30/09/2009

Mardi 29 septembre 2009

            Peut-être un autre Equalis viendra-t-il un jour (c’est-à-dire une nuit où j’aurai bu, comme celle où j’ai croisé le fantôme de Hieronymus) me faire croire que Cyrille, lui aussi, a aimé ma sœur comme la femme de sa vie ! Il doit bien y avoir deux mois que cette dernière l’a quitté. J’ai tellement tardé à rapporter dans ce journal tous les mauvais coups que ce pendard lui a faits depuis lors que je risque fort d’en oublier, maintenant que je veux les écrire ici. Il n’y a d’ailleurs pas qu’à ma sœur qu’il en ait faits ! Peu de temps après avoir été quitté, Cyrille, qui s’était installé chez ses frères, avait demandé à Julie d’apporter chez eux une télévision lui appartenant mais qui se trouvait chez Thessalonice, à laquelle il ne voulait plus avoir affaire. Quand Cyrille est donc venu ouvrir la porte à ma sœur qui, comme convenu entre eux, lui rapportait l’appareil, quelqu’un, sortant d’une voiture qui était garée dans la rue, s’est précipité sur eux comme un furieux. C’est après le grand C qu’il en avait. Celui-ci lui devait en effet plus de 4000 EUR en paiement d’un matériel censé servir à ses employés (dont deux l’ont déjà traîné devant les prud’hommes) mais qu’il avait probablement revendu depuis belle lurette. Ses créanciers sont nombreux dans les environs, se connaissent entre eux, et rêvent tous de lui refaire le portrait, à défaut d’en être payé, d’après ce que j’ai appris de ma sœur, qui le tient du furieux que le hasard lui avait fait rencontrer ce jour-là et avec lequel elle a sympathisé, depuis qu’il est venu s’excuser chez elle (dont il connaissait l’adresse, pour ce que ç’avait été celle du siège social de l’entreprise de Cyrille) de l’avoir peut-être effrayée lors de leur première et fortuite rencontre. Cyrille, qui a tout d’un mythomane, pour obtenir de ses créanciers de nouveaux délais, n’a cessé de leur faire toutes sortes de mensonges. Mais comme ces mensonges n’étaient jamais les mêmes de l’un à l’autre, ses pigeons, qui se connaissent entre eux, comme j’ai dit, Mont-de-Marsan n’étant pas bien grand, s’en sont vite aperçus, ce qui n’a fait qu’exciter un peu plus leur colère : ce n’est pas pour rien que je l’appelais le grand con ! Aux uns il faisait dire qu’il était en vacances à Arcachon, à d’autres à Carcassonne. (Il faut d’ailleurs avoir beaucoup d’aplomb pour se faire dire en vacances quand on a tant de dettes à cause de la mauvaise gestion de son entreprise !) Ou bien il était en convalescence, à cause de son cancer des poumons. A nous aussi, ma mère, ma sœur et moi, il avait réussi à faire croire qu’il avait un cancer, un cancer dont il prétendait ne plus vouloir se soigner, ce qui ne l’empêchait pas d’être en très bonne forme. Malgré les questions de ma sœur, qui avait quelquefois demandé à voir (toujours en vain) des radios de ses poumons ou à connaître le nom du médecin qui s’occupait de son cas, Cyrille avait réussi à dissiper les soupçons dont il était l’objet. Sans doute aveuglé par mes propres préjugés, je m’étais dit que ce cancer était terriblement vraisemblable, parce que je n’imaginais pas qu’une sidéenne pût s’attirer personne d’autre qu’un cancéreux, un moribond, un condamné à mort ! C’est dire si l’énergumène a du talent ! Il utilise à son profit les idées reçues de ses victimes. Même sa bêtise, qui est abyssale en lui, est une forme d’intelligence : elle lui permet de passer pour inoffensif. Qui donc irait en effet se méfier d’un tel con ? Quoique illettré et dyslexique au dernier degré, il avait réussi à nous faire croire, même à moi, qui ne m’intéressais pas assez à lui pour seulement imaginer que ce crétin pouvait chercher à m’en imposer par des mensonges (car je n’ai jamais eu que du mépris pour cet imposteur), qu’il était bachelier, et même qu’il avait un bac S, il y tenait beaucoup ! Depuis, Julie a retrouvé dans son ordinateur des lettres de motivation et des C.V. entièrement copiés sur les siens, dans lesquels Cyrille avait seulement mis son nom à la place de celui de ma sœur, s’attribuant ainsi des diplômes que, bien sûr, il n’a jamais eus, dont un bac, encore, mais qui n’était plus un bac S, cette fois. Je me demande comment Julie a pu se laisser si totalement abuser pendant deux années entières, elle qui vivait avec lui, et l’entendait par exemple régulièrement lui demander, comme elle me l’a confié depuis, de lui expliquer le sens des lettres administratives qu’il recevait souvent en tant que chef d’entreprise. Ces lettres, il ne les comprenait pas, tout simplement parce qu’il ne sait pas lire, ou à peine ! C’est probablement aussi pour cette raison qu’il ne voulait jamais lire d’histoires à son fils, à l’heure du coucher. C’est ma sœur qui devait le faire, elle qui est pourtant loin d’avoir la fibre maternelle. Depuis quelque temps, Cyrille semble avoir changé de stratégie et, suprême salauderie, donne à ses créanciers ce même gage de bonne foi : s’il a si mal géré son entreprise, prétend-t-il, au point de s’endetter tellement, c’est à cause de ma sœur, qui l’ayant contaminé (ce qui est entièrement faux, bien sûr), l’aurait plongé dans un profond désarroi, qui lui aurait fait perdre tous ses moyens ! Pire, pour les rassurer, il leur fait croire que Julie, rongée par la culpabilité, aurait l’intention de vendre son appartement, pour l’aider à éponger ses dettes ! Peu après l’avoir quitté, ma sœur s’est aperçu qu’il l’avait volé. Son compte en banque avait été débité de petites sommes allant de 10 à 15 EUR, une centaine d’euros au total. Après une rapide enquête de sa part, elle a compris qu’elles avaient servi à acheter du crédit téléphonique, mais pour un téléphone qui n’était pas le sien. Elle est donc allée porter plainte contre X, en précisant bien aux policiers qu’elle soupçonnait fort Cyrille, qui s’était déjà servi  de sa carte bancaire une fois, mais avec sa permission, pour faire un achat sur Internet, d’être l’auteur de ces vols. Quelques jours plus tard, sans doute après avoir été contacté par la police, Cyrille