07/12/2009

Dimanche 6 décembre 2009

            J'ai appris la mort du chat de ma mère quelques heures après avoir parlé de lui lors de la trente-troisième séance chez Tirésias, jeudi dernier. Parce qu'il était trop affaibli pour s'échapper, le chat, contrairement à son habitude, m'avait laissé l'approcher l'avant-veille, retour du restaurant. « Et pourquoi s'échappe-t-il, d'habitude ? », m'a demandé Tirésias. « Que lui avez-vous fait, à ce chat ? - Rien. - Vous-êtes sûr ? » (J'éclate de rire.) « J'aime lui faire peur. - Pourquoi donc ? - Je ne sais pas... Peut-être parce que le chat, c'est mon père, comme j'ai déjà dû l'évoquer, lors d'une précédente séance... - Ou c'est parce que vous ne supportez pas que votre mère aime un autre être que vous, ce chat, en l'occurrence. » Ouais... « Je déteste que ma mère me touche ou même que sa main soit trop près de moi, comme quand elle caresse ma chienne. C'est presque toujours lorsqu'elle caresse ma chienne assise entre elle et moi que ma mère me frôle involontairement, ce qui me met hors de moi. Pourtant, ma chienne est une sorte de terrain d'entente entre nous deux. - Oui, c'est parce que c'est votre chienne. Elle vous appartient et vous appréciez que votre mère s'intéresse à quelque chose qui est à vous. Mais dans le même temps, comme vous avez le désir d'échapper à son emprise, la trop grande proximité de votre mère lorsqu'elle caresse votre chienne vous est particulièrement pénible. » Je ne sais si j'oserai dire à Tirésias que je n'aurai pas les moyens de le revoir avant le mois de janvier. Mon compte en banque est déjà vide et je n'ai encore acheté aucun cadeau pour Noël. Je me suis même endetté jusqu'au mois de juillet prochain, en achetant à Thalie quatre des toiles qu'elle exposait au vernissage où nous étions, vendredi soir, Tityre, Cyrnos et moi. Elle veut bien que je la paie en huit mensualités. (Cette Thalie n'est autre que la Camille (de son véritable nom) avec qui j'avais sympathisé l'année dernière, à la même époque.) En regardant ses toiles de plus près, hier soir, en les accrochant, je me suis aperçu que les matières qui semblent prises dans une toile d'araignée recouvraient en fait (ce dont je ne m'étais pas avisé d'abord) des souliers de tout petit enfant, sans doute ceux de sa propre fille. J'ai trouvé ce détail émouvant : Thalie se sert donc dans ses œuvres des affaires devenues trop petites pour son enfant. Les filaments blanchâtres qui recouvrent le tout ne tissent sans doute pas seulement les toiles d'araignées du temps qui passe sur les choses abandonnées, mais peut-être aussi les chrysalides au sortir desquelles l'enfant doit abandonner les affaires pour lesquelles elle est devenue trop grande.

03/12/2009

Helvétophobie ou islamophobie ? - (Satire)

            « Les Suisses sont tellement racistes, me disait tout récemment un ami à l’anti-helvétisme manifestement primaire, que ceux d’entre eux qui n’ont pas voté contre la construction de nouveaux minarets sur leur territoire craindraient des représailles économiques et financières de la part des ‘‘pays musulmans’’, s’il est permis de s’exprimer ainsi, s’empressa-t-il d’ajouter, car ces pays n’ont pas plus à être qualifiés de musulmans que l’Europe, par exemple, de chrétienne. – Mais en quoi serait-il donc raciste de craindre de telles représailles, demandai-je, car je ne voyais vraiment pas où mon ami voulait en venir ? – Ce me semble pourtant évident. A n’en pas douter, ceux qui craignent cela pensent que les musulmans, ou plutôt, ceux qu’ils qualifient de musulmans (car, pour reprendre un terme à la mode, l’identité de ces gens n’est pas exclusivement musulmane, que je sache), sont incapables de faire preuve de la même retenue que nous avons lors de situations similaires. – ‘‘Que nous avons’’ ? – Tu vois bien ce que je veux dire… Ainsi, lorsque les autorités égyptiennes ont ordonné l’abattage de l’intégralité du cheptel porcin de leur pays, officiellement pour prévenir la pandémie de grippe A/H1N1 porcine mexicaine, mais dont les conséquences furent infiniment plus désastreuses pour les chrétiens d’Egypte que ne l’est pour les musulmans de Suisse l’interdiction de la construction de nouveaux minarets, je ne sache pas que les pays dits chrétiens aient exercé de représailles contre les Egyptiens. Combien de divisions le Vatican a-t-il envoyé pour sauver les cochons d’Egypte et surtout le mode de vie des coptes qui les élèvent ? – ‘‘Le pape, combien de divisions ?’’, en effet… – Sérieusement, pourquoi donc les musulmans ne seraient-ils pas capables d’autant de sagesse que nous ? Enfin, ‘‘nous’’, c’est une façon de parler, bien sûr ! – Mon Dieu (enfin, ‘‘Dieu’’… Existe-t-il seulement ?), ce que tu dis-là est ma foi bien vrai. On ne soupçonne pas jusqu’où peut aller se loger le racisme ! Mais enfin, même si tout cela n’est pas faux, il ne doit vraiment pas faire bon être mexicain en Egypte, par les temps qui courent… » Maintenant que j’ai relu, pour la copier ici, la conversation que j’eus avec mon ami, je me demande tout de même s’il ne faisait pas un peu de l’ironie… 

