04/07/2009
Vendredi 3 juillet 2009
J’ai rencontré physiquement avant-hier le beau Mnasyle, dont j’avais fait la connaissance quelques jours plus tôt sur Internet. Comme il habite non loin du village où ma famille avait une maison dans laquelle nous passions les vacances, je suis passé le prendre en voiture (car il n’a pas le permis de conduire) et nous sommes allés (en passant par Uza et devant l’étang où nous allions piqueniquer, ma mère, ma sœur et moi, puis par Lit et devant le camping et le restaurant qui appartenaient à la famille d’Arthénice, qui fut une camarade de classe de ma mère, et qui avait un joli chien de berger, que j’aimais regarder) ; nous sommes allés faire l’amour au Cap de l’Homy, sur la plage de mon enfance, et sous la lune, qu’on apercevait parfois à travers les nuages. C’était orageux : il y avait de nombreux éclairs, qui nous faisaient un peu peur. Tityre, chez qui j’avais d’abord fait un saut pour annoncer la bonne nouvelle de ce rendez-vous avec Mnasyle, m’avait prêté un grand drap qu’il prétendait que j’aurais dû prévoir, si seulement j’avais une plus grande expérience de ces sortes d’aventures : pour nous protéger du sable. Il m’a recommandé, avant que je prenne la route, de le lui rendre sans le laver, dans l’espoir d’y trouver des traces de nos ébats ! Mnasyle et moi nous sommes vraiment très bien entendus, sexuellement. Je n’en reviens pas de la facilité avec laquelle il s’est mis à envisager, après une courte nuit d’amour, de quitter pour moi son ami de six ans ! Comment pourrais-je me fier à quelqu’un qui n’a pas hésité à tromper un ami de si longue date pour passer une nuit avec l’inconnu que je lui étais ? Mnasyle est déjà en train d’échafauder tout un plan pour laisser son ami à Pau, où il vit d’habitude (car, s’étant fait opérer du bras, il n’est en ce moment dans les Landes que pour sa convalescence, qu’il passe chez ses parents), et venir seul me voir à Mont-de-Marsan, dans une quinzaine de jours, pour les fêtes de la Madeleine. C’est un projet qui me plaît. Hier déjà , j’aurais voulu qu’il vienne au vernissage de la nouvelle exposition organisée au centre d’art contemporain, intitulée : Le Noir absolu et les Leçons de ténèbres. Mais il aurait fallu le reconduire chez lui dans la nuit, ce qui était impossible, car j’avais prévu de boire, ou ce matin très tôt, à cause d’un rendez-vous qu’il avait à la première heure avec un médecin de Bayonne, qui devait l’examiner avant de lui permettre de reprendre le travail. Or les lecteurs assidus de ce journal savent bien que ‘‘je ne suis pas du matin’’… J’aurais pourtant beaucoup aimé me rendre à ce vernissage accompagné d’un si joli garçon. Car il est vraiment très beau, quoi qu’un peu grassouillet, et peut-être également un peu petit, le pauvre. Je crois bien que c’est le premier garçon de ma vie qui m’ait dit qu’il me trouvait grand ! L’un des tableaux de l’exposition s’intitulait Sola sub nocte. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram… » Ce vers, c’était nous, Mnasyle et moi, la veille, qui cheminions dans la nuit, sur la plage, pour nous éloigner le plus possible de l’escalier d’accès posé sur la dune, afin d’être sûrs que personne ne viendrait nous déranger. S’il avait été là , je le lui aurais expliqué, car il faut tout lui expliquer, et j’ai bien peur que nous ne soyons voués à ne nous entendre si bien que sexuellement… Nous sommes restés plus de deux heures à nous parler ce soir au téléphone en nous regardant ‘‘en cam’’ sur nos ordinateurs, et j’ai fini par le trouver pénible : puéril et bavard. Comment peut-on parler autant quand on a si peu de choses à dire ? Pourquoi se répéter à ce point ? Mais il est si joli, si tendre, si confiant déjà , si totalement offert ! C’est très plaisant. Pénible et plaisant. Cette aventure me rappelle pour l’instant celle que j’avais eue en 2008 avec mon si joli petit prince de Bidache.
04:09 Publié dans 2009, Arthénice, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30/06/2009
Lundi 29 juin 2009
Hier soir, dîner chez Tityre, qui fêtait son anniversaire. J’y ai vu pour la première fois Parthénie être soûle. Le terrible Cléomédon disait toujours aussi souvent « moi, je… » tandis que son ami le beau Clinias, frêle oisillon tombé du nid, ne pipait mot, sans jamais jeter le plus petit regard sur moi. Phidippide, qui n’avait pas compris de qui il s’agissait, draguait assez ostensiblement le nouvel amant de Tityre, contrariant fort ce dernier. « Phidippide, c’est moi qui t’ai introduit dans cette société, lui ai-je dit tout à l’heure. Pourrais-tu attendre que Tityre et sa conquête se séparent avant de la lui prendre ? Je ne voudrais pas passer pour celui qui a fait entrer le loup dans la bergerie. » Tout le monde se moquait de moi, parce que Tityre avait révélé à l’assemblée que j’avais couché, il y a quinze ans, avec le pauvre Damète, qui est fort méprisé dans ce cercle, parce qu’il est mauvaise langue, parce qu’il est laid, parce qu’il est gros, parce qu’il passe pour être sale et se droguer avec du poppers, qui lui brûlerait les narines et y laisserait des croûtes fort peu seyantes. J’étais le seul à prendre la défense de cette créature, dont toutes les peu ragoûtantes qualités qu’on lui prête sont peut-être vraies, je ne sais, pour l’avoir perdu de vue depuis belle lurette, mais qui a eu le mérite, au moins une fois dans sa vie, ai-je dit, de me sauver de Tityre qui, à l’époque, m’avait soûlé, lors d’un dîner qu’il avait organisé à cette seule fin, pour pouvoir coucher ensuite plus facilement avec le garçon fort inexpérimenté que j’étais alors. Cléomédon, prenant assez mal la défense de Tityre, m’a demandé si j’étais naïf au point de croire que Damète n’avait pas lui aussi quelque arrière-pensée en me sauvant. J’en étais bien évidemment conscient, ai-je reparti, comme je l’écrivais d’ailleurs en octobre dernier, en notant dans ce journal que je venais de retrouver Tityre après tant d’années, mais les mauvaises intentions ni les mauvaises actions de Damète ne changent rien à la bonne qu’il avait faite pour moi ce soir-là , dont je lui serai éternellement reconnaissant ! « La preuve que Damète n’est pas si gros que vous dites tous, c’est qu’il a été au moins une fois dans sa vie plus fin que Tityre, puisqu’il a su me cacher son piège, où je suis en effet tombé, en me faisant voir celui que m’avait grossièrement tendu ce dernier. Et dans l’intimité, Damète était loin d’être le grossier personnage que vous m’avez décrit. Peut-être l’est-il avec vous, qui ne vous cachez pas de l’aimer si peu, mais avec moi, il n’éprouvait apparemment pas le besoin de se montrer tel. » Au fond, l’horrible portrait qu’en ont fait les membres de cette médisante assemblée en dit plus long sur eux que sur Damète. La veille ou l’avant-veille de ce dîner d’anniversaire, j’ai rendu une courte visite à mon ami Osman, juste après de brèves retrouvailles avec une ancienne relation sexuelle, que je n’avais pas revue depuis bien six mois, mais qui ne devait pas être dans son bon jour (peut-être à cause de la récente naissance d’un premier enfant, qui doit tout de même un peu remuer son homme !), parce que le jeune père me faisait tellement sentir ses dents que j’ai préféré mettre un terme à tant de maladresse, pour aller donc voir mon petit Osman, qui habite tout près du lieu de ce rendez-vous raté. Il m’a rapporté qu’un certain barman avec qui il avait presque couché lui avait raconté que Nicancre et Phédon, qui se connaissent, ce que j’ignorais, avaient ‘‘fait les putes’’ tout récemment à Bordeaux, à l’occasion de la gaypride. Où donc crois-tu, mon blond lecteur, que travaille la mauvaise langue qui a fait cette révélation à Osman ? Dans le bar de ce vieux pédé qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir à mon sujet le bruit que j’allais moi aussi faire la pute, mais à Toulouse ! A Toulouse… C’est dire si la source est peu digne de foi ! Autre rumeur, encore plus absurde que la première, et rapportée du même endroit : le petit Phédon, encore lui, aurait violé un jeune homme dans la résidence étudiante où il loge ! Alors que ce garçon, il est vrai fort entreprenant, est dans le même temps la chose la plus passive qu’il m’ait été donné de rencontrer ! C’est vraiment absurde. Et c’est une honte de faire courir de tels bruits !
04:12 Publié dans 2009, Cléomédon, Clinias, Damète, Journal, Nicandre, Osman, Parthénie, Phédon, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25/06/2009
Mercredi 24 juin 2009
Hier, donc, dix-neuvième séance chez Tirésias, qui fut encore plus laborieuse que la dix-huitième, dont j’ai d’ailleurs trop tardé à faire le compte rendu dans mon autre journal, celui de mon analyse, si bien que j’ai fini par oublier tout ce que j’y avais dit. Je sortais du procès en correctionnelle où plaidait Phidippide, qui m’avait invité à venir l’écouter. J’ai donc commencé par parler à Tirésias de l’affaire qui était jugée et qui m’a fait repenser à Camille. La victime était en effet un jeune prisonnier, diabétique, comme ce dernier, qui avait subi des atteintes sexuelles de la part de deux de ses codétenus. Le malheureux avait fini par cesser le traitement de son diabète pour être envoyé à l’infirmerie, loin de ses bourreaux, qui avaient fait de lui un véritable esclave, chargé de toutes les tâches ménagères et à qui le ‘‘chef’’ de la cellule (où ils étaient cinq à loger) allait jusqu’à voler la nourriture et, donc, jusqu’à demander aussi, ou plutôt imposer de lui rendre des services d’ordre sexuel (ce qu’exigeait également l’autre accusé, qui était en quelque sorte le second de la cellule). C’est parce que le jeune homme, un peu simplet, s’est parfois contredit dans ses déclarations, qu’il n’a pu être établi de façon certaine, lors de l’instruction, qu’on l’avait forcé à pratiquer des fellations contre sa volonté, ce qui a évité les assises aux accusés, qui auraient sans doute mérité d’être jugés pour viol. (Ce qui leur était reproché, c’était donc d’avoir seulement mis leurs sexes devant la bouche du malheureux et d’avoir baissé son pantalon pour tenter de le sodomiser (sans y parvenir) sous la menace d’un couteau. « Ce n’était pas un couteau, mais un stylo, a répondu le ‘‘sous-chef’’, et c’était pour lui faire une farce ! » Telle était d’ailleurs aussi la ligne de défense du caïd de la cellule, qui était apparemment le plus farceur de tous. « On pouvait lui raconter n’importe quoi, disait-il à propos de sa victime, il le croyait ! Il a dix ans d’âge mental. » Car le caïd connaissait sa victime depuis l’école et la savait un peu simple d’esprit. La présidente a fait remarquer ironiquement que c’était sans doute parce qu’il avait dix ans d’âge mental que ce dernier n’était pas capable de prendre pour de simples plaisanteries les intrusions de ses codétenus dans son lit, venus le réveiller au milieu de la nuit en lui baissant le pantalon, en le menaçant avec un couteau ou un stylo, ou en l’étranglant. « Vous qui le connaissiez, vous auriez dû prendre sa défense au lieu de le terroriser. » Mais le pauvre garçon a vécu dans une terreur permanente : le caïd, surtout, menaçait constamment de le battre, de le violer, ou de le faire violer par les autres prisonniers. Il exigeait de se faire masturber par lui. Il le frappait s’il faisait le moindre bruit, comme lorsqu’il descendait de son lit, faisant sans doute ainsi grincer les ressors du matelas. Le plus étonnant dans tout cela est que le caïd était le plus jeune de la cellule. Je crois qu’il n’avait pas vingt ans : même sa victime était un peu plus âgée que lui (les autres étaient des hommes faits). C’est un ‘‘jeune’’, comme on dit pudiquement, c’est-à -dire un arabe, qui avait réussi à imposer sa loi aux autres prisonniers. Je crois d’ailleurs savoir que les arabes ont souvent le plus grand mal à reconnaître leurs penchants homosexuels s’ils en ont. Je ne sais si c’est parce que son père était dans la salle, comme me l’a fait remarquer Phidippide, et qu’il ne voulait pas passer pour un pédé devant lui, mais il ne cessait de dire qu’il n’avait commis aucune atteinte sexuelle : il ne voulait se reconnaître coupable que de harcèlement sexuel, puisque, prétendait-il, il n’avait voulu faire que des farces à son codétenu. En aucun cas il ne serait réellement passé à l’acte, disait-il : « Je ne fais pas ça, moi, c’est… c’est sale, madame la présidente ! ». Non, lui, il n’avait fait que des menaces, pour plaisanter. C’était les autres prisonniers qui avaient fait ce qui était sale. Mon ami Phidippide défendait l’une de ces crapules : celui qui n’était que le second de la cellule. J’ai trouvé tout cela fascinant. Au fond, cette affaire tournait autour de mon fantasme absolu, c’est-à -dire le grand absent du procès, la victime, le faible, le diabétique, l’être simple et qu’il faut protéger, l’être pur, mais non pas innocent, puisque au moment des faits, il purgeait une peine de prison pour des violences ou des vols, je ne sais plus. Bref, ce grand absent qui me fascinait, c’était un autre Camille : encore et toujours lui ; un Camille idéal, puisque la victime étant absente du procès, je ne pouvais qu’en imaginer l’apparence. Je ne sais plus par quelle transition j’en suis venu à parler ensuite à Tirésias de la difficulté que j’avais à trouver mes marques dans ‘‘ma nouvelle vie’’, dont le rythme a profondément changé en peu de temps. Je n’arrive pas encore à organiser un emploi du temps qui me satisfasse pleinement. Ma vie ‘‘sociale’’ étant beaucoup plus remplie qu’autrefois, je me retrouve avec bien moins de temps pour m’adonner à mes anciennes activités. Au fond, je reste insatisfait de mes sorties, et c’est sans doute pourquoi je sors tellement. Je me suis souvenu d’un article que j’avais lu dans l’exemplaire d’une quelconque revue pour bonnes femmes, chez ma mère, et qui traitait des régimes alimentaires. Pour ne pas grossir, était-il écrit, il ne faut pas se resservir et pour ne pas éprouver le besoin de se resservir, il faut que les plats dont on se nourrit soient délicieux, afin d’en tirer tout le plaisir possible en une seule fois. Pleinement satisfait, on ne doit alors plus éprouver le besoin de courir encore après des plaisirs qui, décevants, finiraient nécessairement par engraisser le mangeur frustré de régal. C’est d’ailleurs ainsi que je procède moi-même pour maintenir mon poids sous les 56 kilos : je me suis mis à cuisiner pour rester mince. L’hiver, je commence par préparer du potage, pour me donner l’illusion d’être à moitié rassasié quand vient la suite, qui doit être bonne, mais de petite quantité (c’est elle que je passe du temps à cuisiner). L’été, des légumes remplacent le potage. Enfin, je prends des fruits pour dessert. Mes soirées, mes amis, mes beuveries sont médiocres : c’est pourquoi, paradoxalement, je cours après ces nouveaux plaisirs qui me laissent toujours insatisfait. Je cherche une satisfaction qui ne vient pas. Puis (par quelle autre transition ?) : j’ai dit que je me sentais vieillir. Mes rides autour des yeux. Heureusement que ma sœur me donne tous ces produits de beauté que je n’aurais pas les moyens de me procurer sans elle. Mais je vois bien que le combat que je mène contre le vieillissement de mon corps et le délabrement de mon apparence est perdu d’avance. Ce vieillissement m’éloigne chaque jour un peu plus des garçons plus jeunes que moi et qui ont ma préférence. Je sors davantage pour faire des rencontres et trouver quelqu’un à aimer. Mais sortir me fatigue et accélère donc le vieillissement de ma personne, ce qui me rend moins séduisant et réduit mes chances de trouver mon bonheur. Il y a sans doute encore un équilibre à atteindre, avant que d’être définitivement emporté dans la chute. Dans quel état serais-je donc aujourd’hui si je n’avais pas dormi si longtemps ? Encore une fois, il me semble que rien n’a été dit lors de cette séance.
00:43 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24/06/2009
Mardi 23 juin 2009
J’attendais désespérément des nouvelles de Camille, qui ne m’en a pas données depuis peut-être bien deux mois. Je voulais avoir une chance de lui montrer du dédain : ne pas décrocher le téléphone, s’il avait appelé ; ne pas répondre à son SMS, s’il m’en avait écrit ; ne pas aller à un rendez-vous qu’il m’aurait donné ; ne pas lui rendre un service qu’il m’aurait demandé. Ce fut chose faite cet après-midi. Mon ami Phidippide m’avait invité à venir l’écouter plaider tout à l’heure, dans une affaire en correctionnelle. Je ne l’ai hélas presque pas entendu, parce que j’ai dû m’absenter une grosse demi-heure, pour me rendre à ma dix-neuvième séance chez Tirésias, dont la maison est heureusement tout près du palais de justice. Phidippide concluait quand je suis revenu. Je ne sais donc toujours pas s’il est aussi talentueux que je voudrais croire mon futur avocat, si je dois recourir à ses services, au cas où l’on me jugerait pour les délits que j’ai moi-même commis et dont le pauvre Monsieur Véto, ce poète si délicat mais que j’ai maudit, fut l’innocente victime. L’autre jour, comme Phidippide se réjouissait d’avoir un nouveau client pour une ‘‘très grosse affaire’’ au pénal, j’ai dit tout à coup pour moi-même, mais à voix haute : « Tiens ! Ça me rappelle quelque chose… Est-ce que ce ne serait pas cette sordide affaire dans laquelle un sinistre individu aurait fait ceci et cela, mais dans le but unique et planifié longtemps à l’avance de parvenir à faire cette troisième chose, plus répugnante encore ? – Mais si ! Comment peux-tu donc avoir entendu parler de tout cela ? – Ne me croyais-tu donc pas, lorsque je te disais qu’Ascylte ne pouvait s’empêcher de parler au premier venu des expertises dont il était chargé par les juges, violant ainsi allègrement le secret de l’instruction ? Si vraiment tu ne me croyais pas : la preuve est maintenant faite de ma bonne foi. Tu n’auras qu’à regarder les noms des experts qui figurent au dossier et tu trouveras sûrement celui d’Ascylte », ce que m’a confirmé tout à l’heure Phidippide, qui a vérifié la chose. C’est sans doute le soir où je l’ai présenté à Tityre qu’Ascylte a parlé de cette affaire. C’est dire s’il est con, tout de même. Après la frayeur que je lui avais faite au sujet des rapports d’expertise qu’il m’avait fait lire en toute illégalité, il continue donc de se mettre hors la loi, et devant un témoin cette fois ! Cela dit, je ne suis pas beaucoup moins imprudent que lui, moi qui rapporte tout cela dans ce journal, pour le publier aussitôt !
02:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Monsieur Véto, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19/06/2009
Jeudi 18 juin 2009
La scigalomachie sera sans fin. Je ne puis y participer, trop occupé que je suis à mener d’autres assauts, moins sanglants, quoique toujours virils et souvent plus substantiellement enrichissants. Mais je suis surpris que Madame de Véhesse reproche à Juan Asensio son manque de professionnalisme lors de la préparation du numéro spécial de La Presse Littéraire consacré aux écrivains ‘‘infréquentables’’. Je me rappelle avoir été surpris à l’époque, moi aussi, d’apprendre qu’Asensio se retrouvait avec trop de textes pour le nombre total de pages prévues. J’avais donc écrit à Dominique Autié, pour lui demander s’il pensait que la faute en revenait à Juan Asensio. Dominique Autié m’avait répondu qu’Asensio s’était au contraire montré irréprochable. Or l’avis de Dominique Autié était pour moi parole d’évangile. Voici la lettre électronique que je lui avais envoyée : « Cher Dominique, vous avez reçu les dernières (mauvaises) nouvelles de Juan Asensio. Voilà que les textes pour le numéro des infréquentables sont trop nombreux et prennent trop de place, ce que j’ai un peu de mal à comprendre, puisque nous devions chacun nous limiter à un nombre bien précis de pages, justement pour entrer tous dans les 160 que doit compter le numéro. Je ne sais si de tels imprévus sont fréquents, mais ils sont d’autant plus fâcheux que je les imaginais très prévisibles et donc évitables. Mais peut-être que je me trompe. Vous qui êtes éditeur, vous devez savoir cela mieux que moi. A présent, c’est à chacun de dire s’il se sent prêt à se ‘‘sacrifier’’. J’aurais pourtant cru que c’était au rédacteur en chef que revenait cette tâche ingrate : être juste ou injuste, mais faire des choix. Je suis bien ennuyé et ne sais trop quoi répondre à Juan. Olivier Bruley. » Et voici la réponse que m’avait faite Dominique Autié : « Vous me saisissez par la manche… Vous savez mes habitudes de lève-tôt, ce qui implique de se coucher avec les poules (expression fâcheuse s’il en est, surtout si l’on tient à se reposer !) Que vous dire sans vous accabler d’un roman fleuve ? Je vais essayer de lister tout cela, en suivant le fil de vos questions : oui, techniquement, c’était parfaitement prévisible ; c’est même l’un des ‘‘devoirs’’ de base de l’éditeur que de le prévoir, de la façon la plus rigoureuse qui soit ; on apprend cela en BTS édition, c’est la tarte à la crème de l’exercice de base, cela se nomme le calibrage ; si on ne sait pas (ou ne veut pas) faire, il faut faire chauffeur routier ou biologiste au CNRS ; ce genre de déconvenue, quand elle est le fait de l’éditeur, si l’éditeur est un éditeur professionnel, est rarissime, pour ne pas dire extravagante ; (en revanche, qu’un auteur ou un directeur de volume chargé de rassembler les contributions de plusieurs auteurs apporte à l’éditeur un volume de texte du double, du triple, du quintuple du volume convenu est d’une grande banalité – mais ici, ce n’est pas le cas, semble-t-il : Juan a mené son affaire avec un rigorisme dont j’ai tous les moyens de mesurer la rareté, je vous assure ! (C’est moi qui souligne.) ; la formule que Juan propose, dans un premier temps (l’autodétermination, pour utiliser un vocabulaire gaullien), me semble adroite ; elle lui évite de faire frontalement le sale boulot, si tant est d’ailleurs qu’il soit si sale que cela… car… : par retour, dans les cinq minutes, je me suis porté candidat pour l’édition en ligne, à la condition stricte, tyrannique, expresse, que ce soit sur SON site et non sur celui de Joseph Vebret, pour qui je n’ai jamais éprouvé la moindre empathie (sa façon de prendre la pose de l’écrivain-éditeur est insupportable… n’est pas Gide qui veut ! Et il a proféré quelques énormités, sur Quignard notamment, qui le classent à mes yeux ; car (pour reprendre le fil), je suis pour ma part convaincu que mon texte sera dix fois plus diffusé (et sans doute lu) en étant publié dans La Zone que dans un magazine (avez-vous vu passer la bordée de critiques, souvent terribles, que Vebret a essuyée avec sa revue sur le cinéma ?) ; mon éditeur (editor) est Juan Asensio, qu’il soit aussi, pour le même texte, mon publisher lève, pour ma part, les réserves assez lourdes que je gardais pour moi concernant ‘‘l’éditeur’’, dont nous vérifions donc l’inexistence ou à peu près… Ai-je un peu contribué à éclairer vos questions fort légitimes, ou ai-je épaissi le doute et la perplexité ? C’est terrible comme le travail éditorial, qui est chose techniquement assez simple (l’art d’éditeur est un étrange composé de technique et d’art de vivre, mais pour la partie technique, je vous assure que ce n’est qu’une affaire de tête bien faite !), comme notre métier, donc, continue à bénéficier d’une exorbitante franchise qui n’est fondée que sur l’ignorance entretenue du lecteur (c’est une évidence) mais aussi des auteurs ! Quand je m’apprêtais à faire affaire avec un nouvel auteur, chez Privat, je commençais par prendre le temps de lui expliquer mon métier : ce que j’allais faire, ne pas faire, ce qu’il pourrait attendre voire exiger de moi, ce qu’il ne pourrait en aucun cas me reprocher de n’avoir pas fait. Autre chose : ne vous précipitez surtout pas pour répondre, si vous ne tranchez pas tout de suite. Vous pouvez simplement écrire demain à Juan que vous lui faites confiance, qu’il vous propose, lui, la solution à laquelle il songe pour vous. Ne doutez pas qu’il va y avoir de la foire d’empoigne, de la part de ceux, notamment, qui n’ont pas eu l’occasion de mesurer l’efficacité d’Internet et pour qui une publication traditionnelle reste synonyme de prestige (ce qui l’est à mes yeux, par principe mais aussi sous bénéfice d’inventaire). N’hésitez pas à me poser d’autres questions. Je vous remercie de la confiance que vous me témoignez en m’exposant vos interrogations. Que cette affaire ne vous pourrisse pas la nuit. Bien fidèlement à vous. Dominique Autié. » Si quelqu’un a donc manqué de professionnalisme, ce n’est apparemment pas Juan Asensio, du moins selon Dominique Autié, qui en avait beaucoup, lui, entre autres qualités. Je m’étais d’ailleurs empressé de suivre le conseil qu’il m’avait (tacitement) donné de me proposer pour être publié sur Internet plutôt que dans la revue. Car Dominique Autié était à mes yeux un exemple à suivre, qui me manque beaucoup aujourd’hui. Je pense sincèrement que ma vie aurait pris un autre tour, depuis un an, s’il n’était pas mort : parce que j’aurais eu honte de me montrer à Dominique Autié tel que je me montre dans ce journal, je me serais très probablement interdit de vivre certaines choses. J’aurais eu peur de le décevoir ou de me montrer indigne de l’amitié qu’il me témoignait.
01:11 Publié dans 2009, Dominique Autié, Journal, Juan Asensio | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dominique autié, juan asensio, valérie scigala, joseph vebret
18/06/2009
Mercredi 17 juin 2009
Heureusement que j’ai des lecteurs qui se sont donné pour devise quasi socratique de me connaître moi-même ! S’ils n’étaient pas là pour me relire, je me demande bien qui corrigerait mon portrait, lorsque je me laisse aller de bonne foi dans ce journal à me peindre meilleur que je ne suis, comme j’ai donc apparemment fait tout récemment en prétendant trouver que mon état s’était amélioré. Je ne puis aller mieux, m’a fait très justement remarquer un nouveau Monsieur Véto en puissance dont je tairai donc prudemment le nom, puisque j’ai bu comme un trou sans fond, lors du dîner que j’ai organisé la semaine dernière chez ma mère, au point d’avoir complètement effacé de ma mémoire plusieurs heures de la nuit, pendant lesquelles j’étais pourtant loin d’être endormi, m’a assuré Phidippide, entre les bras duquel j’ai passé lesdites heures, à lui montrer énormément d’affection, m’a-t-il dit, ce qui ne me ressemble guère. Si j’allais mieux, je ne boirais pas, me dit-on, c’est l’évidence ! Mais moi je prétends que c’est précisément parce que je ne bois pas que je ne tiens plus l’alcool et que quelques verres de vodka vidés cul sec m’anéantissent. En d’autres temps, ils seraient passés comme une lettre à la poste : mon amie Myriam, qui n’est pas la dernière, pourrait en témoigner. Mais mon lecteur a raison. Peut-être, en effet, ne vais-je pas tant mieux que cela. Hier ou avant-hier, je ne sais, n’ayant jamais eu la mémoire des dates, j’étais chez Tityre, où Phidippide nous a rejoints. Le parfait accord de ces deux sires apparemment si faits pour se rencontrer, leur mauvaise foi partagée, leur connivence, leur facétieuse entente contre moi, leur bêtise entièrement assumée, m’ont rendu leur conversation si pénible que j’ai encore une fois perdu patience : je les ai laissés entre eux, à la grande stupéfaction de Phidippide, auquel le fataliste Tityre s’est empressé d’expliquer mon caractère avant même que je sois sorti de la maison. « Il faut l’excuser, a-t-il dû lui dire, c’est un scorpion. Ce n’est pas sa faute, on n’y peut rien. » Car Tityre explique les êtres par les signes astraux ! C’est là toute sa psychologie ! Etre scorpion, selon lui, c’est n’être jamais maître de soi et vouloir constamment le devenir d’autrui (c’est être une femme, en somme, et il se trouve justement que j’ai grandi au milieu de femmes !). Je ne sais si c’est ainsi que sont en effet tous les scorpions, mais je dois reconnaître que c’est bien ainsi que, moi, je suis le plus souvent. J’aurais dû boire : l’alcool m’adoucit et me rend aimable. Cela dit, Phidippide et Tityre ont été bien heureux de se retrouver seuls, à ce que j’ai cru comprendre tout à l’heure, lors du coup de téléphone de ce dernier, car ils ont pu terminer en mon absence ce que ma présence avinée les avait empêché de commencer la semaine dernière. J’ai donc été tout excusé de mon petit éclat. L’étrange logique qu’a montrée Phidippide lors de l’interminable conversation qui m’a fait perdre patience, son refus de rien argumenter sérieusement, m’inquiètent tout de même un peu. Si, à cause de Monsieur Véto, je devais vraiment recourir aux services d’un avocat, je me demande si Phidippide serait bien apte à défendre ma cause d’ailleurs perdue d’avance ! Je ne sais comment, dans le courant de la conversation, nous en sommes venus à parler de viol. Phidippide nous a alors révélé qu’il avait pris l’habitude de garder pendant trois semaines au moins les préservatifs ou les mouchoirs dans lesquels avaient joui ses amants. C’était, disait-il, une précaution qu’il prenait, au cas où quelqu’un viendrait à lancer contre lui de fausses accusations de viol, comme il peut hélas arriver parfois. Il prétendait ainsi pouvoir démontrer que son accusateur avait joui, fait qui, dans sa logique, signifierait nécessairement le consentement du partenaire, ce qui, en soi, me paraît déjà douteux. Mais quand bien même cela prouverait effectivement son consentement à tel moment, en quoi donc cela le prouverait-il également à l’instant d’après ? Et d’ailleurs, comment dater l’éjaculat conservé ? Et si c’était possible, l’accusateur de mauvaise foi n’aurait qu’à prétendre avoir été violé à un autre moment ! Tout cela me paraît absurde. La seule chose que prouve la collection de Phidippide, à mon avis, c’est qu’il a d’étranges manies ! D’une certaine manière, elle l’accuserait elle aussi, parce qu’elle le rendrait suspect !
03:28 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Myriam, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16/06/2009
Lundi 15 juin 2009
Demain : dix-huitième séance chez Tirésias. Voici le compte rendu de la dix-septième, qui a eu lieu mardi 9 juin dernier. J’ai demandé à Tirésias s’il avait remarqué, comme moi, que j’avançais beaucoup moins vite depuis quelques semaines. (Car j’imagine que c’est de cela qu’il s’agit, que c’est cela qu’il faut : avancer…) Cela s’explique probablement par le fait qu’étant beaucoup moins atteint, sans doute d’ailleurs grâce à cette analyse, par ce que j’appelle ma phobie sociale, je mène une vie sociale, justement, beaucoup plus intense que naguère. La conséquence est que j’ai beaucoup moins de temps pour me retrouver seul avec moi et, donc, pour rechercher entre les séances les diverses associations qui pourraient en faire ensuite la matière. D’une manière générale, je me sens beaucoup mieux et, ressentant donc moins la nécessité d’‘‘avancer’’, je ne cherche pas non plus spécialement à faire ces associations censées me permettre d’aller encore plus loin. Paradoxalement : mieux je me trouve et moins je suis dans de bonnes dispositions pour faire en sorte d’aller mieux ! J’ai parlé des rêves faits dans les nuits du trois au quatre et du huit au neuf juin, que je vois bien qui ne sont pas sans rapport entre eux (dans l’un meurt Camille ; dans l’autre Nicandre ; les deux m’ont rejeté) mais que je peine à interpréter. Pour une fois, Tirésias a peut-être parlé plus que moi, en me donnant une interprétation possible, a-t-il précisé, de ces rêves. Dans l’un comme dans l’autre, il est important qu’un doute plane sur la réalité de la mort de mes amis. J’ai ce doute, parce que j’ai constamment peur d’être manipulé. C’est particulièrement frappant dans le premier rêve, où la pensée me vient que Camille a pu mettre sa mort en scène pour me faire chanter. Ce qui est plus frappant dans le second rêve, lors de l’enquête que je mène auprès de gens que manifestement j’importune, c’est ma crainte d’être rejeté, méprisé, abandonné. Rien donc que je ne sache déjà … Tirésias a conclu cette séance en m’exhortant à tenter de découvrir pourquoi j’allais mieux. Je n’en ai pas la moindre idée ! Au fond, rien n’a été dit lors de cette dix-septième séance.
03:38 Publié dans 2009, Camille, Journal, Nicandre, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13/06/2009
Vendredi 12 juin 2009
J’ai profité de l’absence de ma mère, qui est partie en vacances avec ses lesbiennes, pour organiser chez elle un petit dîner au bord de la piscine, où j’avais invité mes amis Osman, Phidippide qui, à cause de Monsieur Véto, sera peut-être bientôt mon avocat, et Tityre, qui s’est déjà trouvé un nouvel amant ‘‘attitré’’. (Mais comment fait-il donc ? Moi, il me semble avoir toujours été célibataire…) La soirée fut tellement arrosée que j’en ai oublié toute la fin. C’est Phidippide qui me l’a dit tout à l’heure, quand je suis passé chez lui pour lui rendre son maillot de bain et lui faire prendre des photos de mon dos, qui porte les traces de la chute que j’ai faite, peu de temps avant de sombrer dans le noir complet. Apparemment, j’aurais passé plusieurs heures dans ses bras, à me montrer très tendre avec lui, même si, m’a-t-il dit, je ne savais plus qui il était, à me laisser tripoter et rouler des pelles, et à tenir des propos complètement incohérents en réclamant la présence de Tityre, qui était reparti. J’ai tout oublié. A cause de moi, ce dernier, qui semblait s’intéresser beaucoup à Phidippide, et réciproquement, a dû rentrer sans lui, qui a préféré rester pour garder un œil sur moi en attendant que je recouvre un peu mes esprits : ce que j’ai fait en vomissant au pied d’un canapé, juste avant de me traîner jusqu’au lit le plus proche. La chienne Pélagie, que j’avais oublié de nourrir hier soir, a vraiment les façons d’une bête : elle a mangé ce matin tout ce que j’avais rendu cette nuit avant de me coucher. J’ai encore vomi toute la journée et j’arrivais à peine à me tenir debout, tant mes jambes tremblaient, ainsi que mes bras. Maintenant, je vais mieux. Tout cela, c’est à cause de l’eau un peu fraîche de la piscine. Pour me réchauffer, j’ai vidé cul sec trop de verres de vodka. Je suis resté si longtemps sans vivre que je tombe à présent dans l’excès inverse. Osman a pris quelques photos, où l’on me voit hélas fort peu vêtu, pour ne pas dire complètement nu, et sur lesquelles j’ai l’air d’être plein de vie. Je me demande s’il va les publier sur son Facebook.
02:19 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Osman, Pélagie, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10/06/2009
Mardi 9 juin 2009
Voici le rêve que j’ai fait cette nuit : J’apprends que Nicandre s’est tué à moto. Je veux savoir si ce n’est qu’une rumeur ou si c’est vrai. Je me rends d’abord à Saint-Sever, chez Chrysanthe, pour savoir s’il sait ce qu’il en est. Il est furieux de me voir arriver chez lui après dix heures et demie du soir, qui est, selon lui, l’heure après laquelle on ne peut plus venir chez quelqu’un à l’improviste. Il est pourtant loin d’être seul, mais avec sa petite amie et de nombreux amis : je sens bien qu’en réalité, s’il est furieux, c’est parce qu’il ne veut pas qu’on apprenne qu’il a couché avec moi. Je m’excuse et m’en vais. Je vais ensuite chez Alfred, l’ancien amant de ma sœur, où il y a foule. Les gens sont dans une conversation de haute tenue, à laquelle je ne me sens pas capable de prendre part. Je m’éclipse en m’excusant.
03:24 Publié dans 2009, Alfred, Chrysanthe, Journal, Ma soeur, Nicandre, Rêves | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06/06/2009
Vendredi 5 juin 2009
Rêvé, dans la nuit du 3 au 4 juin, que Camille était mort, ainsi que son père et sa sœur. Dans une lettre d’adieu, écrite avant son suicide, il parlerait d’une somme de quatre millions d’euros que je l’aurais dissuadé de toucher dans un héritage : j’aurais prétendu qu’on aurait pu l’accuser d’avoir détourné cet argent. Ayant renoncé à cet héritage, Camille se retrouve donc sans ressource à la mort (accidentelle ?) de son père et de sa sœur, et, se sentant seul au monde, il décide de se tuer. Quelqu’un, qui a lu la lettre de Camille, m’envoie des SMS anonymes pour me demander des comptes. Il m’accuse d’être responsable du suicide de Camille et me fait chanter en menaçant de dénoncer au monde ma responsabilité dans cette affaire. Désespoir d’avoir peut-être en effet une part de responsabilité. Je pleure. Puis je reprends espoir : peut-être toute cette histoire n’est-elle qu’un coup monté par Camille pour me faire chanter et me soutirer de l’argent, ce qui signifierait qu’il est en vie. Je me dis alors que Camille tient encore à avoir quelque chose de moi, même si c’est par ce moyen du chantage…
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05/06/2009
Jeudi 4 juin 2009
Ce soir, pour la première fois de ma vie, je me suis rendu seul au concert. J’ai toujours eu du mal à me rendre à ce genre d’événement même accompagné. Aussi le fait que j’y sois allé seul, c’est-à -dire, dans mon esprit, sans le soutien de personne, est-il le signe d’un grand changement, d’une grande amélioration de mon état. C’était à Peyrehorade, décidément « fatidique bourgade », où était donné le premier concert du quarantième festival dit des abbayes. J’étais même assis tout devant, au troisième rang. Il y avait donc des centaines de regards potentiellement braqués sur ma nuque, mais auxquels je ne pensais presque pas : j’écoutais la musique. Evidemment, je ne serais pas encore capable d’aller seul à ce qu’on appelle aussi des concerts, mais de musique populeuse, dont le public braillard et débraillé m’évoque celui des boîtes de nuit, qui sont pour moi le lieu où je me sens le moins à ma place, même s’il est vrai qu’il m’est devenu beaucoup moins pénible de m’y rendre depuis peu, évidemment accompagné et fortement alcoolisé. Mais quelle importance ? Pourquoi donc irais-je dans de tels ‘‘concerts’’, écouter de la musiquette, comme l’appelle le grand écrivain ?
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03/06/2009
Mercredi 3 juin 2009
C’est dans l’ordre des choses : mes pratiques ont généralement déjà beaucoup vécu. Non seulement elles ont connu bien des lits, mais il arrive aussi qu’elles soient déjà passées plusieurs fois sur le billard. C’était le cas de celle de ce matin, qui ne semblait pas arriver à jouir. J’avais beau l’astiquer, jusques à en avoir des crampes : rien ne venait. (Il est vrai que je ne suis pas du matin : peut-être cela s’en ressentait-il dans mon travail.) « Mais j’ai déjà joui », m’a-t-elle dit à la fin ! « Plaît-il ? Qu’est-ce à dire ? Comment donc est-ce possible ? Je n’ai rien vu s’écouler ni jaillir ! – C’est que j’ai joui intérieurement… – Ça par exemple ! Je ne me savais pas doué au point de faire jouir intérieurement de la queue. Par derrière, je veux bien le croire, mais par là ! – Mais non, tu n’y es pas. Je me suis fait opérer de la prostate, et maintenant, quand je jouis, ça s’écoule dans la vessie. – Ouah ! On ne m’avait jamais rien dit d’aussi romantique ! » Tityre vient de quitter son amant. Car il avait un amant régulier, à qui il avait plus ou moins juré fidélité, ce qui ne l’a d’ailleurs jamais empêché de se servir de moi au dessert, lorsqu’il m’invitait à dîner. Cet amant, qui vivait à plus de cent kilomètres et était alcoolique, d’après Tityre, ce qui doit vouloir dire qu’il boit vraiment énormément, car j’ai moi-même toujours pensé que Tityre était trop porté sur la bouteille (et pour qu’un grand buveur juge qu’un autre boit excessivement, il faut vraiment que cet autre écluse abondamment !), cet amant, disais-je donc, ne s’était pas caché, lors d’une visite de Tityre, de vouloir baiser d’autres garçon, un soir qu’ils étaient en boîte, comme on dit. Tityre l’ayant fort mal pris avait donc décidé de se séparer de cet amant indélicat, après tout de même plus de cinq années de vie commune à distance, si je puis dire ! Son ami Cléomédon voyant que Tityre hésitait à quitter tout à fait l’ivrogne lui a dit que c’était au contraire une excellente occasion que cette petite infidélité : « Il ne te reste qu’une dizaine d’années encore à vivre de belles choses, profites-en ! ». Tels furent les mots de Cléomédon, que Tityre m’a rapportés. Mais Tityre n’a qu’un peu plus de cinquante ans ! Tout ce qui m’arrive, tout ce que je vois, tout ce que j’entends me sont comme un interminable memento mori.