s’est rendu dans la parfumerie où travaille ma sœur, pour lui faire prendre une fois de plus des vessies pour des lanternes. « Julie, tu ne vas jamais me croire. Je me suis aperçu qu’en voulant acheter du crédit téléphonique avec la carte de crédit de ma mère, je m’étais en réalité servi de la tienne ! Il faudra que tu me dises combien d’argent je te dois. Mais ne vas pas porter plainte contre moi, s’il te plaît. – Mais j’ai déjà porté plainte, lui a-t-elle répondu, non pas contre toi en particulier, mais conte X. » Cyrille, d’après ma sœur, était dans un état comme second, très inquiétant : il suait à grosses gouttes et le débit de ses paroles était anormalement rapide. Sans doute se sentait-il encore un peu plus acculé. Les explications qu’il a données à ma sœur ne tiennent évidemment pas. Il a bien fallu qu’il relève à l’avance les différents numéros qui se trouvent sur la carte bancaire de ma sœur pour pouvoir s’en servir plusieurs jours après leur séparation. C’est donc qu’il avait prémédité de la voler. Julie a dû faire changer la serrure de son appartement, parce qu’il lui semblait que Cyrille y pénétrait en son absence. Elle a retrouvé plusieurs fois une certaine photo, toujours la même, dans son cadre, posée par terre au lieu d’être à sa place habituelle. Il lui semblait aussi trouver le soir son lit imprégné du parfum du grand con, que l’une de ses amies a d’ailleurs une fois surpris en train de rôder non loin du lieu de résidence de ma sœur. Environ un mois après leur séparation, sans doute après avoir vu sur Facebook des photos de ma sœur en galante compagnie lors de la fête qu’elle et moi avions donnée chez notre mère au mois d’août, Cyrille s’est mis à écrire sur les ‘‘murs’’ de tous les contacts de ma sœur, pour l’y diffamer (en disant par exemple sur le mien qu’elle avait préféré se faire avorter plutôt que d’avoir un enfant de lui (ce qui aurait été fort compréhensible, compte tenu du risque évident qu’il y avait de mettre au monde un être aussi dégénéré que le père, mais est entièrement faux, en l’occurrence)) ; pour dire à tous qu’elle était séropositive, car certains l’ignoraient ; et pour lui nuire en inventant des confidences qu’elle lui aurait faites au sujet de ses contacts, toutes plus déplaisantes les unes que les autres. A l’une de ses meilleures amies, par exemple, excellente cuisinière, consciente et fière de l’être, qui se demandait récemment pourquoi elle voyait si rarement Julie depuis quelque temps, Cyrille avait expliqué, sur Facebook, donc, que c’était parce que ma sœur trouvait sa cuisine immangeable ! Voilà qui en dit long sur la bassesse du personnage, que sa mère, il est vrai, que j’ai déjà rencontrée, n’avait pas, en le jetant au monde, fait tomber de bien haut ! Il est donc assez petit pour croire que ma sœur s’arrête à de telles considérations… En même temps que Cyrille souillait les ‘‘murs’’ des amis de ma sœur sur Facebook, il a laissé à celle-ci plusieurs messages sur son répondeur téléphonique et lui a écrit de nombreux SMS, dont le contenu était nettement menaçant. Il lui écrivait par exemple qu’il allait, je le cite : « la démolir » et encore lui rendre la vie tellement impossible à Mont-de-Marsan qu’elle n’aurait plus d’autre choix que te quitter la ville. Pour ces menaces et ces diffamations, les policiers, qui se disent surchargés de travail, n’ont pas voulu recevoir la plainte de ma sœur et se sont contentés d’inscrire ses griefs dans la main courante en lui conseillant de s’adresser directement au procureur de la République. Ils ont tout de même consenti à convoquer Cyrille dans leurs locaux, pour lui demander de s’expliquer et le remettre à sa place. Celui-ci ne s’est évidemment pas rendu à la convocation. Environ deux semaines plus tard, il est allé encore plus loin en se faisant passer pour un client mécontent, sur le site Internet de la société employant ma sœur. Il a prétendu que celle-ci vendait des parfums à des prix inférieurs à ce qu’ils devraient être et qu’elle gardait l’argent de ces ventes pour elle ! « La vendeuse s’appelle Julie, écrivait-il dans une orthographe que j’ai bien évidemment corrigée, et ne jouit déjà pas d’une bonne réputation, suite à sa maladie, etc. » C’est parce que Cyrille a fait allusion au Sida de ma sœur que ses employeurs ont compris que la plainte du client n’était pas à prendre au sérieux et que celui-ci avait seulement l’intention de lui nuire, car on voit mal ce que la maladie de celle-là et sa réputation ont à voir avec la qualité de son travail. Pour cette dénonciation calomnieuse et l’atteinte à la vie privée de ma sœur, la police, toujours aussi surchargée de travail, n’a pas non plus voulu recevoir la plainte de Julie. Encore une fois, elle lui a conseillé de s’adresser directement au procureur de la République. Il y avait d’ailleurs un article, aujourd’hui, dans le journal local, consacré au surcroît de travail de la police occasionné par l’ouverture à Mont-de-Marsan d’un centre pénitentiaire de plus de six cents places, il y a un peu moins d’un an. C’est la police qui doit traiter les nombreux délits qui sont commis dans cette prison comme dans toute autre ; c’est encore elle qui doit assurer les transferts de prévenus de la prison à l’hôpital ; et c’est toujours elle qui doit mener les enquêtes qui sont nécessairement ouvertes lorsque quelqu’un meurt en détention (il y a déjà eu cinq décès dans cette prison depuis l’ouverture, à moins que ce ne soit que trois, je n’ai plus le chiffre en tête). Le représentant d’un syndicat de police prétendait que le commissariat de Mont-de-Marsan manquait de trente policiers au moins ! Alors les petites tracasseries de ma sœur… Je lui ai conseillé de recourir aux services de Phidippide, qui est avocat, et saura faire en sorte de transmettre ses plaintes au parquet. Ma mère, qui est très remontée contre le grand con, est prête à payer, si ma sœur n’en a pas les moyens. Car on en revient toujours là : l’argent est le nerf de la guerre. Il faut avoir les moyens de faire respecter ses droits.