Mercredi 2 décembre 2009

            Hier : anniversaire de ma mère, qu’il a fallu inviter au restaurant. Dans ma famille, nous naissons à des dates symboliques, pour ne pas dire fatidiques. Ainsi l’anniversaire de ma sœur tombe-t-il le quatorze juillet ; le mien le deux novembre ; si bien que, tandis que ma sœur avait droit aux feux d’artifice pour sa fête, je me contentais des fleurs des tombes. Quant à ma mère, elle est née un jour qui est devenu depuis celui de la foire au Sida. Il n’y a pas de hasard. Sans doute la Providence a-t-elle voulu lui rappeler chaque année la grande part de responsabilité qu’elle avait dans la contamination de ma sœur. Si, d’après cette dernière, c’est à cause de sa mère (qui le traita toujours comme s’il n’était qu’hémophile et non pas également sidéen) que Hieronymus fut à ce point dans le déni de sa maladie, qu’il cacha donc à Julie, jusqu’à ce qu’elle se découvre un jour contaminée, l’inconscience de celle-ci fut, à l’évidence, encouragée par notre propre mère, qui l’exhortait à ne pas tenir compte de la rumeur selon laquelle le garçon était séropositif. Car dans ma famille, non seulement nous ne naissons pas à des dates ordinaires, mais encore mettons-nous un point d’honneur à ne pas partager le sens commun (qui nous paraît sans doute trop vulgaire), quitte à en perdre tout bon sens. C’est la raison pour laquelle, plutôt que d’ajouter foi à ce qui se peut dire sur eux, à ce dont on les suspecte, aux mauvaises intentions qu’on leur prête, nous laissons des Hieronymus nous empoisonner le sang ou des Cyrille détourner nos biens, pervertis que nous sommes par l’éducation que nous a donnée une mère complètement folle et qui, depuis, ne trouve plus paradoxal de détester néanmoins un Cyrille et toute sa famille, pour les raisons même que son enseignement nous incitait naguère encore à les aimer : lorsque j’étais enfant, ma mère était par exemple très fière de me savoir, à l’école, le seul ami d’une gitane plus vieille que moi de cinq bonnes années, incroyablement insolente, bagarreuse et probablement voleuse. Ce qui faisait sa fierté, c’était que je ne partageasse pas les mêmes aversions, pourtant légitimes, que mes petits camarades de classe. Une folle, disais-je ! C’est sans doute encore à cause de cette éducation (du moins en partie) que j’ai pu me laisser aller à tellement vouloir prendre sous mon aile le pauvre Camille, qui serait sans doute ce qui se fait de plus véreux et gâté en matière de garçons, n’était Ascylte, qui me le vola, et avec qui je n’ai toujours pas réussi à couper entièrement les ponts, sans doute encore pour les mêmes raisons. Julie nous a appris sur Hieronymus, lors du dîner que nous avons offert à notre mère hier soir, quelque chose qui m’a fait tomber des nues et qui, pourtant, avec le recul, me semble une évidence. Longtemps nous avions cru que le grand train que menait celui-ci lui était rendu possible par l’argent de l’indemnité qu’il avait reçue en compensation de sa contamination. S’il est bien vrai qu’il fut indemnisé, c’est à son activité de dealer que Hieronymus devait d’être si magnifique. J’avais toujours trouvé que la foule qui fréquentait la maison que ma mère lui louait était anormalement nombreuse et systématiquement de mauvais genre. Je savais bien que tous ces gens se droguaient, mais jamais il ne m’était venu à l’esprit que c’était Hieronymus qui leur vendait leur drogue (du shit ou de l’‘‘herbe’’ uniquement, car il était un dealer qui prétendait avoir des principes (nous a rapporté Julie), c’est à savoir, en l’occurrence, qu’il refusait de vendre de la cocaïne ou d’autres drogues réputées, à tort ou à raison, plus dangereuses…). Il paraît que son cousin (car le cousin s’adonnait au même genre de commerce) fut  l’homme les plus heureux du monde lorsque des paquets entiers de drogue s’échouèrent comme par miracle, il y a quelques années, sur les plages des Landes, à moins que ce ne fût du Pays Basque. Hieronymus et lui eurent la peur de leur vie lorsqu’une de leurs connaissances communes, qui était dans la même branche qu’eux, fut arrêtée par la police à cause de son trafic. Ils cessèrent alors de fréquenter personne pendant un assez long temps. Je ne sais où ils en sont aujourd’hui de leurs activités. (Inutile d’écrire que je réprouve non seulement le commerce de la drogue, mais même sa seule consommation. Cela va d’autant plus sans dire qu’ils sont justement le fait de types comme Hieronymus. Moi qui suis respectueux des lois, je me contente parfaitement des litres de vodka et surtout de vin que le bel Ascagne veut bien me servir dans son bar, et en toute légalité, lui, au moins. J’ai d’ailleurs passé la fin de la soirée d’hier avec lui, n’ayant pas trouvé l’insatiable Elithios à son domicile, où j’avais espéré le rejoindre après le dîner. (Sans doute était-il encore à la rocade, même s’il pleuvait, je m’en avise à présent…)  Il n’y avait pas foule chez Ascagne, et