30/04/2009

Mercredi 29 avril 2009

            Je rentre à l’instant d’un petit dîner chez Tityre, avec Parthénie. Cet après-midi, comme j’étais au supermarché, coup de téléphone du petit Chrysanthe, qui voulait savoir si j’étais occupé, ce qui signifie qu’il avait envie de baiser. « Non, je suis dans tel supermarché, là. – Et moi, je ne suis pas loin, au dernier arrêt de bus avant la sortie de la ville. – Attends-moi, j’arrive. » J’aime beaucoup le petit Chrysanthe, je crois que c’est avec lui que je m’entends le mieux, sexuellement. Peut-être est-ce parce qu’il est très jeune (il a tout de même dix-huit ans, la morale est donc sauve !) et qu’il a en grande partie appris à baiser avec moi. Mais je crois que cela tient aussi à son caractère propre, à sa grande douceur, à ses sourires, à sa façon d’avoir presque toujours les yeux ouverts, et de regarder, de me regarder dans les yeux. D’habitude, quand j’embrasse (si j’embrasse, car il est très rare que j’aime embrasser, même si parfois, je consens à le faire, malgré mon dégoût), je le fais plutôt les yeux fermés. Mais non pas avec lui : même en nous embrassant, nous nous regardons dans les yeux. Il y a aussi quelque chose de rare, avec lui : c’est que j’en supporte la présence après avoir joui, et réciproquement. Il ne se rhabille pas tout de suite, continue de me caresser, de me regarder, de m’embrasser : et ça ne me gêne pas. Sans doute serais-je capable de dormir avec lui. Mais parce qu’il n’est libre que la journée, nous n’avons jamais baisé qu’en plein jour, dans ma chambre, qui est particulièrement lumineuse, contrairement à celle de la rue des Cordeliers. Chrysanthe est tout le contraire de Géronte, qui a peut-être bien trois ou quatre fois son âge et ne veut baiser que dans le noir complet, mais avec qui je m’entends également très bien sexuellement. J’ai également dîné chez Tityre, hier soir, avec Agathon, l’histrion rimailleur, et Polysarque, son énorme mignon. Pendant cette soirée, j’ai reçu un coup de téléphone de Didymias, l’énamouré de samedi, à qui il me faut bien donner un nom, puisque je suis amené à reparler de lui. Je n’ai pas décroché, puisque j’étais chez Tityre. Mais il m’a laissé un message sur mon répondeur, dans lequel il m’expliquait d’une voix d’outre-tombe que je n’avais rien compris, qu’il fallait que je fasse attention à ce que je dis, et à qui je le dis, et que j’en avais encore pour de nombreuses années d’analyse ! (C’est aussi la dernière trouvaille de ma mère : à chaque fois que je lui dis quelque chose qui lui déplaît, elle me dit que je suis loin d’en avoir terminé avec mon analyse !) Une fois rentré chez moi, je me suis donc connecté à MSN, pour savoir ce que me voulait exactement ce grand fou de Didymias, qui me fait un peu penser à ces femmes complètement hystériques que mon père prenait pour maîtresses. Il était furieux que j’aie rapporté à Géronte qu’il m’avait révélé qu’il était séropositif. Ce dernier, avec qui je continue de baiser une ou deux fois par mois, mais qui est apparemment dans le déni le plus complet et fait avec moi comme Hiéronymus avec ma sœur, me laissant entendre qu’il n’est pas contaminé sans jamais aller néanmoins jusqu’à me dire clairement qu’il est séronégatif, avait donné à Didymias, quelques heures plus tôt, également sur MSN, tous les noms d’oiseau qu’on peut imaginer, furieux qu’il était d’avoir été trahi par lui. Car Didymias était le premier à me dire qu’il était sûr que Géronte était séropositif. Tityre et Osman n’avaient fait que me dire que Géronte était réputé tel, ce qui n’est pas du tout la même chose. Didymias m’avait dit quant à lui qu’il le tenait de Géronte lui-même, qui s’était confié à lui. Je m’étais donc dit que, puisque la séropositivité de Géronte était avérée, c’était pour moi le moment de lui donner à mon tour l’occasion de se confier à moi. Car je trouvais injuste qu’il se soit confié à ce Didymias, avec qui il n’avait pas même désiré baiser, quand il le fait si volontiers avec moi, mais sans rien m’avoir dit. Bref ! Géronte se sentait trahi par Didymias et Didymias par moi. J’ai dit à Didymias qu’il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même et qu’il devrait apprendre à tenir sa langue, s’il ne veut pas que ses secrets soient trahis ; que Géronte avait toujours été très gentil pour moi, que je m’entendais très bien avec lui et que j’avais voulu lui donner l’occasion de me faire des confidences, sans pour autant penser que c’était trahir celui qui m’en avait donné l’occasion, à qui je ne me sens d’ailleurs pas lié pour m’être une fois glissé dans son lit. C’est aussi pendant l’acte, que Didymias devrait tenir sa langue, parce qu’il avait une fâcheuse tendance à m’en encombrer la bouche, samedi soir, c’était vraiment très pénible. Cet après-midi, Chrysanthe m’embrassait parce qu’il voulait s’offrir un peu plus à moi : Didymias le faisait l’autre jour parce qu’il croyait que je lui appartenais déjà !