03:32 Publié dans 2009, Cyrille, Equalis, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Phidippide, Thessalonice | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

28/09/2009

Dimanche 27 septembre 2009

            (Ceci n’est pas une lecture pour la jeunesse, et surtout pas pour les enfants (comme si les enfants lisaient, ou même la jeunesse, d’ailleurs !). Mais enfin, je préfère l’écrire, à cause de la police, qui m’a naguère convoqué dans ses locaux pour m’exhorter à me rendre compte (« Non mais vous vous rendez-compte ? », s’était écriée la policière) qu’il pouvait y avoir des enfants parmi mes lecteurs, idée qui me paraît complètement saugrenue, pour ne pas dire grotesque, étant donné que le bachelier moyen ne connait pas assez sa langue pour lire et comprendre le simple avertissement que je suis en train de lui adresser. Enfant, donc, si tu me lis, va plutôt réviser ta grammaire. Ainsi, quand tu en auras l’âge, peut-être seras-tu capable de comprendre par toi-même que ma prose n’était pas très recommandée, en effet, à l’être innocent que tu n’es probablement déjà plus, si tu le fus jamais, ce dont je doute, prévenu que je suis contre toi par La Bruyère ou le souvenir que j’ai de ceux de tes semblables qui ont peuplé mon enfance et en ont fait un désert.) Jeudi soir, c’est moi que sont venus visiter les fantômes qui devraient plutôt hanter ma sœur ! En sortant du bar que tient le bel Ascagne, comme j’attendais Aribaze qui pissait contre un mur, j’ai vu venir vers moi le bel Equalis, qui fut le grand amour de Julie. Attirés par la beauté du garçon, Osman, Aribaze et Tityre sont évidemment venus graviter autour du couple que nous formions, dans l’espoir d’obtenir une part de ce que, quant à moi, je ne songeais alors pas même à prendre. Irrité par le caquetage de ces poules, Equalis a fini par les convaincre, un peu rudement, de nous laisser en paix. Il voulait me parler de ma sœur, qui fut, m’assura-t-il, l’amour et la femme de sa vie. Jamais il ne pourrait en aimer d’autre autant qu’elle, jamais il n’en rencontrerait qui la lui ferait oublier. Plus tôt dans la soirée, j’avais aperçu Alfred, qui ne manque jamais de me dire, lui aussi, toutes les fois que nous nous voyons, que Julie est la femme de sa vie et qu’il l’aime encore. Equalis et Alfred étaient autrefois les meilleurs amis du monde. C’est à cause de ma sœur que leur amitié n’est plus. Elle avait quitté l’un pour l’autre… J’ai été fort étonné du portrait qu’Equalis a fait de Julie. « Ta sœur est une mangeuse d’hommes. Elle s’amusait de mon amour. C’est parce que je souffrais trop que je l’ai quittée. Mais je l’aimais. Je ne sais si c’est à cause de sa maladie, mais elle ne voulait pas me croire, lorsque je lui disais que je l’aimais. A la fin, je ne pouvais plus supporter qu’elle ne me croie pas. J’ai préféré partir. – Est-ce que je pourrai lui répéter ce que tu m’as dit ? Toi aussi, tu as été l’amour de sa vie. Elle me le dit souvent. – Oui, tu peux le lui dire. Mais je ne reviendrai pas avec elle. C’est trop tard. Je suis avec une fille depuis deux ans. Elle a quitté son pays pour vivre avec moi. Je l’aime, elle aussi, même si ce n’est pas comme avec ta sœur. Je ne peux pas me permettre de quitter une fille qui a quitté son pays pour moi… » Tout ce qu’il me disait était d’une grande tristesse. Il m’a encore parlé de la peur qu’il avait de la maladie de Julie. « Nous avons eu très souvent des accidents de capotes. Dans l’attente des résultats des tests que je faisais, je lui disais que je n’avais pas peur. Mais c’était faux. J’avais très peur. Je pense que ç’aurait été plus facile pour moi, si j’avais été malade, comme elle. Si j’avais eu la maladie, je n’aurais sûrement pas quitté Julie. Mais comme je ne l’avais pas, la peur de l’attraper était toujours là, entre elle et moi. C’est sûrement pour cette raison que l’autre salaud lui a fait ça. – Qui ça ? – Hieronymus, c’est sûrement pour la garder