18/04/2009
Vendredi 17 avril 2009
Hier soir, dixième séance chez Tirésias, durant laquelle il ne fut question presque que de ma sœur. Dimanche 12 avril, lors du dîner, Julie a dit qu’elle enviait l’étroitesse du lien qu’il y avait entre notre mère et moi. Selon ma sœur, nous serions parfois capables de nous comprendre sans même nous parler. Il y a certains de nos silences qu’elle ne comprend pas du tout, mais qu’elle voit bien qui sont parlants pour nous. Comme Cyrille n’était pas présent à ce dîner, parce qu’il avait, ce week-end, la garde de son fils, dont la présence nous est insupportable, à ma mère et moi, qui avons l’agitation des enfants en horreur, je me suis fait la réflexion que nous étions bien égoïstes de ne pas faire l’effort de tolérer davantage le père et le fils. Je me suis également demandé si notre insistance à exhorter Julie à quitter son amant n’avait pas quelque chose de malsain. En quoi cela nous regarde-t-il donc ? Après tout, ma sœur est libre de mener sa vie comme elle l’entend. Il est décidément bien vrai que je ressemble énormément à ma mère, par mon intolérance et mes dégoûts, et cette réalité m’est pénible, car ma mère est une femme à qui je n’aime(rais) vraiment pas ressembler ! Ce m’est d’autant plus pénible que je ne puis m’empêcher de penser que c’est à cause d’elle, et précisément de ses dégoûts, que je suis devenu cet être névrotique qui va s’allonger toutes les semaines sur un divan chez Tirésias. Ce dernier me demande quel type de relation j’entretiens avec ma sœur. Je lui réponds qu’elle est présente dans ma vie comme une évidence : c’est comme si elle avait toujours été là. Peut-être aussi ai-je le sentiment qu’elle m’appartient, puisqu’il me déplaît tant qu’elle ait un Cyrille pour amant. Je ne suis pourtant pas amoureux d’elle, même si j’ai déjà eu l’occasion de parler à Tirésias d’une espèce d’éphémère inceste entre elle et moi, il y a fort longtemps. Comme Cyrille n’était pas là, dimanche dernier, Julie a profité de son absence pour nous faire quelques nouvelles révélations sur lui, grâce auxquelles ma mauvaise conscience n’a pas duré bien longtemps. Au contraire, ce qu’elle nous a appris n’a fait que nous conforter, ma mère et moi, dans la mauvaise opinion que nous avons de lui. Pour commencer, ma sœur nous a redit les forts soupçons que lui avaient inspirés certaines confidences de l’ex-femme de Cyrille sur le cancer des poumons dont il leur avait dit qu’il était atteint. Non seulement personne ne l’a jamais vu se soigner, mais encore serait-il malgré tout presque guéri… Ce n’est pas la première fois qu’un amant de ma sœur lui ment sur des sujets aussi graves. Déjà Hiéronymus lui avait caché qu’il était séropositif. « L’ami de votre sœur serait donc un affabulateur », me dit Tirésias. C’est cela : un affabulateur, qui profite de la crédulité de Julie, crédulité qui n’est d’ailleurs pas loin de me laisser pantois. Pour avoir avec elle des relations sexuelles sans préservatif, celui-ci a en effet réussi à lui faire croire, je ne sais comment, qu’il se faisait prescrire un traitement préventif contre le Sida ! Ce n’est qu’en parlant de ce prétendu traitement au médecin qui la suit que ma sœur, cette sotte, a compris que Cyrille s’était probablement fichu d’elle. Si ce dernier faisait allusion au traitement prophylactique prescrit en cas d’urgence après une exposition au virus, son docteur a expliqué à ma sœur qu’aucun médecin digne de ce nom ne le prescrirait à quelqu’un qui ne cacherait pas qu’il voudrait le recevoir dans le but d’avoir des relations sexuelles non protégées avec une personne séropositive, ne serait-ce que parce que son efficacité n’est pas assurée (aux dernières nouvelles, lui a rappelé son docteur, il n’y a toujours pas de vaccin contre le Sida !). D’autre part, ce traitement coûte une fortune, et ce serait une aberration économique que de le prescrire dans un tel but, surtout avec tant de risques. Soit Cyrille a menti à ma sœur, soit il ment régulièrement à des médecins pour se faire prescrire ledit traitement, soit enfin il a trouvé un médecin véreux qui a bien voulu entrer dans son jeu. Autrement dit : soit il ment, soit il vole, soit il ment et vole. Au cas où il serait bien un voleur, ce qui ne m’étonnerait guère, ma sœur lui a montré ses propres feuilles de remboursement, pour qu’il ait une idée de l’importance des sommes qu’il détourne et cesse de le faire, parce qu’elle croit sans doute qu’il a une conscience… Apparemment, Cyrille et ma sœur ont déjà ‘‘pris des risques’’, comme on dit pudiquement, parce que celle-ci semble craindre de l’avoir contaminé. Elle nous a en effet parlé, à ma mère et moi, de son désir de lui faire signer un document dans lequel il reconnaîtrait avoir toujours été conscient de la séropositivité de ma sœur et n’avoir donc pu être contaminé, le cas échéant, qu’en connaissance de cause… Elle craint en effet qu’en cas de séparation (et de contamination), Cyrille l’attaque en justice, influencé