16:34 Publié dans 2009, Cléomédon, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29/05/2009
Jeudi 28 mai 2009
Je me demande si le texte qui suit la photo prise par Dominique Autié que Juan Asensio a publiée sur son blogue s’y trouvait déjà hier. Sur la page principale, il n’y a que la photo, suivie d’un lien menant au texte proprement dit. Mais je ne me rappelle pas avoir remarqué ce lien, hier après-midi, ce qui d’ailleurs ne signifie pas qu’il ne s’y trouvait pas. Peut-être le texte n’a-t-il été ajouté que dans un second temps, après que Juan Asensio eut donc remarqué que pas un, sauf lui, évidemment, n’avait eu de pensée pour Dominique Autié : pas un des blogueurs que ce dernier avait liés sur son blogue. Mais c’est faux. Il y a des semaines que je pensais à l’anniversaire de sa mort, que je me demandais bien comment évoquer. Je ne l’ai fait qu’en une phrase, certes lapidaire, mais qu’on ne peut donc pas me reprocher de ne pas avoir écrite. (Il est vrai qu’à strictement parler, je ne l’ai écrite, cette phrase, que le lendemain de la date anniversaire de la mort de Dominique Autié, mes journées, décalées, se prolongeant généralement jusque vers trois ou quatre heures du matin : c’est la nuit que je me mets à ce journal, après avoir vécu, ou tenté de vivre, ce qui me prend peut-être plus de temps qu’il faudrait mais à quoi je réussis chaque jour un peu mieux.) Au contraire, ce que je commence à me reprocher, moi, c’est justement de l’avoir écrite, cette phrase, tant elle me paraît déplacée, ainsi tournée, seule et froide, précédant la suite de ma prose habituelle et bavarde. Je ne voulais pas laisser passer cette date anniversaire sans écrire au moins un mot l’évoquant. Mais c’est évidemment un texte entier que j’aurais dû publier. En réalité, ce texte, j’ai commencé à l’écrire depuis longtemps. Oui, mais voilà … Pour tout dire, j’avais commencé à l’écrire avant la mort de Dominique Autié : il devait être consacré à mon Tireur d’épine et j’avais espéré le faire publier sur son blogue, comme une suite à mes Tu puer aeternus et Hic est locus patriae. Puis Dominique Autié est mort. J’ai continué à penser à ce texte, dont la nature a alors un peu changé dans mon esprit pour devenir un hommage au disparu. Mais je ne sais pourquoi je ne suis toujours pas parvenu à écrire vraiment ce texte. Peut-être est-ce parce que je l’ai commencé avant la mort de Dominique Autié, et dans le but de le faire publier par lui, chez lui, ce qui ne sera plus possible. Je l’avais conçu dans la perspective d’un plaisir partagé avec lui, comme pour les deux textes précédents. Mais après sa mort, l’idée de ce texte, même devenu un hommage à Dominique Autié, doit avoir pour moi quelque chose de déplacé. L’écrire, car je n’ai pas renoncé à le faire, ce sera un peu comme de me rendre à une fête où j’aurais prévu d’aller avec un être cher qui serait finalement dans l’incapacité de venir : dans ces cas-là , on ne peut s’empêcher de se sentir coupable de s’y rendre quand même, seul. C’est aussi faute de temps, je ne vais pas le cacher, que je n’ai pas encore écrit ce texte, et ce fait-là est loin de m’honorer, car j’aurais sans doute pu, j’aurais dû prendre le temps qu’il y fallait. Mais ce n’est probablement pas un hasard si Dominique Autié est mort au moment où je me suis mis à vivre. (J’avais l’intention, hier, de ‘‘m’arrêter de vivre’’, je veux dire l’intention d’arrêter le cours de ma vie pour une journée, le temps de cet anniversaire, pour me consacrer uniquement au souvenir de Dominique Autié. Mais l’appel de la vie, auquel je prends goût, a été le plus fort et mon désir d’aller au concert avec Osman, le soir, était trop grand. J’ai tout de même pris le temps d’écouter encore une fois l’enregistrement de la Présentation à Gargas de l’Homme-aux-liens et l’Ave Maria de Caccini, ce chant insoutenable, dit Dominique Autié de sa voix souveraine, dans le finale de son Récitatif à voix alternée, comme il l’appelle, dont nous sommes toujours, quatre siècles plus tard, les débiteurs et pour lequel Caccini aurait, autant que Bruno, mérité le bûcher.) Ce que je veux dire, par cette absence de hasard, c’est que la mort de Dominique Autié, et même l’annonce de sa maladie, qui m’ont beaucoup plus affecté que j’aurais cru, sont l’une des deux circonstances qui m’ont décidé à faire en sorte de vivre davantage. (Chaque jour m’apprend un peu plus que vivre, c’est perdre son temps.) Evidemment, pour l’instant, vivre davantage, pour moi, cela revient à faire des choses que, parfois, la morale réprouve. Je suis souvent tenté d’évoquer Dominique Autié, dans les pages de ce journal. Je me demande comment il me jugerait (mal sans doute (mais peut-être pas pour les raisons que je crois ni que mes lecteurs imaginent)). C’est pourquoi, la plupart du temps, je m’interdis de citer son nom : pour ne pas, en quelque sorte, salir sa mémoire de mes diverses élucubrations (n’entrons pas dans les détails, pour une fois). Pour le dire autrement, je crois que Dominique Autié était un homme d’une grande rigueur morale, et je ne suis pas tout à faire sûr que ce soit aussi mon cas… Je me fais souvent la réflexion, peut-être d’ailleurs à tort, que ma vie aurait pris un tout autre cours, si Dominique Autié était toujours de ce monde. Parce que je n’aurais pas aimé, par exemple, qu’il me voie me comporter comme j’ai fait avec le grotesque Monsieur Véto, c’est-à -dire si mal, il me faut bien le reconnaître, même si ma victime l’avait bien cherché, je ne me serais probablement jamais mis dans la situation de me faire convoquer par la police pour m’expliquer sur les injures à caractère homophobe (un comble, quand on connaît mes penchants !) dont je me suis rendu coupable ou sur cette prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite. Plus que le Dominique Autié blogueur, éditeur, écrivain, c’est le Dominique Autié lecteur de mon propre blogue qui me manque : il avait pris dans mon estime la place d’un père que je n’aurais pas voulu décevoir. Ses yeux me manquent, et la voix souveraine de sa Présentation à Gargas de l’Homme-aux-liens, dont voici les derniers mots, avant que ne commence l’Ave Maria de Caccini : « Jusque dans la solitude des écrans de nos ordinateurs, c’est à ce chant, parce qu’il cesse de se confondre à la rumeur, au bruit de fond que fait l’homme sur la planète, serait-ce pour prier, c’est à ces mains, parce qu’elles sont déjà singulières, que chacun de nous peut délier pour lui-même les liens qui le lient. Nous, hommes liés de 2006, aux yeux de cristaux liquides, éclairons, ce soir, la grande paroi des mains, d’un brandon de ciel embrasé au-dessus du bûcher de Bruno. Debout, face aux mains singulières de l’homme souverain. Pour saluer, qui sait encore, bénir, le geste de Gargas, l’Homme-aux-liens, l’halluciné de l’écran muet, se relève, se décourbe. Dans la nuit redoublée du temps, l’étincelle de sa voix allume l’immense brasier du Verbe. »
03:59 Publié dans 2009, Dominique Autié, Journal, Juan Asensio, Monsieur Véto, Osman | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28/05/2009
Mercredi 27 mai 2009
Il y a un an que Dominique Autié est mort. Hier soir, rencontre de Dioclès et dîner avec lui. C’est un Internaute avec qui je chatte depuis longtemps. Il est revenu vivre un mois chez ses parents, à Mont-de-Marsan, en attendant de partir pour le Nouveau Monde, en juin. Nous avons profité de sa présence ici pour nous voir. Il était curieux du nom que je lui donnerais dans ce journal et se demandait d’ailleurs suivant quel système je nommais mes personnages. La vérité est que je n’ai pas vraiment de système. Souvent, mais non pas toujours, j’essaie de donner aux faux noms les mêmes initiales qu’aux vrais. Parfois, mais assez rarement, finalement, je joue sur les étymologies. D’autres fois encore, je ne fais que garder, s’il me plaît, le nom qui m’est venu à l’esprit, comme c’est par exemple le cas ce soir, pour Dioclès. En ce moment, je vais régulièrement chercher de nouvelles idées de noms dans le Dictionnaire des Précieuses. Ainsi, c’est pour sa passion du théâtre que j’ai donné le sien à Cléocrite, qui est celui que porte Corneille dans ce dictionnaire. Puisque j’en suis à parler des noms qui ont cours dans ce journal, je tiens à rassurer mes lecteurs, et plus particulièrement un, qui était membre du site de pédés habituel, mais qui s’est fait apparemment renvoyer par le Webmestre, pour une raison qui m’échappe : j’ai bien toujours l’intention de créer un index des noms, pour aider les paresseux dans leur lecture. Mais n’étant pas moi-même un bien grand courageux, je n’ai pas encore trouvé l’énergie nécessaire à la création d’un tel index. Patience, donc. Osman m’a accompagné ce soir à l’église de Saint-Médard où était donné un concert de musique ancienne (celle de la Renaissance est ma préférée). Pensée pour don Esteban pendant l’interprétation des cantiques du Livre Vermeil de Montserrat. J’ai enfin pris le temps de lire les lettres prêtées par Sophronie, que je lui avais écrites lorsque j’étais adolescent. Celle-ci m’avait dit, en me reparlant de ces lettres, qu’elle s’était régalée d’y retrouver complètement le garçon qu’elle avait connu au lycée. Quant à moi, je ne m’y retrouve pas du tout ! Je suis atterré par la lecture que je viens de faire et j’ai vraiment peine à croire que le garçon prétentieux et détestable, obsessionnel et prodigieusement bête, qui a écrit ces torchons, c’est moi. Je ne me rappelais pas que j’avais été si soucieux de mes études, si inquiet de ma réussite scolaire, ce qui ne fut plus du tout le cas par la suite, une fois le lycée terminé. J’avais oublié presque tout ce dont il est question dans ces lettres, qui sont donc un précieux document sur les débuts de ma névrose. Elles sont d’abord un petit roman, je veux dire : le roman de Julien, dont je parle beaucoup. J’y apprends par exemple que je l’avais fait naître un 23 mars (soit la veille de l’anniversaire de ma sœur Laura) ; que je le faisais mourir un 26 février et que je faisais remonter notre rencontre à un 24 août. Je parle également dans ces lettres d’une amie censée avoir occupé dans mon cœur autant de place que Sophronie ou Anja, qui faisait apparemment de la danse, et dont je ne garde absolument aucun souvenir. Par contre, je me suis souvenu, grâce à cette lecture, des scarifications que je me faisais aux poignets et qui m’étaient complètement sorties de la tête. Dans ces lettres, je parlais énormément de suicide : de celui de Julien, mais aussi du mien, dont je n’avais pas le courage. « Si je dois me suicider, écrivais-je par exemple, ce ne sera pas par les veines. » (Cela dit, à moins que ma mémoire ne m’abuse, il me semble ne jamais avoir réellement été tenté par le suicide. Je parlais du suicide, sans du tout l’envisager sérieusement : c’était encore du roman. Mais il y a pire encore : j’allais jusqu’à exhorter Sophronie à mettre fin à ses jours, à ‘‘partir’’, comme j’écrivais, non seulement elle, mais aussi son jeune amant de l’époque, qui est devenu depuis son mari et le père de ses enfants, dont un garçonnet de trois ans et demie à peine, mais d’une grâce et d’une intelligence incroyables. Dès cette époque, la pensée de mon propre sang, de mes veines et de mon pouls me tourmentait. Je rapporte ainsi cette anecdote, dont je me souviens très bien, maintenant que je l’ai relue : « Parfois, à mon cours de piano, quand mon professeur me tient le poignet pour me faire battre la mesure, je suis pris d’un rire nerveux et de bouffées de chaleur qui ne s’arrêtent plus. » Il m’était très pénible de me faire ausculter par le médecin, dont les palpations me faisaient perdre toute maîtrise de moi. Encore aujourd’hui, je déteste me faire prendre la tension : j’ai l’impression que mes artères vont éclater. Avais-je dit que Phédon, lorsqu’il m’avait embrassé dans les commodités de la discothèque, avait exercé une succion sur ma lèvre inférieure qui avait failli me faire évanouir ? C’était comme s’il m’avait pris la tension ! Comme s’il m’avait ouvert les veines ! C’était un vampire qui me suçait le sang. L’écrire me donne encore des suées. Assurément, il y aurait dans ces lettres de quoi nourrir plusieurs séances chez Tirésias ! (J’y ai par exemple trouvé une formulation, à propos de Julien, très proche de ce que j’ai pu dire plus récemment au sujet de Camille. J’avais en effet écrit à Sophronie que Julien était mon enfant, mais aussi mon père, et mon frère.)
03:52 Publié dans 2009, Anja, Camille, Cléocrite, Dioclès, Dominique Autié, Don Esteban, Journal, Julien, Osman, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26/05/2009
Lundi 25 mai 2009
J’ai sans doute trop tardé à rendre compte de ma quatorzième séance chez Tirésias, qui a eu lieu mardi dernier. Ce sera demain la quinzième, déjà . Ce n’est pas la première fois que je tarde à consigner dans ce journal ce qui se dit lors de mes séances sur le divan. Au début, si je remettais toujours au lendemain ce petit devoir que je me suis fixé de tenir à jour la chronique de mon analyse, c’est parce qu’il m’était pénible de faire une seconde fois ces sortes d’aveux qui touchent souvent à des choses qui me sont très personnelles. Il est parfois plus difficile de soutenir le propre regard qu’on a sur soi que celui qu’y porte autrui. J’ai souvent le même déplaisir (mais il y a dans ce déplaisir un plaisir ambigu) à écrire ces rapports sur mon analyse qu’à scruter dans le miroir l’apparition de nouvelles rides sur mon visage, au coin de mes yeux, encore si imperceptibles que je ne sais jamais si elles viennent tout juste de s’ajouter aux autres ou si elles étaient là depuis longtemps déjà . Je ressens, avant de me mettre à cet ordinateur pour faire la relation de la dernière séance chez mon analyste, la même angoisse, mais le mot est sans doute trop fort, disons la même inquiétude qu’avant de vérifier que n’ont pas poussé pendant la nuit d’autres de ces taches qui m’étaient venues juste après avoir failli baiser avec Phédon, qui est noir, et qui m’avait littéralement donné la nausée (je n’en reviens pas moi-même d’être ainsi fait (ou contrefait) qu’il me faille écrire de telles choses sur mes relations avec des Noirs !). C’est aussi ce genre d’inquiétude que j’ai avant de me peser et que je sais, pour avoir trop bu ou trop mangé dans la semaine, que le cadran de la balance indiquera un kilo de trop. Un kilo, sur un total de cinquante-six, ce n’est presque rien, bien sûr, et la silhouette ne s’en trouve pas changée du tout. Pourtant, ce petit rien, ce seul kilo devient obsédant, tellement qu’à lui seul, il semble peser plus lourd que les cinquante-cinq autres ! On n’est pas loin de ne plus songer qu’à ce kilo, qui est le signe écrit, la preuve qu’on a changé, qu’on a grossi, et que le risque est donc là , kilos après kilos, de devenir obèse. L’indication d’un simple kilo en trop fait prendre conscience de quelque chose qu’on ne voyait pas ni ne ressentait. Il n’y a donc pas de raison, après cette prise de conscience, de le voir davantage, ce kilo supplémentaire qui ne change rien à la silhouette. Et pourtant, on ne peut plus s’empêcher de le garder à l’esprit, il devient une gêne, petite mais constante. Ce dont je suis censé prendre conscience grâce aux libres associations que je fais au cours de mon analyse a de semblables conséquences. Je découvre des choses qui étaient invisibles, auxquelles j’ai du mal à croire moi-même et que je ne parviens pas à ressentir, à éprouver (même si je dois bien admettre que c’est à cause d’elles, précisément, que mes sentiments sont tels qu’ils sont). La découverte de ces choses ne me semble donc changer absolument rien en moi. Pour reprendre l’image de la pesée, ma silhouette est inchangée : mon caractère, mes qualités, mes défauts, ma pente, ont l’air d’être rigoureusement les mêmes. Et pourtant, Cyrille, l’ami de ma sœur, et certains lecteurs de ce blogue me disent qu’à leurs yeux, j’ai déjà changé, en deux ou trois mois d’analyse seulement. Et de fait, j’ai moi-même constaté en moi une espèce de meilleure humeur générale, mais sans parvenir à lier résolument cette amélioration à mon analyse. Je l’y lie parce que j’ai commencé cette analyse précisément dans le but d’aller mieux, mais, à strictement parler, je n’arrive pas à faire le lien, justement. Je ne vois pas plus de rapport entre mon amélioration et mon analyse que, par exemple, entre les marées et la lune. L’influence de mon analyse sur mon humeur m’est aussi imperceptible que l’attraction de la lune sur les océans. Je sais qu’elles existent, mais il m’est impossible de les éprouver. C’est comme si la prise de conscience, qui me semble d’ailleurs souvent toute relative, avait pour conséquence des changements inconscients à leur tour ! Il se passe quelque chose qui échappe à mon contrôle, alors même que c’est pour garder ou reprendre le contrôle de ma vie que j’ai décidé de faire cette psychanalyse ! Les relations dans ce journal de mes séances chez Tirésias sont comme le kilo de trop qui s’affiche sur le cadran de la balance. Il y a une part de moi qui me dit qu’il serait bien plus simple de ne pas me peser. Sans pesée, je n’aurais pas connaissance de ce kilo supplémentaire, qui n’existe pas vraiment, puisqu’il ne change rien à la vision que j’ai de ma silhouette, mais qui est pourtant d’un poids infiniment supérieur aux cinquante-cinq autres kilos, puisqu’il est le signe inquiétant que je change sans le voir, sans l’éprouver, et presque sans le savoir, n’était l’indication de la balance. Savoir, ou avoir conscience, c’est ici bien différent d’avoir le sentiment, ou d’avoir l’impression, la sensation. La balance m’indique que je change malgré moi, ou plutôt, sans moi, en mon absence ! Sentiment fort désagréable qui m’a donc fait souvent, disais-je, remettre au dernier moment la rédaction du compte rendu des séances chez Tirésias. Mais depuis quelques semaines, il me semble qu’il y a une autre raison à ces ajournements. Lors des deux ou trois dernières séances, j’ai l’impression de n’avoir dit que des choses dépourvues du moindre intérêt, même pour moi ! C’est plutôt parce que je trouve désormais la relation de ces séances d’un grand ennui que je répugne tant à la faire ! Que j’en sois pour l’instant à trouver tout cela sans intérêt ne signifie pas que Tirésias ne parvienne pas à me faire dire, comme lors de cette quatorzième séance, des choses qui me sont très pénibles. Mais preuve qu’il ne se passe décidément rien de nouveau, en ce moment, dans cette analyse : ces choses si pénibles, cette fois, il ne me les a pas fait dire, à strictement parler, mais répéter. Je les lui avais déjà dites lors de la énième séance ! Mais, je m’en avise à présent : non, c’est lui, cette fois, qui a formulé les choses à ma place, plutôt que vraiment moi : je me suis contenté d’acquiescer, furieux d’avoir à revenir sur des choses que j’avais dites dès le début de cette analyse, précisément pour ne plus avoir à les dire. Tout cela (je n’en dirai pas plus) est pour moi tellement indicible qu’il y a des mots que je ne peux absolument pas prononcer, même pour dire des choses tout autres ! Je me demande d’ailleurs si je les avais vraiment prononcés devant Tirésias, ces mots, je ne sais plus lors de quelle séance, l’une des premières, comme j’ai dit. Sans doute m’étais-je perdu dans d’interminables circonvolutions et c’est plus vraisemblablement Tirésias qui avait reformulé tout cela en une phrase, probablement assez courte, d’ailleurs. Ce sentiment que j’ai de m’ennuyer lors de ces dernières séances est peut-être la conséquence d’un sursaut du refoulement. J’imagine que c’est pour combattre ce refoulement que Tirésias m’a forcé à revenir sur des choses dont je ne veux pas parler. J’avais d’ailleurs prévu, pour cette séance, de parler de tout autre chose, de choses sans grand intérêt, donc. Voici ce que j’ai eu le temps de dire d’inintéressant, tout de même, avant que la séance n’échappe complètement à mon contrôle : Sophronie, une amie du lycée, a retrouvé ma trace, grâce à un site d’anciens élèves, sur Internet. Elle m’a dit, dans son courriel, qu’elle avait voulu reprendre contact avec moi après avoir retrouvé dans sa chambre de jeune fille les nombreuses lettres que je lui avais écrites. Il y a des pans entiers de ma vie que j’ai totalement oubliés. Je ne me souvenais plus du toute de cette correspondance. Ce n’est pas seulement le contenu de cette correspondance, que j’avais oublié, mais l’existence même d’une correspondance échangée avec elle. Depuis cette quatorzième séance, j’ai revu Sophronie, qui m’a prêté ces lettres, que je n’ai d’ailleurs pas encore pris le temps de lire (encore un ajournement qui, probablement, n’est pas sans rapport avec le refoulement), mais dont j’ai bien reconnu le papier ! La meilleure amie de Sophronie n’est autre qu’Hermione, l’une de mes petites amoureuses de l’école primaire, celle qui, sans doute, succéda immédiatement à « Florence, ma seconde ». Je me rappelais que nous avions été camarades de classe, Hermione et moi, mais j’avais complètement oublié que nous avions également pris des cours de piano ensemble. Sophronie m’a dit qu’Hermione se souvenait de moi comme d’un enfant qui inventait des contes de fées à faire pâlir de jalousie les Perrault et autres Andersen ! Lorsque j’étais en terminale, un certain Cléocrite, qui avait la passion du théâtre, était tombé amoureux de moi. Il m’avait écrit une lettre, lui aussi, dans laquelle il me déclarait sa flamme, mais comme il ne connaissait pas mon adresse, il avait demandé à la conseillère principale d’éducation de me la transmettre ! J’ai perdu cette lettre, comme d’ailleurs celles de Sophronie. Le pauvre Cléocrite ne pouvait pas tenter de m’aborder à plus mauvais moment ! L’année de terminale fut pour moi l’une des pires de ma vie, durant laquelle ma phobie sociale a atteint l’un de ses paroxysmes. Je n’ai donc jamais répondu à Cléocrite, mais ai beaucoup souffert d’avoir à passer tous les jours, pour me rendre aux cours de philosophie, non seulement devant lui, mais encore devant tous ses camarades de classes, à qui il ne faisait pas mystère de son homosexualité ni des vues qu’il avait sur moi. Je ne pouvais m’empêcher de penser que tout ce petit monde me dévisageait pendant toute ma traversée du couloir, fort long, qu’il me fallait emprunter pour me rendre en classe de philosophie qui, bien sûr, se trouvait tout au bout. Ce n’est pas parce que j’avais honte d’être homosexuel, comme me l’a demandé Tirésias, que j’avais peur d’aborder Cléocrite ou de me laisser aborder par lui (pas consciemment du moins ; quant à savoir ce qui se passait alors dans mon inconscient ! Mystère !) ; c’est parce que je ne supportais pas d’être regardé et que, bien sûr, un abordage n’aurait pas manqué de jeter sur moi tous les yeux, ne serait-ce que ceux des camarades de Cléocrite, dont il me semblait déjà surprendre constamment des regards réprobateurs (à eux inspirés, selon mon délire du moment, soit par ma pédérastie manifeste (car je n’étais pas bien viril à l’époque, ce qui suffit généralement à faire un pédé, au moins de réputation), soit par mon indifférence, qui causait beaucoup de peine au garçon qui s’était épris de moi, et qui était fort aimé dans sa classe). C’était déjà bien assez pénible, pour moi, de devoir subir les regards implorants de Cléocrite, qui semblait vouloir me dire en pensée : « Regarde-moi, Olivier ! Je suis le garçon qui t’a écrit cette lettre d’amour ! Tu me dois bien donner cet amour en retour, puisque tu es manifestement pédé, toi aussi ! ». Et la pensée m’était insupportable de la vraisemblable nouveauté des regards qu’en cas d’abordage, tous les autres auraient portés sur moi et que j’imaginais devoir se dire : « Ah ! Quand même ! Il se décide enfin à répondre à notre Cléocrite, ce petit pédé qui regarde tout le monde de haut ! » Car à cette époque, je n’avais pas le courage ni la force de regarder les gens dans les yeux : aussi les regardais-je généralement au-dessus de la tête, s’ils venaient me parler, faiblesse qu’on prenait généralement pour de la superbe, ce qui, d’ailleurs n’a jamais vraiment changé depuis lors ! J’étais complètement aliéné ! J’étais l’esclave du regard insensé que je portais sur les regards qu’il arrivait inévitablement qu’on portât sur moi ! Je vivais un cauchemar éveillé. J’étais en enfer et, donc, assez peu disposé à l’amour. C’est pourtant sans doute ce qui aurait pu me sauver. Quand je repense à Cléocrite, je ne puis m’empêcher de croire que tout aurait été différent, si je l’avais laissé entrer dans ma vie et m’aimer. J’aurais trouvé en lui un soutien dans cette épreuve qu’étaient pour moi tous ces regards insoutenables, ces averses d’yeux dont je me sentais littéralement lapidé ; car, paradoxalement, c’est d’un regard qu’on a besoin, dans ces sortes de phobies, pour se protéger des regards. Grâce à l’aide de Cléocrite, j’aurais sans doute abordé différemment la vie ; j’aurais probablement vécu autrement : j’aurais vécu, tout simplement, ce qui, pour l’instant, n’a jamais été vraiment le cas. Parfois je cherche la trace de Cléocrite en tapant son nom dans Google. C’est ainsi que j’ai appris qu’il était devenu comédien et metteur en scène. Sans doute est-il heureux, ce qui, peut-être, n’aurait pas été possible, s’il était tombé dans ma vie. C’est quand j’ai dit que l’année de terminale avait été pour moi l’une des pires de ma vie que Tirésias a pris le contrôle de la séance pour me faire parler de ce que je ne peux pas dire. « Pourquoi ? », m’a-t-il demandé, et de fil en aiguille… J’avais tout de même eu le temps de lui dire qu’il m’était également resté de cette terrible époque de paralysie un grand respect, une grande crainte de l’autorité. Quand j’étais enfant, ma mère, cette usurpatrice de l’autorité de mon père, me façonnait de ses paroles de femme, comme le Verbe qu’il y avait au commencement, comme Dieu créant le monde en le disant. Il avait fallu, par exemple, lorsque j’avais une dizaine d’années et qu’elle venait de me faire changer de coiffure, qu’elle me dise qu’elle préférait que les cheveux sur mes tempes tiennent derrière mes oreilles, pour que je fusse pris d’une espèce de TOC, qui me faisait passer constamment mes mains dans les cheveux, pour les passer derrière les oreilles, comme le voulait ma mère. C’est probablement à cause de ce geste éminemment viril que les autres enfants de l’école se sont mis à me traiter de tapette ! Merci maman ! Tirésias m’a dit que j’étais donc, encore aujourd’hui, complètement à la merci de la volonté d’autrui, comme, par exemple, lors de mon récent enlèvement des Sabines pendant Phédon ! Il m’a dit la même chose qu’Ascylte à propos de Camille : « Vous ne savez pas dire non ! ». Cette vérité surprendra mes lecteurs qui, à force de lire ce journal, où je suis le seul maître, doivent me prêter beaucoup de volonté. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, lorsque je recherchais des plans et que je tombais sur quelqu’un qui n’était pas à mon goût, que je trouvais trop vieux, trop gros, trop sale, que sais-je encore, je n’osais pas le renvoyer ou m’en aller sans avoir baisé avec lui : j’avais peur de me comporter mal en coupant court, de ne pas faire ce qu’il fallait ! En réalité, j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Par exemple, lorsque j’étais encore étudiant à Bordeaux, j’ai baisé une fois avec un garçon qui était beau, mais qui vivait manifestement dans la rue et puait comme clochard. J’avais l’estomac tellement retourné que j’ai failli lui vomir dessus. Et je m’étouffais à moitié, parce que l’odeur de ses pieds était tellement épouvantable que je devais m’interdire de respirer par le nez pendant que je lui suçais la queue ! J’aurais pu lui demander d’aller se doucher, m’objectera-t-on… Mais non ! Je ne le pouvais pas, parce que ç’aurait été manquer de savoir vivre ! J’ai écrit que j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Il serait plus juste de dire qu’il y a des volontés auxquelles je me soumets entièrement. Car c’est sans doute à l’époque où je me forçais à baiser avec ce puant SDF que je faisais, de la Poupotte, ou la Glotte, comme je l’avais appelée, ma tête de Turc, tout à fait volontairement, et précisément parce que je la trouvais malodorante et sale. C’est elle, l’héroïne du « grossier méchant conte » que j’avais imaginé pour l’anniversaire de mon amie Laurence. J’inventais souvent des phrases dont la Poupotte était le sujet et qui faisaient beaucoup rire Myriam et Laurence, qui en inventaient d’ailleurs elles aussi : « Glotte en bas-résilles : rôti prêt à cuir ! », « Savez-vous pourquoi Glotte à les yeux qui brillent ? Parce qu’elle est si grosse que son godemiché, c’est le Phare des Baleines ! », « Quand la Glotte a ses règles, ce n’est pas des tampons qu’il lui faut acheter, mais des rouleaux de Sopalin ! ». Car je disais les noms des marques, dans mes beaux discours d’alors. C’est dire si j’étais tombé bas. Finalement, l’ordurière inspiration qui me faisait m’en prendre à la Glotte n’était pas bien différente de celle qui m’a fait imaginer les injures adressées à Monsieur Véto. Peut-être cette veine-là de mon inspiration est-elle un symptôme, elle aussi. Sans doute d’ailleurs ne faut-il pas être un bien fin psychologue pour comprendre que, probablement, la facilité avec laquelle j’injurie les Glotte et les Messieurs Véto et celle avec laquelle je subis l’injure de certains hommes sont les deux extrémités d’un même nœud que je suis apparemment encore bien loin d’avoir défait.
04:40 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cléocrite, Cyrille, Florence P***, Hermione, Journal, La Glotte, Laurence, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Myriam, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19/05/2009
Lundi 18 mai 2009
J’apprends à l’instant que Guillaume Cingal est accusé de violences contre un policier. Je n’ai rencontré cet homme qu’une fois, en avril 2007, chez Jean-Paul Marcheschi, et c’est à peine si je lui ai parlé, mais je ne crois pas beaucoup m’avancer en disant que Guillaume Cingal ne peut être soupçonné de la moindre violence. Le texte de la pétition de soutien à Cingal, que j’invite mes lecteurs à signer eux aussi, relate dans quelles circonstances ce pacifique universitaire s’est retrouvé accusé de violences dont il est manifestement innocent. Voilà qui me fait relativiser, comme on dit, mes propres démêlés avec la justice ! Et puis moi, au moins, je suis coupable ! Enfin : coupable des injures proférées à l’encontre de Monsieur Véto, et non pas de l’apologie qu’on prétend que j’aurais faite de la prostitution. Ce sera demain mon quatorzième rendez-vous chez Tirésias. Mais je n’avais pas encore parlé de la treizième séance (jeudi dernier) dans ce journal. Contrairement à mon habitude, je n’avais pas beaucoup ‘‘préparé’’ cette séance pendant la semaine qui la précédait. Je n’ai pas été aussi ‘‘ouvert’’, pour parler comme Tirésias, aux associations que j’aurais pu faire autrement. « Ce n’est pas grave, m’a répondu le psychanalyste, vous allez faire maintenant, devant moi, ces associations. » Le personnage d’Effy dans la série télévisée intitulée Skins, que je regarde sur Internet, en streaming. Sa grande beauté, que je trouve envoûtante, et à laquelle je suis particulièrement sensible. Ce personnage me fait penser à ma sœur Laura, très soucieuse de son apparence, elle aussi. Peut-être même est-elle un peu superficielle, mais je me rends compte que je ne la connais pas assez pour pouvoir en juger. Leur maquillage. (Je crois que Laura aime aussi cette série télévisée. Sur MSN, à côté de son pseudo, il y a écrit : Skins.) Peut-être m’a-t-il manqué de vivre près d’elle. J’ai longtemps trouvé Julie, mon autre sœur, très belle, elle aussi. Mais moins depuis quelque temps. Je trouve qu’elle devient vulgaire. Je n’aime pas ses manières ni son rire. Je ne sais si c’est lié au fait qu’elle soit avec Cyrille, qui me fait plutôt mauvaise impression. Julie ressemble de plus en plus à mon père. Je regrette d’avoir dit si ouvertement à ma sœur la mauvaise opinion que j’avais de Cyrille. Lors d’une conversation un peu tendue entre elle, ma mère et moi, blessée, elle m’en a fait le tacite reproche ; tacite, parce que Cyrille assistait à la conversation. C’est à cause de la tension qu’il y avait à ce moment-là qu’elle s’est laissée aller à faire à demi-mot cet aveu. Autrement, si elle avait gardé son sang froid, elle n’aurait rien dit et l’aurait gardé pour elle. Ça m’est particulièrement déplaisant, parce que, d’habitude, c’est à ma mère, à qui je ressemble décidément beaucoup, qu’on cache les choses, pour ne pas avoir à subir son silence et son regard réprobateurs et méprisants. Tirésias m’a demandé si j’aimais mes sœurs. Je lui ai répondu que je n’étais pas quelqu’un de très aimant. Mon attachement à elles est d’un autre ordre. Avec Julie, qui a grandi près de moi, c’est le sentiment de possession, mon espèce de droit d’aînesse, qui me tient lieu d’amour. Avec Laura, c’est la fierté que m’inspire sa beauté. Je regrette qu’elle n’ait pas grandi elle aussi près de moi : ç’aurait flatté mon amour propre. J’aurais pu dire au monde : « Voyez le beau patrimoine génétique que nous avons en commun, elle et moi ! » J’avais couché, deux jours avant cette séance, avec un garçon qui se trouve être le fils de voisins de ma mère. Il m’a dit qu’à l’époque où nous étions adolescents, lorsqu’il vivait chez ses parents et ma sœur et moi chez notre mère, il rêvait de coucher avec Julie, mais aussi avec moi. (Inceste ?) Il m’est désagréable que les garçons avec lesquels je couche se connaissent tous. Sentiment d’enfermement. Où que j’aille, je retombe toujours au même endroit. Il n’y a qu’un même et unique réseau de personnes, surtout dans le milieu homosexuel, et tout particulièrement dans une petite ville comme Mont-de-Marsan. Tout se sait. Le garçon qui est le fils de voisin de ma mère connaît Phédon, par exemple, ce Noir avec qui j’ai couché il y a une quinzaine de jours, et avec qui il avait lui-même couché, un mois plus tôt. Quant à Damis, que je suis retourné voir l’autre nuit dans sa boulangerie, il connaît l’ami de ma sœur, avec qui il avait sympathisé du temps que celui-ci était serveur dans le bar de cet homosexuel qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir le bruit que j’allais faire la pute à Toulouse, ce qui est entièrement faux. Je pourrais multiplier les exemples. (Damis et moi sommes tombés d’accord sur le fait que nous ne nous étions pas connus au bon moment. J’aurais dû le rencontrer deux ans plus tôt, quand il était encore mince ; et lui aurait dû faire ma connaissance dans dix ans : quand j’aurai terminé mon analyse ! Alors nous aurions pu nous aimer. Ça s’est joué à peu de choses, finalement : douze années seulement !) « Pourquoi le fait que tout le monde connaisse tout le monde vous dérange-t-il tant ? », m’a demandé Tirésias. Je ne suis pas sûr de le savoir même. Je n’aime pas ce que cette réalité implique, c’est-à -dire que tout se sache, que tout soit répété, qu’il ne soit pas possible de voir ses secrets gardés. « C’est encore le regard des autres, ce regard qui vous est toujours si pénible et qui vous angoisse tant. – Non, ce n’est pas de l’angoisse, que j’éprouve ici, ce n’est pas la peur d’être regardé comme je peux la ressentir dans la rue, dans les bars, dans les discothèques. C’est plutôt de la déception. Je trouve décevant que tous ces gens trahissent si naturellement tant de secrets. Mais si je dois être honnête, il me faut bien reconnaître que je suis affligé du même vice : moi non plus je ne garde pas les secrets, qu’on dirait n’avoir été inventés que pour être trahis. » Puis je suis revenu sur le mensonge que j’avais fait plus tôt au sujet du bruit qu’avait fait courir ce patron de bar sur le fait que j’irais me prostituer à Toulouse. « En fait, je ne vous ai pas tout dit, ai-je avoué à Tirésias. – Vraiment ? Dites-moi donc ce que vous ne m’avez pas dit. – Je vous ai déjà expliqué que je ne pouvais pas vraiment avoir de relations avec des hommes de mon âge. C’est presque toujours avec des garçons plus jeunes que je couche, ou avec des hommes plus âgés que moi. Mais avec ces hommes plus âgés, souvent, mais non pas toujours, je me prostitue. Bien sûr, c’est d’abord par nécessité que je le fais, occasionnellement, pour arrondir les fins de mois. Mais je me demande aussi si je ne le fais pas pour avoir un prix : pour me donner du prix. – Bien ! Très bien ! Nous allons nous arrêter sur cette phrase : ‘‘Avoir du prix’’, ‘‘AVOIR DU PRIX’’, c’est intéressant. C’est bien, que vous arriviez à me dire de telles choses : vous vous prostituez pour avoir du prix… » J’étais sûr que Tirésias apprécierait cette phrase, évidemment formulée en ces termes pour la lui faire relever comme particulièrement signifiante. C’est presque toujours sur ce genre de phrases, que j’ai généralement préparées à l’avance, qu’il clôt la séance. Plus tôt, il m’a fait cette remarque, au sujet de l’amour que j’ai ou n’ai pas vraiment pour mes sœurs : « Vous dites que vous ne savez pas aimer, c’est donc que vous savez ce que c’est qu’aimer, ce que c’est que l’amour, puisque vous êtes conscient d’en être incapable. »
02:33 Publié dans 2009, Cyrille, Damis, Jean-Paul Marcheschi, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Phédon, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume cingal
18/05/2009
Dimanche 17 mai 2009
Je crois que c’était aujourd’hui ‘‘la journée contre l’homophobie’’, ou quelque chose comme cela. Je me sens évidemment très concerné par ce douloureux problème, surtout depuis que j’ai appris que j’étais moi-même homophobe ! Les policiers qui m’ont entendu au début du mois m’ont en effet prévenu que je pourrais être inquiété non seulement pour les injures que j’avais adressées à Monsieur Véto, mais aussi pour leur caractère discriminatoire, si j’ai bien compris ce qu’on m’a dit, et pour l’incitation à la haine des homosexuels qu’elles constituaient… Bref, mes injures avaient un caractère indubitablement homophobe, ce que je n’envisage certes pas de nier, puisque je les avais tournées de la sorte précisément dans le but de blesser davantage ma victime, dont je connaissais l’orientation sexuelle. Si Monsieur Véto avait été noir ou arabe, mes injures auraient probablement été cette fois ‘‘à caractère raciste’’, et j’aurais alors été bon pour le bagne ou pour la bascule ! Je l’ai finalement échappé belle et il me faut reconnaître que je suis tout de même bien chanceux dans mon malheur. Ce sont mes injures qui étaient homophobes et non pas moi ! Mais même si je l’avais été, Dieu merci, ce n’était aujourd’hui que la journée contre l’homophobie et non pas contre les homophobes : quand on est dans ma délicate situation, on apprécie ces sortes de nuances… De toute façon, l’un des deux policiers m’a dit lui-même, pour me rassurer, qu’il était peu vraisemblable, en admettant que le procureur de la république décide de me poursuivre (ce qui, en soi, est déjà très improbable), qu’il m’accuse également d’homophobie, en raison de ma propre homosexualité, qui, selon la logique du bel inspecteur (car il était beau), empêcherait que je sois homophobe, suivant ce même principe qui empêche les étrangers d’être xénophobes, les noirs ou les arabes d’être racistes, les femmes de harceler ou de battre les maris, et les pauvres d’être cupides ou bling-bling, puisqu’ils sont pauvres (ce qui est d’ailleurs absurde : il suffit en effet d’ouvrir les yeux pour voir qu’il y a des pauvres qui sont bling-bling. Qu’on songe par exemple à ces jeunes des quartiers dits défavorisés, qui passent pour pauvres et arborent néanmoins de vraies ou fausses casquettes Vuitton sur la tête et des polos, des baskets ou des lunettes de soleil appartenant aux marques les plus chères. Il y a rarement plus m’as-tu-vu que les pauvres congénitaux, dont le mauvais goût tape-à -l’œil n’a souvent d’égal que celui de ceux qu’on appelait autrefois les nouveaux riches, et qu’on croirait être aujourd’hui tous les ‘‘riches’’ : les parvenus mais aussi les rejetons des plus anciennes familles. « Un homosexuel traitant un autre homosexuel de sale pédé, m’expliqua mon policier, c’est un peu comme si moi, je traitais quelqu’un de sale con ! » Je n’ai pu m’empêcher de rire de bon cœur à l’humour involontaire de ce charmant inspecteur, qui disait donc, sans vraiment s’en rendre compte, soit qu’il était un con, soit, pire encore, que c’étaient tous les policiers qui étaient des cons ! Mais j’exagère : il a tout de même dû se rendre compte de la bêtise de sa remarque, parce qu’il s’est ensuite repris : « Enfin, a-t-il dit alors, c’est plutôt comme si je traitais quelqu’un de sale hétérosexuel ! » Il était donc hétérosexuel… Mon homosexualité, comme on dit, qui semblait m’innocenter au moins d’un crime, ne faisait donc aucun doute. Puisque je ne me cachais pas de me prostituer, c’était donc que j’étais un pédé. Mais cette rapide conclusion était tout de même un peu vexante. Pourquoi ne pensait-on pas que je me prostituais avec des femmes ? Il est vrai que mon journal, dans lequel étaient publiées les injures à cause desquelles j’ai été convoqué au commissariat, ne laisse pas vraiment de doute quant au sexe de ma clientèle ! Cela dit, peut-être devrais-je songer à vendre mes charmes à ces dames. Je m’avise que ce serait sans doute bien plus commode. Rien ne me rend la bandaison plus difficile que la fâcheuse rencontre de certaines matières qui se trouvent parfois dans les fondements ! Or, ces matières, on ne les trouve pas dans les sexes des femmes. Un garçon, avec qui il m’arrive de chatter et qui lit parfois ce blogue, me demandait l’autre jour comment j’arrivais à bander quand je couchais avec des hommes pour qui je n’ai le plus souvent aucune attirance. Eh bien ! Je n’y arrive pas toujours, justement ! On pourrait penser que de telles déconvenues sont des plus fâcheuses, dans l’exercice d’un pareil métier. Sans doute l’est-ce d’ailleurs parfois, je ne sais, ne pratiquant pour ma part ce métier qu’occasionnellement, et en amateur, si je puis dire, car je ne suis pas bien certain de l’aimer vraiment, sans pour autant pourvoir dire que je le déteste ! Mais il n’en est rien : aussi surprenant que cela paraisse, ces déconvenues me servent. Elles m’humanisent aux yeux de mes ‘‘clients’’ qui, pour la plupart, ne cherchent pas tant à combler d’une queue qu’ils achètent pour une instant leurs pauvres culs désertés qu’un vide d’une tout autre nature et qu’emplissent momentanément ma compagnie, ma présence, mon contact, mon oreille, ma voix, mon regard. Ce sont bien plus souvent mes autres plans, ceux de ma vie de pédé célibataire lambda, qui ne voient en moi qu’une queue qui ne doit pas mollir un instant ! C’était par exemple le cas du petit Phédon, que j’ai croisé hier soir, en ville, après le concert à l’église de la Madeleine. Je lui ai proposé de m’accompagner dans tel bar, où j’allais vider quelques verres avec mon ami Tityre. Mais Phédon m’a seulement souhaité une bonne soirée : sans doute ne m’a-t-il pas pardonné de ne pas l’avoir enculé l’autre soir. Il me semble souvent que les relations que j’ai avec les gens qui me paient sont plus simple, plus saines et, paradoxalement, plus humaines qu’autrement. Cela dit sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, bien sûr. C’est plutôt l’amour bénévole que je veux dénigrer en faisant une telle comparaison : je ne vois pas une once de bienveillance dans les rapports que la pratique d’un tel amour implique. Je me sens plus respecté par les malheureux qui me paient que par les garçons qui m’abusent, en me faisant croire que je leur plais, pour parvenir à leurs fins, qui sont de se servir de moi comme d’un vulgaire godemiché. De même, lorsque j’écrivais, le 3 janvier de cette année, que je ne voyais pas de différence fondamentale entre le fait de faire entrer des déclinaisons dans la tête d’un enfant, une bite dans le cul d’un homme ou un doigt dans celui d’un prostatique ou d’un chien, ce n’était évidemment pas l’apologie de la prostitution que je voulais faire, comme on pourrait donc m’en accuser, aux dires de la police ! (« C’est du pareil au même, avais-je ajouté. A force de pratique, j’ai pu constater que c’était aussi de la merde qu’il y avait dans la tête de mes élèves. ») Mon intention était seulement (je le dis dès à présent, puisque je pourrais être amené à m’expliquer sur ce fait) de dénigrer le métier de professeur particulier de français ou de latin, qu’il m’est arrivé de pratiquer également à l’occasion. Je ne voulais évidemment pas dire qu’il valait mieux se prostituer qu’enseigner le latin à nos chères têtes blondes, mais qu’enseigner quoi que ce soit à ces têtes le plus souvent entièrement satisfaites de leur vide abyssal était encore pire, encore plus éprouvant, encore plus dégradant que de se prostituer ! C’est pourquoi il me semble que l’accusation qui pourrait m’être faite d’avoir fait l’apologie de la prostitution ne me semble pas tenir debout. Ce dont on pourrait m’accuser, à l’extrême limite, c’est d’être injurieux envers les professeurs et d’avoir tenu des propos diffamatoires ou même discriminatoires à leur encontre ! Je m’empresse donc d’ajouter ici que j’ai le plus grand respect pour leur noble corporation, qui fait tant pour la civilisation dans les colonies de ‘‘défavorisés’’ qu’on trouve autour de nos villes. (Ce me semble tout de même avoir plus de sens de parler de colonies plutôt que de ‘‘cités’’, comme on dit abusivement à la télévision. Il ne devrait d’ailleurs y avoir en France qu’une cité, c’est à savoir la République, avec laquelle sont très loin d’être compatibles ces zones de non-droit, ou de droit parallèle, sans doute islamique, ces émirats, on ne sait comment dire, bref, ces colonies, c’est encore le mot le plus approprié, qu’on appelle absurdement les ‘‘cités’’, alors qu’il leur manque justement tout ce qui fait une cité digne de ce nom.) Sans l’œuvre civilisatrice de ces admirables professeurs exerçant courageusement leur quasi sacerdoce, souvent au péril de leur vie (comme on l’apprend parfois dans les journaux télévisés, comme encore tout récemment), non seulement dans les colonies que je viens de dire et qui se trouvent dans la périphérie de nos villes, mais aussi dans ces autres colonies que, par mimétisme, par contagion, je ne sais trop pour quelle raison, par malheur, tout simplement, semblent être devenues les écoles partout en France, l’Ecole avec une majuscule, parce qu’elle est le lieu de cette race barbare entre toutes : celle de la jeunesse française du XXIe siècle ; sans l’œuvre civilisatrice de ces saints missionnaires, disais-je, les ‘‘faits divers’’ qui ne semblent se produire à l’école qu’une petite dizaine de fois par ans seraient tellement plus nombreux qu’on parlerait sans doute de phénomènes de société ; sans eux, ce n’est pas d’un gang des barbares qu’on entendrait parler, mais de centaines de gangs des barbares ; ce n’est pas un Ilan Halimi qui serait assassiné, mais des milliers de juifs. Heureusement qu’ils sont là , ces professeurs, terrorisés par les bêtes sauvages qu’ils ont pour élèves mais surmontant leur terreur, heureusement qu’ils sont là pour caresser dans le sens du poil ces animaux qui ont curieusement besoin de caresses, pour flatter cette barbarie qui, malgré sa violence, malgré sa bêtise, veut être respectée et qui, même, veut être respectée pour sa violence et sa bêtise ! S’ils n’étaient pas là , ces sages gardiens d’un beau songe, pour continuer de jouer la comédie de l’école républicaine, alors on verrait bien que la France n’est déjà plus la France, puisque son école, son origine, sa racine, son avenir, sont aux mains des barbares. C’est probablement parce qu’on croit encore majoritairement à cette illusion pieusement et mensongèrement entretenue que la France existe toujours : elle n’existe que parce qu’on s’y croit. Et c’est grâce à la corporation des professeurs et à quelques autres, comme celle des journalistes, celle des politiques, celle des travailleurs sociaux, celle des juges pour enfants, qu’on peut continuer de croire qu’il y a toujours la paix civile en France et l’état de droit, malgré les coups de poignards dans les collèges, malgré les zones de non-droit dans les colonies périphériques, dans les universités bloquées, dans les usines aux patrons séquestrés. S’il n’y avait pas tous ces illusionnistes pour nous aveugler, nous nous apercevrions que la France est sur le point de devenir l’Espagne des années trente, cette Espagne où, contrairement à ce que prétendent d’ailleurs ces mêmes illusionnistes, la république n’existait plus dès avant le coup d’état des militaires. Non, je ne voulais pas plus faire l’apologie de la prostitution que je n’avais l’intention d’injurier les professeurs, en écrivant la phrase qui pourrait donc me valoir des ennuis avec la justice, si tant est qu’il y ait un procureur assez désœuvré pour s’en prendre à moi, qui ne suis au fond que la victime de ma victime, comme je l’ai déjà dit l’autre jour, plutôt qu’à de vrais coupables. Tout ce que je voulais dire, c’était tout bêtement ma détestation des enfants, des adolescents, de la jeunesse, de cette barbarie haineuse et souriante, qui voudrait qu’on se laisse assassiner dans la joie et la bonne humeur. Mon Dieu ! Avec la police qui veille, je ne sais plus trop si j’ai le droit de dire ma détestation des enfants… Qu’on me comprenne bien : j’aime évidemment les enfants, tendrement, passionnément, enfin, de la façon qui est prescrite par les censeurs de nos mœurs ! Mais a-t-on le droit de les aimer, au fait, ces enfants ? Je ne voudrais pas qu’on m’accuse aussi de faire l’apologie de la pédophilie ! Il ne manquerait plus que ça ! Le mieux est encore de ne rien dire. En ne disant rien, en restant sur son quant-à -soi, on ne risque pas d’être inquiété, en principe. Au début, du moins. Je me tairai donc pour ce soir.