je l’avais donc à peu près pour moi seul, car Osman, qui a fait une apparition vers minuit, n’est pas resté bien longtemps. (Il m’a confié qu’il n’avait plus lu mon journal depuis le mois de juillet et que c’était donc pour plaisanter qu’il avait jusqu’alors prétendu continuer à le faire. En revanche, il avait récemment chatté avec le terrible Cléomédon, qui lui aurait dit qu’il me détestait, à cause de ce que j’avais écrit sur Clinias et lui dans ce blogue. J’ai eu l’occasion de revoir Cléomédon, il y a quelque temps, et je dois dire que je ne m’étais pas alors avisé de la détestation que je lui inspire désormais. Il est vrai que j’étais probablement soûl, ce soir-là, et que mon état ne me permettait donc pas d’interpréter avec beaucoup de bonheur les signes qui pouvaient m’être envoyés par les uns et les autres, moi qui le fais déjà si mal quand je suis sobre. Ascagne, qui a toujours une oreille qui traîne, comme tous les barmen, sais donc probablement désormais que je tiens un blogue sur Internet. (Voulait-il me faire comprendre qu’il n’aimerait pas savoir que je parle de lui dans ce journal quand il m’a dit qu’il n’aimait pas Facebook pour ce que c’était à ses yeux un site où la vie privée était constamment violée ?) Eryximaque, une autre des connaissances que Tityre voudrait me refourguer, a lui aussi entendu parler de ce journal. Quand je lui ai proposé de venir dîner un soir chez moi, il m’a répondu, un peu cavalièrement, tout de même, qu’il ne voulait pas figurer dans mon tableau de chasse ni que d’autres l’apprennent dans ce blogue. J’avais cru que c’était lui qui me tournait autour. J’avais apparemment encore fort mal interprété les signes. Pourquoi donc m’avait-il invité à dîner chez lui, l’autre jour, avec Tityre ? Pourquoi m’a-t-il demandé mon numéro de téléphone ? Pourquoi m’a-t-il écrit tous ces SMS ? Mystère ! Passons.) J’étais heureux d’entendre mon barman préféré me raconter un peu sa vie. J’avais l’impression d’avoir de l’importance pour lui, d’être son confident. Nous restions de longs instants à nous regarder dans les yeux, qu’il a très beaux, et j’essayais de relever de quel côté il finissait par détourner le regard, pour savoir s’il se pouvait qu’il fût attiré par moi, comme Cyrnos, un ami de ma sœur, prétend qu’on peut le deviner. Hélas, je ne me rappelais plus s’il aurait fallu qu’il tournât les yeux vers la gauche ou vers la droite… Et quand j’étais le premier à vouloir les détourner, je ne savais plus trop dans quelle direction le faire, de peur de révéler mes intentions, si jamais Ascagne avait entendu parler lui aussi de la théorie des regards insoutenables. Avec deux autres habitués, je suis encore resté une heure après la fermeture de l’endroit. Ascagne m’a alors demandé où j’habitais, ou plutôt s’il était vrai que j’habitais non loin de chez l’amant du sublime Callias. Comment pouvait-il savoir cela ? Sans doute Callias le lui avait-il dit. Cela veut donc dire qu’il arrive aux deux garçons de parler de moi en mon absence. Mais pourquoi le font-ils ? Est-ce à dire que l’un des deux au moins est intéressé par moi ? Je ne mens vraiment pas lorsque je dis que je suis incapable d’interpréter les signes. D’ailleurs, quelle interprétation faut-il donner à cet autre fait que Nicagoras, que j’avais salué plus tôt dans la soirée en l’apercevant à une autre table du restaurant, ait éprouvé le besoin (alors qu’il m’a fait tout récemment comprendre que je ne l’intéressait ni sexuellement, ni sentimentalement) de dire à Ascagne qu’il m’y avait vu à l’heure du dîner ? Comme il avait croisé ma sœur dans l’après-midi, Ascagne se vantait de savoir presque tout de la soirée que j’avais passée avant d’arriver dans son bar. « Alors, m’avait-il demandé à peine la porte refermée derrière moi, comment s’est passé l’anniversaire de ta mère ? Avez-vous bien dîné dans tel restaurant ? » Etaient-ce des paroles anodines ou leur but était-il de me faire entendre qu’Ascagne avait de la curiosité pour moi ? Je ne sais.) Je me demande si le bel Equalis, dont l’haleine chargée n’est pas sans évoquer les substances dont Hieronymus faisait commerce, était un client de celui-ci. Ma sœur m’a dit qu’elle avait bien remarqué, lors de la dernière soirée où nous sommes tombés sur lui, que nous nous étions beaucoup rapprochés l’un de l’autre, lui et moi, tellement qu’elle avait cru que nous finirions la nuit ensemble, ce que je n’avais pas été loin de croire moi-même, d’autant qu’il m’avait fait l’aveu, cette fois, qu’il n’était en effet pas sûr de ne pas aimer également les garçons pour d’autres raisons que purement sexuelles. Mais la rencontre dans je ne sais plus quelle boîte de nuit du sieur Alfred, l’ancien très grand ami auquel il avait volé ma sœur, a fini par le faire fuir. De toute façon, je crois que je n’aurais pas osé coucher avec un ancien amant de celle-ci, encore que j’aie cru comprendre qu’elle m’en avait donné la permission.