par sa mère et sa sœur, qui la détestent et seraient ‘‘deux vraies connes’’, à ce que dit ma sœur, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elles sont du même moule que le grand C. Il me paraît évident que ma sœur, qui n’a jamais été éprise de Cyrille, comme je l’ai toujours dit, n’ose pas le quitter pour plusieurs raisons, dont cette peur de l’avoir contaminé et d’être inquiétée pour cela. Julie semble d’autre part être entièrement sous l’emprise de Cyrille, qui est un affabulateur, comme j’ai déjà dit, et un manipulateur, comme l’était d’ailleurs Camille. Pour l’instant, ma sœur n’admet pas qu’elle est manipulée : elle croit naïvement être celle des deux qui porte la ceinture, parce qu’elle a littéralement entretenu Cyrille pendant plus d’un an et que c’est encore elle qui tient les cordons de leurs deux bourses, parce qu’elle estime que l’argent qu’il gagne pour l’instant lui revient en remboursement des dépenses qu’elle a faites auparavant pour lui. Mais elle ne comprend pas que l’espèce de confort matériel qu’elle a donné à Cyrille et que les ‘‘facilités de caisse’’ qu’elle lui permet encore sont l’heureuse conséquence pour lui d’une manipulation à laquelle elle ne veut pas croire justement parce qu’elle lui donne l’illusion d’être celle qui manie l’argent. Mais encore récemment, elle a vu sa facture de téléphone multipliée par quatre parce que Cyrille avait passé des appels professionnels vers des téléphones portables depuis la ligne fixe de ma sœur. Parce qu’il ne lui avait rien dit, celle-ci ne s’en est aperçue qu’en recevant sa facture. Comme elle a pu lui faire une mercuriale, elle croit être celle qui mène la barque mais, en attendant, c’est bien Cyrille qui a profité de l’espèce d’avance que ma sœur lui a faite et dont la dette s’ajoute à toutes les autres, dont il a tout le loisir de remettre le remboursement aux calendes grecques. Il semblerait enfin que Cyrille garde ma sœur sous son emprise par la terreur. Il y a eu en effet une suite au grotesque épisode de juillet 2008 durant lequel Cyrille avait voulu, par jalousie, ‘‘casser les genoux’’ de Fred, l’ancien amant de julie, suite que cette dernière ne nous a donc apprise que dimanche. Une fois rentrée chez elle, ce soir-là, celle-ci a retrouvé un Cyrille qui, toujours aussi furieux, a sorti de sous leur lit un fusil de chasse avec lequel il est allé s’asseoir dans le salon, laissant dans leur chambre, dont il avait refermé la porte, ma sœur complètement terrorisée, qui se demandait s’il préparait son suicide ou son meurtre… Quand enfin ma sœur a trouvé le courage de sortir de la chambre et de demander à ce furieux ce qu’il comptait faire avec son fusil, celui-ci, qui s’était apparemment un peu calmé, lui a répondu qu’il était tout simplement en train de nettoyer l’arme, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à une heure si tardive, après avoir passé la plus grande partie de la soirée à errer dans les rues de Mont-de-Marsan à la recherche du pauvre Fred, dont il voulait tout de même casser les genoux, comme j’ai dit… Il me semble évident que Cyrille a voulu menacer ma sœur et que celle-ci garde désormais à l’esprit qu’elle dort au-dessus d’un fusil qui pourrait servir un jour à l’assassiner ou à repeindre en rouge les murs de son salon, si le grand C choisissait plutôt de mettre fin à ses propres jours, ce qui serait un moindre mal et aurait le mérite de régler le problème que constitue cet encombrant amant dont ma sœur ne sait comment se défaire. « Vous êtes donc inquiet pour votre sœur », me dit Tirésias. Je lui réponds que je le suis en effet, mais que mon inquiétude pour elle n’est pas aussi grande que l’indignation que m’inspire le comportement de Cyrille. J’imagine que si j’étais quelqu’un de normal, ce serait la peur pour elle qui l’emporterait. Mais il n’y a rien à faire, c’est l’indignation qui prend le plus de place dans mes pensées, et ma colère contre ce sinistre individu, dont je n’aime ni l’extraction (il faut voir le père et la mère, qui sont réellement plouquissimes), ni les manières (dormir avec un fusil sous son lit, c’est d’un goût !), et qui s’est introduit dans ma famille, pour en détourner ma sœur, qui m’appartient, oui, c’est bien le sentiment que j’ai, ce qui n’est sans doute pas normal, je veux bien en convenir. Je me sens personnellement humilié que ma propre sœur puisse s’abaisser à frayer avec ce ressortissant de Franche-Comté qui est surtout franchement con, comme je dis souvent à ma mère. C’est paradoxal, puisque je me suis moi-même laissé chavirer par un Camille, qui est un peu l’équivalent Landais et pédé de l’amant de ma sœur, il faut bien le dire. Il se peut donc qu’elle et moi nous ressemblions beaucoup par nos amants, comme ma mère et moi par nos dégoûts. Nous avons tous les deux un goût prononcé pour les grands minces et de santé fragile comme sont ou sont censés l’être Hiéronymus, Cyrille ou Camille. Nous nous prenons d’affection pour des menteurs et