04:04 Publié dans 2009, Journal, Monsieur Véto, Phédon, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/05/2009
Jeudi 14 mai 2009
Monsieur Véto a donc répondu à la lettre électronique dans laquelle je lui demandais de retirer sa plainte contre moi. Il m’a rappelé que j’avais mis en ligne sur mon blogue un texte nominatif extrêmement violent à son égard (c’est hélas entièrement vrai), et accessible à tous sur un simple clic (d’ailleurs, je constate qu’en lançant dans Google une recherche sur Monsieur Véto, des liens mènent toujours aux pages où je le nommais et l’injuriais, même si j’ai effacé son nom de mon blogue depuis une bonne quinzaine de jours, maintenant) ; il a ajouté qu’il m’avait demandé de retirer ce nom et que je n’en avais rien fait ; qu’il n’avait donc pas pu faire autrement que de porter plainte contre moi. « Le Web, concluait-il triomphalement, n’est pas une zone de non-droit. » J’ai mis en doute, vendredi 1er mai, la bonne foi de Monsieur Véto qui, pensais-je, m’avait tendu un piège dans lequel j’étais lamentablement tombé. Je ne croyais pas, je ne crois toujours pas, d’ailleurs, qu’il ait eu sincèrement le désir de me voir retirer de mon blogue son nom ni les injures que je lui avais adressées. Tant que ces preuves de ma culpabilité se trouvaient dans mon journal, Monsieur Véto avait en effet une bonne raison de porter plainte contre moi (puisque, je le répète, il est entièrement dans son bon droit), c’est-à -dire de me nuire. Cela dit, même si je ne crois pas en la sincérité de Monsieur Véto, je dois à la vérité de dire ce qu’il m’a lui-même rappelé, dans une autre lettre électronique, c’est à savoir que, contrairement à ce que j’avais dit dans ce journal, il m’avait envoyé un courriel, le 4 janvier 2009, dont voici la texte : « Cher Olivier, je vous demande de retirer toute référence à ma personne de votre blog. Cordialement, Monsieur Véto. » Il s’était mis à me voussoyer pour cette grave occasion, dans laquelle, néanmoins, je restais son ‘‘cher Olivier’’, qu’il saluait d’ailleurs cordialement ! N’est-ce pas délicieux ? C’est donc le 4 janvier qu’il m’avait envoyé cette lettre, c’est-à -dire, si ma mémoire est bonne, avant que je ne bloque son adresse électronique, pour ne plus avoir à subir l’irritante démangeaison de ce pou du pubis. Je n’ai aucun souvenir de ce courriel, dont je ne mets cependant pas en doute la réalité. Seulement, je ne me rappelle qu’à présent que l’exaspération m’avait fait effacer sans les lire certains des messages de Monsieur Véto. C’était d’ailleurs précisément pour ne plus les recevoir que j’avais bloqué aussitôt après son adresse électronique. Tout cela ne m’excuse en rien, puisque je suis responsable de ce qui est publié dans mon blogue. Mais ce courriel que j’avais donc bien reçu, sans pour autant le lire, montre, je le crains, à quel point je suis décidément indéfendable ! Même ma petite théorie de la mauvaise foi de Monsieur Véto, à laquelle je crois toujours autant et qui aurait pu être à mon bénéfice une circonstance atténuante, ne tient pas vraiment. Quelle admirable vérité que ce Web qui n’est pas une zone de non-droit ! Elle est de ces vérités qui font comme donner corps aux imbéciles, à la fois leur tenant lieu de profondeur (proprement abyssale) et d’indépendance d’esprit (quelle nouveauté, en effet, que cette idée si originale, si audacieuse, si courageuse, même, que le Web n’est pas etc.) ! Non, le Web n’est pas une zone de non-droit. C’est en vertu de telles lois que les Messieurs Véto peuvent sévir en toute impunité sur Internet : ils mettent tout leur art à pousser leurs ennemis dans les derniers retranchements de l’infraction, pour pouvoir ensuite les menacer de recourir à la justice, quand ils ne le font pas tout bonnement, sans crainte du ridicule. C’est ainsi qu’a procédé Monsieur Véto, qui a tout fait pour se faire injurier (ce qui, je le redis, ne m’excuse en rien, certes, mais peut tout de même expliquer la violence de ma réaction), pour affecter ensuite d’être tout étonné de l’avoir été ! Encore une fois : c’était un piège ; je suis tombé dedans. Après tout, c’est la pure vérité, et c’est une bonne chose pour la paix civile (cela dit sans aucune ironie) : le Web n’est pas ni ne doit être une zone de non-droit. Quant à moi, je voudrais faire entendre cette autre vérité, beaucoup plus petite, il est vrai, et qui n’a certes pas force de loi, que ma vie ni le récit que j’en fais ne sont des pissotières. Quel besoin Monsieur Véto avait-il donc de venir pisser sur moi la désapprobation, le mépris que lui inspiraient la façon que j’ai de mener ma vie, de la juger ou d’en faire étalage dans mon blogue ? J’ai déjà dit qu’il y avait un malentendu entre mes lecteurs et moi : ce n’est pas parce que je publie cette relation de ma vie, ce n’est pas non plus parce que la possibilité est laissée aux internautes d’écrire des commentaires dans mon blogue, qu’ils ont moralement le droit de m’y faire part (ou dans des lettres électroniques) de tout le mal qu’ils pensent de moi ; du bien qu’ils en pensent, à la rigueur, mais c’est tout ! Peut-être la crudité de certains de mes propos fait-elle croire aux plus ou aux moins sensibles de mes lecteurs, aux moins humains d’entre eux, serais-je tenté d’écrire, que j’ai le cœur particulièrement bien accroché, et que je puis donc tout entendre sur mon compte sans m’en émouvoir. Eh bien ! Je vais peut-être en décevoir beaucoup, mais il n’en est rien ! Ce n’est pas parce que je suis méchant, comme don Esteban le prétend, sans doute d’ailleurs à juste titre, ce n’est pas non plus parce que j’affecte parfois ou souvent, je ne sais, d’être un cynique (mais je dis bien que je l’affecte seulement), ce n’est pas enfin parce que je suis plus enclin à montrer la partie la plus dure, je veux dire la plus indurée et la plus endurcie, de mon cœur, que je suis pour autant dépourvu de cette tendresse, de cette fragilité, peut-être même de cette gentillesse qu’il y a dès la naissance au cœur de tout homme et qui en font d’ailleurs sans doute la force paradoxale, la densité, la teneur. (Par exemple, ce n’est pas parce que je ne me cache pas d’aller occasionnellement me prostituer, le plus souvent ‘‘pour arrondir les fins de mois’’, que je ne rêve pas aussi de l’amour le plus pur et de l’eau la plus fraîche ! Il me semblait évident que les putes pouvaient avoir les mêmes aspirations que les jeunes filles en fleur. Même en pratiquant ce métier qui passe pour honteux, il arrive qu’elles s’attendent, comme n’importe qui d’autre et tout simplement parce qu’elles en méritent autant, à du respect, pour écrire un mot à la mode. (Mais qu’on n’aille pas s’imaginer que je me considère réellement comme une pute. Je ne me définis en effet pas plus comme tel que comme un distributeur de prospectus, par exemple. Mes deux travails, purement alimentaires et prenant relativement peu de mon temps, ne constituent qu’une part marginale de mon mode de vie. Si j’osais, je dirais que je ne pratique pas assez assidûment le noble métier de pute pour pouvoir me prévaloir du si beau titre qu’il confère ! C’est tout de même le plus vieux métier du monde ! Mais j’imagine que qualifier de noble un tel métier est déjà condamnable ! Je m’empresse donc d’ajouter que je ne pense pas vraiment ce que je viens d’écrire…) Je le disais l’autre jour : je n’en suis pas moins homme ! C’est sur un homme que l’incontinent Monsieur Véto est venu se soulager de la mauvaise opinion qu’il avait de moi. Et c’est également un homme que j’ai honteusement injurié. Comment expliquer que je me sois laissé tomber si bas ? Les quelques phrases qui font l’objet du délit étaient réellement épouvantables et dignes d’être proférées par les pires canailles issues des ‘‘cités’’ les plus diverses ou les plus sensibles, je ne sais comment dire : dignes d’un assassin (cela dit sans vouloir faire d’amalgame, comme je crois qu’on appelle la chose, ni de généralisations abusives… Je crains que les amalgames ne soient aussi condamnés, ou du moins aussi condamnables, que les discriminations ou que certaines incitations ou apologies dont je me serais également rendu coupable et dont il me faudra reparler. (Fin de cette parenthèse écrite à l’attention de la police, qui veille et lit peut-être encore ce blogue.)) Pourquoi suis-je tombé si bas ? Probablement parce que c’est dans une mauvaise période de ma vie que Monsieur Véto est venu déverser sur moi la tiède urine qui lui sert de conscience. Je venais d’être trahi par Ascylte et Camille, et ceux qui me lisent vraiment savent sans doute combien j’en ai souffert. C’est cet événement, et la radicalité de la réaction qu’il a failli m’inspirer, qui m’ont finalement décidé à commencer mon analyse avec Tirésias. J’étais donc à ce moment dans un tel état que la haine, la violence, le mépris, les grossièretés, les noms d’oiseau qu’il y avait en moi ne demandaient qu’à en sortir. Il ne fallait qu’un mot pour me faire exploser, et ce sont des lettres que Monsieur Véto m’écrivait, des lettres qui, je crois l’avoir déjà dit, auraient tout eu de vulgaires lettres anonymes, si je n’avais pas connu l’identité de leur auteur… Evidemment, Monsieur Véto ne pouvait pas savoir dans quel état je me trouvais, puisqu’il n’était plus un lecteur régulier de mon blogue, comme il me l’avait dit lui-même dans l’une de ses ‘‘lettres anonymes’’. Non, Monsieur Véto ne venait plus jeter un œil à mon journal que très occasionnellement, c’est-à -dire lorsqu’il ne pouvait plus se retenir de déverser les flots de sa bonne conscience ammoniaquée sur moi, de me pisser dessus, donc, ce qui me fait dire qu’il prenait ma vie et le récit que j’en faisais pour des pissotières. J’avais dit un jour que j’avais la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incitait à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. « On est sans doute moins tenté, poursuivais-je, de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Monsieur Véto et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom (car à ce moment-là , il n’écrivait pas encore ses commentaires sous sa véritable identité) ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! » J’ai donc fini par tomber aussi bas que Monsieur Véto, en l’injuriant fort, mais à un moment où il avait eu le petit courage de ne plus cacher sa véritable identité sur ce blogue. (Depuis, il semble avoir perdu ce courage, pourtant si petit, du nom. Car c’est bien de retirer de mon blogue toute référence à sa personne, qu’il m’avait demandé, dans sa lettre du 4 janvier, et non seulement les injures dont il était victime.) Dans la deuxième des lettres électroniques qu’il m’a tout récemment envoyées, Monsieur Véto m’écrit ceci : « Tu veux (car il s’est remis à me tutoyer), tu veux que je sorte de ta vie (Dieu sait que je ne demande pas mieux) et, à la fois, tu ne parles que de moi. Règle tes propres contradictions une bonne fois pour toutes. » Sans doute est-il vrai que je me contredis souvent dans ce blogue. Cela dit, je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de surprenant dans le fait que je parle beaucoup, dans mon journal intime, de l’homme qui, en portant plainte contre moi pour injures, a attiré l’attention de la police sur d’autres délits dont je pourrais être accusé, c’est à savoir la prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite dans une ou deux phrases qui, d’ailleurs, n’avaient sans doute pas échappées à Monsieur Véto, qui ne doit pas peu se réjouir, je pense, d’avoir fait d’une pierre deux coups ! (J’expliquerai un autre jour pourquoi cette accusation-là , au moins, ne tient pas debout, selon moi.) Il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce qu’un homme qui tient un journal intime y parle beaucoup de la personne qu’il juge responsable des deux heures qu’il a passées au commissariat de police, à débattre avec deux inspecteurs de littérature (je n’invente rien), d’homosexualité, de prostitution et de l’apologie que j’aurais donc faite de cette dernière. Je n’irai certes pas jusqu’à dire que l’expérience fut traumatisante, mais elle fut fort désagréable. Par contre, je pourrais probablement dire qu’il y a en effet quelque chose de traumatisant dans le fait de se sentir complètement à la merci d’un Monsieur Véto, c’est-à -dire de la bêtise la plus ordinaire, partagée, triomphante, et qui, non contente d’avoir raison, semble encore vouloir avoir raison de moi. C’est au procureur de la république que revient la décision de me poursuivre ou pas. Pour l’instant, je ne sais absolument pas quelle sera cette décision. J’imagine que je ne serais pas même informé du choix qu’il ferait de me laisser tranquille… Probablement n’est-on informé que si l’on est poursuivi. (Monsieur Véto, quant à lui, n’a pas daigné me dire s’il consentait à retirer sa plainte contre moi.) Mais quand donc cela se produira-t-il ? Il s’est tout de même écoulé presque la moitié d’une année entre le dépôt de plainte de Monsieur Véto et mon audition par les policiers. C’est donc comme s’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mais cette épée, pour moi, c’est l’épée de Monsieur Véto : c’est pourquoi je parle de lui dans ce journal. Il est tellement con qu’il y voit une contradiction. J’ajoute, mais je crois l’avoir déjà dit, que le Monsieur Véto de ce journal n’est plus tout à fait seulement le Monsieur Véto qui a porté plainte contre moi. C’est un type humain. C’est une allégorie de la bêtise humaine. Mais son ego est tellement démesuré qu’il croit que c’est uniquement de lui que je parle. A-t-il seulement compris pourquoi je m’étais mis à l’appeler Monsieur Véto ?
01:59 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Monsieur Véto, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13/05/2009
Mardi 12 mai 2009
Un jeune homme avec qui j’ai chatté, et qui se trouve être le fils de voisins de ma mère, m’a dit tout à l’heure : « Tu vois, toi, quand tu avais dix-huit ans, je rêvais de rentrer à six heures du matin et de te croiser sur mon chemin ». Est-ce qu’il ne pouvait pas prendre son courage à deux mains, cet idiot ? Entre cette phrase et la précédente, quinze ans plus tard, je suis allé chez lui pour exaucer le vœu de ce garçon. « Voudrais-tu que nous nous croisions ce soir ? », lui ai-je demandé. Il le voulait toujours, en effet. Nous avions déjà chatté une première fois ensemble, il y a quelques mois. Cette fois-là , c’est lui qui était venu chez moi, mais nous n’avions rien fait. Il avait prétendu que je n’étais pas son style de garçons, ce qui est sans doute faux, puisque j’étais le sien à dix-huit ans. Il m’avait alors parlé de ma sœur, qu’il avait également remarquée à l’époque où il vivait chez ses parents, et qu’il rêvait de croiser elle aussi au petit matin… Je crois que c’est un des ces bisexuels qui ne s’assument pas entièrement, ce qui pourrait expliquer sa retenue, la fois où il est venu chez moi. Je ne puis que redire ce que tout à l’heure, avant d’aller chez lui : il aurait dû prendre son courage à deux mains à l’époque. Sans doute alors l’épaisseur de ses manières et de son caractère était-elle tempérée par la finesse et la grâce des corps et cœurs adolescents. Je devine à ses vestiges qu’il dut être éminemment garçon, c’est-à -dire, pour moi, éminemment désirable. Mais je vois à présent un jeune homme empâté, fatigué, désenchanté. C’est terrible, le temps qui passe. Il n’a pas la même emprise sur tous les êtres. Au début, du moins.
03:59 Publié dans 2009, Journal, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09/05/2009
Samedi 9 mai 2009
Je n’ose plus trop écrire dans ce journal que je suis pauvre, puisqu’il y a toujours une lectrice pour me dire que je ne le suis pas ! « Pauvre toi ?, me disait celle à laquelle je pense. N’es-tu pas propriétaire de ta nouvelle demeure ? » Non mais rends-toi compte, mon blond lecteur : je suis propriétaire ! Comment donc pourrais-je être pauvre ? Mais il y a pire encore. A l’époque où j’avais écrit ce qui avait inspiré son commentaire à ma lectrice, j’étais encore moins pauvre qu’aujourd’hui, puisque je n’étais pas seulement propriétaire de ma nouvelle demeure, mais encore de l’ancienne, que j’ai donc vendue avant-hier. J’étais un riche propriétaire, comme disait plaisamment Tityre. Et maintenant que j’ai vendu mon appartement de la rue des Cordeliers, non seulement je suis toujours le ‘‘riche propriétaire’’ de la maison que j’occupe depuis octobre ou novembre 2008, mais encore ai-je un compte en banque de plusieurs dizaines de milliers d’euros ! Cela dit, comme je dois rembourser mes dettes à la banque, à ma mère et à mon père, à qui j’ai emprunté l’argent nécessaire à l’achat de ma demeure actuelle, j’aurai tout reperdu la semaine prochaine. Mais à strictement parler, une fois mes dettes remboursées, je ne serai pas redevenu pauvre pour autant, si je comprends bien la pensée de ma lectrice, puisque je serai toujours propriétaire de ma maison, enfin, d’une partie de ma maison, pour être exact, puisque c’est ma mère qui possède le reste ; mais justement, comment donc pourrais-je me prétendre pauvre, puisque je peux toujours compter sur mes parents pour faire l’avance, d’une part, des milliers d’euros qui me manquent pour acheter mes palais, et, d’autre part, pour placer leurs liquidités ‘‘dans la pierre’’, comme on dit, dans le reste des pierres de ces palais que je n’ai pas les moyens de m’offrir entièrement ? Grâce à ma mère, la maison où je vis a plus d’un mur ! Le plus petit m’appartient ; les trois autres sont à elle ! C’est donc grâce à elle qu’il y a un toit au-dessus de ma tête, car, bien que je ne sois pas architecte, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’il est peu vraisemblable que j’en aurais eu, s’il n’y avait eu qu’un mur, le seul dont j’avais les moyens, pour le soutenir. C’est donc bien, je le répète, grâce à ma mère, à ma chère mère, qui est si bonne pour moi, si tendre et si aimante, que je ne suis pas pauvre, puisqu’un pauvre, c’est quelqu’un qui, selon ma lectrice, « ne possède rien, ni maison, ni boulot, ni voiture, bref, rien du tout » ! Et comme j’ai aussi une voiture et un travail, je suis décidément très loin d’être pauvre. Mon travail me rapporte en effet un peu plus de 300 EUR par mois, tout de même ! C’est dire si je suis un nanti ! Il est vrai qu’avec ces 320 EUR, j’avais à payer l’essence pour ma voiture (quel luxe, quand j’y pense !), la nourriture, pour moi et pour ma chienne (car j’ai une chienne, autre luxe d’un bling-bling éhonté, comme disent les journalistes et tous ces veaux qui braient comme eux (mais ce sont les ânes qui braient)), l’abonnement de mon téléphone portable et celui d’Internet (qui sont deux dépenses de pur agrément !), les charges de la maison que j’occupe et les charges de copropriété dont la possession de l’appartement de la rue des Cordeliers me rendait redevable. Mais même en payant tout cela, il est arrivé plusieurs fois qu’il reste plus de 10 EUR sur mon compte en banque à la fin du mois. C’était généralement parce que je m’étais prostitué. En vérité, ce n’est pas toujours parce qu’on possède un petit patrimoine qu’on est riche. Mais c’est souvent parce qu’on a de très faibles revenus qu’on est pauvre. Ce que voulait dire cette lectrice indécente, je crois, ce n’était pas que je n’étais pas pauvre, mais que je n’étais pas à plaindre, point sur lequel je la rejoins entièrement. Il y a des gens qui sont réellement dans le besoin, contrairement à moi : ce sont ceux-là qui seraient bien à plaindre. Mais moi, certainement pas. (Et qu’on ne s’imagine pas que je sois à plaindre pour cette autre raison qu’il m’arrive de me prostituer. Je le fais en toute liberté et parce que j’ai sans doute la chance, car j’imagine que c’est une chance, qui ne durera qu’un temps, de pouvoir me le permettre. D’ailleurs, à ce sujet, je dois dire que j’ai le plus grand mal à comprendre le ton misérabiliste de ces reportages que l’on voit parfois à la télévision et qui sont consacrés à ce qu’on appelle, je crois, la nouvelle prostitution, c’est à savoir celle de ces étudiantes, par exemple, qui offrent leurs charmes en prospectant sur Internet pour financer leurs études et qu’on voudrait faire passer pour des Cosettes. Quant à moi, je trouve qu’elles devraient s’estimer heureuses d’être assez bien faites pour pouvoir subvenir à leurs besoins de la sorte. Ce sont les mochetés ou, si l’on me permet cette expression, les coincées du cul, qui, aussi pauvres qu’elles, sont bien à plaindre. Comment font-elles donc, celles-là , pour subvenir à leurs besoins ? Cela dit, je ne suis pas une fille. Peut-être la chose leur est-elle plus pénible qu’aux garçons ; ce qui pourrait expliquer pourquoi elles s’estiment bien à plaindre elles aussi. Et puis la prostitution, chez les pédés, c’est une espèce d’institution, comme le sont les travestis, les folles ou la fornication dans les bois. L’opprobre n’est pas aussi grand. Cela dit, bien sûr, sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, comme on m’en a accusé. Il faudra d’ailleurs que j’en reparle (ainsi que de Monsieur Véto, qui a répondu à la lettre électronique que je lui ai envoyée dernièrement), mais pas ce soir, faute de temps.) Comme ma lectrice fait vraisemblablement partie (car je ne vois pas d’autre explication à sa remarque si déplacée, si fausse, surtout), comme elle fait vraisemblablement partie de ces gens qui sont tellement absorbés par les possibilités de consommation qui s’offrent à eux de toutes parts, et dont ils ont les moyens, qu’ils ne savent plus faire la différence entre des pauvres et des miséreux (comme si c’était nécessairement être miséreux que de ne pas pouvoir consommer autant que ces gens incapables de concevoir qu’il est possible de vivre chichement et néanmoins décemment), elle avait cru qu’en me prétendant pauvre, je cherchais à me faire plaindre comme si j’avais été véritablement miséreux ! Il n’y a pas de mots assez forts pour dire l’indignation, le dégoût, que m’inspire une pareille tournure d’esprit, que je trouve infiniment plus obscène, par exemple, que celle du chef de l’état, dont il est de bon ton de mépriser le dit bling-bling (comme si ce mot voulait dire quelque chose (mais c’est sans doute parce qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on lui reproche exactement, quand on parle de son bling-bling, qui n’est d’ailleurs pas si différent de celui du premier venu, après tout, qu’on recourt à ce mot vide de sens…)) ou que celle de ces patrons qui se font attribuer des ‘‘parachutes dorés’’ ou organisent leurs assemblées dans des palaces ou sur des îles paradisiaques, comme si le coût de ces largesse peu morales (mais je trouve beaucoup plus immorale et indubitablement illégale la séquestration des patrons dans les usines, et parfaitement injustifiable l’impunité des ouvriers ou employés voyous (comme on dit des patrons voyous) qui se rendent coupables de tels faits), comme si ces largesses, disais-je, étaient la cause de la crise économique ou de la crise de l’emploi, ce qui me semble plus que douteux. Il me faut bien le confesser : le fait qu’il y ait des miséreux ne me révolte pas autant que le fait qu’il y ait des gens assez indécents pour ne plus savoir faire la différence entre des miséreux et de simples pauvres. La discrète obscénité de ces gens, d’un faux bon sens, quotidienne, banale, est bien plus grande que celle, si m’as-tu-vu, si ‘‘nouveau riche’’, des ‘‘riches’’, tout simplement parce qu’elle est plus répandue, étant entendu qu’il y a beaucoup moins de ‘‘riches’’ que d’hommes appartenant à la classe moyenne, si c’est bien ainsi qu’il faut dire. Et cette obscénité supérieure par sa médiocrité même rend caduque la réprobation dont il est convenu de faire montre à l’encontre de celle du petit nombre des plus riches. Quelle différence y a-t-il, en effet, entre un bouffon qui croit qu’on a raté sa vie si l’on ne possède pas de Rolex à cinquante ans (pauvre don Esteban, qui a la Rolex depuis des lustres, mais plus les moyens de l’entretenir !), et quelqu’un qui croit qu’à tout âge on est miséreux si l’on n’est que pauvre, c’est-à -dire si l’on n’a pas les moyens d’acheter les mêmes choses que lui, sans lesquelles on ne vit pourtant pas misérablement, que je sache ? Tout ce que montrent ces gens qui voient la misère où elle n’est pas, c’est leur propre immoralité. Ce n’est que par jalousie qu’ils réprouvent l’étalage de richesses de ceux qui possèdent plus qu’eux et c’est par la même arrogance que celle qu’ils condamnent chez les ‘‘riches’’ qu’ils prennent de simples pauvres pour des miséreux. Ils me dégoûtent. Cette lectrice me fait un peu penser à Lambert, ce travailleur social, comme je crois qu’on dit, qui suivait mon dossier de Rmiste au centre communal d’action sociale de Mont-de-Marsan. Quand il avait appris que j’étais propriétaire de l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’occupais encore à l’époque (car c’était avant d’avoir acheté la nouvelle maison), il m’avait dit le plus sérieusement du monde que plus rien ne justifiait que je reste à Mont-de-Marsan, où le marché du travail était fort limité. Je n’avais qu’à mettre mon appartement en location, m’avait-il expliqué, et partir dans une autre ville, où il y aurait eu plus de travail et où j’aurais pu me loger, selon lui, grâce au revenu que m’aurait apporté mon appartement loué ! Je trouve de telles paroles proprement scandaleuses. Ce n’était que grâce à la propriété de cet appartement que je pouvais vivre décemment malgré la faiblesse de mes revenus, et ce travailleur social voulait m’inciter à me faire partir à l’aventure et devenir ailleurs locataire. Il s’imaginait peut-être que j’aurais trouvé sans la moindre difficulté un locataire pour mon propre appartement. Sans doute n’avait-il jamais entendu parler de ces locataires qu’il est impossible d’expulser et qui ne paient jamais leur loyer. N’est-ce pas le ministre Boutin, qui, tout récemment encore, voulait interdire les expulsions, s’il n’y avait pas de solution de relogement pour les mauvais payeurs ? De tels projets font des locataires, de facto, des propriétaires, mais des propriétaires entièrement exemptés des charges impliquées par la propriété, comme, par exemple, le paiement de taxes foncières. Il y avait une telle ‘‘incompatibilité d’humeur’’, pour le dire en trois mots, entre Lambert et moi, que j’avais moi-même demandé à être radié de la liste des allocataires du RMI, parce que je ne voulais pas subir une nouvelle fois l’arbitraire de cet homme qui m’a toujours détesté, sans que je sache pourquoi, peut-être parce qu’il n’aime pas les pédés. La mauvaise foi des reproches qu’il me faisait est évidente, parce que, dans la même période, sa collègue, une jeune Mme P***, me trouvait irréprochable ! Si j’ai demandé dernièrement à redevenir allocataire du RMI, ce n’est que parce que j’ai appris, en allant m’informer à la CAF sur le futur RSA, que Lambert ne travaillait plus au centre communal d’action social et que je ne risquais donc pas d’avoir affaire à lui : il a été muté à la maison d’accueil spécialisée, ce que je trouve si surprenant que je me suis même demandé si cette mutation n’était pas une conséquence disciplinaire de la lettre que j’avais écrite au président du conseil général pour lui demander ma radiation. J’ai pensé qu’on avait peut-être demandé à Lambert de s’expliquer sur cet allocataire qui demandait lui-même à être radié, pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, donc... Mais ç’aurait tout de même été sans doute beaucoup de bruit pour rien, c’est-à -dire pour ma petite personne. Il y a pourtant quelque chose d’étrange dans cette affaire, car quand je suis retourné au centre communal d’action social, le mois dernier, pour remplir un nouveau ‘‘dossier RMI’’, Mme P***, qui, m’ayant demandé pour qu’elle raison j’avais été radié la dernière fois et s’étonnant fort, en entendant ma réponse, qu’on pût l’être sur sa propre demande et pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, a vérifié quelle était la raison consignée dans les archives du centre, a trouvé finalement qu’il était écrit que j’avais été radié en décembre 2007 (ce qui est vrai), parce que mes revenus étaient devenus trop grands pour que je pusse prétendre encore au RMI, ce qui est entièrement faux, puisque entre décembre 2007 et avril 2009, si mon salaire le plus élevé fut, en mai 2008, de 417 EUR (une fortune, diront certaines), le plus bas fut, en janvier 2008, de 138 EUR ! Quant à la moyenne des dix-sept mois, elle est de 317 EUR. Mes revenus n’ont donc pas été trop élevés pendant cette période pour que je puisse prétendre au RMI. Quand je lui ai fait part à mon tour de mon grand étonnement, Mme P*** s’est empressée de passer à autre chose, comme si elle était embarrassée (mais j’ai peut-être imaginé cet embarras). Quelqu’un a pourtant fait une espèce de fausse déclaration, ou créé un faux document, dont la conséquence est que la véritable raison de ma radiation n’apparaît pas dans les archives du centre communal d’action sociale. A moins qu’il n’y ait effectivement pas, comme l’étonnement de Mme P*** pourrait l’indiquer, de formulation prévue lorsque la radiation a eu lieu à la demande de l’allocataire lui-même. Mais dans ce cas, puisque c’est pour éviter d’avoir à subir l’arbitraire de Lambert qui, j’en suis sûr, m’aurait fait convoquer devant la commission d’insertion (si c’est bien son nom, car je n’en suis pas certain) pour me faire radier, comme il avait déjà fait une fois, que j’ai moi-même demandé à l’être, je trouve qu’il aurait été plus fidèle à la vérité de dire que je l’avais été à cause de la faiblesse des moyens que Lambert prétendait, à tort, certes, que je mettais en œuvre pour m’insérer dans la société, plutôt que sous le faux prétexte de mes prétendus trop grands revenus. Il faudrait que je mène ma petite enquête, pour savoir ce qu’il en est exactement, mais je dois bien reconnaître que je ne suis pas sûr d’en trouver l’énergie nécessaire. Si j’ai demandé à redevenir allocataire du RMI, c’est d’abord parce que je suis intéressé par le RSA, qui n’est pas encore appliqué, mais auquel auront automatiquement droit tous les bénéficiaires du RMI, le moment venu, et, surtout, parce que ma situation financière est devenue vraiment délicate depuis que j’ai commencé mon analyse, qui me coûte presque un tiers de mes revenus ! Pour faire face à toutes ces dépenses, il faudrait que je me prostitue davantage, ce qui n’est pas du tout mon intention. Au contraire, j’aurais plutôt le désir d’arrêter.
22:51 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Lambert, Ma mère, Mme P***, Mon père, Monsieur Véto, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : christine boutin
08/05/2009
Jeudi 7 mai 2009
Lu cet après-midi dans le journal local : « L’experte était sans diplôme. Autodéclarée psychologue, cette femme de 53 ans a berné les tribunaux pendant plusieurs années, où elle avait la qualité d’expert. Elle a été mise en examen pour usage de faux et placée sous contrôle judiciaire. » Dans l’article consacré à cette affaire, il y a cette phrase : « Comment cette femme a-t-elle réussi a obtenir l’avis favorable du parquet général pour être inscrite sur la liste des experts ? » Je ne cesse de me poser la même question au sujet d’Acylte, qui est, comme cette dame, expert-psychologue près la cours d’appel de Bordeaux. Les enquêtes de moralité ni les vérifications ne doivent pas être menées bien loin dans cette ville ! L’honnêteté, la moralité, la compétence d’Ascylte me semblent plus que douteuses. Il a plusieurs fois trahi le secret professionnel et le secret de l’instruction. Christophe prétendait même qu’il n’avait pas les diplômes requis pour faire partie du collège des experts. Il m’avait dit que c’était Ascylte lui-même qui le lui avait confié, mais je ne l’avais pas cru. Je dois garder à l’esprit le mauvais exemple de Monsieur Véto et ne pas tomber aussi bas que lui. Cet après-midi, j’ai vendu mon appartement de la rue de Cordeliers. Il faudra que j’en reparle. Il y a beaucoup de choses dont je dois reparler dans ce journal. De la vente de mon appartement, de Monsieur Véto, qui a répondu à ma lettre électronique, de la raison pour laquelle il est consigné dans les archives du centre communal d’action social que j’ai été radié du ‘‘dispositif RMI’’ en décembre 2007, du RSA, de l’apologie que la police prétend que j’ai faite de la prostitution. Mais pas ce soir. Le petit Osman m’a fait trop boire.
02:45 Publié dans 2009, Ascylte, Christophe, Journal, Monsieur Véto, Osman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07/05/2009
Mercredi 6 mai 2009
Il y a parfois de ces coïncidences… C’est presque par hasard que je reparlais tout récemment du beau Nicandre, que je ne fréquente plus depuis longtemps. J’avais seulement dit que je l’avais reconnu sur une photo publiée sur le facebook du sublime Callias. Or la mère de Nicandre est venue me parler hier soir sur MSN. Elle voulait savoir si je n’avais pas de nouvelles de son fils. « Il a disparu depuis trois jours, m’a-t-elle dit. Il ne répond plus au téléphone. J’ai tellement peur qu’il lui soit arrivé quelque chose. » « Nicandre n’est-il pas parti passer quelques jours à Bordeaux, ai-je donc demandé à Callias. – Si, pourquoi ? – Parce que je viens de parler à sa mère sur son MSN. Elle croit qu’il a disparu. Elle n’a plus de nouvelles de lui depuis trois jours. – Mais elle est complètement flippée, celle-là . Ce n’est pas parce qu’elle n’a plus de nouvelles de lui qu’il a disparu ! » Quelle sorte de mère peut donc bien être cette dame ? Monstrueusement aimante, j’imagine. Nicandre m’avait dit l’aimer intensément, lui aussi : « Je ne sais pas, m’avait-il même confié, je ne sais pas ce que je deviendrais, si ma mère mourait. » Pauvre Nicandre. Avais-je écrit, à l’époque, qu’il souffrait de trouble panique ? Tityre m’a dit tout à l’heure, au téléphone, qu’il avait dîné hier soir avec Osman, qu’il ne connaissait que de loin, mais qui se trouve être aussi l’ami d’un sien ami. C’est grâce à cette révélation que j’ai compris comment Osman avait pu être informé, comme il me l’a dit tout à l’heure, lui aussi, au téléphone, de ma récente déconvenue avec Phédon sans même m’avoir revu depuis. « Ah ? Tu sais déjà ?, m’étais-je étonné. Les nouvelles vont vite ! Je vais avoir une belle réputation, maintenant… » Tityre aime que je lui parle de mes victoires ou de mes défaites, ce que je fais donc souvent volontiers, par amitié. Mais Tityre est une mauvaise langue, qui ne sait pas la tenir. Pourquoi donc crois-tu, mon blond lecteur, que je me permette de dire tant de choses à ce journal, sans pudeur ou presque ? C’est parce que, la plupart du temps, ces choses sont déjà sues du monde avant même que je les écrive ! Ainsi Camille faisait-il lire à tout le monde mes lettres et mes SMS. Il racontait au premier venu que j’étais phobique social ! Polémon avait d’ailleurs entendu parler de mes névroses avant même de me rencontrer. L’autre soir, pour faire la conversation, Osman racontait ma psychanalyse à Callias et pourquoi j’étais tombé sous le charme de Camille : parce qu’il était roux et qu’il me rappelait une fille que j’avais connue, et parce que ceci, et parce que cela… Grâce à l’impudeur de ce journal, les judas qui me servent d’amis sont un peu moins coupables de leurs indiscrétions. Et comment pourrais-je les leur reprocher ? N’était-ce pas moi qui disais l’autre jour à Didymias qu’il n’avait qu’à tenir sa langue, s’il ne voulait pas que ses secrets fussent trahis ? En disant tout ou presque à ce journal, je me donne l’illusion d’avoir autorisé des révélations qui, de toute façon, seront faites en ma présence ou dans mon dos. Je peux croire ainsi que je garde le contrôle, si ce n’est sur ma vie, du moins sur les récits qui en sont faits ! C’est probablement parce que je ne tiens à personne, pas même à moi, que je me laisse regarder ainsi. S’il y avait quelqu’un qui me fût vraiment cher, sans doute alors reviendrais-je à plus de pudeur, parce que je ne me sentirais pas le droit de me montrer à d’autres yeux que ceux de l’être aimé. Et sans doute m’interdirais-je de parler de lui, pour le protéger des mauvais regards. Je tairais notre amour, ma vie, notre vie, notre bonheur, pour ne pas nous attirer le mauvais œil. Mais que mes lecteurs se rassurent : cela n’arrivera sans doute jamais et ce journal n’aura pas de fin.
