05/11/2009
Jeudi 5 novembre 2009
Ce n’était aujourd’hui que ma vingt-neuvième séance chez Tirésias, quand ç’aurait pu être la trente et unième. Mais la séance de jeudi dernier, qui aurait dû être la trentième, avait été annulée, parce qu’ayant manqué notre rendez-vous du huit octobre (pour n’avoir pas eu le temps de dessoûler de la veille), je n’avais pu confirmer le suivant (pris à l’avance) pour le vingt-neuf (si longtemps après, parce que Tirésias devait s’absenter entre temps). J’aurais pu faire en sorte de téléphoner, pour maintenir cette seconde séance ratée, mais ma mauvaise volonté m’en a empêché. J’ai donc passé un peu plus d’un mois sans voir mon analyste. Peut-être avais-je besoin de suspendre momentanément un travail d’analyse auquel je n’arrive pas toujours à m’intéresser. J’ai commencé par parler aujourd’hui de l’étrange rencontre que j’ai faite hier soir chez Tityre. Ce dernier m’avait invité à dîner chez lui pour me présenter un certain Elithios, qu’il avait rencontré quelques jours plus tôt à la rocade, comme on dit ici, c’est-à-dire dans ce baisodrome à ciel ouvert que je suis un des rares, semble-t-il, à ne pas fréquenter, mais dont j’ai sans doute déjà parlé dans ce journal. Ce garçon, prétendait mon hôte, avait une vingtaine d’années, était plein de charme et fort porté sur la chose, et me conviendrait peut-être, même s’il était loin d’avoir inventé la poudre. Osman, qui était également là, et qui connaissait la bête, lui aussi, pour l’avoir pratiquée quelques mois plus tôt, était d’accord avec Tityre sur ce point : Elithios était un garçon franchement limité. En comparaison, me disaient-ils, la simplesse de Camille eût pu passer pour de la vivacité d’esprit : aussi le risque pour moi était-il assez grand de m’éprendre du garçon, ajoutèrent-ils perfidement, quoique assez justement. Elithios arriva donc vers onze heures, après son travail (il est plongeur dans un restaurant). J’ai assez vite compris qu’il était encore plus bête que tout ce qu’on m’avait dit : la déficience mentale d’Elithios est caractérisée. Par exemple, il a le plus grand mal à se situer dans le temps. Il a d’abord en effet prétendu, quand je lui ai posé la question, ne travailler que deux heures par jours. Mais quand je lui ai demandé de me dire à quelle heure il commençait et terminait son travail, j’ai compris qu’il y passait beaucoup plus de temps qu’il m’avait dit. Seulement, comme il a une pause de plusieurs heures, tous les jours, chaque mi-temps de son travail représente, dans son esprit de simplet, ce qu’il appelle une heure. Il ne sait pas non plus à quelle époque il a commencé à travailler. C’était il y a longtemps, voilà tout. Mais qu’est-ce que longtemps, pour lui ? Des mois, des années ? Elithios est incapable de dire quel est le montant de son salaire. Ce n’est pas lui qui s’occupe de ça, comme il dit, mais son frère, dont il est sous la tutelle. Le plus frappant est qu’il rit pour des choses qui ne devraient faire rire personne, si ce n’est des adolescents de quatorze ans à peine, et encore : même des enfants de treize ans n’en riraient peut-être déjà plus ! L’extrême candeur d’Elithios, qui illumine littéralement son visage, le fait paraître beaucoup plus jeune qu’il n’est. Mais il a les mêmes rides que moi au coin des yeux, plus prononcées encore, sans doute parce qu’il a déjà beaucoup plus travaillé que moi dans la vie, et beaucoup plus baisé également, puisqu’il passe habituellement toutes ses soirées à la fameuse rocade, où il fait toutes ses rencontres, parce qu’il refuse de s’abonner à Internet et qu’il n’a pas de téléphone (à moins que ce ne soit son tuteur qui lui ait mis dans la tête qu’il n’en avait pas besoin). En réalité, il a mon âge. Il n’est né qu’un mois après moi, en décembre 1975 ! A la fin de la semaine, il quitte toujours Mont-de-Marsan, pour passer le