des manipulateurs. Hiéronymus et Cyrille se ressemblent en effet en cela qu’ils ont fait de très graves mensonges à ma sœur, le premier sur son Sida, qu’il lui cachait, le second sur son cancer, qu’il a sans doute inventé ! Tous les deux en sont venus à se passer du préservatif dans leurs relations sexuelles avec elle, quoique, sans doute, pour des raisons différentes. C’est probablement le déni de sa propre maladie qui a fait agir si mal Hiéronymus, au point de donner le Sida à ma sœur. Quant à Cyrille, il ne m’étonnerait pas qu’il ait l’intention de l’attraper, sans doute dans le but de se lier encore plus ma sœur, par la mauvaise conscience et la culpabilité que la contamination du garçon ne manquerait pas de causer à celle-ci. Peut-être aussi manœuvre-t-il pour la faire tomber enceinte, là encore dans le but de l’enchaîner à lui. Camille aussi m’a menti, quoique que sur des sujets moins graves. Il m’a également beaucoup manipulé. Il est amusant de noter que Cyrille a sans doute été séduit, lui aussi, par ce Camille dans lequel il s’est peut-être reconnu, le fameux soir où il l’a tripoté dans la salle-de-bain, chez ma sœur. Mais comme c’est précisément de Camille, autre grand affabulateur, que je tiens cela, il se peut fort bien que tout soit faux. Je comprends d’autant moins la réticence de ma sœur à quitter son amant qu’elle semble être bien consciente que Cyrille est quelqu’un de fort peu recommandable, puisqu’elle le soupçonne déjà d’être capable de lui faire les pires ennuis si, l’ayant laissé se faire contaminer par elle (ce qui est en soi une folie), elle se décidait enfin à quitter cet illuminé. Sinon, pourquoi donc voudrait-elle lui faire signer ce papier qui n’aurait probablement pas bien grande valeur aux yeux d’un juge ? Tout cela sent la névrose plein nez et d’ailleurs ma sœur m’a elle-même prié de demander à Tirésias s’il n’avait pas un confrère à lui recommander.
02:35 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Fred, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28/11/2008
Vendredi 28 novembre 2008
Pauvre de moi, Encolpe plus à plaindre, dont les amis ne le sont pas vraiment ! J’avais dit que Damis, lors de la disparition de Camille, m’avait demandé de lui donner le numéro de téléphone de ce dernier, pour l’appeler et arranger les choses entre nous. Et comme je lui avais répondu que s’il voulait son numéro, c’était surtout pour tenter de le séduire, Damis m’avait dit que c’était probablement à cause de tant de suspicion de ma part que Camille avait préféré s’éloigner de moi. Mais Camille, dont je suis de nouveau très proche, m’a fait lire avant-hier les SMS que Damis lui avait envoyés. S’il est vrai que celui-ci a défendu ma cause dans deux d’entre eux, tous les autres sont consacrés à sa propre cause, comme je l’avais craint. Damis invite plusieurs fois Camille à venir le rejoindre dans la boulangerie, les nuits où il s’y trouve seul, et presque tous les jours, il lui pose cette question, si élégamment tournée : « Quand c’est qu’on baise ensemble ? ». Il est vrai qu’il me la pose aussi très fréquemment, ainsi qu’à Tityre. Quand j’ai dit à ce fourbe de Damis que je savais tout (« je sais tout » est une de mes phrases favorites), loin de se démonter, il a répondu qu’il n’avait fait que me rendre la monnaie de ma pièce ! Car il ne m’a toujours pas pardonné d’avoir couché avec le bel Alcide, alors même qu’il me l’avait interdit, à l’époque où nous étions en de meilleurs termes. « Mais moi, je n’ai pas fait mon coup en douce ! Je t’avais prévenu que je coucherais avec lui si l’opportunité se présentait à moi et je t’ai annoncé l’avoir fait dès le lendemain ! Toi, tu as trahi ma confiance et tu m’as menti. Tu es aussi faux-cul que tu l’as gros ! », ce qu’il a évidemment très mal pris, comme à chaque fois que je fais allusion à son poids. Pensant me rassurer, Camille, qui a juré qu’il n’avait pas cédé aux avances de Damis, m’a fait cet aveu, qui m’a fort surpris et légèrement contrarié, qu’il ne s’était laissé tenter qu’une fois par un autre que moi, depuis que nous nous connaissons, et que c’était par Tityre ! Quelques jours après que nous étions allés dîner chez lui, Camille l’avait en effet croisé dans la rue. Tityre l’avait invité à passer chez lui, dans la soirée, durant laquelle il l’avait sucé. « Ah bon ? Il t’a sucé ? Mais jusqu’au point de te faire jouir ? – Non, pas jusque là. – Ah bon ! Ça va alors, ce n’est pas si grave que ça. » J’ai dit que la disparition de Camille m’avait servi de leçon et que je tâchais désormais de lui cacher mes contrariétés. Mais ce qui me contrariait, ce n’était pas tant l’infidélité de Camille, qui n’en était d’ailleurs pas vraiment une, que la fausseté de Tityre, à qui je m’étais beaucoup confié, lors de ma peine de cœur, et qui n’avait rien laissé paraître de sa fourberie. Il y a des personnages de ce journal dont je voudrais changer les noms. La question que je me pose est si je dois me contenter de le faire à