30/11/2009

Dimanche 29 novembre 2009

            Lorsque je caresse les cheveux d’Elithios, il appuie sa tête contre ma main, de la même façon que Pélagie se frotte dans ma paume quand je la complimente. Si je lui dis qu’il me fait penser à ma chienne, il ne s’en offense pas. Peut-être les simples d’esprit reconnaissent-ils plus facilement que d’autres la dignité des bêtes, pour ce qu’elle ressemble à la leur ? La semaine dernière, Tityre ma téléphoné tard le soir parce qu’Elithios venait de frapper à sa porte. Celui-ci était inquiet de ne plus avoir de mes nouvelles depuis la semaine précédente. J’étais pourtant allé chez lui, un soir, mais sans doute se trouvait­-il alors à la rocade, ce baisodrome à ciel ouvert, qu’il fréquente assidûment. N’ayant pas de téléphone, il n’avait pas voulu que je lui donne mon numéro, si bien qu’il nous est extrêmement difficile de convenir de rendez-vous (et plus encore de nous prévenir s’il faut annuler) et que la maison de Tityre était le seul endroit où il pouvait s’adresser pour me retrouver. Lorsque nous nous sommes enfin revus, j’ai réussi à le convaincre de noter mon numéro de téléphone. Il pensait pouvoir m’appeler depuis son travail. Je lui ai également dessiné un plan pour qu’il puisse se rendre chez moi. Mais hier, ou avant-hier, Tityre l’a croisé à la rocade, qu’il fréquente également. Le garçon lui a demandé de me transmettre un message : son patron ne voulait pas qu’il se serve du téléphone à son travail pour appeler vers un portable et il n’avait pas réussi à trouver ma maison, malgré le plan que je lui avais fait, ce que j’avais d’ailleurs plus ou moins espéré, parce que je ne suis pas sûr que mes pratiques apprécieraient de voir Elithios débarquer pendant nos ébats ! J’en recevais justement une, jeudi soir, et il pleuvait… Or Elithios, qui est un grand romantique, m’a dit qu’il préférait qu’on se voie les jours de pluie. « Les jours de pluie ? Mais pourquoi donc ? – Mais tu le fais exprès ou quoi ? S’il pleut, je ne peux pas aller à la rocade ! »