03:10 Publié dans 2009, Callias, Didymias, Journal, Nicandre, Osman, Phédon, Polémon, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
05/05/2009
Lundi 4 mai 2009
Je dois me rendre demain à ma douzième séance chez Tirésias et je m’aperçois que je n’ai pas encore parlé de ce dont il avait été question lors de la onzième, la semaine dernière. Quant à la semaine précédente, il n’y eut pas de séance du tout, Tirésias ayant dû s’absenter. Je sais déjà qu’il sera beaucoup question, demain, de ce que j’ai écrit dans ce journal, samedi 2 mai, à propos de Phédon, le petit Guyanais, de sa peau noire, de ma nausée, des tâches marron apparues sur ma peau le lendemain et de ma grande angoisse en les découvrant. J’avais d’ailleurs oublié de préciser, ce jour-là , pensant naïvement que c’était inutile, que l’espèce de dégoût que, très probablement, Phédon m’a inspiré, au point que j’en ai eu la nausée et que j’ai cru que toutes ces tâches étaient apparues sur ma peau dans mon sommeil, comme par contamination, trouve son origine dans mes entrailles. Je ne faisais que tirer les conséquences des associations que j’ai faites, et qui semblent indiquer que c’est parce que Phédon est noir qu’il m’a été impossible de coucher avec lui, c’est-à -dire parce qu’il est tout le contraire du roux et pâle Camille. Mais ces conclusions (ma préférence pour le blanc plutôt que pour le noir) que je me suis permis de tirer ne sont fondées qu’en psychanalyse ! Elles n’ont aucune valeur politique, sociale, intellectuelle, je ne sais comment dire. Il y a pourtant un internaute qui s’est permis de me faire remarquer (sur le site de pédé habituel) que ce que j’avais écrit était « à gerber », pour reprendre ses mots. Et il ne croyait pas si bien dire, car on peut être amené à beaucoup parler en effet des productions de ses entrailles, lors d’une analyse. Est-ce que l’antiracisme s’est déjà si totalement imposé que, même dans les psychanalyses, il faille faire comme si les races n’existaient pas, je veux dire ces différences de couleur qui sautent aux yeux et peuvent avoir une très grande importance pour l’inconscient ? Pourquoi serait-il choquant d’écrire que c’est parce qu’il avait la peau noire qu’on a eu du dégoût pour tel garçon, comme j’ai fait, s’il ne l’est pas de dire, comme ce semble être le cas, puisque personne ne m’en a fait la remarque, qu’on a eu du désir pour tel autre (Camille, en l’occurrence), parce qu’il était roux et qu’il avait la peau très blanche ? J’espère que l’antiracisme ne nous mènera pas si loin, je veux dire jusqu’au point de nous imposer des quotas de Noirs ou d’arabes dans nos relations sexuelles ! Cela dit, si vraiment il me fallait coucher avec un Noir pour prouver ma stricte orthodoxie antiraciste, je crois que je serais tout à fait capable de surmonter mon dégoût, quand une fois j’aurais résolu de le faire. Après tout, je n’ai que rarement du goût pour mes ‘‘clients’’ et je réussis pourtant assez facilement, d’habitude, à faire comme si j’en avais. Mais c’est précisément parce que je ne m’étais pas foncièrement avisé de ce dégoût que je me suis laissé submerger par lui, avec Phédon. J’avais pour ce garçon une curiosité non feinte, parce qu’il me semblait être très différent de l’idée que je m’étais faite jusqu’alors des Noirs, parce que le trouvais réellement attirant lorsqu’il était habillé, et que le désire qu’il m’avait inspiré était sincère. C’est parce que je ne m’attendais pas à ce dégoût qu’il m’a terrassé. D’autant que je n’en ai pris conscience que le lendemain, en tentant d’analyser ma réaction. Sur le moment, j’étais entièrement inconscient de la cause de ce dégoût, ce qui explique que j’y aie si totalement succombé. Tityre, à qui j’ai raconté ma débandade, me dit qu’il trouve surprenant que je parvienne, par instants, à avoir du désir pour des gens qui ne m’en inspirent pas d’ordinaire. (Peut-être devrais-je parler de ce désir paradoxal à Tirésias.) Ce n’est pas la première fois, en effet, que je confiais à Tityre avoir couché avec des gens qui me déplaisent. Je l’ai d’ailleurs encore fait récemment avec Ascylte, après l’avoir invité à nous rejoindre chez Tityre, le onze mars dernier. (Tant que j’en suis à parler d’Ascylte : il m’a rejoint hier soir, sur MSN, pour me dire qu’il avait retrouvé les vœux que je lui avais envoyés au mois de janvier. Il voulait savoir s’il avait pensé à m’en remercier ! J’ai beau tourner notre conversation dans tous les sens, il semble bien qu’Ascylte ait pris cette lettre, qui était pourtant odieuse, pour de véritables vœux de bonheur ! Il m’a parlé de nouveau de ses problèmes de santé et dit souffrir d’une insuffisance corticosurrénalienne. Je n’ai pas la moindre idée de ce que cela peut être. Tout ce que je sais, qu’Ascylte m’a appris, c’est que cette insuffisance a pour conséquence de lui rendre très difficile de bander, de jouir ou même d’avoir du désir. Mais je me demande si cette insuffisance n’a pas aussi de fâcheux effets sur ses capacités intellectuelles. Comment expliquer autrement qu’il ait cru que mes vœux partaient d’un bon sentiment ? « Comme un Romain d’une Sabine. » Comme j’avais repris à côté de mon nom, sur MSN, ces quelques mots, dont la tournure me plaisait, Ascylte m’a demandé ce qu’ils signifiaient pour moi ? Il voulait savoir si j’étais amoureux. (Sans doute y voyait-il, lui aussi, le nom de Camille, qui s’appelle Romain, en réalité, comme j’ai déjà dit.) Je lui ai donc expliqué que c’était une allusion à l’enlèvement des Sabines, parce qu’un garçon s’était récemment emparé de moi, dans une discothèque, ‘‘comme un Romain d’une Sabine’’, pour me faire tourner dans ses bras sur la piste de danse. « Ah ! m’a-t-il répondu, je n’ai jamais entendu parler de cet épisode. » Il ne voyait réellement pas à quoi je faisais allusion ! Est-ce que ce n’est pas effrayant, tout de même, de savoir que les juges d’instruction confient des expertises psychologiques à des hommes qui ne savent pas ce que c’est que l’enlèvement des Sabines ? On ne peut s’empêcher de se demander s’ils ont déjà entendu parler de ce prince de l’antiquité, qui s’appelait Œdipe, et qui avait tué son père et couché avec sa mère… Mais je crois avoir déjà dit dans ce journal qu’Ascylte était un imposteur. Ascylte, c’est Tartuffe à l’époque des cellules psychologiques ! Il voudrait me revoir, pour m’inviter à dîner… Alors qu’il n’a même pas été fichu de bander, lors de notre dernière entrevue !) Voici donc la relation de ma onzième séance avec Tirésias : Je lui ai parlé de ma relation sexuelle avec Didymias. Il m’embrassait trop. C’en était oppressant. (Est-ce qu’il ne me traitait pas comme une femme ?) Je ne supporte pas non plus que ma mère m’embrasse ni me touche. D’ailleurs, je lui ai demandé de ne plus le faire depuis une ou deux années. Elle avait en particulier l’habitude, en m’embrassant, de poser la main sur mon épaule ou de me toucher le cou, ce qui m’était particulièrement pénible. Pendant les relations sexuelles, je trouve angoissant qu’on m’embrasse dans le cou. Cette sorte de plaisir est pour moi une épreuve difficile à affronter. On ne peut pas me faire de suçons à cet endroit (n’ont plus qu’ailleurs, je m’en avise). Ils me donnent l’impression d’être vampirisé. C’est absolument insoutenable. J’ai lu que Freud expliquait en partie l’antisémitisme par le complexe de castration. Je ne suis pas antisémite, mais j’ai une certaine défiance envers l’Islam (circoncision/castration, comme pour l’antisémitisme ?). J’ai plusieurs fois regardé sur Internet des vidéos dans lesquelles des hommes se font trancher la tête par des islamistes (en Afghanistan, le plus souvent). Je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation. De là viendrait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Ma mère a tout d’une mère castratrice. Il m’était pénible de me faire toucher le cou par elle parce que je n’aimais pas la sensation qu’il en résultait d’être sous son emprise (et aussi : courber la tête). « Vous avez le sentiment d’être vampirisé par votre mère », me dit Tirésias. Un garçon circoncis est pour moi l’étranger par excellence. Or j’ai déjà dit que c’est aussi un frère que je voudrais trouver dans l’être aimé, c’est-à -dire quelqu’un de ma race, au sens de famille. Le sexe de mon père : j’ai toujours eu le sentiment que mon père et moi, d’après mon souvenir, avions des sexes de même forme et de même taille, comme s’ils étaient ce par quoi nous pouvons nous considérer de même race. A une époque, ma mère me laissait entendre que c’était à cause de moi qu’elle n’avait pas pu reprendre de vie sentimentale après son divorce d’avec mon père. Elle prétendait qu’à l’époque où elle fréquentait Jacob, le seul amant qu’elle ait eu, immédiatement après le divorce, je leur faisais des scènes terribles lorsqu’ils allaient s’enfermer dans la chambre de ma mère. Je suis presque sûr à présent qu’elle m’a menti. Je n’ai le souvenir d’avoir frappé qu’une fois à leur porte, parce que je ne comprenais pas pourquoi ils s’enfermaient dans la chambre. Ils m’expliquèrent alors qu’ils voulaient être seuls, et je n’ai plus refait de scène. J’imagine à présent que ma mère a inventé que j’avais été excessivement jaloux, pour me rendre responsable de son échec avec les hommes. Ou bien : le refoulement m’a fait oublier que ma mère a raison de me faire ces reproches ? Jacob était photographe. Ses photos, ainsi que celles qu’avaient faites l’un de ses amis, photographe lui aussi, montrent deux enfants malheureux : ma sœur et moi. Ma mère, qui a toujours aimé la beauté de ces photos, les faisait admirer à ses amies. Tout le monde ne voyait que la beauté des photos. Personne ne voyait les enfants malheureux qu’elles représentaient ! (Ma sœur me dit au contraire que c’est ce qui frappait ses propres amies, lorsqu’elles venaient chez nous : notre tristesse sur ces photos.) Maintenant que j’y repense, je me demande si Phédon n’était pas circoncis. J’ai vu sa queue, je l’ai sucée, mais j’avais tellement bu que je ne me souviens plus de ce détail crucial. C’est absurde d’écrire que je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation, d’où s’expliquerait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Cette difficulté est antérieure aux vidéos de décapitation. Sans doute ces dernières ne font-elles que renforcer, d’une part, la difficulté que je disais, et, d’autre part, la défiance que j’ai envers l’Islam, en redoublant en quelque sorte la peur de la castration.
03:45 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Didymias, Jacob, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Phédon, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04/05/2009
Dimanche 3 mai 2009
Au fond, tout ce que demandait Monsieur Véto, c’est de pouvoir me dire, dans les commentaires de mon propre blogue, tout le mal qu’il pensait de moi, tout le mépris que je lui inspirais, mais sans qu’en retour je bronchasse du tout. Est-ce que ce n’est pas le droit de tout homme, après tout, que de provoquer son prochain, de le pousser à bout, et de n’en subir aucune riposte ? Mais dans quelle époque vit-on ? Ce droit que voulait exercer Monsieur Véto, c’est celui de se comporter et d’être traité comme une femme, comme une de ces femmes qui se réservent le droit de rendre la vie impossible à des maris qui ont quant à eux le devoir de garder le sourire ou de baisser la tête ! Il arrive parfois que l’homme la relève, le temps de donner une gifle et d’être conduit en prison. Cela dit sans vouloir tenir de propos discriminatoires à l’encontre des femmes ni faire l’apologie de la violence conjugale, comme on dit de nos jours ! (Attention ! La police veille et lit peut-être encore ce blogue…) Monsieur Véto, c’est un de ces hommes-femmes comme il y en a de plus en plus : c’est un homme émasculé qui, n’en revenant pas d’avoir pris des coups qu’il a tout fait pour recevoir, est allé pleurer dans les bras de sa mère la police. En d’autres temps, heureusement révolus, dois-je m’empresser de préciser, car je n’ai pas non plus l’intention de faire l’apologie des pratiques qui avaient cours alors, cette ridicule affaire se serait probablement terminée par un duel. Mais il est vrai qu’en ces temps, un être aussi petit, aussi pleutre, aussi vile que Monsieur Véto n’aurait sans doute jamais été du nombre de ceux qui portaient l’épée et, d’ailleurs, il n’y aurait pas eu d’affaire, parce que les injures qui me sont reprochées n’auraient jamais été prononcées : une simple bastonnade les aurait remplacées ! Je crois qu’il y a un énorme malentendu relativement au fait que je laisse à mes lecteurs la possibilité de commenter ce blogue. Si les commentaires sont ‘‘ouverts’’, c’est surtout pour laisser à un éventuel prince charmant, pour parler comme un pédé (cela dit sans vouloir offenser la communauté homosexuelle, bien sûr, oh la la, loin de moi cette idée !), pour lui laisser la possibilité, disais-je, de se faire connaître à moi. Evidemment, vue la tournure que ce blogue a prise depuis quelques mois, la venue de cet hypothétique prince charmant est très compromise et ce d’autant plus que je l’ai déjà rencontré, il y a quelques années. Il avait hélas perdu son royaume et sa fortune : c’était don Esteban ! La Providence serait tout de même bien généreuse, et bien indulgente, en me permettant d’en rencontrer un second grâce à ce blogue. Je devrais sans doute m’estimer heureux de tomber sur un maquereau, compte tenu de ce que j’ai pu y écrire ! Je plaisante, évidemment. Moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie de la prostitution dans les pages de ce journal ! Si je laisse ouverts les commentaires, c’est aussi parce que j’aimais lire ceux de Pierre Driout, qui semble hélas avoir définitivement cessé de fréquenter ces lieux. C’est enfin pour ne pas décevoir un peu plus don Esteban, qui ne cesse de me dire que c’est une lâcheté que de les ‘‘fermer’’ ! Le malentendu porte également sur la raison qui me fait publier ce journal sur Internet. Je ne pensais pas avoir à l’écrire, mais enfin, il semble que ce soit nécessaire : si je le publie, ce n’est absolument parce que je suis curieux des réflexions que sa lecture peut inspirer aux internautes, même s’il est vrai qu’il peut m’être agréable de les connaître, lorsqu’elles sont aussi flatteuses que dans le commentaire que m’a laissé par exemple hier un certain Philip. Tout internaute est libre de l’opinion, bonne ou mauvaise, que je lui inspire, bien sûr, mais je trouve fort indélicat qu’on tienne absolument à me dire la mauvaise ici-même : pourquoi donc le faire, si ce n’est pour me blesser, pour me nuire, c’est-à -dire pour assouvir ses plus bas instincts, comme a fait Monsieur Véto, quoique en toute bonne conscience ? On n’a qu’à l’écrire dans son propre blogue ! Non, si je publie le mien, c’est parce qu’il est aux confidences ce que le fuckbuddy est aux amours ! C’est le propre de l’homme que d’avoir à se confier. Et pour être ce que je suis ou ce que je semble être à tous les Monsieur Véto qui lisent peut-être encore ce journal, c’est-à -dire pour leur être le plus souvent des plus détestables, je n’en suis pas moins homme ! Mais j’ai peu d’amis à qui me confier. Dans la confidence, le plus important n’est pas le secrétaire et, d’ailleurs, mes lecteurs les plus attentifs auront bien vu que j’ai peu de secrets pour eux ! Non, le plus important, c’est que ces secrets soient dits. Qu’ils soient dévoilés, chassés de moi, jetés dans l’air ambiant. Dans un tel but, écrire pour soi seul n’est pas suffisant : ce n’est pas tout à fait dire. Je publie donc tout ce que j’écris parce que j’ai besoin de le dire. Il me semble d’ailleurs que c’est également l’un des fondements de la psychanalyse. Je pourrais bien découvrir seul tout ce que je fais depuis que j’ai commencé nos séances avec Tirésias. Mais l’important est de le dire, du moins pour cheminer jusqu’au point de découvrir ce qui a toutes les chances d’être proprement indicible. J’écris ce journal sur Internet parce que je n’ai personne à qui le dire. Même ma mère ne me prêterait pas l’oreille qu’il y faudrait, surtout pas elle, d’ailleurs, qui est complètement folle et probablement la racine de tous mes maux. Pour que mon lecteur puisse se faire une idée de cette marâtre, qu’il songe seulement qu’elle est la première à me dire d’aller me prostituer quand, depuis qu’elle a décidé de devenir avec moi moins prodigue de son argent, je lui demande encore, sans grand espoir, de m’en donner un peu. « Tu n’as qu’à te trouver un vieux riche ou bien aller faire la pute », me répond-elle souvent. Elle le dit sans aucun dégoût pour la pratique qu’elle me recommande, mais comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et le métier le plus fait pour moi, qui ne sais pas faire grand-chose ni de mes mains ni de ma tête, il est vrai, et je ne vois d’ailleurs pas comment je pourrais le nier, ce journal en étant la preuve, ou plutôt l’aveu… Je n’ai pas particulièrement envie de me confier à une mère si disposée à se satisfaire que son fils fasse le plus vieux métier du monde, auquel seule l’antiquité, peut-être, pourrait donner un peu de prestige. Allons ! Il va de soi que je n’y trouve aucun prestige, non plus que de honte. J’espère qu’on voit bien qu’il n’y a dans ce journal nulle apologie de la prostitution. Je ne fais que la constater dans ma vie et dans le monde.
03:22 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Pierre Driout, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02/05/2009
Samedi 2 mai 2009
« Tu peux être fier de toi : tu as gagné. A cause de ta plainte, j’ai passé deux bonnes heures au commissariat de police, pour m’entendre expliquer que j’avais fait l’apologie de la prostitution, que c’était un délit, que j’aurais pu être mis en garde à vue pour cela. Maintenant, quelle sorte de vainqueur seras-tu ? Clément ou acharné ? Cela ne dépend que de toi et relève de ta liberté et de ta conscience. Tiens-tu réellement à me créer de vrais ennuis ? Je veux croire que non et espère donc que tu auras la décence de retirer ta plainte, comme j’ai retiré de mon blogue les injures que j’avais proférées contre toi. C’est uniquement pour te demander de faire cela que je t’écris, et certainement pas pour renouer avec toi. Tout ce que je souhaite, c’est que tu sortes définitivement de ma vie. Je veux pouvoir t’oublier enfin, comme j’avais fait jusqu’alors, et continuer ma route en espérant ne plus jamais croiser de gens tels que toi. » Il me semble avoir retrouvé l’adresse électronique de Monsieur Véto. J’espère qu’elle est toujours valide. C’est cette lettre que je viens de lui envoyer. Osman avait donc rendez-vous hier soir avec le sublime Callias, qui n’était pas à son goût, mais qui était très au mien : le moule qui donne leur forme aux garçons du type qui me plaît le plus semblait avoir été fait sur lui. Plus grand que moi, mince et souple comme une herbe, tel était Callias. J’ai pu constater, en regardant ses photos sur Facebook, qu’il fréquentait ou avait fréquenté Nicandre, qui lui ressemble d’ailleurs beaucoup, et la petite Mélanire. Hélas, ce n’est pas avec le beau Callias que j’ai failli baiser, hier soir, mais avec Phédon, un beau petit Guyanais bondissant, qui, après être venu me regarder pisser, comme pour vérifier la qualité de la marchandise, m’a sauvagement embrassé contre le mur des commodités pour me faire comprendre que je pouvais terminer la soirée chez lui, si je le souhaitais. Mais si j’écris que j’ai failli baiser avec Phédon, c’est parce qu’une fois effectivement rendu chez lui, ayant beaucoup bu et mangé d’un sandwich qui n’était peut-être plus très frais, je fus saisi de nausées qui m’empêchèrent de lui faire ce qu’il aurait voulu. Je n’ai pas eu le temps d’y mettre plus d’un doigt. Pardon pour ces détails, mais le risque était trop grand que je lui vomisse dessus ! D’ailleurs, à peine étais-je rentré chez moi que je reprenais les étreintes, mais cette fois avec la cuvette des W.-C., que j’ai beaucoup embrassée, elle aussi ! En me réveillant ce matin, c’est-à -dire en début d’après-midi, je me suis aperçu que de petites tâches marron étaient apparues sur ma peau pendant mon sommeil. J’ai réellement cru que c’était le Sida qui venait me faire savoir que non seulement je l’avais attrapé, mais encore qu’il s’était déjà déclaré ! Complètement paniqué de me retrouver si tôt à l’article de la mort, je suis allé voir un médecin, qui m’a dit que ce n’était rien de grave : ce n’était que ma peau qui avait cette tendance à produire des tâches marron et il n’était pas même nécessaire d’aller consulter un dermatologue, sauf s’il devait en apparaître trop. Je devais seulement éviter le soleil. Je me suis alors demandé si mon inconscient ne m’avait pas joué quelque tour. Et si je ne m’étais aperçu qu’aujourd’hui de la présence déjà ancienne de ces tâches ? Et si mon inconscient me les avait fait paraître plus sombres, plus marron, plus visibles à ce moment précis, je veux dire parce que je venais juste de presque baiser avec un Noir ? Je crois qu’il faudra que j’en parle à Tirésias. J’ai toujours pensé n’avoir aucune attirance physique pour les Noirs. Est-ce que, sans le vouloir, je me suis fait trop violence en me frottant à ce Noir, au point d’avoir l’illusion que ma peau devenait semblable à la sienne ? Est-ce que la nausée que j’ai eue, hier, n’était pas le fruit de mon imagination, la manifestation physique, comme dans l’hystérie, de causes enfouies, oubliées ? C’était Callias que je désirais. Mais justement parce que c’est lui que je désirais vraiment, je n’ai pas eu le courage de rien entreprendre pour le séduire. Au contraire, je me suis laissé draguer par l’autre, par Phédon, le petit Noir, sans lui résister du tout. Je me suis laissé porter par lui, et même littéralement, quand à un certain moment, il s’est emparé de moi, comme un Romain d’une Sabine, pour me faire tournoyer dans ses bras sur la piste de danse. Mais en me laissant faire ainsi, je me demande si je n’ai pas violé une part enfouie de moi, qui ne veut pas du noir. Je suis extrêmement sensible à la blancheur des peaux. Je me souviens que les tétons presque blancs de Camille me rendaient fou. Pendant toute mon adolescence, et longtemps encore après, j’ai absolument refusé de laisser ma peau bronzer au soleil. Que sont donc ce noir et ce blanc qui semblent avoir tant d’importance pour moi ? Pureté et impureté ? Excréments et lait ? Je ne sais. Mes mains tremblent en l’écrivant. C’est sans chercher à faire une heureuse comparaison que j’ai dit : « comme un Romain d’une Sabine ». Ces mots me sont spontanément venus sous la plume au moment de les écrire. C’en est presque effrayant. Romain est le véritable nom de Camille. Quand j’étais adolescent, je suis tombé amoureux d’une très belle fille qui s’appelait Sabine et dont la peau était d’une éclatante blancheur. Elle s’était jouée de moi, un jour, en me faisant croire être tombée amoureuse d’un garçon qui me plaisait beaucoup lui aussi, et dont j’étais également amoureux. Ce n’était qu’une farce que le garçon et la fille avaient voulu me faire, mais j’avais été absolument incapable de la subir, d’y faire face. Je crois que j’avais eu une espèce de crise de panique : j’étais parti en courant, absolument incapable de me contrôler, absolument incapable de réagir autrement. « Comme un Romain d’une Sabine. » Est-ce que mon inconscient veut me dire que Romain, c’est-à -dire Camille dans ce journal, fut pour moi une nouvelle Sabine, son descendant, et non seulement un nouveau julien ni une nouvelle Anja, rousse elle aussi, et très pâle ? Quand je me suis mis dans ce journal à donner des pseudonymes aux personnages de ma vie, j’ai d’abord pris le parti (auquel j’ai renoncé depuis) de donner à mes amants des noms assonant parfaitement entre eux : Damis, Alcide, Camille. Or, a et i sont les deux voyelles qu’on entend en prononçant le nom de Sabine. En inventant Julien, j’avais imaginé que, tel une dame de l’hôtel de Rambouillet, il s’était donné l’un de ces noms dont précieux et précieuses aimaient s’affubler. Ce nom, c’était Daphnis : a et i, déjà .
22:37 Publié dans 2009, Alcide, Callias, Camille, Damis, Journal, Julien, Mélanire, Monsieur Véto, Nicandre, Osman, Phédon, Sabine, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
01/05/2009
Vendredi 1er mai 2009
Mes lecteurs les plus fidèles se souviennent peut-être de ce petit vétérinaire à cheveux longs dont je n’avais pas su reconnaître tout le génie poétique. Il m’est désormais interdit d’écrire son nom dans ce journal, puisque c’est lui qui a porté plainte contre moi pour injure. Pour préserver son anonymat, appelons-le donc désormais Monsieur Véto. J’ai relu les quelques sonnets de lui que j’avais conservés dans mes archives, et force m’est de constater que je m’étais trompé. Persevare diabolicum : je tiens donc absolument à faire savoir à mes quelques lecteurs, car je crois qu’il m’est encore permis de le faire publiquement, que j’ai révisé mon jugement sur ces vers, qui sont bien dignes des plus grands poètes. Monsieur Véto est sans conteste le Virgile qui manquait à notre siècle naissant. Je ne m’explique toujours pas comment je ne m’en étais pas rendu compte à ma première lecture. Qu’on en juge plutôt en lisant ce sonnet qu’il avait lui-même publié dans les commentaires de ce blogue, en juin 2008 : L’Intransigeant. Le David qui signait cette œuvre évidemment magistrale est bien notre Monsieur Véto : c’est de ce faux nom (David ou David Marso) qu’il signait encore ses commentaires à l’époque. C’est moi qui avais exhorté ce lâche, qui tenait tant à me faire connaître le mépris et le dégoût que je lui inspirais, à avoir au moins le courage, le tout petit courage (car il me semble qu’il n’en faut pas plus) de signer ses minables commentaires de son véritable nom. J’aurais mieux fait de me taire car il se laissa convaincre. Sans doute, pourtant, n’aurait-il jamais pu porter plainte contre l’auteur d’injures formulées à l’encontre d’un prénom ni d’un faux nom. Ce n’est que de ces injures que je veux parler ce soir. Je dois à la vérité de dire, d’une part, que je me suis bien rendu coupable de les avoir proférées et, d’autre part, que Monsieur Véto n’a porté plainte que contre ces injures. Ce n’est que parce que l’attention de la police a été attirée sur les deux ou trois textes où ces injures ont été proférées et dans lesquels il était question de prostitution qu’il peut m’être également reproché d’en avoir fait l’apologie. Je reviendrai sur cette question de l’apologie de la prostitution demain ou dans les jours suivants, quand j’en aurai le temps. Quant à l’accusation qui pourrait également m’être faite d’avoir incité à la haine et tenu des propos discriminatoires contre les homosexuels, qui vont évidemment avec celle d’injure, je ne tiens pas à en parler du tout, du moins pour l’instant. Je laisse ces délicates questions de haine et de discriminations aux illuminés qui veulent nous enterrer vivants. Qu’on ne me demande pas ce que j’entends par ce nous, je crois que j’ai déjà assez d’ennuis comme cela. Il me faut tout de même garder la tête froide : pour l’instant, on n’a fait que porter plainte contre moi et j’ai été entendu par la police. Je ne suis pas encore poursuivi et j’espère que ça n’arrivera pas. C’est volontairement que j’ai effacé le nom de Monsieur Véto des pages de ce journal ainsi que les phrases qui me sont ou pourraient m’être reprochées, pour montrer en quelque sorte ma bonne volonté. C’est d’ailleurs une chose qui m’a paru très étrange. Si je n’avais pas moi-même proposé d’effacer le nom de Monsieur Véto des pages de ce journal, les policiers ne m’auraient manifestement pas demandé de le faire. Ce ne semblait pas non plus être une revendication de ma malheureuse victime, qui ne paraissait que vouloir me reprocher les injures à son encontre, sans se soucier du tout de me faire mettre fin à leur publicité. Je vois dans ce fait une preuve évidente de sa mauvaise foi et de sa malveillance. Quand, à la fin de ma déposition, les policiers m’ont demandé si j’avais quelque chose à ajouter, j’ai donc insisté pour qu’il soit inscrit dans le procès verbal que je trouvais surprenant que Monsieur Véto, avant de porter plainte contre moi, n’ait pas même essayé, par ses propres moyens, c’est-à -dire en me le demandant par courriel, de me faire effacer les injures dont il était victime. Je voulais qu’il soit bien indiqué que je trouvais paradoxal qu’il soit porté plainte contre moi pour des injures qu’on ne se souciait absolument pas de me faire retirer de mon blogue. J’ai la conviction que tout ce qui importait à Monsieur Véto, c’était d’avoir un motif de porter plainte contre moi, pour pouvoir me faire du mal, pour avoir le dernier mot. S’il n’a pas songé à me faire effacer les injures qu’il me reprochait, c’était sans doute de peur de perdre la preuve du délit, indispensable pour me nuire. Cela ne change rien au fait qu’il est dans son bon droit. Légalement, il est indubitablement ma victime. Moralement, je suis la sienne. Je commence même à me demander s’il ne m’a pas tendu un piège dans lequel je suis bien bêtement tombé. J’ai déjà dit que j’étais bête. Je reproche à Monsieur Véto de ne pas m’avoir demandé de retirer de ce blogue mes injures. On pourrait cependant m’objecter qu’il ne pouvait plus le faire dans les commentaires, parce que j’avais bloquée son adresse IP. Il ne l’a pas pu beaucoup plus longtemps par courriel, parce que j’ai très rapidement fini par bloquer également son adresse électronique. Cela dit, si vraiment il lui avait été si insupportable d’être publiquement injurié (et pour qui ne le serait-ce pas ?), je reste convaincu qu’il aurait eu la présence d’esprit soit de se connecter depuis un ordinateur dont l’adresse IP n’était pas bloquée sur mon blogue, soit de m’envoyer un courriel depuis une autre adresse électronique (il est très simple et rapide d’en créer). Seulement, il ne voulait pas que ces injures disparussent de mon blogue. D’ailleurs, celle qui m’est le plus reprochée a été proférée le 2 janvier 2009. Ce jour-là , j’avais commencé par écrire que j’avais malencontreusement effacé le courrier électronique que m’avait envoyé Monsieur Véto, que j’aurais voulu recopier dans mon journal et qui m’avait mis dans une colère telle que j’avais fini par proférer ladite injure. Le lendemain, je pouvais enfin recopier la lettre perdue, ainsi que la seconde qui l’accompagnait : c’était Monsieur Véto lui-même qui me les avait envoyées, preuve qu’il pouvait encore m’écrire à ce moment-là . On peut les retrouver et lire à leur place dans ce journal : je n’y trouve aucun souci de voir disparaître cette première injure censée l’avoir tellement blessé ! Il conclut sa lettre par un adieu peu sincère, puisque, quelques jours plus tard, il allait donc porter plainte contre moi. J’avais très vite fini par complètement l’oublier, jusqu’à ce qu’hier, au commissariat, le beau policier me dise : « Est-ce que vous savez pourquoi vous êtes ici ? – Non, je n’en ai aucune idée. – Monsieur Véto, ça vous dit quelque chose ? » C’est donc ainsi que les messieurs Véto font leurs adieux. Je le répète, moralement, la victime de Monsieur Véto, c’est moi, même si, bien sûr, il n’est pas question de nier les injures dont je suis l’auteur. Elles sont même d’une violence rare dans ce blogue, à la mesure de l’exaspération dans laquelle il m’avait mise. Il y avait longtemps déjà que nous n’étions plus du tout en bons termes. Je ne désirais rien tant que de ne plus avoir aucune nouvelle de lui, de le voir sortir enfin complètement de ma vie. Pourtant, il continuait occasionnellement à se rappeler à mon bon souvenir, en versant son fiel dans des commentaires ou des courriers électroniques pleins de la pire des méchancetés : celle des bonnes consciences ! Déjà , en juillet 2008, j’avais bien des griefs contre Monsieur Véto. Suite à leur énoncé, ce pénible avait laissé deux commentaires que je m’étais empressé d’effacer. C’est dans ces commentaires qu’il s’était mis à signer de son vrai nom, nom que j’avais effacé dès cette époque, mais que j’avais naturellement utilisé en janvier 2009, lors de l’épisode où furent proférées les injures qui me sont reprochées, puisque je savais qu’il n’en faisait plus mystère. Du second commentaire, je n’avais lu que le mot connard, écrit en lettres capitales. Ce seul gros mot m’avait suffi, je n’avais pas pris la peine de lire le reste, effacé aussitôt. Je le regrette un peu, parce qu’un autre internaute, qui avait signé du nom de Pierre, m’avait alors écrit ceci : « Quel dommage d’avoir caviardé le commentaire du futur vétérinaire, qui montrait qu’il a, non seulement une plume, mais aussi des couilles. » En réalité, si je regrette d’avoir effacé ce commentaire, c’est surtout parce que Monsieur Véto, en utilisant ce mot de connard, y proférait vraisemblablement lui aussi au moins une injure à mon encontre. Je ne puis néanmoins pas en jurer, puisque je n’avais pas lu ledit commentaire à l’époque. Il est donc également possible que ce mot de connard fut appliqué à un autre que moi, même si cela me paraît peu vraisemblable. Si je n’avais pas effacé ce commentaire, j’aurais peut-être eu une autre preuve de la malveillance et de la mauvaise foi de Monsieur Véto, qui prétendrait donc me reprocher de lui avoir fait publiquement ce que lui aussi des mois plus tôt. Il est vrai que connard est une bien plus petite injure que celles qui me sont reprochées. Mais bon… J’ai encore l’adresse électronique de l’internaute qui regrettait que j’aie effacé le ‘‘couillu’’ commentaire de Monsieur Véto. Peut-être pourrais-je lui écrire pour lui demander s’il se souvient de son contenu, de ce bel adjectif qui m’était peut-être destiné, et si, en cas de nécessité, je pourrais compter sur son témoignage. Mais c’est peut-être beaucoup demander, beaucoup espérer, et même craindre plus qu’il ne faut, sans doute, car la situation me semble loin d’être si grave qu’on pourrait le croire, pour l’instant. D’ailleurs, aux lecteurs qui disent être consternés par ce qu’il m’arrive, il me faut dire qu’à strictement parler : il ne m’est rien arrivé. Et j’espère qu’il ne se passera rien d’autre. J’ai l’intention d’écrire à Monsieur Véto pour lui demander de retirer sa plainte, si c’est possible. Peut-être a-t-il une conscience, après tout, et non pas seulement bonne conscience. On peut toujours rêver. De toute façon, je le remercie au moins pour une chose : j’espère pouvoir me souvenir toute ma vie de son mauvais exemple. Moi aussi, pour d’autres raisons, j’ai été très tenté de dénoncer quelqu’un que je n’aime pas. J’espère sincèrement ne jamais tomber aussi bas, aussi bas que Monsieur Véto, même si la tentation en est grande, parfois. J’ai plusieurs fois déjà failli le faire. Je m’éviterai aussi le ridicule. Car Monsieur Véto n’est que cela, un ridicule. Les policiers eux-mêmes, qui m’ont confié traiter une telle affaire pour la première fois de leur carrière, en semblaient embarrassés. Je ne veux pas donner l’impression de me défiler en me faisant passer pour la victime, au moins moralement, de Monsieur Véto. J’écrivais hier que ce journal était d’un ironique. Je crois que j’ai toujours pensé que l’homme était foncièrement mauvais. Monsieur Véto, qui est un type humain désormais, et non plus seulement ma victime, en est la preuve vivante. Mais parce que je suis des hommes celui que je connais le mieux, même si je me connais fort peu, finalement, je me suis choisi pour sujet, afin de donner à voir toute cette malignité, toute cette crasse humaine, d’où il peut tout de même arriver, par bonheur, que perce un brin de muguet, comme hier soir celui de Tityre, que se dessine un sourire, que s’entrouvrent des lèvres, que se ferment des bras ou que s’écrivent des phrases. C’est hier que j’étais abattu. Ce soir, je suis tout joyeux d’avoir trouvé de nouveaux aliments pour ce journal. Osman m’attend qui doit retrouver un possible plan dans un bar. Je continuerai donc demain, si l’alcool ingurgité cette nuit ne me terrasse pas dans la journée.
23:17 Publié dans 2009, Journal, Monsieur Véto | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Jeudi 30 avril 2009
Tityre a eu beau m’offrir ce joli brin de muguet de son jardin, je me sens complètement abattu au moment d’écrire ces quelques lignes. J’ai donc passé presque deux heures cet après-midi au commissariat de police, où j’étais convoqué. Un lecteur de ce blogue avait porté plainte contre moi pour des injures que j’avais portées contre lui au mois de janvier. Mais les faits qui pourraient m’être reprochés, si le procureur donnait suite à l’affaire, ce qui, j’espère, n’arrivera pas, ne sont pas que l’injure, mais aussi l’incitation à la haine ou la tenue de propos discriminatoires (contre les homosexuels), et même la promotion de la prostitution ! J’en reparlerai demain ou après-demain. Je devrai d’abord faire disparaître de ce site les occurrences du nom de la personne injuriée, comme je me suis engagé à le faire tout à l’heure. Bien sûr, je ne nie pas l’avoir injuriée, je reviendrai sur ce point. Par contre, je trouve surprenant qu’il me soit reproché d’avoir promu la prostitution. Ce n’est pas le fait que je reconnaisse me prostituer occasionnellement qui m’est reproché, mais d’avoir écrit ces mots : « Et je fais ainsi [me prostituer] pour financer une grande partie de ce qu’il y a de superflu dans mes dépenses ; et parfois même, dans les mois difficiles, pour payer le nécessaire, pour acheter de quoi manger ou de quoi faire le plein de la voiture. Je trouve cela moins dégradant que de donner des cours particuliers de français ou de latin à tous ces enfants que j’ai en horreur et que je trouve de plus en plus obscènes. » C’est le fait que je dise dans ce blogue que je trouve cela moins dégradant qu’un autre travail qui est apparemment un délit. J’avais naïvement cru qu’il y avait assez d’ironie dans une telle phrase pour me disculper ! J’ai déjà dit que j’étais un naïf. Est-ce que ce n’est pas évident, que ce journal n’est pas d’un cynique, mais d’un ironique ? De toute façon, il m’était impossible de me défendre, puisqu’il ne me fallait rendre compte que des deux ou trois phrases qui m’étaient reprochées, deux ou trois sur les milliers que j’ai écrites. Alors l’ironie… Il y a quelque temps déjà que j’envisage de ne plus me prostituer du tout. Sans trouver ma prostitution spécialement dégradante (je ne parle que de la mienne), je ne la trouve finalement pas très heureuse. D’ailleurs, en allant l’autre jour m’informer à la CAF sur ce que serait le futur RSA, je me suis laissé convaincre par la personne qui m’a reçu de me réinscrire au RMI, en attendant la mise en place du nouveau dispositif. En gagnant en moyenne, grâce à mon travail de distributeur de prospectus, disons 320 EUR par mois, je pourrais presque doubler mes revenus grâce au RSA et gagner un peu moins de 600 EUR. Je n’aurais alors vraiment plus besoin de me prostituer, sachant me contenter de peu. Mais j’aurai aussi à reparler du RMI et du RSA dans ce journal. S’il y a des enfants qui lisent ce blogue (comme s’il y en avait, ou même des adolescents !) : la prostitution n’est vraiment pas une solution ; ce sont au contraire de gros problèmes en perspective… La preuve ! Amen !
03:41 Publié dans 2009, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
30/04/2009
Mercredi 29 avril 2009
Je rentre à l’instant d’un petit dîner chez Tityre, avec Parthénie. Cet après-midi, comme j’étais au supermarché, coup de téléphone du petit Chrysanthe, qui voulait savoir si j’étais occupé, ce qui signifie qu’il avait envie de baiser. « Non, je suis dans tel supermarché, là . – Et moi, je ne suis pas loin, au dernier arrêt de bus avant la sortie de la ville. – Attends-moi, j’arrive. » J’aime beaucoup le petit Chrysanthe, je crois que c’est avec lui que je m’entends le mieux, sexuellement. Peut-être est-ce parce qu’il est très jeune (il a tout de même dix-huit ans, la morale est donc sauve !) et qu’il a en grande partie appris à baiser avec moi. Mais je crois que cela tient aussi à son caractère propre, à sa grande douceur, à ses sourires, à sa façon d’avoir presque toujours les yeux ouverts, et de regarder, de me regarder dans les yeux. D’habitude, quand j’embrasse (si j’embrasse, car il est très rare que j’aime embrasser, même si parfois, je consens à le faire, malgré mon dégoût), je le fais plutôt les yeux fermés. Mais non pas avec lui : même en nous embrassant, nous nous regardons dans les yeux. Il y a aussi quelque chose de rare, avec lui : c’est que j’en supporte la présence après avoir joui, et réciproquement. Il ne se rhabille pas tout de suite, continue de me caresser, de me regarder, de m’embrasser : et ça ne me gêne pas. Sans doute serais-je capable de dormir avec lui. Mais parce qu’il n’est libre que la journée, nous n’avons jamais baisé qu’en plein jour, dans ma chambre, qui est particulièrement lumineuse, contrairement à celle de la rue des Cordeliers. Chrysanthe est tout le contraire de Géronte, qui a peut-être bien trois ou quatre fois son âge et ne veut baiser que dans le noir complet, mais avec qui je m’entends également très bien sexuellement. J’ai également dîné chez Tityre, hier soir, avec Agathon, l’histrion rimailleur, et Polysarque, son énorme mignon. Pendant cette soirée, j’ai reçu un coup de téléphone de Didymias, l’énamouré de samedi, à qui il me faut bien donner un nom, puisque je suis amené à reparler de lui. Je n’ai pas décroché, puisque j’étais chez Tityre. Mais il m’a laissé un message sur mon répondeur, dans lequel il m’expliquait d’une voix d’outre-tombe que je n’avais rien compris, qu’il fallait que je fasse attention à ce que je dis, et à qui je le dis, et que j’en avais encore pour de nombreuses années d’analyse ! (C’est aussi la dernière trouvaille de ma mère : à chaque fois que je lui dis quelque chose qui lui déplaît, elle me dit que je suis loin d’en avoir terminé avec mon analyse !) Une fois rentré chez moi, je me suis donc connecté à MSN, pour savoir ce que me voulait exactement ce grand fou de Didymias, qui me fait un peu penser à ces femmes complètement hystériques que mon père prenait pour maîtresses. Il était furieux que j’aie rapporté à Géronte qu’il m’avait révélé qu’il était séropositif. Ce dernier, avec qui je continue de baiser une ou deux fois par mois, mais qui est apparemment dans le déni le plus complet et fait avec moi comme Hiéronymus avec ma sœur, me laissant entendre qu’il n’est pas contaminé sans jamais aller néanmoins jusqu’à me dire clairement qu’il est séronégatif, avait donné à Didymias, quelques heures plus tôt, également sur MSN, tous les noms d’oiseau qu’on peut imaginer, furieux qu’il était d’avoir été trahi par lui. Car Didymias était le premier à me dire qu’il était sûr que Géronte était séropositif. Tityre et Osman n’avaient fait que me dire que Géronte était réputé tel, ce qui n’est pas du tout la même chose. Didymias m’avait dit quant à lui qu’il le tenait de Géronte lui-même, qui s’était confié à lui. Je m’étais donc dit que, puisque la séropositivité de Géronte était avérée, c’était pour moi le moment de lui donner à mon tour l’occasion de se confier à moi. Car je trouvais injuste qu’il se soit confié à ce Didymias, avec qui il n’avait pas même désiré baiser, quand il le fait si volontiers avec moi, mais sans rien m’avoir dit. Bref ! Géronte se sentait trahi par Didymias et Didymias par moi. J’ai dit à Didymias qu’il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même et qu’il devrait apprendre à tenir sa langue, s’il ne veut pas que ses secrets soient trahis ; que Géronte avait toujours été très gentil pour moi, que je m’entendais très bien avec lui et que j’avais voulu lui donner l’occasion de me faire des confidences, sans pour autant penser que c’était trahir celui qui m’en avait donné l’occasion, à qui je ne me sens d’ailleurs pas lié pour m’être une fois glissé dans son lit. C’est aussi pendant l’acte, que Didymias devrait tenir sa langue, parce qu’il avait une fâcheuse tendance à m’en encombrer la bouche, samedi soir, c’était vraiment très pénible. Cet après-midi, Chrysanthe m’embrassait parce qu’il voulait s’offrir un peu plus à moi : Didymias le faisait l’autre jour parce qu’il croyait que je lui appartenais déjà !
01:26 Publié dans 2009, Agathon, Chrysanthe, Didymias, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma mère, Osman, Parthénie, Polysarque, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
26/04/2009
Samedi 25 avril 2009
« Je pourrais te regarder pendant des heures », me disait-il de sa voix énamourée, entre deux plongeons de sa bouche au fond de la mienne. Mais le pire, c’est qu’il l’a fait ! Pendant des heures, il m’a littéralement dévoré des yeux, quand ce n’était pas de la bouche. Il enfonçait sa langue si loin dans ma gorge que j’ai l’impression que son haleine de fumeur y est restée ! Mon corps n’est plus qu’une plaie à vif, à cause de sa barbe de trois jours, dont il a fouillé chaque parcelle de ma peau. J’ai l’impression d’avoir fait l’amour avec une râpe à fromage. Il s’intéressait apparemment à la psychanalyse. « Crois-tu que tu pourrais devenir hétérosexuel, au terme de ton analyse ? », m’a-t-il demandé, l’air inquiet. Ce serait fort souhaitable, car l’homosexualité est du plus mauvais effet sur ma peau. « Quelle perte ce serait pour nous autres », a-t-il ajouté, ce qui n’était pas pour me déplaire. Il connaissait Osman, dont il se prétendait amoureux, jusqu’à ce que, jaloux, je me mette à faire le garçon qui s’offre entièrement. L’affectation d’un certain regard, le plus bleu possible, transparent et vert par instants, lancé par en-dessous, c’est-à -dire, le plus souvent, du creux du bras de celui qu’on veut captiver, un silence intense et fasciné suffisent généralement à donner cette illusion. Qu’on feigne alors de vouloir reprendre ses esprits en se redressant un peu, mais pour aussitôt laisser tomber une tête définitivement vaincue sur la poitrine de la victime : le nez dans mes cheveux, c’est alors sa propre défaite qu’elle respire, son propre abandon. A peine avait-il joui qu’il me parlait déjà de faire avec moi sa vie, ce grand fou ! « Mais tu m’as dit tout à l’heure que tu étais amoureux d’Osman ! C’est donc cela, ta technique ? Feindre l’amour avec les garçons dont tu veux venir à bout ? » J’ai prétexté d’être offensé pour m’en aller sans trop passer pour un salaud. Car je n’arrive toujours pas à dormir avec quelqu’un dans le même lit que moi : Camille était une exception. Il connaissait aussi Géronte et avait entendu parler du père de Camille, sans néanmoins savoir qu’il était aussi pédé que son fils.
05:35 Publié dans 2009, Camille, Didymias, Géronte, Journal, Osman | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23/04/2009
Mercredi 22 avril 2009
Tout à l’heure, coup de téléphone de la police, qui était fort étonnée de mon absence à un rendez-vous prévu depuis longtemps, m’assura-t-elle, mais auquel je n’ai jamais reçu la convocation, qui s’est peut-être perdue au milieu des prospectus de ma boîte aux lettres, à moins qu’elle n’ait été égarée par la poste, ce qui est tout de même plus vraisemblable. Un nouveau rendez-vous a été pris pour le jeudi 30 avril. « Cette convocation, puis-je vous demander à quel sujet ? – Non », me fut-il répondu par la policière, « on vous le dira quand vous serez venu. » Peut-être est-ce qu’on veut me confronter à ce basané qui m’avait rossé parce que j’avais osé traverser la rue sur les clous ; peut-être à l’excité qui avait arraché le rétroviseur de ma voiture. Peut-être, au contraire, est-ce moi qui ai commis un délit sans le savoir. Ou peut-être que quelqu’un, qui a lu quelque chose de répréhensible dans les pages de ce journal, a décidé de me dénoncer ? Ce chien d’Ascylte ? Camille, diabolique minet de gouttière ? Hiéronymus, l’empoisonneur ? Je verrai bien. Nous avons décidément les mêmes goûts en matière de garçons, ma sœur et moi : dînant avec moi, ce soir, Julie m’a fait en effet cette confidence qu’elle avait été fort ébranlée, le jour où je lui avais présenté Camille : non seulement il correspondait parfaitement à son type de garçons, mais encore lui rappelait-il énormément Hiéronymus ou cet autre jeune homme dont elle a été très amoureuse, qui s’appelait Julien, et qui me trouvait beau !