partir d’aujourd’hui (ou plus vraisemblablement de demain !) ou s’il faut aussi les changer dans tout le texte déjà écrit de ce journal, que je projette de relire entièrement depuis longtemps déjà, dans le but d’y apporter les innombrables corrections qui, probablement, s’imposent. Inutile de préciser que pour l’instant, j’ai toujours remis au lendemain ce travail fastidieux. Des noms comme celui de Fred, qui est l’ancien amoureux de ma sœur, se marient vraiment très mal avec ceux de Damis ou de Tityre, ou même avec ceux de ma sœur Julie ou de son actuel amoureux Cyrille, qui sont on ne peut plus grec ou romain. Une autre question que je me pose : faut-il changer tous les noms, qui ne sont souvent que des prénoms ? Je veux dire par là que je me demande si je dois suivre un même principe dans ce journal et donner des pseudonymes à tous mes personnages, ce qui n’a pas toujours été le cas jusqu’alors, puisque mon amie Laurence, par exemple, porte ici son véritable nom. Le problème est que le prénom de Laurence a fait l’objet d’un sonnet, qui est également publié dans ce blogue. Comment maintenir la cohérence ? Il est vrai que je pourrais toujours conserver le prénom de Laurence, exceptionnellement, qui sonne après tout parfaitement romain. (Après une rapide vérification, je ne retrouve plus le sonnet sur le nom de Laurence. Je ne l’avais peut-être pas publié, finalement.) Une chose est sûre : je vais rebaptiser dès aujourd’hui mon ami (si c’est bien le mot) Laurent, le Ψ de Bordeaux, dont je n’ai jamais pensé beaucoup de bien. Dominique Autié, qui l’avait vu lors de notre unique rencontre chez lui, à Toulouse, avait d’abord cru que l’incroyable silence dont Laurent avait fait preuve était la signe d’une grande qualité d’écoute de sa part. J’avais dû le détromper dans une lettre que je recopie ici. Tout Laurent y tient : « Cher Dominique, vous me demandiez si mon petit séjour à Toulouse m’avait été agréable. Il ne l’a été que parce que nous nous sommes finalement rencontrés. Le reste fut assez pénible, dans l’ensemble, et justement parce que je n’étais pas très bien accompagné. Peut-être vous étonnerai-je, si je vous dis que je ne connais pas Laurent beaucoup plus que vous ! Mais les efforts que je fais pour le connaître davantage me le font découvrir toujours un peu moins aimable. Si j’étais d’abord un peu gêné de me montrer à vous si mal accompagné, ce n’était pas tant par crainte de vous infliger la présence de quelqu’un que j’estime chaque jour un peu moins, que par honte de vous faire voir ce que je m’inflige à moi-même en le fréquentant et qui aurait pu vous faire, vous, m’estimer moins. Mais vous m’avez un peu rassuré en me confiant que vous aviez été beaucoup plus mal accompagné que moi par le passé ! Et puis, d’une certaine façon, on pourrait aussi penser que ma persévérance à fréquenter toujours un Laurent est tout à mon honneur. En quelque sorte, l’espoir que je nourris encore, en dépit du bon sens, de découvrir en lui quelque chose qui mérite de l’être, révèlerait en moi une certaine forme de bonté : c’est le seul ‘‘humanisme’’ (au sens moderne) qui soit à ma portée ! Hélas, je suis de plus en plus convaincu qu’il n’y a absolument rien sous le silence de ce garçon, pas même la conscience de sa bêtise, qui pourrait expliquer qu’il se taise, mais il est vrai que ce serait une preuve, un début d’intelligence ! Le plus triste est sans doute que Laurent n’est pas même sauvé par une beauté dont il est, à mon goût, totalement dépourvu (car je puis pardonner beaucoup de choses à la beauté, même lorsqu’elle est l’enveloppe d’une pure inanité !). N’allez pas vous imaginer que j’accuse sans preuve ! Figurez-vous par exemple que pour cette petite escapade, Laurent n’avait pas apporté le moindre livre avec lui. Pendant tout le voyage de retour, qui a duré plus longtemps que prévu, il n’a pas cessé de suivre notre déplacement sur l’écran de son GPS : c’était toute sa lecture ! Comme je lui demandais un peu durement pourquoi il n’avait pas apporté de livre avec lui, il m’a répondu que c’était parce qu’il avait imaginé que je lui ferais la conversation ! Mensonge, évidemment, qui montre cependant qu’il a son intelligence à lui : en une phrase, il avait réussi à transformer son accusateur en accusé ! Mais la conversation avec lui est impossible ! Un seul exemple : Laurent m’a demandé, voyant que je lisais votre Galère espagnole, ‘‘quel style vous aviez’’ (« Quel style il a ? »). Pour lui, il y a tant de styles, aussi rigoureusement classés que les maladies de l’esprit qui sont sa seule passion. ‘‘Quels sont les symptômes ?’’, c’était à peu près la question qu’il me posait, pour se faire une idée de la maladie, pardon, du livre que vous aviez écrit ! Que voulez-vous répondre à cela ? Mais j’aurais mieux fait de commencer par vous dire que Laurent est psychologue et expert judiciaire : vous savez certainement quels dégâts peuvent faire ces deux là. Tout est dit ! La responsabilité qu’ils ont