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26/04/2009

Samedi 25 avril 2009

            « Je pourrais te regarder pendant des heures », me disait-il de sa voix énamourée, entre deux plongeons de sa bouche au fond de la mienne. Mais le pire, c’est qu’il l’a fait ! Pendant des heures, il m’a littéralement dévoré des yeux, quand ce n’était pas de la bouche. Il enfonçait sa langue si loin dans ma gorge que j’ai l’impression que son haleine de fumeur y est restée ! Mon corps n’est plus qu’une plaie à vif, à cause de sa barbe de trois jours, dont il a fouillé chaque parcelle de ma peau. J’ai l’impression d’avoir fait l’amour avec une râpe à fromage. Il s’intéressait apparemment à la psychanalyse. « Crois-tu que tu pourrais devenir hétérosexuel, au terme de ton analyse ? », m’a-t-il demandé, l’air inquiet. Ce serait fort souhaitable, car l’homosexualité est du plus mauvais effet sur ma peau. « Quelle perte ce serait pour nous autres », a-t-il ajouté, ce qui n’était pas pour me déplaire. Il connaissait Osman, dont il se prétendait amoureux, jusqu’à ce que, jaloux, je me mette à faire le garçon qui s’offre entièrement. L’affectation d’un certain regard, le plus bleu possible, transparent et vert par instants, lancé par en-dessous, c’est-à-dire, le plus souvent, du creux du bras de celui qu’on veut captiver, un silence intense et fasciné suffisent généralement à donner cette illusion. Qu’on feigne alors de vouloir reprendre ses esprits en se redressant un peu, mais pour aussitôt laisser tomber une tête définitivement vaincue sur la poitrine de la victime : le nez dans mes cheveux, c’est alors sa propre défaite qu’elle respire, son propre abandon. A peine avait-il joui qu’il me parlait déjà de faire avec moi sa vie, ce grand fou ! « Mais tu m’as dit tout à l’heure que tu étais amoureux d’Osman ! C’est donc cela, ta technique ? Feindre l’amour avec les garçons dont tu veux venir à bout ? » J’ai prétexté d’être offensé pour m’en aller sans trop passer pour un salaud. Car je n’arrive toujours pas à dormir avec quelqu’un dans le même lit que moi : Camille était une exception. Il connaissait aussi Géronte et avait entendu parler du père de Camille, sans néanmoins savoir qu’il était aussi pédé que son fils.

