comme il a lui-même tenu à me dire. Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce pour une forme d’amour, peut-être d’amour filial. Laura m’avait raconté, lorsque nous nous sommes vus à Biarritz, il y a quelques jours, que ce garçon, dont elle avait fait la connaissance une semaine plus tôt en Tunisie (où vit son père, un homme apparemment très dur et qui est une relation du mien), était encore traité, lorsqu’il revenait dans ce pays (car il vit désormais à Paris, où son père l’a recommandé au mien) comme un enfant, à qui il n’était laissé aucune liberté. A vingt-deux ans, le garçon n’a toujours pas le droit, non seulement de fumer, mais même de boire du café ! Il me semble qu’il a reporté sur mon père, qui est pourtant un homme d’une grande sévérité, l’affection qu’il lui est difficile d’avoir pour le sien. Lorsque je lui ai tendu la main, samedi, pour le saluer, il l’a saisie, mais pour me prendre dans ses bras et baiser mes joues. Il m’a expliqué un peu plus tard qu’il ne pouvait s’empêcher d’embrasser ceux qu’aimaient ceux que lui-même aimait. « Est-ce que tu as cru que j’étais homosexuel, m’a-t-il demandé ? – Euh… Non, rassure-toi, je l’ai seulement fantasmé ! » Il faut dire que Sabylinthe est un garçon d’une grande douceur, à la voix fluette et qui parle lentement. Plus tard dans la soirée, car Sabylinthe était venu à Mont-de-Marsan avec Artémise et Laura pour participer à la fête que Julie et moi avions organisée chez ma mère, quelqu’un a voulu nous prendre en photo. J’ai passé mon bras autour de ses épaules et, pendant que le photographe faisait le cadrage, j’ai eu le temps de caresser sa nuque avec le pouce de la main que j’avais posée sur lui. Il m’a laissé faire. Plus tard encore, j’ai pu le voir en maillot de bain. « Quoi ? Tu gardes ton caleçon sous ton maillot de bain ? – Oui, m’a-t-il répondu, c’est comme ça qu’on se baigne en Tunisie, à cause des méduses. – Mais la seule méduse que tu trouveras ici, c’est Tityre ! Et ce n’est pas ton caleçon qui te protègera de lui… » Sabylinthe grelottait en sortant de la piscine. C’était charmant. Serais-je attiré par le type de garçons qu’attire et par qui est attiré mon père ? Déjà le jeune oncle de ma (demi-)sœur Laura, qui avait mon âge, il y a maintenant tant d’années… Je trouve étrange que Sabylinthe m’ait demandé, d’une voix légèrement inquiète, si j’avais cru qu’il était homosexuel, comme s’il avait voulu dire : « Cela se voit donc tant que je le suis ? ». Du coup, je ne puis m’empêcher de penser qu’il l’est peut-être un peu sur les bords en effet. Ou si tout cela n’est qu’un fantasme de plus ?

03:17 Publié dans 2009, Artémise, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Stéphanie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

18/08/2009

Lundi 17 août 2009

            Julie et moi sommes allés hier à Biarritz, où mon père passe avec son amie Stéphanie, ma sœur Laura et deux amis à elle (qui ne voulait plus rester seule avec lui), la suite de ses vacances. Père et fille revenaient de Tunisie, où celui-ci fait construire une maison, dont il voulait surveiller l’avancement des travaux. A Biarritz, tout ce petit monde est logé dans une grosse villa du temps d’Eugénie, je pense, et qu’on appelle le château d’Arcadie. Le seul nom d’Arcadie me rend le lieu désirable. Ce ‘‘château’’ fait partie d’une résidence plus moderne, qui fut sans doute construite dans ce qui était autrefois le jardin de la villa, et qui offre aux habitants les services d’une infirmière, ainsi qu’une salle de sport, une bibliothèque, une salle de jeu, une grande salle à manger, un grand salon, etc., situés dans la villa, reliée à la résidence par un long couloir souterrain. Les chambres de bonnes, sous les combles, sont aménagées dans le plus pur style ‘‘années soixante-dix’’, comme dit mon père. Elles peuvent être louées, peut-être uniquement aux copropriétaires, dont fait partie ce dernier, pour une somme dérisoire (trente-cinq euros la nuit), à n’importe quel moment de l’année. Le confort y est spartiate, mais on peut jouir de l’ensemble de la maison. Le seul inconvénient est qu’il faut dîner en ville, dont il est vrai que le centre est tout proche, à pied, les chambres n’étant équipées que d’une bouilloire ! Le calme du lieu, situé en pleine ville, le silence, y sont, m’a-t-il semblé, d’une rare qualité. Mon ami Phidippide, qui me dit parfois qu’il aimerait se faire interner dans un hôpital psychiatrique, pour pouvoir dormir pendant une semaine entière, ferait aussi bien de se rendre à Biarritz, dans cette villa si propice au repos. Je crois que je m’y retirerai, à l’occasion, c’est-à-dire quand mes finances me le permettront, car pour moi qui suis pauvre, deux ou trois fois trente-cinq euros sont une somme que je n’ai pas toujours à dépenser ! Si quelque blond lecteur voulait m’accompagner, qu’il se signale à mon attention (bouteille à la mer…) ! Julie et moi avons demandé à notre sœur Laura si, avant de rentrer à Nice, elle pourrait venir à la fête que nous organisons samedi prochain, chez ma mère (en son absence), au bord de la piscine. Elle a dit qu’elle s’y rendrait, avec ses deux amis, dont un beau garçon, mais qui est probablement hétéro. C’est la première fois que j’organise (avec le concours de ma sœur, il est vrai), une telle fête. Il devrait y avoir une vingtaine d’invités. Par souci d’économie, c’est nous qui préparerons tout ce qu’il y aura à manger, c’est-à-dire surtout moi, Julie n’étant chargée que de la préparation des pâtisseries, dont c’est la spécialité. Je commence à me demander si je serai à la hauteur…

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18/07/2009

Vendredi 17 juillet 2009

            Que je dise à présent avec quel genre d’individu ma sœur partage sa vie. Cyrille n’a pas voulu être du dîner que donnait Julie lundi dernier pour fêter son anniversaire : ne voulant pas voir l’une des invités, avec laquelle il est en froid, il a préféré aller passer la soirée chez l’un de ses frères. Mais comme ce frère s’est couché tôt, le grand C s’est retrouvé seul à attendre dans sa voiture (celle de ma sœur, en réalité, puisque la sienne est en panne) que cette dernière lui téléphone pour lui annoncer le départ de ses hôtes. A minuit, c’est lui qui a téléphoné, parce qu’il n’en pouvait plus d’attendre dans la voiture. Ma sœur l’a envoyé paître : il lui avait déjà gâché le jour où elle avait obtenu son diplôme, il n’allait pas non plus lui gâcher ses trente ans ! Vers une heure, il est entré dans l’appartement, sans avoir un regard pour personne. Il a seulement pris une cigarette dans le paquet de ma sœur, puis est allé s’enfermer dans la chambre. « Pourvu qu’il n’en ressorte pas avec son fusil », me suis-je dit. Le lendemain, mardi 14 juillet, c’était ma mère qui nous avait invités à dîner, pour fêter cette fois en famille l’anniversaire de ma sœur. Curieusement, il ne fut question à aucun moment du cadeau que lui avait fait Cyrille. Ayant revu Julie hier après-midi, je lui ai donc demandé ce que celui-ci lui avait offert. « Il doit m’offrir un CD, quand il aura de l’argent. Et autrement, il m’a offert il y a quelques jours une moto qui ne roule pas. Il devait la réparer, mais elle est toujours en panne. De toute façon, je lui ai demandé de la revendre, parce que je n’ai pas envie de payer ni le casque ni l’assurance. » Cyrille s’était offert il y a un peu plus d’un an une espèce d’épave roulante qu’il appelle une voiture de collection. Evidemment, il est impossible de faire un peu de route avec un tel véhicule, et encore moins d’y transporter le matériel nécessaire au fonctionnement de l’entreprise qu’il a créée il y a quelques mois. Il a donc acheté récemment un 4x4 d’occasion, mais qui est déjà en panne, comme je disais. Son entreprise bat de l’aile. Il a très rapidement employé trop de personnes. Je crois savoir qu’il ne pourra bientôt plus faire face aux nombreuses charges qu’impliquent pour son entreprise l’emploi de cinq bûcherons. Un ancien employé, qui ne travaille plus pour lui, le traîne déjà devant les prud’hommes. Un autre est prêt à témoigner en faveur du premier. Cyrille, qui est un vrai panier percé, a cruellement besoin d’argent. Il voudrait revendre sa ‘‘voiture de collection’’. Il en demande 3000 EUR. Comme elle ne les vaut pas, il ne trouve évidemment pas d’acheteur, pas même chez les amateurs, et il n’y a guère que des amateurs pour vouloir acheter de telles épaves. Peut-être Cyrille est-il un brave type (ce dont je dois dire que je doute beaucoup pour ma part, comme d’ailleurs la personne qu’il ne voulait pas voir lundi dernier, et précisément parce qu’elle nourrit de grands soupçons à son encontre, cause de leur brouille), mais il a tout d’un tocard ! Le plus attristant est qu’il est sans doute ce que sa famille a produit de plus évolué ! Il vit très clairement aux crochets de ma sœur. C’est un aventurier de bas étage, de province, sans aucune envergure, un menteur, un profiteur, probablement infidèle, et se permettant néanmoins d’être jaloux. Peut-être même est-il un peu pédé sur les bords, si j’en crois ce que m’avait dit Camille de l’épisode de la salle-de-bain. Cyrille me fait d’ailleurs parfois des descriptions un peu trop inspirées de tel de ses bûcherons, qui serait bisexuel et dans les bras duquel il voudrait me jeter… Tout cela est fort suspect. Mais je dois bien reconnaître à cet imposteur qu’abstraction faite de sa tête, il est plutôt bien fait. J’ai eu des nouvelles de ce chien d’Ascylte, autre grand imposteur devant l’éternel ! Il doit se faire opérer dans quelques jours de la vésicule biliaire, je crois, mais doit rester hospitalisé une bonne dizaine de jours, à cause du mauvais état général de sa santé. Le pauvre doit y subir aussi toute une série d’examens, dans l’espoir d’expliquer enfin l’inexplicable, c’est à savoir pourquoi, comment et peut-être aussi combien de temps peut exister, ou seulement tenir debout, une créature si évidemment peu viable que lui ! Il est malade. Tout dans son corps se dérègle, à ce qu’il me raconte. « J’ai peur », m’a-t-il dit, exactement en ces termes, qui ont l’impudeur du désespoir, « voudras-tu bien me rendre visite, pendant mon hospitalisation ? – Non, je n’ai pas assez d’argent pour venir à Bordeaux, et puis, de toute façon, j’ai rencontré quelqu’un. J’aime mieux passer du temps avec lui. » Je ne m’explique pas comment Ascylte peut croire encore à notre amitié, après tout ce qu’il m’a fait (le détournement de Camille), après les multiples déclarations de haine que je lui ai faites, après les menaces, le chantage, et surtout mon mépris, que je ne me donne même plus la peine de lui cacher. Quand je pense qu’il n’a pas seulement été capable de bander, la dernière fois qu’il est entré dans mon lit ! Et il ose se rappeler à mon souvenir, apparemment sans rougir du tout. Je ne le comprends vraiment pas. Peut-être est-il tout bêtement d’une connerie abyssale. Mon ami Phidippide, qui a été amené à le croiser quelquefois chez des amis d’amis, me dit que ce grotesque (il est d’accord avec moi sur ce point) est sans doute beaucoup plus vieux qu’il ne veut bien le reconnaître. Comment donc n’y ai-je pas pensé tout seul ? C’est pourtant l’évidence, et la preuve qu’Ascylte est, paradoxalement (c’est-à-dire malgré tout ce qu’il y a d’impuissance en lui), un imposteur de génie. (Il est vrai que Phidippide est une mauvaise langue : hier encore, il me disait avec un plaisir évident qu’il trouvait que j’avais beaucoup vieilli depuis un an que nous nous connaissons ! Il faisait plus particulièrement allusion à mes pattes d’oies, dont je ne saurais nier l’évidence, mais qu’il pourrait tout de même avoir la délicatesse d’ignorer… Plus je sors tard, plus je bois d’alcool, plus on fume autour de moi, et plus ces odieuses petites rides me paraissent voyantes le lendemain matin. Il faudrait que je ne rie plus du tout, ni même ne sourie ! Mais les occasions me semblent hélas justement chaque jour plus nombreuses de rire, non plus même de tous ces hommes auquel je me mêle de nouveau, mais de rire avec eux, parmi lesquels j’ai fini par trouver sans doute tout ce que je méritais d’amis ! C’est dire si je suis tombé bas !) C’est probablement parce qu’Ascylte a bien dix ans de plus qu’il ne le dit qu’il est déjà si décrépit ! Comme disait mon arrière-grand-mère, crois-le ou non, mon blond lecteur, mais Aschenbach agonisant dans le film de Visconti a encore l’air plus pimpant que mon Ascylte, qui se fait aux cheveux la même teinture d’un noir de jais, alors qu’il est déjà si pâle, puisque toujours malade ! C’est probablement la bonne humeur qui me fait écrire tant de méchancetés. Les fêtes de la Madeleine ont commencé aujourd’hui. Demain soir, après le dîner chez Tityre, je dois aller chercher à Pau le petit Mnasyle, pour le ramener avec moi à Mont-de-Marsan. Nous irons sans doute faire un tour à la fête, peut-être avec ma sœur, ou bien avec Phidippide, Osman, Tityre et compagnie. Dimanche, nous sommes invités à passer le début de la soirée chez Osman, où il devrait y avoir foule. (Je m’entends très bien avec Mnasyle. Il est une espèce de Damis que l’obésité de menacerait pas encore. Je perds un temps fou à parler avec lui sur MSN, à le regarder ‘‘en cam’’ me faire de grands sourires ou me montre sa queue. J’ai l’impression de le connaître depuis des lustres, alors qu’il ne doit pas y avoir plus de quinze jours.) A l’une de ses amies, qui lui conseillait de quitter son Cyrille pour quelqu’un de plus mûr, ma sœur, répondant que les hommes plus mûrs étaient généralement déjà mariés, a fait cette étrange confidence qu’elle avait depuis longtemps le pressentiment qu’elle terminerait sa carrière amoureuse en tant que la maîtresse d’un homme marié. Il me semble que c’est justement ce que je suis en train de devenir moi-même : la ‘‘maîtresse’’ d’un jeune homme (Mnasyle) déjà marié (c’est-à-dire lié à un autre homme depuis six ans déjà). Je m’amuse souvent à appeler l’amant de Phidippide ‘‘la légitime’’. La légitime refuse absolument de rencontrer personne et porte le même prénom que moi, ce qui excite encore un peu plus ma curiosité et mon désir de connaître un jour cette sorte d’alter ego, cette espèce de négatif de moi, qui ne suis, en l’occurrence, que ‘‘la favorite’’, condition qu’on pourrait croire préférable, mais dans laquelle je ne puis m’empêcher de finir par penser que, malgré tout ce qui fait mon charme, je suis apparemment entièrement dépourvu de ce qu’on recherche habituellement chez un homme pour en faire sa légitime épouse, si du moins mon lecteur veut bien me permettre de mélanger ainsi les genres, ce que, bien sûr, je ne fais que pour plaisanter, car il n’y a pas moins adepte que moi de la religion homosexualo-trans-genre et de toutes les bouffonneries conceptuelles que la fierté mal placée de ses disciples leur inspire. C’est simple, je crois bien que j’ai aussi peu d’affinités avec eux qu’avec les sectateurs de Mahomet. Si je ne craignais pas d’être encore convoqué par la police, qui est donc apparemment aussi une police de la pensée et lit peut-être toujours ces pages, j’écrirais à propos de ceux-ci comme de ceux-là que je ne comprends vraiment pas comment ils ne se sentent pas plus confus d’exposer si haut leurs fondements, que ce soit pour se soumettre davantage à leur Allah ou pour mieux se faire mettre après leur grand tralala. Parfois, je me dis que, si les mahométans se prosternent comme ils font, c’est pour enfouir leurs têtes dans le sol, pareils à des autruches qui auraient honte d’avoir la religion la plus conne du monde, comme je crois qu’avait dit Michel Houellebecq. Et d’autrefois, je souhaiterais presque aux plus fiers participants des défilés homosexuels d’adopter certain costume islamique, dont il a beaucoup été question dernièrement et dans lequel, finalement, ils me feraient sans doute moins honte. Mais bien sûr, tout cela, que je viens certes d’écrire, je ne le pense pas vraiment, cela dit (si du moins c’est suffisant) pour me mettre en conformité avec la loi !

04:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cyrille, Damis, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : michel houellebecq

08/07/2009

Mardi 7 juillet 2009

            Vingt et unième séance chez Tirésias. J’ai parlé de ma rencontre avec Mnasyle. Nous nous sommes d’abord très bien entendus sexuellement, lui et moi. Mais en le revoyant plus longuement une seconde fois, j’ai pu constater que, si je m’étais beaucoup amélioré ‘‘socialement’’, je n’avais guère progressé sentimentalement. Mnasyle est un garçon très affectueux et surtout très démonstratif de son affection. Il ne cesse, lorsque nous sommes ensemble, de se tenir tout contre moi, de me prendre la main, de me toucher, de me caresser, de me regarder. J’ai l’impression d’étouffer lorsque je suis près de lui et finis par ressentir un irrépressible besoin de fuir. J’ai dû mettre un terme à notre relation sexuelle, la dernière fois que nous avons couché ensemble, parce que je ne supportais plus ses baisers ! Je l’ai même fait dormir sur le canapé ! Bref ! Sur le terrain des sentiments et de l’amour, j’en suis toujours au même point. Je commence à comprendre que, pour l’instant, je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme c’était par exemple le cas de Camille. Par contre, j’ai le plus grand mal à me donner entièrement à quelqu’un que je me sais si totalement attaché que l’est Mnasyle. Je ne puis m’empêcher de ressentir son attachement et les preuves physiques qu’il m’en donne comme les chaînes d’une nouvelle emprise. Alors que je m’efforce de me libérer de l’emprise qu’a toujours eue ma mère sur moi, je ne me sens pas prêt à me mettre sous celle d’un autre. Je suis attiré par ce que je sens qui me fuit ; je fuis ce que je trouve attirer trop. C’est à cause de l’emprise de ma mère et de la terreur qu’elle m’a inspiré dans l’enfance et plus tard que je suis devenu le monstre que je suis : j’ai grandi en tâchant de devancer constamment les reproches qu’elle pourrait me faire, pour ne pas avoir à subir son mépris, ses colères, ses silences ensuite. En m’efforçant de penser comme elle, d’agir comme elle, pour me faire oublier d’elle en en devenant comme le prolongement, l’alter ego, ou plutôt en me transformant en une excroissance de son être, j’ai fini par devenir comme elle, et même par être pire qu’elle : par être un elle cancéreux.

03:00 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mnasyle, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

06/07/2009

Dimanche 5 juillet 2009

            Mon ami Phidippide, qui est migraineux, n’ayant pas été en état de m’accompagner hier au concert qui était donné en la cathédrale de Dax, j’ai demandé à Mnasyle s’il voulait y aller avec moi. Quand je lui ai téléphoné, au début de l’après-midi, il m’a dit qu’il se trouvait justement dans cette ville, avec sa mère et sa sœur. « Ah ! Très bien. Surtout, restes-y, je vais t’y rejoindre et nous y passerons la journée ensemble jusqu’au concert. » J’ai donc eu toute une journée pour observer ce qui me semblait insupportable chez lui. J’ai d’abord pu vérifier que Mnasyle parlait comme un enfant : les intonations qu’il donne à sa voix sont d’une puérilité invraisemblable. Et il a vingt-cinq ans ! J’ai rapidement remarqué qu’il ne savait pas marcher dans la rue. Il était en effet irrésistiblement attiré par mon corps. Je veux dire par là qu’il lui fallait toujours marcher très près de moi, de façon à rester en contact avec mon corps, qu’il frôlait constamment. Là encore, il me faisait penser à ces petits enfants qui, marchant ensemble, vont si près l’un de l’autre qu’ils semblent ne faire qu’un seul être. Je faisais exprès de m’éloigner toujours un peu de lui dès qu’il entrait en contact avec moi, pour vérifier s’il viendrait de nouveau se presser contre mon bras, ce qu’il ne manquait jamais de faire, si bien qu’il nous était impossible de marcher droit ! Régulièrement, nous nous retrouvions arrêtés par le mur que je finissais immanquablement par rencontrer ! Quand je le lui ai fait remarquer, il m’a expliqué, de sa voix si puérile, qu’ayant besoin d’être ‘‘en confiance’’ lorsqu’il marchait dans les rues, il ne pouvait s’empêcher, soit de raser les murs, lorsqu’il était seul, soit de se coller contre son voisin, s’il était accompagné. J’ai vite compris qu’il fallait donner à Mnasyle quelques instructions pour le faire se bien tenir pendant le concert, ce que faisant, je l’ai entendu me demander s’il lui serait tout de même permis d’apporter une bouteille d’eau, au cas où il aurait soif… J’ai failli annuler mon projet d’assister à ce concert ! Nous y sommes allés malgré tout. Evidemment, je ne pouvais pas penser à tout ce qui pourrait ne pas aller dans le comportement de Mnasyle avant d’avoir vu comment il se tiendrait effectivement pendant le concert… Il m’a donc encore fallu lui demander, sur le moment, de se tenir correctement assis, et non pas avachi comme il s’était d’abord mis ; d’arrêter de gigoter comme il faisait (« Sais-tu que tu n’es plus un enfant, Mnasyle ? Tu devrais être capable de te tenir immobile pendant deux ou trois heures, tout de même ! ») ; de cesser de bayer constamment, comme il faisait, ou du moins, de le faire le plus discrètement possible, si vraiment il ne pouvait pas s’en empêcher ; et surtout de regarder vers le chœur et non pas vers moi, dont il ne devait pas chercher à attirer l’attention, pour ne pas me déconcentrer. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait pensé du concert, il m’a répondu que c’était à faire au moins une fois dans sa vie. « Je ne savais pas que tu aimais ce genre de musique, a-t-il ajouté, surtout que tu es encore jeune… » J’ai tenté de lui expliquer que la musique que j’aimais, qui était la musique par excellence, la seule véritable musique, je ne sais trop comment le dire, n’avait pas à être qualifiée comme il le faisait et que c’était la sienne, si l’on peut encore parler de musique, qu’on devait appeler ‘‘ce genre’’ de musique, et uniquement la sienne. Mais je ne crois pas qu’il m’ait compris. Evidemment, je n’ai pas tenté de lui faire entendre que mon goût pour la musique n’avait rien à voir avec mon âge… L’explication m’aurait demandé trop d’efforts. Mnasyle semblait vraiment croire, en effet, que les personnes plus âgées que nous qui assistaient à ce concert étaient de la même génération que Jean-Sébastien Bach… Au milieu de la seconde partie du concert sont entrés dans l’église des gens qui, sans doute, passaient par là et, entendant du bruit dans l’église, se sont dit qu’ils iraient bien voir ce que c’était que cette musique qui s’y jouait. Bien sûr, ceux-là n’ont pas acheté de billets. Je ne crois pas qu’ils aient seulement eu conscience d’être des fraudeurs, c’est-à-dire quasi des voleurs, habitués qu’ils sont, probablement, à faire usage de leur droit à la culture, aux musées gratuits, pour les plus jeunes (et c’étaient justement des jeunes !), aux livres gratuits, dans les bibliothèques, etc. Il y avait parmi ces jeunes gens un garçon qui était ‘‘chaussé’’ de ‘‘claquettes’’ et qui marcha jusqu’à la place qu’il avait choisie en faisant force bruit, c’est-à-dire en faisant claquer ces chaussures qui n’en sont pas contre la plante de ses pieds. Il était grotesquement coiffé d’une casquette de rappeur qu’une fille qui était peut-être sa sœur a mis cinq bonnes minutes à lui demander d’ôter de sa tête puisqu’il était dans une église. « Tu vois, ai-je dit ensuite à Mnasyle, tu n’étais finalement pas le garçon qui s’est le plus mal tenu à ce concert ! » Hélas ! Même une église n’est plus à l’abri du monde, qui ne se contente pas de passer devant ses portes, mais y entre, s’il entend du bruit, et s’y répand sans la moindre vergogne, sans le moindre respect, pour reprendre un mot à la mode. Après l’arrivée du garçon à casquette, que personne, pas même moi, n’a eu le courage d’aller immédiatement demander de se décoiffer, je n’ai plus été en état d’écouter la musique. J’ai donc laissé libre cours à mes pensées, et je me suis fait cette réflexion que si le reste des Français n’était pas capable de se tenir debout pour faire face aux innombrables fléaux qui le menacent, dont la ‘‘barbarisation’’ et l’islamisation ne sont évidemment pas des moindres, c’était aussi, c’était d’abord parce qu’il ne savait plus se tenir tout simplement assis. Cette position est peut-être éminemment, mais non pas exclusivement, celle de la culture et de la civilisation. Allez-vous-en donc cultiver et civiliser des jeunes ou des sauvageons, s’ils ne savent pas se tenir assis plus d’une heure ! (Assis ou  debout, d’ailleurs, mais correctement, constamment, dignement, studieusement, respectueusement assis, ou debout, donc…) Même ma chienne sait rester assise cinq minutes sans bouger si je lui en donne l’ordre ! C’était d’ailleurs le grand principe que j’essayais de faire entendre à Mnasyle, lorsque je voulais lui faire accepter le bien-fondé des instructions que je lui donnais : « Vois-tu, Mnasyle, nous ne sommes pas des bêtes. Ce n’est donc pas parce que ton corps te dit qu’il a soif, pendant le concert auquel tu assistes, que tu dois pour autant boire aussitôt, comme si tu étais l’une de tes chiennes (car il en a deux), qui irait en effet sûrement directement s’abreuver à sa gamelle d’eau, elle, puisqu’elle n’est qu’une bête. Si l’envie t’avait pris de pisser, serais-tu donc allé te soulager dans un bénitier, et devant tout le monde ? » Avant, pendant et après le concert, Mnasyle avait un tel besoin de me frôler, de me toucher, de me tripoter, de me caresser ou de me regarder que je me sentais à la fin littéralement étouffer de son oppressante présence. Tellement qu’il m’a été pénible de baiser avec lui, cette fois… J’ai préféré mettre un terme rapide à notre relation sexuelle, hier soir, et l’envoyer dormir sur le canapé. Je l’ai reconduit ce matin chez ses parents. Voici la lettre électronique que j’ai trouvée ce soir (j’en corrige seulement l’orthographe et la syntaxe) : « Coucou mon poulet (« mon poulet »… Tout est dit !), juste un petit mot pour m’excuser de mon comportement. Je suis vraiment désolé de t’avoir autant collé et de tout ce que tu m’as reproché ce matin dans la voiture. Enfin, j’espère qu’on pourra rester en contact. Tu es un mec super (c’est moi qui souligne !). Voilà ce que je voulais faire hier soir, en prenant cette feuille : c’était pour t’écrire ce petit mot. J’espère avoir une réponse de ta part. Surtout ne fais pas attention aux fautes. Mnasyle. » Il écrit donc qu’il trouve que je suis ‘‘un mec super’’… J’ai mauvaise conscience, maintenant. Je me fais penser à tatie Danielle, cet odieux personnage de cinéma qui déteste tout le monde et se montre d’une méchanceté absolue même avec les chiens. A la fin du film, comme une infirmière de la maison de retraite demande à une autre petite vieille pourquoi elle passe tellement de temps dans la chambre de celle-ci, la malheureuse, qui est devenue le souffre-douleur consentant de tatie Danielle, lui répond que c’est parce qu’elle la trouve gentille ! Je ne sais plus quels sont mes sentiments. Maintenant que Mnasyle est reparti, il me manque et je voudrais le revoir. Mais je sais déjà qu’à peine l’aurai-je revu que je ne songerai plus qu’à le voir repartir ! Je ne trouverai jamais personne pour partager ma vie, tout simplement parce qu’il n’y aura jamais personne que j’agréerai. Tout cela, c’est à cause de ma mère. Je suis trop occupé à faire en sorte de me délivrer de l’emprise qu’elle a sur moi pour me remettre déjà sous celle de quelqu’un d’autre. Et Mnasyle était toujours si désireux de m’embrasser, de me tenir enfermé dans ses bras, que je ne songeais plus qu’à m’en dégager ! A la fin, je ne supportais plus le moindre contact de son corps avec le mien, exactement comme je ne supporte plus le moindre contact avec ma mère, cette grande coupable, qui a fait de moi le monstre que je suis, c’est-à-dire un monstre encore pire qu’elle, puisque fait pour survivre à la monstruosité dont il est issu (il faudra que je le dise à Tirésias : pour moi, tout contact physique est devenu le début d’une emprise et me devient très vite intolérable). Camille a demandé encore aujourd’hui plusieurs fois de mes nouvelles. J’ai donc connu de nouveau le plaisir de ne pas lui répondre. J’ai besoin de me venger de lui, et pourtant, il me manque toujours, et ma tendresse pour lui est restée la même. Osman m’a dit l’autre jour que lorsqu’il le croisait, comme il lui arrive parfois, son petit Espagnol lui demandait toujours de mes nouvelles. J’aimerais beaucoup avoir une aventure avec cet Espagnol, qui est très à mon goût. Mnasyle, quant à lui, est de race portugaise : il est donc d’une beauté très brune, quand ma préférence est pour les peaux blanches. Mais enfin, dans son type, il est presque parfait.