01:55 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Hieronymus, Journal, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/04/2009
Vendredi 17 avril 2009
Hier soir, dixième séance chez Tirésias, durant laquelle il ne fut question presque que de ma sœur. Dimanche 12 avril, lors du dîner, Julie a dit qu’elle enviait l’étroitesse du lien qu’il y avait entre notre mère et moi. Selon ma sœur, nous serions parfois capables de nous comprendre sans même nous parler. Il y a certains de nos silences qu’elle ne comprend pas du tout, mais qu’elle voit bien qui sont parlants pour nous. Comme Cyrille n’était pas présent à ce dîner, parce qu’il avait, ce week-end, la garde de son fils, dont la présence nous est insupportable, à ma mère et moi, qui avons l’agitation des enfants en horreur, je me suis fait la réflexion que nous étions bien égoïstes de ne pas faire l’effort de tolérer davantage le père et le fils. Je me suis également demandé si notre insistance à exhorter Julie à quitter son amant n’avait pas quelque chose de malsain. En quoi cela nous regarde-t-il donc ? Après tout, ma sœur est libre de mener sa vie comme elle l’entend. Il est décidément bien vrai que je ressemble énormément à ma mère, par mon intolérance et mes dégoûts, et cette réalité m’est pénible, car ma mère est une femme à qui je n’aime(rais) vraiment pas ressembler ! Ce m’est d’autant plus pénible que je ne puis m’empêcher de penser que c’est à cause d’elle, et précisément de ses dégoûts, que je suis devenu cet être névrotique qui va s’allonger toutes les semaines sur un divan chez Tirésias. Ce dernier me demande quel type de relation j’entretiens avec ma sœur. Je lui réponds qu’elle est présente dans ma vie comme une évidence : c’est comme si elle avait toujours été là . Peut-être aussi ai-je le sentiment qu’elle m’appartient, puisqu’il me déplaît tant qu’elle ait un Cyrille pour amant. Je ne suis pourtant pas amoureux d’elle, même si j’ai déjà eu l’occasion de parler à Tirésias d’une espèce d’éphémère inceste entre elle et moi, il y a fort longtemps. Comme Cyrille n’était pas là , dimanche dernier, Julie a profité de son absence pour nous faire quelques nouvelles révélations sur lui, grâce auxquelles ma mauvaise conscience n’a pas duré bien longtemps. Au contraire, ce qu’elle nous a appris n’a fait que nous conforter, ma mère et moi, dans la mauvaise opinion que nous avons de lui. Pour commencer, ma sœur nous a redit les forts soupçons que lui avaient inspirés certaines confidences de l’ex-femme de Cyrille sur le cancer des poumons dont il leur avait dit qu’il était atteint. Non seulement personne ne l’a jamais vu se soigner, mais encore serait-il malgré tout presque guéri… Ce n’est pas la première fois qu’un amant de ma sœur lui ment sur des sujets aussi graves. Déjà Hiéronymus lui avait caché qu’il était séropositif. « L’ami de votre sœur serait donc un affabulateur », me dit Tirésias. C’est cela : un affabulateur, qui profite de la crédulité de Julie, crédulité qui n’est d’ailleurs pas loin de me laisser pantois. Pour avoir avec elle des relations sexuelles sans préservatif, celui-ci a en effet réussi à lui faire croire, je ne sais comment, qu’il se faisait prescrire un traitement préventif contre le Sida ! Ce n’est qu’en parlant de ce prétendu traitement au médecin qui la suit que ma sœur, cette sotte, a compris que Cyrille s’était probablement fichu d’elle. Si ce dernier faisait allusion au traitement prophylactique prescrit en cas d’urgence après une exposition au virus, son docteur a expliqué à ma sœur qu’aucun médecin digne de ce nom ne le prescrirait à quelqu’un qui ne cacherait pas qu’il voudrait le recevoir dans le but d’avoir des relations sexuelles non protégées avec une personne séropositive, ne serait-ce que parce que son efficacité n’est pas assurée (aux dernières nouvelles, lui a rappelé son docteur, il n’y a toujours pas de vaccin contre le Sida !). D’autre part, ce traitement coûte une fortune, et ce serait une aberration économique que de le prescrire dans un tel but, surtout avec tant de risques. Soit Cyrille a menti à ma sœur, soit il ment régulièrement à des médecins pour se faire prescrire ledit traitement, soit enfin il a trouvé un médecin véreux qui a bien voulu entrer dans son jeu. Autrement dit : soit il ment, soit il vole, soit il ment et vole. Au cas où il serait bien un voleur, ce qui ne m’étonnerait guère, ma sœur lui a montré ses propres feuilles de remboursement, pour qu’il ait une idée de l’importance des sommes qu’il détourne et cesse de le faire, parce qu’elle croit sans doute qu’il a une conscience… Apparemment, Cyrille et ma sœur ont déjà ‘‘pris des risques’’, comme on dit pudiquement, parce que celle-ci semble craindre de l’avoir contaminé. Elle nous a en effet parlé, à ma mère et moi, de son désir de lui faire signer un document dans lequel il reconnaîtrait avoir toujours été conscient de la séropositivité de ma sœur et n’avoir donc pu être contaminé, le cas échéant, qu’en connaissance de cause… Elle craint en effet qu’en cas de séparation (et de contamination), Cyrille l’attaque en justice, influencé par sa mère et sa sœur, qui la détestent et seraient ‘‘deux vraies connes’’, à ce que dit ma sœur, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elles sont du même moule que le grand C. Il me paraît évident que ma sœur, qui n’a jamais été éprise de Cyrille, comme je l’ai toujours dit, n’ose pas le quitter pour plusieurs raisons, dont cette peur de l’avoir contaminé et d’être inquiétée pour cela. Julie semble d’autre part être entièrement sous l’emprise de Cyrille, qui est un affabulateur, comme j’ai déjà dit, et un manipulateur, comme l’était d’ailleurs Camille. Pour l’instant, ma sœur n’admet pas qu’elle est manipulée : elle croit naïvement être celle des deux qui porte la ceinture, parce qu’elle a littéralement entretenu Cyrille pendant plus d’un an et que c’est encore elle qui tient les cordons de leurs deux bourses, parce qu’elle estime que l’argent qu’il gagne pour l’instant lui revient en remboursement des dépenses qu’elle a faites auparavant pour lui. Mais elle ne comprend pas que l’espèce de confort matériel qu’elle a donné à Cyrille et que les ‘‘facilités de caisse’’ qu’elle lui permet encore sont l’heureuse conséquence pour lui d’une manipulation à laquelle elle ne veut pas croire justement parce qu’elle lui donne l’illusion d’être celle qui manie l’argent. Mais encore récemment, elle a vu sa facture de téléphone multipliée par quatre parce que Cyrille avait passé des appels professionnels vers des téléphones portables depuis la ligne fixe de ma sœur. Parce qu’il ne lui avait rien dit, celle-ci ne s’en est aperçue qu’en recevant sa facture. Comme elle a pu lui faire une mercuriale, elle croit être celle qui mène la barque mais, en attendant, c’est bien Cyrille qui a profité de l’espèce d’avance que ma sœur lui a faite et dont la dette s’ajoute à toutes les autres, dont il a tout le loisir de remettre le remboursement aux calendes grecques. Il semblerait enfin que Cyrille garde ma sœur sous son emprise par la terreur. Il y a eu en effet une suite au grotesque épisode de juillet 2008 durant lequel Cyrille avait voulu, par jalousie, ‘‘casser les genoux’’ de Fred, l’ancien amant de julie, suite que cette dernière ne nous a donc apprise que dimanche. Une fois rentrée chez elle, ce soir-là , celle-ci a retrouvé un Cyrille qui, toujours aussi furieux, a sorti de sous leur lit un fusil de chasse avec lequel il est allé s’asseoir dans le salon, laissant dans leur chambre, dont il avait refermé la porte, ma sœur complètement terrorisée, qui se demandait s’il préparait son suicide ou son meurtre… Quand enfin ma sœur a trouvé le courage de sortir de la chambre et de demander à ce furieux ce qu’il comptait faire avec son fusil, celui-ci, qui s’était apparemment un peu calmé, lui a répondu qu’il était tout simplement en train de nettoyer l’arme, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à une heure si tardive, après avoir passé la plus grande partie de la soirée à errer dans les rues de Mont-de-Marsan à la recherche du pauvre Fred, dont il voulait tout de même casser les genoux, comme j’ai dit… Il me semble évident que Cyrille a voulu menacer ma sœur et que celle-ci garde désormais à l’esprit qu’elle dort au-dessus d’un fusil qui pourrait servir un jour à l’assassiner ou à repeindre en rouge les murs de son salon, si le grand C choisissait plutôt de mettre fin à ses propres jours, ce qui serait un moindre mal et aurait le mérite de régler le problème que constitue cet encombrant amant dont ma sœur ne sait comment se défaire. « Vous êtes donc inquiet pour votre sœur », me dit Tirésias. Je lui réponds que je le suis en effet, mais que mon inquiétude pour elle n’est pas aussi grande que l’indignation que m’inspire le comportement de Cyrille. J’imagine que si j’étais quelqu’un de normal, ce serait la peur pour elle qui l’emporterait. Mais il n’y a rien à faire, c’est l’indignation qui prend le plus de place dans mes pensées, et ma colère contre ce sinistre individu, dont je n’aime ni l’extraction (il faut voir le père et la mère, qui sont réellement plouquissimes), ni les manières (dormir avec un fusil sous son lit, c’est d’un goût !), et qui s’est introduit dans ma famille, pour en détourner ma sœur, qui m’appartient, oui, c’est bien le sentiment que j’ai, ce qui n’est sans doute pas normal, je veux bien en convenir. Je me sens personnellement humilié que ma propre sœur puisse s’abaisser à frayer avec ce ressortissant de Franche-Comté qui est surtout franchement con, comme je dis souvent à ma mère. C’est paradoxal, puisque je me suis moi-même laissé chavirer par un Camille, qui est un peu l’équivalent Landais et pédé de l’amant de ma sœur, il faut bien le dire. Il se peut donc qu’elle et moi nous ressemblions beaucoup par nos amants, comme ma mère et moi par nos dégoûts. Nous avons tous les deux un goût prononcé pour les grands minces et de santé fragile comme sont ou sont censés l’être Hiéronymus, Cyrille ou Camille. Nous nous prenons d’affection pour des menteurs et des manipulateurs. Hiéronymus et Cyrille se ressemblent en effet en cela qu’ils ont fait de très graves mensonges à ma sœur, le premier sur son Sida, qu’il lui cachait, le second sur son cancer, qu’il a sans doute inventé ! Tous les deux en sont venus à se passer du préservatif dans leurs relations sexuelles avec elle, quoique, sans doute, pour des raisons différentes. C’est probablement le déni de sa propre maladie qui a fait agir si mal Hiéronymus, au point de donner le Sida à ma sœur. Quant à Cyrille, il ne m’étonnerait pas qu’il ait l’intention de l’attraper, sans doute dans le but de se lier encore plus ma sœur, par la mauvaise conscience et la culpabilité que la contamination du garçon ne manquerait pas de causer à celle-ci. Peut-être aussi manœuvre-t-il pour la faire tomber enceinte, là encore dans le but de l’enchaîner à lui. Camille aussi m’a menti, quoique que sur des sujets moins graves. Il m’a également beaucoup manipulé. Il est amusant de noter que Cyrille a sans doute été séduit, lui aussi, par ce Camille dans lequel il s’est peut-être reconnu, le fameux soir où il l’a tripoté dans la salle-de-bain, chez ma sœur. Mais comme c’est précisément de Camille, autre grand affabulateur, que je tiens cela, il se peut fort bien que tout soit faux. Je comprends d’autant moins la réticence de ma sœur à quitter son amant qu’elle semble être bien consciente que Cyrille est quelqu’un de fort peu recommandable, puisqu’elle le soupçonne déjà d’être capable de lui faire les pires ennuis si, l’ayant laissé se faire contaminer par elle (ce qui est en soi une folie), elle se décidait enfin à quitter cet illuminé. Sinon, pourquoi donc voudrait-elle lui faire signer ce papier qui n’aurait probablement pas bien grande valeur aux yeux d’un juge ? Tout cela sent la névrose plein nez et d’ailleurs ma sœur m’a elle-même prié de demander à Tirésias s’il n’avait pas un confrère à lui recommander.
02:35 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Fred, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16/04/2009
Mercredi 15 avril 2009
Je rentre à l’instant de chez Tityre, où le beau Clinias et le terrible Cléomédon passent quelques jours de vacances. Je les avais déjà vus, lundi soir dernier, lors d’un dîner chez le même, auquel participait également Anaximandre ‘‘de Paris’’, comme dit Tityre, pour le distinguer du cinquième convive, qui porte le même nom, mais qui, se faisant appeler de celui d’un célèbre cardinal français, sera nommé ‘‘Richelieu’’ dans ce journal, si jamais il doit en être de nouveau question. Don Esteban et d’autres avant lui m’ont dit qu’ils se perdaient dans les noms de tous mes personnages et souhaiteraient donc que je crée un index pour les aider dans leur lecture. Peut-être devrais-je suivre leur conseil. M’y perdant moi-même, j’ai d’ailleurs déjà créé depuis longtemps, pour mon usage personnel, une tabula nominum qui m’aide à retrouver à qui appartiennent les invraisemblables noms que je donne aux personnes évoquées dans ces pages. J’ai appris de Cléomédon, lundi soir, que son Clinias était circoncis ! Je devrais peut-être parler à Tirésias de mon aversion pour les sexes circoncis, aversion toute relative, il est vrai, car je n’arrêtais pas de penser, une fois cette révélation faite, qu’il me plairait fort de voir celui du beau Clinias, que je trouvais d’ailleurs encore plus beau rougissant de l’indiscrétion de son terrible amant. En l’observant ce soir, je me suis tout de même demandé pourquoi je le trouvais si attirant. Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. Mais dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! Sans doute Clinias n’est-il pour moi qu’un fantasme, comme l’était déjà Camille, cette autre créature indéfinissable, incompréhensible, inexistante et pourtant l’obsession de mes pensées. Mais il est peu probable que j’aie le temps de parler demain de mon aversion tout relative pour les sexes circoncis. J’aurai sans doute bien trop à dire sur ce que ma sœur nous a confié, à ma mère et moi, dimanche dernier à propos du grand C, qui est apparemment quelqu’un de beaucoup plus inquiétant que j’aurais cru.
03:32 Publié dans ''Richelieu'', 2009, Anaximandre, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09/04/2009
Mercredi 8 avril 2009
J’ai dit dans ma relation de la septième séance chez Tirésias que je n’avais d’abord pas su formuler aussi nettement que dans le récit que j’en faisais ensuite dans ce journal certaines des choses que j’avais dites à mon analyste. C’est de ces choses qu’il fut de nouveau question lors de la huitième séance. Inutile, donc, de les récrire ici. Quant aux choses qui n’avaient pas déjà été dites lors de cette septième séance, elles le furent de nouveau lors de la neuvième, hier matin. Autant donc en faire directement la relation. J’ai commencé par parler de la soirée du samedi 4 avril à Montfort avec Tityre. Lors de la séance précédente, la huitième, je m’étais arrêté sur une expression qu’avait relevée Tirésias : « J’ai peur, avais-je dit, de ne pas être à la hauteur ». Cette peur s’est sans doute fait ressentir lors de ladite soirée à Montfort, où étaient présents plusieurs couples, membres d’une association d’homosexuels à Mimizan. J’avais le sentiment de ne pas pouvoir intéresser tous ces garçons dont le cœur était déjà pris. Je me sentais un peu honteux de ne pas être dans la même heureuse situation qu’eux. Il est vrai que je pouvais passer pour l’amant de Tityre, mais, d’une part, je gardais à l’esprit que ce n’était qu’une apparence, et, d’autre part, le fait que ce dernier soit mon aîné de plus de vingt ans ne me valorisait pas. J’avais l’impression d’être dans la position de quelqu’un qui n’avait pas trouvé mieux. J’ai redit à Tirésias que je n’avais jamais eu de véritable histoire avec un garçon de mon âge. Quand ma préférence ne va pas, comme d’habitude, aux garçons plus jeunes que moi, c’est que j’ai des aventures avec des hommes plus âgés, pour me trouver à mon tour dans la position du plus jeune. Ce dernier point s’explique, je pense, par le fait que la jeunesse est sans doute la seule valeur sûre ayant cours dans le milieu des homosexuels : aux yeux de plus vieux que moi, je me sens donc valorisé. Quant au premier point, il peut s’expliquer par cet autre fait que, vraisemblablement, j’ai fait miennes ces valeurs homosexuelles que je déplore pourtant. Mais j’ai pu constater, samedi soir, à Montfort, que bon nombre des trentenaires présents étaient fort à mon goût. Beaucoup étaient beaux, et d’une beauté assez proche de celle à laquelle je suis sensible chez les garçons plus jeunes que moi. Parce que, probablement, les générations se sont mises à vieillir plus lentement qu’autrefois, et peut-être aussi du fait du jeunisme, les trentenaires sont encore très souvent des garçons plutôt que des hommes tels qu’on pouvait se le représenter naguère encore. La barrière qu’il y a entre eux et moi n’est donc pas physique, puisque je suis sensible à leur beauté, mais bien morale : je ne me sens pas à la hauteur de ce que j’imagine être leurs attentes, parce que je n’ai pas de revenus ni de statut social digne du leur. Avec les garçons de vingt ans, il me semble, peut-être à tort, d’ailleurs, que ces questions de moyens et de statut ne se posent pas encore. Avec de plus âgés, mon infériorité est dans l’ordre des choses et constitue même ma supériorité, puisque c’est alors ma jeunesse qui fait ma valeur : je me fais d’ailleurs souvent payer (ce que je n’ai pas encore dit à Tirésias, de peur qu’il n’augmente ses prix s’il apprend que j’ai ces revenus supplémentaires !). Depuis la séance précédente, j’ai l’impression de me répéter. J’avance moins vite. D’ailleurs, lors de cette neuvième séance, il y a eu de très longs moments de silence. Je ne savais pas quoi dire.
00:36 Publié dans 2009, Journal, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06/04/2009
Dimanche 5 avril 2009
Suis allé hier soir à Montfort, pour assister, avec Tityre, à la pièce de théâtre qu’a écrite et dans laquelle jouait Agathon, ce courageux efféminé qui s’était presque battu avec le terrible Cléomédon, l’autre soir, pour prendre la défense de son mignon obèse, que Tityre appelle entre nous ‘‘la grosse loche’’, mais que nous nommerons ici plus charitablement Polysarque. Agathon, Tityre et Polysarque font partie d’une association de pédés dont d’autres membres étaient venus assister au spectacle, attirés sans doute par le buffet qui était prévu ensuite. Comme dit le charmant Apollodote, qui est le président de ladite association, installée à Mimizan : « Nous ne sommes pas un groupe de rencontre ». Et en effet, tous ces garçons étaient en couple. Ils étaient presque tous de ma génération, souvent beaux, et apparemment heureux, ce qui m’a plongé dans une tristesse que, fort heureusement, je n’ai pas eu trop de mal à dissimuler : ils m’exhibaient inconsciemment ce bonheur à deux qui m’est encore inaccessible, du fait de mes nombreuses névroses. J’en parlais justement à Tirésias, lors de notre dernière séance : je n’ai jamais pu avoir de relation vraiment sérieuse avec quelqu’un de mon âge. Physiquement, je préfère les garçons plus jeunes ; je puis assez facilement coucher avec des hommes plus vieux que moi, desquels je me fais généralement payer ; mais il m’est presque impossible de me lancer dans une véritable histoire avec quelqu’un de ma génération. Ils étaient pourtant beaux à regarder ces garçons de mon âge, hier soir, et d’ailleurs, pour la plupart, c’étaient bien encore des garçons au sens large où je l’entends : je les trouvais fort attirants, attirants, mais inaccessibles. Je n’ai pas le courage ni les ressources nécessaires pour m’engager avec de tels garçons. Je devrais être comme eux, je veux dire dans la force de l’âge et plein de toutes les ressources possibles, mais c’est tout le contraire : je n’ai aucun revenu, aucune situation sociale. Je ne pourrais tout bonnement pas être à la hauteur. « Bien ! a conclu Tirésias. Etre à la hauteur. Nous nous arrêterons sur cette expression pour aujourd’hui : ‘‘Etre - à - la - hauteur’’. » Tirésias a raison : je me suis arrêté de grandir. Je suis resté coincé à l’âge d’adolescent ou de tout jeune homme : d’où ma préférence pour les garçons plus jeunes que moi ; d’où la facilité avec laquelle je me prostitue à des personnes plus âgées : pour vivre comme quand j’avais vingt ans, à l’époque où Augustin et moi vendions nos charmes, lui parce qu’il avait toujours plus de vêtements à acheter, et moi parce que c’est lui que je voulais acheter.
00:48 Publié dans 2009, Agathon, Apollodote, Cléomédon, Journal, Polysarque, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03/04/2009
Jeudi 2 avril 2009
Huitième séance avec Tirésias aujourd’hui. Mais je me rends compte que je n’avais pas encore rapporté ce que j’avais dit lors de la septième séance. Je recopie donc ici ce que j’écrivais dans mon autre journal, celui de mon analyse, le jeudi 26 mars dernier : Suis revenu sur les deux traits physiques qui ont rendu Camille si attirant pour moi. Premièrement, sa rousseur, qui est un élément féminin, si vraiment c’est à Anja ou à Sandrine F*** qu’elle renvoie. Peut-être suis-je une espèce d’hétérosexuel refoulé. Je n’ai jamais eu de dégoût sexuel pour les filles, comme il paraît qu’il arrive à certains homosexuels. D’ailleurs, j’ai été l’amant d’Anne D*** pendant trois années. (Le prénom d’Anne était-il un vestige de celui d’Anja ?) Ce qui me sépare des filles, c’est plutôt la peur que j’ai de leur inspirer moi du dégoût, à cause de ma mère, qui m’a toujours fait ressentir personnellement celui qu’elle avait pour les hommes. J’ai raconté à Tirésias la soirée du samedi 28 février, avec Tityre et Lydie, durant laquelle je m’étais fait draguer par cette dernière, qui avait très ostensiblement envie que je la baise. Elle ne cessait de me passer la main dans les cheveux, comme aurait fait une mère, et c’est sans doute parce que cette mère, qui n’était certes pas la mienne, me faisait voir que, loin d’être dégoûtée, elle était au contraire très attirée par moi, que, pour une fois, je ne me suis pas senti trop mal parmi la foule au milieu de laquelle je ne puis, d’habitude, me défaire de l’espèce de raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me paralyse littéralement. Tirésias m’a demandé si j’avais ressenti de l’excitation sexuelle au moment où Lydie, qui avait voulu que je l’accompagne au petit coin, s’est mise à uriner devant moi. Non, ce n’a pas été le cas. Pendant l’enfance, j’étais attiré sexuellement (d’une sexualité d’enfant) par les filles dont je tombais déjà amoureux (Florence P***, par exemple, qui est évoquée dans la Ballade de mes petites amoureuses. Je m’aperçois, en relisant cette ballade, que la petite Virginie, « De toutes elles ma première/Aux tâches rousses infinies », avait donc déjà de la rousseur en elle). Mais j’étais également attiré par les garçons dès cette époque. En revanche, à partir de l’adolescence, je n’ai plus été attiré sexuellement par des filles dont je continuais pourtant à tomber amoureux (par exemple la belle Sabine au lycée, Valérie à la faculté) et d’ailleurs, je n’ai jamais été amoureux d’Anne D***, avec qui j’ai donc été capable de coucher pendant trois ans. Excepté pour cette dernière, que j’ai beaucoup méprisée, non pas intellectuellement, mais sentimentalement, et physiquement, j’avais pour ces filles une sorte d’amour courtois qui excluait toute relation charnelle. Il s’agissait pour moi de rendre comme un hommage à leur beauté, à leur pureté. Il n’était d’ailleurs pas rare que ces filles soient lesbiennes, comme l’était Valérie, et comme était réputée l’être Sandrine F***, dont il est vrai que je ne fus pas à proprement parler amoureux. Le fait qu’elles fussent lesbiennes réglait ainsi le problème des relations sexuelles avec elles : il n’en était tout simplement pas question. Pour décrire à Tirésias la beauté foudroyante de Sandrine F***, j’ai d’abord comparé celle-ci à une biche, puis, aussitôt après, à Artémis. Le fait même que je parle de beauté foudroyante n’est sans doute pas anodin. Cette beauté de déesse qui tue les hommes, c’est probablement ce que ma mère m’a fait comprendre qu’il m’était interdit de souiller, à force de me faire ressentir le dégoût qu’elle avait des hommes et de moi. Il ne m’était permis que de rendre hommage à cette beauté, par des regards (contrairement au pauvre Actéon qui en meurt), par des mots (des poèmes, souvent) ou des cadeaux, des offrandes, comme à la blonde Sabine. Mais quant à honorer physiquement ces filles, je n’y pensais même pas. L’autre trait qui m’a séduit en Camille, c’est sa faiblesse physique, sa maladie. Je me suis récemment aperçu de ce fait, que j’ai rapporté à Tirésias : toutes les fois que, à la télévision, j’entends qu’il y a ou apprends qu’il y aura une émission ou un reportage consacré à un adolescent ou à un jeune homme malade ou physiquement affaibli, je cesse toute activité ou prévois de me libérer pour pouvoir regarder l’émission ou le reportage. Si c’est à une fille que le reportage est consacré : ça ne m’intéresse plus du tout. Pourquoi, me demande Tirésias, la faiblesse, la fragilité du garçon revêt-elle une telle importance à mes yeux ? « Je ne sais pas du tout. – Mais si, vous savez. » Je n’ai d’abord pas su le formuler aussi nettement qu’à présent : mais c’est sans doute encore à cause de ma mère, qui m’a tout bonnement transmis son dégoût des hommes. Un garçon qui est physiquement faible, fragile ou malade, c’est un garçon qui n’est pas vraiment viril, même s’il le reste dans sa manière de se tenir, de parler, de se déplacer, etc. Sa virilité devient acceptable, selon les critères de ma mère et qui sont devenus les miens : elle est tempérée par sa faiblesse. C’est sans doute aussi pourquoi j’ai plutôt le goût des garçons grands et maigres, grands, parce qu’ils paraissent encore plus maigres : c’est-à -dire fragiles et, donc, d’une virilité incomplète, inachevée. Peut-être même recherché-je, dans les garçons, une part de féminin qu’il me soit permis d’honorer cette fois physiquement. Les garçons tels que je les aime, ce seraient des filles avec lesquelles il me serait permis de coucher. Je trouve cette idée profondément dérangeante. Mon amour des garçons a toujours été pour moi d’une telle évidence que je n’ai jamais douté jusqu’alors que je les aimais pour ce qu’ils étaient, c’est-à -dire précisément des garçons, dont je trouve que le nom est l’un des mots les plus beau de la langue française, qui sert à désigner cette race si particulière, rare parce que, éphémère, elle semble en perpétuelle voie de disparition, cette espèce de troisième sexe qui n’est certes pas les hommes, mais qui n’est évidemment pas pour autant les femmes, ni les filles ! Et pourtant, c’est ce que semble indiquer mon analyse, au stade où j’en suis : les garçons seraient des filles qui ne me sont pas défendues.
00:40 Publié dans 2009, Anja, Anne D***, Camille, Florence P***, Journal, Lydie, Ma mère, Sabine, Sandrine F***, Tirésias, Tityre, Valérie, Virginie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29/03/2009
Samedi 28 mars 2009
Ils sont déjà deux, Tityre et Osman, pour ne pas les nommer, à me dire que Géronte est réputé sidéen, ce que celui-ci s’est bien gardé de me dire. Il y a une quinzaine de jours que j’ai rencontré ce dernier. Il est presque vieux, franchement laid, mais très gentil et, quand nous couchons ensemble, dans le noir complet, c’est un enchantement. C’est Pascal Quignard, je crois, qui dit, dans Le Sexe et l’Effroi, qu’il ne faut pas s’étonner de voir des courtisanes chevaucher des hommes, sur certaines fresques de Pompéi. Loin de les dominer, comme on pourrait croire, ces femmes sont au contraire tout au service des hommes, qui n’ont rien à faire que recevoir le plaisir que celles-ci s’efforcent de leur donner. En ce sens, ils restent bel et bien ‘‘actifs’’, malgré les apparences. Géronte et moi baisons à la romaine. C’est lui qui fait tout. Moi, je ne fais absolument rien que bander, et pourtant, à aucun moment je ne cesse de me sentir ‘‘actif’’, même si, souvent, je m’abandonne entièrement aux bons soins de Géronte, lui-même entièrement passif, mais un passif qui ne cesse de s’activer. A présent que je le soupçonne d’être séropositif, je ne suis plus très sûr de vouloir le revoir. J’ai beau savoir que l’évêque d’Orléans a probablement dit une sottise en prétendant que le préservatif n’était pas entièrement efficace contre le virus du Sida en cela que celui-ci étant infiniment plus petit qu’un spermatozoïde risquait de passer à travers le latex, prévu seulement pour empêcher le passage du sperme, (j’écris qu’il avait probablement dit cela, parce que je ne fais aucune confiance à la presse, qui est incompétente et partisane, et souvent prête à déformer les faits et les propos pour les rendre conformes à la réalité dont elle veut donner l’illusion), je sais aussi que le préservatif, pour d’autres raisons, n’est pas efficace à cent pour cent, ne serait-ce que parce qu’il peut se déchirer, et plus souvent qu’on croit. Depuis le 1er mars 2008, date à laquelle j’ai commencé à dresser la liste de mes partenaires (mes ‘‘clients’’ et ceux à qui je m’offre), soit depuis un peu plus d’un an, je me suis mis à avoir une vie sexuelle plus intense qu’auparavant. Sur les 72 relations sexuelles que j’ai eues depuis cette date (plus en réalité, parce que j’ai plusieurs fois oublié d’en noter sur ma liste), il est arrivé deux fois que le préservatif se déchire. En arrondissant à 100 le nombre de relations sexuelles que j’ai eues pendant cette période, je pourrais donc dire que le préservatif n’est efficace qu’à 98%, ce qui signifie qu’en une année seulement, en baisant un peu plus d’un jour sur trois, l’on risque de déchirer deux fois son préservatif, c’est-à -dire encore : une fois tous les six mois. Si donc j’avais Géronte pour partenaire unique, en baisant autant de fois avec lui seul pendant un même laps de temps, par deux fois je risquerais d’attraper le Sida. C’est pourquoi je ne suis plus très sûr de vouloir baiser encore avec lui. Autre exemple de l’efficacité toute relative du préservatif, pour ne pas dire de sa nocivité : c’est Hiéronymus, son ancien amant, qui a transmis le Sida à ma sœur, après plusieurs années de vie de couple. Pendant toutes ces années, deux ou trois, trois ou quatre, quatre ou cinq, je ne sais plus, Hiéronymus, comme Géronte, était réputé sidéen, parce qu’il était hémophile. Mais sa séropositivité n’était qu’une rumeur, qu’il n’a jamais voulu confirmer, pas même à ma sœur, qui l’invitait pourtant régulièrement à faire des tests, pour savoir ce qu’il en était. Jamais celui-ci n’accepta d’en faire. Il préférait laisser entendre, sans aller jusqu’à le dire explicitement, qu’il n’était qu’hémophile. Pendant toutes ces années, Hiéronymus utilisa des préservatifs lors de toutes les relations sexuelles qu’il eut avec ma sœur. Un jour pourtant, ma sœur, cette folle, lui présenta le dernier test qu’elle avait fait, négatif comme tous les autres, en lui lançant cette espèce d’ultimatum : « Vois, je ne suis pas séropositive. S’il en est de même pour toi, il ne nous est désormais plus nécessaire d’utiliser des préservatifs. Puisque tu me dis, depuis toutes ces années, que tu n’es pas contaminé, je veux bien te croire. J’ai confiance en toi. » Pourquoi douter en effet de l’honnêteté d’un garçon qui, pendant toutes ces années, avait utilisé des préservatifs lors de chaque relation sexuelle avec ma sœur ? N’était-ce pas une preuve éclatante du respect qu’il avait pour elle et du souci de sa bonne santé ? C’est ainsi qu’il lui donna le Sida. Je prétends que, dans cette sombre affaire, l’usage du préservatif ne servit qu’à rendre le crime possible en amadouant la victime. Il fut le fourreau dans lequel le poignard était resté glissé jusqu’à l’heure du crime. (Inutile de préciser, j’espère, que je suis de ceux qui pensent que le préservatif est en effet la meilleure protection contre le virus du Sida pour ceux qui tiennent absolument à baiser avec des gens dont ils ne connaissent pas le statut sérologique. Mais je pense aussi que baiser n’est pas une obligation, ou bien encore que l’on peut s’obliger à ne pas baiser, contrairement à ce que prétendent les sectateurs du ruban rouge, qui semblent en être encore à prendre les africains pour des nègres, c’est-à -dire pour des singes parfaitement incapables de réfréner les pulsions sexuelles qui les animent entre deux séances d’épouillage, ce qui n’est pas d’un antiracisme très orthodoxe… (Quel est donc ce curé, ou plutôt cette bête, qui disait que le sexe était le seul plaisir qui restait aux pauvres ? Ce n’est donc que cela, un pauvre, aux yeux des prêtres modernes ? Une bête ? Et quelle méconnaissance des pauvres, de la part de quelqu’un qui a fait vœu de pauvreté ! Le grand plaisir des pauvres, c’est évidemment de bouffer, de bouffer mal, mais copieusement ! Il suffit de regarder leurs caddies pour s’en convaincre.))
04:29 Publié dans 2009, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal quignard, le sexe et l'effroi
24/03/2009
Lundi 23 mars 2009
Voici deux compliments ‘‘à double tranchant’’ qu’on m’a faits ces jours-ci : « Tu es drôlement svelte pour un ancien fumeur. » « Tu vaux largement plus que 20 EUR, mais ce serait trop cher pour moi. » Quand je pense qu’un internaute qui m’assure respecter ma lecture des choses qu’a dites ce pauvre évêque de Rome au sujet du préservatif m’a demandé, tout à l’heure, dans son commentaire à l’article que j’ai récemment consacré au sujet, comment on pouvait se protéger du Sida quand on n’avait que la prostitution pour survivre ! C’était une question toute rhétorique, évidemment. Mon internaute avait trouvé là un argument de poids : il m’exhibait la veuve et l’orphelin ! Je recommande bien sûr l’usage du préservatif aux prostitué(e)s, et pas uniquement à celles et ceux qui pratiquent le plus vieux métier du monde pour survivre, comme dit cet internaute aux idées courtes, mais à ceux qui le font aussi pour mieux vivre seulement, pour mettre du beurre dans les épinards, comme c’est parfois mon cas. S’il ne s’agit que d’être celui qui a la plus grosse, je parle de la largeur d’esprit, bien sûr, ce pourrait bien être moi, car non seulement j’admets, comme tout le monde, que le préservatif protège du virus du Sida lors d’une relation sexuelle, mais je comprends aussi la position du pape, qui dit l’évidence, c’est à savoir qu’on n’attrape pas non plus le Sida en ne faisant pas l’amour du tout. Quant aux raisons qui poussent le pape à faire la promotion de l’abstinence plutôt que du préservatif, elles le regardent lui plutôt que moi, lui et les catholiques, dont je ne suis pas. Moi qui ne suis pas le pape, je recommande l’usage du préservatif à tous ceux qui tiennent absolument à baiser avec quelqu’un dont ils ne connaissent pas le statut sérologique, comme on dit quand on est romantique. Cela dit, on peut aussi ne pas baiser : ce n’est pas une obligation du tout, contrairement à ce qu’on pourrait croire, par les temps qui courent. « Par ailleurs, pour reprendre les termes d’un autre internaute, dans un commentaire laissé plus récemment à la suite du même article, de multiples pratiques sexuelles existent sans qu’on ait besoin de recourir à des préservatifs : s’embrasser, se caresser, se masturber mutuellement, se doigter… » C’est très juste, et cela me conforte dans l’idée que la lutte contre le Sida est devenue une religion bien peu tolérante. Non seulement, par le mépris de l’abstinence qu’elle promeut, elle n’est pas loin de faire honte à ceux de ces adeptes qui n’auraient pas de relations sexuelles, mais encore prétend-elle leur dicter la manière dont ils doivent faire l’amour ! Avant que l’homosexualité n’entre dans les mœurs, il n’était permis de faire l’amour qu’avec des personnes du sexe opposé. Mais à présent que les mœurs se sont si durement relâchées ou plutôt si sévèrement libérées, il n’y a toujours, selon la nouvelle religion, qu’une honnête façon de faire l’amour : il faut désormais qu’il y ait, nécessairement, pénétration d’un orifice. C’est sur ce terrain-là , celui de la pénétration, que s’est déplacée l’obligation. (Quel pédé ne s’est jamais entendu poser cette question : « Actif ou passif ? ». On peut être l’un ou l’autre. On peut être les deux. Mais si l’on n’est ni l’un ni l’autre, c’est déjà beaucoup plus suspect. Heureusement, il reste la pénétration de la bouche. Tout s’arrange.) On sait bien qu’il n’y a qu’en usant du préservatif qu’on peut se protéger du Sida : on nous le répète assez comme cela ! C’est donc que n’est pas très orthodoxe le safe sex, dont l’invention du terme coïncide pourtant, je crois (mais je n’en jurerais pas (après tout, ces pratiques sont vieilles comme le monde)), avec l’apparition du Sida et donc de la lutte contre lui, ce nouveau sacerdoce ! J’exagère, bien sûr. Tout est permis, plutôt que l’abstinence. Le safe sex est l’abstinence du nouveau dogme. Nos nouveaux prêtres nous le permettent évidemment, mais uniquement dans la mesure où il est préférable à l’absence de sexe.
02:32 Publié dans 2009, Hévrèse, Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22/03/2009
Samedi 21 mars 2009
Il ne me semble pas avoir beaucoup avancé, hier après-midi, lors de ma sixième séance chez Tirésias. J’ai parlé d’un nouveau rêve qui confirmait et permettait d’approfondir l’interprétation de celui que j’avais fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ces deux rêves, les thèmes étaient les mêmes et tournaient autour des livres, de la bibliothèque, domaine de mon père, véritable patrie, mon patrimoine, mon héritage, détourné par ma mère à son profit, laquelle n’a pas usurpé que mon bien, mais aussi le nom de mon père, qu’elle continue de porter, malgré son divorce d’avec lui. Il n’y a pas que dans mes rêves qu’on refuse de me donner mon nom (Alina Reyes, dans le rêve en question, me désignait par mon pronom, disait-elle, dans la dédicace de son livre) : sur Internet aussi, j’ai remarqué que certains blogueurs sur la page desquels un lien mène à ce blogue continuaient à m’appeler Oliviermb, qui est le pseudonyme que je portais sur la Toile en un temps où je n’avais pas encore conscience que, s’il n’était pas particulièrement courageux d’écrire sous son véritable nom, il était profondément lâche de le faire sous un faux, surtout à une époque comme la nôtre, où la liberté d’expression est telle qu’on peut tout dire sans courir le moindre risque d’être inquiété, sauf, il est vrai, au sujet des races et des enfants. J’ose espérer que c’est parce que ces blogueurs ont arrêté de me lire avant que je ne me sois mis à porter mon nom sur Internet qu’ils continuent de m’appeler Oliviermb. Autrement, ce serait vraiment à désespérer d’Internet et des internautes. Est-ce que déjà , dans cette excroissance verbale de notre monde, tout lui est si semblable qu’il n’y a plus de place pour celui qui ne parle pas, ne pense pas, ni ne se nomme conformément à l’usage qui prévaut ? Est-on déjà condamné à porter des pseudonymes sur Internet, comme on est condamné au tutoiement, aux prénoms, à la familiarité dans la vie ? L’usage généralisé du pseudonyme est la grande faiblesse de la Toile, ce qui la discrédite entièrement et en fait un lieu d’une telle violence. Puisque personne ou presque ne signe ce qu’il dit de son nom, tout le monde devient de facto auteur de lettres anonymes. On tombe plus facilement dans l’ordure quand on ne risque pas de déshonorer un nom qu’on garde secret. On se rend souvent puéril et ridicule, quand on s’entête à porter des pseudonymes aussi grotesques que celui de Chapi-Chapo, par exemple, que porta Prêchi-Prêcha pendant quelques années, avant d’en changer, sur le site de pédés habituel. Tout le monde a quelque chose à dire, chacun tient à montrer comme il est en accord avec la pensée dominante, qu’il croit généralement être la moins partagée du monde, il est vrai, et pourtant, personne ne semble vraiment l’assumer, puisque personne n’est prêt à signer de son nom ce qu’il écrit. Qu’on songe, par exemple, qu’il circule parfois sur la Toile des pétitions que les gens osent signer de simples pseudonymes, ce qui est tout de même une aberration ! Il manque à Internet des auteurs. Personne n’ose se reconnaître l’auteur d’une prose le plus souvent insignifiante et inoffensive (quoique souvent haineuse) ! Et sans auteur, il n’y a pas non plus d’autorité. C’est pourquoi il me semble qu’on ne peut pas faire bien grand cas d’une entreprise comme Wikipedia, qui est une encyclopédie d’un genre nouveau, dans laquelle chacun s’efforce de corriger le texte de chacun, sans jamais signaler ses corrections au lecteur, qui peut néanmoins souvent les deviner aux ruptures de construction de bien des phrases (qui, à elles seules, devraient d’ailleurs suffire à discréditer l’ensemble), un peu comme le Mazouf des Souffles du monde de José Luis de Juan (dont je n’ai pas un souvenir très précis), esclave natif d’Antioche, qui, depuis l’Argilète, améliore les textes qu’on lui dicte, reconnaît les corrections dont il est l’auteur, des années plus tard, lorsqu’il retrouve dans les bibliothèques publiques les manuscrits dont il a été le copiste, à une presque imperceptible variation de son écriture, conséquence de celle de son état, au moment de la copie, qui, de scribe, passe à celui d’auteur. Les Romains qui se piquent de poésie ou de philosophie sont ravis de voir leurs œuvres copiées par Mazouf, parce qu’ils savent que leurs vers ou leur prose en seront améliorés et leur réputation grandie. Le Syrien se permet même de récrire certains vers des plus grands poètes ou de corriger ce qu’il estime être un mauvais raisonnement de Platon. Et si, se demande le narrateur, et s’il ne restait plus une ligne originale de Plutarque ? Mais est-ce si grave, si le texte récrit par Mazouf est meilleur que l’original ? Cependant, alors que Mazouf, qui est un faussaire de génie, s’efforce d’améliorer les œuvres qu’il a la charge de copier et ne rêve de rien tant que de se faire un nom, non plus de copiste, mais d’auteur à part entière, je soupçonne fort les internautes encyclopédistes d’être entièrement satisfaits de leur anonymat et, surtout, de fausser le savoir qu’ils ont la prétention de transmettre, précisément à cause de la médiocrité, de l’incompétence, du manque de rigueur, qui les fait préférer cet anonymat (car ils ne tiennent évidemment pas à se voir attribuer personnellement la responsabilité d’un tel désastre).
02:56 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Mon père, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : josé luis de juan, les souffles du monde, wikipédia
20/03/2009
Jeudi 19 mars 2009
J’ai vaguement entendu dire à la télévision, tout à l’heure, chez ma mère, que c’était de nouveau la foire au Sida. Quant à Hieronymus, l’empoisonneur de ma sœur, il court toujours, libre comme l’air, blanc comme neige, plus vivant que jamais, la queue peut-être encore humide de sa nouvelle empoisonnée ! Je n’ai donc pas l’esprit à faire la fête. Tous les sidéens ne sont pas à plaindre. Certains seraient à pendre !
