14/03/2009

Samedi 14 mars 2009

            Lors de cette cinquième séance, j’ai également raconté à Tirésias le rêve que j’ai fait dans la nuit du 19 au 20 février. Dans ce rêve, je participe à l’émission de radio de Finkielkraut sur, France Culture, avec Ségolène Royal et Alina Reyes. Alina Reyes est venue avec trois exemplaires ‘‘faits maison’’ de son dernier livre. Elle veut les offrir à Ségolène Royal, à Finkielkraut et à moi. Mais elle me dit que, selon mon désir, mon livre fait maison est différent. C’est en rapport avec la dédicace : elle me dit que, au lieu de m’y appeler par mon nom, elle m’appelle par mon pronom. Je n’ai jamais désiré cela. Soudain, Alina Reyes reconnaît son erreur : elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre… J’avais d’abord cru que, dans ce rêve, Royal et Reyes représentaient mon père. Dans la journée ayant précédé ce rêve, j’étais en effet tombé par hasard, en recherchant un passage de La Boucle d’un songe, sur une page d’Histoire et Géographie de l’île de nos rêves, un autre livre que je n’ai fait que commencer à écrire. C’était une page consacrée au personnage de Basile, tyran politique en grande partie copié sur mon père, ce tyran domestique. J’avais donc pensé, en notant ce rêve, le lendemain, que Royal et Reyes, c’étaient Basile, c’est-à-dire mon père. Mais le sens du rêve me semble bien plus clair si Alina Reyes représente ma mère, ce qui doit donc être le cas (et d’ailleurs, Freud dit bien que les reines sont des symboles de la mère). Mon père, dans ce rêve, ce serait plutôt Finkielkraut, l’animateur de l’émission, qui s’intitule Répliques. (Un peu comme Renaud Camus, Alain Finkielkraut est pour moi une espèce d’autorité.) Or il se trouve que dans mon rêve, l’animateur de Répliques ne dit pas un mot, il garde un silence absolu. C’est Alina Reyes qui parle. Et pour me dire quoi ? Qu’elle n’a pas écrit mon nom dans sa dédicace, mais mon pronom, comme si elle refusait de me donner le nom que je tiens de mon père, à quoi Finkielkraut, le père, ne réplique rien. Ensuite, Alina Reyes reconnaît son erreur. Elle m’a sûrement confondu avec quelqu’un d’autre. Son erreur, c’est donc de ne pas m’avoir reconnu. Mais en l’occurrence, ne pas être reconnu, pour moi, c’est ne pas être reconnu par mon père, puisqu’il ne réplique rien. Or il se trouve que ma mère, malgré son divorce, a gardé comme nom d’usage celui de mon père. Et si ce rêve signifiait que je tenais ma mère pour une usurpatrice, qui aurait volé le nom de mon père, lequel ne m’aurait jamais reconnu ? Ma mère a d’ailleurs toujours eu avec moi la sévérité, la dureté d’un père, et mon père m’a toujours préféré mes sœurs. C’est à Julie qu’il offrait les livres que j’aurais aimé recevoir et ma pauvre sœur se voyait condamnée à des lectures qui ne l’intéressaient pas. Il ne la reconnaissait pas plus elle que moi, puisqu’il croyait que les centres d’intérêt de l’un étaient ceux de l’autre. Le présent que veut me faire Alina Reyes, dans ce rêve, mais qui est gâté par son refus de me nommer dans la dédicace, est un livre que je dis ‘‘fait maison’’. Dans mon rêve, ce ‘‘fait maison’’ signifie que le livre est fabriqué à l’ancienne, qu’il est cousu. Il renvoie donc directement, comme d’ailleurs Alina Reyes elle-même, à quelqu’un qui a été pour moi une autre figure paternelle, c’est à savoir : Dominique Autié. Mais « livre fait maison » pourrait avoir un autre sens. Il pourrait représenter l’héritage qui, transmis de génération en génération, fait la lignée, la maison. Je dois avouer que j’ai parfois désiré la mort de mon père, pour hériter de sa bibliothèque, et je me suis souvent dit que j’aimerais avoir une bibliothèque comme celle de Dominique Autié. Mais Alina Reyes, c’est-à-dire ma mère, s’interpose entre mon héritage (et donc mon père) et moi. C’est elle qui me le transmet, mais sans le nom, comme si elle voulait faire de moi un déraciné au sein même de la bibliothèque, qui est la véritable demeure, comme j’écrivais dans l’Hic est locus patriae que Dominique Autié avait bien voulu publier dans son blogue. Mon père s’est toujours senti déraciné, à cause de son père qui, lui ayant interdit de la parler dès son arrivée en France, lui a fait oublier sa langue maternelle, qui était le cantonais, la langue de ma grand-mère. Je ne sais si j’interprète bien ce rêve, mais j’aurais tendance à croire qu’il signifie que je pense qu’à cause de ma mère, qui est une usurpatrice (une Clytemnestre, comme je dis parfois), il m’est devenu impossible de trouver ma place.

21:56 Publié dans 2009, Dominique Autié, Histoire et Géographie de l'île de nos rêves, Journal, La Boucle d'un songe, Ma grand-mère paternelle, Ma mère, Ma soeur, Mon grand-père paternel, Mon père, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note