qu’il l’a contaminée. Julie, c’était l’amour de sa vie, à lui aussi. » Hieronymus, troisième fantôme, sorti de la bouche du second, de ce bel Equalis qui, Mont-de-Marsan étant petit, a très bien connu, lui aussi, pour avoir été son ami, le spectre qu’il venait d’évoquer, spectre d’ailleurs toujours bien vivant, que mes lecteurs se rassurent : Hieronymus est apparemment increvable. J’ai été très ébranlé par cette remarque d’Equalis. Jamais je ne m’étais avisé que Hieronymus avait peut-être en effet contaminé ma sœur par amour. L’espace d’un instant, l’alcool ingurgité pendant la soirée aidant tout de même sans doute un peu, je me suis trouvé saisi de pitié pour ce Hieronymus honni, qui, lui aussi, a donc connu l’amour, et qui l’a perdu, en tentant de le garder. J’avais les larmes aux yeux en entendant Equalis. Je les avais encore hier en rapportant tout à Julie. Je les ai toujours ce soir en écrivant ces lignes. Pendant un instant, Equalis est vraiment devenu le fantôme que je disais, en évoquant devant moi Hieronymus : parce qu’il a la même corpulence que lui, la même taille (l’un et l’autre ayant été coulés dans un moule fabriqué, semble-t-il, pour satisfaire entièrement aux goûts de ma sœur, qui a les mêmes que moi, dans cette délicate matière que sont les garçons), j’avais l’impression d’apercevoir dans celle du présent la silhouette de l’absent. Je ne savais plus si je me sentais attiré par l’un ou par l’autre. J’aurais voulu prendre dans mes bras cette idée du garçon miraculeusement offerte à ma vue, mais on ne touche pas les apparitions. Jamais personne ne m’a dit que j’avais été l’amour de sa vie. Tout au plus a-t-on parfois prétendu m’aimer. Donnons au dernier qui l’ait fait, tout récemment, le nom d’Evelpide. « Pourquoi crois-tu que tu es mon P.C.R. (id est mon plan cul régulier), m’écrivait-il romantiquement, il y a peu ? Parce que je suis amoureux de toi. » Ce jeune homme, qui est un naïf, semblait avoir bon espoir d’être aimé en retour. Hélas, il n’en est rien. Mais je ne veux être contrariant pour personne. C’est pourquoi je lui ai fait cette réponse : « Moi, je ne suis pas amoureux de toi. Mais si tu le souhaites, tu pourras désormais coucher avec moi autant de fois qu’il te plaira, à condition de me payer. » Sa réponse n’a pas tardé : « Tu es sûr que ce dernier message m’était destiné ? – Evidemment, tu ne crois tout de même pas que j’aurais proposé une telle chose à quelqu’un d’autre ? – Ça m’embête un peu de payer pour me faire enculer. Mais c’est d’accord. Peut-on se voir aujourd’hui ? Je te paierai dès que j’aurai reçu ma paye. – Tu me prends pour un idiot ou quoi ? – Ah d’accord ! La confiance règne. Oublie-moi ! Et tu peux effacer mon numéro de ton répertoire. » Alors que depuis deux ou trois années que nous nous connaissons, pas une seule fois c’est moi qui lui ai téléphoné ou envoyé d’SMS le premier ! J’ai bon espoir de faire d’Evelpide la plus jeune de mes pratiques. D’ailleurs, vendredi, en allant chercher ma cargaison hebdomadaire de prospectus, le petit nouveau que j’ai vu sortir du bureau du chef, comme on dit dans le jargon de ce métier qui n’est pas exactement pratiqué par le haut du panier n’était autre que mon Evelpide qui, me suis-je dit, s’était peut-être trouvé ce second travail pour se donner les moyens de ses amours ! Ou si c’est pour mieux subvenir aux besoins du fils que sa femme a récemment mis au monde ? J’ai tout de même été fort contrarié, et même un peu effrayé, de voir sur les lieux du travail que je fais le jour une personne qui a connaissance de celui que j’ai la nuit, travail indigne, d’ailleurs, et que je ne saurais trop déconseiller à nos chères têtes blondes, cela dit pour me mettre en conformité avec la loi : moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie dans ce blogue de ce métier tellement dégradant (quelle honte !) que de tout temps il a été plus pratiqué par des femmes que par des hommes, c’est dire !