01:45 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mnasyle, Osman, Pélagie, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

04/07/2009

Vendredi 3 juillet 2009

            J’ai rencontré physiquement avant-hier le beau Mnasyle, dont j’avais fait la connaissance quelques jours plus tôt sur Internet. Comme il habite non loin du village où ma famille avait une maison dans laquelle nous passions les vacances, je suis passé le prendre en voiture (car il n’a pas le permis de conduire) et nous sommes allés (en passant par Uza et devant l’étang où nous allions piqueniquer, ma mère, ma sœur et moi, puis par Lit et devant le camping et le restaurant qui appartenaient à la famille d’Arthénice, qui fut une camarade de classe de ma mère, et qui avait un joli chien de berger, que j’aimais regarder) ; nous sommes allés faire l’amour au Cap de l’Homy, sur la plage de mon enfance, et sous la lune, qu’on apercevait parfois à travers les nuages. C’était orageux : il y avait de nombreux éclairs, qui nous faisaient un peu peur. Tityre, chez qui j’avais d’abord fait un saut pour annoncer la bonne nouvelle de ce rendez-vous avec Mnasyle, m’avait prêté un grand drap qu’il prétendait que j’aurais dû prévoir, si seulement j’avais une plus grande expérience de ces sortes d’aventures : pour nous protéger du sable. Il m’a recommandé, avant que je prenne la route, de le lui rendre sans le laver, dans l’espoir d’y trouver des traces de nos ébats ! Mnasyle et moi nous sommes vraiment très bien entendus, sexuellement. Je n’en reviens pas de la facilité avec laquelle il s’est mis à envisager, après une courte nuit d’amour, de quitter pour moi son ami de six ans ! Comment pourrais-je me fier à quelqu’un qui n’a pas hésité à tromper un ami de si longue date pour passer une nuit avec l’inconnu que je lui étais ? Mnasyle est déjà en train d’échafauder tout un plan pour laisser son ami à Pau, où il vit d’habitude (car, s’étant fait opérer du bras, il n’est en ce moment dans les Landes que pour sa convalescence, qu’il passe chez ses parents), et venir seul me voir à Mont-de-Marsan, dans une quinzaine de jours, pour les fêtes de la Madeleine. C’est un projet qui me plaît. Hier déjà, j’aurais voulu qu’il vienne au vernissage de la nouvelle exposition organisée au centre d’art contemporain, intitulée : Le Noir absolu et les Leçons de ténèbres. Mais il aurait fallu le reconduire chez lui dans la nuit, ce qui était impossible, car j’avais prévu de boire, ou ce matin très tôt, à cause d’un rendez-vous qu’il avait à la première heure avec un médecin de Bayonne, qui devait l’examiner avant de lui permettre de reprendre le travail. Or les lecteurs assidus de ce journal savent bien que ‘‘je ne suis pas du matin’’…  J’aurais pourtant beaucoup aimé me rendre à ce vernissage accompagné d’un si joli garçon. Car il est vraiment très beau, quoi qu’un peu grassouillet, et peut-être également un peu petit, le pauvre. Je crois bien que c’est le premier garçon de ma vie qui m’ait dit qu’il me trouvait grand ! L’un des tableaux de l’exposition s’intitulait Sola sub nocte. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram… » Ce vers, c’était nous, Mnasyle et moi, la veille, qui cheminions dans la nuit, sur la plage, pour nous éloigner le plus possible de l’escalier d’accès posé sur la dune, afin d’être sûrs que personne ne viendrait nous déranger. S’il avait été là, je le lui aurais expliqué, car il faut tout lui expliquer, et j’ai bien peur que nous ne soyons voués à ne nous entendre si bien que sexuellement… Nous sommes restés plus de deux heures à nous parler ce soir au téléphone en nous regardant ‘‘en cam’’ sur nos ordinateurs, et j’ai fini par le trouver pénible : puéril et bavard. Comment peut-on parler autant quand on a si peu de choses à dire ? Pourquoi se répéter à ce point ? Mais il est si joli, si tendre, si confiant déjà, si totalement offert ! C’est très plaisant. Pénible et plaisant. Cette aventure me rappelle pour l’instant celle que j’avais eue en 2008 avec mon si joli petit prince de Bidache.

04:09 Publié dans 2009, Arthénice, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

25/06/2009

Mercredi 24 juin 2009

            Hier, donc, dix-neuvième séance chez Tirésias, qui fut encore plus laborieuse que la dix-huitième, dont j’ai d’ailleurs trop tardé à faire le compte rendu dans mon autre journal, celui de mon analyse, si bien que j’ai fini par oublier tout ce que j’y avais dit. Je sortais du procès en correctionnelle où plaidait Phidippide, qui m’avait invité à venir l’écouter. J’ai donc commencé par parler à Tirésias de l’affaire qui était jugée et qui m’a fait repenser à Camille. La victime était en effet un jeune prisonnier, diabétique, comme ce dernier, qui avait subi des atteintes sexuelles de la part de deux de ses codétenus. Le malheureux avait fini par cesser le traitement de son diabète pour être envoyé à l’infirmerie, loin de ses bourreaux, qui avaient fait de lui un véritable esclave, chargé de toutes les tâches ménagères et à qui le ‘‘chef’’ de la cellule (où ils étaient cinq à loger) allait jusqu’à voler la nourriture et, donc, jusqu’à demander aussi, ou plutôt imposer de lui rendre des services d’ordre sexuel (ce qu’exigeait également l’autre accusé, qui était en quelque sorte le second de la cellule). C’est parce que le jeune homme, un peu simplet, s’est parfois contredit dans ses déclarations, qu’il n’a pu être établi de façon certaine, lors de l’instruction, qu’on l’avait forcé à pratiquer des fellations contre sa volonté, ce qui a évité les assises aux accusés, qui auraient sans doute mérité d’être jugés pour viol. (Ce qui leur était reproché, c’était donc d’avoir seulement mis leurs sexes devant la bouche du malheureux et d’avoir baissé son pantalon pour tenter de le sodomiser (sans y parvenir) sous la menace d’un couteau. « Ce n’était pas un couteau, mais un stylo, a répondu le ‘‘sous-chef’’, et c’était pour lui faire une farce ! » Telle était d’ailleurs aussi la ligne de défense du caïd de la cellule, qui était apparemment le plus farceur de tous. « On pouvait lui raconter n’importe quoi, disait-il à propos de sa victime, il le croyait ! Il a dix ans d’âge mental. » Car le caïd connaissait sa victime depuis l’école et la savait un peu simple d’esprit. La présidente a fait remarquer ironiquement que c’était sans doute parce qu’il avait dix ans d’âge mental que ce dernier n’était pas capable de prendre pour de simples plaisanteries les intrusions de ses codétenus dans son lit, venus le réveiller au milieu de la nuit en lui baissant le pantalon, en le menaçant avec un couteau ou un stylo, ou en l’étranglant. « Vous qui le connaissiez, vous auriez dû prendre sa défense au lieu de le terroriser. » Mais le pauvre garçon a vécu dans une terreur permanente : le caïd, surtout, menaçait constamment de le battre, de le violer, ou de le faire violer par les autres prisonniers. Il exigeait de se faire masturber par lui. Il le frappait s’il faisait le moindre bruit, comme lorsqu’il descendait de son lit, faisant sans doute ainsi grincer les ressors du matelas. Le plus étonnant dans tout cela est que le caïd était le plus jeune de la cellule. Je crois qu’il n’avait pas vingt ans : même sa victime était un peu plus âgée que lui (les autres étaient des hommes faits). C’est un ‘‘jeune’’, comme on dit pudiquement, c’est-à-dire un arabe, qui avait réussi à imposer sa loi aux autres prisonniers. Je crois d’ailleurs savoir que les arabes ont souvent le plus grand mal à reconnaître leurs penchants homosexuels s’ils en ont. Je ne sais si c’est parce que son père était dans la salle, comme me l’a fait remarquer Phidippide, et qu’il ne voulait pas passer pour un pédé devant lui, mais il ne cessait de dire qu’il n’avait commis aucune atteinte sexuelle : il ne voulait se reconnaître coupable que de harcèlement sexuel, puisque, prétendait-il, il n’avait voulu faire que des farces à son codétenu. En aucun cas il ne serait réellement passé à l’acte, disait-il : « Je ne fais pas ça, moi, c’est… c’est sale, madame la présidente ! ». Non, lui, il n’avait fait que des menaces, pour plaisanter. C’était les autres prisonniers qui avaient fait ce qui était sale. Mon ami Phidippide défendait l’une de ces crapules : celui qui n’était que le second de la cellule. J’ai trouvé tout cela fascinant. Au fond, cette affaire tournait autour de mon fantasme absolu, c’est-à-dire le grand absent du procès, la victime, le faible, le diabétique, l’être simple et qu’il faut protéger, l’être pur, mais non pas innocent, puisque au moment des faits, il purgeait une peine de prison pour des violences ou des vols, je ne sais plus. Bref, ce grand absent qui me fascinait, c’était un autre Camille : encore et toujours lui ; un Camille idéal, puisque la victime étant absente du procès, je ne pouvais qu’en imaginer l’apparence. Je ne sais plus par quelle transition j’en suis venu à parler ensuite à Tirésias de la difficulté que j’avais à trouver mes marques dans ‘‘ma nouvelle vie’’, dont le rythme a profondément changé en peu de temps. Je n’arrive pas encore à organiser un emploi du temps qui me satisfasse pleinement. Ma vie ‘‘sociale’’ étant beaucoup plus remplie qu’autrefois, je me retrouve avec bien moins de temps pour m’adonner à mes anciennes activités. Au fond, je reste insatisfait de mes sorties, et c’est sans doute pourquoi je sors tellement. Je me suis souvenu d’un article que j’avais lu dans l’exemplaire d’une quelconque revue pour bonnes femmes, chez ma mère, et qui traitait des régimes alimentaires. Pour ne pas grossir, était-il écrit, il ne faut pas se resservir et pour ne pas éprouver le besoin de se resservir, il faut que les plats dont on se nourrit soient délicieux, afin d’en tirer tout le plaisir possible en une seule fois. Pleinement satisfait, on ne doit alors plus éprouver le besoin de courir encore après des plaisirs qui, décevants, finiraient nécessairement par engraisser le mangeur frustré de régal. C’est d’ailleurs ainsi que je procède moi-même pour maintenir mon poids sous les 56 kilos : je me suis mis à cuisiner pour rester mince. L’hiver, je commence par préparer du potage, pour me donner l’illusion d’être à moitié rassasié quand vient la suite, qui doit être bonne, mais de petite quantité (c’est elle que je passe du temps à cuisiner). L’été, des légumes remplacent le potage. Enfin, je prends des fruits pour dessert. Mes soirées, mes amis, mes beuveries sont médiocres : c’est pourquoi, paradoxalement, je cours après ces nouveaux plaisirs qui me laissent toujours insatisfait. Je cherche une satisfaction qui ne vient pas. Puis (par quelle autre transition ?) : j’ai dit que je me sentais vieillir. Mes rides autour des yeux. Heureusement que ma sœur me donne tous ces produits de beauté que je n’aurais pas les moyens de me procurer sans elle. Mais je vois bien que le combat que je mène contre le vieillissement de mon corps et le délabrement de mon apparence est perdu d’avance. Ce vieillissement m’éloigne chaque jour un peu plus des garçons plus jeunes que moi et qui ont ma préférence. Je sors davantage pour faire des rencontres et trouver quelqu’un à aimer. Mais sortir me fatigue et accélère donc le vieillissement de ma personne, ce qui me rend moins séduisant et réduit mes chances de trouver mon bonheur. Il y a sans doute encore un équilibre à atteindre, avant que d’être définitivement emporté dans la chute. Dans quel état serais-je donc aujourd’hui si je n’avais pas dormi si longtemps ? Encore une fois, il me semble que rien n’a été dit lors de cette séance.

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18/06/2009

Mercredi 17 juin 2009

            Heureusement que j’ai des lecteurs qui se sont donné pour devise quasi socratique de me connaître moi-même ! S’ils n’étaient pas là pour me relire, je me demande bien qui corrigerait mon portrait, lorsque je me laisse aller de bonne foi dans ce journal à me peindre meilleur que je ne suis, comme j’ai donc apparemment fait tout récemment en prétendant trouver que mon état s’était amélioré. Je ne puis aller mieux, m’a fait très justement remarquer un nouveau Monsieur Véto en puissance dont je tairai donc prudemment le nom, puisque j’ai bu comme un trou sans fond, lors du dîner que j’ai organisé la semaine dernière chez ma mère, au point d’avoir complètement effacé de ma mémoire plusieurs heures de la nuit, pendant lesquelles j’étais pourtant loin d’être endormi, m’a assuré Phidippide, entre les bras duquel j’ai passé lesdites heures, à lui montrer énormément d’affection, m’a-t-il dit, ce qui ne me ressemble guère. Si j’allais mieux, je ne boirais pas, me dit-on, c’est l’évidence ! Mais moi je prétends que c’est précisément parce que je ne bois pas que je ne tiens plus l’alcool et que quelques verres de vodka vidés cul sec m’anéantissent. En d’autres temps, ils seraient passés comme une lettre à la poste : mon amie Myriam, qui n’est pas la dernière, pourrait en témoigner. Mais mon lecteur a raison. Peut-être, en effet, ne vais-je pas tant mieux que cela. Hier ou avant-hier, je ne sais, n’ayant jamais eu la mémoire des dates, j’étais chez Tityre, où Phidippide nous a rejoints. Le parfait accord de ces deux sires apparemment si faits pour se rencontrer, leur mauvaise foi partagée, leur connivence, leur facétieuse entente contre moi, leur bêtise entièrement assumée, m’ont rendu leur conversation si pénible que j’ai encore une fois perdu patience : je les ai laissés entre eux, à la grande stupéfaction de Phidippide, auquel le fataliste Tityre s’est empressé d’expliquer mon caractère avant même que je sois sorti de la maison. « Il faut l’excuser, a-t-il dû lui dire, c’est un scorpion. Ce n’est pas sa faute, on n’y peut rien. » Car Tityre explique les êtres par les signes astraux ! C’est là toute sa psychologie ! Etre scorpion, selon lui, c’est n’être jamais maître de soi et vouloir constamment le devenir d’autrui (c’est être une femme, en somme, et il se trouve justement que j’ai grandi au milieu de femmes !). Je ne sais si c’est ainsi que sont en effet tous les scorpions, mais je dois reconnaître que c’est bien ainsi que, moi, je suis le plus souvent. J’aurais dû boire : l’alcool m’adoucit et me rend aimable. Cela dit, Phidippide et Tityre ont été bien heureux de se retrouver seuls, à ce que j’ai cru comprendre tout à l’heure, lors du coup de téléphone de ce dernier, car ils ont pu terminer en mon absence ce que ma présence avinée les avait empêché de commencer la semaine dernière. J’ai donc été tout excusé de mon petit éclat. L’étrange logique qu’a montrée Phidippide lors de l’interminable conversation qui m’a fait perdre patience, son refus de rien argumenter sérieusement, m’inquiètent tout de même un peu. Si, à cause de Monsieur Véto, je devais vraiment recourir aux services d’un avocat, je me demande si Phidippide serait bien apte à défendre ma cause d’ailleurs perdue d’avance ! Je ne sais comment, dans le courant de la conversation, nous en sommes venus à parler de viol. Phidippide nous a alors révélé qu’il avait pris l’habitude de garder pendant trois semaines au moins les préservatifs ou les mouchoirs dans lesquels avaient joui ses amants. C’était, disait-il, une précaution qu’il prenait, au cas où quelqu’un viendrait à lancer contre lui de fausses accusations de viol, comme il peut hélas arriver parfois. Il prétendait ainsi pouvoir démontrer que son accusateur avait joui, fait qui, dans sa logique, signifierait nécessairement le consentement du partenaire, ce qui, en soi, me paraît déjà douteux. Mais quand bien même cela prouverait effectivement son consentement à tel moment, en quoi donc cela le prouverait-il également à l’instant d’après ? Et d’ailleurs, comment dater l’éjaculat conservé ? Et si c’était possible, l’accusateur de mauvaise foi n’aurait qu’à prétendre avoir été violé à un autre moment ! Tout cela me paraît absurde. La seule chose que prouve la collection de Phidippide, à mon avis, c’est qu’il a d’étranges manies ! D’une certaine manière, elle l’accuserait elle aussi, parce qu’elle le rendrait suspect !

03:28 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Myriam, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

13/06/2009

Vendredi 12 juin 2009

            J’ai profité de l’absence de ma mère, qui est partie en vacances avec ses lesbiennes, pour organiser chez elle un petit dîner au bord de la piscine, où j’avais invité mes amis Osman, Phidippide qui, à cause de Monsieur Véto, sera peut-être bientôt mon avocat, et Tityre, qui s’est déjà trouvé un nouvel amant ‘‘attitré’’. (Mais comment fait-il donc ? Moi, il me semble avoir toujours été célibataire…) La soirée fut tellement arrosée que j’en ai oublié toute la fin. C’est Phidippide qui me l’a dit tout à l’heure, quand je suis passé chez lui pour lui rendre son maillot de bain et lui faire prendre des photos de mon dos, qui porte les traces de la chute que j’ai faite, peu de temps avant de sombrer dans le noir complet. Apparemment, j’aurais passé plusieurs heures dans ses bras, à me montrer très tendre avec lui, même si, m’a-t-il dit, je ne savais plus qui il était, à me laisser tripoter et rouler des pelles, et à tenir des propos complètement incohérents en réclamant la présence de Tityre, qui était reparti. J’ai tout oublié. A cause de moi, ce dernier, qui semblait s’intéresser beaucoup à Phidippide, et réciproquement, a dû rentrer sans lui, qui a préféré rester pour garder un œil sur moi en attendant que je recouvre un peu mes esprits : ce que j’ai fait en vomissant au pied d’un canapé, juste avant de me traîner jusqu’au lit le plus proche. La chienne Pélagie, que j’avais oublié de nourrir hier soir, a vraiment les façons d’une bête : elle a mangé ce matin tout ce que j’avais rendu cette nuit avant de me coucher. J’ai encore vomi toute la journée et j’arrivais à peine à me tenir debout, tant mes jambes tremblaient, ainsi que mes bras. Maintenant, je vais mieux. Tout cela, c’est à cause de l’eau un peu fraîche de la piscine. Pour me réchauffer, j’ai vidé cul sec trop de verres de vodka. Je suis resté si longtemps sans vivre que je tombe à présent dans l’excès inverse. Osman a pris quelques photos, où l’on me voit hélas fort peu vêtu, pour ne pas dire complètement nu, et sur lesquelles j’ai l’air d’être plein de vie. Je me demande s’il va les publier sur son Facebook.

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26/05/2009

Lundi 25 mai 2009

            J’ai sans doute trop tardé à rendre compte de ma quatorzième séance chez Tirésias, qui a eu lieu mardi dernier. Ce sera demain la quinzième, déjà. Ce n’est pas la première fois que je tarde à consigner dans ce journal ce qui se dit lors de mes séances sur le divan. Au début, si je remettais toujours au lendemain ce petit devoir que je me suis fixé de tenir à jour la chronique de mon analyse, c’est parce qu’il m’était pénible de faire une seconde fois ces sortes d’aveux qui touchent souvent à des choses qui me sont très personnelles. Il est parfois plus difficile de soutenir le propre regard qu’on a sur soi que celui qu’y porte autrui. J’ai souvent le même déplaisir (mais il y a dans ce déplaisir un plaisir ambigu) à écrire ces rapports sur mon analyse qu’à scruter dans le miroir l’apparition de nouvelles rides sur mon visage, au coin de mes yeux, encore si imperceptibles que je ne sais jamais si elles viennent tout juste de s’ajouter aux autres ou si elles étaient là depuis longtemps déjà. Je ressens, avant de me mettre à cet ordinateur pour faire la relation de la dernière séance chez mon analyste, la même angoisse, mais le mot est sans doute trop fort, disons la même inquiétude qu’avant de vérifier que n’ont pas poussé pendant la nuit d’autres de ces taches qui m’étaient venues juste après avoir failli baiser avec Phédon, qui est noir, et qui m’avait littéralement donné la nausée (je n’en reviens pas moi-même d’être ainsi fait (ou contrefait) qu’il me faille écrire de telles choses sur mes relations avec des Noirs !). C’est aussi ce genre d’inquiétude que j’ai avant de me peser et que je sais, pour avoir trop bu ou trop mangé dans la semaine, que le cadran de la balance indiquera un kilo de trop. Un kilo, sur un total de cinquante-six, ce n’est presque rien, bien sûr, et la silhouette ne s’en trouve pas changée du tout. Pourtant, ce petit rien, ce seul kilo devient obsédant, tellement qu’à lui seul, il semble peser plus lourd que les cinquante-cinq autres ! On n’est pas loin de ne plus songer qu’à ce kilo, qui est le signe écrit, la preuve qu’on a changé, qu’on a grossi, et que le risque est donc là, kilos après kilos, de devenir obèse. L’indication d’un simple kilo en trop fait prendre conscience de quelque chose qu’on ne voyait pas ni ne ressentait. Il n’y a donc pas de raison, après cette prise de conscience, de le voir davantage, ce kilo supplémentaire qui ne change rien à la silhouette. Et pourtant, on ne peut plus s’empêcher de le garder à l’esprit, il devient une gêne, petite mais constante. Ce dont je suis censé prendre conscience grâce aux libres associations que je fais au cours de mon analyse a de semblables conséquences. Je découvre des choses qui étaient invisibles, auxquelles j’ai du mal à croire moi-même et que je ne parviens pas à ressentir, à éprouver (même si je dois bien admettre que c’est à cause d’elles, précisément, que mes sentiments sont tels qu’ils sont). La découverte de ces choses ne me semble donc changer absolument rien en moi. Pour reprendre l’image de la pesée, ma silhouette est inchangée : mon caractère, mes qualités, mes défauts, ma pente, ont l’air d’être rigoureusement les mêmes. Et pourtant, Cyrille, l’ami de ma sœur, et certains lecteurs de ce blogue me disent qu’à leurs yeux, j’ai déjà changé, en deux ou trois mois d’analyse seulement. Et de fait, j’ai moi-même constaté en moi une espèce de meilleure humeur générale, mais sans parvenir à lier résolument cette amélioration à mon analyse. Je l’y lie parce que j’ai commencé cette analyse précisément dans le but d’aller mieux, mais, à strictement parler, je n’arrive pas à faire le lien, justement. Je ne vois pas plus de rapport entre mon amélioration et mon analyse que, par exemple, entre les marées et la lune. L’influence de mon analyse sur mon humeur m’est aussi imperceptible que l’attraction de la lune sur les océans. Je sais qu’elles existent, mais il m’est impossible de les éprouver. C’est comme si la prise de conscience, qui me semble d’ailleurs souvent toute relative, avait pour conséquence des changements inconscients à leur tour ! Il se passe quelque chose qui échappe à mon contrôle, alors même que c’est pour garder ou reprendre le contrôle de ma vie que j’ai décidé de faire cette psychanalyse ! Les relations dans ce journal de mes séances chez Tirésias sont comme le kilo de trop qui s’affiche sur le cadran de la balance. Il y a une part de moi qui me dit qu’il serait bien plus simple de ne pas me peser. Sans pesée, je n’aurais pas connaissance de ce kilo supplémentaire, qui n’existe pas vraiment, puisqu’il ne change rien à la vision que j’ai de ma silhouette, mais qui est pourtant d’un poids infiniment supérieur aux cinquante-cinq autres kilos, puisqu’il est le signe inquiétant que je change sans le voir, sans l’éprouver, et presque sans le savoir, n’était l’indication de la balance. Savoir, ou avoir conscience, c’est ici bien différent d’avoir le sentiment, ou d’avoir l’impression, la sensation. La balance m’indique que je change malgré moi, ou plutôt, sans moi, en mon absence ! Sentiment fort désagréable qui m’a donc fait souvent, disais-je, remettre au dernier moment la rédaction du compte rendu des séances chez Tirésias. Mais depuis quelques semaines, il me semble qu’il y a une autre raison à ces ajournements. Lors des deux ou trois dernières séances, j’ai l’impression de n’avoir dit que des choses dépourvues du moindre intérêt, même pour moi ! C’est plutôt parce que je trouve désormais la relation de ces séances d’un grand ennui que je répugne tant à la faire ! Que j’en sois pour l’instant à trouver tout cela sans intérêt ne signifie pas que Tirésias ne parvienne pas à me faire dire, comme lors de cette quatorzième séance, des choses qui me sont très pénibles. Mais preuve qu’il ne se passe décidément rien de nouveau, en ce moment, dans cette analyse : ces choses si pénibles, cette fois, il ne me les a pas fait dire, à strictement parler, mais répéter. Je les lui avais déjà dites lors de la énième séance ! Mais, je m’en avise à présent : non, c’est lui, cette fois, qui a formulé les choses à ma place, plutôt que vraiment moi : je me suis contenté d’acquiescer, furieux d’avoir à revenir sur des choses que j’avais dites dès le début de cette analyse, précisément pour ne plus avoir à les dire. Tout cela (je n’en dirai pas plus) est pour moi tellement indicible qu’il y a des mots que je ne peux absolument pas prononcer, même pour dire des choses tout autres ! Je me demande d’ailleurs si je les avais vraiment prononcés devant Tirésias, ces mots, je ne sais plus lors de quelle séance, l’une des premières, comme j’ai dit. Sans doute m’étais-je perdu dans d’interminables circonvolutions et c’est plus vraisemblablement Tirésias qui avait reformulé tout cela en une phrase, probablement assez courte, d’ailleurs. Ce sentiment que j’ai de m’ennuyer lors de ces dernières séances est peut-être la conséquence d’un sursaut du refoulement. J’imagine que c’est pour combattre ce refoulement que Tirésias m’a forcé à revenir sur des choses dont je ne veux pas parler. J’avais d’ailleurs prévu, pour cette séance, de parler de tout autre chose, de choses sans grand intérêt, donc. Voici ce que j’ai eu le temps de dire d’inintéressant, tout de même, avant que la séance n’échappe complètement à mon contrôle : Sophronie, une amie du lycée, a retrouvé ma trace, grâce à un site d’anciens élèves, sur Internet. Elle m’a dit, dans son courriel, qu’elle avait voulu reprendre contact avec moi après avoir retrouvé dans sa chambre de jeune fille les nombreuses lettres que je lui avais écrites. Il y a des pans entiers de ma vie que j’ai totalement oubliés. Je ne me souvenais plus du toute de cette correspondance. Ce n’est pas seulement le contenu de cette correspondance, que j’avais oublié, mais l’existence même d’une correspondance échangée avec elle. Depuis cette quatorzième séance, j’ai revu Sophronie, qui m’a prêté ces lettres, que je n’ai d’ailleurs pas encore pris le temps de lire (encore un ajournement qui, probablement, n’est pas sans rapport avec le refoulement), mais dont j’ai bien reconnu le papier ! La meilleure amie de Sophronie n’est autre qu’Hermione, l’une de mes petites amoureuses de l’école primaire, celle qui, sans doute, succéda immédiatement à « Florence, ma seconde ». Je me rappelais que nous avions été camarades de classe, Hermione et moi, mais j’avais complètement oublié que nous avions également pris des cours de piano ensemble. Sophronie m’a dit qu’Hermione se souvenait de moi comme d’un enfant qui inventait des contes de fées à faire pâlir de jalousie les Perrault et autres Andersen ! Lorsque j’étais en terminale, un certain Cléocrite, qui avait la passion du théâtre, était tombé amoureux de moi. Il m’avait écrit une lettre, lui aussi, dans laquelle il me déclarait sa flamme, mais comme il ne connaissait pas mon adresse, il avait demandé à la conseillère principale d’éducation de me la transmettre ! J’ai perdu cette lettre, comme d’ailleurs celles de Sophronie. Le pauvre Cléocrite ne pouvait pas tenter de m’aborder à plus mauvais moment ! L’année de terminale fut pour moi l’une des pires de ma vie, durant laquelle ma phobie sociale a atteint l’un de ses paroxysmes. Je n’ai donc jamais répondu à Cléocrite, mais ai beaucoup souffert d’avoir à passer tous les jours, pour me rendre aux cours de philosophie, non seulement devant lui, mais encore devant tous ses camarades de classes, à qui il ne faisait pas mystère de son homosexualité ni des vues qu’il avait sur moi. Je ne pouvais m’empêcher de penser que tout ce petit monde me dévisageait pendant toute ma traversée du couloir, fort long, qu’il me fallait emprunter pour me rendre en classe de philosophie qui, bien sûr, se trouvait tout au bout. Ce n’est pas parce que j’avais honte d’être homosexuel, comme me l’a demandé Tirésias, que j’avais peur d’aborder Cléocrite ou de me laisser aborder par lui (pas consciemment du moins ; quant à savoir ce qui se passait alors dans mon inconscient ! Mystère !) ; c’est parce que je ne supportais pas d’être regardé et que, bien sûr, un abordage n’aurait pas manqué de jeter sur moi tous les yeux, ne serait-ce que ceux des camarades de Cléocrite, dont il me semblait déjà surprendre constamment des regards réprobateurs (à eux inspirés, selon mon délire du moment, soit par ma pédérastie manifeste (car je n’étais pas bien viril à l’époque, ce qui suffit généralement à faire un pédé, au moins de réputation), soit par mon indifférence, qui causait beaucoup de peine au garçon qui s’était épris de moi, et qui était fort aimé dans sa classe). C’était déjà bien assez pénible, pour moi, de devoir subir les regards implorants de Cléocrite, qui semblait vouloir me dire en pensée : « Regarde-moi, Olivier ! Je suis le garçon qui t’a écrit cette lettre d’amour ! Tu me dois bien donner cet amour en retour, puisque tu es manifestement pédé, toi aussi ! ». Et la pensée m’était insupportable de la vraisemblable nouveauté des regards qu’en cas d’abordage, tous les autres auraient portés sur moi et que j’imaginais devoir se dire : « Ah ! Quand même ! Il se décide enfin à répondre à notre Cléocrite, ce petit pédé qui regarde tout le monde de haut ! » Car à cette époque, je n’avais pas le courage ni la force de regarder les gens dans les yeux : aussi les regardais-je généralement au-dessus de la tête, s’ils venaient me parler, faiblesse qu’on prenait généralement pour de la superbe, ce qui, d’ailleurs n’a jamais vraiment changé depuis lors ! J’étais complètement aliéné ! J’étais l’esclave du regard insensé que je portais sur les regards qu’il arrivait inévitablement qu’on portât sur moi ! Je vivais un cauchemar éveillé. J’étais en enfer et, donc, assez peu disposé à l’amour. C’est pourtant sans doute ce qui aurait pu me sauver. Quand je repense à Cléocrite, je ne puis m’empêcher de croire que tout aurait été différent, si je l’avais laissé entrer dans ma vie et m’aimer. J’aurais trouvé en lui un soutien dans cette épreuve qu’étaient pour moi tous ces regards insoutenables, ces averses d’yeux dont je me sentais littéralement lapidé ; car, paradoxalement, c’est d’un regard qu’on a besoin, dans ces sortes de phobies, pour se protéger des regards. Grâce à l’aide de Cléocrite, j’aurais sans doute abordé différemment la vie ; j’aurais probablement vécu autrement : j’aurais vécu, tout simplement, ce qui, pour l’instant, n’a jamais été vraiment le cas. Parfois je cherche la trace de Cléocrite en tapant son nom dans Google. C’est ainsi que j’ai appris qu’il était devenu comédien et metteur en scène. Sans doute est-il heureux, ce qui, peut-être, n’aurait pas été possible, s’il était tombé dans ma vie. C’est quand j’ai dit que l’année de terminale avait été pour moi l’une des pires de ma vie que Tirésias a pris le contrôle de la séance pour me faire parler de ce que je ne peux pas dire. « Pourquoi ? », m’a-t-il demandé, et de fil en aiguille… J’avais tout de même eu le temps de lui dire qu’il m’était également resté de cette terrible époque de paralysie un grand respect, une grande crainte de l’autorité. Quand j’étais enfant, ma mère, cette usurpatrice de l’autorité de mon père, me façonnait de ses paroles de femme, comme le Verbe qu’il y avait au commencement, comme Dieu créant le monde en le disant. Il avait fallu, par exemple, lorsque j’avais une dizaine d’années et qu’elle venait de me faire changer de coiffure, qu’elle me dise qu’elle préférait que les cheveux sur mes tempes tiennent derrière mes oreilles, pour que je fusse pris d’une espèce de TOC, qui me faisait passer constamment mes mains dans les cheveux, pour les passer derrière les oreilles, comme le voulait ma mère. C’est probablement à cause de ce geste éminemment viril que les autres enfants de l’école se sont mis à me traiter de tapette ! Merci maman ! Tirésias m’a dit que j’étais donc, encore aujourd’hui, complètement à la merci de la volonté d’autrui, comme, par exemple, lors de mon récent enlèvement des Sabines pendant Phédon ! Il m’a dit la même chose qu’Ascylte à propos de Camille : « Vous ne savez pas dire non ! ». Cette vérité surprendra mes lecteurs qui, à force de lire ce journal, où je suis le seul maître, doivent me prêter beaucoup de volonté. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, lorsque je recherchais des plans et que je tombais sur quelqu’un qui n’était pas à mon goût, que je trouvais trop vieux, trop gros, trop sale, que sais-je encore, je n’osais pas le renvoyer ou m’en aller sans avoir baisé avec lui : j’avais peur de me comporter mal en coupant court, de ne pas faire ce qu’il fallait ! En réalité, j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Par exemple, lorsque j’étais encore étudiant à Bordeaux, j’ai baisé une fois avec un garçon qui était beau, mais qui vivait manifestement dans la rue et puait comme clochard. J’avais l’estomac tellement retourné que j’ai failli lui vomir dessus. Et je m’étouffais à moitié, parce que l’odeur de ses pieds était tellement épouvantable que je devais m’interdire de respirer par le nez pendant que je lui suçais la queue ! J’aurais pu lui demander d’aller se doucher, m’objectera-t-on… Mais non ! Je ne le pouvais pas, parce que ç’aurait été manquer de savoir vivre ! J’ai écrit que j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Il serait plus juste de dire qu’il y a des volontés auxquelles je me soumets entièrement. Car c’est sans doute à l’époque où je me forçais à baiser avec ce puant SDF que je faisais, de la Poupotte, ou la Glotte, comme je l’avais appelée, ma tête de Turc, tout à fait volontairement, et précisément parce que je la trouvais malodorante et sale. C’est elle, l’héroïne du « grossier méchant conte » que j’avais imaginé pour l’anniversaire de mon amie Laurence. J’inventais souvent des phrases dont la Poupotte était le sujet et qui faisaient beaucoup rire Myriam et Laurence, qui en inventaient d’ailleurs elles aussi : « Glotte en bas-résilles : rôti prêt à cuir ! », « Savez-vous pourquoi Glotte à les yeux qui brillent ? Parce qu’elle est si grosse que son godemiché, c’est le Phare des Baleines ! », « Quand la Glotte a ses règles, ce n’est pas des tampons qu’il lui faut acheter, mais des rouleaux de Sopalin ! ». Car je disais les noms des marques, dans mes beaux discours d’alors. C’est dire si j’étais tombé bas. Finalement, l’ordurière inspiration qui me faisait m’en prendre à la Glotte n’était pas bien différente de celle qui m’a fait imaginer les injures adressées à Monsieur Véto. Peut-être cette veine-là de mon inspiration est-elle un symptôme, elle aussi. Sans doute d’ailleurs ne faut-il pas être un bien fin psychologue pour comprendre que, probablement, la facilité avec laquelle j’injurie les Glotte et les Messieurs Véto et celle avec laquelle je subis l’injure de certains hommes sont les deux extrémités d’un même nœud que je suis apparemment encore bien loin d’avoir défait.