28/11/2009

Vendredi 27 novembre 2009

            Voici le compte rendu de ma trente-deuxième séance chez Tirésias, qui a eu lieu mardi dernier. Nicagoras m’a écrit tout récemment sur Facebook pour me dire de ne pas me faire d’illusions : nous ne serions rien de plus que des amis. Il aimait parler avec moi, mais c’était tout. J’en ai été d’autant plus surpris que je trouve quant à moi nos conversations souverainement ennuyeuses. Mais surtout, j’avais sincèrement cru que Nicagoras était attiré par moi. Certains des ses regards me l’avaient fait penser. Même ma sœur Julie me disait qu’il ne semblait pas être insensible à mon charme. Si je ne me sens pas très affecté par cette déconvenue (ce qui est indubitablement le signe que je vais mieux, à moins que le fait d’avoir déjà couché avec lui, il y a un peu moins d’un an, ne me soit une consolation suffisante), le constat qu’il me faut bien faire de l’incapacité totale où je suis de reconnaître et d’interpréter les signes qu’on m’envoie me désole. Il est peu vraisemblable que je sois un meilleur interprète des signes que m’envoient les autres garçons, par exemple le sublime Callias, auprès de qui je pressens qu’une déconvenue, pourtant courue d’avance, m’affecterait beaucoup plus. « Attendez de pouvoir comparer, me dit Tirésias. A force de garçons, vous finirez bien par les reconnaître, tous ces signes. » Ouais… J’ai reparlé avec ma sœur Laura du mauvais coup que lui avait fait mon père. Si elle a fini par se réconcilier avec Sabylinthe, elle est toujours aussi furieuse contre son géniteur, comme elle l’a appelé sur ‘‘son Facebook’’. Ce dernier est tellement égoïste, me dit Laura, qu’elle ne serait pas étonnée qu’il ne se soit pas seulement aperçu qu’elle avait rompu avec lui, ce qui lui ressemble en effet beaucoup… Eh là, tiens-toi bien, mon blond lecteur, voici ce que m’a dit Tirésias : « Oui, très bien. Vous voyez qu’il faut laisser libre cours à votre parole, lors de nos séances, et les associations se font d’elles-mêmes. (Je me demandais bien quel rapport il pouvait y avoir entre ce que j’avais raconté sur Nicagoras et ce que sur ma sœur et mon père…) Votre père est trop égoïste, a poursuivi Tirésias, pour voir votre sœur, comme vous n’avez pas été capable de voir Nicagoras, puisque vous n’avez pas su voir quelles étaient ses véritables intentions ! (Ce que Tirésias disait là ne devait pas être complètement faux, parce que, en l’entendant, j’ai senti mon cœur battre plus vite.) Cela est d’autant plus problématique, pour vous, que votre père est à vos yeux l’anti-modèle par excellence. – Oui, vous avez peut-être raison. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, je me suis encore une fois disputé, cette semaine, avec ma mère. Je m’étais très soudainement emporté contre elle à cause d’une remarque injuste qu’elle m’avait faite (mais que la remarque fût injuste n’a guère d’importance, car toutes les remarques qu’elle fait me mettent hors de moi.) Rancunière, ma mère est restée longtemps sans plus m’adresser la parole. Plus tard, je lui ai demandé pourquoi elle ne me parlait plus. Elle a répondu qu’elle ne voulait pas déchaîner de nouveau ma colère en disant quelque chose qui me déplairait. J’ai eu l’impression, en l’entendant, qu’elle pensait, à part soi, que je ressemblais à mon père par la soudaineté des colères que je pouvais avoir. Mais j’ai trouvé cette pensée que je lui prêtais contrariante et injuste : contrariante, parce qu’il me déplaît fort, en effet, de ressembler à mon père, et injuste, parce que, s’il est vrai que nos colère peuvent être très soudaines, les miennes sont sans violence. Mon père hausse la voix, fait de grands gestes terrifiants, parle avec son corps, se montre sciemment menaçant ; alors que mes colères à moi son purement verbales. Mon père est violent ; je suis méprisant. Mais ma mère adopte apparemment dans les deux cas le même système de défense : elle se soumet pour éviter le déclenchement de la colère. » Je n’y pense qu’au moment d’écrire ces lignes : si ma mère se protège de moi de la même façon qu’elle faisait de mon père, c’est donc qu’elle continue de penser que tous les hommes se valent, c’est-à-dire qu’ils sont comme lui et que, moi, je ne vaux pas mieux que lui, ce qu’elle m’a toujours fait ressentir. Mais si, durant mon enfance et mon adolescence, elle me le faisait ressentir dans le but de me modeler à l’image qu’elle voulait (c’est-à-dire dans le but de faire de moi un émasculé), elle semble désormais avoir renoncé à son projet, qu’elle a pourtant presque entièrement réussi, puisque c’est en grande partie à cause d’elle que je m’estime si… si… si comme je suis ! Elle voit apparemment en moi un homme aussi terrifiant pour elle que le serait n’importe quel autre homme, c’est-à-dire aussi terrifiant que mon père. C’est à la fois pour moi une victoire et une défaite. Victoire, parce que ma mère n’a pas réussi à faire de moi ce qu’elle aurait voulu. Défaite, parce qu’elle continue de voir en moi ce que je ne suis pas.