03:23 Publié dans 2009, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17/03/2009
Lundi 16 mars 2009
Ai-je dit que j’étais pauvre ? Pendant mes distributions de prospectus, je prends soin de me rappeler où se trouvent les fagots que les jardiniers du dimanche ont déposé sur les trottoirs et, quand j’en trouve enfin le temps, comme tout à l’heure, après dîner, vers dix heures et demie, je vais les ramasser pour les entreposer ensuite chez ma mère, où j’aurai encore à les retailler aux dimensions de ma cheminée, pour en faire du petit bois et me chauffer l’année prochaine. Tityre m’a donné deux ou trois stères de chêne qu’il me faut également scier et mettre à sécher pour l’an prochain. En sciant ce bois, pour la première fois depuis des années peut-être, j’ai l’impression de faire quelque chose. C’est mon activité favorite, en ce moment. Je range tout ce bois dans le garage de ma mère, dont j’ai réussi à prendre possession sous prétexte d’y mettre de l’ordre, en portant chez le bourrier, par exemple, une grande partie de ce qui l’encombrait. Quant au reste, qui est trop lourd, et qui appartient à ma sœur (ce sont d’anciens meubles à elle), j’ai dit à ma mère de demander au grand C de l’en débarrasser. Après tout, s’il voulait épouser ma sœur, c’est qu’il était prêt à subir les tracasseries d’une belle-mère. Tout ce bois ne me coûte rien, et tout ce qui ne me coûte rien me met en joie. J’aimerais aussi cultiver des tomates. Mais il faudrait pour cela que je prenne possession d’une partie du jardin de ma mère, ce qui risque d’être plus délicat. Je pressens qu’elle ne voudra pas plus me céder la place d’un petit potager qu’elle n’avait voulu faire débiter l’arbre abattu chez elle il y a peu, dont elle aurait pu me donner le bois : tout cela pour le plaisir de m’être désagréable. Ma mère est une salope. Mais cela, je crois l’avoir déjà dit. En me rendant tout à l’heure en voiture à l’endroit où je savais que je trouverais quelques fagots, j’ai vu que, sur l’autre voie, un véhicule était arrêté, les warning allumés. Le conducteur était sorti de sa voiture et téléphonait à quelqu’un. Une bonne femme, clope au bec et débraillée, était assise en tailleur au beau milieu de la route, et comme j’allais la dépasser, voici qu’elle se couche sur le bitume et se met à rouler sur ma voie, dans l’intention de se faire passer sur le corps ! Complètement saoule, cette femme voulait se suicider, disait-elle, parce que son mari venait de la quitter ! Et l’homme à côté, qui avait failli l’écraser lui aussi, était en train d’appeler la police. C’était probablement tragique, mais tout cela m’a mis encore plus en joie : non seulement j’allais rapporter de nouveaux fagots dans ma réserve, mais j’aurais aussi quelque chose à rapporter au petit Osman, que je devais voir ensuite.
03:00 Publié dans 2009, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
14/03/2009
Samedi 14 mars 2009
Lors de cette cinquième séance, j’ai également raconté à Tirésias le rêve que j’ai fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ce rêve, je participe à l’émission de radio de Finkielkraut sur, France Culture, avec Ségolène Royal et Alina Reyes. Alina Reyes est venue avec trois exemplaires ‘‘faits maison’’ de son dernier livre. Elle veut les offrir à Ségolène Royal, à Finkielkraut et à moi. Mais elle me dit que, selon mon désir, mon livre fait maison est différent. C’est en rapport avec la dédicace : elle me dit que, au lieu de m’y appeler par mon nom, elle m’appelle par mon pronom. Je n’ai jamais désiré cela. Soudain, Alina Reyes reconnaît son erreur : elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre… J’avais d’abord cru que, dans ce rêve, Royal et Reyes représentaient mon père. Dans la journée ayant précédé ce rêve, j’étais en effet tombé par hasard, en recherchant un passage de La Boucle d’un songe, sur une page d’Histoire et Géographie de l’île de nos rêves, un autre livre que je n’ai fait que commencer à écrire. C’était une page consacrée au personnage de Basile, tyran politique en grande partie copié sur mon père, ce tyran domestique. J’avais donc pensé, en notant ce rêve, le lendemain, que Royal et Reyes, c’étaient Basile, c’est-à -dire mon père. Mais le sens du rêve me semble bien plus clair si Alina Reyes représente ma mère, ce qui doit donc être le cas (et d’ailleurs, Freud dit bien que les reines sont des symboles de la mère). Mon père, dans ce rêve, ce serait plutôt Finkielkraut, l’animateur de l’émission, qui s’intitule Répliques. (Un peu comme Renaud Camus, Alain Finkielkraut est pour moi une espèce d’autorité.) Or il se trouve que dans mon rêve, l’animateur de Répliques ne dit pas un mot, il garde un silence absolu. C’est Alina Reyes qui parle. Et pour me dire quoi ? Qu’elle n’a pas écrit mon nom dans sa dédicace, mais mon pronom, comme si elle refusait de me donner le nom que je tiens de mon père, à quoi Finkielkraut, le père, ne réplique rien. Ensuite, Alina Reyes reconnaît son erreur. Elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre. Son erreur, c’est donc de ne pas m’avoir reconnu. Mais en l’occurrence, ne pas être reconnu, pour moi, c’est ne pas être reconnu par mon père, puisqu’il ne réplique rien. Or il se trouve que ma mère, malgré son divorce, a gardé comme nom d’usage celui de mon père. Et si ce rêve signifiait que je tenais ma mère pour une usurpatrice, qui aurait volé le nom de mon père, lequel ne m’aurait jamais reconnu ? Ma mère a d’ailleurs toujours eu avec moi la sévérité, la dureté d’un père, et mon père m’a toujours préféré mes sœurs. C’est à Julie qu’il offrait les livres que j’aurais aimé recevoir et ma pauvre sœur se voyait condamnée à des lectures qui ne l’intéressaient pas. Il ne la reconnaissait pas plus elle que moi, puisqu’il croyait que les centres d’intérêt de l’un étaient ceux de l’autre. Le présent que veut me faire Alina Reyes, dans ce rêve, mais qui est gâté par son refus de me nommer dans la dédicace, est un livre que je dis ‘‘fait maison’’. Dans mon rêve, ce ‘‘fait maison’’ signifie que le livre est fabriqué à l’ancienne, qu’il est cousu. Il renvoie donc directement, comme d’ailleurs Alina Reyes elle-même, à quelqu’un qui a été pour moi une autre figure paternelle, c’est à savoir : Dominique Autié. Mais « livre fait maison » pourrait avoir un autre sens. Il pourrait représenter l’héritage qui, transmis de génération en génération, fait la lignée, la maison. Je dois avouer que j’ai parfois désiré la mort de mon père, pour hériter de sa bibliothèque, et je me suis souvent dit que j’aimerais avoir une bibliothèque comme celle de Dominique Autié. Mais Alina Reyes, c’est-à -dire ma mère, s’interpose entre mon héritage (et donc mon père) et moi. C’est elle qui me le transmet, mais sans le nom, comme si elle voulait faire de moi un déraciné au sein même de la bibliothèque, qui est la véritable demeure, comme j’écrivais dans l’Hic est locus patriae que Dominique Autié avait bien voulu publier dans son blogue. Mon père s’est toujours senti déraciné, à cause de son père qui, lui ayant interdit de la parler dès son arrivée en France, lui a fait oublier sa langue maternelle, qui était le cantonais, la langue de ma grand-mère. Je ne sais si j’interprète bien ce rêve, mais j’aurais tendance à croire qu’il signifie que je pense qu’à cause de ma mère, qui est une usurpatrice (une Clytemnestre, comme je dis parfois), il m’est devenu impossible de trouver ma place.
21:56 Publié dans 2009, Dominique Autié, Histoire et Géographie de l'île de nos rêves, Journal, La Boucle d'un songe, Ma grand-mère paternelle, Ma mère, Ma soeur, Mon grand-père paternel, Mon père, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13/03/2009
Jeudi 12 mars 2009
Cinquième séance chez Tirésias avant-hier. Il voulait que je lui parle de mon père. Ma mère m’a toujours reproché de faire peur aux chats. « A ton âge, me dit-elle, terroriser les chats… » Quand j’étais enfant, avant la naissance de ma sœur, mon père, pour m’amuser, était venu dessiner un chat sur la tapisserie de ma chambre. J’étais dans les bras de ma mère et j’avais fait un caprice : « Pourquoi papa a-t-il dessiné un chat sur ma tapisserie ? », avais-je demandé à ma mère en pleurant. Ma mère m’a raconté plusieurs fois que mon père et elle avaient eu un chien avant ma naissance. Mais ils avaient dû s’en séparer, à cause de mon père, qui le battait. Plus tard, lorsque j’avais treize ou quatorze ans (ou était-ce plus tôt ?), mon père eut une autre adorable petite chienne noire, un caniche, qui s’appelait Frisquette, dont il dut se séparer également, parce qu’il ne pouvait pas s’empêcher de la battre, lorsque sa présence lui était trop pénible. (Je n’ai pas pensé à en faire la remarque à Tirésias, mais sans doute est-ce à cause de Frisquette que je ne conçois d’avoir pour chien que des caniches noirs et femelles (Coccymèle d’abord, et maintenant Pélagie).) Mon père eut ensuite des chats (encore aujourd’hui), avec lesquels il s’est toujours beaucoup mieux entendu (à quelques exceptions près). La passion qu’il s’est découverte pour la défunte chienne Nikita, qui appartenait à son amie Stéphanie, est survenue au moment où s’opérait un grand changement en lui. Pendant des années, mon père avait eu en effet l’obsession de l’hygiène, de la propreté, la terreur des microbes, etc. Il nous était formellement interdit de boire à la bouteille, par exemple, ou bien encore, nous devions nous figurer où se trouvait tel produit qu’on voulait prendre dans le réfrigérateur avant d’en ouvrir la porte, pour s’en saisir le plus rapidement possible et éviter ainsi tout réchauffement à l’intérieur de l’appareil. Il faut dire que la ‘‘chaîne du froid’’ était la grande préoccupation professionnelle de mon père : jusqu’à ce qu’il change de métier, pour ne plus se consacrer qu’au syndicalisme. Il donna alors libre cours à sa bestialité, en se prenant de passion pour la chienne Nikita, qu’il laissait lui lécher le visage ou à qui il donnait à manger avec sa fourchette, qu’il portait ensuite joyeusement à sa propre bouche, en répétant puérilement qu’il était le chef de meute ! Mon père a toujours été terrifiant. Il fut d’abord terrifiant par sa violence difficilement contenue, par sa sévérité et par la rigidité de ses nombreux principes. Il exigeait par exemple un silence si absolu, lorsqu’il lisait, qu’on osait à peine respirer : c’était la vie de la maison qui s’arrêtait, ou presque. Il avait également voulu m’apprendre les pourcentages à un âge où je savais à peine écrire et compter, et me força toute mon enfance à jouer aux échecs avec lui pendant ce qui me paraissait être des heures entières. J’ai donc les échecs en horreur et n’ai jamais été un matheux. (J’ai d’ailleurs eu pour note un sur vingt à l’épreuve de mathématiques au baccalauréat. « Ç’a donc fait série, ce dégoût des mathématiques », a remarqué Tirésias.) Je me souviens d’une terrible colère de mon père qui, lorsque j’avais dix-sept ou dix-huit ans, m’avait surpris en train de boire à la bouteille. Je savais que je n’en avais pas le droit, mais je croyais qu’il ne l’aurait pas vu. M’apercevant du violent changement de son humeur, je m’étais efforcé de me faire le plus discret possible, me contentant d’acquiescer à tout ce qu’il braillait, comme m’a toujours dit que faisait ma mère avec lui du temps de leur mariage et comme j’ai moi-même toujours fait avec celui-ci, heureusement inspiré par celle-là . (La grande peur de ma mère, durant son mariage, était d’être battue par mon père. Elle ne le fut cependant jamais, contrairement à la mère de mon autre sœur, Laura, qui quitta mon père pour cette raison.) Mais ma sœur Julie, lors de cette grande colère de mon père, avait pris ma défense : elle lui avait tenu tête, en lui soutenant que sa colère était excessive, et ç’avait été vraiment terrible. Cet épisode est d’ailleurs resté dans les mémoires. Il est une référence fameuse dans ma famille. (Est-ce pour terroriser mon père à mon tour, que j’aime faire peur aux chats ?) Ensuite, c’est par sa bestialité affichée que mon père fut effrayant. Effrayant et dégoûtant. Plus dégoûtant encore, devrais-je dire, car ma mère, à cause de lui, a pour les hommes un grand dégoût depuis longtemps, dégoût qu’elle m’a toujours fait ressentir et que je lui ai toujours inspiré moi aussi. (Paradoxalement, ce dégoût n’a pas empêché ma mère de rester en très bons termes avec mon père depuis leur divorce.) Sans doute est-ce par ce dégoût de ma mère pour les hommes et la virilité, et donc pour moi, que s’explique en partie mon angoisse d’être mal jugé, ma peur du regard des autres. Pourtant, ai-je fait remarquer à Tirésias, je me donne beaucoup à regarder dans le journal intime que je publie sur Internet, et sans presque aucune honte. Ce n’est pas moralement que j’ai honte de moi, mais physiquement : c’est ma présence, mon corps livré au regard d’autrui, qui sont l’objet de ma névrose. Et encore, le regard d’une seule personne m’est tout à fait supportable. De deux ou trois également. Je puis avoir des relations sexuelles sans éprouver de honte de mon corps. Il m’est déjà plus difficile d’avoir des relations sexuelles avec plus d’une personne en même temps. Les deux seules fois où cela m’est arrivé, c’était avec des garçons que je connaissais, et avec qui j’avais déjà couché seul. C’est le regard de personnes peu connues ou inconnues qui m’est pénible, dès lors qu’elles sont nombreuses, c’est-à -dire plus de quatre en général. C’est aussi l’idée de ce regard, sa possibilité, qui m’est insupportable. Je pourrai me sentir très mal dans un bar presque vide, parce que je garderai à l’esprit que la foule peut y affluer à tout moment. J’ai parfois encore du mal à marcher dans certaines rues, même si elles sont désertes. Je ne peux pas aller dans les piscines publiques, à la plage, dans les saunas, sur les lieux de drague. Je ne peux pas non plus faire de sport ni danser. « Bien, me dit Tirésias, on progresse. Vous vous êtes vraiment mis au travail. Il sera temps, la prochaine fois, de vous allonger sur le divan. Je vous regarderai, mais vous ne me verrez pas vous regarder. Et ce sera un regard amical. Rappelez-le-moi la prochaine fois. Et essayez de creuser d’ici là la question de ce corps qui ne supporte pas d’être regardé. »
01:43 Publié dans 2009, Coccymèle, Frisquette, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Nikita, Pélagie, Stéphanie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12/03/2009
Mercredi 11 mars 2009
Il était prévu que je déjeune avec cette hyène d’Ascylte, aujourd’hui, qui devait ensuite comparaître, à deux heures, dans un procès qui se tient en ce moment à Mont-de-Marsan, hélas à huis-clos, à cause de quoi je n’ai pas pu l’aller voir sévir, comme j’aurais voulu. Ce crétin a annulé notre déjeuner au dernier moment, parce que, s’étant fait pirater une nouvelle fois sa carte bancaire sur Internet, il a dû prévenir sa banque et porter plainte, à Bordeaux, ce qui l’a fait prendre la route pour Mont-de-Marsan beaucoup plus tard que prévu. Il m’a proposé de dîner avec lui, ce que j’avais l’intention de faire avec Tityre, à qui j’ai donc demandé s’il accepterait d’inviter également à sa table cet ami dont je lui avais parlé, expert en psychologie mais certes pas en bonnes manières, puisqu’il ne sait pas se tenir à table, mâche les aliments en ayant la bouche ouverte et boit le vin qu’on lui sert comme un paysan laperait sa soupe, c’est-à -dire avec force bruit. « Tityre, je t’en conjure, c’est une occasion unique pour toi de voir le traître de tes yeux, celui qui n’a pas hésité à trahir son amitié pour moi pour me voler Camille. Tu vérifieras ainsi que je n’inventais rien, qu’il est réellement d’une laideur peu commune et d’une bêtise abyssale. » Comme à son habitude, Ascylte a voulu impressionner son nouveau public, auquel il tentait de faire croire que ses seules expertises suffisaient à faire basculer les procès, ce qui pourrait bien être vrai, d’ailleurs, et c’est bien le plus effrayant ! Il ne voulait pas rester trop tard, parce qu’il devait se lever tôt demain et qu’il aurait de la route à faire, jusqu’à Grenoble, où sa présence était indispensable, disait-il, dans un procès en appel, vendredi matin, à la première heure. « Si je n’y vais pas, le mis en cause pourrait bien être condamné à quinze ou vingt années d’emprisonnement. Alors que si j’y vais, il ne sera condamné qu’à cinq années. – Mais s’il doit être condamné dans tous les cas, c’est qu’il est coupable ! Laisse-le donc à son sort, il l’aura sans doute mérité. – Mais je suis le seul à avoir remarqué les lésions neurologiques du mis en cause… (Je crois que c’est ainsi qu’il l’a dit.) – Quoi ? Il est fou et tu veux le faire sortir plus tôt de sa prison ? » J’avais vraiment envie de baiser, et Ascylte était là , tout disponible, ou presque. « Ascylte, mon petit Ascylte, s’il te plaît, je t’en prie, reste avec moi, l’implorais-je de mes plus beaux yeux… – Mais pourquoi ? – Devine ! – Je resterais bien, mais ma conscience me l’interdit : c’est de la vie d’un homme qu’il s’agit. » Je me suis montré si convaincant qu’Ascylte, à la fin, nous tint ce beau discours : « Et puis merde, après tout, je suis censé être en arrêt maladie. Je ne vais pas me taper huit-cent kilomètres pour un arabe qui ne parle même pas français. J’aurai dans les 300 EUR de frais, on m’en remboursera peut-être 500. Ça ne fait un bénéfice que de 200 EUR, et qui me sera versé à une date indéterminée, comme à chaque fois. Pourquoi est-ce que je me ferais chier ? » Ah ! Elle est belle la conscience des experts ! Mais que mes lecteurs se rassurent. Maintenant que ma soif est étanchée, je jure de faire partir Ascylte à la première heure, demain, pour Bordeaux, où il doit récupérer ses dossiers. Et ensuite : à Grenoble ! J’avais dit l’autre jour que je voulais revoir Ascylte pour vérifier que j’avais toujours autant de haine pour lui. Hélas, il n’en est rien. Mais mon mépris n’en est que plus grand.
02:20 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/03/2009
Mardi 10 mars 2009
Je ferai une autre fois le récit de ma cinquième séance chez Tirésias. Je préfère raconter maintenant ce qui m’est arrivé ce soir. Je rentre à l’instant de chez le petit Osman, à qui j’ai rendu visite après avoir eu un plan, rapide et sans grand intérêt, avec un routier, et dans son camion ! J’ai demandé à ce routier s’il venait souvent à Mont-de-Marsan, s’il y connaissait beaucoup de garçons. Il m’a répondu que non, qu’il n’y en avait qu’un qu’il voyait régulièrement dans cette ville. Je me suis fait la réflexion que ce garçon était peut-être Osman, qui est, fut ou sera sans doute le ‘‘plan régulier’’ de tous les pédés de la ville. Ce que me disant, j’ai eu envie d’aller le voir. « Ça tombe bien, m’a-t-il dit, j’ai des choses à te raconter. » Il avait rencontré, au début de l’après-midi, un garçon qui lui demandait une cigarette (encore un ! (Ai-je déjà parlé, dans ce journal, de cet autre garçon qu’il avait rencontré de la même façon, grâce à une cigarette ?) Pourquoi donc ai-je arrêté de fumer ?). Osman a répondu à ce garçon qu’il n’en avait pas, mais qu’il lui en donnerait une s’il l’accompagnait chez lui. Le garçon l’y a suivi et est resté avec lui jusque vers neuf heures du soir. Tous deux ont beaucoup bu, surtout l’hétéro, car c’était un hétéro d’une vingtaine d’années, un petit hétéro qui a bien voulu essayer avec Osman, mais sans grand succès : il avait trop bu et bandait mou. Il a tout de même sucé Osman, qui m’a confié avoir joui deux fois. Ce dernier ayant un plan de prévu pour huit heures ne savait pas trop comment se débarrasser de l’hétéro, qui était soul et ne semblait pas vouloir partir. Il lui a donc proposé de ‘‘faire un plan à trois’’, dans l’espoir que la compagnie du troisième le rendrait plus gaillard. Il n’en fut rien, évidemment, à tel point que ledit troisième, fort désappointé, préféra repartir de son côté, mais bredouille. Quand j’eus fini de faire à mon tour le récit de ma rencontre du jour à Osman, nous comprîmes vite que ce troisième qui était rentré bredouille, c’était mon camionneur ! J’avais vu juste en imaginant qu’Osman était son ‘‘plan régulier’’ dans cette ville ! Le routier déçu, parti à la recherche d’un autre plan, m’avait finalement rencontré, ce qui nous fit beaucoup rire, Osman et moi. Le proverbe s’en trouvait confirmé, selon lequel le malheur des uns fait le bonheur des autres. Quelqu’un sonne alors à la porte d’Osman. Ce n’est autre que le bel hétéro, qui vient de se faire chasser de chez sa mère, à coups de matraques, dit-il, par la police, appelée par cette dernière, qui n’avait pas apprécié que le garçon ne rentre pas à l’heure qu’elle avait décidé pour lui. Il cherchait un toit pour la nuit. « Ce fut comme une apparition » ! Grand et maigre comme j’aime, beau comme un Espagnol, avec des yeux tout noirs et des sourcils épais comme avait Augustin, viril comme une mauvaise herbe et vêtu comme ‘‘un jeune des banlieues’’, il pleurait. Il pleurait devant nous, comme un enfant, en disant que c’était dur d’être chassé par sa propre mère, de se cacher derrière une machine à laver le linge pour se protéger des coups de matraques de la police, et pourtant, il avait fait de la prison, disait-il, car il avait fait de la prison… C’était très beau à regarder, ces larmes, à la fois bouleversant et très excitant. Osman et moi nous sommes efforcés de lui remonter le moral avec notre conversation de pédales décervelées. L’hétéro, après s’être excusé mille fois de nous avoir surpris, croyait-il, sur le point de faire la bête à deux dos, s’est mis à participer à la conversation en faisant étalage de sa grande culture. Il posait des questions, comme dans un quiz, auxquelles il donnait lui-même les réponses. « Qui a écrit l’Encyclopédie Universalis ? Diderot et d’Alembert. Quelle fut la dernière bataille de François-Napoléon Ier ? Trafalgar. » Et ainsi de suite. C’était très amusant. Plus effrayant : ce garçon d’origine espagnole et qui parlait d’ailleurs couramment la langue de Cervantès (enfin, pas tout à fait la langue de Cervantès, j’imagine), nous a confié qu’il avait aussi des notions d’arabe… Il savait dire bonjour, merci, et prononcer quelques prières, ce qu’il s’est empressé de nous prouver. « Mais où donc as-tu appris l’arabe, lui ai-je demandé ? Attends, ne dis rien. Je parie que c’était en prison ! » C’était bien là . Cela dit, sa conversion à l’islamisme est encore bien loin d’être faite, car il ne cessait de dire qu’il n’avait rien contre les homos, ce qui n’est pas d’un islam très orthodoxe, je pense. Et non seulement il n’avait rien contre les homos, mais il se pouvait même qu’il fût bi, disait-il, ce qui était bien possible, en effet, puisqu’il avait fricoté avec Osman durant tout l’après-midi. D’ailleurs, il n’arrêtait pas de me dire que j’avais de beaux yeux. « Ah ! Quels yeux ! Je n’ai jamais vu d’yeux aussi bleus, aussi beaux que les tiens… » Et comme il voulait être sûr qu’il ne nous avait pas dérangés dans des projets que nous n’avions pas eu, Osman et moi, ainsi que nous l’en assurions, il a voulu m’embrasser, pour vérifier qu’Osman ne serait pas jaloux. J’ai donc été embrassé par ce beau grand garçon d’une candeur invraisemblable. C’est incroyable, la candeur de ces sortes d’individus, qui doivent pourtant bien avoir aussi une grande part d’ombre, puisqu’ils ont mérité la prison. Quand je suis parti, il a tendu la main vers moi une dernière fois, pour me toucher l’épaule. Je l’aurais bien emmené avec moi, mais ce n’aurait pas été raisonnable. Je n’ai vraiment pas besoin d’un autre sans abri en ce moment, ni d’un ‘‘cas social’’. J’ai eu bien assez d’un Camille.
02:06 Publié dans 2009, Augustin, Camille, Journal, Osman, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04/03/2009
Mardi 3 mars 2009
Il y a peut-être une explication au fait que je me sois senti mieux qu’à mon habitude en accompagnant Tityre en ville samedi soir dernier. Je me suis blessé en sciant de vieilles planches chez moi, il y a quelque temps. Ayant coupé l’une d’elles jusqu’à la moitié de sa largeur, au lieu de la cogner ensuite contre le sol pour qu’elle se casse, comme m’avait appris à faire Camille, je ne sais pourquoi j’ai préféré laisser mon pied gauche sur le support où je la maintenais ainsi et, montant dessus, la briser d’un coup du pied droit. C’était d’autant plus idiot que le support n’était pas très stable. J’ai perdu l’équilibre et suis tombé de tout mon poids sur le sol, très dur, en me tordant d’abord la cheville et le genou gauches. (Par la suite, Osman, à qui j’ai rapporté ma mésaventure, m’a dit qu’il trouvait que mon idée revenait presque à vouloir scier la branche sur laquelle j’étais assis. Ce n’était pas tout à fait cela, mais presque, en effet, et le résultat fut le même.) J’ai eu très mal pendant quelques minutes, puis supportablement pendant quelques jours, au bout desquels la douleur avait presque complètement disparu. Mais elle est réapparue quelques jours plus tard. Il m’était devenu difficile de m’accroupir et de monter ou descendre les escaliers. J’avais mal dans toute la jambe, de la hanche jusqu’à la cheville et sur le dessus du pied, en passant par le genou. J’avais peur de m’être écrasé un nerf, comme il était arrivé au grand C, après le même genre de chute, lors de sa carrière militaire, m’a-t-il dit. Je suis allé consulter mon docteur, qui m’a dit qu’il ne s’agissait sans doute que de l’hématome, à l’intérieur, qui ne se voyait pas, mais descendait probablement dans la jambe, comprimant au passage certaines structures. Il lui faudrait environ six semaines pour se résorber. Il m’a prescrit un anti-inflammatoire, dont l’interaction avec l’alcool pourrait expliquer mon état de samedi soir. Cela me paraît tout de même plus vraisemblable que des effets positifs de l’analyse à peine commencée avec Tirésias.
00:18 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Journal, Osman, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02/03/2009
Dimanche 1er mars 2009
J’ai accompagné Tityre, hier soir, qui voulait sortir. Nous sommes allés dans toutes sortes d’endroits et, malgré la foule, je ne me suis pas senti trop mal, sans vraiment pouvoir l’expliquer. Ce ne pouvait pas être seulement grâce à l’alcool que j’avais ingurgité puisque, d’habitude, même en buvant, je ne puis me défaire de cette raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me rend si pénible le fait de me trouver au milieu de gens, ou même dans des endroits seulement susceptibles d’en voir affluer. Pour une fois, je me suis senti presque à mon aise. Se pourrait-il que l’analyse à peine commencée avec Tirésias ait déjà des effets positifs sur moi ? Il me semble pourtant avoir toujours eu conscience de la partie (censurée dans ce journal) de ce que j’ai confié à ce dernier qui a à voir avec ce que j’appelle ma phobie sociale et pourrait l’expliquer. Peut-être n’est-ce pas tant la prise de conscience qui mène à la guérison que le fait de dire ce dont on a conscience. Ou peut-être mon heureux état de la soirée d’hier n’était-il que la conséquence d’un inexplicable hasard. Je ne sais. J’ai croisé l’aimable Osman, ainsi qu’un ancien ‘‘coup’’, qui n’a pas daigné me saluer. J’ai été dragué plusieurs fois, mais uniquement par des filles. Une en particulier, appelons-la Lydie, a commencé par m’offrir à boire du champagne, puis son numéro de téléphone. Elle nous a fait faire ensuite le tour de ses endroits favoris, jusqu’à ce que nous perdions de vue Tityre, qui avait ses propres vues sur certain garçon qui n’était pas vraiment à mon goût. Lydie voulut absolument aller dans un bar qui vient d’être rouvert par ce patron de restaurant qui est le seul, dans Mont-de-Marsan, me dit-elle, à ne pas savoir qu’il est pédé. « Il est plutôt le seul à croire qu’on pense qu’il ne l’est pas, lui ai-je répondu, parce que je puis t’assurer qu’il connaît parfaitement ses préférences sexuelles. Il m’a fait plusieurs fois des avances, mais je le trouvais trop gros. Si j’avais su que son commerce était si florissant, j’aurais probablement accepté de donner de ma personne. » Lydie voulait absolument voir le ‘‘numéro’’ que fait parfois ce patron de bar : pour amuser sa clientèle, il lui arrive en effet d’imiter Cindy Sander chantant Papillon de lumière. (Il est vrai que la chanteuse et le cafetier ont à peu près la même corpulence.) Et il s’imagine qu’on le croit hétéro ! Lydie n’arrêtait pas de me caresser les cheveux ou de me recoiffer. A un moment, dans un autre bar, elle a voulu que je l’accompagne au petit coin. Elle a insisté pour que j’entre avec elle dans cet endroit et s’est assise devant moi, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Mais le fait le plus incroyable n’est pas là . Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que moi aussi, j’ai pissé en sa présence, en me détournant juste un peu, pendant qu’elle se lavait les mains, alors que j’écrivais il y a quelques jours à peine qu’il m’était très difficile de faire cela en présence de quelqu’un, parce que mon inhibition était trop grande. M’étais-je trompé ? N’est-ce qu’en présence des garçons que la chose m’est si pénible ou si je découvrais avec Lydie un autre effet positif de mon analyse ? J’ai fort peu pratiqué la gent féminine. Anne D*** est toute mon expérience en la matière, et encore, je ne sais pas si cela compte, puisqu’elle a terminé lesbienne. J’ignore s’il est fréquent de se faire inviter au petit coin par une demoiselle. C’était probablement une manière pour elle de me dire que je pouvais lui rentrer dedans. De toute façon, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu : j’étais bien trop soul pour cela. Lydie a fini par me faire venir chez elle, où elle m’a confié qu’elle aimait les garçons et les filles. Elle était amoureuse d’une jeune femme qui venait de se marier. Elle avait les larmes aux yeux. Elle était complètement soule, elle aussi. J’ai préféré rentrer chez moi. Je me demande parfois si je ne suis pas une espèce d’hétérosexuel refoulé, après tout. Il est évident que je préfère les garçons, mais enfin, les filles ne me dégoûtent pas. Et ce serait probablement plus simple d’en trouver. Et puis il me semble que je me sentais différemment garçon avec Lydie qu’avec Nicandre ou Camille, ou même avec le petit Chrysanthe, qui est pourtant si simple, et si accessible. Avec une Lydie, c’est plus sereinement, plus heureusement, que je me sens garçon. C’est paradoxal, puisque c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’accepter ce qu’il y a de viril en moi, parce qu’elle a toujours eu les hommes en horreur. Mais justement, Lydie me faisait très ostensiblement voir le désir que je lui inspirais. Contrairement à ma mère, elle n’était pas dégoûtée par moi. C’est peut-être pour cela qu’il m’était plus facile d’être moi en sa présence : je n’étais plus encombré de ma masculinité devant elle. Mais si c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’être un garçon (il serait d’ailleurs peut-être temps que je dise « être un homme », ‘‘mais bon’’, je n’en suis pas encore là , je viens à peine de commencer cette analyse avec Tirésias !), pourquoi donc ai-je également tant de mal, le plus souvent, à l’être avec des garçons, justement ? C’est ce qui me fait dire que, peut-être, je suis un hétérosexuel refoulé : je ne me permettrais d’aimer les garçons que parce que ma mère, par son dégoût, m’aurait empêché d’aimer les femmes : j’aurais peur de leur inspirer le même dégoût qu’à elle. Enfin, tout cela n’est que pure hypothèse. J’ai tout de même beaucoup de mal à y croire moi-même, tant le goût des garçons est ancré en moi, et tant il m’est cher. Peut-être que je suis bisexuel ? J’aurais besoin du désir des filles pour ne plus douter de celui que j’inspire aux garçons ?
02:35 Publié dans 2009, Anne D***, Camille, Chrysanthe, Journal, Lydie, Ma mère, Nicandre, Osman, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27/02/2009
Jeudi 26 février 2009
J’ai revu cet après-midi le jeune Chrysanthe, à qui je n’avais pas encore donné de nom dans ce journal. C’est un garçon qui sourit en baisant, ce qui n’est pas très fréquent, pour ne pas dire fort rare. Quand je fais des pauses pour le regarder, il me fait de grands sourires, comme un nouveau-né. Violette, la chienne de Camille, était en train de faire des petits quand j’ai téléphoné à son maître tout à l’heure. Bien sûr, ma sœur a dit non au grand C qui l’avait demandée en mariage. Ascylte est convoqué à une audience au tribunal de Mont-de-Marsan le mercredi 11 mars. Il veut que nous déjeunions ensemble à cette occasion ! J’ai accepté son invitation, pour vérifier que je le haïssais toujours autant.
00:08 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Chrysanthe, Cyrille, Journal, Ma soeur, Violette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25/02/2009
Mardi 24 février 2009
J’avais dit que je voulais me détourner de Camille mais, bien sûr, c’est impossible. J’ai assez de volonté pour rester des jours et des jours sans lui donner de nouvelles, mais à la fin, constatant que lui non plus ne m’en donne pas, je ne peux pas m’empêcher de lui téléphoner, pour lui dire tout le mal que je pense de lui, pour lui dire que je ne lui téléphonerai plus jamais et que tout est fini entre nous. En général, je le rappelle dès le lendemain, pour m’excuser, pour lui dire qu’il me manque, qu’il sera toujours dans mon cœur, que je veux le revoir. Il ne m’en veut pas, parce qu’il sait ‘‘que je suis un garçon compliqué’’. Depuis la tempête, il passe énormément de temps chez son père. Il y dort d’ailleurs très souvent, comme ce soir. En lui téléphonant tout à l’heure, vers onze heures, je l’ai réveillé. Il venait de s’endormir. Je pensais qu’il serait tout juste rentré de son travail, mais il n’en était rien : il ne travaillait pas ce soir. C’est merveilleux de le surprendre dans son sommeil. Sa voix encore endormie est pleine d’une douceur qui lui manque d’habitude : il semble plus affectueux, plus proche, plus offert. Je donne un sens qui n’a peut-être pas vraiment lieu d’être au fait qu’il ait répondu à un coup de téléphone si tardif alors qu’il avait déjà sombré dans le sommeil. Je me dis qu’il a lu mon nom sur l’écran de son téléphone portable et qu’il a voulu me répondre. Il ne me reproche pas de l’avoir réveillé. J’y vois une preuve d’amitié. Je me dis qu’il est sans doute permis aux véritables amis de se téléphoner à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Nous nous sommes donné des nouvelles l’un de l’autre. Il m’a dit qu’Ascylte lui avait téléphoné : celui-ci voulait le voir pour lui rendre quelques affaires à lui qu’il avait encore en sa possession. J’aimerais que Camille lui dise qu’il ne veut plus le revoir et qu’il préfèrerait que ce soit moi qui récupère ses affaires : pour mon plaisir, pour le plaisir d’être désagréable à cette belle enflure, pour lui montrer que c’est moi qui l’emporte, à la fin, malgré tout. A moi aussi, Ascylte a fait signe plusieurs fois, sur MSN, le plus souvent pour me parler de sa mauvaise santé, qui s’est encore dégradée. Mais qui sait s’il ne l’a pas prétendu pour m’attendrir ? Il en serait bien capable. A l’en croire, il serait actuellement ‘‘en arrêt maladie longue durée’’. Il ne manquerait plus qu’il crève avant que j’aie pu me venger de lui ! C’est curieux, ce besoin que Camille semble encore avoir de son père, au point d’aller dormir si souvent chez lui, ces temps-ci. Il est vrai qu’il n’a que vingt ans et que, par bien des aspects, il n’est encore qu’un enfant, ne serait-ce que par le faible développement de son intelligence, dont on se demande parfois s’il en a. Mais bien sûr qu’il en a ! Il suffit d’entendre de quelle façon il me répond au téléphone. Sans même dire « allo » en décrochant, il me demande directement comment je vais : « Comment ça va ? », « Tu vas bien ? », « Comment tu vas ? », en le disant très vite, comme s’il était sincèrement inquiet pour moi ! Il me prend ainsi au dépourvu et me laisse le plus souvent complètement désarmé. J’ai l’impression d’être pour lui comme une évidence, comme si j’étais justement dans ses pensées avant même de l’appeler, comme s’il avait deviné que je n’allais pas bien, et que, sachant que j’aurais besoin de le lui dire, il m’invitait à le faire aussitôt, sans aucun préambule, sans détour, comme s’il allait de soi qu’il y avait urgence et que j’étais sur le point d’exploser ou de m’effondrer. Même quand je le surprends dans son sommeil, comme tout à l’heure, il a la présence d’esprit, l’intelligence de me répondre de cette astucieuse façon. Il est vrai que, me considérant comme ‘‘un garçon compliqué’’, il doit se dire que je suis constamment dans un genre d’état appelant cette façon de me prendre. C’est comme s’il y avait une compassion de son indifférence. Il a donc bien son intelligence, oui : j’ai d’ailleurs sûrement déjà dit dans ce journal que Camille était un grand manipulateur : il fait de moi ce qu’il veut, ou presque. Avant de raccrocher, il m’a demandé d’embrasser pour lui la chienne Pélagie. Ça n’a l’air de rien, mais c’est prodigieusement intelligent. En quelques mots, il me fait comprendre que l’espèce d’intimité à laquelle nous étions parvenus à l’époque où, chassé de chez lui par son père, il était venu trouver refuge chez moi est restée la même. Et c’est tout ce que je souhaite, au fond : être l’intime de quelqu’un. Il sait que Pélagie est un autre moi, un prolongement de moi, plutôt, le plus souvent prolongement de ma main, quand je la caresse, et qui obéit au son de ma voix comme mon corps aux ordres de mon cerveau. En embrassant ma chienne, il m’embrasse une seconde fois. Plus précisément, il me montre qu’il pense à embrasser une part de moi qu’il est l’un des seuls à connaître, pour l’avoir vue lorsqu’il partageait mon quotidien et mon intimité. Tirésias voudrait que je lui parle de mon père, dont je me passe très bien, moi, contrairement à Camille. Je suis bien embêté. Je n’ai encore rien trouvé d’intéressant à dire sur le sujet…
01:38 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Mon père, Pélagie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24/02/2009
Lundi 23 février 2009
Hier soir, j’ai revu le beau Clinias, l’amant de ce Cléomédon qui s’était battu avec l’énorme mignon d’un ami de Tityre, il y a quelque temps, chez ce dernier. Après le dîner chez ma sœur, j’étais d’abord allé rendre visite à Osman, puis j’avais rejoint Tityre et Clinias dans le bar de ce vieux pédé qui fait courir le bruit qu’il m’arrive de ‘‘faire la pute à Toulouse’’. (Cléomédon était parti se coucher.) A la fermeture du bar, nous sommes allés terminer la soirée chez moi. En jouant avec la chienne Pélagie, Clinias, qui n’a pas une très bonne coordination psychomotrice, si c’est bien ainsi qu’on dit, n’arrêtait pas de lancer sur moi, sans le faire exprès, la peluche de la bête, pour la lui faire rapporter. C’était charmant. Lui qui travaille dans la douane, on espère qu’il n’aura jamais à se servir d’une arme dans l’exercice de ses fonctions, car il risquerait fort de ne pas tuer les bonnes personnes. Je l’ai encore revu ce soir, avec Cléomédon, au dîner chez Tityre. Il est d’une douceur et d’une patience infinies. C’est à peine si l’on entend le son de sa voix, lorsqu’il participe à la conversation. (Il faut dire qu’il est fort difficile de se faire entendre, une fois que Tityre a pris la parole. Si donc Cléomédon est aussi de la partie, cela devient impossible.) Il a l’accent de Bordeaux, la nuque presque aussi fine que les poignets, l’air amoureux de Cléomédon, mais des regards furtifs en ma direction en présence de ce dernier et moins discrets en son absence. Ce gracieux petit être est aussi parfois d’une incroyable grossièreté. Par exemple, hier soir, dans la rue, en chemin pour chez moi, il s’est mis à cracher par terre en faisant un épouvantable bruit venu du fond de la gorge, un peu comme un arabe. Et puis il a pissé contre le porche de l’ancienne gendarmerie à cheval. Hélas, il m’est absolument inaccessible, à cause du terrible Cléomédon, qui est tout de même capable de faire rouler par terre un obèse à cause de la mauvaise orthographe de ses SMS ! J’ose à peine imaginer ce qu’il ferait à un gringalet comme moi qu’il surprendrait en train de faire des avances à son Clinias.