04:40 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cléocrite, Cyrille, Florence P***, Hermione, Journal, La Glotte, Laurence, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Myriam, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

19/05/2009

Lundi 18 mai 2009

            J’apprends à l’instant que Guillaume Cingal est accusé de violences contre un policier. Je n’ai rencontré cet homme qu’une fois, en avril 2007, chez Jean-Paul Marcheschi, et c’est à peine si je lui ai parlé, mais je ne crois pas beaucoup m’avancer en disant que Guillaume Cingal ne peut être soupçonné de la moindre violence. Le texte de la pétition de soutien à Cingal, que j’invite mes lecteurs à signer eux aussi, relate dans quelles circonstances ce pacifique universitaire s’est retrouvé accusé de violences dont il est manifestement innocent. Voilà qui me fait relativiser, comme on dit, mes propres démêlés avec la justice ! Et puis moi, au moins, je suis coupable ! Enfin : coupable des injures proférées à l’encontre de Monsieur Véto, et non pas de l’apologie qu’on prétend que j’aurais faite de la prostitution. Ce sera demain mon quatorzième rendez-vous chez Tirésias. Mais je n’avais pas encore parlé de la treizième séance (jeudi dernier) dans ce journal. Contrairement à mon habitude, je n’avais pas beaucoup ‘‘préparé’’ cette séance pendant la semaine qui la précédait. Je n’ai pas été aussi ‘‘ouvert’’, pour parler comme Tirésias, aux associations que j’aurais pu faire autrement. « Ce n’est pas grave, m’a répondu le psychanalyste, vous allez faire maintenant, devant moi, ces associations. » Le personnage d’Effy dans la série télévisée intitulée Skins, que je regarde sur Internet, en streaming. Sa grande beauté, que je trouve envoûtante, et à laquelle je suis particulièrement sensible. Ce personnage me fait penser à ma sœur Laura, très soucieuse de son apparence, elle aussi. Peut-être même est-elle un peu superficielle, mais je me rends compte que je ne la connais pas assez pour pouvoir en juger. Leur maquillage. (Je crois que Laura aime aussi cette série télévisée. Sur MSN, à côté de son pseudo, il y a écrit : Skins.) Peut-être m’a-t-il manqué de vivre près d’elle. J’ai longtemps trouvé Julie, mon autre sœur, très belle, elle aussi. Mais moins depuis quelque temps. Je trouve qu’elle devient vulgaire. Je n’aime pas ses manières ni son rire. Je ne sais si c’est lié au fait qu’elle soit avec Cyrille, qui me fait plutôt mauvaise impression. Julie ressemble de plus en plus à mon père. Je regrette d’avoir dit si ouvertement à ma sœur la mauvaise opinion que j’avais de Cyrille. Lors d’une conversation un peu tendue entre elle, ma mère et moi, blessée, elle m’en a fait le tacite reproche ; tacite, parce que Cyrille assistait à la conversation. C’est à cause de la tension qu’il y avait à ce moment-là qu’elle s’est laissée aller à faire à demi-mot cet aveu. Autrement, si elle avait gardé son sang froid, elle n’aurait rien dit et l’aurait gardé pour elle. Ça m’est particulièrement déplaisant, parce que, d’habitude, c’est à ma mère, à qui je ressemble décidément beaucoup, qu’on cache les choses, pour ne pas avoir à subir son silence et son regard réprobateurs et méprisants. Tirésias m’a demandé si j’aimais mes sœurs. Je lui ai répondu que je n’étais pas quelqu’un de très aimant. Mon attachement à elles est d’un autre ordre. Avec Julie, qui a grandi près de moi, c’est le sentiment de possession, mon espèce de droit d’aînesse, qui me tient lieu d’amour. Avec Laura, c’est la fierté que m’inspire sa beauté. Je regrette qu’elle n’ait pas grandi elle aussi près de moi : ç’aurait flatté mon amour propre. J’aurais pu dire au monde : « Voyez le beau patrimoine génétique que nous avons en commun, elle et moi ! » J’avais couché, deux jours avant cette séance, avec un garçon qui se trouve être le fils de voisins de ma mère. Il m’a dit qu’à l’époque où nous étions adolescents, lorsqu’il vivait chez ses parents et ma sœur et moi chez notre mère, il rêvait de coucher avec Julie, mais aussi avec moi. (Inceste ?) Il m’est désagréable que les garçons avec lesquels je couche se connaissent tous. Sentiment d’enfermement. Où que j’aille, je retombe toujours au même endroit. Il n’y a qu’un même et unique réseau de personnes, surtout dans le milieu homosexuel, et tout particulièrement dans une petite ville comme Mont-de-Marsan. Tout se sait. Le garçon qui est le fils de voisin de ma mère connaît Phédon, par exemple, ce Noir avec qui j’ai couché il y a une quinzaine de jours, et avec qui il avait lui-même couché, un mois plus tôt. Quant à Damis, que je suis retourné voir l’autre nuit dans sa boulangerie, il connaît l’ami de ma sœur, avec qui il avait sympathisé du temps que celui-ci était serveur dans le bar de cet homosexuel qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir le bruit que j’allais faire la pute à Toulouse, ce qui est entièrement faux. Je pourrais multiplier les exemples. (Damis et moi sommes tombés d’accord sur le fait que nous ne nous étions pas connus au bon moment. J’aurais dû le rencontrer deux ans plus tôt, quand il était encore mince ; et lui aurait dû faire ma connaissance dans dix ans : quand j’aurai terminé mon analyse ! Alors nous aurions pu nous aimer. Ça s’est joué à peu de choses, finalement : douze années seulement !) « Pourquoi le fait que tout le monde connaisse tout le monde vous dérange-t-il tant ? », m’a demandé Tirésias. Je ne suis pas sûr de le savoir même. Je n’aime pas ce que cette réalité implique, c’est-à-dire que tout se sache, que tout soit répété, qu’il ne soit pas possible de voir ses secrets gardés. « C’est encore le regard des autres, ce regard qui vous est toujours si pénible et qui vous angoisse tant. – Non, ce n’est pas de l’angoisse, que j’éprouve ici, ce n’est pas la peur d’être regardé comme je peux la ressentir dans la rue, dans les bars, dans les discothèques. C’est plutôt de la déception. Je trouve décevant que tous ces gens trahissent si naturellement tant de secrets. Mais si je dois être honnête, il me faut bien reconnaître que je suis affligé du même vice : moi non plus je ne garde pas les secrets, qu’on dirait n’avoir été inventés que pour être trahis. » Puis je suis revenu sur le mensonge que j’avais fait plus tôt au sujet du bruit qu’avait fait courir ce patron de bar sur le fait que j’irais me prostituer à Toulouse. « En fait, je ne vous ai pas tout dit, ai-je avoué à Tirésias. – Vraiment ? Dites-moi donc ce que vous ne m’avez pas dit. – Je vous ai déjà expliqué que je ne pouvais pas vraiment avoir de relations avec des hommes de mon âge. C’est presque toujours avec des garçons plus jeunes que je couche, ou avec des hommes plus âgés que moi. Mais avec ces hommes plus âgés, souvent, mais non pas toujours, je me prostitue. Bien sûr, c’est d’abord par nécessité que je le fais, occasionnellement, pour arrondir les fins de mois. Mais je me demande aussi si je ne le fais pas pour avoir un prix : pour me donner du prix. – Bien ! Très bien ! Nous allons nous arrêter sur cette phrase : ‘‘Avoir du prix’’, ‘‘AVOIR DU PRIX’’, c’est intéressant. C’est bien, que vous arriviez à me dire de telles choses : vous vous prostituez pour avoir du prix… » J’étais sûr que Tirésias apprécierait cette phrase, évidemment formulée en ces termes pour la lui faire relever comme particulièrement signifiante. C’est presque toujours sur ce genre de phrases, que j’ai généralement préparées à l’avance, qu’il clôt la séance. Plus tôt, il m’a fait cette remarque, au sujet de l’amour que j’ai ou n’ai pas vraiment pour mes sœurs : « Vous dites que vous ne savez pas aimer, c’est donc que vous savez ce que c’est qu’aimer, ce que c’est que l’amour, puisque vous êtes conscient d’en être incapable. »

02:33 Publié dans 2009, Cyrille, Damis, Jean-Paul Marcheschi, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Phédon, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume cingal

09/05/2009

Samedi 9 mai 2009

            Je n’ose plus trop écrire dans ce journal que je suis pauvre, puisqu’il y a toujours une lectrice pour me dire que je ne le suis pas ! « Pauvre toi ?, me disait celle à laquelle je pense. N’es-tu pas propriétaire de ta nouvelle demeure ? » Non mais rends-toi compte, mon blond lecteur : je suis propriétaire ! Comment donc pourrais-je être pauvre ? Mais il y a pire encore. A l’époque où j’avais écrit ce qui avait inspiré son commentaire à ma lectrice, j’étais encore moins pauvre qu’aujourd’hui, puisque je n’étais pas seulement propriétaire de ma nouvelle demeure, mais encore de l’ancienne, que j’ai donc vendue avant-hier. J’étais un riche propriétaire, comme disait plaisamment Tityre. Et maintenant que j’ai vendu mon appartement de la rue des Cordeliers, non seulement je suis toujours le ‘‘riche propriétaire’’ de la maison que j’occupe depuis octobre ou novembre 2008, mais encore ai-je un compte en banque de plusieurs dizaines de milliers d’euros ! Cela dit, comme je dois rembourser mes dettes à la banque, à ma mère et à mon père, à qui j’ai emprunté l’argent nécessaire à l’achat de ma demeure actuelle, j’aurai tout reperdu la semaine prochaine. Mais à strictement parler, une fois mes dettes remboursées, je ne serai pas redevenu pauvre pour autant, si je comprends bien la pensée de ma lectrice, puisque je serai toujours propriétaire de ma maison, enfin, d’une partie de ma maison, pour être exact, puisque c’est ma mère qui possède le reste ; mais justement, comment donc pourrais-je me prétendre pauvre, puisque je peux toujours compter sur mes parents pour faire l’avance, d’une part, des milliers d’euros qui me manquent pour acheter mes palais, et, d’autre part, pour placer leurs liquidités ‘‘dans la pierre’’, comme on dit, dans le reste des pierres de ces palais que je n’ai pas les moyens de m’offrir entièrement ? Grâce à ma mère, la maison où je vis a plus d’un mur ! Le plus petit m’appartient ; les trois autres sont à elle ! C’est donc grâce à elle qu’il y a un toit au-dessus de ma tête, car, bien que je ne sois pas architecte, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’il est peu vraisemblable que j’en aurais eu, s’il n’y avait eu qu’un mur, le seul dont j’avais les moyens, pour le soutenir. C’est donc bien, je le répète, grâce à ma mère, à ma chère mère, qui est si bonne pour moi, si tendre et si aimante, que je ne suis pas pauvre, puisqu’un pauvre, c’est quelqu’un qui, selon ma lectrice, « ne possède rien, ni maison, ni boulot, ni voiture, bref, rien du tout » ! Et comme j’ai aussi une voiture et un travail, je suis décidément très loin d’être pauvre. Mon travail me rapporte en effet un peu plus de 300 EUR par mois, tout de même ! C’est dire si je suis un nanti ! Il est vrai qu’avec ces 320 EUR, j’avais à payer l’essence pour ma voiture (quel luxe, quand j’y pense !), la nourriture, pour moi et pour ma chienne (car j’ai une chienne, autre luxe d’un bling-bling éhonté, comme disent les journalistes et tous ces veaux qui braient comme eux (mais ce sont les ânes qui braient)), l’abonnement de mon téléphone portable et celui d’Internet (qui sont deux dépenses de pur agrément !), les charges de la maison que j’occupe et les charges de copropriété dont la possession de l’appartement de la rue des Cordeliers me rendait redevable. Mais même en payant tout cela, il est arrivé plusieurs fois qu’il reste plus de 10 EUR sur mon compte en banque à la fin du mois. C’était généralement parce que je m’étais prostitué. En vérité, ce n’est pas toujours parce qu’on possède un petit patrimoine qu’on est riche. Mais c’est souvent parce qu’on a de très faibles revenus qu’on est pauvre. Ce que voulait dire cette lectrice indécente, je crois, ce n’était pas que je n’étais pas pauvre, mais que je n’étais pas à plaindre, point sur lequel je la rejoins entièrement. Il y a des gens qui sont réellement dans le besoin, contrairement à moi : ce sont ceux-là qui seraient bien à plaindre. Mais moi, certainement pas. (Et qu’on ne s’imagine pas que je sois à plaindre pour cette autre raison qu’il m’arrive de me prostituer. Je le fais en toute liberté et parce que j’ai sans doute la chance, car j’imagine que c’est une chance, qui ne durera qu’un temps, de pouvoir me le permettre. D’ailleurs, à ce sujet, je dois dire que j’ai le plus grand mal à comprendre le ton misérabiliste de ces reportages que l’on voit parfois à la télévision et qui sont consacrés à ce qu’on appelle, je crois, la nouvelle prostitution, c’est à savoir celle de ces étudiantes, par exemple, qui offrent leurs charmes en prospectant sur Internet pour financer leurs études et qu’on voudrait faire passer pour des Cosettes. Quant à moi, je trouve qu’elles devraient s’estimer heureuses d’être assez bien faites pour pouvoir subvenir à leurs besoins de la sorte. Ce sont les mochetés ou, si l’on me permet cette expression, les coincées du cul, qui, aussi pauvres qu’elles, sont bien à plaindre. Comment font-elles donc, celles-là, pour subvenir à leurs besoins ? Cela dit, je ne suis pas une fille. Peut-être la chose leur est-elle plus pénible qu’aux garçons ; ce qui pourrait expliquer pourquoi elles s’estiment bien à plaindre elles aussi. Et puis la prostitution, chez les pédés, c’est une espèce d’institution, comme le sont les travestis, les folles ou la fornication dans les bois. L’opprobre n’est pas aussi grand. Cela dit, bien sûr, sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, comme on m’en a accusé. Il faudra d’ailleurs que j’en reparle (ainsi que de Monsieur Véto, qui a répondu à la lettre électronique que je lui ai envoyée dernièrement), mais pas ce soir, faute de temps.) Comme ma lectrice fait vraisemblablement partie (car je ne vois pas d’autre explication à sa remarque si déplacée, si fausse, surtout), comme elle fait vraisemblablement partie de ces gens qui sont tellement absorbés par les possibilités de consommation qui s’offrent à eux de toutes parts, et dont ils ont les moyens, qu’ils ne savent plus faire la différence entre des pauvres et des miséreux (comme si c’était nécessairement être miséreux que de ne pas pouvoir consommer autant que ces gens incapables de concevoir qu’il est possible de vivre chichement et néanmoins décemment), elle avait cru qu’en me prétendant pauvre, je cherchais à me faire plaindre comme si j’avais été véritablement miséreux ! Il n’y a pas de mots assez forts pour dire l’indignation, le dégoût, que m’inspire une pareille tournure d’esprit, que je trouve infiniment plus obscène, par exemple, que celle du chef de l’état, dont il est de bon ton de mépriser le dit bling-bling (comme si ce mot voulait dire quelque chose (mais c’est sans doute parce qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on lui reproche exactement, quand on parle de son bling-bling, qui n’est d’ailleurs pas si différent de celui du premier venu, après tout, qu’on recourt à ce mot vide de sens…)) ou que celle de ces patrons qui se font attribuer des ‘‘parachutes dorés’’ ou organisent leurs assemblées dans des palaces ou sur des îles paradisiaques, comme si le coût de ces largesse peu morales (mais je trouve beaucoup plus immorale et indubitablement illégale la séquestration des patrons dans les usines, et parfaitement injustifiable l’impunité des ouvriers ou employés voyous (comme on dit des patrons voyous) qui se rendent coupables de tels faits), comme si ces largesses, disais-je, étaient la cause de la crise économique ou de la crise de l’emploi, ce qui me semble plus que douteux. Il me faut bien le confesser : le fait qu’il y ait des miséreux ne me révolte pas autant que le fait qu’il y ait des gens assez indécents pour ne plus savoir faire la différence entre des miséreux et de simples pauvres. La discrète obscénité de ces gens, d’un faux bon sens, quotidienne, banale, est bien plus grande que celle, si m’as-tu-vu, si ‘‘nouveau riche’’, des ‘‘riches’’, tout simplement parce qu’elle est plus répandue, étant entendu qu’il y a beaucoup moins de ‘‘riches’’ que d’hommes appartenant à la classe moyenne, si c’est bien ainsi qu’il faut dire. Et cette obscénité supérieure par sa médiocrité même rend caduque la réprobation dont il est convenu de faire montre à l’encontre de celle du petit nombre des plus riches. Quelle différence y a-t-il, en effet, entre un bouffon qui croit qu’on a raté sa vie si l’on ne possède pas de Rolex à cinquante ans (pauvre don Esteban, qui a la Rolex depuis des lustres, mais plus les moyens de l’entretenir !), et quelqu’un qui croit qu’à tout âge on est miséreux si l’on n’est que pauvre, c’est-à-dire si l’on n’a pas les moyens d’acheter les mêmes choses que lui, sans lesquelles on ne vit pourtant pas misérablement, que je sache ? Tout ce que montrent ces gens qui voient la misère où elle n’est pas, c’est leur propre immoralité. Ce n’est que par jalousie qu’ils réprouvent l’étalage de richesses de ceux qui possèdent plus qu’eux et c’est par la même arrogance que celle qu’ils condamnent chez les ‘‘riches’’ qu’ils prennent de simples pauvres pour des miséreux. Ils me dégoûtent. Cette lectrice me fait un peu penser à Lambert, ce travailleur social, comme je crois qu’on dit, qui suivait mon dossier de Rmiste au centre communal d’action sociale de Mont-de-Marsan. Quand il avait appris que j’étais propriétaire de l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’occupais encore à l’époque (car c’était avant d’avoir acheté la nouvelle maison), il m’avait dit le plus sérieusement du monde que plus rien ne justifiait que je reste à Mont-de-Marsan, où le marché du travail était fort limité. Je n’avais qu’à mettre mon appartement en location, m’avait-il expliqué, et partir dans une autre ville, où il y aurait eu plus de travail et où j’aurais pu me loger, selon lui, grâce au revenu que m’aurait apporté mon appartement loué ! Je trouve de telles paroles proprement scandaleuses. Ce n’était que grâce à la propriété de cet appartement que je pouvais vivre décemment malgré la faiblesse de mes revenus, et ce travailleur social voulait m’inciter à me faire partir à l’aventure et devenir ailleurs locataire. Il s’imaginait peut-être que j’aurais trouvé sans la moindre difficulté un locataire pour mon propre appartement. Sans doute n’avait-il jamais entendu parler de ces locataires qu’il est impossible d’expulser et qui ne paient jamais leur loyer. N’est-ce pas le ministre Boutin, qui, tout récemment encore, voulait interdire les expulsions, s’il n’y avait pas de solution de relogement pour les mauvais payeurs ? De tels projets font des locataires, de facto, des propriétaires, mais des propriétaires entièrement exemptés des charges impliquées par la propriété, comme, par exemple, le paiement de taxes foncières. Il y avait une telle ‘‘incompatibilité d’humeur’’, pour le dire en trois mots, entre Lambert et moi, que j’avais moi-même demandé à être radié de la liste des allocataires du RMI, parce que je ne voulais pas subir une nouvelle fois l’arbitraire de cet homme qui m’a toujours détesté, sans que je sache pourquoi, peut-être parce qu’il n’aime pas les pédés. La mauvaise foi des reproches qu’il me faisait est évidente, parce que, dans la même période, sa collègue, une jeune Mme P***, me trouvait irréprochable ! Si j’ai demandé dernièrement à redevenir allocataire du RMI, ce n’est que parce que j’ai appris, en allant m’informer à la CAF sur le futur RSA, que Lambert ne travaillait plus au centre communal d’action social et que je ne risquais donc pas d’avoir affaire à lui : il a été muté à la maison d’accueil spécialisée, ce que je trouve si surprenant que je me suis même demandé si cette mutation n’était pas une conséquence disciplinaire de la lettre que j’avais écrite au président du conseil général pour lui demander ma radiation. J’ai pensé qu’on avait peut-être demandé à Lambert de s’expliquer sur cet allocataire qui demandait lui-même à être radié, pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, donc... Mais ç’aurait tout de même été sans doute beaucoup de bruit pour rien, c’est-à-dire pour ma petite personne. Il y a pourtant quelque chose d’étrange dans cette affaire, car quand je suis retourné au centre communal d’action social, le mois dernier, pour remplir un nouveau ‘‘dossier RMI’’, Mme P***, qui, m’ayant demandé pour qu’elle raison j’avais été radié la dernière fois et s’étonnant fort, en entendant ma réponse, qu’on pût l’être sur sa propre demande et pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, a vérifié quelle était la raison consignée dans les archives du centre, a trouvé finalement qu’il était écrit que j’avais été radié en décembre 2007 (ce qui est vrai), parce que mes revenus étaient devenus trop grands pour que je pusse prétendre encore au RMI, ce qui est entièrement faux, puisque entre décembre 2007 et avril 2009, si mon salaire le plus élevé fut, en mai 2008, de 417 EUR (une fortune, diront certaines), le plus bas fut, en janvier 2008, de 138 EUR ! Quant à la moyenne des dix-sept mois, elle est de 317 EUR. Mes revenus n’ont donc pas été trop élevés pendant cette période pour que je puisse prétendre au RMI. Quand je lui ai fait part à mon tour de mon grand étonnement, Mme P*** s’est empressée de passer à autre chose, comme si elle était embarrassée (mais j’ai peut-être imaginé cet embarras). Quelqu’un a pourtant fait une espèce de fausse déclaration, ou créé un faux document, dont la conséquence est que la véritable raison de ma radiation n’apparaît pas dans les archives du centre communal d’action sociale. A moins qu’il n’y ait effectivement pas, comme l’étonnement de Mme P*** pourrait l’indiquer, de formulation prévue lorsque la radiation a eu lieu à la demande de l’allocataire lui-même. Mais dans ce cas, puisque c’est pour éviter d’avoir à subir l’arbitraire de Lambert qui, j’en suis sûr, m’aurait fait convoquer devant la commission d’insertion (si c’est bien son nom, car je n’en suis pas certain) pour me faire radier, comme il avait déjà fait une fois, que j’ai moi-même demandé à l’être, je trouve qu’il aurait été plus fidèle à la vérité de dire que je l’avais été à cause de la faiblesse des moyens que Lambert prétendait, à tort, certes, que je mettais en œuvre pour m’insérer dans la société, plutôt que sous le faux prétexte de mes prétendus trop grands revenus. Il faudrait que je mène ma petite enquête, pour savoir ce qu’il en est exactement, mais je dois bien reconnaître que je ne suis pas sûr d’en trouver l’énergie nécessaire. Si j’ai demandé à redevenir allocataire du RMI, c’est d’abord parce que je suis intéressé par le RSA, qui n’est pas encore appliqué, mais auquel auront automatiquement droit tous les bénéficiaires du RMI, le moment venu, et, surtout, parce que ma situation financière est devenue vraiment délicate depuis que j’ai commencé mon analyse, qui me coûte presque un tiers de mes revenus ! Pour faire face à toutes ces dépenses, il faudrait que je me prostitue davantage, ce qui n’est pas du tout mon intention. Au contraire, j’aurais plutôt le désir d’arrêter.