03:58 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Equalis, Evelpide, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

30/04/2009

Mercredi 29 avril 2009

            Je rentre à l’instant d’un petit dîner chez Tityre, avec Parthénie. Cet après-midi, comme j’étais au supermarché, coup de téléphone du petit Chrysanthe, qui voulait savoir si j’étais occupé, ce qui signifie qu’il avait envie de baiser. « Non, je suis dans tel supermarché, là. – Et moi, je ne suis pas loin, au dernier arrêt de bus avant la sortie de la ville. – Attends-moi, j’arrive. » J’aime beaucoup le petit Chrysanthe, je crois que c’est avec lui que je m’entends le mieux, sexuellement. Peut-être est-ce parce qu’il est très jeune (il a tout de même dix-huit ans, la morale est donc sauve !) et qu’il a en grande partie appris à baiser avec moi. Mais je crois que cela tient aussi à son caractère propre, à sa grande douceur, à ses sourires, à sa façon d’avoir presque toujours les yeux ouverts, et de regarder, de me regarder dans les yeux. D’habitude, quand j’embrasse (si j’embrasse, car il est très rare que j’aime embrasser, même si parfois, je consens à le faire, malgré mon dégoût), je le fais plutôt les yeux fermés. Mais non pas avec lui : même en nous embrassant, nous nous regardons dans les yeux. Il y a aussi quelque chose de rare, avec lui : c’est que j’en supporte la présence après avoir joui, et réciproquement. Il ne se rhabille pas tout de suite, continue de me caresser, de me regarder, de m’embrasser : et ça ne me gêne pas. Sans doute serais-je capable de dormir avec lui. Mais parce qu’il n’est libre que la journée, nous n’avons jamais baisé qu’en plein jour, dans ma chambre, qui est particulièrement lumineuse, contrairement à celle de la rue des Cordeliers. Chrysanthe est tout le contraire de Géronte, qui a peut-être bien trois ou quatre fois son âge et ne veut baiser que dans le noir complet, mais avec qui je m’entends également très bien sexuellement. J’ai également dîné chez Tityre, hier soir, avec Agathon, l’histrion rimailleur, et Polysarque, son énorme mignon. Pendant cette soirée, j’ai reçu un coup de téléphone de Didymias, l’énamouré de samedi, à qui il me faut bien donner un nom, puisque je suis amené à reparler de lui. Je n’ai pas décroché, puisque j’étais chez Tityre. Mais il m’a laissé un message sur mon répondeur, dans lequel il m’expliquait d’une voix d’outre-tombe que je n’avais rien compris, qu’il fallait que je fasse attention à ce que je dis, et à qui je le dis, et que j’en avais encore pour de nombreuses années d’analyse ! (C’est aussi la dernière trouvaille de ma mère : à chaque fois que je lui dis quelque chose qui lui déplaît, elle me dit que je suis loin d’en avoir terminé avec mon analyse !) Une fois rentré chez moi, je me suis donc connecté à MSN, pour savoir ce que me voulait exactement ce grand fou de Didymias, qui me fait un peu penser à ces femmes complètement hystériques que mon père prenait pour maîtresses. Il était furieux que j’aie rapporté à Géronte qu’il m’avait révélé qu’il était séropositif. Ce dernier, avec qui je continue de baiser une ou deux fois par mois, mais qui est apparemment dans le déni le plus complet et fait avec moi comme Hiéronymus avec ma sœur, me laissant entendre qu’il n’est pas contaminé sans jamais aller néanmoins jusqu’à me dire clairement qu’il est séronégatif, avait donné à Didymias, quelques heures plus tôt, également sur MSN, tous les noms d’oiseau qu’on peut imaginer, furieux qu’il était d’avoir été trahi par lui. Car Didymias était le premier à me dire qu’il était sûr que Géronte était séropositif. Tityre et Osman n’avaient fait que me dire que Géronte était réputé tel, ce qui n’est pas du tout la même chose. Didymias m’avait dit quant à lui qu’il le tenait de Géronte lui-même, qui s’était confié à lui. Je m’étais donc dit que, puisque la séropositivité de Géronte était avérée, c’était pour moi le moment de lui donner à mon tour l’occasion de se confier à moi. Car je trouvais injuste qu’il se soit confié à ce Didymias, avec qui il n’avait pas même désiré baiser, quand il le fait si volontiers avec moi, mais sans rien m’avoir dit. Bref ! Géronte se sentait trahi par Didymias et Didymias par moi. J’ai dit à Didymias qu’il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même et qu’il devrait apprendre à tenir sa langue, s’il ne veut pas que ses secrets soient trahis ; que Géronte avait toujours été très gentil pour moi, que je m’entendais très bien avec lui et que j’avais voulu lui donner l’occasion de me faire des confidences, sans pour autant penser que c’était trahir celui qui m’en avait donné l’occasion, à qui je ne me sens d’ailleurs pas lié pour m’être une fois glissé dans son lit. C’est aussi pendant l’acte, que Didymias devrait tenir sa langue, parce qu’il avait une fâcheuse tendance à m’en encombrer la bouche, samedi soir, c’était vraiment très pénible. Cet après-midi, Chrysanthe m’embrassait parce qu’il voulait s’offrir un peu plus à moi : Didymias le faisait l’autre jour parce qu’il croyait que je lui appartenais déjà !

01:26 Publié dans 2009, Agathon, Chrysanthe, Didymias, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma mère, Osman, Parthénie, Polysarque, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

23/04/2009

Mercredi 22 avril 2009

            Tout à l’heure, coup de téléphone de la police, qui était fort étonnée de mon absence à un rendez-vous prévu depuis longtemps, m’assura-t-elle, mais auquel je n’ai jamais reçu la convocation, qui s’est peut-être perdue au milieu des prospectus de ma boîte aux lettres, à moins qu’elle n’ait été égarée par la poste, ce qui est tout de même plus vraisemblable. Un nouveau rendez-vous a été pris pour le jeudi 30 avril. « Cette convocation, puis-je vous demander à quel sujet ? – Non », me fut-il répondu par la policière, « on vous le dira quand vous serez venu. » Peut-être est-ce qu’on veut me confronter à ce basané qui m’avait rossé parce que j’avais osé traverser la rue sur les clous ; peut-être à l’excité qui avait arraché le rétroviseur de ma voiture. Peut-être, au contraire, est-ce moi qui ai commis un délit sans le savoir. Ou peut-être que quelqu’un, qui a lu quelque chose de répréhensible dans les pages de ce journal, a décidé de me dénoncer ? Ce chien d’Ascylte ? Camille, diabolique minet de gouttière ? Hiéronymus, l’empoisonneur ? Je verrai bien. Nous avons décidément les mêmes goûts en matière de garçons, ma sœur et moi : dînant avec moi, ce soir, Julie m’a fait en effet cette confidence qu’elle avait été fort ébranlée, le jour où je lui avais présenté Camille : non seulement il correspondait parfaitement à son type de garçons, mais encore lui rappelait-il énormément Hiéronymus ou cet autre jeune homme dont elle a été très amoureuse, qui s’appelait Julien, et qui me trouvait beau !

01:55 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Hieronymus, Journal, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