26/11/2009

Jeudi 26 novembre 2009

            Voici donc enfin la relation de ma trente et unième séance chez Tirésias : Ma sœur Laura m’avait rapporté quelques jours plus tôt la traîtrise de notre père. L’été dernier, elle l’avait accompagné en Tunisie pour son inspection des travaux d’une maison qu’il fait construire dans ce pays. L’ami qui lui avait proposé cette bonne affaire n’est autre que le père de Sabylinthe, le garçon dont elle s’était alors éprise et qui n’était apparemment pas qu’une amourette de vacances, puisque Laura a continué à le voir une fois rentrée en France. Le garçon vit avec sa mère (une Allemande) à Paris, où il travaille avec mon père, sur la recommandation du sien, que ses affaires retiennent en Tunisie, dont il est natif. Les parents de Sabylinthe sont séparés de fait, même s’ils ne sont pas divorcés. Bien qu’elle partage déjà la vie de quelqu’un, Laura rend visite au garçon aussi souvent qu’elle le peut. Elle a l’intention de quitter bientôt Nice pour reprendre ses études à Paris et s’installer à cette occasion avec Sabylinthe. J’imagine que c’est alors qu’elle quittera son amant ‘‘officiel’’. Quant à l’‘‘officieux’’, il est bien sûr informé de la situation actuelle de ma sœur. Il se trouve que le père de Sabylinthe n’aime pas du tout Laura. Elle avait découvert, lors de son séjour en Tunisie, que celui-ci avait une maîtresse. Sans doute craint-il qu’elle en fasse la révélation à sa femme, dont il ne veut pas divorcer (contre la volonté de l’intéressée), probablement parce qu’il a en France des affaires au nom de celle-ci : je crois savoir, par exemple, qu’il refuse de payer certaines dettes à cause desquelles cette dame, qui voudrait retourner s’installer en Allemagne, doit rester en France pour l’instant. Je ne connais pas le père de Sabylinthe, que je n’ai jamais rencontré, mais tout ce que j’ai entendu dire sur lui me fait penser qu’il est ce qu’on appelle un personnage douteux. Un jour, Sabylinthe a révélé à ma sœur que son père avait confié à sa femme que notre père lui avait dit que Laura était une fille vénale et une mangeuse d’hommes ! Sans doute, pensait alors Laura, le père de Sabylinthe avait-il inventé cela pour monter contre elle son fils et sa femme, pour la raison que j’ai dite. Quelques jours plus tard, Sabylinthe a téléphoné à son père, pour lui dire qu’il avait décidé de quitter la maison familiale et qu’il souhaitait que celui-ci se décide enfin à payer les dettes à cause desquelles sa mère était retenue en France ; ce qu’apprenant, le père est aussitôt rentré à Paris. Le lendemain de son arrivée, Laura a reçu un coup de téléphone de notre père. Elle a immédiatement senti, m’a-t-elle confié, que quelque chose n’allait pas. Sa voix était différente. Il s’est permis de lui faire la morale et de lui demander de cesser de tromper son amant de Nice (ce qui est vraiment un comble (mes deux sœurs et moi sommes entièrement d’accord sur ce point), venant d’un homme tel que notre père, qui n’a jamais cessé de tromper toutes ses femmes, de ma mère jusqu’à celle dont il partage actuellement la vie). Il exigeait que Laura vînt au plus vite à Paris, pour qu’une explication puisse avoir lieu entre Sabylinthe, son père et le nôtre ! Elle a refusé. Après avoir raccroché, elle a téléphoné à Sabylinthe, pour lui demander d’essayer de savoir où était alors son père, car le soupçon lui était venu qu’il pouvait fort bien se trouver avec le nôtre au moment de son appel téléphonique, ce qui aurait pu expliquer la drôle de voix qu’il avait eue pendant leur conversation. Sabylinthe devait la rappeler aussitôt après, pour lui dire ce qu’il en était. Il ne le fit pas. C’est Laura qui finit par lui téléphoner, le soir venu. Lui répondit un Sabylinthe hors de lui. Il savait tout, prétendait-il, son père l’avait éclairé : elle n’était qu’une menteuse, qui n’avait cherché qu’à lui ‘‘pomper son fric’’, à lui ‘‘baiser la gueule’’ et qui n’avait jamais eu l’intention de s’installer à Paris avec lui ! Laura tenta bien de lui faire comprendre que son père lui avait menti, mais Sabylinthe ne voulait rien entendre. Si vraiment Laura n’était pas une menteuse, disait-il, elle devait venir à Paris pour une confrontation, ce qu’ayant refusé catégoriquement, elle s’entendit traiter de lâche. Fin de la conversation. Puis elle n’eut plus de nouvelles du garçon pendant plusieurs jours. A l’évidence, les deux pères avaient manœuvré pour détourner Sabylinthe de Laura. A cause de cette traitrise, celle-ci a décidé de couper les ponts avec notre père. Bien que j’aie toujours cru qu’elle avait eu avec ce dernier une ‘‘relation privilégiée’’, Laura m’a confié qu’elle avait depuis longtemps de nombreux griefs contre lui. Cette traitrise était la goutte d’eau qui fait déborder le vase. On la comprend… Ce qu’on comprend beaucoup moins, c’est ce qui a pu pousser notre père, qui n’est pourtant pas quelqu’un qui se laisse facilement influencer, à commettre une telle trahison. Nous ne voyons qu’une explication qui se tienne : c’est que l’affaire de Tunisie n’était pas si bonne que cela et que le père de Sabylinthe tient le nôtre par les couilles ! J’ai tellement tardé à noter le compte-rendu de cette séance chez Tirésias (même dans mon autre journal, où je me contente, le plus souvent, de recopier ce que j’écris dans celui-ci), que j’en ai depuis oublié une bonne part. Je ne sais plus par quel chemin j’étais arrivé à cette conclusion que ma mère, malgré son divorce d’avec lui, il y a plus de vingt ans, était toujours sous l’influence de mon père. C’est un lieu commun, dans ma famille, de dire que mes parents sont restés en bons termes. Mais, je m’en avise depuis quelque temps, la vérité est que ma mère est restée complètement soumise à son ex-mari. Elle dit elle-même qu’elle n’aurait jamais osé divorcer, si ce n’avait pas été lui qui avait demandé à le faire. Elle a toujours eu peur de lui et parce qu’elle n’a jamais eu l’occasion de surmonter sa peur en tenant tête à mon père (ce que le divorce ne lui a pas permis de faire, puisqu’il eut lieu d’un commun accord), elle en est restée l’esclave, je veux dire l’esclave de sa peur, et donc de mon père. Ainsi, plus de vingt ans après leur divorce, celui-ci peut téléphoner à n’importe quel moment pour annoncer son arrivée : ma mère ne saura pas lui refuser l’hospitalité : plutôt que de lui dire non (ce que, soit dit en passant, elle n’a cessé de faire avec moi depuis son divorce), elle l’accueillera, le logera, le nourrira, le craindra et se taira donc de peur de déclencher ses colères.