dans la dissolution de l’homme est terrible. Ils ne sont apparemment pas près d’en rendre compte. Ce n’est pas à nous de leur trouver des circonstances atténuantes. Mais assez parlé de Laurent ! J’ai beaucoup aimé votre maison. Le figuier et l’aile à aménager qu’il dissimule, la terrasse où nous fûmes sont un enchantement. J’espère que nous pourrons vivre ensemble d’autres heures conniventes. L’idée d’un dîner pour mon prochain passage par Toulouse me plaît beaucoup. Je n’ai pas pensé à vous demander où était votre compagne, pendant que nous nous trouvions chez vous. J’espère que ce n’est pas nous qui l’avons fait fuir ! » Il n’y eut jamais de dîner. Laurent portera mieux désormais le nom d’Ascylte. Il dînait chez moi hier soir. Nous en étions à l’apéritif quand Camille m’a envoyé ce SMS : « rappelle-moi vite, c’est urgent. » L’urgence était qu’il voulait m’inviter à dîner. « Je ne peux pas venir, Camille, je reçois mon ami Ascylte chez moi, ce soir. Mais tu peux te joindre à nous, si tu veux. » Nous dînâmes donc tous les trois ensemble, parlâmes beaucoup et, fait qui a son importance, Ascylte participa à la conversation bien plus qu’il n’avait fait chez Dominique Autié. J’ai vite compris, en le regardant mener cette conversation, à quoi il voulait en venir exactement. Et en effet, tout à coup, je vis qu’il avait glissé sa main sous le t-shirt de Camille et qu’il était en train de lui caresser le dos. Et ce giton de Camille le laissait faire… Il se retrouva rapidement entre nous deux sur le canapé, le pantalon sur les pieds, la bite dans la main d’Ascylte et les couilles dans la mienne, tandis que, de ma main restée libre, je filmais tant bien que mal cette petite scène improvisée. Je n’ai plus du tout trouvé cela amusant quand je me suis aperçu, agenouillé entre les cuisses de notre frère (comme dirait Pétrone), dont je suçais la bite, que ce porc d’Ascylte (ce parvenu à chemise rose qui veut toujours boire du martini blanc avec une rondelle de citron, mais qui l’aspire entre ses lèvres aussi bruyamment qu’un paysan qui laperait sa soupe) était en train de lui suçoter les lèvres. Je me suis relevé pour annoncer que la fête était terminée et qu’ils pouvaient aller se finir chez Camille s’ils le voulaient. Tout cela dit avec le sourire, bien sûr, puisque la disparition de Camille m’a bien servi de leçon. Moi qui n’ai plus rien fait ‘‘jusqu’au bout’’ avec Camille depuis notre première fois, je ne voulais pas l’amener à une sorte de seconde première fois en présence de qui que ce soit, et surtout pas de ce chien galeux d’Ascylte. Car malgré les apparences, je suis un grand romantique ! Je ne comprends pas très bien comment Ascylte s’est cru autorisé à tripoter mon Camille. Peut-être me croit-il un adepte des ‘‘plans à trois’’ depuis notre partie avec ce pauvre Christophe, qui est seul, en ce moment, dans une chambre d’hôpital, à Bordeaux, en train de crever de son Sida, d’un cancer et de je ne sais quoi d’autre. Il n’a pas vingt-cinq ans. Comble du malheur : Ascylte est le seul à lui rendre encore visite. Je dois dire que je n’ai pas très bonne conscience de ne plus lui avoir donné de nouvelles. Mais c’est lui qui n’en voulait plus. Avant qu’Ascylte n’ait réussi à parvenir à ses fins, nous avions beaucoup parlé avec lui, qui n’est pas seulement psychologue et expert judiciaire, comme j’avais dit à Dominique Autié, mais aussi sexologue (et, on l’avait compris, obsédé sexuel), nous avions beaucoup parlé, disais-je, des relations sexuelles entre nous, Camille et moi, et surtout, de la difficulté que nous avions à nous faire comprendre à quel moment nous avions envie de coucher ensemble. Nous sommes tombés d’accord pour dire que la faute, si le mot n’est pas trop mal choisi, en revenait beaucoup à Camille qui, bien qu’il soit capable de se laisser tripoter sur mon canapé par un Ascylte, à d’étranges pudeurs, qui l’empêchent de dire toujours bien clairement son désir. Camille m’a confirmé ce que m’avait dit Tityre, c’est à savoir qu’il avait eu très souvent l’envie de faire l’amour avec moi quand il habitait ici mais qu’il n’avait pas su me le montrer. De mon côté, il y a beaucoup de signes que je n’osais pas reconnaître, par peur de le brusquer, depuis qu’il m’a dit ‘‘qu’il avait besoin de temps’’ avant de s’engager tout à fait. Camille a promis d’être plus explicite à l’avenir. Désormais, m’a-t-il dit, quand il aurait envie de plaisir, plutôt que de risquer de se laisser tenter par la bouche d’un Tityre, il me téléphonerait pour que nous nous retrouvions soit chez lui soit chez moi et que nous le prenions ensemble. Camille a dit encore qu’il n’était pas loin de m’aimer, ce qui veut dire qu’il ne m’aime pas, mais la ‘‘proximité’’ de son amour me convient déjà très bien ! C’est après cette conversation qu’Ascylte a voulu faire payer sa consultation en nature. Je dois dire que je ne savais pas qu’on pouvait passer par tant de doutes à cause d’un garçon dont on n’est pas follement amoureux.