week-end chez ses parents. Je me suis finalement levé pour rentrer chez moi quand, me voyant faire, Elithios s’est écrié : « Tu t’en vas ? – Oui, je dois me lever tôt demain, j’ai la séance chez mon psy à midi ! Pourquoi, tu voulais que je reste encore un peu ? – Bah oui ! – Oh ! Comme il est mignon, il veut que je reste encore avec lui. Mais regarde donc Tityre, c’est son heure, il est en train de piquer du nez, il faut qu’on le laisse dormir. – On n’a qu’à aller chez moi… » Car tout débile léger qu’il soit, Elithios a son propre appartement (dans l’immeuble en face de celui qu’habitait Nicandre naguère encore, qu’il a d’ailleurs beaucoup observé depuis son balcon, assez pour savoir qu’il fréquentait assidûment un petit noir qui n’était autre, sans doute, que mon Phédon, de sinistre mémoire et qui semble avoir définitivement quitté la ville), il conduit un scooter et a littéralement le feu au cul, mais d’une façon tout à fait gracieuse, et comme allant de soi, sans doute du fait de sa stupidité. Avec lui, on est bien loin de l’obscénité calculée d’un Phédon, dont la perpétuelle ondulation, sur la piste de danse, semblait le retentissement, dans tout le corps, d’un péristaltisme de son cul, mais d’un péristaltisme inverse, servant non pas à expulser, mais à aspirer des bites, dont il n’est probablement jamais repu. Quand Elithios dit tout de même des obscénités, pour inviter à le sucer ou à l’enculer, c’est d’une façon qui sonne si faux que c’en devient tout à fait juste : on dirait un enfant qui répète des obscénités dont il ne comprend pas le sens. Ce qui échappe entièrement à Elithios, c’est la part d’ordure qu’il y a dans les termes qu’il emploie et, l’ignorant, il en reste comme vierge en prononçant ces mots : il n’y a pas le plus petit reliquat de saleté dans l’intonation de sa voix, dans son regard, dans ses gestes, dans les poses pourtant très suggestives qu’il peut prendre pendant l’amour (mais qui ne sont justement pas du tout suggestives : elles sont absolument naturelles). Le peu que j’ai vu de la sexualité d’Elithios (car je n’ai pas voulu trop en voir, pour l’instant) a quelque chose d’immaculé. La raison pour laquelle je n’ai d’abord pas voulu trop en voir a été le sujet de cette séance chez Tirésias. Même s’il est évident qu’Elithios est très demandeur, sexuellement, comment puis-je être sûr de ne pas abuser de lui, puisqu’il est intellectuellement si limité, puisqu’il est presque un enfant ? N’est-il pas anormal que je me sois senti si bien avec lui ? Pour une fois, je n’étais plus en représentation, contrairement à mon habitude, qui est de toujours veiller à bien jouer mon rôle, même et surtout au moment d’avoir des relations sexuelles. Je croyais que la prise de conscience libérait ? Comment se fait-il donc, dans ce cas, que je continue d’être attiré par les garçons plus jeunes ou plus bêtes que moi, ou de faible constitution physique ou intellectuelle (en un mot : par des garçons qui me sont inférieurs), puisque j’ai découvert, au cours de cette analyse, la plupart des raisons de cette attirance, c’est à savoir, en l’occurrence, le fait que je me sente moins en danger avec eux (ce qui n’est que partiellement vrai, car dans le même temps, je puis me sentir très en danger avec de tels garçons, avec Callias, par exemple). Tirésias m’a répondu que le but de l’analyse n’était pas de ne plus se trouver bien avec les personnes auprès desquelles on se trouve bien, mais de cesser de se trouver mal avec les personnes auprès desquelles on se trouve mal… « Ce qui est très important, dans ce que vous venez de dire, c’est qu’on peut retourner votre inquiétude : vous craignez de jouir abusivement d’autrui parce que votre plus grande crainte est d’être abusé par autrui. C’est une très bonne chose que vous ayez ainsi le souci de votre prochain. » Le garçon qui me fait sentir