22:51 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Lambert, Ma mère, Mme P***, Mon père, Monsieur Véto, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : christine boutin

05/05/2009

Lundi 4 mai 2009

            Je dois me rendre demain à ma douzième séance chez Tirésias et je m’aperçois que je n’ai pas encore parlé de ce dont il avait été question lors de la onzième, la semaine dernière. Quant à la semaine précédente, il n’y eut pas de séance du tout, Tirésias ayant dû s’absenter. Je sais déjà qu’il sera beaucoup question, demain, de ce que j’ai écrit dans ce journal, samedi 2 mai, à propos de Phédon, le petit Guyanais, de sa peau noire, de ma nausée, des tâches marron apparues sur ma peau le lendemain et de ma grande angoisse en les découvrant. J’avais d’ailleurs oublié de préciser, ce jour-là, pensant naïvement que c’était inutile, que l’espèce de dégoût que, très probablement, Phédon m’a inspiré, au point que j’en ai eu la nausée et que j’ai cru que toutes ces tâches étaient apparues sur ma peau dans mon sommeil, comme par contamination, trouve son origine dans mes entrailles. Je ne faisais que tirer les conséquences des associations que j’ai faites, et qui semblent indiquer que c’est parce que Phédon est noir qu’il m’a été impossible de coucher avec lui, c’est-à-dire parce qu’il est tout le contraire du roux et pâle Camille. Mais ces conclusions (ma préférence pour le blanc plutôt que pour le noir) que je me suis permis de tirer ne sont fondées qu’en psychanalyse ! Elles n’ont aucune valeur politique, sociale, intellectuelle, je ne sais comment dire. Il y a pourtant un internaute qui s’est permis de me faire remarquer (sur le site de pédé habituel) que ce que j’avais écrit était « à gerber », pour reprendre ses mots. Et il ne croyait pas si bien dire, car on peut être amené à beaucoup parler en effet des productions de ses entrailles, lors d’une analyse. Est-ce que l’antiracisme s’est déjà si totalement imposé que, même dans les psychanalyses, il faille faire comme si les races n’existaient pas, je veux dire ces différences de couleur qui sautent aux yeux et peuvent avoir une très grande importance pour l’inconscient ? Pourquoi serait-il choquant d’écrire que c’est parce qu’il avait la peau noire qu’on a eu du dégoût pour tel garçon, comme j’ai fait, s’il ne l’est pas de dire, comme ce semble être le cas, puisque personne ne m’en a fait la remarque, qu’on a eu du désir pour tel autre (Camille, en l’occurrence), parce qu’il était roux et qu’il avait la peau très blanche ? J’espère que l’antiracisme ne nous mènera pas si loin, je veux dire jusqu’au point de nous imposer des quotas de Noirs ou d’arabes dans nos relations sexuelles ! Cela dit, si vraiment il me fallait coucher avec un Noir pour prouver ma stricte orthodoxie antiraciste, je crois que je serais tout à fait capable de surmonter mon dégoût, quand une fois j’aurais résolu de le faire. Après tout, je n’ai que rarement du goût pour mes ‘‘clients’’ et je réussis pourtant assez facilement, d’habitude, à faire comme si j’en avais. Mais c’est précisément parce que je ne m’étais pas foncièrement avisé de ce dégoût que je me suis laissé submerger par lui, avec Phédon. J’avais pour ce garçon une curiosité non feinte, parce qu’il me semblait être très différent de l’idée que je m’étais faite jusqu’alors des Noirs, parce que le trouvais réellement attirant lorsqu’il était habillé, et que le désire qu’il m’avait inspiré était sincère. C’est parce que je ne m’attendais pas à ce dégoût qu’il m’a terrassé. D’autant que je n’en ai pris conscience que le lendemain, en tentant d’analyser ma réaction. Sur le moment, j’étais entièrement inconscient de la cause de ce dégoût, ce qui explique que j’y aie si totalement succombé. Tityre, à qui j’ai raconté ma débandade, me dit qu’il trouve surprenant que je parvienne, par instants, à avoir du désir pour des gens qui ne m’en inspirent pas d’ordinaire. (Peut-être devrais-je parler de ce désir paradoxal à Tirésias.) Ce n’est pas la première fois, en effet, que je confiais à Tityre avoir couché avec des gens qui me déplaisent. Je l’ai d’ailleurs encore fait récemment avec Ascylte, après l’avoir invité à nous rejoindre chez Tityre, le onze mars dernier. (Tant que j’en suis à parler d’Ascylte : il m’a rejoint hier soir, sur MSN, pour me dire qu’il avait retrouvé les vœux que je lui avais envoyés au mois de janvier. Il voulait savoir s’il avait pensé à m’en remercier ! J’ai beau tourner notre conversation dans tous les sens, il semble bien qu’Ascylte ait pris cette lettre, qui était pourtant odieuse, pour de véritables vœux de bonheur ! Il m’a parlé de nouveau de ses problèmes de santé et dit souffrir d’une insuffisance corticosurrénalienne. Je n’ai pas la moindre idée de ce que cela peut être. Tout ce que je sais, qu’Ascylte m’a appris, c’est que cette insuffisance a pour conséquence de lui rendre très difficile de bander, de jouir ou même d’avoir du désir. Mais je me demande si cette insuffisance n’a pas aussi de fâcheux effets sur ses capacités intellectuelles. Comment expliquer autrement qu’il ait cru que mes vœux partaient d’un bon sentiment ? « Comme un Romain d’une Sabine. » Comme j’avais repris à côté de mon nom, sur MSN, ces quelques mots, dont la tournure me plaisait, Ascylte m’a demandé ce qu’ils signifiaient pour moi ? Il voulait savoir si j’étais amoureux. (Sans doute y voyait-il, lui aussi, le nom de Camille, qui s’appelle Romain, en réalité, comme j’ai déjà dit.) Je lui ai donc expliqué que c’était une allusion à l’enlèvement des Sabines, parce qu’un garçon s’était récemment emparé de moi, dans une discothèque, ‘‘comme un Romain d’une Sabine’’, pour me faire tourner dans ses bras sur la piste de danse. « Ah ! m’a-t-il répondu, je n’ai jamais entendu parler de cet épisode. » Il ne voyait réellement pas à quoi je faisais allusion ! Est-ce que ce n’est pas effrayant, tout de même, de savoir que les juges d’instruction confient des expertises psychologiques à des hommes qui ne savent pas ce que c’est que l’enlèvement des Sabines ? On ne peut s’empêcher de se demander s’ils ont déjà entendu parler de ce prince de l’antiquité, qui s’appelait Œdipe, et qui avait tué son père et couché avec sa mère… Mais je crois avoir déjà dit dans ce journal qu’Ascylte était un imposteur. Ascylte, c’est Tartuffe à l’époque des cellules psychologiques ! Il voudrait me revoir, pour m’inviter à dîner… Alors qu’il n’a même pas été fichu de bander, lors de notre dernière entrevue !)  Voici donc la relation de ma onzième séance avec Tirésias : Je lui ai parlé de ma relation sexuelle avec Didymias. Il m’embrassait trop. C’en était oppressant. (Est-ce qu’il ne me traitait pas comme une femme ?) Je ne supporte pas non plus que ma mère m’embrasse ni me touche. D’ailleurs, je lui ai demandé de ne plus le faire depuis une ou deux années. Elle avait en particulier l’habitude, en m’embrassant, de poser la main sur mon épaule ou de me toucher le cou, ce qui m’était particulièrement pénible. Pendant les relations sexuelles, je trouve angoissant qu’on m’embrasse dans le cou. Cette sorte de plaisir est pour moi une épreuve difficile à affronter. On ne peut pas me faire de suçons à cet endroit (n’ont plus qu’ailleurs, je m’en avise). Ils me donnent l’impression d’être vampirisé. C’est absolument insoutenable. J’ai lu que Freud expliquait en partie l’antisémitisme par le complexe de castration. Je ne suis pas antisémite, mais j’ai une certaine défiance envers l’Islam (circoncision/castration, comme pour l’antisémitisme ?). J’ai plusieurs fois regardé sur Internet des vidéos dans lesquelles des hommes se font trancher la tête par des islamistes (en Afghanistan, le plus souvent). Je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation. De là viendrait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Ma mère a tout d’une mère castratrice. Il m’était pénible de me faire toucher le cou par elle parce que je n’aimais pas la sensation qu’il en résultait d’être sous son emprise (et aussi : courber la tête). « Vous avez le sentiment d’être vampirisé par votre mère », me dit Tirésias. Un garçon circoncis est pour moi l’étranger par excellence. Or j’ai déjà dit que c’est aussi un frère que je voudrais trouver dans l’être aimé, c’est-à-dire quelqu’un de ma race, au sens de famille. Le sexe de mon père : j’ai toujours eu le sentiment que mon père et moi, d’après mon souvenir, avions des sexes de même forme et de même taille, comme s’ils étaient ce par quoi nous pouvons nous considérer de même race. A une époque, ma mère me laissait entendre que c’était à cause de moi qu’elle n’avait pas pu reprendre de vie sentimentale après son divorce d’avec mon père. Elle prétendait qu’à l’époque où elle fréquentait Jacob, le seul amant qu’elle ait eu, immédiatement après le divorce, je leur faisais des scènes terribles lorsqu’ils allaient s’enfermer dans la chambre de ma mère. Je suis presque sûr à présent qu’elle m’a menti. Je n’ai le souvenir d’avoir frappé qu’une fois à leur porte, parce que je ne comprenais pas pourquoi ils s’enfermaient dans la chambre. Ils m’expliquèrent alors qu’ils voulaient être seuls, et je n’ai plus refait de scène. J’imagine à présent que ma mère a inventé que j’avais été excessivement jaloux, pour me rendre responsable de son échec avec les hommes. Ou bien : le refoulement m’a fait oublier que ma mère a raison de me faire ces reproches ? Jacob était photographe. Ses photos, ainsi que celles qu’avaient faites l’un de ses amis, photographe lui aussi, montrent deux enfants malheureux : ma sœur et moi. Ma mère, qui a toujours aimé la beauté de ces photos, les faisait admirer à ses amies. Tout le monde ne voyait que la beauté des photos. Personne ne voyait les enfants malheureux qu’elles représentaient ! (Ma sœur me dit au contraire que c’est ce qui frappait ses propres amies, lorsqu’elles venaient chez nous : notre tristesse sur ces photos.) Maintenant que j’y repense, je me demande si Phédon n’était pas circoncis. J’ai vu sa queue, je l’ai sucée, mais j’avais tellement bu que je ne me souviens plus de ce détail crucial. C’est absurde d’écrire que je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation, d’où s’expliquerait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Cette difficulté est antérieure aux vidéos de décapitation. Sans doute ces dernières ne font-elles que renforcer, d’une part, la difficulté que je disais, et, d’autre part, la défiance que j’ai envers l’Islam, en redoublant en quelque sorte la peur de la castration.

03:45 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Didymias, Jacob, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Phédon, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

04/05/2009

Dimanche 3 mai 2009

            Au fond, tout ce que demandait Monsieur Véto, c’est de pouvoir me dire, dans les commentaires de mon propre blogue, tout le mal qu’il pensait de moi, tout le mépris que je lui inspirais, mais sans qu’en retour je bronchasse du tout. Est-ce que ce n’est pas le droit de tout homme, après tout, que de provoquer son prochain, de le pousser à bout, et de n’en subir aucune riposte ? Mais dans quelle époque vit-on ? Ce droit que voulait exercer Monsieur Véto, c’est celui de se comporter et d’être traité comme une femme, comme une de ces femmes qui se réservent le droit de rendre la vie impossible à des maris qui ont quant à eux le devoir de garder le sourire ou de baisser la tête ! Il arrive parfois que l’homme la relève, le temps de donner une gifle et d’être conduit en prison. Cela dit sans vouloir tenir de propos discriminatoires à l’encontre des femmes ni faire l’apologie de la violence conjugale, comme on dit de nos jours ! (Attention ! La police veille et lit peut-être encore ce blogue…) Monsieur Véto, c’est un de ces hommes-femmes comme il y en a de plus en plus : c’est un homme émasculé qui, n’en revenant pas d’avoir pris des coups qu’il a tout fait pour recevoir, est allé pleurer dans les bras de sa mère la police. En d’autres temps, heureusement révolus, dois-je m’empresser de préciser, car je n’ai pas non plus l’intention de faire l’apologie des pratiques qui avaient cours alors, cette ridicule affaire se serait probablement terminée par un duel. Mais il est vrai qu’en ces temps, un être aussi petit, aussi pleutre, aussi vile que Monsieur Véto n’aurait sans doute jamais été du nombre de ceux qui portaient l’épée et, d’ailleurs, il n’y aurait pas eu d’affaire, parce que les injures qui me sont reprochées n’auraient jamais été prononcées : une simple bastonnade les aurait remplacées ! Je crois qu’il y a un énorme malentendu relativement au fait que je laisse à mes lecteurs la possibilité de commenter ce blogue. Si les commentaires sont ‘‘ouverts’’, c’est surtout pour laisser à un éventuel prince charmant, pour parler comme un pédé (cela dit sans vouloir offenser la communauté homosexuelle, bien sûr, oh la la, loin de moi cette idée !), pour lui laisser la possibilité, disais-je, de se faire connaître à moi. Evidemment, vue la tournure que ce blogue a prise depuis quelques mois, la venue de cet hypothétique prince charmant est très compromise et ce d’autant plus que je l’ai déjà rencontré, il y a quelques années. Il avait hélas perdu son royaume et sa fortune : c’était don Esteban ! La Providence serait tout de même bien généreuse, et bien indulgente, en me permettant d’en rencontrer un second grâce à ce blogue. Je devrais sans doute m’estimer heureux de tomber sur un maquereau, compte tenu de ce que j’ai pu y écrire ! Je plaisante, évidemment. Moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie de la prostitution dans les pages de ce journal ! Si je laisse ouverts les commentaires, c’est aussi parce que j’aimais lire ceux de Pierre Driout, qui semble hélas avoir définitivement cessé de fréquenter ces lieux. C’est enfin pour ne pas décevoir un peu plus don Esteban, qui ne cesse de me dire que c’est une lâcheté que de les ‘‘fermer’’ ! Le malentendu porte également sur la raison qui me fait publier ce journal sur Internet. Je ne pensais pas avoir à l’écrire, mais enfin, il semble que ce soit nécessaire : si je le publie, ce n’est absolument parce que je suis curieux des réflexions que sa lecture peut inspirer aux internautes, même s’il est vrai qu’il peut m’être agréable de les connaître, lorsqu’elles sont aussi flatteuses que dans le commentaire que m’a laissé par exemple hier un certain Philip. Tout internaute est libre de l’opinion, bonne ou mauvaise, que je lui inspire, bien sûr, mais je trouve fort indélicat qu’on tienne absolument à me dire la mauvaise ici-même : pourquoi donc le faire, si ce n’est pour me blesser, pour me nuire, c’est-à-dire pour assouvir ses plus bas instincts, comme a fait Monsieur Véto, quoique en toute bonne conscience ? On n’a qu’à l’écrire dans son propre blogue ! Non, si je publie le mien, c’est parce qu’il est aux confidences ce que le fuckbuddy est aux amours ! C’est le propre de l’homme que d’avoir à se confier. Et pour être ce que je suis ou ce que je semble être à tous les Monsieur Véto qui lisent peut-être encore ce journal, c’est-à-dire pour leur être le plus souvent des plus détestables, je n’en suis pas moins homme ! Mais j’ai peu d’amis à qui me confier. Dans la confidence, le plus important n’est pas le secrétaire et, d’ailleurs, mes lecteurs les plus attentifs auront bien vu que j’ai peu de secrets pour eux ! Non, le plus important, c’est que ces secrets soient dits. Qu’ils soient dévoilés, chassés de moi, jetés dans l’air ambiant. Dans un tel but, écrire pour soi seul n’est pas suffisant : ce n’est pas tout à fait dire. Je publie donc tout ce que j’écris parce que j’ai besoin de le dire. Il me semble d’ailleurs que c’est également l’un des fondements de la psychanalyse. Je pourrais bien découvrir seul tout ce que je fais depuis que j’ai commencé nos séances avec Tirésias. Mais l’important est de le dire, du moins pour cheminer jusqu’au point de découvrir ce qui a toutes les chances d’être proprement indicible. J’écris ce journal sur Internet parce que je n’ai personne à qui le dire. Même ma mère ne me prêterait pas l’oreille qu’il y faudrait, surtout pas elle, d’ailleurs, qui est complètement folle et probablement la racine de tous mes maux. Pour que mon lecteur puisse se faire une idée de cette marâtre, qu’il songe seulement qu’elle est la première à me dire d’aller me prostituer quand, depuis qu’elle a décidé de devenir avec moi moins prodigue de son argent, je lui demande encore, sans grand espoir, de m’en donner un peu. « Tu n’as qu’à te trouver un vieux riche ou bien aller faire la pute », me répond-elle souvent. Elle le dit sans aucun dégoût pour la pratique qu’elle me recommande, mais comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et le métier le plus fait pour moi, qui ne sais pas faire grand-chose ni de mes mains ni de ma tête, il est vrai, et je ne vois d’ailleurs pas comment je pourrais le nier, ce journal en étant la preuve, ou plutôt l’aveu… Je n’ai pas particulièrement envie de me confier à une mère si disposée à se satisfaire que son fils fasse le plus vieux métier du monde, auquel seule l’antiquité, peut-être, pourrait donner un peu de prestige. Allons ! Il va de soi que je n’y trouve aucun prestige, non plus que de honte. J’espère qu’on voit bien qu’il n’y a dans ce journal nulle apologie de la prostitution. Je ne fais que la constater dans ma vie et dans le monde.

03:22 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Pierre Driout, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

30/04/2009

Mercredi 29 avril 2009

            Je rentre à l’instant d’un petit dîner chez Tityre, avec Parthénie. Cet après-midi, comme j’étais au supermarché, coup de téléphone du petit Chrysanthe, qui voulait savoir si j’étais occupé, ce qui signifie qu’il avait envie de baiser. « Non, je suis dans tel supermarché, là. – Et moi, je ne suis pas loin, au dernier arrêt de bus avant la sortie de la ville. – Attends-moi, j’arrive. » J’aime beaucoup le petit Chrysanthe, je crois que c’est avec lui que je m’entends le mieux, sexuellement. Peut-être est-ce parce qu’il est très jeune (il a tout de même dix-huit ans, la morale est donc sauve !) et qu’il a en grande partie appris à baiser avec moi. Mais je crois que cela tient aussi à son caractère propre, à sa grande douceur, à ses sourires, à sa façon d’avoir presque toujours les yeux ouverts, et de regarder, de me regarder dans les yeux. D’habitude, quand j’embrasse (si j’embrasse, car il est très rare que j’aime embrasser, même si parfois, je consens à le faire, malgré mon dégoût), je le fais plutôt les yeux fermés. Mais non pas avec lui : même en nous embrassant, nous nous regardons dans les yeux. Il y a aussi quelque chose de rare, avec lui : c’est que j’en supporte la présence après avoir joui, et réciproquement. Il ne se rhabille pas tout de suite, continue de me caresser, de me regarder, de m’embrasser : et ça ne me gêne pas. Sans doute serais-je capable de dormir avec lui. Mais parce qu’il n’est libre que la journée, nous n’avons jamais baisé qu’en plein jour, dans ma chambre, qui est particulièrement lumineuse, contrairement à celle de la rue des Cordeliers. Chrysanthe est tout le contraire de Géronte, qui a peut-être bien trois ou quatre fois son âge et ne veut baiser que dans le noir complet, mais avec qui je m’entends également très bien sexuellement. J’ai également dîné chez Tityre, hier soir, avec Agathon, l’histrion rimailleur, et Polysarque, son énorme mignon. Pendant cette soirée, j’ai reçu un coup de téléphone de Didymias, l’énamouré de samedi, à qui il me faut bien donner un nom, puisque je suis amené à reparler de lui. Je n’ai pas décroché, puisque j’étais chez Tityre. Mais il m’a laissé un message sur mon répondeur, dans lequel il m’expliquait d’une voix d’outre-tombe que je n’avais rien compris, qu’il fallait que je fasse attention à ce que je dis, et à qui je le dis, et que j’en avais encore pour de nombreuses années d’analyse ! (C’est aussi la dernière trouvaille de ma mère : à chaque fois que je lui dis quelque chose qui lui déplaît, elle me dit que je suis loin d’en avoir terminé avec mon analyse !) Une fois rentré chez moi, je me suis donc connecté à MSN, pour savoir ce que me voulait exactement ce grand fou de Didymias, qui me fait un peu penser à ces femmes complètement hystériques que mon père prenait pour maîtresses. Il était furieux que j’aie rapporté à Géronte qu’il m’avait révélé qu’il était séropositif. Ce dernier, avec qui je continue de baiser une ou deux fois par mois, mais qui est apparemment dans le déni le plus complet et fait avec moi comme Hiéronymus avec ma sœur, me laissant entendre qu’il n’est pas contaminé sans jamais aller néanmoins jusqu’à me dire clairement qu’il est séronégatif, avait donné à Didymias, quelques heures plus tôt, également sur MSN, tous les noms d’oiseau qu’on peut imaginer, furieux qu’il était d’avoir été trahi par lui. Car Didymias était le premier à me dire qu’il était sûr que Géronte était séropositif. Tityre et Osman n’avaient fait que me dire que Géronte était réputé tel, ce qui n’est pas du tout la même chose. Didymias m’avait dit quant à lui qu’il le tenait de Géronte lui-même, qui s’était confié à lui. Je m’étais donc dit que, puisque la séropositivité de Géronte était avérée, c’était pour moi le moment de lui donner à mon tour l’occasion de se confier à moi. Car je trouvais injuste qu’il se soit confié à ce Didymias, avec qui il n’avait pas même désiré baiser, quand il le fait si volontiers avec moi, mais sans rien m’avoir dit. Bref ! Géronte se sentait trahi par Didymias et Didymias par moi. J’ai dit à Didymias qu’il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même et qu’il devrait apprendre à tenir sa langue, s’il ne veut pas que ses secrets soient trahis ; que Géronte avait toujours été très gentil pour moi, que je m’entendais très bien avec lui et que j’avais voulu lui donner l’occasion de me faire des confidences, sans pour autant penser que c’était trahir celui qui m’en avait donné l’occasion, à qui je ne me sens d’ailleurs pas lié pour m’être une fois glissé dans son lit. C’est aussi pendant l’acte, que Didymias devrait tenir sa langue, parce qu’il avait une fâcheuse tendance à m’en encombrer la bouche, samedi soir, c’était vraiment très pénible. Cet après-midi, Chrysanthe m’embrassait parce qu’il voulait s’offrir un peu plus à moi : Didymias le faisait l’autre jour parce qu’il croyait que je lui appartenais déjà !

01:26 Publié dans 2009, Agathon, Chrysanthe, Didymias, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma mère, Osman, Parthénie, Polysarque, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

18/04/2009

Vendredi 17 avril 2009

            Hier soir, dixième séance chez Tirésias, durant laquelle il ne fut question presque que de ma sœur. Dimanche 12 avril, lors du dîner, Julie a dit qu’elle enviait l’étroitesse du lien qu’il y avait entre notre mère et moi. Selon ma sœur, nous serions parfois capables de nous comprendre sans même nous parler. Il y a certains de nos silences qu’elle ne comprend pas du tout, mais qu’elle voit bien qui sont parlants pour nous. Comme Cyrille n’était pas présent à ce dîner, parce qu’il avait, ce week-end, la garde de son fils, dont la présence nous est insupportable, à ma mère et moi, qui avons l’agitation des enfants en horreur, je me suis fait la réflexion que nous étions bien égoïstes de ne pas faire l’effort de tolérer davantage le père et le fils. Je me suis également demandé si notre insistance à exhorter Julie à quitter son amant n’avait pas quelque chose de malsain. En quoi cela nous regarde-t-il donc ? Après tout, ma sœur est libre de mener sa vie comme elle l’entend. Il est décidément bien vrai que je ressemble énormément à ma mère, par mon intolérance et mes dégoûts, et cette réalité m’est pénible, car ma mère est une femme à qui je n’aime(rais) vraiment pas ressembler ! Ce m’est d’autant plus pénible que je ne puis m’empêcher de penser que c’est à cause d’elle, et précisément de ses dégoûts, que je suis devenu cet être névrotique qui va s’allonger toutes les semaines sur un divan chez Tirésias. Ce dernier me demande quel type de relation j’entretiens avec ma sœur. Je lui réponds qu’elle est présente dans ma vie comme une évidence : c’est comme si elle avait toujours été là. Peut-être aussi ai-je le sentiment qu’elle m’appartient, puisqu’il me déplaît tant qu’elle ait un Cyrille pour amant. Je ne suis pourtant pas amoureux d’elle, même si j’ai déjà eu l’occasion de parler à Tirésias d’une espèce d’éphémère inceste entre elle et moi, il y a fort longtemps. Comme Cyrille n’était pas là, dimanche dernier, Julie a profité de son absence pour nous faire quelques nouvelles révélations sur lui, grâce auxquelles ma mauvaise conscience n’a pas duré bien longtemps. Au contraire, ce qu’elle nous a appris n’a fait que nous conforter, ma mère et moi, dans la mauvaise opinion que nous avons de lui. Pour commencer, ma sœur nous a redit les forts soupçons que lui avaient inspirés certaines confidences de l’ex-femme de Cyrille sur le cancer des poumons dont il leur avait dit qu’il était atteint. Non seulement personne ne l’a jamais vu se soigner, mais encore serait-il malgré tout presque guéri… Ce n’est pas la première fois qu’un amant de ma sœur lui ment sur des sujets aussi graves. Déjà Hiéronymus lui avait caché qu’il était séropositif. « L’ami de votre sœur serait donc un affabulateur », me dit Tirésias. C’est cela : un affabulateur, qui profite de la crédulité de Julie, crédulité qui n’est d’ailleurs pas loin de me laisser pantois. Pour avoir avec elle des relations sexuelles sans préservatif, celui-ci a en effet réussi à lui faire croire, je ne sais comment, qu’il se faisait prescrire un traitement préventif contre le Sida ! Ce n’est qu’en parlant de ce prétendu traitement au médecin qui la suit que ma sœur, cette sotte, a compris que Cyrille s’était probablement fichu d’elle. Si ce dernier faisait allusion au traitement prophylactique prescrit en cas d’urgence après une exposition au virus, son docteur a expliqué à ma sœur qu’aucun médecin digne de ce nom ne le prescrirait à quelqu’un qui ne cacherait pas qu’il voudrait le recevoir dans le but d’avoir des relations sexuelles non protégées avec une personne séropositive, ne serait-ce que parce que son efficacité n’est pas assurée (aux dernières nouvelles, lui a rappelé son docteur, il n’y a toujours pas de vaccin contre le Sida !). D’autre part, ce traitement coûte une fortune, et ce serait une aberration économique que de le prescrire dans un tel but, surtout avec tant de risques. Soit Cyrille a menti à ma sœur, soit il ment régulièrement à des médecins pour se faire prescrire ledit traitement, soit enfin il a trouvé un médecin véreux qui a bien voulu entrer dans son jeu. Autrement dit : soit il ment, soit il vole, soit il ment et vole. Au cas où il serait bien un voleur, ce qui ne m’étonnerait guère, ma sœur lui a montré ses propres feuilles de remboursement, pour qu’il ait une idée de l’importance des sommes qu’il détourne et cesse de le faire, parce qu’elle croit sans doute qu’il a une conscience… Apparemment, Cyrille et ma sœur ont déjà ‘‘pris des risques’’, comme on dit pudiquement, parce que celle-ci semble craindre de l’avoir contaminé. Elle nous a en effet parlé, à ma mère et moi, de son désir de lui faire signer un document dans lequel il reconnaîtrait avoir toujours été conscient de la séropositivité de ma sœur et n’avoir donc pu être contaminé, le cas échéant, qu’en connaissance de cause… Elle craint en effet qu’en cas de séparation (et de contamination), Cyrille l’attaque en justice, influencé par sa mère et sa sœur, qui la détestent et seraient ‘‘deux vraies connes’’, à ce que dit ma sœur, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elles sont du même moule que le grand C. Il me paraît évident que ma sœur, qui n’a jamais été éprise de Cyrille, comme je l’ai toujours dit, n’ose pas le quitter pour plusieurs raisons, dont cette peur de l’avoir contaminé et d’être inquiétée pour cela. Julie semble d’autre part être entièrement sous l’emprise de Cyrille, qui est un affabulateur, comme j’ai déjà dit, et un manipulateur, comme l’était d’ailleurs Camille. Pour l’instant, ma sœur n’admet pas qu’elle est manipulée : elle croit naïvement être celle des deux qui porte la ceinture, parce qu’elle a littéralement entretenu Cyrille pendant plus d’un an et que c’est encore elle qui tient les cordons de leurs deux bourses, parce qu’elle estime que l’argent qu’il gagne pour l’instant lui revient en remboursement des dépenses qu’elle a faites auparavant pour lui. Mais elle ne comprend pas que l’espèce de confort matériel qu’elle a donné à Cyrille et que les ‘‘facilités de caisse’’ qu’elle lui permet encore sont l’heureuse conséquence pour lui d’une manipulation à laquelle elle ne veut pas croire justement parce qu’elle lui donne l’illusion d’être celle qui manie l’argent. Mais encore récemment, elle a vu sa facture de téléphone multipliée par quatre parce que Cyrille avait passé des appels professionnels vers des téléphones portables depuis la ligne fixe de ma sœur. Parce qu’il ne lui avait rien dit, celle-ci ne s’en est aperçue qu’en recevant sa facture. Comme elle a pu lui faire une mercuriale, elle croit être celle qui mène la barque mais, en attendant, c’est bien Cyrille qui a profité de l’espèce d’avance que ma sœur lui a faite et dont la dette s’ajoute à toutes les autres, dont il a tout le loisir de remettre le remboursement aux calendes grecques. Il semblerait enfin que Cyrille garde ma sœur sous son emprise par la terreur. Il y a eu en effet une suite au grotesque épisode de juillet 2008 durant lequel Cyrille avait voulu, par jalousie, ‘‘casser les genoux’’ de Fred, l’ancien amant de julie, suite que cette dernière ne nous a donc apprise que dimanche. Une fois rentrée chez elle, ce soir-là, celle-ci a retrouvé un Cyrille qui, toujours aussi furieux, a sorti de sous leur lit un fusil de chasse avec lequel il est allé s’asseoir dans le salon, laissant dans leur chambre, dont il avait refermé la porte, ma sœur complètement terrorisée, qui se demandait s’il préparait son suicide ou son meurtre… Quand enfin ma sœur a trouvé le courage de sortir de la chambre et de demander à ce furieux ce qu’il comptait faire avec son fusil, celui-ci, qui s’était apparemment un peu calmé, lui a répondu qu’il était tout simplement en train de nettoyer l’arme, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à une heure si tardive, après avoir passé la plus grande partie de la soirée à errer dans les rues de Mont-de-Marsan à la recherche du pauvre Fred, dont il voulait tout de même casser les genoux, comme j’ai dit… Il me semble évident que Cyrille a voulu menacer ma sœur et que celle-ci garde désormais à l’esprit qu’elle dort au-dessus d’un fusil qui pourrait servir un jour à l’assassiner ou à repeindre en rouge les murs de son salon, si le grand C choisissait plutôt de mettre fin à ses propres jours, ce qui serait un moindre mal et aurait le mérite de régler le problème que constitue cet encombrant amant dont ma sœur ne sait comment se défaire. « Vous êtes donc inquiet pour votre sœur », me dit Tirésias. Je lui réponds que je le suis en effet, mais que mon inquiétude pour elle n’est pas aussi grande que l’indignation que m’inspire le comportement de Cyrille. J’imagine que si j’étais quelqu’un de normal, ce serait la peur pour elle qui l’emporterait. Mais il n’y a rien à faire, c’est l’indignation qui prend le plus de place dans mes pensées, et ma colère contre ce sinistre individu, dont je n’aime ni l’extraction (il faut voir le père et la mère, qui sont réellement plouquissimes), ni les manières (dormir avec un fusil sous son lit, c’est d’un goût !), et qui s’est introduit dans ma famille, pour en détourner ma sœur, qui m’appartient, oui, c’est bien le sentiment que j’ai, ce qui n’est sans doute pas normal, je veux bien en convenir. Je me sens personnellement humilié que ma propre sœur puisse s’abaisser à frayer avec ce ressortissant de Franche-Comté qui est surtout franchement con, comme je dis souvent à ma mère. C’est paradoxal, puisque je me suis moi-même laissé chavirer par un Camille, qui est un peu l’équivalent Landais et pédé de l’amant de ma sœur, il faut bien le dire. Il se peut donc qu’elle et moi nous ressemblions beaucoup par nos amants, comme ma mère et moi par nos dégoûts. Nous avons tous les deux un goût prononcé pour les grands minces et de santé fragile comme sont ou sont censés l’être Hiéronymus, Cyrille ou Camille. Nous nous prenons d’affection pour des menteurs et des manipulateurs. Hiéronymus et Cyrille se ressemblent en effet en cela qu’ils ont fait de très graves mensonges à ma sœur, le premier sur son Sida, qu’il lui cachait, le second sur son cancer, qu’il a sans doute inventé ! Tous les deux en sont venus à se passer du préservatif dans leurs relations sexuelles avec elle, quoique, sans doute, pour des raisons différentes. C’est probablement le déni de sa propre maladie qui a fait agir si mal Hiéronymus, au point de donner le Sida à ma sœur. Quant à Cyrille, il ne m’étonnerait pas qu’il ait l’intention de l’attraper, sans doute dans le but de se lier encore plus ma sœur, par la mauvaise conscience et la culpabilité que la contamination du garçon ne manquerait pas de causer à celle-ci. Peut-être aussi manœuvre-t-il pour la faire tomber enceinte, là encore dans le but de l’enchaîner à lui. Camille aussi m’a menti, quoique que sur des sujets moins graves. Il m’a également beaucoup manipulé. Il est amusant de noter que Cyrille a sans doute été séduit, lui aussi, par ce Camille dans lequel il s’est peut-être reconnu, le fameux soir où il l’a tripoté dans la salle-de-bain, chez ma sœur. Mais comme c’est précisément de Camille, autre grand affabulateur, que je tiens cela, il se peut fort bien que tout soit faux. Je comprends d’autant moins la réticence de ma sœur à quitter son amant qu’elle semble être bien consciente que Cyrille est quelqu’un de fort peu recommandable, puisqu’elle le soupçonne déjà d’être capable de lui faire les pires ennuis si, l’ayant laissé se faire contaminer par elle (ce qui est en soi une folie), elle se décidait enfin à quitter cet illuminé. Sinon, pourquoi donc voudrait-elle lui faire signer ce papier qui n’aurait probablement pas bien grande valeur aux yeux d’un juge ? Tout cela sent la névrose plein nez et d’ailleurs ma sœur m’a elle-même prié de demander à Tirésias s’il n’avait pas un confrère à lui recommander.