18/04/2009

Vendredi 17 avril 2009

            Hier soir, dixième séance chez Tirésias, durant laquelle il ne fut question presque que de ma sœur. Dimanche 12 avril, lors du dîner, Julie a dit qu’elle enviait l’étroitesse du lien qu’il y avait entre notre mère et moi. Selon ma sœur, nous serions parfois capables de nous comprendre sans même nous parler. Il y a certains de nos silences qu’elle ne comprend pas du tout, mais qu’elle voit bien qui sont parlants pour nous. Comme Cyrille n’était pas présent à ce dîner, parce qu’il avait, ce week-end, la garde de son fils, dont la présence nous est insupportable, à ma mère et moi, qui avons l’agitation des enfants en horreur, je me suis fait la réflexion que nous étions bien égoïstes de ne pas faire l’effort de tolérer davantage le père et le fils. Je me suis également demandé si notre insistance à exhorter Julie à quitter son amant n’avait pas quelque chose de malsain. En quoi cela nous regarde-t-il donc ? Après tout, ma sœur est libre de mener sa vie comme elle l’entend. Il est décidément bien vrai que je ressemble énormément à ma mère, par mon intolérance et mes dégoûts, et cette réalité m’est pénible, car ma mère est une femme à qui je n’aime(rais) vraiment pas ressembler ! Ce m’est d’autant plus pénible que je ne puis m’empêcher de penser que c’est à cause d’elle, et précisément de ses dégoûts, que je suis devenu cet être névrotique qui va s’allonger toutes les semaines sur un divan chez Tirésias. Ce dernier me demande quel type de relation j’entretiens avec ma sœur. Je lui réponds qu’elle est présente dans ma vie comme une évidence : c’est comme si elle avait toujours été là. Peut-être aussi ai-je le sentiment qu’elle m’appartient, puisqu’il me déplaît tant qu’elle ait un Cyrille pour amant. Je ne suis pourtant pas amoureux d’elle, même si j’ai déjà eu l’occasion de parler à Tirésias d’une espèce d’éphémère inceste entre elle et moi, il y a fort longtemps. Comme Cyrille n’était pas là, dimanche dernier, Julie a profité de son absence pour nous faire quelques nouvelles révélations sur lui, grâce auxquelles ma mauvaise conscience n’a pas duré bien longtemps. Au contraire, ce qu’elle nous a appris n’a fait que nous conforter, ma mère et moi, dans la mauvaise opinion que nous avons de lui. Pour commencer, ma sœur nous a redit les forts soupçons que lui avaient inspirés certaines confidences de l’ex-femme de Cyrille sur le cancer des poumons dont il leur avait dit qu’il était atteint. Non seulement personne ne l’a jamais vu se soigner, mais encore serait-il malgré tout presque guéri… Ce n’est pas la première fois qu’un amant de ma sœur lui ment sur des sujets aussi graves. Déjà Hiéronymus lui avait caché qu’il était séropositif. « L’ami de votre sœur serait donc un affabulateur », me dit Tirésias. C’est cela : un affabulateur, qui profite de la crédulité de Julie, crédulité qui n’est d’ailleurs pas loin de me laisser pantois. Pour avoir avec elle des relations sexuelles sans préservatif, celui-ci a en effet réussi à lui faire croire, je ne sais comment, qu’il se faisait prescrire un traitement préventif contre le Sida ! Ce n’est qu’en parlant de ce prétendu traitement au médecin qui la suit que ma sœur, cette sotte, a compris que Cyrille s’était probablement fichu d’elle. Si ce dernier faisait allusion au traitement prophylactique prescrit en cas d’urgence après une exposition au virus, son docteur a expliqué à ma sœur qu’aucun médecin digne de ce nom ne le prescrirait à quelqu’un qui ne cacherait pas qu’il voudrait le recevoir dans le but d’avoir des relations sexuelles non protégées avec une personne séropositive, ne serait-ce que parce que son efficacité n’est pas assurée (aux dernières nouvelles, lui a rappelé son docteur, il n’y a toujours pas de vaccin contre le Sida !). D’autre part, ce traitement coûte une fortune, et ce serait une aberration économique que de le prescrire dans un tel but, surtout avec tant de risques. Soit Cyrille a menti à ma sœur, soit il ment régulièrement à des médecins pour se faire prescrire ledit traitement, soit enfin il a trouvé un médecin véreux qui a bien voulu entrer dans son jeu. Autrement dit : soit il ment, soit il vole, soit il ment et vole. Au cas où il serait bien un voleur, ce qui ne m’étonnerait guère, ma sœur lui a montré ses propres feuilles de remboursement, pour qu’il ait une idée de l’importance des sommes qu’il détourne et cesse de le faire, parce qu’elle croit sans doute qu’il a une conscience… Apparemment, Cyrille et ma sœur ont déjà ‘‘pris des risques’’, comme on dit pudiquement, parce que celle-ci semble craindre de l’avoir contaminé. Elle nous a en effet parlé, à ma mère et moi, de son désir de lui faire signer un document dans lequel il reconnaîtrait avoir toujours été conscient de la séropositivité de ma sœur et n’avoir donc pu être contaminé, le cas échéant, qu’en connaissance de cause… Elle craint en effet qu’en cas de séparation (et de contamination), Cyrille l’attaque en justice, influencé par sa mère et sa sœur, qui la détestent et seraient ‘‘deux vraies connes’’, à ce que dit ma sœur, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elles sont du même moule que le grand C. Il me paraît évident que ma sœur, qui n’a jamais été éprise de Cyrille, comme je l’ai toujours dit, n’ose pas le quitter pour plusieurs raisons, dont cette peur de l’avoir contaminé et d’être inquiétée pour cela. Julie semble d’autre part être entièrement sous l’emprise de Cyrille, qui est un affabulateur, comme j’ai déjà dit, et un manipulateur, comme l’était d’ailleurs Camille. Pour l’instant, ma sœur n’admet pas qu’elle est manipulée : elle croit naïvement être celle des deux qui porte la ceinture, parce qu’elle a littéralement entretenu Cyrille pendant plus d’un an et que c’est encore elle qui tient les cordons de leurs deux bourses, parce qu’elle estime que l’argent qu’il gagne pour l’instant lui revient en remboursement des dépenses qu’elle