plus particulièrement en danger, ces temps-ci, comme j’ai dit à l’instant, c’est Callias. Je ne sais pas interpréter les signes qu’il peut donner de son attirance pour moi ou, contraire, de son indifférence. Ou plutôt, j’ai tendance à sur-interpréter tout ce qui se produit comme d’éventuels signes de quelque chose que je ne comprends pas. Mon long retrait du monde a fait que je ne possède pas le code qui me permettrait de déchiffrer les garçons (puisque les garçons sont des livres !). Vendredi soir, par exemple, après la fête chez Iolaos, dans la rue, pourquoi Callias, s’adressant à Osman et moi, a-t-il dit plaisamment que j’étais gros et qu’Osman était tout mince, alors que c’est évidemment le contraire ? « Mais non, voyons ! Tout le monde sait que c’est Osman le petit gros de la bande ! – Mais non, Osman est trop maigre, il ne pourrait pas me porter dans ses bras jusque chez moi, il n’est pas assez fort. Toi tu pourrais ! – Te porter jusque chez toi ? Mais non, c’est trop loin ! – Quoi ? Tu veux dire que tu me trouves trop gros ? » Callias voulait-il dire quelque chose de précis, peut-être sans le savoir lui-même, en faisant une telle allusion à nos corps, ou si c’est moi qui en ai le fantasme ? Nous n’avons finalement pas suivi les autres invités de Iolaos, Callias et moi, et plutôt que d’aller avec eux au bar d’Ascagne, où devait se poursuivre la soirée, nous avons préféré rentrer chacun chez soi, c’est-à-dire, pour lui, dans l’appartement de son amant, chez qui je l’ai donc raccompagné. Nous avons fait le chemin à pied. Quand nous fûmes arrivés presque à destination, Callias a fait cette remarque que son amant ne serait peut-être pas chez lui, sorti qu’il était de son côté. Puis, une fois que nous fûmes parvenus au pied de l’immeuble, il m’a demandé de lui expliquer de nouveau où j’habitais, ce que je lui avais déjà dit un peu plus tôt dans la soirée. Ce n’est qu’après l’avoir salué que je me suis dit qu’il m’avait peut-être tendu des perches pour que je l’invitasse à venir chez moi, ce que m’a sœur, à qui j’ai rapporté cet épisode le lendemain, m’a dit être en effet vraisemblable. Mais comment y penser, sur le moment, et, surtout, comment en être sûr ? « Mais ce n’est pas si grave, si tu te trompes », dit Julie. Le problème est pourtant bien là : la pensée du plus petit échec dans ces situations prend chez moi une ampleur inouïe. Tout ce passe précisément comme si c’était une affaire très grave. Je suis incapable de légèreté dans la conduite de mes amourettes. C’est très pénible. Ma paralysie devient peut-être plus grande encore lorsqu’il y a des témoins de mes invisibles tentatives de séduction. Le plus terrible est que, même si nous nous trouvons seuls, le garçon que je désire est encore un témoin de la scène qui, de ce fait, ne peut avoir lieu. Même si le garçon était tout à fait bienveillant, mon malheur est si grand qu’il y aurait encore un témoin dont le regard me figerait : c’est moi ! Si le regard d’autrui m’est si pénible, c’est parce que je le ressens comme malveillant (moqueur ou convoitant de me dépouiller de ce que je convoite moi-même). « Encore une fois, me dit Tirésias, vous avez peur d’être abusé ou dépouillé, comme vous avez dit, par un autre méchant. Pour vous, l’autre est presque toujours méchant. »
20:07 Publié dans 2009, Ascagne, Callias, Camille, Elithios, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nicandre, Osman, Phédon, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26/10/2009
Dimanche 25 octobre 2009