02:35 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Fred, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

16/04/2009

Mercredi 15 avril 2009

            Je rentre à l’instant de chez Tityre, où le beau Clinias et le terrible Cléomédon passent quelques jours de vacances. Je les avais déjà vus, lundi soir dernier, lors d’un dîner chez le même, auquel participait également Anaximandre ‘‘de Paris’’, comme dit Tityre, pour le distinguer du cinquième convive, qui porte le même nom, mais qui, se faisant appeler de celui d’un célèbre cardinal français, sera nommé ‘‘Richelieu’’ dans ce journal, si jamais il doit en être de nouveau question. Don Esteban et d’autres avant lui m’ont dit qu’ils se perdaient dans les noms de tous mes personnages et souhaiteraient donc que je crée un index pour les aider dans leur lecture. Peut-être devrais-je suivre leur conseil. M’y perdant moi-même, j’ai d’ailleurs déjà créé depuis longtemps, pour mon usage personnel, une tabula nominum qui m’aide à retrouver à qui appartiennent les invraisemblables noms que je donne aux personnes évoquées dans ces pages. J’ai appris de Cléomédon, lundi soir, que son Clinias était circoncis ! Je devrais peut-être parler à Tirésias de mon aversion pour les sexes circoncis, aversion toute relative, il est vrai, car je n’arrêtais pas de penser, une fois cette révélation faite, qu’il me plairait fort de voir celui du beau Clinias, que je trouvais d’ailleurs encore plus beau rougissant de l’indiscrétion de son terrible amant. En l’observant ce soir, je me suis tout de même demandé pourquoi je le trouvais si attirant. Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. Mais dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! Sans doute Clinias n’est-il pour moi qu’un fantasme, comme l’était déjà Camille, cette autre créature indéfinissable, incompréhensible, inexistante et pourtant l’obsession de mes pensées. Mais il est peu probable que j’aie le temps de parler demain de mon aversion tout relative pour les sexes circoncis. J’aurai sans doute bien trop à dire sur ce que ma sœur nous a confié, à ma mère et moi, dimanche dernier à propos du grand C, qui est apparemment quelqu’un de beaucoup plus inquiétant que j’aurais cru.

03:32 Publié dans ''Richelieu'', 2009, Anaximandre, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03/04/2009

Jeudi 2 avril 2009

            Huitième séance avec Tirésias aujourd’hui. Mais je me rends compte que je n’avais pas encore rapporté ce que j’avais dit lors de la septième séance. Je recopie donc ici ce que j’écrivais dans mon autre journal, celui de mon analyse, le jeudi 26 mars dernier : Suis revenu sur les deux traits physiques qui ont rendu Camille si attirant pour moi. Premièrement, sa rousseur, qui est un élément féminin, si vraiment c’est à Anja ou à Sandrine F*** qu’elle renvoie. Peut-être suis-je une espèce d’hétérosexuel refoulé. Je n’ai jamais eu de dégoût sexuel pour les filles, comme il paraît qu’il arrive à certains homosexuels. D’ailleurs, j’ai été l’amant d’Anne D*** pendant trois années. (Le prénom d’Anne était-il un vestige de celui d’Anja ?) Ce qui me sépare des filles, c’est plutôt la peur que j’ai de leur inspirer moi du dégoût, à cause de ma mère, qui m’a toujours fait ressentir personnellement celui qu’elle avait pour les hommes. J’ai raconté à Tirésias la soirée du samedi 28 février, avec Tityre et Lydie, durant laquelle je m’étais fait draguer par cette dernière, qui avait très ostensiblement envie que je la baise. Elle ne cessait de me passer la main dans les cheveux, comme aurait fait une mère, et c’est sans doute parce que cette mère, qui n’était certes pas la mienne, me faisait voir que, loin d’être dégoûtée, elle était au contraire très attirée par moi, que, pour une fois, je ne me suis pas senti trop mal parmi la foule au milieu de laquelle je ne puis, d’habitude, me défaire de l’espèce de raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me paralyse littéralement. Tirésias m’a demandé si j’avais ressenti de l’excitation sexuelle au moment où Lydie, qui avait voulu que je l’accompagne au petit coin, s’est mise à uriner devant moi. Non, ce n’a pas été le cas. Pendant l’enfance, j’étais attiré sexuellement (d’une sexualité d’enfant) par les filles dont je tombais déjà amoureux (Florence P***, par exemple, qui est évoquée dans la Ballade de mes petites amoureuses. Je m’aperçois, en relisant cette ballade, que la petite Virginie, « De toutes elles ma première/Aux tâches rousses infinies », avait donc déjà de la rousseur en elle). Mais j’étais également attiré par les garçons dès cette époque. En revanche, à partir de l’adolescence, je n’ai plus été attiré sexuellement par des filles dont je continuais pourtant à tomber amoureux (par exemple la belle Sabine au lycée, Valérie à la faculté) et d’ailleurs, je n’ai jamais été amoureux d’Anne D***, avec qui j’ai donc été capable de coucher pendant trois ans. Excepté pour cette dernière, que j’ai beaucoup méprisée, non pas intellectuellement, mais sentimentalement, et physiquement, j’avais pour ces filles une sorte d’amour courtois qui excluait toute relation charnelle. Il s’agissait pour moi de rendre comme un hommage à leur beauté, à leur pureté. Il n’était d’ailleurs pas rare que ces filles soient lesbiennes, comme l’était Valérie, et comme était réputée l’être Sandrine F***, dont il est vrai que je ne fus pas à proprement parler amoureux. Le fait qu’elles fussent lesbiennes réglait ainsi le problème des relations sexuelles avec elles : il n’en était tout simplement pas question. Pour décrire à Tirésias la beauté foudroyante de Sandrine F***, j’ai d’abord comparé celle-ci à une biche, puis, aussitôt après, à Artémis. Le fait même que je parle de beauté foudroyante n’est sans doute pas anodin. Cette beauté de déesse qui tue les hommes, c’est probablement ce que ma mère m’a fait comprendre qu’il m’était interdit de souiller, à force de me faire ressentir le dégoût qu’elle avait des hommes et de moi. Il ne m’était permis que de rendre hommage à cette beauté, par des regards (contrairement au pauvre Actéon qui en meurt), par des mots (des poèmes, souvent) ou des cadeaux, des offrandes, comme à la blonde Sabine. Mais quant à honorer physiquement ces filles, je n’y pensais même pas. L’autre trait qui m’a séduit en Camille, c’est sa faiblesse physique, sa maladie. Je me suis récemment aperçu de ce fait, que j’ai rapporté à Tirésias : toutes les fois que, à la télévision, j’entends qu’il y a ou apprends qu’il y aura une émission ou un reportage consacré à un adolescent ou à un jeune homme malade ou physiquement affaibli, je cesse toute activité ou prévois de me libérer pour pouvoir regarder l’émission ou le reportage. Si c’est à une fille que le reportage est consacré : ça ne m’intéresse plus du tout. Pourquoi, me demande Tirésias, la faiblesse, la fragilité du garçon revêt-elle une telle importance à mes yeux ? « Je ne sais pas du tout. – Mais si, vous savez. » Je n’ai d’abord pas su le formuler aussi nettement qu’à présent : mais c’est sans doute encore à cause de ma mère, qui m’a tout bonnement transmis son dégoût des hommes. Un garçon qui est physiquement faible, fragile ou malade, c’est un garçon qui n’est pas vraiment viril, même s’il le reste dans sa manière de se tenir, de parler, de se déplacer, etc. Sa virilité devient acceptable, selon les critères de ma mère et qui sont devenus les miens : elle est tempérée par sa faiblesse. C’est sans doute aussi pourquoi j’ai plutôt le goût des garçons grands et maigres, grands, parce qu’ils paraissent encore plus maigres : c’est-à-dire fragiles et, donc, d’une virilité incomplète, inachevée. Peut-être même recherché-je, dans les garçons, une part de féminin qu’il me soit permis d’honorer cette fois physiquement. Les garçons tels que je les aime, ce seraient des filles avec lesquelles il me serait permis de coucher. Je trouve cette idée profondément dérangeante. Mon amour des garçons a toujours été pour moi d’une telle évidence que je n’ai jamais douté jusqu’alors que je les aimais pour ce qu’ils étaient, c’est-à-dire précisément des garçons, dont je trouve que le nom est l’un des mots les plus beau de la langue française, qui sert à désigner cette race si particulière, rare parce que, éphémère, elle semble en perpétuelle voie de disparition, cette espèce de troisième sexe qui n’est certes pas les hommes, mais qui n’est évidemment pas pour autant les femmes, ni les filles ! Et pourtant, c’est ce que semble indiquer mon analyse, au stade où j’en suis : les garçons seraient des filles qui ne me sont pas défendues.

00:40 Publié dans 2009, Anja, Anne D***, Camille, Florence P***, Journal, Lydie, Ma mère, Sabine, Sandrine F***, Tirésias, Tityre, Valérie, Virginie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

22/03/2009

Samedi 21 mars 2009

            Il ne me semble pas avoir beaucoup avancé, hier après-midi, lors de ma sixième séance chez Tirésias. J’ai parlé d’un nouveau rêve qui confirmait et permettait d’approfondir l’interprétation de celui que j’avais fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ces deux rêves, les thèmes étaient les mêmes et tournaient autour des livres, de la bibliothèque, domaine de mon père, véritable patrie, mon patrimoine, mon héritage, détourné par ma mère à son profit, laquelle n’a pas usurpé que mon bien, mais aussi le nom de mon père, qu’elle continue de porter, malgré son divorce d’avec lui. Il n’y a pas que dans mes rêves qu’on refuse de me donner mon nom (Alina Reyes, dans le rêve en question, me désignait par mon pronom, disait-elle, dans la dédicace de son livre) : sur Internet aussi, j’ai remarqué que certains blogueurs sur la page desquels un lien mène à ce blogue continuaient à m’appeler Oliviermb, qui est le pseudonyme que je portais sur la Toile en un temps où je n’avais pas encore conscience que, s’il n’était pas particulièrement courageux d’écrire sous son véritable nom, il était profondément lâche de le faire sous un faux, surtout à une époque comme la nôtre, où la liberté d’expression est telle qu’on peut tout dire sans courir le moindre risque d’être inquiété, sauf, il est vrai, au sujet des races et des enfants. J’ose espérer que c’est parce que ces blogueurs ont arrêté de me lire avant que je ne me sois mis à porter mon nom sur Internet qu’ils continuent de m’appeler Oliviermb. Autrement, ce serait vraiment à désespérer d’Internet et des internautes. Est-ce que déjà, dans cette excroissance verbale de notre monde, tout lui est si semblable qu’il n’y a plus de place pour celui qui ne parle pas, ne pense pas, ni ne se nomme conformément à l’usage qui prévaut ? Est-on déjà condamné à porter des pseudonymes sur Internet, comme on est condamné au tutoiement, aux prénoms, à la familiarité dans la vie ? L’usage généralisé du pseudonyme est la grande faiblesse de la Toile, ce qui la discrédite entièrement et en fait un lieu d’une telle violence. Puisque personne ou presque ne signe ce qu’il dit de son nom, tout le monde devient de facto auteur de lettres anonymes. On tombe plus facilement dans l’ordure quand on ne risque pas de déshonorer un nom qu’on garde secret. On se rend souvent puéril et ridicule, quand on s’entête à porter des pseudonymes aussi grotesques que celui de Chapi-Chapo, par exemple, que porta Prêchi-Prêcha pendant quelques années, avant d’en changer, sur le site de pédés habituel. Tout le monde a quelque chose à dire, chacun tient à montrer comme il est en accord avec la pensée dominante, qu’il croit généralement être la moins partagée du monde, il est vrai, et pourtant, personne ne semble vraiment l’assumer, puisque personne n’est prêt à signer de son nom ce qu’il écrit. Qu’on songe, par exemple, qu’il circule parfois sur la Toile des pétitions que les gens osent signer de simples pseudonymes, ce qui est tout de même une aberration ! Il manque à Internet des auteurs. Personne n’ose se reconnaître l’auteur d’une prose le plus souvent insignifiante et inoffensive (quoique souvent haineuse) ! Et sans auteur, il n’y a pas non plus d’autorité. C’est pourquoi il me semble qu’on ne peut pas faire bien grand cas d’une entreprise comme Wikipedia, qui est une encyclopédie d’un genre nouveau, dans laquelle chacun s’efforce de corriger le texte de chacun, sans jamais signaler ses corrections au lecteur, qui peut néanmoins souvent les deviner aux ruptures de construction de bien des phrases (qui, à elles seules, devraient d’ailleurs suffire à discréditer l’ensemble), un peu comme le Mazouf des Souffles du monde de José Luis de Juan (dont je n’ai pas un souvenir très précis), esclave natif d’Antioche, qui, depuis l’Argilète, améliore les textes qu’on lui dicte, reconnaît les corrections dont il est l’auteur, des années plus tard, lorsqu’il retrouve dans les bibliothèques publiques les manuscrits dont il a été le copiste, à une presque imperceptible variation de son écriture, conséquence de celle de son état, au moment de la copie,  qui, de scribe, passe à celui d’auteur. Les Romains qui se piquent de poésie ou de philosophie sont ravis de voir leurs œuvres copiées par Mazouf, parce qu’ils savent que leurs vers ou leur prose en seront améliorés et leur réputation grandie. Le Syrien se permet même de récrire certains vers des plus grands poètes ou de corriger ce qu’il estime être un mauvais raisonnement de Platon. Et si, se demande le narrateur, et s’il ne restait plus une ligne originale de Plutarque ? Mais est-ce si grave, si le texte récrit par Mazouf est meilleur que l’original ? Cependant, alors que Mazouf, qui est un faussaire de génie, s’efforce d’améliorer les œuvres qu’il a la charge de copier et ne rêve de rien tant que de se faire un nom, non plus de copiste, mais d’auteur à part entière, je soupçonne fort les internautes encyclopédistes d’être entièrement satisfaits de leur anonymat et, surtout, de fausser le savoir qu’ils ont la prétention de transmettre, précisément à cause de la médiocrité, de l’incompétence, du manque de rigueur, qui les fait préférer cet anonymat (car ils ne tiennent évidemment pas à se voir attribuer personnellement la responsabilité d’un tel désastre).

02:56 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Mon père, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : josé luis de juan, les souffles du monde, wikipédia

20/03/2009

Jeudi 19 mars 2009

            J’ai vaguement entendu dire à la télévision, tout à l’heure, chez ma mère, que c’était de nouveau la foire au Sida. Quant à Hieronymus, l’empoisonneur de ma sœur, il court toujours, libre comme l’air, blanc comme neige, plus vivant que jamais, la queue peut-être encore humide de sa nouvelle empoisonnée ! Je n’ai donc pas l’esprit à faire la fête. Tous les sidéens ne sont pas à plaindre. Certains seraient à pendre !

03:23 Publié dans 2009, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

17/03/2009

Lundi 16 mars 2009

            Ai-je dit que j’étais pauvre ? Pendant mes distributions de prospectus, je prends soin de me rappeler où se trouvent les fagots que les jardiniers du dimanche ont déposé sur les trottoirs et, quand j’en trouve enfin le temps, comme tout à l’heure, après dîner, vers dix heures et demie, je vais les ramasser pour les entreposer ensuite chez ma mère, où j’aurai encore à les retailler aux dimensions de ma cheminée, pour en faire du petit bois et me chauffer l’année prochaine. Tityre m’a donné deux ou trois stères de chêne qu’il me faut également scier et mettre à sécher pour l’an prochain. En sciant ce bois, pour la première fois depuis des années peut-être, j’ai l’impression de faire quelque chose. C’est mon activité favorite, en ce moment. Je range tout ce bois dans le garage de ma mère, dont j’ai réussi à prendre possession sous prétexte d’y mettre de l’ordre, en portant chez le bourrier, par exemple, une grande partie de ce qui l’encombrait. Quant au reste, qui est trop lourd, et qui appartient à ma sœur (ce sont d’anciens meubles à elle), j’ai dit à ma mère de demander au grand C de l’en débarrasser. Après tout, s’il voulait épouser ma sœur, c’est qu’il était prêt à subir les tracasseries d’une belle-mère. Tout ce bois ne me coûte rien, et tout ce qui ne me coûte rien me met en joie. J’aimerais aussi cultiver des tomates. Mais il faudrait pour cela que je prenne possession d’une partie du jardin de ma mère, ce qui risque d’être plus délicat. Je pressens qu’elle ne voudra pas plus me céder la place d’un petit potager qu’elle n’avait voulu faire débiter l’arbre abattu chez elle il y a peu, dont elle aurait pu me donner le bois : tout cela pour le plaisir de m’être désagréable. Ma mère est une salope. Mais cela, je crois l’avoir déjà dit. En me rendant tout à l’heure en voiture à l’endroit où je savais que je trouverais quelques fagots, j’ai vu que, sur l’autre voie, un véhicule était arrêté, les warning  allumés. Le conducteur était sorti de sa voiture et téléphonait à quelqu’un. Une bonne femme, clope au bec et débraillée, était assise en tailleur au beau milieu de la route, et comme j’allais la dépasser, voici qu’elle se couche sur le bitume et se met à rouler sur ma voie, dans l’intention de se faire passer sur le corps ! Complètement saoule, cette femme  voulait se suicider, disait-elle, parce que son mari venait de la quitter ! Et l’homme à côté, qui avait failli l’écraser lui aussi, était en train d’appeler la police. C’était probablement tragique, mais tout cela m’a mis encore plus en joie : non seulement j’allais rapporter de nouveaux fagots dans ma réserve, mais j’aurais aussi quelque chose à rapporter au petit Osman, que je devais voir ensuite.

03:00 Publié dans 2009, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

14/03/2009

Samedi 14 mars 2009

            Lors de cette cinquième séance, j’ai également raconté à Tirésias le rêve que j’ai fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ce rêve, je participe à l’émission de radio de Finkielkraut sur, France Culture, avec Ségolène Royal et Alina Reyes. Alina Reyes est venue avec trois exemplaires ‘‘faits maison’’ de son dernier livre. Elle veut les offrir à Ségolène Royal, à Finkielkraut et à moi. Mais elle me dit que, selon mon désir, mon livre fait maison est différent. C’est en rapport avec la dédicace : elle me dit que, au lieu de m’y appeler par mon nom, elle m’appelle par mon pronom. Je n’ai jamais désiré cela. Soudain, Alina Reyes reconnaît son erreur : elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre… J’avais d’abord cru que, dans ce rêve, Royal et Reyes représentaient mon père. Dans la journée ayant précédé ce rêve, j’étais en effet tombé par hasard, en recherchant un passage de La Boucle d’un songe, sur une page d’Histoire et Géographie de l’île de nos rêves, un autre livre que je n’ai fait que commencer à écrire. C’était une page consacrée au personnage de Basile, tyran politique en grande partie copié sur mon père, ce tyran domestique. J’avais donc pensé, en notant ce rêve, le lendemain, que Royal et Reyes, c’étaient Basile, c’est-à-dire mon père. Mais le sens du rêve me semble bien plus clair si Alina Reyes représente ma mère, ce qui doit donc être le cas (et d’ailleurs, Freud dit bien que les reines sont des symboles de la mère). Mon père, dans ce rêve, ce serait plutôt Finkielkraut, l’animateur de l’émission, qui s’intitule Répliques. (Un peu comme Renaud Camus, Alain Finkielkraut est pour moi une espèce d’autorité.) Or il se trouve que dans mon rêve, l’animateur de Répliques ne dit pas un mot, il garde un silence absolu. C’est Alina Reyes qui parle. Et pour me dire quoi ? Qu’elle n’a pas écrit mon nom dans sa dédicace, mais mon pronom, comme si elle refusait de me donner le nom que je tiens de mon père, à quoi Finkielkraut, le père, ne réplique rien. Ensuite, Alina Reyes reconnaît son erreur. Elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre. Son erreur, c’est donc de ne pas m’avoir reconnu. Mais en l’occurrence, ne pas être reconnu, pour moi, c’est ne pas être reconnu par mon père, puisqu’il ne réplique rien. Or il se trouve que ma mère, malgré son divorce, a gardé comme nom d’usage celui de mon père. Et si ce rêve signifiait que je tenais ma mère pour une usurpatrice, qui aurait volé le nom de mon père, lequel ne m’aurait jamais reconnu ? Ma mère a d’ailleurs toujours eu avec moi la sévérité, la dureté d’un père, et mon père m’a toujours préféré mes sœurs. C’est à Julie qu’il offrait les livres que j’aurais aimé recevoir et ma pauvre sœur se voyait condamnée à des lectures qui ne l’intéressaient pas. Il ne la reconnaissait pas plus elle que moi, puisqu’il croyait que les centres d’intérêt de l’un étaient ceux de l’autre. Le présent que veut me faire Alina Reyes, dans ce rêve, mais qui est gâté par son refus de me nommer dans la dédicace, est un livre que je dis ‘‘fait maison’’. Dans mon rêve, ce ‘‘fait maison’’ signifie que le livre est fabriqué à l’ancienne, qu’il est cousu. Il renvoie donc directement, comme d’ailleurs Alina Reyes elle-même, à quelqu’un qui a été pour moi une autre figure paternelle, c’est à savoir : Dominique Autié. Mais « livre fait maison » pourrait avoir un autre sens. Il pourrait représenter l’héritage qui, transmis de génération en génération, fait la lignée, la maison. Je dois avouer que j’ai parfois désiré la mort de mon père, pour hériter de sa bibliothèque, et je me suis souvent dit que j’aimerais avoir une bibliothèque comme celle de Dominique Autié. Mais Alina Reyes, c’est-à-dire ma mère, s’interpose entre mon héritage (et donc mon père) et moi. C’est elle qui me le transmet, mais sans le nom, comme si elle voulait faire de moi un déraciné au sein même de la bibliothèque, qui est la véritable demeure, comme j’écrivais dans l’Hic est locus patriae que Dominique Autié avait bien voulu publier dans son blogue. Mon père s’est toujours senti déraciné, à cause de son père qui, lui ayant interdit de la parler dès son arrivée en France, lui a fait oublier sa langue maternelle, qui était le cantonais, la langue de ma grand-mère. Je ne sais si j’interprète bien ce rêve, mais j’aurais tendance à croire qu’il signifie que je pense qu’à cause de ma mère, qui est une usurpatrice (une Clytemnestre, comme je dis parfois), il m’est devenu impossible de trouver ma place.

21:56 Publié dans 2009, Dominique Autié, Histoire et Géographie de l'île de nos rêves, Journal, La Boucle d'un songe, Ma grand-mère paternelle, Ma mère, Ma soeur, Mon grand-père paternel, Mon père, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

13/03/2009

Jeudi 12 mars 2009

            Cinquième séance chez Tirésias avant-hier. Il voulait que je lui parle de mon père. Ma mère m’a toujours reproché de faire peur aux chats. « A ton âge, me dit-elle, terroriser les chats… » Quand j’étais enfant, avant la naissance de ma sœur, mon père, pour m’amuser, était venu dessiner un chat sur la tapisserie de ma chambre. J’étais dans les bras de ma mère et j’avais fait un caprice : « Pourquoi papa a-t-il dessiné un chat sur ma tapisserie ? », avais-je demandé à ma mère en pleurant. Ma mère m’a raconté plusieurs fois que mon père et elle avaient eu un chien avant ma naissance. Mais ils avaient dû s’en séparer,  à cause de mon père, qui le battait. Plus tard, lorsque j’avais treize ou quatorze ans (ou était-ce plus tôt ?), mon père eut une autre adorable petite chienne noire, un caniche, qui s’appelait Frisquette, dont il dut se séparer également, parce qu’il ne pouvait pas s’empêcher de la battre, lorsque sa présence lui était trop pénible. (Je n’ai pas pensé à en faire la remarque à Tirésias, mais sans doute est-ce à cause de Frisquette que je ne conçois d’avoir pour chien que des caniches noirs et femelles (Coccymèle d’abord, et maintenant Pélagie).) Mon père eut ensuite des chats (encore aujourd’hui), avec lesquels il s’est toujours beaucoup mieux entendu (à quelques exceptions près). La passion qu’il s’est découverte pour la défunte chienne Nikita, qui appartenait à son amie Stéphanie, est survenue au moment où s’opérait un grand changement en lui. Pendant des années, mon père avait eu en effet l’obsession de l’hygiène, de la propreté, la terreur des microbes, etc. Il nous était formellement interdit de boire à la bouteille, par exemple, ou bien encore, nous devions nous figurer où se trouvait tel produit qu’on voulait prendre dans le réfrigérateur avant d’en ouvrir la porte, pour s’en saisir le plus rapidement possible et éviter ainsi tout réchauffement à l’intérieur de l’appareil. Il faut dire que la ‘‘chaîne du froid’’ était la grande préoccupation professionnelle de mon père : jusqu’à ce qu’il change de métier, pour ne plus se consacrer qu’au syndicalisme. Il donna alors libre cours à sa bestialité, en se prenant de passion pour la chienne Nikita, qu’il laissait lui lécher le visage ou à qui il donnait à manger avec sa fourchette, qu’il portait ensuite joyeusement à sa propre bouche, en répétant puérilement qu’il était le chef de meute ! Mon père a toujours été terrifiant. Il fut d’abord terrifiant par sa violence difficilement contenue, par sa sévérité et par la rigidité de ses nombreux principes. Il exigeait par exemple un silence si absolu, lorsqu’il lisait, qu’on osait à peine respirer : c’était la vie de la maison qui s’arrêtait, ou presque. Il avait également voulu m’apprendre les pourcentages à un âge où je savais à peine écrire et compter, et me força toute mon enfance à jouer aux échecs avec lui pendant ce qui me paraissait être des heures entières. J’ai donc les échecs en horreur et n’ai jamais été un matheux. (J’ai d’ailleurs eu pour note un sur vingt à l’épreuve de mathématiques au baccalauréat. « Ç’a donc fait série, ce dégoût des mathématiques », a remarqué Tirésias.) Je me souviens d’une terrible colère de mon père qui, lorsque j’avais dix-sept ou dix-huit ans, m’avait surpris en train de boire à la bouteille. Je savais que je n’en avais pas le droit, mais je croyais qu’il ne l’aurait pas vu. M’apercevant du violent changement de son humeur, je m’étais efforcé de me faire le plus discret possible, me contentant d’acquiescer à tout ce qu’il braillait, comme m’a toujours dit que faisait ma mère avec lui du temps de leur mariage et comme j’ai moi-même toujours fait avec celui-ci, heureusement inspiré par celle-là. (La grande peur de ma mère, durant son mariage, était d’être battue par mon père. Elle ne le fut cependant jamais, contrairement à la mère de mon autre sœur, Laura, qui quitta mon père pour cette raison.) Mais ma sœur Julie, lors de cette grande colère de mon père, avait pris ma défense : elle lui avait tenu tête, en lui soutenant que sa colère était excessive, et ç’avait été vraiment terrible. Cet épisode est d’ailleurs resté dans les mémoires. Il est une référence fameuse dans ma famille. (Est-ce pour terroriser mon père à mon tour, que j’aime faire peur aux chats ?) Ensuite, c’est par sa bestialité affichée que mon père fut effrayant. Effrayant et dégoûtant. Plus dégoûtant encore, devrais-je dire, car ma mère, à cause de lui, a pour les hommes un grand dégoût depuis longtemps, dégoût qu’elle m’a toujours fait ressentir et que je lui ai toujours inspiré moi aussi. (Paradoxalement, ce dégoût n’a pas empêché ma mère de rester en très bons termes avec mon père depuis leur divorce.) Sans doute est-ce par ce dégoût de ma mère pour les hommes et la virilité, et donc pour moi, que s’explique en partie mon angoisse d’être mal jugé, ma peur du regard des autres. Pourtant, ai-je fait remarquer à Tirésias, je me donne beaucoup à regarder dans le journal intime que je publie sur Internet, et sans presque aucune honte. Ce n’est pas moralement que j’ai honte de moi, mais physiquement : c’est ma présence, mon corps livré au regard d’autrui, qui sont l’objet de ma névrose. Et encore, le regard d’une seule personne m’est tout à fait supportable. De deux ou trois également. Je puis avoir des relations sexuelles sans éprouver de honte de mon corps. Il m’est déjà plus difficile d’avoir des relations sexuelles avec plus d’une personne en même temps. Les deux seules fois où cela m’est arrivé, c’était avec des garçons que je connaissais, et avec qui j’avais déjà couché seul. C’est le regard de personnes peu connues ou inconnues qui m’est pénible, dès lors qu’elles sont nombreuses, c’est-à-dire plus de quatre en général. C’est aussi l’idée de ce regard,  sa possibilité, qui m’est insupportable. Je pourrai me sentir très mal dans un bar presque vide, parce que je garderai à l’esprit que la foule peut y affluer à tout moment. J’ai parfois encore du mal à marcher dans certaines rues, même si elles sont désertes. Je ne peux pas aller dans les piscines publiques, à la plage, dans les saunas, sur les lieux de drague. Je ne peux pas non plus faire de sport ni danser. « Bien, me dit Tirésias, on progresse. Vous vous êtes vraiment mis au travail. Il sera temps, la prochaine fois, de vous allonger sur le divan. Je vous regarderai, mais vous ne me verrez pas vous regarder. Et ce sera un regard amical. Rappelez-le-moi la prochaine fois. Et essayez de creuser d’ici là la question de ce corps qui ne supporte pas d’être regardé. »