22:51 Publié dans 2008, Alcide, Camille, Christophe, Cyrille, Damis, Dominique Autié, Fred, Laurence, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21/11/2008
Jeudi 20 novembre 2008
J’ai parfois l’impression que la providence ou le hasard lisent ce journal ou l’écrivent à ma place. Il a suffi que je parle lundi de la disparition de Camille pour que celui-ci, dès le lendemain, réapparaisse dans ma vie. Il m’a d’abord envoyé un simple SMS, dans lequel il me demandait de mes nouvelles, mais comme si rien ne s’était passé, comme si je ne lui en avais pas écrit des dizaines, dans lesquels je lui disais tous les états par lesquels je passais : « Salut, a-t-il écrit. Ça va ? Moi, oui. Je bosse, alors je n’ai pas le temps de passer. Toi, quoi de neuf ? ». A suivi un échange de quelques messages, dans lesquels nous nous sommes donné de nos nouvelles. Le lendemain, c’est-à-dire avant-hier, il m’a téléphoné tandis que je me trouvais dans la boutique de Fred, l’ancien amoureux de ma sœur. Il était devant chez moi, étonné de ne pas m’y trouver. Je l’ai invité à venir me rejoindre. Il est arrivé les cheveux tout courts, avec un nouveau-né pendant à son cou. C’était le fils de l’amie qui l’accompagnait, et qui ne s’est rendu compte qu’elle était grosse qu’au huitième mois ! C’est dire le genre de filles que fréquente mon Camille… Il nous avait raconté, à Corydon et moi, lorsque nous l’avions croisé au supermarché, qu’il avait assisté à l’accouchement. A présent, il joue au papa et à la maman ! La mère, dont je n’aime pas du tout le genre ‘‘fille mère’’, voudrait faire reconnaître l’enfant à Camille, qui n’est pourtant pas le père… Il s’est assis sur les marches du perron de l’immeuble jouxtant la boutique de Fred et s’est allumé une cigarette dont il a recraché la fumée, pensant sans doute bien faire, par le nez et directement dans celui du nourrisson. J’ai déjà dit qu’il était un peu bête. Sans doute imaginait-il qu’ayant le nez au-dessus de la bouche (comme tout le monde), il faisait moins de mal à l’enfant en expirant la fumée par les narines, puisque celles-ci se trouvaient plus éloignées de l’innocente petite tête que ses lèvres si désirables. « Attention à ce que tu fais, Camille, tu souffles ta fumée dans le visage du bébé ! – Oh ! Il a l’habitude, tu sais. Sa mère a fumé pendant toute sa grossesse ! » Pauvre enfant. En voilà un qu’il aurait mieux valu tuer dans l’œuf ! Mais c’était impossible, puisque la mère n’a su qu’au terme de sa grossesse qu’elle était enceinte. C’est elle qu’il n’aurait jamais fallu mettre au monde ! Il y a des familles auxquelles on devrait mettre un terme. J’ai regardé la façon dont la mère s’occupait du fils (c’est un garçon) : on sait déjà qu’il ne donnera rien de bon ! Lorsqu’il pleure, elle lui crie dessus, comme on pourrait faire après un chien qui aboierait et qu’on voudrait faire taire. Elle a une façon très brutale de le prendre dans les bras. Même Camille le lui dit : « Attention à sa tête ! ». Il paraît qu’il y a un syndrome dit des ‘‘bébés secoués’’. Des mères à bout de nerfs secouent violemment leurs enfants qui, incapables encore de soutenir leur tête, peuvent avoir le cerveau gravement endommagé. L’enfant de l’amie de Camille n’était certes pas un ‘‘bébé secoué’’ (du moins pas à ma connaissance), mais je me suis dit que, vu la façon dont sa tête était ballotée au moment où sa mère le prenait dans ses bras, il devait avoir tant de neurones détruits que, plus tard, il serait probablement aussi limité qu’elle. Ce mépris des nouveau-nés pourrait expliquer pourquoi les membres de certaines familles semblent être si constitutivement frustes et bêtes de pères en fils et de mères en filles. On nous dit toujours que c’est à cause du milieu social, de la mauvaise éducation. Peut-être bien. Mais qui n’a jamais aperçu de ces familles où c’est bien le cerveau qui semble ne pas être normal ? Imaginons que l’enfant d’une de ces familles soit confié à des gens comme il faut quand il aurait déjà deux ans. Est-ce qu’il ne deviendrait pas malgré tout prodigieusement bête, à cause du mauvais traitement de son cerveau, lors des tout premiers mois de sa vie ? Peut-être que Camille a été un ‘‘bébé secoué’’, lui aussi ! Cela expliquerait bien des choses. Mais non ! Il n’est tout de même pas aussi bête. Je dirais plutôt qu’il est immature, affectivement immature. Il ne souffre pas tant d’un déficit de neurones que de sentiments. Du moins, il ne sait pas les montrer. Je le lui ai d’ailleurs écrit, dans l’un des SMS envoyés hier soir, après le départ de Tityre, que j’avais à dîner (il me faut bien un quart d’heure pour taper ces longs SMS sur le clavier de mon téléphone, en abrégeant au maximum, pour que l’envoie puisse être fait en une fois) : « Tu étais vraiment très mignon, tout à l’heure, avec tes cheveux tout courts. Ça m’a fait plaisir de te voir, même si je ne sais pas si toi tu étais content. Finalement, tu es quelqu’un dont il est impossible de connaître les sentiments. Je ne sais même pas si tu en as, des sentiments. Hier, avec Tityre, on a parlé de toi. Il m’a rappelé que tu avais dit chez lui, un soir, que j’avais toujours envie de coucher avec toi quand toi tu n’avais pas envie, mais que, quand toi tu en avais envie, c’était moi qui ne voulais pas… (Je ne me rappelais pas que tu avais dit ça, j’étais sûrement bourré). Peut-être que c’est Tityre qui a mal compris ce que tu disais, mais si c’était bien ça, moi, je ne me suis jamais rendu compte de rien. Je n’ai jamais vu que tu n’avais pas envie. Je n’ai pas vu non plus les fois où tu avais envie. Et j’aurais pourtant vraiment voulu te donner du plaisir au moment où tu le voulais. J’ai décidément tout raté avec toi. Mais tu ne me facilitais pas la tâche. Tu ne communiquais vraiment pas beaucoup. Même encore maintenant. Tu étais si distant, tout à l’heure. J’aurais voulu te toucher, mais je n’ai pas osé. Tu sais, si je te caressais si souvent, c’est parce que je t’aime, c’est tout. » Résultat, il a sonné à ma porte cet après-midi, tout sourire, pour me montrer sa bonne humeur, sa joie et, finalement, son drôle d’attachement à moi. Je doutais qu’il eût des sentiments : il venait me les montrer ! Il pensait, en effet, avoir enfin les clefs de son appartement, ce soir ou demain. D’où sa bonne humeur. J’ai pu le serrer dans mes bras. Nous ne sommes pas restés longtemps ensemble, parce que j’avais plusieurs rendez-vous importants.
01:31 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Fred, Journal, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28/08/2008
Mercredi 27 août 2008
Cet après-midi, j’ai rendu visite à Fred, l’ancien actuel amoureux de ma sœur. Il m’a rapporté que lors de mon dernier passage dans sa boutique, l’un des plus beaux garçons qui la fréquentent, celui qui est coiffé ‘‘décoiffé’’ (mais ils le sont presque tous), ayant écouté notre conversation, dans laquelle il était question de mon petit boulanger, avait été fort surpris d’apprendre que j’étais homo. Comme si ça ne se voyait pas ! L’innocence (en un mot) de ces petits skateurs est telle que si, par bonheur, je réussissais à en coucher un nu dans mon lit, il croirait encore que c’est pour y dormir ! Fred m’a assuré que le garçon lui aurait dit ensuite qu’il me trouvait mignon (mignon… MIGNON !), s’empressant d’ajouter qu’il n’était pas lui-même homo pour autant. Ouais… Quant à moi, je ne puis m’empêcher de penser que s’il n’est peut-être pas homo pour autant, comme il tient à le préciser, il n’est pourtant sans doute pas uniquement skateur. Une autre passion lui couverait quelque part que ça ne m’étonnerait pas ! (Je me suis souvenu qu’un autre ancien amoureux de ma sœur avait eu à mon sujet une remarque du même ordre, mais je me suis abstenu d’en faire part à Fred, pour ne pas lui rappeler de mauvais souvenirs, car c’est à cause de leur amour commun pour Julie que les deux excellents amis avaient fini par couper tous les ponts entre eux, ce qui, bien sûr, avait valu à ma sœur une réputation de marie-salope et de briseuse de couples, de ces couples peut-être plus sacrés encore que sont ceux des meilleurs amis. Le temps a passé. Sa mauvaise réputation lui est restée, mais pas ses amants frères ennemis, puisque c’est aujourd’hui le grand con qu’il nous faut subir.) Parmi la jeunesse tribalisée de nos jours, le clan des skateurs est celui qui me plaît le plus, même s’il n’est sans doute pas le plus in-nocent qui soit, le skate étant tout de même un sport (si c’est bien le mot) quelque peu bruyant et qui a tendance à transformer la ville en un vaste terrain de jeu. Mais j’aime mieux qu’on la transforme en terrain de jeu plutôt qu’en champ de bataille et de rapines pour la ‘‘racaille’’, comme il ne faut pas la nommer, à moins d’en être, évidemment. J’aime les skateurs pour leur bon esprit et surtout pour le corps merveilleusement sec, dépourvu de toute graisse, que leur donne la pratique d’un jeu si sportif. Il est vrai que la ‘‘racaille’’ est souvent maigre elle aussi, mais l’on sent bien que c’est à cause de l’espèce de fièvre haineuse dont elle vibre et qui la dessèche et consume entièrement. C’est ainsi qu’elle brûle ses graisses. Il n’y