a faites auparavant pour lui. Mais elle ne comprend pas que l’espèce de confort matériel qu’elle a donné à Cyrille et que les ‘‘facilités de caisse’’ qu’elle lui permet encore sont l’heureuse conséquence pour lui d’une manipulation à laquelle elle ne veut pas croire justement parce qu’elle lui donne l’illusion d’être celle qui manie l’argent. Mais encore récemment, elle a vu sa facture de téléphone multipliée par quatre parce que Cyrille avait passé des appels professionnels vers des téléphones portables depuis la ligne fixe de ma sœur. Parce qu’il ne lui avait rien dit, celle-ci ne s’en est aperçue qu’en recevant sa facture. Comme elle a pu lui faire une mercuriale, elle croit être celle qui mène la barque mais, en attendant, c’est bien Cyrille qui a profité de l’espèce d’avance que ma sœur lui a faite et dont la dette s’ajoute à toutes les autres, dont il a tout le loisir de remettre le remboursement aux calendes grecques. Il semblerait enfin que Cyrille garde ma sœur sous son emprise par la terreur. Il y a eu en effet une suite au grotesque épisode de juillet 2008 durant lequel Cyrille avait voulu, par jalousie, ‘‘casser les genoux’’ de Fred, l’ancien amant de julie, suite que cette dernière ne nous a donc apprise que dimanche. Une fois rentrée chez elle, ce soir-là, celle-ci a retrouvé un Cyrille qui, toujours aussi furieux, a sorti de sous leur lit un fusil de chasse avec lequel il est allé s’asseoir dans le salon, laissant dans leur chambre, dont il avait refermé la porte, ma sœur complètement terrorisée, qui se demandait s’il préparait son suicide ou son meurtre… Quand enfin ma sœur a trouvé le courage de sortir de la chambre et de demander à ce furieux ce qu’il comptait faire avec son fusil, celui-ci, qui s’était apparemment un peu calmé, lui a répondu qu’il était tout simplement en train de nettoyer l’arme, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à une heure si tardive, après avoir passé la plus grande partie de la soirée à errer dans les rues de Mont-de-Marsan à la recherche du pauvre Fred, dont il voulait tout de même casser les genoux, comme j’ai dit… Il me semble évident que Cyrille a voulu menacer ma sœur et que celle-ci garde désormais à l’esprit qu’elle dort au-dessus d’un fusil qui pourrait servir un jour à l’assassiner ou à repeindre en rouge les murs de son salon, si le grand C choisissait plutôt de mettre fin à ses propres jours, ce qui serait un moindre mal et aurait le mérite de régler le problème que constitue cet encombrant amant dont ma sœur ne sait comment se défaire. « Vous êtes donc inquiet pour votre sœur », me dit Tirésias. Je lui réponds que je le suis en effet, mais que mon inquiétude pour elle n’est pas aussi grande que l’indignation que m’inspire le comportement de Cyrille. J’imagine que si j’étais quelqu’un de normal, ce serait la peur pour elle qui l’emporterait. Mais il n’y a rien à faire, c’est l’indignation qui prend le plus de place dans mes pensées, et ma colère contre ce sinistre individu, dont je n’aime ni l’extraction (il faut voir le père et la mère, qui sont réellement plouquissimes), ni les manières (dormir avec un fusil sous son lit, c’est d’un goût !), et qui s’est introduit dans ma famille, pour en détourner ma sœur, qui m’appartient, oui, c’est bien le sentiment que j’ai, ce qui n’est sans doute pas normal, je veux bien en convenir. Je me sens personnellement humilié que ma propre sœur puisse s’abaisser à frayer avec ce ressortissant de Franche-Comté qui est surtout franchement con, comme je dis souvent à ma mère. C’est paradoxal, puisque je me suis moi-même laissé chavirer par un Camille, qui est un peu l’équivalent Landais et pédé de l’amant de ma sœur, il faut bien le dire. Il se peut donc qu’elle et moi nous ressemblions beaucoup par nos amants, comme ma mère et moi par nos dégoûts. Nous avons tous les deux un goût prononcé pour les grands minces et de santé fragile comme sont ou sont censés l’être Hiéronymus, Cyrille ou Camille. Nous nous prenons d’affection pour des menteurs et des manipulateurs. Hiéronymus et Cyrille se ressemblent en effet en cela qu’ils ont fait de très graves mensonges à ma sœur, le premier sur son Sida, qu’il lui cachait, le second sur son cancer, qu’il a sans doute inventé ! Tous les deux en sont venus à se passer du préservatif dans leurs relations sexuelles avec elle, quoique, sans doute, pour des raisons différentes. C’est probablement le déni de sa propre maladie qui a fait agir si mal Hiéronymus, au point de donner le Sida à ma sœur. Quant à Cyrille, il ne m’étonnerait pas qu’il ait l’intention de l’attraper, sans doute dans le but de se lier encore plus ma sœur, par la mauvaise conscience et la culpabilité que la contamination du garçon ne manquerait pas de causer à celle-ci. Peut-être aussi manœuvre-t-il pour la faire tomber enceinte, là encore dans le but de l’enchaîner à lui. Camille aussi m’a menti, quoique que sur des sujets moins graves. Il m’a également beaucoup manipulé. Il est amusant de noter que Cyrille a sans doute été séduit, lui aussi, par ce Camille dans lequel il s’est peut-être reconnu, le fameux soir où il l’a tripoté dans la salle-de-bain, chez ma sœur. Mais comme c’est précisément de Camille, autre grand affabulateur, que je tiens cela, il se peut fort bien que tout soit faux. Je comprends d’autant moins la réticence de ma sœur à quitter son amant qu’elle semble être bien consciente que Cyrille est quelqu’un de fort peu recommandable, puisqu’elle le soupçonne déjà d’être capable de lui faire les pires ennuis si, l’ayant laissé se faire contaminer par elle (ce qui est en soi une folie), elle se décidait enfin à quitter cet illuminé. Sinon, pourquoi donc voudrait-elle lui faire signer ce papier qui n’aurait probablement pas bien grande valeur aux yeux d’un juge ? Tout cela sent la névrose plein nez et d’ailleurs ma sœur m’a elle-même prié de demander à Tirésias s’il n’avait pas un confrère à lui recommander.