Le dîner chez ma sœur hier soir était annulé, Aribaze et Osman en ayant chacun donné chez soi. Tityre et moi sommes allés à celui d’Osman (ainsi que Cléomédon, mais sans son Clinias, qui n’a paraît-il pas du tout apprécié certaines choses que j’ai dites sur lui dans ce journal), ma sœur et Iolaos (qui est le meilleur ami d’Osman et, depuis peu, le chevalier servant de Julie) à celui d’Aribaze. Ceux du côté d’Aribaze nous ont plus tard rejoints chez Osman, d’où nous sommes ensuite allés dans le bar que tient le bel Ascagne et, de là, pour finir, à Parthénon. Une certaine Nidalie, qui est une grande habituée d’Ascagne, était également des nôtres. Bien que je ne la connusse pas vraiment avant hier soir, où je la voyais pour la première fois chez l’un de nous plutôt qu’en ville, j’ai pu constater, pour avoir longuement parlé avec elle, qu’elle me connaissait apparemment très bien, et en particulier, qu’elle savait déjà que c’était à cause de moi que Phidippide était tombé dans l’espèce de disgrâce d’où personne ne semble très désireux de le sortir, à l’exception de Tityre. Osman, qui était pourtant absent, le soir de notre rupture, m’a même fait remarquer qu’il ne lui avait pas du tout coûté de ne pas inviter Phidippide à son dîner. En m’assurant ainsi de leur soutien, mes amis ne se doutaient sans doute pas qu’ils ne faisaient qu’accroître ma mauvaise conscience. Pauvre Phidippide, après tout… D’autres personnes étaient encore chez Osman, dont je n’ai pas retenu les noms, trop aviné que j’étais sans doute, et surtout trop affairé à cultiver le sublime Callias, qui nous honora de son angélique présence. Il était soul et, durant tout le temps de son absence, ne cessa de me demander quand arriverait enfin ma sœur, qu’il aime passionnément, quoique d’un amour tout platonique évidemment. Il l’a pourtant embrassée (à ce que m’a dit Tityre, chez qui je suis allé dîner ce soir), ainsi qu’un autre des invités d’Osman, celui d’entre eux (encore un pédé) qui était célibataire et bien loin d’être un prix de beauté ! Il faut dire que Callias embrassait et caressait tout le monde. L’ivresse le rendait débordant d’amour. Plus d’une fois il s’est jeté dans mes bras ou m’a pris dans les siens, me serrant si fort que je pouvais à peine respirer ou lui répondre quand il m’a demandé pourquoi je le touchais ainsi, alors que c’était lui qui… De toute façon, je n’aurais rien su répondre d’intelligent, ni même d’idiot. Je continue de me demander si la relative indifférence que Callias me montre un peu trop ostensiblement n’est pas plutôt de l’intérêt péniblement dissimulé. Lors d’une fois précédence, il m’avait dit cette chose étrange : « Olivier, je n’oublie jamais un visage. Il me semblait bien que je t’avais déjà vu quelque part, mais je n’arrivais pas à me rappeler où. Et puis ça m’est revenu tout à coup. C’est chez Osman que je t’avais vu la première fois ! » C’était une remarque complètement absurde. Aux premiers temps de notre fréquentation actuelle (et qui n’a jamais été qu’actuelle), nous ne nous sommes toujours vus que chez Osman ou du moins en sa présence. Qu’Osman soit celui qui nous a présentés l’un à l’autre est une évidence. En bonne logique, Callias aurait dû me dire qu’il m’avait déjà vu avant de me rencontrer chez Osman, ailleurs que chez ce dernier (ce dont je me serais nécessairement souvenu, de toute façon, parce qu’il correspond parfaitement à mon type de garçons ; c’est d’ailleurs bien pourquoi il me fait perdre tous mes moyens : la peur de perdre ce que je désire le plus me paralyse. Je me demande si l’un des nœuds de ma névrose n’est pas que je ne me sente pas le droit de prétendre à ce qui serait le plus fait pour me combler. Je perds tous mes moyens devant le bel être que je voudrais séduire, parce que je ne m’en sens pas digne. Le sentiment que je serais un voleur, pour ne pas dire un violeur (violant quelque loi supérieure, qui m’interdirait d’y prétendre), m’empêche de seulement esquisser le plus petit geste pour séduire la personne qui m’inspire du désir. Il faudrait que j’en parle à Tirésias.) Je me demande donc si Callias n’a pas inventé cette invraisemblable réminiscence pour me dire à sa manière