 

23/11/2009

Lundi 23 novembre 2009

            J’aurais voulu écrire plus tôt dans ce journal le compte rendu de la trente et unième séance chez Tirésias (qui a eu lieu mardi 17 (la trente-deuxième étant déjà prévue pour demain)), mais je ne savais pas comment m’y prendre pour ne froisser personne (ce qui, de toute façon, est impossible). Lors de cette séance, en effet, j’ai commencé par parler de choses qui ne me concernent pas directement moi, mais un être qui m’est très cher, qui connaît l’existence de ce journal et continue peut-être à le lire. C’est à cause de ce blogue, par exemple, que ma sœur Laura (puisque c’est d’elle qu’il s’agit) avait découvert, il y a quelques années, la séropositivité de ma sœur Julie, ce qui n’était sans doute pas la meilleure façon de l’apprendre. De manière générale, l’existence de ce blogue ayant été révélée par Mnasyle à mes amis (que j’aurais préféré qui en restassent dans l’ignorance), j’éprouve de plus en plus souvent de scrupules à écrire ici certaines choses. Ce journal a même fini par devenir l’objet de disputes avec certains de mes amis, disputes dont c’est souvent moi qui suis à l’origine. Car je ne comprends absolument pas que mes familiers se permettent de lire mon journal, même s’il est vrai que j’aurais toujours la possibilité de ne pas le publier, si vraiment je ne voulais pas me sentir (comme c’est actuellement le cas) épié par eux. Bien sûr, je comprends que la tentation soit grande de le lire et j’étais moi-même un lecteur assidu de celui de ma sœur, lorsque j’étais adolescent, ce qui m’a donné l’occasion de beaux fous rires, lorsque je m’amusais à faire des allusions très précises aux mésaventures de celle-ci, pendant les repas, ce qui la mettait d’autant plus hors d’elle qu’elle ne comprenait pas (peut-être parce qu’elle ne pouvait s’empêcher d’avoir confiance en moi) que j’avais tout simplement profané le secret du gros cahier qu’elle cachait sous son matelas : sans doute me prenait-elle pour un extra-lucide ! Il est probablement très naturel de céder à la tentation, mais il me semble que la moindre des choses serait d’en avoir honte et de s’en cacher. Ce n’est pas parce que la possibilité est si facilement offerte à mes amis de lire mon journal qu’ils en ont le droit. Bien sûr, la loi ne le leur interdit pas, puisque j’ai fait le choix de le publier. Mais c’est une chose que d’être lu par des inconnus ; c’en est une autre de l’être par ses proches. Je ne comprends pas que leur conscience le leur permette. Ce n’est pas moi qui suis impudique, c’est eux qui sont indiscrets. Mais comment le leur faire comprendre ? Ils n’ont aucune morale, non seulement parce qu’ils n’ont aucune culture, mais encore parce qu’ils sont à peine civilisés, pour la plupart. Je trouve parfaitement indécent qu’ils se permettent de me parler du contenu de ce journal, ou qu’ils m’annoncent, complètement hilares, qu’ils ont prévu de lire mes dernières observations lors de leur prochaine connexion à Internet, alors que je ne cesse de leur demander de ne plus le faire. Et j’ai beau les prier de rester discrets quant à l’existence de ce journal, ils l’évoquent sans même s’en rendre compte devant des gens que je viens à peine de rencontrer. Un tel mépris pour ma personne est l’une des raisons qui m’ont fait écrire plusieurs fois dans ce journal que mes ami n’étaient pas de vrais amis, mais qu’ils étaient seulement à l’amitié ce qu’à l’amour les fuckbuddies. Je les fréquente comme je vais baiser : parce que je suis un homme et que ma nature humaine me pousse à avoir des relations, sexuelles ou d’amitié, peu importe. Finalement, j’ai demandé à Laura si elle me permettait de rapporter ici le mauvais coup que lui a fait mon père, dont j’ai parlé à Tirésias. Je le ferai donc, puisque j’en ai la permission, mais demain seulement.