01:43 Publié dans 2009, Coccymèle, Frisquette, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Nikita, Pélagie, Stéphanie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

02/03/2009

Dimanche 1er mars 2009

            J’ai accompagné Tityre, hier soir, qui voulait sortir. Nous sommes allés dans toutes sortes d’endroits et, malgré la foule, je ne me suis pas senti trop mal, sans vraiment pouvoir l’expliquer. Ce ne pouvait pas être seulement grâce à l’alcool que j’avais ingurgité puisque, d’habitude, même en buvant, je ne puis me défaire de cette raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me rend si pénible le fait de me trouver au milieu de gens, ou même dans des endroits seulement susceptibles d’en voir affluer. Pour une fois, je me suis senti presque à mon aise. Se pourrait-il que l’analyse à peine commencée avec Tirésias ait déjà des effets positifs sur moi ? Il me semble pourtant avoir toujours eu conscience de la partie (censurée dans ce journal) de ce que j’ai confié à ce dernier qui a à voir avec ce que j’appelle ma phobie sociale et pourrait l’expliquer. Peut-être n’est-ce pas tant la prise de conscience qui mène à la guérison que le fait de dire ce dont on a conscience. Ou peut-être mon heureux état de la soirée d’hier n’était-il que la conséquence d’un inexplicable hasard. Je ne sais. J’ai croisé l’aimable Osman, ainsi qu’un ancien ‘‘coup’’, qui n’a pas daigné me saluer. J’ai été dragué plusieurs fois, mais uniquement par des filles. Une en particulier, appelons-la Lydie, a commencé par m’offrir à boire du champagne, puis son numéro de téléphone. Elle nous a fait faire ensuite le tour de ses endroits favoris, jusqu’à ce que nous perdions de vue Tityre, qui avait ses propres vues sur certain garçon qui n’était pas vraiment à mon goût. Lydie voulut absolument aller dans un bar qui vient d’être rouvert par ce patron de restaurant qui est le seul, dans Mont-de-Marsan, me dit-elle, à ne pas savoir qu’il est pédé. « Il est plutôt le seul à croire qu’on pense qu’il ne l’est pas, lui ai-je répondu, parce que je puis t’assurer qu’il connaît parfaitement ses préférences sexuelles. Il m’a fait plusieurs fois des avances, mais je le trouvais trop gros. Si j’avais su que son commerce était si florissant, j’aurais probablement accepté de donner de ma personne. » Lydie voulait absolument voir le ‘‘numéro’’ que fait parfois ce patron de bar : pour amuser sa clientèle, il lui arrive en effet d’imiter Cindy Sander chantant Papillon de lumière. (Il est vrai que la chanteuse et le cafetier ont à peu près la même corpulence.) Et il s’imagine qu’on le croit hétéro ! Lydie n’arrêtait pas de me caresser les cheveux ou de me recoiffer. A un moment, dans un autre bar, elle a voulu que je l’accompagne au petit coin. Elle a insisté pour que j’entre avec elle dans cet endroit et s’est assise devant moi, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Mais le fait le plus incroyable n’est pas là. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que moi aussi, j’ai pissé en sa présence, en me détournant juste un peu, pendant qu’elle se lavait les mains, alors que j’écrivais il y a quelques jours à peine qu’il m’était très difficile de faire cela en présence de quelqu’un, parce que mon inhibition était trop grande. M’étais-je trompé ? N’est-ce qu’en présence des garçons que la chose m’est si pénible ou si je découvrais avec Lydie un autre effet positif de mon analyse ? J’ai fort peu pratiqué la gent féminine. Anne D*** est toute mon expérience en la matière, et encore, je ne sais pas si cela compte, puisqu’elle a terminé lesbienne. J’ignore s’il est fréquent de se faire inviter au petit coin par une demoiselle. C’était probablement une manière pour elle de me dire que je pouvais lui rentrer dedans. De toute façon, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu : j’étais bien trop soul pour cela. Lydie a fini par me faire venir chez elle, où elle m’a confié qu’elle aimait les garçons et les filles. Elle était amoureuse d’une jeune femme qui venait de se marier. Elle avait les larmes aux yeux. Elle était complètement soule, elle aussi. J’ai préféré rentrer chez moi. Je me demande parfois si je ne suis pas une espèce d’hétérosexuel refoulé, après tout. Il est évident que je préfère les garçons, mais enfin, les filles ne me dégoûtent pas. Et ce serait probablement plus simple d’en trouver. Et puis il me semble que je me sentais différemment garçon avec Lydie qu’avec Nicandre ou Camille, ou même avec le petit Chrysanthe, qui est pourtant si simple, et si accessible. Avec une Lydie, c’est plus sereinement, plus heureusement, que je me sens garçon. C’est paradoxal, puisque c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’accepter ce qu’il y a de viril en moi, parce qu’elle a toujours eu les hommes en horreur. Mais justement, Lydie me faisait très ostensiblement voir le désir que je lui inspirais. Contrairement à ma mère, elle n’était pas dégoûtée par moi. C’est peut-être pour cela qu’il m’était plus facile d’être moi en sa présence : je n’étais plus encombré de ma masculinité devant elle. Mais si c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’être un garçon (il serait d’ailleurs peut-être temps que je dise « être un homme », ‘‘mais bon’’, je n’en suis pas encore là, je viens à peine de commencer cette analyse avec Tirésias !), pourquoi donc ai-je également tant de mal, le plus souvent, à l’être avec des garçons, justement ? C’est ce qui me fait dire que, peut-être, je suis un hétérosexuel refoulé : je ne me permettrais d’aimer les garçons que parce que ma mère, par son dégoût, m’aurait empêché d’aimer les femmes : j’aurais peur de leur inspirer le même dégoût qu’à elle. Enfin, tout cela n’est que pure hypothèse. J’ai tout de même beaucoup de mal à y croire moi-même, tant le goût des garçons est ancré en moi, et tant il m’est cher. Peut-être que je suis bisexuel ? J’aurais besoin du désir des filles pour ne plus douter de celui que j’inspire aux garçons ?

02:35 Publié dans 2009, Anne D***, Camille, Chrysanthe, Journal, Lydie, Ma mère, Nicandre, Osman, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

20/02/2009

Jeudi 19 février 2009

            Hier, quatrième séance avec Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la dernière fois, plus quelques autres, qu’ayant beaucoup hésité à confier à mon autre journal, tout à l’heure, je n’écrirai bien évidemment pas dans celui-ci. J’ai déjà dit, lundi dernier, que j’avais retrouvé les fausses lettres de Julien et celles d’Anja rangées ensemble. Ce fait est sans doute très significatif. Julien et Anja sont les deux grandes figures de mon passé avant la rencontre d’Augustin. Il est même probable qu’ils soient à l’origine du plus grand des mythes qui me sont propres. Les deux sont morts de morts violentes, puisque Julien est censé s’être suicidé et qu’Anja a été assassinée. J’ai rencontré cette dernière en Allemagne, quelques années après la création de Julien. Depuis la classe de quatrième, et jusqu’à la terminale, j’allais tous les ans passer une quinzaine de jours dans ce pays, avec d’autres élèves des deux lycées d’enseignement général de Mont-de-Marsan, pour perfectionner mon allemand. Pour une raison que je ne m’explique toujours pas, dans ce pays, alors que je me trouvais pourtant encore parmi des élèves de mon propre lycée, je me sentais complètement libéré de mes névroses habituelles. Je redevenais pour ainsi dire un adolescent normal. Julien étant un personnage de mon invention, le fruit de mon imagination (l’imaginaire pouvant être considéré comme un espace d’évasion) et Anja ayant été rencontrée en Allemagne, qui était pour moi le lieu d’une libération éphémère mais salutaire, tous deux appartenaient donc à un monde de liberté, de relative paix intérieure, un monde aussi de parenthèses. Je n’ai vu physiquement Anja qu’une fois, le jour de notre rencontre, après quoi nos relations ne furent qu’épistolaires. Il est tout de même étrange que je me sois pris d’amitié pour une étrangère, qui ne parlait pas un mot de français, et que je ne pouvais pas fréquenter aussi régulièrement qu’il eût été naturel. Non seulement il y avait entre nous la barrière de la langue, que je ne parlais pas aisément, mais encore des centaines et des centaines de kilomètres nous séparaient-ils. De toute notre correspondance, je ne me souviens que d’une phrase de moi, sans doute hautement significative du fait même qu’elle soit la seule que je me rappelle : « Unsere Freundschaft, lui avais-je écrit un jour, ist ein stummes Zauberwort » : « Notre amitié est une muette parole magique ». C’était l’impossibilité de parler, au fond, que, déjà, je pointais à l’époque ; c’est d’elle que je me souviens encore aujourd’hui. J’étais devenu l’ami d’une personne dont je ne pouvais pas être l’ami. De nos jours encore, l’une des grandes questions qui agitent mon esprit et se posent régulièrement dans ce journal, c’est l’impossibilité pour moi de me faire de véritables amis. Cette impossibilité s’explique-t-elle par la même raison qui me rend impossible de dormir avec d’autres garçons ? De même que, par une espèce de fidélité à Julien, avec qui je n’ai bien sûr jamais pu dormir, puisqu’il n’a jamais existé, je n’arrive pas à trouver le sommeil en présence d’une autre personne dans mon lit, se pourrait-il que je sois devenu incapable de me faire des amis par fidélité à la morte ? Sa mère m’avait exhorté à ne pas l’oublier. « Behalte sie in guter Erinnerung », m’écrivit-elle, dans la lettre qu’elle m’avait adressée après la mort d’Anja. (Pourtant, je me suis tout de même fait quelques amis, depuis, mais, il est vrai, si peu, et si rarement…) Anja était une jeune fille à qui je ne pouvais pas vraiment parler ni vraiment me confier, à cause de la barrière de la langue et parce que nous ne pouvions faire autrement que nous écrire. Il manquait la spontanéité, le naturel, l’immédiateté. Mais Anja devint également, après sa mort, une jeune fille dont je ne pouvais plus parler. Ayant en effet déjà raconté le suicide de Julien à certains des amis que j’avais réussi à me faire en Allemagne où, je l’ai dit, libéré de mes névroses (partiellement libéré, du moins, puisque j’avais manifestement toujours à l’esprit ce Julien de mon invention dont j’osais parler), j’étais plus apte à nouer des liens, j’avais estimé que deux morts violentes et si rapprochées avaient quelque chose d’invraisemblable. Aucun de mes amis français n’avait en effet connu Anja, puisque je l’avais rencontrée au sein de la famille qui me recevait, le jour de la confirmation de mon ‘‘correspondant’’ allemand. J’avais donc peur de passer pour un mythomane, ce que j’étais d’ailleurs en partie : je craignais qu’on crût Anja inventée, alors que c’était Julien le fruit de mon imagination ! Bref, alors que Julien, dont j’avais parlé, avait fini par avoir un peu de la réalité d’une personne, Anja, dont il m’était devenu impossible de parler, avait été en partie réduite à l’état de personnage. A la fin, les qualités de personne et de personnage ont dû se répartir équitablement entre ces deux êtres, puisqu’ils ont fini par occuper dans mon cœur et dans mon souvenir autant de place l’un que l’autre. Anja avait d’ailleurs une sœur jumelle, et il est probable que ce fait m’ait beaucoup inspiré dans l’élaboration du mythe qui m’est personnel selon lequel j’aurais connu mon double, mon amant/frère (dont Julien était l’‘‘incarnation’’), en rêve, avant d’en faire la rencontre dans la réalité. (Au fond, selon ce mythe, Julien, connu en rêve (puisque fruit de mon imagination), pourrait toujours être rencontré dans le futur. D’où ma difficulté d’aimer, puisque ce n’est jamais Julien que je rencontre, évidemment.) Anja était rousse, comme Camille. Camille, c’était un Julien roux. C’était Julien et Anja, Julien par le diabète (fragilité), Anja par la rousseur. D’où mon attachement à lui, incompréhensible autrement. (En hypokhâgne, Sandrine F*** était pour moi l’image même de la beauté. Elle était rousse. Je la connaissais depuis l’enfance. Lorsque nous avions dix ou onze ans, peut-être plus tôt, nos parents nous avaient inscrits à un cours de poterie et de dessin. Je m’entendais très bien avec elle alors, qui faisait très fillette, avec ses belles nattes rousses. J’ai regretté que cette bonne entente ait disparu, quand nous nous sommes retrouvés en hypokhâgne. J’aurais aimé, moi, un garçon, être l’ami d’une fille aussi belle. J’en aurais été fier. (J’aurais eu plus de valeur aux yeux des autres, puisque Tirésias estime, à juste titre, d’ailleurs, que l’un de mes problèmes, c’est le sentiment de n’avoir pas de valeur pour autrui). Le bruit courait qu’elle était lesbienne. J’aurais été fier qu’une lesbienne, une Artémis, me souffre comme ami. (Ma mère a toujours eu la virilité en horreur.) Sandrine F***, c’était la beauté même, c’était peut-être aussi le souvenir de l’enfance perdue.) Je me suis souvenu que j’avais donné un nom patronymique à Julien : Clément, c’est-à-dire un autre prénom. Or il y avait un Clément parmi mes camarades français en Allemagne. Un jour, il s’était amusé à pisser contre un arbre au pied duquel était assise Elisa, qui boudait pour une raison que j’ai oubliée. J’aime regarder les garçons uriner. J’aime par exemple qu’on voie des garçons uriner dans les films pornographiques ou même dans les films normaux. A la fac, j’avais écrit un poème sur la première urine du matin. Dans La Boucle d’un songe, les jets d’urine de Julien et du narrateur se croisaient, leurs visages se reflétaient dans la cuvette des toilettes : c’était un symbole de la fusion de l’amour (l’œuf unique, la gémellité, etc.). Je recopie le passage en question. Que mes lecteurs me pardonnent ma prose poético-lourdingue : « Un fait me revient, apparemment sans importance, et pourtant digne d’être rapporté – tout a la même importance, même les plus petits riens, dans un bonheur égal et parfait : portés par les carreaux glacés plutôt que véritablement marchant, nous sommes allés, pied contre pied, comme lourds et penchés, du lit jusques au cabinet d’aisance. Dans ce lieu secret, qu’on ne partage qu’avec soi, nous nous sommes vidés, épaule contre épaule et chevelures mêlées, des accumulations de la nuit. Deux arcs aux courbes parfaites, se croisant, couraient briser le trouble écran d’or. Du fond de la cuvette montait un seul crépitement, à la fois limpide et confus. L’arche liquide s’est tarie et l’écran redevenu lisse a révélé nos presque imperceptibles têtes, effacées par l’eau comme ces portraits que le temps estompe : deux visages serrés à l’intérieur d’un médaillon de porcelaine. » Dans la réalité, il m’est très difficile d’uriner en présence de quelqu’un. Je ne parviens pas à relâcher mes sphincters et, d’ailleurs, personne n’a jamais pu m’enculer. Pourquoi donc me sentais-je libéré en Allemagne ? Pourquoi n’ai-je jamais pu me faire enculer ? Trouver des réponses à ces questions, ce serait à coup sûr faire un grand pas en direction de la guérison. Après avoir entendu ce que je censure dans ce journal, Tirésias a dit qu’il me faudrait, la prochaine fois, lui parler de mon père. Il n’y aura pas d’autre séance avant le 10 mars, Tirésias devant s’absenter jusqu’à cette date. Renaud Camus déplore le peu de savoir vivre dont font preuve ses correspondants dans leurs lettres électroniques (ou même dans les lettres qu’il reçoit par voie postale). Mais ma sœur serait bien en droit de se plaindre elle aussi, qui vient d’être demandée en mariage, sur Facebook, par son illettré d’amoureux. La pauvre. Quelle humiliation ! Maintenant, tous ses contacts, tous ses ‘‘amis’’, comme on dit sur Facebook, vont savoir avec quel genre de personne elle ne va tout de même pas jusqu’à envisager (enfin, j’espère) de se marier ! Quand je pense qu’hier encore, comme j’étais venu lui dire que j’avais compris, grâce à Tirésias, pourquoi je m’étais tellement attaché à Camille, un garçon qui m’est pourtant tellement inférieur, elle me confiait être elle aussi la première étonnée de s’être mise avec un garçon d’un niveau si bas ! Et voici que le garçon veut l’épouser ! Naguère encore, les homosexuels, au moins, n’avaient pas à subir les joies du mariage. (Je parle de ceux qui ne jouaient pas la comédie de l’hétérosexualité.) Ils étaient généralement bien assez à plaindre comme cela ! Avec l’avènement du Pacs, ils ont obtenu le droit d’en connaître, eux aussi, tous les désagréments, mais sans la gloire. Les cons ! Autrefois, les couples d’homosexuels faisaient comme Napoléon se couronnant lui-même : ils se mariaient entre eux sans demander l’accord de personne. Ils fondaient leur propre église en se consacrant d’eux-mêmes et l’un par l’autre : l’un à l’autre. C’est aussi ce qui se passait dans La Boucle d’un songe, je crois. Le soleil et la chienne étaient les seuls témoins du mariage. Le soleil, c’est tout de même plus glorieux qu’un greffier ! Le ciel sera toujours plus haut que la voûte de la plus haute cathédrale.

02:42 Publié dans 2009, Anja, Augustin, Camille, Clément, Cyrille, Elisa, Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10/02/2009

Mardi 10 février 2009

            En réalité, les enceintes dont je parlais l’autre jour, celles grâce auxquelles j’écoutais les mp3 de mon ordinateur portable, n’avaient pas rendu l’âme. Seulement, je ne m’étais pas aperçu que j’avais coupé le son… Troisième séance aujourd’hui chez Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la séance précédente. Je me suis souvenu, cette semaine, de quelque chose que je n’avais pas vraiment oublié, mais à quoi je ne pensais presque plus, depuis quelques années, et qu’il m’est pénible de rapporter dans ce journal, parce que mes lecteurs découvriront, en lisant ce que je vais dire, que tout n’était pas vrai dans les pages de mon blogue ; ce qu’apprenant, ils pourront légitimement douter de la véracité de tout le reste. (Mais si tout n’était pas vrai, tout relevait de ‘‘ma vérité’’, s’il m’est permis de le dire ainsi.) Au début de mon adolescence, un jour d’hiver (il avait neigé), je m’étais inventé un petit amoureux, que j’étais censé avoir connu quelques mois avant son invention, mais qui s’était suicidé. J’avais baptisé Julien ce personnage, c’est-à-dire d’un prénom qui pourrait être le masculin de Julie, celui que porte ma sœur. J’avais dit à Tirésias, lors de la séance précédente, que l’homosexualité, telle du moins que je la concevais pour moi, était une forme d’inceste, puisqu’elle revenait dans mon cas à rechercher un frère. Peut-être avais-je inventé ce personnage pour mettre fin à l’inceste avec ma sœur, mais j’en doute, parce que les dates ne coïncident pas dans la chronologie, que j’ai le plus grand mal, il est vrai, à établir avec précision. Je suis presque sûr que l’invention de Julien a suivi de plusieurs mois, peut-être même de deux ans, les dernières manifestations de cet inceste, qui furent d’ailleurs peu nombreuses. (Plus j’y repense, plus ce mot d’inceste, qui est si chargé, me paraît disproportionné.) Pour donner plus de réalité à mon invention, j’avais fabriqué de fausses lettres de Julien, en contrefaisant son écriture, si j’ose dire, car, n’ayant jamais existé, il va de soi que Julien n’écrivit jamais rien, si ce n’est sans doute la plus grande partie de ma vie. Pour donner l’illusion que ces lettres n’étaient pas neuves et que le temps avait passé sur elles, je m’étais mis à dormir avec elles, à les cacher sous mon oreiller, pour les froisser. Ç’avait fini par devenir une habitude, un rituel, qui dura des mois, peut-être même des années. Je me demande si ce n’est pas à cause de ces lettres qu’encore aujourd’hui, je n’arrive pas à dormir avec quelqu’un dans mon lit, comme si j’étais resté fidèle à ce garçon de mon invention, avec qui je n’ai donc évidemment jamais pu réellement coucher. (Autre souvenir : peu de temps avant l’invention de Julien, sans doute, (ou était-ce plusieurs mois avant, voire une ou deux années ?) prit fin, avec ma mère, un autre rituel, qui consistait, pour ma sœur et moi, à dormir à tour de rôle (ou les deux en même temps) avec celle-ci, dans son lit. J’étais déjà au collège, quand cela cessa, sans doute en sixième, ou peut-être en cinquième. A cette époque, il commençait à devenir pénible, pour moi, d’aller en cours. Mais la difficulté de me rendre en classe connut son paroxysme au lycée. Par exemple, il m’était devenu extrêmement douloureux de traverser la cour, pour aller d’un bâtiment à l’autre. J’étais pris d’épouvantables démangeaisons du cuir chevelu, et à l’époque, il était absolument inconcevable, pour moi, de me gratter, de me moucher, de tousser en public. Même déglutir m’était difficile. Je me hâtais de rejoindre les escaliers du bâtiment où je devais aller, généralement vides, pour pouvoir mettre un terme à la démangeaison.) Julien, le personnage de mon invention, était affligé, dans mon imagination, d’une grande faiblesse morale, et d’ailleurs, il était censé avoir fini par se suicider. Mon attachement à Camille est sans doute incompréhensible, si l’on ne tient pas compte de ce fait inventé. Après tout, ce dernier m’est intellectuellement très inférieur. Il n’est pas vraiment beau. Il a sans doute bien plus de défauts que de qualités. Je n’ai donc pas de bonne raison de m’être attaché à lui. Mais, comme Julien était moralement faible, Camille l’est physiquement, à cause de son diabète, même si, dans le même temps, il est plein d’une énergie qui est peut-être bien au-dessus de ses forces. C’est cette faiblesse qui pourrait expliquer mon attachement à lui. Il serait comme un second Julien. D’ailleurs, j’ai pu dormir avec lui dans mon lit, ce qui m’est d’ordinaire impossible avec d’autres. D’habitude, je ne tolère, pour le sommeil, aucune autre présence que celle de la chienne Pélagie (et encore, au moment de m’endormir, je la chasse de mon lit, pour avoir la paix. Ce n’est que lorsque je suis endormi, que je lui permets de revenir à côté de moi. (Je suis conscient que le sens de cette dernière phrase peut paraître un peu étrange.)). L’invention de Julien a sans doute été précédée de peu (quelques mois ? était-ce au printemps précédent ?) par un événement qui m’avait fort impressionné, à l’époque. J’étais seul, chez moi, quand on sonna à la porte. J’ouvris à un garçon légèrement plus âgé que moi, qui prétendait vendre des pâquerettes pour se faire un peu d’argent de poche. (Oui, des pâquerettes !) Il était très beau, très à mon goût, mais je n’avais pas d’argent à lui donner pour ses fleurs et j’ai fini par refermer la porte, sans l’inviter à entrer. Est-ce de ce personnage réel qu’est né Julien ? J’ai vérifié dans mon journal : en 2005, je parlais encore de Julien comme s’il avait réellement existé. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, je ne crois pas avoir jamais reconnu devant personne qu’il n’était que le fruit de mon imagination. (Ou peut-être que si. Je ne me souviens jamais de ce que j’ai pu écrire dans ce journal…) Julien a jeté son ombre sur presque toute ma vie. Il est le sujet et le dédicataire de bien de mes sonnets. Il était le personnage principal de La Boucle d’un songe, ce roman que je n’ai bien sûr jamais terminé (c’est à peine si je l’ai commencé !). En 2005, je créais pour mon blogue une catégorie intitulée Cycle de Julie(n), dans laquelle je rangeais encore un texte le concernant en mai 2006. Anne a sincèrement cru en l’existence de ce dernier. Celui-ci a d’ailleurs été le sujet de bien de nos conversations. Maintenant que j’y pense, Augustin, dont j’ai été très amoureux, avait le type physique que j’avais imaginé pour Julien, du moins jusqu’à ce qu’il change de coupe de cheveux. (Je ne suis pas sûr d’avoir été bien clair : évidemment, je n’ai jamais cru en la réalité de Julien. J’ai toujours su qu’il était une invention, même si ma mythomanie (si c’est bien le mot) m’a poussé à faire croire à d’autres en la réalité de son existence.) Demain, je n’aurai pas vu Camille depuis un mois, même si nous nous sommes parfois téléphoné ou envoyé des SMS depuis notre dernière rencontre. Est-ce l’effet du temps ou de l’analyse déjà ? J’ai le sentiment de parvenir à me libérer de lui. Le fait que j’aie pris conscience qu’il n’était sans doute qu’un avatar du fantôme qui a hanté ma vie, qu’une ombre en chair et en os, m’a comme délié. Contrairement à ce que je faisais tout récemment encore, je n’interprète plus tout ce que j’apprends ou n’apprends pas comme autant de preuves de son indifférence. Plus exactement, j’accepte cette indifférence, puisque je sais à présent que ce n’est pas l’indifférence de Julien, puisque je sais que l’indifférent n’est que Camille. Malgré tout, je suis triste. J’ai le sentiment de perdre un ami, sentiment absurde, sans doute, puisque je n’aurais probablement jamais pu avoir de réelle amitié pour un être aussi incomplet que lui. Mais si je ressens cette tristesse, c’est surtout de voir que personne ne veut de moi comme ami, pas même un Camille, qui était pourtant bien loin de pouvoir espérer en trouver un tel que moi. (J’accepte l’indifférence de Camille en tant qu’avatar de Julien, mais je ne l’accepte pas encore totalement, parce qu’elle est aussi l’indifférence que j’inspirerais à n’importe qui d’autre, celle à cause de laquelle je suis seul et sans amis.) « Il vaut mieux, pour nous, se dire adieu, comme chante Léotard, et ne plus penser à la vie tous les deux, n’avoir plus de cœur qui bat, quand l’un, sans l’autre, se noie tout seul dans son chagrin. Il vaut mieux, je crois, prendre un autre chemin, qui nous mènera vers un autre lointain. » Quelle chanson ! Qu’elle voix, surtout ! C’est la même voix qui chante en moi, d’une tristesse accablée, mais résignée. Je crois bien que Camille n’est plus, et sa perte, malgré tout, malgré le peu de choses qu’il était, me laisse inconsolable.

22:49 Publié dans 2009, Anne D***, Augustin, Camille, Cycle de Julie(n), Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : philippe léotard

09/02/2009

Dimanche 8 février 2009

            Les yeux me brûlent. Il ne m’arrive que des malheurs, depuis quelque temps. Les enceintes dont je me servais pour écouter les mp3 de mon ordinateur portable semblent avoir rendu l’âme. Les nombreuses coupures d’électricité qui ont suivi la tempête ont complètement déréglé mon réfrigérateur, qui s’est transformé en congélateur. Je dois faire le contrôle technique de ma voiture avant la fin du mois, mais il faut d’abord que je change les plaquettes de frein et les miroirs des rétroviseurs. Parce que j’étais en retard pour le vernissage au Centre d’art contemporain, jeudi soir, dans ma précipitation, j’ai cassé le flacon de ce merveilleux parfum que m’avait offert ma sœur, qui m’allait si bien, mais qui est absolument au-dessus de mes moyens. Ma mère ne veut pas comprendre que je ne peux plus inviter à mon tour les membres de ma famille à dîner le dimanche soir, chez moi, parce que cela me revient trop cher. (C’est nouveau, depuis quelques mois : elle a décidé que nous devions nous inviter à tour de rôle.) Elle prétend que je ne suis pas obligé de faire un festin. Certes. Mais il ne restait, à la fin du mois de janvier, que 2,70 EUR sur celui de mes comptes en banque où sont versées mes rares entrées d’argent. Même la cuisine la plus simple coûterait plus de 2,70 EUR ! Mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, elle n’a jamais rien compris. L’autre soir, il était prévu que je dîne chez elle, mais j’ai dû partir soudain, parce que j’avais envie de la tuer. Pas exactement de la tuer, mais de la battre si violemment qu’elle en serait sûrement morte. Depuis que je me suis lancé dans cette psychanalyse avec Tirésias, je me suis remis à éprouver de la haine pour ma mère. Ce ne peut pourtant pas être déjà un effet de l’analyse, qui vient à peine de commencer. Mais, pour l’instant, je ne puis m’empêcher de me rendre aux séances chez Tirésias en me disant (peut-être à tort) que, probablement, me soigner et guérir, c’est me soigner et guérir de ma mère. D’où mes accès de haine. Hier soir, au dîner chez Tityre, son amie Parthénie, dont je m’étais sans doute mal fait comprendre, m’a demandé depuis combien de temps ma mère était membre de l’association du Centre d’art contemporain. J’ai dû lui expliquer qu’Arthénice, la présidente de l’association, qui est une connaissance de ma mère depuis le lycée, ne cessait de me demander quand cette dernière finirait par se décider à devenir adhérente ; mais qu’elle ne le deviendrait sans doute jamais, parce qu’elle était une personne qui n’aimait pas la vie en société et que, n’étaient ses deux lesbiennes, elle ne fréquenterait sans doute personne. A quoi Parthénie a répondu que ma mère ne perdait pas grand-chose. Sans doute. Mais ce m’était pénible d’avoir à dire cela à Parthénie, parce que j’avais l’impression de me justifier, d’expliquer pourquoi, moi, j’étais comme je suis, c’est-à-dire comme ma mère. La grande phobique sociale de la famille, c’est elle. Elle nous a transmis ses névroses, à ma sœur et moi. Le pire est qu’elle s’en lave les mains. D’où mon fantasme de les lui voir tranchées. Il y avait la voix de la sagesse à la télévision, cet après-midi : le grand Robert Badinter, qui nous expliquait encore une fois que la peine de mort était une abomination, au cas où nous ne l’aurions pas compris, depuis le temps. Mais bien sûr qu’il y a des mères qui méritent la peine de mort ! Moi, je rêverais que le bourreau couche la mienne sur la bascule et la coupe en deux, encore vivante, blablabla, pour enfin ne plus jamais voir sa maudite tête de mère, sa tête de Méduse, de Clytemnestre de banlieue pavillonnaire. Je donnerais un dernier grand coup de pied dedans, comme dans le ballon que va chercher et me rapporte la chienne Pélagie, quand je joue avec elle. La tête volerait par-dessus la clôture et les chiens de la voisine se feraient une joie de la bouffer. Au lieu de quoi c’est moi qui devais faire la bouffe à ma mère, ce soir, pour moins de 2,70 EUR, donc ! Mais c’était la dernière fois. Enfin ! J’exagère. Tout n’est pas si noir. Sappho, sa chienne, a peut-être un cancer. On attend les résultats de la biopsie. Mais tout de même, c’est un peu dur de ne plus pouvoir me réchauffer à la rousseur de Camille, pour m’apaiser. Il y aura bientôt trois semaines que je ne l’ai pas vu. Polémon dit qu’il aide chez son père, où la tempête a fait beaucoup de dégâts. Il n’en partirait que pour se rendre à son travail. Mais c’est de Polémon que je le tiens. Camille n’a même pas pensé à me le dire lui-même, si seulement il se souvient que j’existe. Je tiens moins de place dans sa vie que les poulets qu’il va ramasser la nuit dans les fermes des Landes. J’ai dit qu’il avait hébergé Alcidor, l’amant de Flipote, pendant quelque temps. Ça ne le dérangeait pas de dormir dans le même lit que ce grand hétéro malpropre qui allait se coucher sans même se laver, encore tout couvert de fientes et de plumes. Lorsque c’était moi qui l’hébergeais, Camille préférait dormir dans le salon, sur le canapé, loin de moi, qui sens pourtant l’éclair au chocolat, aux dires de Tityre. Il aimait mieux baiser avec Ascylte, ce déjà vieil accroupi, avec Tityre, cette brute qui ne sent pas sa force, ou avec Polémon, qui est presque aussi gros que Damis et qui vient d’attraper la gale ! Mais moi ? Moi, je suis un garçon compliqué. « C’est un garçon compliqué », voilà ce qu’il avait dit à sa cousine, je crois, qui lui demandait, dans l’une de ses conversations sur MSN, dont j’ai pu lire la sauvegarde, pourquoi il n’était plus mon amant, alors que je l’hébergeais pourtant, au mois de septembre ou d’octobre 2008. Il semblait embarrassé, il ne savait trop quoi répondre. « Parce que c’est un garçon compliqué », avait-il finalement expliqué à sa cousine. Ça m’avait touché de trouver sous la plume de Camille cette expression qui veut tout et rien dire. Il me semble qu’en disant cela, il avait compris que ce n’était pas contre lui que j’étais comme j’étais. Il avait compris que mon intention n’était pas de le heurter, mais que je ne cessais de me heurter à moi, plus encore qu’à lui, sans le vouloir, sans pouvoir faire autrement. Camille est bête, mais il comprend les choses, parfois. Peut-être même a-t-il reconnu le gouffre dans lequel je m’efforce de ne pas tomber, aussi profond que le sien, par quoi nous nous ressemblons, lui et moi, je l’ai déjà dit. Mais contrairement à moi, Camille n’a pas le vertige. Il joue les funambules au-dessus de l’abîme. C’est en quoi nous sommes si différents. A lui la grâce, à moi la gravité. Pas étonnant qu’il m’ait fui. Je l’aurais fait tomber.