02:22 Publié dans 2009, Cléomédon, Clinias, Journal, Ma soeur, Osman, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20/02/2009
Jeudi 19 février 2009
Hier, quatrième séance avec Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la dernière fois, plus quelques autres, qu’ayant beaucoup hésité à confier à mon autre journal, tout à l’heure, je n’écrirai bien évidemment pas dans celui-ci. J’ai déjà dit, lundi dernier, que j’avais retrouvé les fausses lettres de Julien et celles d’Anja rangées ensemble. Ce fait est sans doute très significatif. Julien et Anja sont les deux grandes figures de mon passé avant la rencontre d’Augustin. Il est même probable qu’ils soient à l’origine du plus grand des mythes qui me sont propres. Les deux sont morts de morts violentes, puisque Julien est censé s’être suicidé et qu’Anja a été assassinée. J’ai rencontré cette dernière en Allemagne, quelques années après la création de Julien. Depuis la classe de quatrième, et jusqu’à la terminale, j’allais tous les ans passer une quinzaine de jours dans ce pays, avec d’autres élèves des deux lycées d’enseignement général de Mont-de-Marsan, pour perfectionner mon allemand. Pour une raison que je ne m’explique toujours pas, dans ce pays, alors que je me trouvais pourtant encore parmi des élèves de mon propre lycée, je me sentais complètement libéré de mes névroses habituelles. Je redevenais pour ainsi dire un adolescent normal. Julien étant un personnage de mon invention, le fruit de mon imagination (l’imaginaire pouvant être considéré comme un espace d’évasion) et Anja ayant été rencontrée en Allemagne, qui était pour moi le lieu d’une libération éphémère mais salutaire, tous deux appartenaient donc à un monde de liberté, de relative paix intérieure, un monde aussi de parenthèses. Je n’ai vu physiquement Anja qu’une fois, le jour de notre rencontre, après quoi nos relations ne furent qu’épistolaires. Il est tout de même étrange que je me sois pris d’amitié pour une étrangère, qui ne parlait pas un mot de français, et que je ne pouvais pas fréquenter aussi régulièrement qu’il eût été naturel. Non seulement il y avait entre nous la barrière de la langue, que je ne parlais pas aisément, mais encore des centaines et des centaines de kilomètres nous séparaient-ils. De toute notre correspondance, je ne me souviens que d’une phrase de moi, sans doute hautement significative du fait même qu’elle soit la seule que je me rappelle : « Unsere Freundschaft, lui avais-je écrit un jour, ist ein stummes Zauberwort » : « Notre amitié est une muette parole magique ». C’était l’impossibilité de parler, au fond, que, déjà , je pointais à l’époque ; c’est d’elle que je me souviens encore aujourd’hui. J’étais devenu l’ami d’une personne dont je ne pouvais pas être l’ami. De nos jours encore, l’une des grandes questions qui agitent mon esprit et se posent régulièrement dans ce journal, c’est l’impossibilité pour moi de me faire de véritables amis. Cette impossibilité s’explique-t-elle par la même raison qui me rend impossible de dormir avec d’autres garçons ? De même que, par une espèce de fidélité à Julien, avec qui je n’ai bien sûr jamais pu dormir, puisqu’il n’a jamais existé, je n’arrive pas à trouver le sommeil en présence d’une autre personne dans mon lit, se pourrait-il que je sois devenu incapable de me faire des amis par fidélité à la morte ? Sa mère m’avait exhorté à ne pas l’oublier. « Behalte sie in guter Erinnerung », m’écrivit-elle, dans la lettre qu’elle m’avait adressée après la mort d’Anja. (Pourtant, je me suis tout de même fait quelques amis, depuis, mais, il est vrai, si peu, et si rarement…) Anja était une jeune fille à qui je ne pouvais pas vraiment parler ni vraiment me confier, à cause de la barrière de la langue et parce que nous ne pouvions faire autrement que nous écrire. Il manquait la spontanéité, le naturel, l’immédiateté. Mais Anja devint également, après sa mort, une jeune fille dont je ne pouvais plus parler. Ayant en effet déjà raconté le suicide de Julien à certains des amis que j’avais réussi à me faire en Allemagne où, je l’ai dit, libéré de mes névroses (partiellement libéré, du moins, puisque j’avais manifestement toujours à l’esprit ce Julien de mon invention dont j’osais parler), j’étais plus apte à nouer des liens, j’avais estimé que deux morts violentes et si rapprochées avaient quelque chose d’invraisemblable. Aucun de mes amis français n’avait en effet connu Anja, puisque je l’avais rencontrée au sein de la famille qui me recevait, le jour de la confirmation de mon ‘‘correspondant’’ allemand. J’avais donc peur de passer pour un mythomane, ce que j’étais d’ailleurs en partie : je craignais qu’on crût Anja inventée, alors que c’était Julien le fruit de mon imagination ! Bref, alors que Julien, dont j’avais parlé, avait fini par avoir un peu de la réalité d’une personne, Anja, dont il m’était devenu impossible de parler, avait été en partie réduite à l’état de personnage. A la fin, les qualités de personne et de personnage ont dû se répartir équitablement entre ces deux êtres, puisqu’ils ont fini par occuper dans mon cœur et dans mon souvenir autant de place l’un que l’autre. Anja avait d’ailleurs une sœur jumelle, et il est probable que ce fait m’ait beaucoup inspiré dans l’élaboration du mythe qui m’est personnel selon lequel j’aurais connu mon double, mon amant/frère (dont Julien était l’‘‘incarnation’’), en rêve, avant d’en faire la rencontre dans la réalité. (Au fond, selon ce mythe, Julien, connu en rêve (puisque fruit de mon imagination), pourrait toujours être rencontré dans le futur. D’où ma difficulté d’aimer, puisque ce n’est jamais Julien que je rencontre, évidemment.) Anja était rousse, comme Camille. Camille, c’était un Julien roux. C’était Julien et Anja, Julien par le diabète (fragilité), Anja par la rousseur. D’où mon attachement à lui, incompréhensible autrement. (En hypokhâgne, Sandrine F*** était pour moi l’image même de la beauté. Elle était rousse. Je la connaissais depuis l’enfance. Lorsque nous avions dix ou onze ans, peut-être plus tôt, nos parents nous avaient inscrits à un cours de poterie et de dessin. Je m’entendais très bien avec elle alors, qui faisait très fillette, avec ses belles nattes rousses. J’ai regretté que cette bonne entente ait disparu, quand nous nous sommes retrouvés en hypokhâgne. J’aurais aimé, moi, un garçon, être l’ami d’une fille aussi belle. J’en aurais été fier. (J’aurais eu plus de valeur aux yeux des autres, puisque Tirésias estime, à juste titre, d’ailleurs, que l’un de mes problèmes, c’est le sentiment de n’avoir pas de valeur pour autrui). Le bruit courait qu’elle était lesbienne. J’aurais été fier qu’une lesbienne, une Artémis, me souffre comme ami. (Ma mère a toujours eu la virilité en horreur.) Sandrine F***, c’était la beauté même, c’était peut-être aussi le souvenir de l’enfance perdue.) Je me suis souvenu que j’avais donné un nom patronymique à Julien : Clément, c’est-à -dire un autre prénom. Or il y avait un Clément parmi mes camarades français en Allemagne. Un jour, il s’était amusé à pisser contre un arbre au pied duquel était assise Elisa, qui boudait pour une raison que j’ai oubliée. J’aime regarder les garçons uriner. J’aime par exemple qu’on voie des garçons uriner dans les films pornographiques ou même dans les films normaux. A la fac, j’avais écrit un poème sur la première urine du matin. Dans La Boucle d’un songe, les jets d’urine de Julien et du narrateur se croisaient, leurs visages se reflétaient dans la cuvette des toilettes : c’était un symbole de la fusion de l’amour (l’œuf unique, la gémellité, etc.). Je recopie le passage en question. Que mes lecteurs me pardonnent ma prose poético-lourdingue : « Un fait me revient, apparemment sans importance, et pourtant digne d’être rapporté – tout a la même importance, même les plus petits riens, dans un bonheur égal et parfait : portés par les carreaux glacés plutôt que véritablement marchant, nous sommes allés, pied contre pied, comme lourds et penchés, du lit jusques au cabinet d’aisance. Dans ce lieu secret, qu’on ne partage qu’avec soi, nous nous sommes vidés, épaule contre épaule et chevelures mêlées, des accumulations de la nuit. Deux arcs aux courbes parfaites, se croisant, couraient briser le trouble écran d’or. Du fond de la cuvette montait un seul crépitement, à la fois limpide et confus. L’arche liquide s’est tarie et l’écran redevenu lisse a révélé nos presque imperceptibles têtes, effacées par l’eau comme ces portraits que le temps estompe : deux visages serrés à l’intérieur d’un médaillon de porcelaine. » Dans la réalité, il m’est très difficile d’uriner en présence de quelqu’un. Je ne parviens pas à relâcher mes sphincters et, d’ailleurs, personne n’a jamais pu m’enculer. Pourquoi donc me sentais-je libéré en Allemagne ? Pourquoi n’ai-je jamais pu me faire enculer ? Trouver des réponses à ces questions, ce serait à coup sûr faire un grand pas en direction de la guérison. Après avoir entendu ce que je censure dans ce journal, Tirésias a dit qu’il me faudrait, la prochaine fois, lui parler de mon père. Il n’y aura pas d’autre séance avant le 10 mars, Tirésias devant s’absenter jusqu’à cette date. Renaud Camus déplore le peu de savoir vivre dont font preuve ses correspondants dans leurs lettres électroniques (ou même dans les lettres qu’il reçoit par voie postale). Mais ma sœur serait bien en droit de se plaindre elle aussi, qui vient d’être demandée en mariage, sur Facebook, par son illettré d’amoureux. La pauvre. Quelle humiliation ! Maintenant, tous ses contacts, tous ses ‘‘amis’’, comme on dit sur Facebook, vont savoir avec quel genre de personne elle ne va tout de même pas jusqu’à envisager (enfin, j’espère) de se marier ! Quand je pense qu’hier encore, comme j’étais venu lui dire que j’avais compris, grâce à Tirésias, pourquoi je m’étais tellement attaché à Camille, un garçon qui m’est pourtant tellement inférieur, elle me confiait être elle aussi la première étonnée de s’être mise avec un garçon d’un niveau si bas ! Et voici que le garçon veut l’épouser ! Naguère encore, les homosexuels, au moins, n’avaient pas à subir les joies du mariage. (Je parle de ceux qui ne jouaient pas la comédie de l’hétérosexualité.) Ils étaient généralement bien assez à plaindre comme cela ! Avec l’avènement du Pacs, ils ont obtenu le droit d’en connaître, eux aussi, tous les désagréments, mais sans la gloire. Les cons ! Autrefois, les couples d’homosexuels faisaient comme Napoléon se couronnant lui-même : ils se mariaient entre eux sans demander l’accord de personne. Ils fondaient leur propre église en se consacrant d’eux-mêmes et l’un par l’autre : l’un à l’autre. C’est aussi ce qui se passait dans La Boucle d’un songe, je crois. Le soleil et la chienne étaient les seuls témoins du mariage. Le soleil, c’est tout de même plus glorieux qu’un greffier ! Le ciel sera toujours plus haut que la voûte de la plus haute cathédrale.
02:42 Publié dans 2009, Anja, Augustin, Camille, Clément, Cyrille, Elisa, Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17/02/2009
Lundi 16 février 2009
J’ai retrouvé les fausses lettres de Julien. Elles étaient rangées avec celles qu’il me reste d’Anja. J’ai également retrouvé la lettre que la mère de cette dernière m’avait écrite après sa mort. Toutes ces lettres n’étaient pas perdues. Elles étaient restées pendant des années dans une boîte que je n’ouvrais jamais. Puis, sans doute au moment d’emménager dans l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’ai quitté depuis, je les avais classées dans une chemise rouge intitulée « Anja et autres lettres ». Ayant beaucoup perdu de mon allemand, j’ai demandé à don Esteban, dont la mère était autrichienne, de retraduire pour moi la lettre de la mère d’Anja. « Nach Ostern werden wir unsere geliebte Anja auf dem Friedhof in Rostock beisetzen ». J’avais complètement oublié que sa mère m’avait dit qu’Anja était enterrée à Rostock. Je n’avais bien sûr pas relu cette lettre avant le voyage que nous fîmes en Allemagne, Esteban et moi, en 2005, si bien que, le jour que nous consacrâmes à sa recherche, nous ne trouvâmes évidemment pas la tombe de mon amie, que je croyais enterrée à Dummerstorf, son village natal. Il n’y avait d’ailleurs pas de cimetière à Dummerstorf. Il fallait aller à Kavelstorf, un village voisin, pour rendre hommage aux morts de Dummerstorf. Mais bien sûr, dans le cimetière de ce village, point de tombe d’Anja ! Don Esteban, en traduisant la lettre de sa mère, a dû se dire que je n’étais vraiment qu’un imbécile. Je recopierai peut-être cette lettre ici, dans les jours qui viennent. Quant aux autres, les fausses lettres de Julien, elles me font trop honte ! Voilà typiquement le genre de contenu qui n’aura sa place que dans mon autre journal, celui de mon analyse. Plus de quinze ans séparent les rencontres d’Anja et de Camille. Et pourtant, je crois pouvoir dire que si je n’avais pas connu Anja, il y a tant d’années, je n’aurais sans doute jamais pu m’attacher à ce point à Camille. J’en parlerai bientôt, après ma prochaine séance chez Tirésias, à qui je réserve la primeur de mes découvertes.
01:37 Publié dans 2009, Anja, Don Esteban, Journal, Julien, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16/02/2009
Dimanche 15 février 2009
Renaud Camus évoque une fois Dominique Autié dans Le Royaume de Sobrarbe, dernier tome de son journal intime, le 3 février, page 79, à propos des éditions Privat, dirigées par ce dernier dans les années quatre-vingt-dix. Quelques jours plus tôt, il notait que Virginia Woolf « n’écrivait pas dans les livres, elle, et qu’elle se moquait des gens qui le faisaient, même ». Dominique Autié ne se moquait pas seulement de ces gens, mais il les détestait. « Dupont-Durant n’étant pas Voltaire, écrivait-il dans la chronique qu’il consacra, dans L’ordinaire et le propre des livres, à ces déprédateurs, comme il n’était pas loin de les appeler (‘‘Sans hésiter, disait-il, je range dans la catégorie des déprédations – et non dans celle, prisée des bibliophiles, des dédicaces et envois – l’ex-dono, cette odieuse appropriation de l’objet par qui offre un livre à un tiers et se hausse au rang de donateur en y apposant sa griffe (et, la plupart du temps, le motif du cadeau)’’), Dupont-Durand n’étant pas Voltaire, écrivait-il donc, il est peu probable que je confonde ses coups de crayon ou ses crottes de bic avec des marginalia. » On pourrait objecter à Virginia Woolf, qui ne l’avait certes pas lu, que Renaud Camus, qui annote ses livres, n’est pas les gens. Son journal est là pour en témoigner, dans lequel il écrit presque à chaque page combien la fréquentation des gens lui cause de souffrance. Renaud Camus est sans doute un misanthrope, comme il en fait lui-même l’hypothèse. Plus généralement : c’est des écrivains qu’on ne peut pas dire qu’ils sont des gens. Par contre, je ne comprends absolument pas que Camus puisse trouver à son goût les livres tels qu’ils sont fabriqués par Fayard, c’est-à -dire brochés sans couture, comme c’est d’ailleurs désormais le cas chez la plupart des éditeurs. Lui qui est un grand pourfendeur de la camelote, ne voit-il donc pas que de tels livres en sont aussi ? Ne voit-il pas que ce ne sont tout bonnement pas des livres ? « Pas de fil ? Ce n’est pas un livre », disait encore Dominique Autié, dans une autre chronique de L’ordinaire et le propre des livres. J’avais d’ailleurs laissé ce commentaire à la suite du texte d’Autié consacré aux livres cousus : « Je ne dois pas être encore arrivé à la moitié du livre que je lis en ce moment, et déjà , des paquets entiers de pages se sont décollés et sont devenus des feuilles volantes qui, à tout moment, risquent de ‘‘tomber’’ hors du livre, si je ne le tiens pas assez fermement entre mes mains, ce qui me donne parfois des crampes. C’est très désagréable. On croirait presque que ces livres sont conçus pour n’être lus qu’une fois, et encore, pour certains, jusqu’à la moitié seulement ! » Eh bien ! Ce livre que je lisais alors, je crois bien que c’était Outrepas, c’est-à -dire l’un de ces volumes Fayard que Camus trouve qu’ils lui tiennent si bien en main (je ne me souviens plus de l’expression exacte de l’auteur). Il est probable que nous n’ayons pas les mêmes mains, lui et moi ! Mais lui qui doit, pour travailler à ses églogues, laisser ouverts, pendant des jours et des jours, des dizaines de livres sur son bureau, il devrait être le mieux placé pour comprendre que l’écrivain de demain, son disciple, qui voudrait écrire à son tour des églogues et aurait, pour ce faire, besoin de consulter à tout moment Outrepas ou Le Royaume de Sobrarbe, ne le pourrait tout bonnement pas, à cause de la fragilité des livres, qui ne se prêtent pas à pareille consultation. La fabrication de livres sans couture contribuera sans nul doute à l’appauvrissement de la littérature. Les battements de mon cœur se sont accélérés quand j’ai lu ces quelques phrases, qui me parurent confirmer une certaine communauté de vues, de sentiments et même de sensations, entre Camus et moi, sur les bibliothèques, ou plutôt sur la bibliothèque, page 366 : « Mais c’est parfois dans cette bibliothèque, aussi, à tout cet étage, par de beaux crépuscules d’été comme celui-ci, quand la lumière semble arrêtée et se présenter par toutes les fenêtres avec une intensité égale, étale, passionnément dépassionnée. La vie est là , simple et tranquille sans doute, mais noble aussi, amicale avec indifférence, majestueuse, transparente, mortelle. Hic est locus patriae : cette absence. » Hic est locus patriae, c’était le titre que j’avais donné au texte consacré aux bibliothèques que Dominique Autié avait bien voulu publier dans L’ordinaire et le propre des livres. Mais la lecture du journal de Renaud Camus m’est devenue une épreuve. A chaque fois que je tombe sur une page où il est question du manque de savoir vivre de ses correspondants, de la mauvaise tenue des lettres, surtout des lettres électroniques, je ne puis m’empêcher de repenser à celle que je lui avais envoyée pour lui signaler la parution dans le blogue de Dominique Autié de mon texte sur les bibliothèques. J’avais tourné ma prose d’une telle façon, j’avais été si abrupt, si dépourvu de transition, de préambule (j’avais commencé ex abrupto, si ma mémoire est bonne), je m’étais montré si concis, si bref, si pressé d’en finir, que j’avais dû laisser une fort mauvaise impression. Pour tout dire, j’avais commencé en disant je et conclu par un cordialement du meilleur effet ! C’est d’autant plus absurde que j’avais déjà beaucoup lu Renaud Camus, à cette époque, et savais donc à peu près comment il ne fallait pas m’y prendre pour lui écrire… Mais je l’ai sans doute déjà dit dans ce journal, il y a parfois quelqu’un d’autre en moi, qui agit et parle à ma place. C’est le même qui m’avait poussé à dire à Camille, quand il habitait chez moi, que je voulais qu’il parte, alors que je voulais qu’il reste. Page 133 : « Je connais beaucoup de gens qui n’aiment pas passer la nuit avec leurs amants. » J’en suis ! Plus précisément, j’aimerais passer la nuit avec mes amants, mais je ne le peux pas. C’est d’ailleurs l’un des changements que j’attends de l’analyse que j’ai commencée avec Tirésias. J’espère pouvoir dormir un jour avec les garçons qui entrent dans mon lit. Je croyais que je le pouvais déjà , depuis Camille, dont j’avais très bien supporté la présence dans mon lit toute la nuit. Mais ce n’était que parce que c’était Camille, c’est-à -dire un garçon dans lequel je retrouvais inconsciemment des traits ayant appartenu à des personnages-clés de mon passé : à Julien, comme je l’ai déjà dit mardi dernier, et à un autre, une autre, dont je n’ai pris conscience qu’avant-hier, et dont je parlerai plus tard, après en avoir rendu compte à Tirésias. J’ai voulu renouveler l’expérience du sommeil à deux, il y a quelques jours, avec un adorable Nicéphore, mais ce fut très pénible. Je ne me suis pas endormi avant plusieurs heures. Par contre, le réveil a été très agréable. Nicéphore était venu se blottir au creux de moi, comme fait d’habitude la chienne Pélagie. J’ai fait cette confidence amusée, tout à l’heure, à Osman, qui m’avait invité à venir regarder la télévision chez lui, sur son canapé, contre lui, sous sa couverture : au fond, j’ai commencé mon analyse pour ne plus avoir froid dans mon lit les nuits d’hiver.
03:57 Publié dans 2009, Camille, Dominique Autié, Journal, Julien, Nicéphore, Osman, Pélagie, Renaud Camus, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : renaud camus, dominique autié, le royaume de sobrarbe, virginia woolf
10/02/2009
Mardi 10 février 2009
En réalité, les enceintes dont je parlais l’autre jour, celles grâce auxquelles j’écoutais les mp3 de mon ordinateur portable, n’avaient pas rendu l’âme. Seulement, je ne m’étais pas aperçu que j’avais coupé le son… Troisième séance aujourd’hui chez Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la séance précédente. Je me suis souvenu, cette semaine, de quelque chose que je n’avais pas vraiment oublié, mais à quoi je ne pensais presque plus, depuis quelques années, et qu’il m’est pénible de rapporter dans ce journal, parce que mes lecteurs découvriront, en lisant ce que je vais dire, que tout n’était pas vrai dans les pages de mon blogue ; ce qu’apprenant, ils pourront légitimement douter de la véracité de tout le reste. (Mais si tout n’était pas vrai, tout relevait de ‘‘ma vérité’’, s’il m’est permis de le dire ainsi.) Au début de mon adolescence, un jour d’hiver (il avait neigé), je m’étais inventé un petit amoureux, que j’étais censé avoir connu quelques mois avant son invention, mais qui s’était suicidé. J’avais baptisé Julien ce personnage, c’est-à -dire d’un prénom qui pourrait être le masculin de Julie, celui que porte ma sœur. J’avais dit à Tirésias, lors de la séance précédente, que l’homosexualité, telle du moins que je la concevais pour moi, était une forme d’inceste, puisqu’elle revenait dans mon cas à rechercher un frère. Peut-être avais-je inventé ce personnage pour mettre fin à l’inceste avec ma sœur, mais j’en doute, parce que les dates ne coïncident pas dans la chronologie, que j’ai le plus grand mal, il est vrai, à établir avec précision. Je suis presque sûr que l’invention de Julien a suivi de plusieurs mois, peut-être même de deux ans, les dernières manifestations de cet inceste, qui furent d’ailleurs peu nombreuses. (Plus j’y repense, plus ce mot d’inceste, qui est si chargé, me paraît disproportionné.) Pour donner plus de réalité à mon invention, j’avais fabriqué de fausses lettres de Julien, en contrefaisant son écriture, si j’ose dire, car, n’ayant jamais existé, il va de soi que Julien n’écrivit jamais rien, si ce n’est sans doute la plus grande partie de ma vie. Pour donner l’illusion que ces lettres n’étaient pas neuves et que le temps avait passé sur elles, je m’étais mis à dormir avec elles, à les cacher sous mon oreiller, pour les froisser. Ç’avait fini par devenir une habitude, un rituel, qui dura des mois, peut-être même des années. Je me demande si ce n’est pas à cause de ces lettres qu’encore aujourd’hui, je n’arrive pas à dormir avec quelqu’un dans mon lit, comme si j’étais resté fidèle à ce garçon de mon invention, avec qui je n’ai donc évidemment jamais pu réellement coucher. (Autre souvenir : peu de temps avant l’invention de Julien, sans doute, (ou était-ce plusieurs mois avant, voire une ou deux années ?) prit fin, avec ma mère, un autre rituel, qui consistait, pour ma sœur et moi, à dormir à tour de rôle (ou les deux en même temps) avec celle-ci, dans son lit. J’étais déjà au collège, quand cela cessa, sans doute en sixième, ou peut-être en cinquième. A cette époque, il commençait à devenir pénible, pour moi, d’aller en cours. Mais la difficulté de me rendre en classe connut son paroxysme au lycée. Par exemple, il m’était devenu extrêmement douloureux de traverser la cour, pour aller d’un bâtiment à l’autre. J’étais pris d’épouvantables démangeaisons du cuir chevelu, et à l’époque, il était absolument inconcevable, pour moi, de me gratter, de me moucher, de tousser en public. Même déglutir m’était difficile. Je me hâtais de rejoindre les escaliers du bâtiment où je devais aller, généralement vides, pour pouvoir mettre un terme à la démangeaison.) Julien, le personnage de mon invention, était affligé, dans mon imagination, d’une grande faiblesse morale, et d’ailleurs, il était censé avoir fini par se suicider. Mon attachement à Camille est sans doute incompréhensible, si l’on ne tient pas compte de ce fait inventé. Après tout, ce dernier m’est intellectuellement très inférieur. Il n’est pas vraiment beau. Il a sans doute bien plus de défauts que de qualités. Je n’ai donc pas de bonne raison de m’être attaché à lui. Mais, comme Julien était moralement faible, Camille l’est physiquement, à cause de son diabète, même si, dans le même temps, il est plein d’une énergie qui est peut-être bien au-dessus de ses forces. C’est cette faiblesse qui pourrait expliquer mon attachement à lui. Il serait comme un second Julien. D’ailleurs, j’ai pu dormir avec lui dans mon lit, ce qui m’est d’ordinaire impossible avec d’autres. D’habitude, je ne tolère, pour le sommeil, aucune autre présence que celle de la chienne Pélagie (et encore, au moment de m’endormir, je la chasse de mon lit, pour avoir la paix. Ce n’est que lorsque je suis endormi, que je lui permets de revenir à côté de moi. (Je suis conscient que le sens de cette dernière phrase peut paraître un peu étrange.)). L’invention de Julien a sans doute été précédée de peu (quelques mois ? était-ce au printemps précédent ?) par un événement qui m’avait fort impressionné, à l’époque. J’étais seul, chez moi, quand on sonna à la porte. J’ouvris à un garçon légèrement plus âgé que moi, qui prétendait vendre des pâquerettes pour se faire un peu d’argent de poche. (Oui, des pâquerettes !) Il était très beau, très à mon goût, mais je n’avais pas d’argent à lui donner pour ses fleurs et j’ai fini par refermer la porte, sans l’inviter à entrer. Est-ce de ce personnage réel qu’est né Julien ? J’ai vérifié dans mon journal : en 2005, je parlais encore de Julien comme s’il avait réellement existé. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, je ne crois pas avoir jamais reconnu devant personne qu’il n’était que le fruit de mon imagination. (Ou peut-être que si. Je ne me souviens jamais de ce que j’ai pu écrire dans ce journal…) Julien a jeté son ombre sur presque toute ma vie. Il est le sujet et le dédicataire de bien de mes sonnets. Il était le personnage principal de La Boucle d’un songe, ce roman que je n’ai bien sûr jamais terminé (c’est à peine si je l’ai commencé !). En 2005, je créais pour mon blogue une catégorie intitulée Cycle de Julie(n), dans laquelle je rangeais encore un texte le concernant en mai 2006. Anne a sincèrement cru en l’existence de ce dernier. Celui-ci a d’ailleurs été le sujet de bien de nos conversations. Maintenant que j’y pense, Augustin, dont j’ai été très amoureux, avait le type physique que j’avais imaginé pour Julien, du moins jusqu’à ce qu’il change de coupe de cheveux. (Je ne suis pas sûr d’avoir été bien clair : évidemment, je n’ai jamais cru en la réalité de Julien. J’ai toujours su qu’il était une invention, même si ma mythomanie (si c’est bien le mot) m’a poussé à faire croire à d’autres en la réalité de son existence.) Demain, je n’aurai pas vu Camille depuis un mois, même si nous nous sommes parfois téléphoné ou envoyé des SMS depuis notre dernière rencontre. Est-ce l’effet du temps ou de l’analyse déjà ? J’ai le sentiment de parvenir à me libérer de lui. Le fait que j’aie pris conscience qu’il n’était sans doute qu’un avatar du fantôme qui a hanté ma vie, qu’une ombre en chair et en os, m’a comme délié. Contrairement à ce que je faisais tout récemment encore, je n’interprète plus tout ce que j’apprends ou n’apprends pas comme autant de preuves de son indifférence. Plus exactement, j’accepte cette indifférence, puisque je sais à présent que ce n’est pas l’indifférence de Julien, puisque je sais que l’indifférent n’est que Camille. Malgré tout, je suis triste. J’ai le sentiment de perdre un ami, sentiment absurde, sans doute, puisque je n’aurais probablement jamais pu avoir de réelle amitié pour un être aussi incomplet que lui. Mais si je ressens cette tristesse, c’est surtout de voir que personne ne veut de moi comme ami, pas même un Camille, qui était pourtant bien loin de pouvoir espérer en trouver un tel que moi. (J’accepte l’indifférence de Camille en tant qu’avatar de Julien, mais je ne l’accepte pas encore totalement, parce qu’elle est aussi l’indifférence que j’inspirerais à n’importe qui d’autre, celle à cause de laquelle je suis seul et sans amis.) « Il vaut mieux, pour nous, se dire adieu, comme chante Léotard, et ne plus penser à la vie tous les deux, n’avoir plus de cœur qui bat, quand l’un, sans l’autre, se noie tout seul dans son chagrin. Il vaut mieux, je crois, prendre un autre chemin, qui nous mènera vers un autre lointain. » Quelle chanson ! Qu’elle voix, surtout ! C’est la même voix qui chante en moi, d’une tristesse accablée, mais résignée. Je crois bien que Camille n’est plus, et sa perte, malgré tout, malgré le peu de choses qu’il était, me laisse inconsolable.
22:49 Publié dans 2009, Anne D***, Augustin, Camille, Cycle de Julie(n), Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : philippe léotard
09/02/2009
Dimanche 8 février 2009
Les yeux me brûlent. Il ne m’arrive que des malheurs, depuis quelque temps. Les enceintes dont je me servais pour écouter les mp3 de mon ordinateur portable semblent avoir rendu l’âme. Les nombreuses coupures d’électricité qui ont suivi la tempête ont complètement déréglé mon réfrigérateur, qui s’est transformé en congélateur. Je dois faire le contrôle technique de ma voiture avant la fin du mois, mais il faut d’abord que je change les plaquettes de frein et les miroirs des rétroviseurs. Parce que j’étais en retard pour le vernissage au Centre d’art contemporain, jeudi soir, dans ma précipitation, j’ai cassé le flacon de ce merveilleux parfum que m’avait offert ma sœur, qui m’allait si bien, mais qui est absolument au-dessus de mes moyens. Ma mère ne veut pas comprendre que je ne peux plus inviter à mon tour les membres de ma famille à dîner le dimanche soir, chez moi, parce que cela me revient trop cher. (C’est nouveau, depuis quelques mois : elle a décidé que nous devions nous inviter à tour de rôle.) Elle prétend que je ne suis pas obligé de faire un festin. Certes. Mais il ne restait, à la fin du mois de janvier, que 2,70 EUR sur celui de mes comptes en banque où sont versées mes rares entrées d’argent. Même la cuisine la plus simple coûterait plus de 2,70 EUR ! Mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, elle n’a jamais rien compris. L’autre soir, il était prévu que je dîne chez elle, mais j’ai dû partir soudain, parce que j’avais envie de la tuer. Pas exactement de la tuer, mais de la battre si violemment qu’elle en serait sûrement morte. Depuis que je me suis lancé dans cette psychanalyse avec Tirésias, je me suis remis à éprouver de la haine pour ma mère. Ce ne peut pourtant pas être déjà un effet de l’analyse, qui vient à peine de commencer. Mais, pour l’instant, je ne puis m’empêcher de me rendre aux séances chez Tirésias en me disant (peut-être à tort) que, probablement, me soigner et guérir, c’est me soigner et guérir de ma mère. D’où mes accès de haine. Hier soir, au dîner chez Tityre, son amie Parthénie, dont je m’étais sans doute mal fait comprendre, m’a demandé depuis combien de temps ma mère était membre de l’association du Centre d’art contemporain. J’ai dû lui expliquer qu’Arthénice, la présidente de l’association, qui est une connaissance de ma mère depuis le lycée, ne cessait de me demander quand cette dernière finirait par se décider à devenir adhérente ; mais qu’elle ne le deviendrait sans doute jamais, parce qu’elle était une personne qui n’aimait pas la vie en société et que, n’étaient ses deux lesbiennes, elle ne fréquenterait sans doute personne. A quoi Parthénie a répondu que ma mère ne perdait pas grand-chose. Sans doute. Mais ce m’était pénible d’avoir à dire cela à Parthénie, parce que j’avais l’impression de me justifier, d’expliquer pourquoi, moi, j’étais comme je suis, c’est-à -dire comme ma mère. La grande phobique sociale de la famille, c’est elle. Elle nous a transmis ses névroses, à ma sœur et moi. Le pire est qu’elle s’en lave les mains. D’où mon fantasme de les lui voir tranchées. Il y avait la voix de la sagesse à la télévision, cet après-midi : le grand Robert Badinter, qui nous expliquait encore une fois que la peine de mort était une abomination, au cas où nous ne l’aurions pas compris, depuis le temps. Mais bien sûr qu’il y a des mères qui méritent la peine de mort ! Moi, je rêverais que le bourreau couche la mienne sur la bascule et la coupe en deux, encore vivante, blablabla, pour enfin ne plus jamais voir sa maudite tête de mère, sa tête de Méduse, de Clytemnestre de banlieue pavillonnaire. Je donnerais un dernier grand coup de pied dedans, comme dans le ballon que va chercher et me rapporte la chienne Pélagie, quand je joue avec elle. La tête volerait par-dessus la clôture et les chiens de la voisine se feraient une joie de la bouffer. Au lieu de quoi c’est moi qui devais faire la bouffe à ma mère, ce soir, pour moins de 2,70 EUR, donc ! Mais c’était la dernière fois. Enfin ! J’exagère. Tout n’est pas si noir. Sappho, sa chienne, a peut-être un cancer. On attend les résultats de la biopsie. Mais tout de même, c’est un peu dur de ne plus pouvoir me réchauffer à la rousseur de Camille, pour m’apaiser. Il y aura bientôt trois semaines que je ne l’ai pas vu. Polémon dit qu’il aide chez son père, où la tempête a fait beaucoup de dégâts. Il n’en partirait que pour se rendre à son travail. Mais c’est de Polémon que je le tiens. Camille n’a même pas pensé à me le dire lui-même, si seulement il se souvient que j’existe. Je tiens moins de place dans sa vie que les poulets qu’il va ramasser la nuit dans les fermes des Landes. J’ai dit qu’il avait hébergé Alcidor, l’amant de Flipote, pendant quelque temps. Ça ne le dérangeait pas de dormir dans le même lit que ce grand hétéro malpropre qui allait se coucher sans même se laver, encore tout couvert de fientes et de plumes. Lorsque c’était moi qui l’hébergeais, Camille préférait dormir dans le salon, sur le canapé, loin de moi, qui sens pourtant l’éclair au chocolat, aux dires de Tityre. Il aimait mieux baiser avec Ascylte, ce déjà vieil accroupi, avec Tityre, cette brute qui ne sent pas sa force, ou avec Polémon, qui est presque aussi gros que Damis et qui vient d’attraper la gale ! Mais moi ? Moi, je suis un garçon compliqué. « C’est un garçon compliqué », voilà ce qu’il avait dit à sa cousine, je crois, qui lui demandait, dans l’une de ses conversations sur MSN, dont j’ai pu lire la sauvegarde, pourquoi il n’était plus mon amant, alors que je l’hébergeais pourtant, au mois de septembre ou d’octobre 2008. Il semblait embarrassé, il ne savait trop quoi répondre. « Parce que c’est un garçon compliqué », avait-il finalement expliqué à sa cousine. Ça m’avait touché de trouver sous la plume de Camille cette expression qui veut tout et rien dire. Il me semble qu’en disant cela, il avait compris que ce n’était pas contre lui que j’étais comme j’étais. Il avait compris que mon intention n’était pas de le heurter, mais que je ne cessais de me heurter à moi, plus encore qu’à lui, sans le vouloir, sans pouvoir faire autrement. Camille est bête, mais il comprend les choses, parfois. Peut-être même a-t-il reconnu le gouffre dans lequel je m’efforce de ne pas tomber, aussi profond que le sien, par quoi nous nous ressemblons, lui et moi, je l’ai déjà dit. Mais contrairement à moi, Camille n’a pas le vertige. Il joue les funambules au-dessus de l’abîme. C’est en quoi nous sommes si différents. A lui la grâce, à moi la gravité. Pas étonnant qu’il m’ait fui. Je l’aurais fait tomber.
02:27 Publié dans 2009, Alcidor, Arthénice, Ascylte, Camille, Damis, Flipote, Journal, Ma mère, Ma soeur, Parthénie, Pélagie, Polémon, Sappho, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : robert badinter
08/02/2009
Samedi 7 février 2009
Ah ! Ce Tityre ! Il m’a dit ce soir que c’était un plaisir de m’embrasser, ce qu’il appelle m’embrasser (car je ne le laisse pas faire), c’est-à -dire mettre son nez dans mon cou, sa bouche sur ma peau ; que c’était un plaisir de m’embrasser, disais-je, parce que je sentais bon, parce que je sentais l’éclair au chocolat, le café, la confiance, le garçon, et même le sperme, comme si l’on m’en avait badigeonné le corps (car il n’y a pas que dans mon cou qu’il mette le nez !). La tempête a fort embelli la ville. Il y a des soldats et des pompiers à tous les coins de rue. On se dit, à les voir, que ce doit être merveilleux de vivre en temps de guerre ou sous une dictature militaire. Je ne sais rien de plus beau que l’uniforme ou le repos du guerrier, enfin, du guerrier… du trouffion !
02:55 Publié dans 2009, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05/02/2009
Mercredi 4 février 2009
Hier soir, Laurent Belkacem m’a écrit sur le site Facebook, pour me signaler une coquille dans le texte que je venais de publier dans mon blogue. « Il m’a expliqué, avais-je écrit dans mon journal, que c’étaient ses amis qui préféraient se servir de son second prénom, qu’ils trouvaient plus moderne, mon vieilli ! » Même en relisant ce texte, je n’ai d’abord pas vu la coquille, mais ai bien lu moins, comme il le fallait, au lieu de mon. Ce n’est qu’en découvrant la suite du message de Laurent Belkacem que je me suis enfin aperçu de mon lapsus calami : « Je suppose que c’est un ‘‘mon’’ pour un ‘‘moins’’ », me disait-il. Les deux lettres que je n’avais pas écrites, i et s, ont, en lettres capitales, IS, une forme assez semblable à celle du nombre 15. Or la veille, à propos d’un texte que j’avais écrit sur Facebook encore, pour répondre à l’invitation de Raphaël Juldé, qui m’avait taggué pour que je participe à un jeu qui consistait à écrire ce texte en 25 points, puis à inviter 25 ‘‘amis’’ à en écrire un à leur tour, celui-ci m’avait fait remarquer que j’avais, par erreur, écrit deux n°15. Mon texte était en grande partie consacré à l’amitié et au fait que j’ai fort peu d’amis. « Tu n’as pas 25 amis, m’avait écrit Raphaël Juldé, en commentaire, par contre tu as deux 15… » Ce n’est peut-être pas un hasard, si j’ai omis d’écrire ce 15, I et S, en réalité, dans un mot, moins, qui est particulièrement approprié pour dire le nombre de mes amis : j’en ai moins que la plupart des gens. Si l’on peut juger de la qualité, de la valeur d’un homme au nombre de ses amis, force m’est de reconnaître que j’ai peu de valeur, en effet, comme Tirésias m’avait fait remarquer que je le pensais. Le texte écrit pour Facebook avait trop de 15, puisqu’il en avait deux. Or ces deux points 15 se situaient à l’endroit d’une rupture dans le texte. Dans le premier n°15, je disais qu’une soirée à laquelle j’avais été invité par mon ami Tityre se déroulait dans la joie et la bonne humeur. « Nous avons beaucoup ri et bu », avais-je écrit. Mais dans le second n°15, j’écrivais qu’il fallait absolument que je raconte la scène de bagarre à laquelle j’avais assisté ensuite, ce que je faisais dans le reste du texte, sur le ton de la moquerie, de la dérision et presque du mépris, comme si je voulais absolument signifier que moi, je n’étais décidément pas comme ceux dont je me moquais, que je n’appartenais pas vraiment à leur groupe. (Mais : et si c’était moi qui avais moins de prix qu’eux, et qui étais le plus digne de mépris ?) Après m’être particulièrement bien amusé parmi eux, je m’étais soudain senti en trop. D’ailleurs, je n’ai pas voulu aider à séparer les pugilistes, comme si je ne me sentais pas concerné, comme si leur sort m’indifférait : après tout, ce n’étaient pas vraiment mes amis, mais ceux de Tityre. Un autre garçon n’a pas voulu s’interposer entre les bagarreurs, ce soir-là , et c’était précisément celui qui me plaisait, avec qui j’aurais aimé devenir ami, mais qui m’était interdit, parce qu’il avait déjà un amant, un amant qui plus est très jaloux, et très violent, puisque c’était justement celui qui en était venu le premier aux mains. Ce moins dont j’ai retiré les deux lettres qui veulent dire trop aurait donc bien pu vouloir dire trop lui aussi. Or, dans mon journal, ce trop que je ne voulais pas écrire se trouvait juste devant le mot vieilli : sans doute ne voulais-je pas admettre que j’étais trop vieux, trop vieux pour le garçon dont je parlais à ce moment-là dans mon journal, avec qui j’avais déjà couché, mais dont j’aimerais me faire un véritable ami. (Si j’aime un prénom que les garçons de son âge jugent trop vieilli, c’est bien que j’ai des goûts de vieux !) Je ne voulais pas reconnaître que son amitié m’était probablement inaccessible, du fait de mon âge, comme m’était interdit le garçon de la soirée chez Tityre. Je préférais écrire un mot qui dise mon désir, qui est de voir le garçon de mon journal devenir mon, c’est-à -dire mien, pour oublier Camille. (Vraiment ? Oublier Camille ? Ou seulement le remplacer, ou plutôt m’en libérer ? Tityre m’avait dit que le garçon qui me plaisait, lors de la soirée chez lui, aimait beaucoup les rouquins comme Camille. N’avais-je pas plutôt le désir de plaire à ce garçon pour me sentir aussi désirable que Camille, c’est-à -dire pour avoir le sentiment d’avoir autant de valeur que lui ?) Mon lapsus a-t-il vraiment le sens qu’il me semble lui avoir trouvé, ou si je viens de l’inventer à mesure que je l’écrivais ? Après tout, c’est un peu tiré par les cheveux et, d’ailleurs, i et s en lettres capitales ne ressemblent pas tant que cela au nombre 15, comme je le prétends. Une chose est sûre, cependant : j’ai relu le texte de mon journal une bonne dizaine de fois avant de le publier, comme je fais d’habitude. J’y ai corrigé plusieurs fautes de toutes sortes, mais à aucun moment je n’ai été capable de relever ce lapsus, jusqu’à ce que Laurent Belkacem me le signale.
01:51 Publié dans 2009, Agathon, Camille, Cléomédon, Clinias, Journal, Laurent Belkacem, Polysarque, Raphaël Juldé, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : raphaël juldé
03/02/2009
Mardi 3 février 2009
Deuxième séance chez Tirésias, le psychanalyste. J’ai continué à lui faire l’exposé de mes souffrances quotidiennes. Deux grands types apparaissent. Premièrement : ma peur du regard des autres (les inconnus, les étrangers), la peur de paraître ridicule, ce que j’appelle ‘‘ma phobie sociale’’. Deuxièmement : la peur de laisser indifférents mes amis. C’est ce que je vis en ce moment avec Camille, par exemple. Tityre appelle cela mon ‘‘obsession amoureuse’’. Non pourtant, je ne suis pas amoureux de Camille comme j’ai pu l’être d’Augustin. Mais oui, il s’agit bien d’une obsession. Tout ce que fait ou ne fait pas Camille est analysé et interprété par moi comme autant de preuves de son indifférence. (Il ne me semble cependant pas totalement exclu que je sois tombé sur mon pire cauchemar, c’est-à -dire sur quelqu’un que je laisse effectivement complètement indifférent. « Vous avez peur que ce garçon ne s’intéresse pas assez à vous, dit Tirésias. – Oui, mais c’est plus compliqué que cela. Camille a ses propres problèmes, et je pense sérieusement qu’il ne peut vraiment s’intéresser à personne. A moins que ce ne soit ma propre peur qui ne m’aveugle… ».) Tirésias me fait remarquer que le ‘‘fil conducteur’’ entre mes deux grandes angoisses, c’est ma propre valeur, le peu de valeur que je crois avoir aux yeux des autres, inconnus ou familiers. Il semblerait également que j’aie inconsciemment cessé de grandir. Mon travail de distribution de prospectus, qui n’est pas un métier, est typiquement un travail d’étudiant. Parvenu en licence, je m’étais retrouvé subitement incapable de terminer toute dissertation en temps limité (pourquoi à ce moment-là précisément, c’est ce que je ne sais pas). C’était sans doute parce que, inconsciemment, je ne voulais plus progresser. (Je ne suis d’ailleurs pas plus capable de terminer un livre ! Je me souviens de l’intervention de je ne sais plus quel internaute, sur le forum du parti de l’in-nocence, qui disait que faire œuvre, c’était d’abord faire son âge. Or justement, on me dit souvent que je ne fais pas mon âge…) De même, jusqu’à présent, je n’ai jamais été capable de me projeter dans une véritable relation de couple, qui est censément une relation d’adultes. (D’ailleurs, c’est ce que j’appelle les garçons que j’aime, et non les hommes.) Mais le fait d’avoir vécu un semblant de relation de couple avec Camille, pendant le petit mois qu’il a passé chez moi, m’a fait prendre conscience de ce à côté de quoi je passais, et m’a sans doute en partie incité à commencer enfin cette analyse. Tirésias m’a ensuite expliqué comment nous allions procéder. Il y aura quatre séances par mois. Je devrai laisser libre cour à ma parole, suivant le principe de l’association libre. Apparemment, pas de divan en perspective (je suis un peu déçu, je m’y voyais déjà ), mais un face à face, comme aujourd’hui. Il est possible de parler de mes rêves, mais pas nécessairement d’eux uniquement. Il faudrait d’autre part que, même entre les séances, selon l’expression de Tirésias, je ‘‘m’ouvre à cette parole et aux associations que je pourrais faire’’. J’ai commencé dès aujourd’hui à faire ce travail d’association libre avec Tirésias. J’ai d’abord dit que Camille occupait beaucoup mes pensées. « Il est diabétique, ce qui contribue à le rendre attachant. Son diabète le rend à mes yeux plus fragile (j’aime la fragilité) et irresponsable. Je me demande si je n’ai pas le même travers que ma sœur, qui a vécu pendant longtemps avec un hémophile, qui lui a d’ailleurs donné le sida, puis avec un cancéreux. C’est curieux cette association avec ma sœur, parce que je dis souvent que l’homosexualité, du moins la mienne, l’homosexualité telle que je la veux pour moi, est une forme d’inceste. Pour moi, être homosexuel, c’est rechercher un frère. Ce qui me fait penser que j’ai eu pendant un certain temps des relations incestueuses avec ma sœur, au début de la puberté. – Avez-vous honte de cet inceste, me demande Tirésias. – Non, pas du tout, même si, bien sûr, je suis conscient que je le devrais ! (D’ailleurs, j’hésite un peu à l’écrire dans ce journal… Je viens de commencer un autre journal, uniquement consacré à mon analyse, dont je projette de recopier la plus grande partie dans celui-ci, mais auquel je réserve ce que, sans doute, il arrivera que j’estime ne pas devoir être publié. Parler de cet inceste, qui n’a certes pas duré très longtemps, et qui n’alla pas bien loin, si mon lecteur voit ce que je veux dire, je me demande tout de même si ce n’est pas précisément ce que je ne devrais faire que dans l’autre journal…) Ma mère a fait une fausse couche entre ma naissance et celle de ma sœur. Je devais avoir deux ou trois ans. Je me rappelle être allé la voir à l’hôpital avec mon père, mais je ne sais plus si j’étais entré dans sa chambre, ou si je n’avais pu lui faire signe qu’à travers la fenêtre. » C’est à peu près tout ce dont je me souviens de la séance d’aujourd’hui. Je me demande si ce travail d’analyse aura rapidement des effets positifs sur moi et sur ma vie. Jusqu’à quel point vais-je changer ? Si mon amour des garçons n’est qu’un symptôme, par exemple, se pourrait-il que je finisse par me mettre à aimer les hommes ? Pour l’instant, j’aurais tendance à trouver aussi révoltant de voir transformer en homosexuel le pédéraste que je suis et que j’aime être que de voir transformer un homosexuel en hétérosexuel, comme il paraît que cela se fait dans certains pays. Pour dire à quel point mon obsession de Camille est grande, j’en suis réduit à me débattre entre le désir de couper tous les ponts avec lui et la peur de le perdre définitivement ! Je voudrais l’effacer de la liste des contacts de mon téléphone portable, pour ne plus être à guetter l’apparition de son nom, lorsque je reçois un SMS ou un appel, mais même cela, je n’y arrive pas, pour l’instant. Le fait que je sois dans une telle dépendance d’un garçon dont je ne suis même pas réellement épris et qui n’est tout au plus qu’une amourette pour moi, voilà ce qui me fait penser que j’avais en effet bien besoin d’un psy. Je ne dois pas être normal pour en être là . (Camille n’est certes qu’une amourette, mais, je l’ai déjà dit, je l’aime aussi comme un ami, comme un frère et peut-être même comme un fils. Pour toutes ces raisons, je l’aime donc énormément. Mais cela non plus, ce n’est sans doute pas normal.) Malgré mon obsession de lui, je continue de vivre ma vie, tant bien que mal. J’ai par exemple fait la connaissance d’un autre garçon, de dix-huit ans celui-là , très joli, et beaucoup plus sensuel et affectueux que Camille. Je me suis fait cette réflexion, hier soir, que ses couilles et son cul, qui sont très poilus et retiennent donc les odeurs qu’il n’y a qu’à cet endroit, avaient le parfum de la pâte à crêpe que je venais de préparer. Il a un fort joli prénom, qui évoque des fleurs qui s’ouvrent. Mais je me suis aperçu, en laissant un message sur le répondeur de son téléphone portable, qu’il se faisait appeler par ses amis d’un autre nom, l’un de ces noms de séries télévisées américaines, qui sont si ridicules, si populaires. Il m’a expliqué que c’étaient ses amis qui préféraient se servir de son second prénom, qu’ils trouvaient plus moderne, moins vieilli ! Je me suis d’abord demandé si ce garçon n’était pas vraiment très con. J’ai cru qu’il n’avait pas compris que ses amis s’étaient tout bonnement foutus de sa gueule, et puis je me suis rappelé que la jeunesse était de moins en moins consciente de son ridicule, qui est pourtant chaque année plus grand. Il est sans doute très possible que les jeunes trouvent de la beauté à des prénoms comme Dylan ou Brandon. Ils ont le mauvais goût de leurs parents, voilà tout. Quelle époque ! Le garçon m’a dit qu’il habitait chez son frère, parce qu’il ne s’entendait pas avec ses parents. Je comprends fort bien, pour ma part, qu’on ne s’entende pas avec des parents qui ont choisi pour soi un prénom de série américaine, même si ce n’est que le second. Mais ce n’est manifestement pas pour cette raison que le jeune homme est en froid avec eux. Je voulais aussi parler de la scène à laquelle j’ai assisté avant-hier chez Tityre, mais je n’en ai plus le courage. Je sens bizarrement le sommeil me gagner, alors qu’il est encore tôt. J’en parlerai peut-être une autre fois. Sinon, on peut s’en faire une idée en lisant ce petit texte, que j’ai écrit hier pour Facebook.