a là rien de sain. Puisque j’en suis à parler de graisse, il me faut rapporter ici quelle fut ma surprise, l’autre jour, de voir qu’en cette époque où, puisque c’est presque un nouveau droit de l’homme, n’importe qui peut se dire français (même cette athlète chinoise dont je ne sais plus le nom, qui, parce qu’elle n’avait pas réussi à se classer parmi les meilleurs sportifs de son pays d’origine (j’ai oublié quel était le sport qu’elle pratiquait), en avait été réduite à se faire naturaliser française, pour avoir une chance de se qualifier pour participer aux Jeux olympiques, ce qui en dit tout de même long sur l’idée qu’elle se fait de la France (et de sa ‘‘grandeur’’), un pays à sa taille, en somme…), un traiteur fameux de Mont-de-Marsan avait eu l’idée, pour vanter son excellence dans la fabrication des foies gras et tourtières, de ce slogan somme toute assez peu dans l’air du temps, qui est à l’antiracisme, à ce que je crois savoir : « N’importe qui n’est pas landais ! ». Qu’on se le dise ! Et c’est d’ailleurs très vrai, car moi-même, par exemple, qui ne suis pourtant pas n’importe qui, j’ai le plus grand mal à me sentir vraiment landais, alors que j’en aurais bien le droit, puisque ma mère est une vraie vache landaise, comme elle le dit elle-même, dans ses moments de lucidité. Je serais d’autant plus en droit de me dire landais que je ne le suis pas entièrement, et qu’il faut venir au moins un peu d’ailleurs, de nos jours, pour avoir le droit de se dire de quelque part. Un Français qui ne serait que de France et qui aurait l’outrecuidance de se dire français s’entendra toujours répondre par quelqu’un : « Mais je suis aussi français que vous, moi, môssieur », ce qui, de fait, est une repartie typiquement française ! Mais il ne suffit pas d’être en partie d’ailleurs, comme c’est mon cas, par mon père, qui est un peu chinois et un peu vietnamien, pour pouvoir se dire de quelque part, de France, en l’occurrence, sans danger. Encore faut-il en avoir l’air, en être conscient, l’expérimenter, le ressentir ‘‘dans sa vie de tous les jours’’, et le revendiquer comme une chose dont on est fier. Si l’on a le malheur, comme moi, de ne pas avoir l’air d’un métis (mes yeux sont bleus et j’ai une grosse bite, c’est dire si je parais peu chinois !), et si l’on a ‘‘mes idées’’ (car les gens croient que j’ai des idées, alors que, pour avoir été élevé par des femmes, je n’ai que des humeurs !), dans ce cas, on n’a pas tout à fait le droit de se dire français, au sens nouveau du terme, parce qu’on est suspect de l’être au sens ancien ! L’antiraciste prête à la race unique (celle des métis) dont il rêve de voir et promeut l’avènement un certain type d’idées (les siennes) comme le raciste est persuadé que le nègre court vite. D’autres idées ne peuvent pas être celles d’un véritable métis, qui n’a pas tout à fait, comme on voit, la liberté de conscience ! C’est du racisme ! Qu’on ne s’y trompe donc pas, l’antiracisme n’est pas moins raciste que le racisme. Il l’est différemment. Et puisqu’il prétend faire du métissage l’avenir de l’homme, si j’osais, je dirais que l’antiracisme est un eugénisme, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi : cela peut donner d’excellents taureaux de combat comme d’adorables caniches ! Le phénomène est récent. Anecdote : Lorsque j’étais enfant, pendant un ‘‘voyage scolaire’’ à la montagne, un garçon avait vomi son petit déjeuner sur le pare-brise de l’autocar. Stupeur dans la classe : le petit déjeuner de notre camarade était essentiellement composé, comme nous pouvions le constater, de grains de riz ! Comment était-ce possible ? Est-ce que les enfants chinois ne prenaient pas de petit déjeuner, comme tout le monde ? Les malheureux n’avaient-ils donc dans l’estomac que leur dîner de la veille ? « Bien sûr que non, nous avait expliqué la maîtresse, mais les Chinois, pour le petit déjeuner, préfèrent les bols de riz à nos bols de café ou de lait, un peu comme vos grands-pères aiment mieux se nourrir le matin de vin rouge, d’œufs frits et de ventrèche. » Et notre malheureux camarade s’était alors écrié, provoquant l’hilarité générale : « Mais je ne suis pas chinois, Madame, je suis vietnamien ! » Mon camarade de classe ne serait pas plus chinois aujourd’hui : mais il se dirait sans doute plutôt français. Et bien sûr, il le serait, ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Mais convenons tout de même que son petit déjeuner, lui, ne serait pas plus français que landais !
02:12 Publié dans 2008, Damis, Fred, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note