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29/03/2009

Samedi 28 mars 2009

            Ils sont déjà deux, Tityre et Osman, pour ne pas les nommer, à me dire que Géronte est réputé sidéen, ce que celui-ci s’est bien gardé de me dire. Il y a une quinzaine de jours que j’ai rencontré ce dernier. Il est presque vieux, franchement laid, mais très gentil et, quand nous couchons ensemble, dans le noir complet, c’est un enchantement. C’est Pascal Quignard, je crois, qui dit, dans Le Sexe et l’Effroi, qu’il ne faut pas s’étonner de voir des courtisanes chevaucher des hommes, sur certaines fresques de Pompéi. Loin de les dominer, comme on pourrait croire, ces femmes sont au contraire tout au service des hommes, qui n’ont rien à faire que recevoir le plaisir que celles-ci s’efforcent de leur donner. En ce sens, ils restent bel et bien ‘‘actifs’’, malgré les apparences. Géronte et moi baisons à la romaine. C’est lui qui fait tout. Moi, je ne fais absolument rien que bander, et pourtant, à aucun moment je ne cesse de me sentir ‘‘actif’’, même si, souvent, je m’abandonne entièrement aux bons soins de Géronte, lui-même entièrement passif, mais un passif qui ne cesse de s’activer. A présent que je le soupçonne d’être séropositif, je ne suis plus très sûr de vouloir le revoir. J’ai beau savoir que l’évêque d’Orléans a probablement dit une sottise en prétendant que le préservatif n’était pas entièrement efficace contre le virus du Sida en cela que celui-ci étant infiniment plus petit qu’un spermatozoïde risquait de passer à travers le latex, prévu seulement pour empêcher le passage du sperme, (j’écris qu’il avait probablement dit cela, parce que je ne fais aucune confiance à la presse, qui est incompétente et partisane, et souvent prête à déformer les faits et les propos pour les rendre conformes à la réalité dont elle veut donner l’illusion), je sais aussi que le préservatif, pour d’autres raisons, n’est pas efficace à cent pour cent, ne serait-ce que parce qu’il peut se déchirer, et plus souvent qu’on croit. Depuis le 1er mars 2008, date à laquelle j’ai commencé à dresser la liste de mes partenaires (mes ‘‘clients’’ et ceux à qui je m’offre), soit depuis un peu plus d’un an, je me suis mis à avoir une vie sexuelle plus intense qu’auparavant. Sur les 72 relations sexuelles que j’ai eues depuis cette date (plus en réalité, parce que j’ai plusieurs fois oublié d’en noter sur ma liste), il est arrivé deux fois que le préservatif se déchire. En arrondissant à 100 le nombre de relations sexuelles que j’ai eues pendant cette période, je pourrais donc dire que le préservatif n’est efficace qu’à 98%, ce qui signifie qu’en une année seulement, en baisant un peu plus d’un jour sur trois, l’on risque de déchirer deux fois son préservatif, c’est-à-dire encore : une fois tous les six mois. Si donc j’avais Géronte pour partenaire unique, en baisant autant de fois avec lui seul pendant un même laps de temps, par deux fois je risquerais d’attraper le Sida. C’est pourquoi je ne suis plus très sûr de vouloir baiser encore avec lui. Autre exemple de l’efficacité toute relative du préservatif, pour ne pas dire de sa nocivité : c’est Hiéronymus, son ancien amant, qui a transmis le Sida à ma sœur, après plusieurs années de vie de couple. Pendant toutes ces années, deux ou trois, trois ou quatre, quatre ou cinq, je ne sais plus, Hiéronymus, comme Géronte, était réputé sidéen, parce qu’il était hémophile. Mais sa séropositivité n’était qu’une rumeur, qu’il n’a jamais voulu confirmer, pas même à ma sœur, qui l’invitait pourtant régulièrement à faire des tests, pour savoir ce qu’il en était. Jamais celui-ci n’accepta d’en faire. Il préférait laisser entendre, sans aller jusqu’à le dire explicitement, qu’il n’était qu’hémophile. Pendant toutes ces années, Hiéronymus utilisa des préservatifs lors de toutes les relations sexuelles qu’il eut avec ma sœur. Un jour pourtant, ma sœur, cette folle, lui présenta le dernier test qu’elle avait fait, négatif comme tous les autres, en lui lançant cette espèce d’ultimatum : « Vois, je ne suis pas séropositive. S’il en est de même pour toi, il ne nous est désormais plus nécessaire d’utiliser des préservatifs. Puisque tu me dis, depuis toutes ces années, que tu n’es pas contaminé, je veux bien te croire. J’ai confiance en toi. » Pourquoi douter en effet de l’honnêteté d’un garçon qui, pendant toutes ces années, avait utilisé des préservatifs lors de chaque relation sexuelle avec ma sœur ? N’était-ce pas une preuve éclatante du respect qu’il avait pour elle et du souci de sa bonne santé ? C’est ainsi qu’il lui donna le Sida. Je prétends que, dans cette sombre affaire, l’usage du préservatif ne servit qu’à rendre le crime possible en amadouant la victime. Il fut le fourreau dans lequel le poignard était resté glissé jusqu’à l’heure du crime. (Inutile de préciser, j’espère, que je suis de ceux qui pensent que le préservatif est en effet la meilleure protection contre le virus du Sida pour ceux qui tiennent absolument à baiser avec des gens dont ils ne connaissent pas le statut sérologique. Mais je pense aussi que baiser n’est pas une obligation, ou bien encore que l’on peut s’obliger à ne pas baiser, contrairement à ce que prétendent les sectateurs du ruban rouge, qui semblent en être encore à prendre les africains pour des nègres, c’est-à-dire pour des singes parfaitement incapables de réfréner les pulsions sexuelles qui les animent entre deux séances d’épouillage, ce qui n’est pas d’un antiracisme très orthodoxe… (Quel est donc ce curé, ou plutôt cette bête, qui disait que le sexe était le seul plaisir qui restait aux pauvres ? Ce n’est donc que cela, un pauvre, aux yeux des prêtres modernes ? Une bête ? Et quelle méconnaissance des pauvres, de la part de quelqu’un qui a fait vœu de pauvreté ! Le grand plaisir des pauvres, c’est évidemment de bouffer, de bouffer mal, mais copieusement ! Il suffit de regarder leurs caddies pour s’en convaincre.))

04:29 Publié dans 2009, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal quignard, le sexe et l'effroi