02:35 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Fred, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

29/03/2009

Samedi 28 mars 2009

            Ils sont déjà deux, Tityre et Osman, pour ne pas les nommer, à me dire que Géronte est réputé sidéen, ce que celui-ci s’est bien gardé de me dire. Il y a une quinzaine de jours que j’ai rencontré ce dernier. Il est presque vieux, franchement laid, mais très gentil et, quand nous couchons ensemble, dans le noir complet, c’est un enchantement. C’est Pascal Quignard, je crois, qui dit, dans Le Sexe et l’Effroi, qu’il ne faut pas s’étonner de voir des courtisanes chevaucher des hommes, sur certaines fresques de Pompéi. Loin de les dominer, comme on pourrait croire, ces femmes sont au contraire tout au service des hommes, qui n’ont rien à faire que recevoir le plaisir que celles-ci s’efforcent de leur donner. En ce sens, ils restent bel et bien ‘‘actifs’’, malgré les apparences. Géronte et moi baisons à la romaine. C’est lui qui fait tout. Moi, je ne fais absolument rien que bander, et pourtant, à aucun moment je ne cesse de me sentir ‘‘actif’’, même si, souvent, je m’abandonne entièrement aux bons soins de Géronte, lui-même entièrement passif, mais un passif qui ne cesse de s’activer. A présent que je le soupçonne d’être séropositif, je ne suis plus très sûr de vouloir le revoir. J’ai beau savoir que l’évêque d’Orléans a probablement dit une sottise en prétendant que le préservatif n’était pas entièrement efficace contre le virus du Sida en cela que celui-ci étant infiniment plus petit qu’un spermatozoïde risquait de passer à travers le latex, prévu seulement pour empêcher le passage du sperme, (j’écris qu’il avait probablement dit cela, parce que je ne fais aucune confiance à la presse, qui est incompétente et partisane, et souvent prête à déformer les faits et les propos pour les rendre conformes à la réalité dont elle veut donner l’illusion), je sais aussi que le préservatif, pour d’autres raisons, n’est pas efficace à cent pour cent, ne serait-ce que parce qu’il peut se déchirer, et plus souvent qu’on croit. Depuis le 1er mars 2008, date à laquelle j’ai commencé à dresser la liste de mes partenaires (mes ‘‘clients’’ et ceux à qui je m’offre), soit depuis un peu plus d’un an, je me suis mis à avoir une vie sexuelle plus intense qu’auparavant. Sur les 72 relations sexuelles que j’ai eues depuis cette date (plus en réalité, parce que j’ai plusieurs fois oublié d’en noter sur ma liste), il est arrivé deux fois que le préservatif se déchire. En arrondissant à 100 le nombre de relations sexuelles que j’ai eues pendant cette période, je pourrais donc dire que le préservatif n’est efficace qu’à 98%, ce qui signifie qu’en une année seulement, en baisant un peu plus d’un jour sur trois, l’on risque de déchirer deux fois son préservatif, c’est-à-dire encore : une fois tous les six mois. Si donc j’avais Géronte pour partenaire unique, en baisant autant de fois avec lui seul pendant un même laps de temps, par deux fois je risquerais d’attraper le Sida. C’est pourquoi je ne suis plus très sûr de vouloir baiser encore avec lui. Autre exemple de l’efficacité toute relative du préservatif, pour ne pas dire de sa nocivité : c’est Hiéronymus, son ancien amant, qui a transmis le Sida à ma sœur, après plusieurs années de vie de couple. Pendant toutes ces années, deux ou trois, trois ou quatre, quatre ou cinq, je ne sais plus, Hiéronymus, comme Géronte, était réputé sidéen, parce qu’il était hémophile. Mais sa séropositivité n’était qu’une rumeur, qu’il n’a jamais voulu confirmer, pas même à ma sœur, qui l’invitait pourtant régulièrement à faire des tests, pour savoir ce qu’il en était. Jamais celui-ci n’accepta d’en faire. Il préférait laisser entendre, sans aller jusqu’à le dire explicitement, qu’il n’était qu’hémophile. Pendant toutes ces années, Hiéronymus utilisa des préservatifs lors de toutes les relations sexuelles qu’il eut avec ma sœur. Un jour pourtant, ma sœur, cette folle, lui présenta le dernier test qu’elle avait fait, négatif comme tous les autres, en lui lançant cette espèce d’ultimatum : « Vois, je ne suis pas séropositive. S’il en est de même pour toi, il ne nous est désormais plus nécessaire d’utiliser des préservatifs. Puisque tu me dis, depuis toutes ces années, que tu n’es pas contaminé, je veux bien te croire. J’ai confiance en toi. » Pourquoi douter en effet de l’honnêteté d’un garçon qui, pendant toutes ces années, avait utilisé des préservatifs lors de chaque relation sexuelle avec ma sœur ? N’était-ce pas une preuve éclatante du respect qu’il avait pour elle et du souci de sa bonne santé ? C’est ainsi qu’il lui donna le Sida. Je prétends que, dans cette sombre affaire, l’usage du préservatif ne servit qu’à rendre le crime possible en amadouant la victime. Il fut le fourreau dans lequel le poignard était resté glissé jusqu’à l’heure du crime. (Inutile de préciser, j’espère, que je suis de ceux qui pensent que le préservatif est en effet la meilleure protection contre le virus du Sida pour ceux qui tiennent absolument à baiser avec des gens dont ils ne connaissent pas le statut sérologique. Mais je pense aussi que baiser n’est pas une obligation, ou bien encore que l’on peut s’obliger à ne pas baiser, contrairement à ce que prétendent les sectateurs du ruban rouge, qui semblent en être encore à prendre les africains pour des nègres, c’est-à-dire pour des singes parfaitement incapables de réfréner les pulsions sexuelles qui les animent entre deux séances d’épouillage, ce qui n’est pas d’un antiracisme très orthodoxe… (Quel est donc ce curé, ou plutôt cette bête, qui disait que le sexe était le seul plaisir qui restait aux pauvres ? Ce n’est donc que cela, un pauvre, aux yeux des prêtres modernes ? Une bête ? Et quelle méconnaissance des pauvres, de la part de quelqu’un qui a fait vœu de pauvreté ! Le grand plaisir des pauvres, c’est évidemment de bouffer, de bouffer mal, mais copieusement ! Il suffit de regarder leurs caddies pour s’en convaincre.))

04:29 Publié dans 2009, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal quignard, le sexe et l'effroi

20/03/2009

Jeudi 19 mars 2009

            J’ai vaguement entendu dire à la télévision, tout à l’heure, chez ma mère, que c’était de nouveau la foire au Sida. Quant à Hieronymus, l’empoisonneur de ma sœur, il court toujours, libre comme l’air, blanc comme neige, plus vivant que jamais, la queue peut-être encore humide de sa nouvelle empoisonnée ! Je n’ai donc pas l’esprit à faire la fête. Tous les sidéens ne sont pas à plaindre. Certains seraient à pendre !

03:23 Publié dans 2009, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note