qu’il m’avait remarqué, qu’il avait pour moi un intérêt qu’il n’ose pas me dire trop explicitement, d’autant qu’il est déjà l’amant de quelqu’un, je ne sais plus si je l’avais dit : il s’agit d’un jeune homme de trente ans, avec qui j’ai paraît-il déjà chatté, avec qui j’avais même sympathisé, mais que je n’ai jamais rencontré physiquement. Le fait que Callias soit l’amant d’un garçon de trente ans m’affole complètement : je me dis qu’entre toutes les barrières qu’il y a entre nous, celle de l’âge n’en est pas une. Hier soir, il m’a fait une autre remarque, et précisément au sujet du tout premier jour de notre rencontre. Comme il me demandait si je ne voulais pas danser avec lui : « Ah ! Non ! C’est impossible, je ne danse jamais ! – Comment ça, tu ne danses jamais ? Je t’ai vu danser, une fois, je ne sais plus où. – Moi ? J’aurais dansé ? Ah oui ! Ce devait être avec Phédon, mais c’est uniquement parce qu’il m’y avait forcé et parce que j’étais soul. – Oui, et vous étiez allés faire des choses dans les toilettes aussi. – Euh… Oui, mais non… Là encore, c’est lui qui m’avait entraîné. De toute façon, moi, je ne fais jamais rien dans les toilettes. C’est bien simple, je n’y vais jamais ! Je suis au-dessus de ces choses-là ! Ç’avait été une très mauvaise soirée pour moi. J’aime autant ne pas en parler, d’ailleurs, je suis sûr que tu sais déjà tout, puisque tout finit toujours pas se savoir. » Callias, qui avait prétendu, quelques jours plus tôt, ne s’être rappelé que tout récemment le premier jour de notre rencontre, semblait donc s’en souvenir désormais très précisément. Mais le plus surprenant, c’est donc qu’il m’avait apparemment observé, ce premier jour, alors que j’avais été si affecté par son indifférence à mon égard. Aussi bien suis-je en train de me faire des idées. Il est tout à fait possible que j’interprète trop les choses. Ma sœur me dit que, Callias étant plus jeune que moi et donc le plus inexpérimenté, c’est à moi de mener la danse, c’est-à-dire de faire précisément ce que je ne sais pas. « Mais je n’y arriverai jamais ! Je ne sais même pas danser, au propre comme au figuré ! Alors mener la danse… Pourquoi crois-tu que je me saigne aux quatre veines pour m’offrir les services d’un Tirésias ? – Mais justement, est-ce que vous ne travaillez pas sur tes difficultés relationnelles, avec ce Tirésias ? – Si, bien sûr. Et j’ai fait beaucoup de progrès, mais uniquement dans mes relations avec les groupes. Avec les individus, je suis encore complètement incapable. – Tu te poses trop de questions au sujet de Callias. Tu devrais te contenter de jouir du plaisir d’avoir un beau garçon dans ton entourage et prendre le temps d’apprendre à le connaître, sans penser à autre chose. » Je le sais bien, mais c’était délicieusement affolant de sentir le corps enivré de Callias se presser contre moi. Comment donc penser à autre chose après cela ? J’ai de nouveau croisé Callias, par hasard, cet après-midi, pendant ma distribution hebdomadaire. Il avait dessoûlé et semblait fatigué et un peu gêné de me rencontrer (il faut dire que cette rencontre s’est passée dans le hall de l’immeuble où vit son amant (immeuble qui est également celui de la mère de Tityre)). Aucun produit cosmétique n’avait été mis dans ses cheveux, qui étaient tout propres. Il avait l’air plus blond et plus flou. C’était presque quelqu’un d’autre. Je me suis avisé que je ne l’avais vu jusqu’alors que de nuit. « Le jour et la nuit. » Je ne sais pourquoi m’est venue à l’esprit cette expression. Tout nous sépare. Il est le jour, je suis la nuit. Comment donc pourrions-nous vraiment nous rencontrer ?
02:18 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Callias, Cléomédon, Clinias, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nidalie, Osman, Parthénon, Phédon, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note