22:59 Publié dans 2009, Augustin, Camille, Chrysanthe, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
28/01/2009
Mercredi 28 janvier 2009
Ce qui me peine le plus, ce n’est pas que Camille n’ait pas eu d’amour, mais qu’il n’ait pas non plus beaucoup d’amitié pour moi. Cette douleur-ci est sans doute moins vive que celle-là (qui était plutôt de la colère, causée par la trahison de l’autre, Ascylte), mais elle est lancinante, persistante, faite pour durer. Je disais bien que j’étais un candide : je découvre que ce n’est pas parce que je fais en sorte de me montrer aimable, serviable, secourable, qu’on aura pour moi de l’amitié en retour. Ce n’est pas parce qu’on est nécessairement le centre de son petit monde qu’on exerce sur autrui tout l’attrait qu’on voudrait. Ce n’est pas parce que j’existe, ce n’est pas parce que je suis là , qu’il (peu importe qui, celui qu’on voudrait) me voit. Il faut vraiment que je manque d’amitiés pour vouloir de celle d’un Camille ! Après tout, ce Camille, c’est un garçon qui, quand je menaçais de dénoncer Ascylte en toute honnêteté, c’est-à -dire en ne disant que la vérité, n’a pas hésité un seul instant à menacer à son tour, pour me nuire, d’inventer de faux griefs à mon encontre, pour les dénoncer en représailles, au cas où ils n’auraient pas suffi à me dissuader ! Et pour si mal agir, Camille n’avait pas même l’excuse de l’amour, puisqu’il est évident qu’il n’a que du mépris pour Ascylte, qui le mérite bien, certes, mais là n’est pas la question. Voilà sur quoi j’aimerais fonder une nouvelle amitié ! Il faut dire que je suis quelqu’un de profondément fidèle. Bien sûr, comme n’importe qui, je puis simuler la fidélité auprès de quelqu’un à qui je ne me sens pas lié, par intérêt ou pour toute autre raison. Mais lorsque je me sens engagé envers quelqu’un, ma fidélité est sans doute indéfectible. Quant à savoir à quoi tient un tel sentiment d’engagement et presque de foi, je serais bien incapable de le dire. Cela ne relève pas de mon jugement et mes ‘‘choix’’, si je puis dire, sont probablement des plus injustes. La preuve en est que Camille ne m’a pas moins trahi qu’Ascylte, au fond. Mais il n’y a que sur ce dernier que se soit déchaînée ma haine. Camille, je n’ai cherché qu’à le retrouver au plus vite, pour pouvoir continuer d’avoir foi en lui, cet être sans foi ni loi. J’avais besoin d’avoir cette incompréhensible foi. Je ne pouvais pas faire autrement. Croire en Camille, c’est un peu comme avoir foi en ce dieu des jansénistes qui n’accorde la grâce qu’à ceux qu’il lui plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, comme d’ailleurs je n’accorde ma foi qu’à ceux qu’il me plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, et sans que je sache vraiment pourquoi. Bien sûr, Camille et moi, nous nous ressemblons, nous nous ressemblons par ce qu’il y a de mauvais en nous. Je me reconnais un peu en lui, peut-être beaucoup. Mais cela ne peut tout expliquer. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », disait Montaigne. Mais c’est bien plus mystérieux entre Camille et moi, bien plus terrible : Parce que c’était lui, c’est tout ce qu’il est possible de dire. Quelle amitié pourrait reposer sur la promesse d’une telle amputation ? Ce n’est pas une promesse, c’est une condamnation. La solitude en est la peine.
16:33 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26/01/2009
Dimanche 25 janvier 2009
La tempête d’hier semble avoir été beaucoup plus forte que celle de 1999, qui n’avait duré que le temps d’un gros orage, disait ma mère ce soir, tandis que les éléments se sont déchaînés pendant des heures, hier matin. Je ne puis que la croire sur parole, puisque je dormais à ces heures-là . Mais à midi, et pendant toute la première partie de l’après-midi, le vent a continué de souffler très fort. Les dégâts sont apparemment très grands. Il paraît que le toit de l’internat du lycée Despiau s’est effondré. De nombreux arbres du parc Jean-Rameau, tout près de chez moi, sont tombés, ainsi qu’à Nahuque. Tityre, qui a passé quelques jours à Bordeaux, m’a dit tout à l’heure au téléphone qu’entre cette ville et Mont-de-Marsan, une grande partie de la forêt avait tout bonnement disparu. Il lui a fallu huit heures, cet après-midi, pour faire le trajet jusqu’ici, tant la circulation était rendue difficile par les arbres dont les routes étaient littéralement jonchées. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il avait entendu parler d’une femme qui, ayant été forcée d’accoucher chez elle pendant la tempête, avait ensuite passé une huitaine d’heures dans l’ambulance qui devait la conduire à l’hôpital, à quinze kilomètres seulement de son domicile. De nombreux arbres ont été abattus dans le parc de madame V***, la voisine de ma mère. Les parents d’une amie de ma sœur en ont perdu près d’une centaine chez eux. Pendant ma distribution dominicale de prospectus, cet après-midi, dans Mont-de-Marsan, j’ai vu quelques cheminées effondrées. La toiture de madame P***, qui vit non loin de chez ma mère et fut mon professeur de physique, lorsque j’étais au collège, a été en partie emportée par les vents. Il y avait des tuiles brisées sur tous les trottoirs de la ville. Dans un jardin, une voiture avait disparu sous un arbre. Je ne retrouvais plus la monotonie de mes itinéraires habituels : des quartiers entiers avaient changé d’aspect, parce que les arbres des jardins avaient disparu, laissant les maisons comme nues et livrées aux regards. Une partie du parking de la résidence de La Rotonde a sombré dans le Midou. Quant à la Midouze, elle a englouti toutes les voitures du parking qui se trouve sur l’un de ses quais. Elle a également noyé le quai Silguy, à l’endroit où, tout près de chez Tityre, il rejoint la rue Sarraute, qui disparaissait cet après-midi dans la rivière. Hier après-midi, Camille m’a dit au téléphone qu’il partait chez son père, où il allait aider à planter un arbre pour le quatre-vingtième anniversaire de son grand-père. Il ne semblait pas encore avoir pris conscience (ni moi d’ailleurs, à ce moment-là ) qu’il y aurait sans doute plus d’un arbre à replanter ! Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis ce coup de téléphone. Peut-être s’est-il tué sur les routes, qui sont dangereuses et le seront sans doute encore pendant plusieurs jours, à cause des nombreux arbres qui menacent toujours de tomber et que la pluie va gorger d’eau et rendre plus lourds encore, me disait Cyrille, tout à l’heure, l’actuel amoureux de ma sœur. Peut-être Camille est-il resté chez son père pour aider à réparer les dégâts. Toutes les lignes téléphoniques ne sont pas rétablies dans les villages. Je me suis souvenu du discours très ému que nous avait fait M. Cambronne, l’un de mes professeurs de latin, à Bordeaux, lors de son premier cours de l’an 2000, juste après les vacances de fin d’année, pendant lesquelles avait eu lieu la tempête de 1999. Il avait demandé à ses élèves d’avoir une pensée pour les malheureux qui avaient été frappés par la catastrophe, pour les morts qu’elle avait faits, et plus particulièrement pour ceux dont la presse n’avait pas parlé, avait-il dit, et qui, poussés par le désespoir, s’étaient eux-mêmes ôtés la vie. Je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation avant d’entendre la voix légèrement tremblante de mon professeur. (Je dois avouer que j’avais toujours trouvé cet homme antipathique, à cause de sa constante gentillesse, de sa perpétuelle bonne humeur et du sourire qu’il affichait en permanence et jusque dans la mélodie de sa voix. J’étais si bête, à l’époque (bien plus encore qu’aujourd’hui, c’est dire…), que je trouvais indigne d’un homme (et révoltant) de faire montre d’une telle légèreté. Retrouver à la rentrée un professeur devenu tout à coup si grave m’avait donc fort impressionné. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que cet homme était infiniment plus homme que moi, puisqu’il avait écrit Chants d’exil.) Hier soir, j’étais de nouveau très loin de seulement penser à prendre le temps de cette pensée pour les victimes de la tempête qui venait d’avoir lieu, à laquelle M. Cambronne, déjà en 1999, m’avait invité, moi et mes camarades de classe. C’est parce que j’étais invité à tout autre chose, par le petit bouquetier, à qui je m’avise que je n’ai toujours pas donné de nom dans ce journal. Appelons-le donc Osman. Osman m’avait en effet convié à sa pendaison de crémaillère et la soirée que j’ai passée hier chez lui fut pour moi l’une des plus agréables depuis fort longtemps. Il n’y avait parmi les invités que fort peu d’homosexuels, ce qui explique d’ailleurs peut-être en grande partie la perfection du moment. Nous étions entourés de couples hétérosexuels et des frères et sœur d’Osman, qui sont nombreux et portent des noms appartenant aux trois grandes religions monothéistes. (Dieu merci, Osman, malgré son nom, n’est pas circoncis !) Il ne manquait que celui des frères qui habitait au-dessus de mon ancien appartement et qui s’était un jour amusé à pisser sur ma véranda depuis l’une de ses fenêtres. Les conséquences de la tempête l’empêchaient de quitter je ne sais plus quel village des environs. S’il avait été là , la soirée ne m’aurait probablement pas parue si réussie… Il y avait même un enfant, que sa mère semblait avoir confiée à la garde des deux seuls autres homosexuels (outre notre hôte et moi), un couple, qui semblait fort heureux de pouvoir jouer au papa et à la maman. La bonne humeur et la joie de vivre de tous ces gens, la sincérité de leurs sentiments et surtout ce qui m’a semblé être leur très grande aptitude pour la vie, avaient quelque chose de proprement incroyable pour quelqu’un qui, comme moi, ne fréquente plus, depuis quelque temps, que des homosexuels, qui sont par nature ce qui se trouve parmi les hommes de moins ondoyant et divers, de moins animé, et finalement de moins vivant, puisqu’ils n’ont d’intérêt que pour le même en général, comme leur nom l’indique : tous ces pédés se mordent la queue, c’est bien le cas de le dire, et moi le premier, sans doute. Diodore, le plus jeune frère d’Osman, qui n’a que seize ans, est le type même de l’adolescent réjouissant et facétieux. A cause de ses bouffonneries, l’hilarité générale n’est retombée qu’au bout de plusieurs heures. Je l’ai encore croisé cet après-midi, comme souvent, lors de ma distribution dominicale, puisqu’il habite dans l’une des rues que je dessers. Il a tout du bon garçon : poli, souriant et serviable, il est à peu près le contraire de mes élèves, qui avaient tout du mollusque, eux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai cessé de leur donner des cours. Ils étaient vraiment trop cons, tous, sans exception. Ma vie est bien assez réduite comme cela, selon le mot de Tirésias, le psychanalyste. Je n’avais vraiment pas besoin de me faire réduire aussi la tête par ses petits sauvages, en essayant, bien en vain, d’élargir un peu les leurs. Mais à présent, je l’ai, cette pensée pour les malheureuses victimes de la tempête. Je suis inquiet pour Camille et pour sa famille. Peut-être la propriété de son père est-elle complètement dévastée, où vivaient les bêtes qu’il aime tant, ses chiens, ses cochons, ses chevaux. Peut-être sont-ils au désespoir, en ce moment-même. Je me suis également surpris à penser à Renaud Camus, tout à l’heure, qui écrivait dans le dernier volume de son journal, je crois, qu’il était heureux d’avoir enfin pu payer entièrement la réfection de la toiture du château de Plieux. Si ça se trouve, il n’en reste plus rien à l’heure actuelle !
02:06 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Diodore, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Renaud Camus, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la tempête de 1999, la tempête de janvier 2009, patrice cambronne, renaud camus
22/01/2009
Mercredi 21 janvier 2009
Je me sens abattu. Tout est rentré dans l’ordre depuis la grande catastrophe causée par Ascylte, qui est à présent si méprisé, si malmené par Camille, que je le plaindrais presque si je n’avais pas tant de haine pour lui. Bien sûr, il m’amuse beaucoup d’écouter Camille se jouer d’Ascylte au téléphone en inventant mille et une obligations, toutes plus fausses les unes que les autres, pour dissuader ce dernier de venir à Mont-de-Marsan. (Camille semble craindre une confrontation qu’il ne cesse de remettre à plus tard. Peut-être est-ce parce qu’il a beaucoup à se reprocher et qu’il s’est encore plus mal comporté avec Ascylte que je le soupçonnais. Pourtant, il ne se donne même plus la peine de donner l’apparence de la vérité à ses mensonges. Ascylte doit bien s’en rendre compte, ce qui ne fait sans doute qu’accroître ses griefs et rendra plus pénible la confrontation dont lui semble très désireux, si j’en juge par l’insistance avec laquelle il demande à Camille de pouvoir le revoir. Je soupçonne aussi Camille de vouloir presser encore un peu plus cet agrume à la fraîcheur plus que douteuse d’Ascylte, qui est déjà tout pelé, comme dit Flipote, au cas où il y resterait du jus. Quand celui-ci lui a demandé combien lui avait coûté sa nouvelle voiture, Camille a répondu 2500 EUR au lieu des 300 qu’il a vraiment payés. Je me suis dit qu’il espérait qu’Ascylte, pour lui plaire et le garder, voudrait finalement lui offrir cette voiture à ce prix-là et l’ai donc bien sûr encouragé à en tirer le plus d’argent possible, tant qu’il le pouvait encore. Après tout, il faut bien faire payer aux traîtres, d’une manière ou d’une autre.) Oui, je ris méchamment des méchancetés de Camille. J’aime passer du temps avec lui, j’aime dîner chez lui, j’aime le confit de canard de son père, dont nous nous sommes nourris ce soir, j’aime lui faire la vaisselle, pendant qu’il passe le balai et que le néanderthalien Alcidor, qui est toujours presque nu et que j’aime aussi, parce qu’il est dans l’intimité de Camille, est parti digérer sous les couvertures, dans le lit, comme une bête repue. Mais je ne puis m’empêcher d’être un peu abattu à cette pensée déplaisante : ce n’est donc que ça, mon bonheur ? Etait-ce bien d’avoir perdu si peu que ma douleur était si grande ? Mais non, c’était ma colère, qui était grande, la colère d’avoir été trahi par l’autre. Tirésias, le psychanalyste dont mon médecin m’avait donné l’adresse et que je voyais aujourd’hui pour la première fois, m’a demandé si j’étais amoureux de Camille. Non, je ne peux pas me dire amoureux de lui. J’ai déjà été amoureux, par le passé. Ce n’était pas cela. Camille est une amourette. Mais je l’ai déjà écrit dans ce journal : cette amourette, c’est tout l’amour dont je me sens capable désormais. Cette amourette, Camille, c’est toute ma vie. Toute ma vie est à l’échelle de cette amourette. D’ailleurs, Tirésias a eu ces mots : il a dit que je menais une vie réduite. Il a raison. (Mais, mais, mais : Camille n’est pas qu’une amourette. Cela aussi, je l’ai déjà dit dans ce journal : je ne l’aime pas seulement comme un amoureux, mais aussi comme un jeune frère et peut-être même comme un fils. Je l’aime d’une infinité de façons. C’est pourquoi je l’aime énormément.)
01:55 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17/01/2009
Samedi 17 janvier 2009
Mon amie Myriam, qui lit ce blogue, m’écrivait tout à l’heure qu’elle n’aimait pas me voir évoluer dans un milieu aussi malsain que celui dont je parle depuis quelque temps dans ces pages. Pierre Driout lui-même faisait tout récemment ce commentaire : « J’abdique, écrivait-il, je suis comme un roi découronné devant l’art avec lequel Olivier nous retire tout espoir de nous élever en sa compagnie. O vous qui entrez dans son blog, quittez fierté, joie et espérance. Ici l’âme est désolée devant les sombres avenues de l’engeance humaine ! Rendez les armes, il n’y a que piperies sur Terre… Il nous reste à visiter le royaume des morts pour y retrouver nos frères défunts. » C’est que, suivant ma pente, je parle plus volontiers du mauvais que du bon. Mais tout n’est pas si mauvais dans ce qui m’arrive. Il y a aussi de bonnes choses, dont je pourrais aussi bien parler. C’est d’ailleurs à cause d’elles que je continue de fréquenter mon Camille. Que peut-il y avoir de meilleur au monde, par exemple, que de lui faire, comme hier soir, un massage avec le lait pour le corps à 100 EUR d’Ascylte qui est à la noix de coco et qu’il a fait venir de là -bas, comme dit Camille ? « De là -bas ? Comment ça ? D’où donc, exactement ? – Ah ça ! Je ne sais pas. De là -bas quoi… Il l’a commandé sur Internet. – Ah d’accord… » Quand tout le lait à pénétré dans la peau si pâle de Camille, il se met à rouler sous mes mains comme de petits lambeaux noirs d’une crasse dont tant de blancheur ne laissait pas soupçonner la présence. « Mais depuis quand ne t’es-tu pas lavé ? » Camille aime aussi se faire percer les boutons ‘‘quand ils sont murs’’, dit-il, et se faire enlever les points noirs qu’il a dans le dos. Parfois, après le pus, c’est du sang qui perle sous la pression de mes doigts. Polémon m’avait déjà parlé du plaisir que prenait Camille à se faire ainsi charcuter le dos. Il prétendait, avec un peu de dégoût dans la voix, que c’était à cause de sa mauvaise hygiène que Camille avait tant de comédons. C’est qu’il ne savait pas, « Muse, que cette crasse était tout le génie », « que c’était tout mon sacre » ! Il y a du bon dans Camille. Il est venu m’aider, cet après-midi, à scier de vieilles planches qu’il y avait chez ma mère et qui pourront servir de bois de chauffe. Il a commencé par me montrer comment on se servait d’une scie. « Regarde, m’expliquait-il, il faut laisser travailler la scie dans toute sa longueur et le bois se coupe presque tout seul. » Mais comme il sait que je suis un grand mou et que je n’ai pas oublié ce qu’il m’avait dit sur la force et les nerfs, lors de mon déménagement, c’est lui qui a fait presque tout le travail. Moi j’aidais à tenir en place la planche qu’il était en train de scier. Penchées l’une et l’autre sur elle, nos têtes se frôlaient sans cesse et quand, après un effort trop intense, son corps se relâchait un peu, Camille appuyait son front au mien, pour se reposer quelques secondes. (Le front, c’est un peu le genou de la tête, quand on est plus intime.) J’aime que Camille me téléphone, comme ce soir, alors qu’on était encore ensemble, deux heures plus tôt, à la recherche d’une voiture d’occasion dont il veut faire l’acquisition, pour me dire sa joie d’en avoir enfin trouvé une, grâce à l’un de ses amis, qui lui vend la sienne pour 300 EUR. « Je n’aurai même pas besoin de faire un emprunt. Elle a juste le contrôle technique à passer et si des réparations sont ordonnées, leur coût sera déduit des 300 EUR. » J’aime qu’il me dise que sa nouvelle voiture affiche 500000 km au compteur. Ça me paraît énorme, mais je ne connais rien aux voitures. Je ne suis pas bien sûr qu’il ait fait une bonne affaire. A moins qu’il n’ait mal lu le nombre en question. J’aime aussi cela, d’ailleurs : que Camille ne sache pas lire les grands nombres ! Pour lui, 15000, 50000, 150000 ou 500000, sont des nombres illisibles et qui se confondent dans son esprit. Je trouve cela charmant. J’aime encore les regards exaspérés qu’il me lance dans le dos d’Alcidor (l’amant de Flipote), qu’il héberge en ce moment et qui lui dévore tout ce qu’il y a de comestible dans ses placards. Je l’aime aussi pour les énormités qu’il peut dire : « Je croyais, m’avoua-t-il par exemple, cet après-midi, qu’Ascylte était un grand bourgeois » ! Ce sont exactement les mots qu’il a prononcés ! (Je ne pense pas que Camille sache vraiment ce qu’ils signifient, parce que j’ai toujours dit qu’Ascylte avait l’air de ses origines, malgré les grands qu’il veut se donner : il a beau se parfumer, il empeste le caniveau !) « J’ai cru que c’était un grand bourgeois, disait-il donc, et puis j’ai vite compris, à force de le voir manger… » Et Camille d’imiter ce cochon d’Ascylte en train de mastiquer, avec force bruit, la bouche ouverte. « Et tu as vu comme il boit ? Le bruit qu’il fait aussi ? » S’il l’avait vu ! Ah ! S’il l’avait entendu ! J’aime rire avec Camille pour des bêtises et Ascylte nous fait beaucoup rire en ce moment. Il est devenu un véritable Aschenbach ! Il s’est fait couper les cheveux beaucoup plus courts et y met du gel, désormais ! Il avait confié à Camille vouloir se faire faire un piercing ou un tatouage. « Oh ! Oui, un tatouage ! Tu ne devrais pas le quitter tout de suite. Pousse-le d’abord à se faire tatouer quelque chose comme ‘‘Camille pour toujours’’ et ne le quitte qu’ensuite ! » C’est très bête, mais ça nous fait beaucoup rire.
22:13 Publié dans 2008, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Myriam, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15/01/2009
Mercredi 14 janvier 2009
Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre ! (Et je dois bien m’inclure, si je veux être honnête, dans ce lot de coquins et de crapules, même si j’en suis le plus candide, comme je disais récemment.) Je ne sais par où commencer. Je ne sais même pas s’il y a un quelconque intérêt à rapporter tout cela et risque fort d’en oublier beaucoup. Polémon me disait l’autre jour qu’il avait eu la visite d’un certain Philostrate, qui vit à Aire, comme lui. « Un Philostrate de vingt et un ans et qui vit à Aire, me suis-je dit, ce pourrait bien être celui avec qui je chatte depuis peu, et qui est d’Aire également. » Je me suis donc empressé d’aller demander à ce Philostrate s’il était bien celui dont m’avait parlé Polémon. C’était bien lui ! « Mais est-il vrai que vous êtes tombés passionnément amoureux l’un de l’autre et que vous avez échangé de fougueux baisers, comme Polémon le prétend ? – Quoi ? Il a dit ça ? Mais pas du tout. Nous ne nous sommes jamais embrassés et je lui ai d’ailleurs fait cette visite en toute amitié. » Quand j’ai demandé à Polémon pourquoi il m’avait fait ce mensonge, il m’a répondu que c’était pour ne pas me dire qu’il s’était remis avec Camille ! « Tu comprends, je me doutais que tu le prendrais mal. Mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour qu’il quitte Ascylte. » Comme si Camille avait besoin de personne pour quitter tout le monde ! Je préfère infiniment savoir Camille entre les bras de Polémon qu’entre ceux d’Ascylte. Mais il m’est pénible d’être pris pour un idiot par tous ces garçons. Polémon m’avait juré qu’il ne se remettrait plus jamais avec Camille, parce qu’il avait trop souffert à cause de lui. Bien sûr, je ne l’avais pas cru et le lui avais d’ailleurs fait remarquer : « Te remettre avec lui, peut-être pas, mais y remettre un petit coup pour tuer le temps, je suis sûr que tu le feras à la première occasion », ce dont il était convenu. Pourquoi donc m’avoir juré qu’il ne voulait pas se remettre avec lui, s’il ne le pensait pas ? Sans doute était-ce pour me mettre moi-même dans son lit, mais enfin, je n’avais pas besoin de ces sortes de promesses pour y entrer ! Lorsqu’il me disait que Camille avait quitté Ascylte et qu’il était déjà avec quelqu’un d’autre, c’était de lui-même que parlait Polémon. Et lorsque, je ne sais plus quel jour de la semaine dernière, Camille m’a dit qu’il ne pouvait pas venir me voir à telle heure, comme prévu, ce n’était pas parce qu’il avait été appelé pour son travail, mais parce qu’il était en sa compagnie. Le plus triste ou le plus amusant est que Polémon ne se rend pas compte que Camille n’est pas plus avec lui qu’il a jamais été avec Ascylte ou moi-même. Il n’est avec personne, ou avec tout le monde, si l’on préfère. Surtout, il ne cesse de mentir et s’emmêle dans ses mensonges. Par exemple, il m’avait dit que le nouvel amant de Flipote, la fille-mère, s’appelait Hermogène. En réalité, il s’appelle Alcidor. « Mais je croyais que l’amant de Flipote s’appelait Hermogène ! – Mais non, voyons, c’est Alcidor, son nom ! », m’a répondu Camille au téléphone, tout à l’heure, avec un aplomb incroyable, comme je l’appelais pour lui demander si je pouvais le retrouver chez lui. « Attends-moi à l’appartement, Alcidor t’ouvrira la porte, j’arrive le plus vite possible. » J’ai profité de ce que j’étais seul avec ce pauvre garçon, qui m’a accueilli presque nu, pour lui demander quel était son véritable nom : Alcidor, a-t-il reconnu, tout penaud, car Camille fait participer son entourage à tous ses mensonges. Encore cet après-midi, quand il fut enfin revenu dans son appartement, celui-ci s’est amusé à téléphoner à Ascylte, pour lui demander s’il avait des nouvelles de moi. Il voulait lui faire croire que lui n’en avait plus depuis longtemps. Flipote (qui nous avait rejoints tous les trois), Alcidor et moi, nous ne devions faire aucun bruit, parce que Camille, qui avait mis le haut-parleur de son téléphone, voulait faire croire au traitre qu’il était seul chez lui, pour mieux le faire parler. « Non, disait Ascylte, je n’ai pas de nouvelles de ce naze, etc. » Voilà comment Ascylte parle de moi ! (Alcidor et Flipote ne faisaient pas grand bruit, en effet : ils étaient en train de baiser aussi discrètement que possible dans le lit de Camille, non sans en avoir d’abord demandé la permission à Camille. « Moi, ça ne me dérange pas, avait-il répondu, c’est Olivier qui pourrait en être incommodé. – Ah mais pas du tout, faites donc comme chez vous ! » Que dire d’autre ? Ces créatures sont si bestiales ! Il fallait d’ailleurs voir la saleté de l’appartement de Camille. Je la lui ai fait remarquer et, comme si mon opinion avait pour lui quelque importance, il s’est mis à faire du rangement et à passer le balais, tandis que les deux parasites, qui sont sans doute ceux qui ont réellement sali l’endroit (car je n’ai pas souvenir que Camille était si salissant que cela lorsqu’il habitait chez moi) commençaient à se tripoter sous les couvertures.) Pendant une pause de leur conversation (car Ascylte, qui conduisait sa voiture, a dû poser son téléphone le temps de faire une manœuvre), Camille s’est moqué de lui devant nous : « Qu’il est bête, disait-il, il croit qu’on est encore ensemble… ». Camille voulait aussi savoir si, en son absence, l’abstinence n’était pas trop pénible à cet obsédé sexuel d’Ascylte, qui se croyait donc, ou plutôt affectait de se croire encore avec Camille. « Crois-tu vraiment qu’Ascylte ne va pas baiser à droite et à gauche en ton absence ? », ai-je ensuite demandé à Camille. « Oh ! Il ne m’a sûrement pas déjà remplacé, puisque j’ai toujours le double des clés de son appartement. S’il avait quelqu’un d’autre, il aurait voulu les reprendre. – Non, sans doute ne t’a-t-il pas encore remplacé, mais crois-moi, je le connais bien, et je suis sûr qu’il a déjà plus souvent baisé avec d’autres garçons qu’avec toi-même, depuis que vous vous êtes rencontrés ! » Je lui ai aussi rapporté ce qu’Ascylte raconte aux amis que nous avons en commun lui et moi. Christophe, le sidéen psychotique, m’a rapporté qu’Ascylte disait à qui voulait l’entendre que Camille lui avait volé 2000 EUR, ainsi qu’une espèce de lecteur MP3, ou quelque chose de ce genre. « Moi ? J’aurais volé 2000 EUR à Ascylte ? Et comment ça ? – Tu as dit toi-même, l’autre jour, que ce crétin t’avait donné le code de sa carte bancaire. – Oui, mais il l’a toujours avec lui… – Ce ne doit pas être bien difficile de la lui prendre sans qu’il s’en aperçoive. Mais tu sais, Camille, tu peux bien l’avoir volé, moi je m’en fiche complètement. Au contraire, je trouve qu’il l’a bien mérité. Et puis ça te ressemble bien, de voler les gens. Polémon m’avait déjà dit que tu étais un voleur et que tu avais volé ton propre père ! – Oui, mais c’était il y a longtemps ! Je ne sais pas ce que c’est que ces 2000 EUR. Peut-être que c’est le total de tout ce que je lui ai coûté, entre la bague, les bouquets, les vacances à la neige… » Camille ne voulait pas en démordre : il jurait n’avoir pas volé Ascylte. Je ne sais qui d’Ascylte ou de Camille dit la vérité. Et d’ailleurs, quelle importance ? Je sais bien, moi, qu’ils sont aussi perdus de vice l’un que l’autre, quoique différemment : l’un l’est comme en toute innocence, alors que le traître l’est par vice à proprement parler. Comme nous étions en train de parler de vol, et que Camille avait encore avec lui les clés de l’appartement de l’autre, il s’est mis à s’imaginer dépouillant vraiment ce pigeon d’Ascylte ! Je ne saurais dire s’il plaisantait ou s’il n’était pas un peu sérieux. Je crois surtout qu’il n’a aucun bon sens ni aucune morale. « Tu m’aiderais, Alcidor ! Il n’y aurait pas d’effraction, puisque j’ai les clés. Et puis le gardien de l’immeuble me connaît. – Mais justement, réfléchis, si le gardien te connaît et qu’il te voit, Ascylte saura que tu es le voleur ! Ne crois pas qu’il est aussi bête qu’il en a l’air. Tu sais qu’il serait prêt à tout pour se défendre. Méfie-toi de lui. Tu as bien vu qu’il a menacé de recourir aux pires mensonges pour se défendre de moi, quand j’ai menacé de le dénoncer à la justice, pour avoir violé le secret de l’instruction. – Oui, je sais, mais c’est parce qu’il avait peur. Tu lui as fait très peur, tu sais. » La pensée de la peur d’Ascylte m’est d’un très grand réconfort. Du coup, je n’ai pas résisté au plaisir de la raviver en lui envoyant des vœux pour la nouvelle année : « Mon cher Ascylte, / Ce n’est pas parce que tu essaies de te faire oublier de moi (comme en me bloquant sur MSN, par exemple), que je vais effectivement oublier de te souhaiter une bonne et heureuse année 2009. Je souhaite sincèrement que cette année ne soit pas la dernière à te voir exercer ce métier que tu aimes tant. J’espère de tout cœur que tu pourras encore trahir le secret de l’instruction aussi longtemps que tu le voudras et que des juges continueront à te donner de nombreuses missions d’expertise partout en France, pour que tu puisses encore te faire accompagner de ces jolis garçons que tu séduis à coups de voyages, de dîners et de chambres d’hôtel (sais-tu que tu es connu pour cela, dans le petit milieu de la justice ?). Puisse tout cela ne pas se terminer en 2009 ! / Ton ami, comme tu osais m’appeler encore tout récemment, / ‘‘ce naze’’, comme tu dis à notre jeune ami commun, / Olivier. » Je sais que le traitre m’a ‘‘bloqué’’ sur MSN, parce que, en me connectant sur le compte de Camille, dont je connais le code et où je vais régulièrement vérifier qui lui a écrit et qui se trouve parmi ses contacts, j’ai pu constater qu’Ascylte paraissait connecté quand, au même moment, mon propre compte m’indiquait qu’il était déconnecté. Preuve que je n’inventais rien, lorsque je parlais de la laideur d’Ascylte, l’autre jour : Camille a dit tout à l’heure qu’il avait l’air plus vieux que son père, qui n’a pourtant pas loin de vingt ans de plus ! « Il est tout ridé, tout chiffonné, tout pelé ! – C’est bien vrai qu’il est tout pelé », a confirmé Flipote. Je crois bien que je suis tombé sur un nid. J’ai passé presque ma vie entière à vaguer sur des chemins solitaires et suis finalement tombé sur un nid de guêpes. Ils sont tous aussi mauvais les uns que les autres.
00:41 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Philostrate, Polémon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13/01/2009
Lundi 12 janvier 2009
J’ai beaucoup parlé de ma méchanceté dans ce journal, souvent avec complaisance. Don Esteban me disait encore tout récemment qu’il bénissait la crise immobilière, financière, économique et mondiale d’avoir rendu impossible la vente de ce terrain des Baléares qui devait le remettre à flot : grâce à la crise, il n’a pas eu les moyens de commettre ce qui, estime-t-il, aurait sans doute été la plus grande erreur de sa vie : se rapprocher du monstre d’égoïsme et de méchanceté qui se donne à lire dans les pages de ce journal ! Je n’ai pas de raison de douter de la sincérité de son soulagement. Mais je me demande si mes lecteurs les plus attentifs ont remarqué cet autre trait de mon caractère, dont je n’ai peut-être jamais parlé ici, mais qui se laisse probablement voir à chaque ligne que j’écris : je parle de ma naïveté, de la très grande candeur qui, sans doute, fait paraître encore plus sombre tout ce qui n’est pas elle, c’est-à -dire tout le reste de moi. Je suis un candide : je n’ai découvert que ces tout derniers mois certaines hideurs des hommes et de la vie dont je savais l’existence, bien sûr, mais dont je n’avais aucune connaissance personnelle, faute d’expérience. Je suis tombé de très haut. La phobie qui m’empêchait de connaître le meilleur de la vie et des hommes m’avait aussi préservé du pire. Ma candeur est telle que je suis encore tout étonné de constater que ce pire était si près de moi et si fait pour moi, que non seulement il a pu entrer du jour au lendemain dans ma vie, dans mon lit, dans ma bouche, mais encore que c’est moi qui ai voulu l’y faire entrer, dans l’espoir il est vrai de trouver le meilleur, c’est moi qui ai voulu y goûter, y mettre la main. A présent, j’aurais beau me laver, comme après l’amour : je sais que l’odeur à la fois délicieuse et dégoûtante qui reste sur ces doigts que j’ai moi-même glissés à l’intérieur de Camille, ce trou béant, je sais que le goût qui reste dans cette bouche que j’avais moi-même mise autour du braquemart d’Ascylte, pour mon malheur, des années avant Camille, je sais que tout cela ne partira pas. La rencontre de Camille et d’Ascylte ne pouvait mener qu’à ma perte. Camille, c’est une poche où tout peut se loger, une béance qui ne tient à rien ; Ascylte, lui, voudrait tout pénétrer, tout posséder. Le premier a tout naturellement servi de fourreau au second. Mais trop lâche, aussitôt le poignard glissé en elle, cette gaine informe est tombée par terre, où d’autres viendront la ramasser (Polémon déjà ) pour se fourrer dedans à leur tour. Il fallait donc que la lame restât dégainée : elle voulait d’une victime. J’étais si candide que je me suis littéralement jeté sur elle. Ascylte et Camille m’ont poignardé, non pas dans le dos, non, mais dans les yeux : ils m’ont mis au monde.
03:23 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11/01/2009
Samedi 10 janvier 2009
Ils tombent tous amoureux de Camille, ce qui est parfaitement incompréhensible. Je viens de finir le livre qu’a publié Michel del Castillo sur Le Temps de Franco (l’un des livres les plus mal écrits qu’il m’ait été donné de lire (c’est dire si je lis peu de ce qui se publie de nos jours). Pas une phrase qui soit bien construite ! J’en prends une au hasard, c’est-à -dire deux, page 117 : « A son retour en Espagne [le retour de Ramón Franco], il est reçu et décoré par Alphonse XIII. Fêté, acclamé dans tout le pays, la municipalité de sa ville natale, El Ferrol, décide d’apposer une plaque devant la maison des Franco » (c’est moi qui souligne). Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Evidemment, je comprends ce que l’auteur veut dire, mais il le dit tout de même très mal, et, à strictement parler, il ne le dit pas du tout : le lecteur le devine. Et c’est tout le livre qui ne se lit pas, mais se devine ainsi !) : il y a un mystère de Camille comme il y en a du Généralissime ou du Dalaï-lama, ces petits bonshommes sans aucune envergure et capables de susciter l’enthousiasme des foules espagnoles ou des défenseurs de la cause tibétaine. Le charme de Camille est inexplicable, mais il est indéniable. Cet être frêle et maladif, dont on ne saurait dire s’il est beau ou s’il est laid, qui ne sait que mentir et manipuler, qui n’a pas un sentiment qui lui soit propre, pas un mot de vrai, qui n’a tout bonnement pas de parole, et peut-être pas de cœur, cet être qui n’en est pas un déchaîne les passions autour de lui. Moi qui l’aime, comme tous les autres, je serais bien incapable de dire pourquoi je l’aime. Ceux qui ne l’aiment pas le détestent. Mais l’aimer ou le détester, c’est du pareil au même. J’ai pour lui autant de haine que j’ai d’amour. Je voudrais ne jamais l’avoir rencontré. J’ai l’impression de le connaître depuis toujours. Lui qui n’est que du vent, que vide, qu’absence, lui qui ne tient pas en place, qui n’est jamais tout à fait là , qui est toujours déjà ailleurs, il est d’une telle présence, si imposante, si écrasante, que tout le reste est occulté. Il s’est imposé à moi comme une évidence et comme un mystère absolu. J’ai beau ne pas l’aimer passionnément, il a réussi à me mettre hors de moi. Il m’a littéralement chassé, exproprié de moi-même ! A cause de lui, j’ai perdu, sans passion, toute espèce d’amour propre.
04:02 Publié dans 2009, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : dalaï-lama, francisco franco, michel del castillo
07/01/2009
Mercredi 7 janvier 2009
C’est tout de même un drôle de personnage que cet Ascylte. Il a donné le code de sa carte de crédit à Camille, alors qu’il s’était déjà fait voler de plus de 1000 EUR par l’un de ses anciens amants, à qui il avait aussi donné ce code. Il a besoin de forcer les choses, pour se donner l’illusion d’un amour total et fusionnel, j’imagine. D’où cette ‘‘bague de fiançailles’’, si tôt, et des projets de Pacs, déjà . Mais Polémon me rapportait tout à l’heure que Camille lui avait confié hier soir qu’il avait l’intention de quitter Ascylte et qu’il avait d’ailleurs déjà rencontré quelqu’un pour le remplacer. J’ai sans doute déjà dit que Camille racontait presque toujours n’importe quoi. Ce quelqu’un existe peut-être, bien sûr. Mais ce pourrait être aussi bien le bel hétéro de Strasbourg, qu’il héberge en ce moment chez lui. Rien ne me ferait plus plaisir, pour commencer l’année, que de voir Ascylte abandonné. Ce ne serait que justice. Un début de justice. Presque rien, en vérité, parce que j’ai toujours su que ni Camille ni Ascylte n’étaient vraiment amoureux l’un de l’autre. Etre abandonné ne devrait donc pas beaucoup affecter le traitre, d’autant plus traitre que la trahison de notre amitié n’avait pas même l’excuse de l’amour, contre lequel j’aurais pu comprendre qu’il lui était difficile de lutter. Il m’a volé, voilà tout. Il est entré dans ma maison, y a trouvé un objet qui lui plaisait, et s’en est emparé, sans même se cacher. Mais il le paiera, d’une manière ou d’une autre.
21:03 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Mardi 6 janvier 2009
L’espèce d’hilarité qui anime Camille lorsqu’il parle de cette crevure d’Ascylte a quelque chose de rassurant : elle tend a prouver que le garçon sait parfaitement ce qu’il fait et que j’avais tort de me faire tant de souci pour lui, que je croyais tombé sous la coupe du traitre manipulateur ; c’est le manipulateur qui est manipulé. J’étais chez Camille avant-hier qui, retour de Bordeaux, était en train de fouiller dans son sac de voyage. Le voici soudain qui s’écrie : « Mince ! J’ai oublié de rendre à Ascylte sa crème à 100 EUR ! Oh ! Et son gommage à 60 EUR aussi ! Tant pis pour lui. – Mais tu connais donc le prix de toutes les choses qui appartiennent à Ascylte ? » Eh bien oui ! Ascylte dit à Camille le prix de tout ce qu’il possède et de tout ce qu’il lui offre, pour l’émerveiller, sans doute ! Ce bouquet de rose, que Camille s’est empressé de mettre à la poubelle, parce qu’il l’encombrait dans son petit appartement, a coûté 30 ou 40 EUR, je ne sais plus exactement. Sa bague de fiançailles, comme il dit, qui est en réalité une alliance, 300 EUR. « C’est un peu bête d’avoir dépensé autant d’argent pour cette bague, a dit Camille, transi d’amour, parce que si je dois quitter Ascylte bientôt, ce seront 300 EUR de jetés par la fenêtre. – Mais jeter l’argent par les fenêtres, c’est tout ce qu’il sait faire, c’est sa façon dâ€