02:27 Publié dans 2009, Alcidor, Arthénice, Ascylte, Camille, Damis, Flipote, Journal, Ma mère, Ma soeur, Parthénie, Pélagie, Polémon, Sappho, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : robert badinter

03/02/2009

Mardi 3 février 2009

            Deuxième séance chez Tirésias, le psychanalyste. J’ai continué à lui faire l’exposé de mes souffrances quotidiennes. Deux grands types apparaissent. Premièrement : ma peur du regard des autres (les inconnus, les étrangers), la peur de paraître ridicule, ce que j’appelle ‘‘ma phobie sociale’’. Deuxièmement : la peur de laisser indifférents mes amis. C’est ce que je vis en ce moment avec Camille, par exemple. Tityre appelle cela mon ‘‘obsession amoureuse’’. Non pourtant, je ne suis pas amoureux de Camille comme j’ai pu l’être d’Augustin. Mais oui, il s’agit bien d’une obsession. Tout ce que fait ou ne fait pas Camille est analysé et interprété par moi comme autant de preuves de son indifférence. (Il ne me semble cependant pas totalement exclu que je sois tombé sur mon pire cauchemar, c’est-à-dire sur quelqu’un que je laisse effectivement complètement indifférent. « Vous avez peur que ce garçon ne s’intéresse pas assez à vous, dit Tirésias. – Oui, mais c’est plus compliqué que cela. Camille a ses propres problèmes, et je pense sérieusement qu’il ne peut vraiment s’intéresser à personne. A moins que ce ne soit ma propre peur qui ne m’aveugle… ».) Tirésias me fait remarquer que le ‘‘fil conducteur’’ entre mes deux grandes angoisses, c’est ma propre valeur, le peu de valeur que je crois avoir aux yeux des autres, inconnus ou familiers. Il semblerait également que j’aie inconsciemment cessé de grandir. Mon travail de distribution de prospectus, qui n’est pas un métier, est typiquement un travail d’étudiant. Parvenu en licence, je m’étais retrouvé subitement incapable de terminer toute dissertation en temps limité (pourquoi à ce moment-là précisément, c’est ce que je ne sais pas). C’était sans doute parce que, inconsciemment, je ne voulais plus progresser. (Je ne suis d’ailleurs pas plus capable de terminer un livre ! Je me souviens de l’intervention de je ne sais plus quel internaute, sur le forum du parti de l’in-nocence, qui disait que faire œuvre, c’était d’abord faire son âge. Or justement, on me dit souvent que je ne fais pas mon âge…) De même, jusqu’à présent, je n’ai jamais été capable de me projeter dans une véritable relation de couple, qui est censément une relation d’adultes. (D’ailleurs, c’est ce que j’appelle les garçons que j’aime, et non les hommes.) Mais le fait d’avoir vécu un semblant de relation de couple avec Camille, pendant le petit mois qu’il a passé chez moi, m’a fait prendre conscience de ce à côté de quoi je passais, et m’a sans doute en partie incité à commencer enfin cette analyse. Tirésias m’a ensuite expliqué comment nous allions procéder. Il y aura quatre séances par mois. Je devrai laisser libre cour à ma parole, suivant le principe de l’association libre. Apparemment, pas de divan en perspective (je suis un peu déçu, je m’y voyais déjà), mais un face à face, comme aujourd’hui. Il est possible de parler de mes rêves, mais pas nécessairement d’eux uniquement. Il faudrait d’autre part que, même entre les séances, selon l’expression de Tirésias, je ‘‘m’ouvre à cette parole et aux associations que je pourrais faire’’. J’ai commencé dès aujourd’hui à faire ce travail d’association libre avec Tirésias. J’ai d’abord dit que Camille occupait beaucoup mes pensées. « Il est diabétique, ce qui contribue à le rendre attachant. Son diabète le rend à mes yeux plus fragile (j’aime la fragilité) et irresponsable. Je me demande si je n’ai pas le même travers que ma sœur, qui a vécu pendant longtemps avec un hémophile, qui lui a d’ailleurs donné le sida, puis avec un cancéreux. C’est curieux cette association avec ma sœur, parce que je dis souvent que l’homosexualité, du moins la mienne, l’homosexualité telle que je la veux pour moi, est une forme d’inceste. Pour moi, être homosexuel, c’est rechercher un frère. Ce qui me fait penser que j’ai eu pendant un certain temps des relations incestueuses avec ma sœur, au début de la puberté. – Avez-vous honte de cet inceste, me demande Tirésias. – Non, pas du tout, même si, bien sûr, je suis conscient que je le devrais ! (D’ailleurs, j’hésite un peu à l’écrire dans ce journal… Je viens de commencer un autre journal, uniquement consacré à mon analyse, dont je projette de recopier la plus grande partie dans celui-ci, mais auquel je réserve ce que, sans doute, il arrivera que j’estime ne pas devoir être publié. Parler de cet inceste, qui n’a certes pas duré très longtemps, et qui n’alla pas bien loin, si mon lecteur voit ce que je veux dire, je me demande tout de même si ce n’est pas précisément ce que je ne devrais faire que dans l’autre journal…) Ma mère a fait une fausse couche entre ma naissance et celle de ma sœur. Je devais avoir deux ou trois ans. Je me rappelle être allé la voir à l’hôpital avec mon père, mais je ne sais plus si j’étais entré dans sa chambre, ou si je n’avais pu lui faire signe qu’à travers la fenêtre. » C’est à peu près tout ce dont je me souviens de la séance d’aujourd’hui. Je me demande si ce travail d’analyse aura rapidement des effets positifs sur moi et sur ma vie. Jusqu’à quel point vais-je changer ? Si mon amour des garçons n’est qu’un symptôme, par exemple, se pourrait-il que je finisse par me mettre à aimer les hommes ? Pour l’instant, j’aurais tendance à trouver aussi révoltant de voir transformer en homosexuel le pédéraste que je suis et que j’aime être que de voir transformer un homosexuel en hétérosexuel, comme il paraît que cela se fait dans certains pays. Pour dire à quel point mon obsession de Camille est grande, j’en suis réduit à me débattre entre le désir de couper tous les ponts avec lui et la peur de le perdre définitivement ! Je voudrais l’effacer de la liste des contacts de mon téléphone portable, pour ne plus être à guetter l’apparition de son nom, lorsque je reçois un SMS ou un appel, mais même cela, je n’y arrive pas, pour l’instant. Le fait que je sois dans une telle dépendance d’un garçon dont je ne suis même pas réellement épris et qui n’est tout au plus qu’une amourette pour moi, voilà ce qui me fait penser que j’avais en effet bien besoin d’un psy. Je ne dois pas être normal pour en être là. (Camille n’est certes qu’une amourette, mais, je l’ai déjà dit, je l’aime aussi comme un ami, comme un frère et peut-être même comme un fils. Pour toutes ces raisons, je l’aime donc énormément. Mais cela non plus, ce n’est sans doute pas normal.) Malgré mon obsession de lui, je continue de vivre ma vie, tant bien que mal. J’ai par exemple fait la connaissance d’un autre garçon, de dix-huit ans celui-là, très joli, et beaucoup plus sensuel et affectueux que Camille. Je me suis fait cette réflexion, hier soir, que ses couilles et son cul, qui sont très poilus et retiennent donc les odeurs qu’il n’y a qu’à cet endroit, avaient le parfum de la pâte à crêpe que je venais de préparer. Il a un fort joli prénom, qui évoque des fleurs qui s’ouvrent. Mais je me suis aperçu, en laissant un message sur le répondeur de son téléphone portable, qu’il se faisait appeler par ses amis d’un autre nom, l’un de ces noms de séries télévisées américaines, qui sont si ridicules, si populaires. Il m’a expliqué que c’étaient ses amis qui préféraient se servir de son second prénom, qu’ils trouvaient plus moderne, moins vieilli ! Je me suis d’abord demandé si ce garçon n’était pas vraiment très con. J’ai cru qu’il n’avait pas compris que ses amis s’étaient tout bonnement foutus de sa gueule, et puis je me suis rappelé que la jeunesse était de moins en moins consciente de son ridicule, qui est pourtant chaque année plus grand. Il est sans doute très possible que les jeunes trouvent de la beauté à des prénoms comme Dylan ou Brandon. Ils ont le mauvais goût de leurs parents, voilà tout. Quelle époque ! Le garçon m’a dit qu’il habitait chez son frère, parce qu’il ne s’entendait pas avec ses parents. Je comprends fort bien, pour ma part, qu’on ne s’entende pas avec des parents qui ont choisi pour soi un prénom de série américaine, même si ce n’est que le second. Mais ce n’est manifestement pas pour cette raison que le jeune homme est en froid avec eux. Je voulais aussi parler de la scène à laquelle j’ai assisté avant-hier chez Tityre, mais je n’en ai plus le courage. Je sens bizarrement le sommeil me gagner, alors qu’il est encore tôt. J’en parlerai peut-être une autre fois. Sinon, on peut s’en faire une idée en lisant ce petit texte, que j’ai écrit hier pour Facebook.

22:59 Publié dans 2009, Augustin, Camille, Chrysanthe, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

26/01/2009

Dimanche 25 janvier 2009

            La tempête d’hier semble avoir été beaucoup plus forte que celle de 1999, qui n’avait duré que le temps d’un gros orage, disait ma mère ce soir, tandis que les éléments se sont déchaînés pendant des heures, hier matin. Je ne puis que la croire sur parole, puisque je dormais à ces heures-là. Mais à midi, et pendant toute la première partie de l’après-midi, le vent a continué de souffler très fort. Les dégâts sont apparemment très grands. Il paraît que le toit de l’internat du lycée Despiau s’est effondré. De nombreux arbres du parc Jean-Rameau, tout près de chez moi, sont tombés, ainsi qu’à Nahuque. Tityre, qui a passé quelques jours à Bordeaux, m’a dit tout à l’heure au téléphone qu’entre cette ville et Mont-de-Marsan, une grande partie de la forêt avait tout bonnement disparu. Il lui a fallu huit heures, cet après-midi, pour faire le trajet jusqu’ici, tant la circulation était rendue difficile par les arbres dont les routes étaient littéralement jonchées. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il avait entendu parler d’une femme qui, ayant été forcée d’accoucher chez elle pendant la tempête, avait ensuite passé une huitaine d’heures dans l’ambulance qui devait la conduire à l’hôpital, à quinze kilomètres seulement de son domicile. De nombreux arbres ont été abattus dans le parc de madame V***, la voisine de ma mère. Les parents d’une amie de ma sœur en ont perdu près d’une centaine chez eux. Pendant ma distribution dominicale de prospectus, cet après-midi, dans Mont-de-Marsan, j’ai vu quelques cheminées effondrées. La toiture de madame P***, qui vit non loin de chez ma mère et fut mon professeur de physique, lorsque j’étais au collège, a été en partie emportée par les vents. Il y avait des tuiles brisées sur tous les trottoirs de la ville. Dans un jardin, une voiture avait disparu sous un arbre. Je ne retrouvais plus la monotonie de mes itinéraires habituels : des quartiers entiers avaient changé d’aspect, parce que les arbres des jardins avaient disparu, laissant les maisons comme nues et livrées aux regards. Une partie du parking de la résidence de La Rotonde a sombré dans le Midou. Quant à la Midouze, elle a englouti toutes les voitures du parking qui se trouve sur l’un de ses quais. Elle a également noyé le quai Silguy, à l’endroit où, tout près de chez Tityre, il rejoint la rue Sarraute, qui disparaissait cet après-midi dans la rivière. Hier après-midi, Camille m’a dit au téléphone qu’il partait chez son père, où il allait aider à planter un arbre pour le quatre-vingtième anniversaire de son grand-père. Il ne semblait pas encore avoir pris conscience (ni moi d’ailleurs, à ce moment-là) qu’il y aurait sans doute plus d’un arbre à replanter ! Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis ce coup de téléphone. Peut-être s’est-il tué sur les routes, qui sont dangereuses et le seront sans doute encore pendant plusieurs jours, à cause des nombreux arbres qui menacent toujours de tomber et que la pluie va gorger d’eau et rendre plus lourds encore, me disait Cyrille, tout à l’heure, l’actuel amoureux de ma sœur. Peut-être Camille est-il resté chez son père pour aider à réparer les dégâts. Toutes les lignes téléphoniques ne sont pas rétablies dans les villages. Je me suis souvenu du discours très ému que nous avait fait M. Cambronne, l’un de mes professeurs de latin, à Bordeaux, lors de son premier cours de l’an 2000, juste après les vacances de fin d’année, pendant lesquelles avait eu lieu la tempête de 1999. Il avait demandé à ses élèves d’avoir une pensée pour les malheureux qui avaient été frappés par la catastrophe, pour les morts qu’elle avait faits, et plus particulièrement pour ceux dont la presse n’avait pas parlé, avait-il dit, et qui, poussés par le désespoir, s’étaient eux-mêmes ôtés la vie. Je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation avant d’entendre la voix légèrement tremblante de mon professeur. (Je dois avouer que j’avais toujours trouvé cet homme antipathique, à cause de sa constante gentillesse, de sa perpétuelle bonne humeur et du sourire qu’il affichait en permanence et jusque dans la mélodie de sa voix. J’étais si bête, à l’époque (bien plus encore qu’aujourd’hui, c’est dire…), que je trouvais indigne d’un homme (et révoltant) de faire montre d’une telle légèreté. Retrouver à la rentrée un professeur devenu tout à coup si grave m’avait donc fort impressionné. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que cet homme était infiniment plus homme que moi, puisqu’il avait écrit Chants d’exil.) Hier soir, j’étais de nouveau très loin de seulement penser à prendre le temps de cette pensée pour les victimes de la tempête qui venait d’avoir lieu, à laquelle M. Cambronne, déjà en 1999, m’avait invité, moi et mes camarades de classe. C’est parce que j’étais invité à tout autre chose, par le petit bouquetier, à qui je m’avise que je n’ai toujours pas donné de nom dans ce journal. Appelons-le donc Osman. Osman m’avait en effet convié à sa pendaison de crémaillère et la soirée que j’ai passée hier chez lui fut pour moi l’une des plus agréables depuis fort longtemps. Il n’y avait parmi les invités que fort peu d’homosexuels, ce qui explique d’ailleurs peut-être en grande partie la perfection du moment. Nous étions entourés de couples hétérosexuels et des frères et sœur d’Osman, qui sont nombreux et portent des noms appartenant aux trois grandes religions monothéistes. (Dieu merci, Osman, malgré son nom, n’est pas circoncis !) Il ne manquait que celui des frères qui habitait au-dessus de mon ancien appartement et qui s’était un jour amusé à pisser sur ma véranda depuis l’une de ses fenêtres. Les conséquences de la tempête l’empêchaient de quitter je ne sais plus quel village des environs. S’il avait été là, la soirée ne m’aurait probablement pas parue si réussie… Il y avait même un enfant, que sa mère semblait avoir confiée à la garde des deux seuls autres homosexuels (outre notre hôte et moi), un couple, qui semblait fort heureux de pouvoir jouer au papa et à la maman. La bonne humeur et la joie de vivre de tous ces gens, la sincérité de leurs sentiments et surtout ce qui m’a semblé être leur très grande aptitude pour la vie, avaient quelque chose de proprement incroyable pour quelqu’un qui, comme moi, ne fréquente plus, depuis quelque temps, que des homosexuels, qui sont par nature ce qui se trouve parmi les hommes de moins ondoyant et divers, de moins animé, et finalement de moins vivant, puisqu’ils n’ont d’intérêt que pour le même en général, comme leur nom l’indique : tous ces pédés se mordent la queue, c’est bien le cas de le dire, et moi le premier, sans doute. Diodore, le plus jeune frère d’Osman, qui n’a que seize ans, est le type même de l’adolescent réjouissant et facétieux. A cause de ses bouffonneries, l’hilarité générale n’est retombée qu’au bout de plusieurs heures. Je l’ai encore croisé cet après-midi, comme souvent, lors de ma distribution dominicale, puisqu’il habite dans l’une des rues que je dessers. Il a tout du bon garçon : poli, souriant et serviable, il est à peu près le contraire de mes élèves, qui avaient tout du mollusque, eux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai cessé de leur donner des cours. Ils étaient vraiment trop cons, tous, sans exception. Ma vie est bien assez réduite comme cela, selon le mot de Tirésias, le psychanalyste. Je n’avais vraiment pas besoin de me faire réduire aussi la tête par ses petits sauvages, en essayant, bien en vain, d’élargir un peu les leurs. Mais à présent, je l’ai, cette pensée pour les malheureuses victimes de la tempête. Je suis inquiet pour Camille et pour sa famille. Peut-être la propriété de son père est-elle complètement dévastée, où vivaient les bêtes qu’il aime tant, ses chiens, ses cochons, ses chevaux. Peut-être sont-ils au désespoir, en ce moment-même. Je me suis également surpris à penser à Renaud Camus, tout à l’heure, qui écrivait dans le dernier volume de son journal, je crois, qu’il était heureux d’avoir enfin pu payer entièrement la réfection de la toiture du château de Plieux. Si ça se trouve, il n’en reste plus rien à l’heure actuelle !

02:06 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Diodore, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Renaud Camus, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la tempête de 1999, la tempête de janvier 2009, patrice cambronne, renaud camus

01/12/2008

Lundi 1er décembre 2008

            Mon blond lecteur, si tu m’aimes, ne lis pas ces lignes : tu serais profondément déçu et peut-être même blessé ; mais si tu ne m’aimes pas, fais à ta guise : elles ne feront que renforcer tes sentiments à mon égard. Et vous, Mesdames, qui me regardez parfois avec les yeux d’une mère ou d’une grand-mère, ne lisez surtout pas ce qui va suivre : vous en seriez horrifiées. Ma propre mère, qui est pourtant une belle salope, même si je suis le seul à le savoir, serait atterrée de me découvrir si mauvais. Il n’y a peut-être qu’Esteban qui n’en sera pas étonné. Il est le seul à me connaître vraiment et à m’aimer encore. Autant dire qu’il est le seul à m’aimer vraiment pour ce que je suis, car nous savons tous, intimement, même si nous l’admettons rarement, que notre véritable moi est cette part de méchanceté que nous nous efforçons de garder enfouie la plupart du temps. Voici le tout premier SMS que j’ai écrit à cette enflure d’Ascylte après m’être réveillé plus tôt que de coutume, hier matin, plein du désir de vengeance qui avait grossi pendant mon sommeil et animé mes rêves, au cours desquels je me suis souvenu que j’avais, par bonheur, les moyens d’assouvir cette vengeance : « Ascylte, je t’en conjure, pour ton propre bien, quitte immédiatement Camille et fais-lui comprendre que tout est fini entre vous. Je suis en possession de rapports d’expertise ordonnés par des juges des tribunaux de ***, de *** et de ***, qui ne devraient absolument pas être entre mes mains, je crois, si du moins le secret de l’instruction et le secret professionnel ont bien un sens, comme je le pense. Si je n’ai pas de réponse de toi avant ce soir minuit ou si tu parles de ce SMS à Camille, j’écrirai dès demain aux présidents des tribunaux de grande instance et aux procureurs de la République de ***, de *** et de ***, pour te dénoncer. Je contacterai aussi la presse, qui devrait être intéressée par la probité plus que douteuse d’un des experts dans l’affaire ***, qui vient tout juste d’être jugée. Sois raisonnable et pense à ton avenir. » Ce crétin d’Ascylte avait en effet pris l’habitude de me faire lire certains des rapports d’expertise qu’il était en train de rédiger. Il en reste quelques copies sur le disque dur de mon ordinateur portable, ainsi que sur un disque dur externe, dans une sauvegarde de mon ordinateur réalisée avant son reformatage. Je n’ai eu de réponse d’Ascylte qu’hier soir. Nous avons échangé quelques SMS. Puis nous nous sommes téléphoné à dix heures et demie. Il est resté très calme et m’a parlé comme un psy à une femelle hystérique, ce que je suis peut-être, là n’est pas la question. Mais bien sûr, à la fin, il a choisi de protéger sa réputation d’expert auprès des tribunaux plutôt que son histoire d’amour avec Camille, ce qui ne m’a pas étonné du tout. Je lui ai tout de même clairement répété tout ce que je ferais s’il me trahissait de nouveau. Nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard sur MSN. Je recopie notre conversation : « Tu es toujours là ? – Oui, j’écris un courriel à ma tante infirmière (tant il était désespéré...) – Je te conseille quand même d’appeler Camille dès maintenant ou de lui envoyer un SMS tout de suite. Inutile de remettre à demain. – D’accord, je vais lui écrire ça maintenant. – Dis-moi ensuite ce que tu lui as écrit et bloque son numéro, pour qu’il ne puisse pas t’appeler. – Je peux faire ça avec mon téléphone fixe, mais pas avec mon téléphone portable. – Ce n’est pas grave. Mais s’il t’appelle sur ton téléphone portable, ne lui réponds pas. Ne lui donne plus de nouvelles pendant quinze jours. Alors, tu pourras lui organiser le rendez-vous avec l’endocrinologue dont tu nous as parlé. – Il avait une glycémie à six grammes aujourd’hui. Il est vital pour lui qu’il voie le médecin comme prévu à onze heures, mardi. – Figure-toi que je le connais depuis un petit moment déjà, il n’est pas rare qu’il ait une glycémie si élevée. C’est sûrement de ta faute. L’amour ne lui vaut rien de bon. Le lendemain de notre rencontre, il avait dû être hospitalisé ! – D’accord. ‘‘C’est fini entre nous. Désolé.’’ Voilà ce que je viens de lui envoyer. – Très bien. Ça me plaît, c’est sobre. – Pour sa glycémie, ce n’était pas à cause de moi. Il s’était disputé avec une de ses amies. – Laquelle ? – Je ne sais plus son nom. Celle qui vient d’avoir un enfant. – Ah oui, je vois. Moi non plus, je ne me souviens jamais de son nom. Bien. Si Camille t’envoie des SMS, garde-les, pour que je puisse les lire, mais n’y réponds pas. Est-ce que tu es malheureux ? Est-ce que tu souffres ? – Actuellement, oui, évidemment. J’ai de plus appris vendredi par mon médecin que j’avais une insuffisance hépatocellulaire. Il m’a dit que mes reins et mon foie ne fonctionnaient plus assez et que les acides aminés n’étaient plus métabolisés. Je suis en vrac quant à ma santé, et je souffre évidemment quant à Camille. – De toute façon, ce n’aurait pas été charitable de faire subir ta mauvaise santé à Camille. Il a bien assez de problèmes comme ça ! Est-ce que vous avez fait l’amour tous les deux ? – Oui, nous avons fait l’amour, mais ça, c’est évident. – Qu’est-ce que vous avez fait ? – C’est trop intime. Je ne serais pas sûr de répondre à cette question si mon psychanalyste me la posait. Déjà, ‘‘faire l’amour’’, ce n’est pas pour moi la même chose que ‘‘baiser’’. – Mais moi, je suis plus que ton psychanalyste, je suis ton ami blessé, ça devrait nous rapprocher énormément. Comment était-il, quand il a joui avec toi ? – Comme tous les hommes avec qui je faisais l’amour quand j’étais en couple : tendre et fiévreux. – Au fait, j’ai oublié de te dire que j’avais envoyé un courriel à ton Américain (Ascylte est censé être en couple, comme il dit, avec un Américain à Paris rédigeant une thèse sur les chansons de geste !) pour lui dire que tu avais couché avec Camille. Je n’ai pas réfléchi, sur le moment, j’étais furieux. – Je me suis douté que tu ferais ça. J’ai souvent des prémonitions. J’y ai pensé cet après-midi. – Est-ce que tu me détestes, maintenant ? – Non. – Dis-moi, il y a quelque chose qui m’intrigue. Préfères-tu donc ta vie professionnelle à ce pauvre Camille ? – Non… J’ai été violé par un pédiatre à trois reprises quand j’étais enfant et préadolescent. Je m’épanouis dans mes expertises, qui sont presque exclusivement en lien avec des affaires de mœurs. C’est pour moi un moyen de me guérir de maux qui ne partent pas. Je n’aime donc pas ma situation professionnelle plus que Camille. Simplement, ma situation professionnelle est ma raison de vivre ici-bas. – Ce qui fait de moi quelqu’un d’encore plus atroce… Toi qui es psy, comment expliques-tu ma réaction ? – Tu te sens seul et tu es triste. L’un de tes seuls amis t’a déçu et tu fais donc quelque chose d’idiot et d’extrême pour continuer à tenir le coup, à vivre et à t’aimer. (Comme si je m’aimais, en agissant ainsi !) – Oui. Quelqu’un m’a demandé pourquoi je voulais me venger. Je lui ai répondu que la mise en œuvre de ma vengeance m’aidait à oublier ma peine, plutôt que de la subir et de me morfondre. – Camille m’a dit qu’il ne t’aimait pas, qu’il t’aimait bien, mais qu’il n’était pas amoureux de toi. – Je le sais bien, mais cela me suffit. De toute façon, je ne crois plus vraiment à l’amour. Il n’arrive que deux ou trois fois dans une vie. J’ai épuisé mon lot. – Oui, après tout, c’est ta vérité. Si ça te convient, ça ne regarde que toi. Je ne connais pas encore la vérité de Camille, peut-être a-t-il besoin d’aimer et d’être aimé. – Moi, en tout cas, je ne crois pas du tout en la sincérité de ton amour pour lui. Tu tombes beaucoup trop souvent amoureux. Comment donc as-tu pu croire qu’un coup de foudre se produisait pendant que j’étais en train de le sucer ? Ça me dépasse ! – Il s’est produit quelque chose. D’ailleurs, quand nous faisions l’amour, il y avait bien peu de sexe, comparé aux baisers et à la tendresse. – Mais est-ce que toutes tes amourettes n’ont pas commencé de la même façon ? – Non, même s’il est vrai que j’ai peut-être eu trop d’amourettes. – Je suis sûr que tu iras beaucoup mieux dès que ton regard de prédateur croisera celui d’un autre agneau sans défense. Même si c’est l’égoïsme qui me pousse à agir ainsi, je suis persuadé de rendre service à Camille. Tu l’aurais trompé dans le mois suivant votre rencontre, j’en suis sûr ! Je te l’ai dit, je ne crois absolument pas en la sincérité de ton amour. – Non, je ne l’aurais jamais trompé ni ne lui aurais fait le moindre mal, en aucune façon. J’étais prêt à quitter ma vie actuelle pour faire en sorte de vivre avec lui. – Et pourtant, tu ne fais rien de tout cela, mais tu choisis de préserver ta réputation d’expert et ta situation sociale. Tu ne vis que pour elles, que pour le paraître. Il suffit de te regarder pour s’en convaincre, avec tous tes gadgets et tes téléphones portables ! – Non, mon travail est ma raison de vivre. Je te l’ai dit, c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais enfant. Je ne peux vivre sans faire ce métier. – Oui, je le comprends bien. C’est tragique. Sunt lacrimae rerum, comme dit Virgile. La vie est rarement aussi belle qu’on voudrait. C’est une tragédie. Mais sa laideur fait la beauté de l’homme. – Peut-être… – Je sais que ce n’est pas d’un bien grand réconfort ! – En tout cas, je ne peux pas te laisser dire que je n’aime pas Camille. Je l’aime intensément et véritablement. Il a réussi à me faire oublier J***-C***, que je n’ai même pas appelé aujourd’hui, alors que c’était son anniversaire. – Oh ! Je sais que tu l’aimes. Tu l’aimes même sûrement plus que moi. Mais tu l’aimes autant que celui qui l’a précédé et que celui qui lui succèdera ! Moi je l’aime plus que je me croyais encore capable d’aimer quelqu’un, même si c’est peu. Et puis ça me plaît de dire que je ne crois pas en la sincérité de ton amour. Ça me fait du bien. Finalement, vous vous étiez bien trouvés, tous les deux. Je crois que vous êtes plus ou moins du même milieu. Moi, il ne m’aimera jamais, parce que je serai toujours pour lui comme un chat pour un chien, ou comme un chien pour un minet, si tu préfères ! Toi, tu as réussi à t’élever ; pas lui. Mais on n’échappe pas à ses origines. C’est peut-être ce qui explique votre prétendu coup de foudre. – Je ne sais pas. Oui, peut-être y a-t-il effectivement de cela. – Mais je nous trouve bien sentimentaux. N’oublions pas que l’affaire que nous traitons est des plus sordides. – C’est toi qui as décidé de cela. – Oui, et j’espère que j’ai été assez clair. Je peux être quelqu’un d’impitoyable et d’inflexible. Mais je crois que tu commences à le comprendre. Je ne sais pas dans quel état je suis exactement. Je me sens à la fois anéanti par la méchanceté de mes actes, dont il est vrai que tu es le seul responsable, et profondément soulagé de pouvoir me venger de toi. – Non, c’est toi qui es seul responsable de tes actes. – Oui, bien sûr, je me fais justice. Mais pour se faire justice, il faut bien que quelqu’un se soit rendu coupable ! Bien, je vais aller me coucher. Je dois me lever tôt, demain, à cause de toi, encore. Il faut que j’aille voir l’ami avocat dont je t’ai parlé. Rassure-toi, je ne vais faire que lui demander ce que tu encours, si jamais je te dénonce. – Moi, je suis fatigué. Je vais aller me coucher aussi. – Très bien. Retrouve-moi demain à la même heure sur MSN. – D’accord. – Bonne nuit. A demain. – Oui, à demain. » – J’avais écrit tout cela hier soir, dans le but de le publier aujourd’hui dans ce blogue, sans rien ajouter. Mais entre temps, j’ai pu constater la peine immense de Camille. Il a l’instinct d’une bête. Ascylte a juré ne lui avoir rien dit de notre petit marché, mais Camille a pressenti que j’étais pour quelque chose dans le SMS de rupture qu’il avait reçu. Il m’a écrit plusieurs messages pour me dire qu’il me détestait et que nous n’étions plus amis. L’ayant pris en pitié, j’ai de nouveau téléphoné à Ascylte, pour lui rendre Camille, en lui expliquant bien que c’était par amour pour ce dernier uniquement que je lui redonnais sa liberté. Je continue de penser qu’Ascylte est un prédateur et un manipulateur sans scrupule. L’ami avocat que j’ai consulté tout à l’heure et qui connaît un peu Ascylte est du même avis que moi. Il m’a dit que notre homme était connu pour s’entourer de jeunes gens dont il fait tourner la tête en les emmenant dans les villes de ses expertises, où il réserve des chambres dans les plus beaux hôtels. Typique d’un parvenu ! Mais c’est après tout la liberté de Camille que d’aimer les mauvaises personnes. J’ai demandé à Ascylte d’avoir la bonté de ne pas dire à Camille que j’étais à l’origine de toute cette sordide affaire et d’essayer de l’en détromper. Nous avons imaginé ensemble l’histoire qu’il raconterait au garçon : il l’avait quitté parce qu’il ne voulait pas trahir mon amitié pour lui ni blesser son Américain. J’ai fait croire à Camille que c’était moi qui avais essayé de lui ramener Ascylte, avec qui nous sommes convenus d’un SMS que je lui ai envoyé une heure ou deux avant qu’il ne le rappelle enfin. En voici le texte : « Camille, je me suis permis d’écrire à Ascylte, pour lui dire que s’il t’avait quitté pour ne pas trahir mon amitié avec lui, ça ne servait à rien, parce que je ne le considère plus comme un ami. Et je ne veux pas que tu sois malheureux à cause de moi. J’espère que tout va s’arranger entre vous. Je ne fais ça que pour toi, pas pour lui. Je suis persuadé qu’Ascylte n’est pas quelqu’un de bien. C’est un manipulateur sans aucun scrupule. Sois prudent. J’espère que tu seras heureux. Je n’ai pas compris pourquoi tu m’en voulais tellement. Peut-être qu’on redeviendra amis, mais je ne me fais plus trop d’illusions. » Non, je ne m’en fais guère, en effet… De toute façon, j’avais renoncé à dénoncer Ascylte une fois que mon ami avocat m’eut informé de la peine qu’il encourait : quinze ans d’emprisonnement pour m’avoir envoyé des rapports d’expertise que je faisais semblant de lire, tant je les trouvais barbant, c’eût été cher payé. C’était l’arrogance qui le faisait m’envoyer ses chefs-d’œuvre : il voulait que je voie comme il était brillant. Sans doute me prenait-il pour l’un de ses minets, pour un Camille ! J’ai eu d’abord l’impression d’avoir moins mal de m’être fait volontairement détester de Camille plutôt que d’avoir été abandonné malgré moi, mais finalement, je me sens comme lorsque quelqu’un vient de mourir. J’ai le sentiment d’avoir tué deux amitiés, celle qu’il y avait entre Camille et moi et celle qu’il y avait entre Ascylte et moi. C’est tout de même moins grave que si j’avais tué deux amitiés et un amour. Allons ! La tristesse me fait écrire des sottises : c’est bien sûr Ascylte qui as tué l’amitié que j’avais pour lui, qui n’était pas bien grande, il est vrai. Mais même si ce n’est pas moi qui l’ai tuée, c’est une amitié qui est morte. Je suis certain qu’il croit m’avoir attendri par ses pleurnicheries. Il s’imagine m’avoir manipulé, comme tant des impressionnables victimes de ses poudres de perlimpinpin psy,  alors que je n’ai voulu que faire le bonheur de Camille, qui n’était que la pauvre victime de nous deux. Hélas, faire son bonheur aujourd’hui, c’est faire son malheur pour demain, j’en suis persuadé. Il me semble qu’Ascylte n’a pas hésité plus d’un instant avant de choisir son métier plutôt que Camille. Il préférait se soigner, comme il le prétend (puisqu’il paraît que son métier lui est une thérapie), plutôt que de faire le bonheur de Camille. Bel amour ! Il aime surtout sa minable situation, qui lui paraît enviable, tant il vient de loin ! Mais il y a pire. Je connais assez Ascylte pour savoir qu’il n’hésitera pas non plus bien longtemps avant de trahir Camille pour la première nouveauté venue. Je l’ai vu faire avec ce pauvre Christophe, qu’il trompait avec moi dès qu’il avait le dos tourné. A-t-il d’ailleurs beaucoup hésité avant de trahir notre amitié ? Pas une seconde. Je l’ai vu de mes yeux ! Cela s’est passé ici, dans ce salon, il y a quelques jours à peine.

19:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Christophe, Don Esteban, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

04/11/2008

Lundi 3 novembre 2008

            C’était hier mon anniversaire. Je n’aime guère ce jour où je vieillis officiellement d’une année. Mais pour une fois, j’étais heureux. Je me faisais une joie de passer cette journée avec Camille. Je suis d’abord allé le rejoindre comme tous les jours dans son lit pour le réveiller doucement en me rendormant à moitié. Puis il a fait comme s’il avait oublié que c’était mon anniversaire. « Le 2 novembre, disait-il, c’est le jour des morts. – Oui, c’est le jour des morts, mais c’est autre chose aussi… – Ah ? Il y a eu autre chose, le 2 novembre ? Je ne suis pas très bon en histoire. » Quand enfin il m’a fait comprendre, par une amusante allusion, qu’il savait que j’avais désormais un an de plus et que je me suis plaint qu’il ait oublié de me souhaiter un bon anniversaire, il a répondu qu’il avait toute la journée pour le faire ! Nous avons fait ensemble la liste des courses qu’il devait faire aujourd’hui, grâce à l’argent auquel il a droit, puis il est parti promener Violette, en me disant qu’il reviendrait quand il aurait fini la chose qu’il avait à faire ce jour-là. « Mais qu’est-ce que tu peux bien avoir à faire un dimanche ? – Je vais aider à démonter des radiateurs chez un ami. » Il a soigneusement plié en quatre une lettre que je lui avais écrite la veille, pour m’excuser d’avoir été si dur lors d’une dispute que nous avions eue, puis il est sorti sous la pluie. Trouvant un peu étrange qu’il ait pris cette lettre, je lui ai écrit un SMS, dans lequel je lui demandais de ne pas la faire lire à tout le monde. Quand il est revenu, quelques heures plus tard, il était accompagné de ces deux amies si vulgaires et braves filles, la mère et la fille, qui m’on fait comprendre, sans le faire exprès, que Camille, qui était en train de rassembler ses affaires, partait s’installer chez une amie d’enfance qu’il venait de retrouver et qui voulait bien le loger jusqu’à ce qu’il s’installe dans l’appartement qui lui est réservé. Je n’ai pas eu d’autres explications, en partie parce que je répugnais à en demander devant ces femmes. J’ai juste dit que c’était cruel de partir si soudainement, et le jour de mon anniversaire. « Ah ? C’est son anniversaire ? Ce n’est pas bien ça, Camille, de partir le jour de son anniversaire ! » J’étais effondré. Le soir, ma mère, chez qui nous devions dîner, m’a rapporté que Camille, qui était passé un peu plus tôt récupérer du linge qu’il avait laissé à laver, lui avait dit qu’il viendrait peut-être, que cela dépendrait de moi. Je lui ai donc téléphoné, pour lui dire que je l’attendais, que je voulais qu’il vienne, mais il m’a répondu qu’il ne le pouvait pas, parce qu’il avait déjà dîné. C’est alors qu’il m’a souhaité un bon anniversaire, et bon appétit, avant de raccrocher. Depuis, je n’ai plus de nouvelles, pas même une réponse aux SMS que je lui ai envoyés. Je suis complètement sonné. Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui s’est passé. Je me dis que c’est à cause de la dispute et de la lettre d’excuses, qu’il est allé montrer à je ne sais qui. Mais tout c’était si bien passé depuis cette dispute, les excuses semblaient avoir été si pleinement acceptées ! Pourquoi donc ces caresses dans le lit, hier matin, et pourquoi faire ensemble la liste de nos courses, si Camille avait décidé de partir ? Je m’en veux énormément. Certains mots que j’ai eus, lors de notre dispute, me font penser que c’est quasiment moi qui l’ai jeté dehors. Parce qu’il était rentré bien après l’heure qu’il m’avait annoncée, samedi, au petit matin, je lui avais dit que la jalousie qu’il me causait et les états dans lesquels il me mettait étaient tellement douloureux que je n’étais pas sûr qu’il pourrait rester chez moi jusqu’à ce qu’il ait enfin les clefs de son appartement. « Puisque tu as tellement d’amis avec qui tu préfères passer tant de temps plutôt qu’avec moi, pourquoi donc ne vas-tu pas t’installer chez eux ? » En m’entendant prononcer ces mots, pris de remords, je m’étais jeté sur Camille, pour le prendre dans mes bras, comme pour l’empêcher de partir, en m’excusant, en le suppliant d’oublier les paroles que je venais de lui tenir dans le seul but de le blesser. Je croyais qu’il m’avait pardonné. J’avais encore écrit cette lettre, samedi soir, que j’avais déposée sur son oreiller. Tout semblait oublié hier matin. Tout était si doux. La journée avait merveilleusement commencé. Ce fut finalement le pire anniversaire de toute ma vie.

00:13 Publié dans 2008, Camille, Journal, Ma mère, Violette | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

15/09/2008

Dimanche 14 septembre 2008

            Camille m’a rapporté que le grand C était allé le retrouver dans la salle de bain, hier soir, chez ma sœur… Il voulait lui faire admirer ses muscles abdominaux et pectoraux, et les comparer à ceux de mon ami, qu’il est allé jusqu’à toucher ! Puis il a fait cette confidence à Camille que si ma sœur était avec lui, c’était uniquement parce qu’il avait une grosse bite ! Pendant que ma sœur était en train de s’occuper de ses invités, Cyrille a donc réussi à tripoter mon Camille, à lui faire voir une partie de sa nudité et à lui parler de la taille de sa bite… Il est tout de même inquiétant qu’il me faille protéger mes mignons même des amants de ma sœur ! Je ne sais si je suis amoureux de Camille, mais je me suis aperçu que j’arrivais à dormir avec lui, au grand dam de la chienne Pélagie, dont il occupe au lit la place qu’elle avait pris l’habitude de prendre, à mon insu, une fois que je suis endormi. J’ignore si c’est parce qu’il est roux ou diabétique, mais je trouve parfois qu’il pue. Or je m’accommode aussi bien de son odeur que de sa présence dans mon lit. C’est lui qui s’est occupé de préparer le dîner ce soir, pour Corydon, notre invité, et moi. Il avait apporté des produits de la ferme de son père : des escalopes de foie gras, du magret de canard, des pâtes assaisonnées d’une excellente sauce de sa grand-mère, le tout précédé de tartines de fromage de Brie légèrement fondu. Pour finir, ma mère, qui s’est retrouvée seule pour le repas dominical, ma sœur ayant eu elle aussi d’autres obligations, m’avait donné de sa salade de pêches à la menthe, un dessert sans doute beaucoup trop sucré pour Camille, à cause du sirop de canne dont cette salade est accommodée, mais dont il ne s’est pas privé non plus. Je lui ai demandé un peu plus tard de se faire un dextro, pour voir quel était le retentissement d’un tel repas sur sa glycémie : 3,34 gramme, ce qui, je crois, n’est pas un bon résultat du tout. Une espèce d’angoisse s’est emparée de moi. Je ne sais si je suis amoureux de Camille, mais je me fais du souci pour lui, sa mauvaise santé m’inquiète. Je ne puis m’empêcher d’associer tous ses défauts à sa maladie. Est-ce à cause du diabète qu’il a de mauvaises dents et qu’il pue ? Est-ce à cause du diabète qu’il a toujours si chaud et qu’il transpire tellement ? Est-ce à cause du diabète qu’il a tous ces boutons sur la figure ? Est-ce à cause du diabète que ses petites plaies semblent ne jamais devoir guérir ? Est-ce à cause du diabète que les ongles de ses mains sont comme recouverts d’un vernis qui aurait sauté par endroits ? Est-ce à cause du diabète que les ongles de ses pieds… Mon Dieu ! Les ongles de ses pieds ! Est-ce à cause du diabète qu’il peine à jouir ? Etait-ce à cause du diabète qu’il était tout desséché, la nuit de notre première rencontre, et que j’avais l’impression d’embrasser un cendrier, avec les mégots et la cendre ? Deviendra-t-il laid ? Mourra-t-il jeune ? A-t-il peur ? Est-il inquiet ? Corydon et lui sont restés longtemps à surfer sur Internet et j’essayais de photographier les mains de Camille.

02:43 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

28/08/2008

Mercredi 27 août 2008

            Cet après-midi, j’ai rendu visite à Fred, l’ancien actuel amoureux de ma sœur. Il m’a rapporté que lors de mon dernier passage dans sa boutique, l’un des plus beaux garçons qui la fréquentent, celui qui est coiffé ‘‘décoiffé’’ (mais ils le sont presque tous), ayant écouté notre conversation, dans laquelle il était question de mon petit boulanger, avait été fort surpris d’apprendre que j’étais homo. Comme si ça ne se voyait pas ! L’innocence (en un mot) de ces petits skateurs est telle que si, par bonheur, je réussissais à en coucher un nu dans mon lit, il croirait encore que c’est pour y dormir ! Fred m’a assuré que le garçon lui aurait dit ensuite qu’il me trouvait mignon (mignon… MIGNON !), s’empressant d’ajouter qu’il n’était pas lui-même homo pour autant. Ouais… Quant à moi, je ne puis m’empêcher de penser que s’il n’est peut-être pas homo pour autant, comme il tient à le préciser, il n’est pourtant sans doute pas uniquement skateur. Une autre passion lui couverait quelque part que ça ne m’étonnerait pas ! (Je me suis souvenu qu’un autre ancien amoureux de ma sœur avait eu à mon sujet une remarque du même ordre, mais je me suis abstenu d’en faire part à Fred, pour ne pas lui rappeler de mauvais souvenirs, car c’est à cause de leur amour commun pour Julie que les deux excellents amis avaient fini par couper tous les ponts entre eux, ce qui, bien sûr, avait valu à ma sœur une réputation de marie-salope et de briseuse de couples, de ces couples peut-être plus sacrés encore que sont ceux des meilleurs amis. Le temps a passé. Sa mauvaise réputation lui est restée, mais pas ses amants frères ennemis, puisque c’est aujourd’hui le grand con qu’il nous faut subir.) Parmi la jeunesse tribalisée de nos jours, le clan des skateurs est celui qui me plaît le plus, même s’il n’est sans doute pas le plus in-nocent qui soit, le skate étant tout de même un sport (si c’est bien le mot) quelque peu bruyant et qui a tendance à transformer la ville en un vaste terrain de jeu. Mais j’aime mieux qu’on la transforme en terrain de jeu plutôt qu’en champ de bataille et de rapines pour la ‘‘racaille’’, comme il ne faut pas la nommer, à moins d’en être, évidemment. J’aime les skateurs pour leur bon esprit et surtout pour le corps merveilleusement sec, dépourvu de toute graisse, que leur donne la pratique d’un jeu si sportif. Il est vrai que la ‘‘racaille’’ est souvent maigre elle aussi, mais l’on sent bien que c’est à cause de l’espèce de fièvre haineuse dont elle vibre et qui la dessèche et consume entièrement. C’est ainsi qu’elle brûle ses graisses. Il n’y a là rien de sain. Puisque j’en suis à parler de graisse, il me faut rapporter ici quelle fut ma surprise, l’autre jour, de voir qu’en cette époque où, puisque c’est presque un nouveau droit de l’homme, n’importe qui peut se dire français (même cette athlète chinoise dont je ne sais plus le nom, qui, parce qu’elle n’avait pas réussi à se classer parmi les meilleurs sportifs de son pays d’origine (j’ai oublié quel était le sport qu’elle pratiquait), en avait été réduite à se faire naturaliser française, pour avoir une chance de se qualifier pour participer aux Jeux olympiques, ce qui en dit tout de même long sur l’idée qu’elle se fait de la France (et de sa ‘‘grandeur’’), un pays à sa taille, en somme…), un traiteur fameux de Mont-de-Marsan avait eu l’idée, pour vanter son excellence dans la fabrication des foies gras et tourtières, de ce slogan somme toute assez peu dans l’air du temps, qui est à l’antiracisme, à ce que je crois savoir : «  N’importe qui n’est pas landais ! ». Qu’on se le dise ! Et c’est d’ailleurs très vrai, car moi-même, par exemple, qui ne suis pourtant pas n’importe qui, j’ai le plus grand mal à me sentir vraiment landais, alors que j’en aurais bien le droit, puisque ma mère est une vraie vache landaise, comme elle le dit elle-même, dans ses moments de lucidité. Je serais d’autant plus en droit de me dire landais que je ne le suis pas entièrement, et qu’il faut venir au moins un peu d’ailleurs, de nos jours, pour avoir le droit de se dire de quelque part. Un Français qui ne serait que de France et qui aurait l’outrecuidance de se dire français s’entendra toujours répondre par quelqu’un : « Mais je suis aussi français que vous, moi, môssieur », ce qui, de fait, est une repartie typiquement française ! Mais il ne suffit pas d’être en partie d’ailleurs, comme c’est mon cas, par mon père, qui est un peu chinois et un peu vietnamien, pour pouvoir se dire de quelque part, de France, en l’occurrence, sans danger. Encore faut-il en avoir l’air, en être conscient, l’expérimenter, le ressentir ‘‘dans sa vie de tous les jours’’, et le revendiquer comme une chose dont on est fier. Si l’on a le malheur, comme moi, de ne pas avoir l’air d’un métis (mes yeux sont bleus et j’ai une grosse bite, c’est dire si je parais peu chinois !), et si l’on a ‘‘mes idées’’ (car les gens croient que j’ai des idées, alors que, pour avoir été élevé par des femmes, je n’ai que des humeurs !), dans ce cas, on n’a pas tout à fait le droit de se dire français, au sens nouveau du terme, parce qu’on est suspect de l’être au sens ancien ! L’antiraciste prête à la race unique (celle des métis) dont il rêve de voir et promeut l’avènement un certain type d’idées (les siennes) comme le raciste est persuadé que le nègre court vite. D’autres idées ne peuvent pas être celles d’un véritable métis, qui n’a pas tout à fait, comme on voit, la liberté de conscience ! C’est du racisme ! Qu’on ne s’y trompe donc pas, l’antiracisme n’est pas moins raciste que le racisme. Il l’est différemment. Et puisqu’il prétend faire du métissage l’avenir de l’homme, si j’osais, je dirais que l’antiracisme est un eugénisme, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi : cela peut donner d’excellents taureaux de combat comme d’adorables caniches ! Le phénomène est récent. Anecdote : Lorsque j’étais enfant, pendant un ‘‘voyage scolaire’’ à la montagne, un garçon avait vomi son petit déjeuner sur le pare-brise de l’autocar. Stupeur dans la classe : le petit déjeuner de notre camarade était essentiellement composé, comme nous pouvions le constater, de grains de riz ! Comment était-ce possible ? Est-ce que les enfants chinois ne prenaient pas de petit déjeuner, comme tout le monde ? Les malheureux n’avaient-ils donc dans l’estomac que leur dîner de la veille ? « Bien sûr que non, nous avait expliqué la maîtresse, mais les Chinois, pour le petit déjeuner, préfèrent les bols de riz à nos bols de café ou de lait, un peu comme vos grands-pères aiment mieux se nourrir le matin de vin rouge, d’œufs frits et de ventrèche. » Et notre malheureux camarade s’était alors écrié, provoquant l’hilarité générale : « Mais je ne suis pas chinois, Madame, je suis vietnamien ! » Mon camarade de classe ne serait pas plus chinois aujourd’hui : mais il se dirait sans doute plutôt français. Et bien sûr, il le serait, ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Mais convenons tout de même que son petit déjeuner, lui, ne serait pas plus français que landais !

02:12 Publié dans 2008, Damis, Fred, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

13/08/2008

Mercredi 13 août 2008

            Hier soir, acheté pour dîner un sandwich chez les arabes de la place du commissariat. Comme je faisais la queue, deux jeunes, complètement ivres, me sont passés devant sans vergogne. Le patron des lieux leur ayant demandé d’attendre leur tour, tout cela a failli se terminer en bagarre. En reculant pour éviter d’être bousculé par tout ce petit monde qui sortait dans la rue pour ne finalement pas s’y battre vraiment, c’est moi qui ai bousculé un très joli garçon, dans le parfum duquel je me suis retrouvé comme par enchantement. Plus tard, nouvelle visite de Corydon, qui croit que je m’entends très bien avec ma mère pour passer tant de mon temps chez elle ! J’ai dû lui expliquer qu’il n’en était rien et que, d’ailleurs, ma mère était une méchante femme qui ne m’avait jamais vraiment supporté. Si je vais si souvent chez elle, c’est uniquement pour profiter de la piscine et pour faire quelques économies d’argent sur les repas. « Mais enfin, il faut bien que ta mère soit gentille avec toi, puisqu’elle t’a offert l’appartement dans lequel tu vis en ce moment. – Oui, c’est ce qu’on croit toujours, qu’elle est bien brave et bien gentille, comme si tout cela n’était qu’une question d’argent. Suffit-il donc d’en donner pour passer pour quelqu’un de généreux ? En vérité, ma mère m’a donné cet argent par méchanceté ! Elle ne supportait plus de me voir, de me voir exister, chez elle, de me voir prendre le petit déjeuner à la même table qu’elle, de me voir me laver dans la même salle-de-bain qu’elle. Elle ne supportait plus de voir mon visage, d’entendre les intonations de ma voix, de sentir mon odeur. Elle ne m’a jamais pardonné mon rythme particulier, mon pouls. Me voir vivre lui était intolérable. » J’ai beau dire, je suis sûr qu’il y en a parmi mes lecteurs qui continueront de croire que ma mère est gentille, que c’est une brave femme ! Les hommes, mais ce n’en sont plus, disons plutôt les gens, sont de tels gagne-petit, de si petits-bourgeois, qu’ils croient que quelques dizaines de milliers d’euros sont un trésor et que c’est être d’une grande générosité que d’en faire don. Les cons ! Ma mère n’a rien donné. Elle s’est acheté une bonne conscience, et en me prostituant ! On me trouve généralement méchant de parler si mal de ma mère. C’est vrai. Je suis méchant. Mais ma mère est la personne au monde à qui je ressemble le plus ! Corydon et moi sommes allés faire un tour à la rocade. ‘‘Aller à la rocade’’, cela veut dire aller baiser sur une certaine aire de repos particulièrement fréquentée par les pédés renifleurs de culs dans les buissons. N’ayant pas ces mœurs de chiens errants, je ne vais à la rocade qu’escorté de Corydon, et uniquement pour vérifier que Damis, ce petit bâtard, n’est pas en train de s’y faire mettre par des inconnus. Il n’y était pas. Pourquoi ne me donne-t-il plus de nouvelles ?

23:21 Publié dans 2008, Corydon, Damis, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

07/08/2008

Mercredi 6 août 2008

Nous avons appris avant-hier la mort de Capucine, l’antique chienne de ma grand-mère devenue folle, et de Nikita, la chienne de mon père, qui passe en ce moment quelques jours chez ma mère. La mort de sa chienne contraint ce dernier à écourter son séjour ici, à cause de son amie, qui est devenue complètement hystérique depuis qu’elle a découvert chez eux le corps sans vie de la bête. Il repart demain. Ce n’est pas moi qui me moquerai de la peine excessive que cause à son amie la mort de leur chienne, ayant moi-même connu l’un de mes plus grands chagrins lorsque ma chienne Coccymèle s’est éteinte dans mes bras, il y a quelques années. Je n’avais pas versé autant de larmes pour ma grand-mère maternelle, qui était pourtant morte seule un matin, diminuée par son cancer, en tombant dans les marches du perron, chez elle, après avoir été relever son courrier dans la boîte aux lettres. C’est un voisin, surpris de trouver la porte d’entrée grande ouverte, qui avait découvert le corps de ma grand-mère. Qui sait même si quelqu’un ne l’avait pas poussée dans les escaliers pour la détrousser ? Je m’étais posé la question, parce qu’on n’avait retrouvé ni ses plus beaux bijoux ni certaine somme d’argent qu’on la savait garder dans un tiroir. Nous avions soupçonné la femme de ménage d’avoir profité de l’occasion pour se servir. Malgré la violence et le mystère qui entourèrent cette mort, je n’avais pas autant pleuré que pour Coccymèle, dont la mort, qui fut pourtant très douce, me fait encore venir les larmes aux yeux quand j’y repense. Je n’ai pu m’empêcher de prendre la chienne Pélagie dans mes bras et de lui demander de ne mourir jamais, ce qui est complètement irrationnel.

02:11 Publié dans 2008, Capucine, Coccymèle, Journal, Ma grand-mère maternelle, Ma grand-mère paternelle, Ma mère, Mon père, Nikita, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

04/08/2008

Dimanche 3 août 2008

Hier après-midi, coup de téléphone inespéré de Damis, qui était en panne d’essence sur le parking de la boulangerie où il travaille. Il avait besoin de moi pour que je le conduise à une station service. (C’est la troisième fois qu’il me fait ce ‘‘coup de la panne’’, comme je crois qu’on dit.) Quand je suis arrivé, il était appuyé contre sa voiture, en train de manger un sandwich. Comme aimanté par son corps, je suis venu me coller littéralement à lui, en lui faisant de grands sourires. Il essayait de cacher son regard pétillant derrière ses lunettes de soleil. Il voulait savoir comment j’allais. Je lui ai expliqué que j’étais tombé malade à cause de lui, au point de pleurer par tous les orifices ! Ça l’a fait beaucoup rire. « C’est la première fois qu’on me la sort, celle-là », m’a-t-il répondu. Nous sommes allés chez moi pour nous dire ce que nous avions sur le cœur. J’avais été très déçu qu’il ne veuille pas venir passer l’après-midi avec moi au bord de la piscine, il y a quelques jours. (Quand donc était-ce ? Je n’en ai pas parlé dans ce journal.) Il m’a confié que s’il n’avait pas voulu venir, c’était à cause de ma mère, dont il a peur et qu’il a trouvée très froide la fois où il l’a rencontrée (ce qui n’a rien d’étonnant, puisqu’elle est, comme moi, plus morte que vive). « Mais ça n’a rien à voir avec toi, tu sais, on est tous un peu froids dans la famille… – N’importe quoi ! Tu n’es pas froid du tout, toi ! Tu es même une vraie chaudasse : tu as franchement le feu au cul, enfin, avec moi, en tout cas… – Ah oui ? Tu trouves ? C’est possible… Enfin bref, c’est dommage que tu n’aies pas voulu venir, parce que ma mère passait la journée à Dax, ce jour-là, avec ses copines lesbiennes ! On aurait été tranquilles tous les deux ! – Mais même, elle aurait pu rentrer avant mon départ… » Je lui ai demandé s’il ne s’était pas ennuyé pendant tout ce temps sans nous voir. Pas du tout, ai-je appris, car il avait rencontré un garçon, lors de la fameuse soirée qu’il avait passée sans moi, un garçon qui lui plaisait énormément et avec qui il était sorti, disait-il. Ce n’était pas tant cette révélation qui me blessait que le fait qu’il l’a faisait précisément dans le but de me blesser. « Arrête d’être méchant. Je t’ai déjà dit que tu pouvais coucher avec qui tu voulais. » (Quel mal y a-t-il, après tout, du moment que ce n’est pas avec un Trimalcion ? Ce n’est pas comme si nous nous étions déjà juré fidélité.) « Je ne dis rien de méchant, a-t-il répondu, puisque je n’ai rien fait de mal. D’ailleurs, je te rappelle que ‘‘nous ne sortons pas vraiment ensemble’’ toi et moi. Je peux donc bien coucher avec qui je veux ! – Oui, voilà, c’est exactement ce que je dis… Combien de fois avez-vous baisé, ce garçon qui te plaît et toi ? – Quatre fois. – Quatre fois ? Mais je n’ai couché qu’une fois avec Alcide, moi ! J’ai donc encore droit à trois essais avec lui ! – Ah non ! Pas question ! – Et autrement, ce garçon, il est comment ? Il est mignon ? Tu me le présenteras ? – Sûrement pas ! » Damis ne veut plus me présenter personne depuis que j’ai eu le malheur de coucher avec Alcide ! Il s’imagine que je pourrais coucher avec tous ses amis ! Cette conversation était ponctuée de baisers et de caresses. Après quoi, nous ne parlâmes plus du tout. Mon père, qui vient passer quelques jours chez ma mère, est arrivé cet après-midi. Ma sœur a profité de l’occasion pour nous ressortir son grand con pour le dîner.

01:17 Publié dans 2008, Alcide, Cyrille, Damis, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note