20/11/2009

Jeudi 19 novembre 2009

            Alfred est venu nous rejoindre hier soir, ma sœur et moi, dans le bar du bel Ascagne, accompagné de deux amis à lui, dont un que j’appellerai Timothée. Timothée avait à son poignet une fine chaîne d’un métal imitant grossièrement l’or. Quand je lui ai dit que j’aimais son bracelet et que j’en avais un moi aussi, mais dont la chaîne fait trois fois le tour de mon poignet, il m’a répondu qu’il l’avait bien remarqué lors de notre première rencontre. Il se souvenait donc non seulement d’une première rencontre, qui m’était complètement sortie de la tête, mais encore de ce détail, dont il s’est peut-être inspiré pour son propre bijou.  

16/11/2009

Marie s'en va-t-en guerre

Ah ! Que le plus futé

De tous les députés

Sut nous rendre Marie

Comme jamais marrie

Des propos qu’il osa

Contre tous ces auteurs

Faits ‘‘honoris causa’’ !

De toute sa hauteur,

Cette immense écrivaine

Qui, de ses écrits vaine,

Se croyait un Hugo

Exilé sur quelque île

Plus qu’en France tranquille,

Crut devoir tout de go

Rentrer dans son refuge,

Loin du nabot Léon,

Attendre le déluge

Ou bien le Panthéon…

De là-bas, femme libre

(Et de toute sa fibre !),

Que faisait-elle donc ?

En amassant ses dons,

Elle honnissait la France,

Dont le parfum trop rance

Incommodait son nez.

Elle était rancunière

De l’aide pécuniaire

Que lui voulait donner

Cette France damnée.

En être pensionnée

Lui donne bien le droit

De dire à son endroit

Tout le mal qu’elle pense :

C’est de l’art la licence !

13/11/2009

Comment peuvent-ils être français ?

            Je ne saurais dire qui m’a fait le plus rire d’Eric Raoult et de Marie Ndiaye. Est-ce le député qui, en parlant d’un « devoir de réserve dû aux lauréats du Prix Goncourt » (si du moins le texte de la question écrite que Raoult a adressée à Frédéric Mitterrand fut fidèlement rapporté par la presse, ce dont il est permis de douter, quand on connaît le peu de rigueur de celle-ci), a dit probablement tout le contraire de ce qu’il pensait ? Car si tant est que les mots « devoir de réserve aux lauréats du Prix Goncourt » aient un sens, je serais tenté de comprendre qu’il y aurait donc un devoir de réserve de tous ceux qui n’ont pas reçu le Prix Goncourt à l’égard de ce que les quelques heureux élus se piquent parfois de penser ! Est-ce Marie Ndiaye (statistiquement vouée à l’oubli du seul fait qu’elle ait reçu ce prix si prestigieux) qui, tout en prétendant être une femme libre, un écrivain libre, et surtout libre de tenir sur le gouvernement de la France des propos d’une invraisemblable originalité, d’une extravagante indépendance d’esprit et même d’une audace absolument folle, est allée demander à Frédéric Mitterrand (dont la permissivité n’est apparemment pas connue des seuls cinéastes), comme s’il lui était un ministre de tutelle, de la confirmer dans cette liberté qu’elle avait prise si courageusement ? On se demande en ce moment ce que c’est que l’identité française. Ne cherchons plus, elle est toute trouvée ! L’identité française, c’est Eric Raoult, Marie Ndiaye et Frédéric Mitterrand. Etre d’identité française, c’est massacrer quotidiennement sa langue, comme fait le député, et se sentir néanmoins très concerné par les lettres ; c’est prendre la pose, comme fait l’écrivain, sans craindre du tout le ridicule, qui non seulement ne tue pas, mais fait exister ; c’est enfin être médiocre tout en n’ayant aucun sens de la mesure, comme c’est le cas du ministre, qui prétend que Raoult et Ndiaye ont chacun le droit de penser ce que bon leur semble, comme si les élucubrations de ces deux clowns étaient de la pensée ! Bref, être d’identité française, c’est ne plus être français.