03/12/2009

Mercredi 2 décembre 2009

            Hier : anniversaire de ma mère, qu’il a fallu inviter au restaurant. Dans ma famille, nous naissons à des dates symboliques, pour ne pas dire fatidiques. Ainsi l’anniversaire de ma sœur tombe-t-il le quatorze juillet ; le mien le deux novembre ; si bien que, tandis que ma sœur avait droit aux feux d’artifice pour sa fête, je me contentais des fleurs des tombes. Quant à ma mère, elle est née un jour qui est devenu depuis celui de la foire au Sida. Il n’y a pas de hasard. Sans doute la Providence a-t-elle voulu lui rappeler chaque année la grande part de responsabilité qu’elle avait dans la contamination de ma sœur. Si, d’après cette dernière, c’est à cause de sa mère (qui le traita toujours comme s’il n’était qu’hémophile et non pas également sidéen) que Hieronymus fut à ce point dans le déni de sa maladie, qu’il cacha donc à Julie, jusqu’à ce qu’elle se découvre un jour contaminée, l’inconscience de celle-ci fut, à l’évidence, encouragée par notre propre mère, qui l’exhortait à ne pas tenir compte de la rumeur selon laquelle le garçon était séropositif. Car dans ma famille, non seulement nous ne naissons pas à des dates ordinaires, mais encore mettons-nous un point d’honneur à ne pas partager le sens commun (qui nous paraît sans doute trop vulgaire), quitte à en perdre tout bon sens. C’est la raison pour laquelle, plutôt que d’ajouter foi à ce qui se peut dire sur eux, à ce dont on les suspecte, aux mauvaises intentions qu’on leur prête, nous laissons des Hieronymus nous empoisonner le sang ou des Cyrille détourner nos biens, pervertis que nous sommes par l’éducation que nous a donnée une mère complètement folle et qui, depuis, ne trouve plus paradoxal de détester néanmoins un Cyrille et toute sa famille, pour les raisons même que son enseignement nous incitait naguère encore à les aimer : lorsque j’étais enfant, ma mère était par exemple très fière de me savoir, à l’école, le seul ami d’une gitane plus vieille que moi de cinq bonnes années, incroyablement insolente, bagarreuse et probablement voleuse. Ce qui faisait sa fierté, c’était que je ne partageasse pas les mêmes aversions, pourtant légitimes, que mes petits camarades de classe. Une folle, disais-je ! C’est sans doute encore à cause de cette éducation (du moins en partie) que j’ai pu me laisser aller à tellement vouloir prendre sous mon aile le pauvre Camille, qui serait sans doute ce qui se fait de plus véreux et gâté en matière de garçons, n’était Ascylte, qui me le vola, et avec qui je n’ai toujours pas réussi à couper entièrement les ponts, sans doute encore pour les mêmes raisons. Julie nous a appris sur Hieronymus, lors du dîner que nous avons offert à notre mère hier soir, quelque chose qui m’a fait tomber des nues et qui, pourtant, avec le recul, me semble une évidence. Longtemps nous avions cru que le grand train que menait celui-ci lui était rendu possible par l’argent de l’indemnité qu’il avait reçue en compensation de sa contamination. S’il est bien vrai qu’il fut indemnisé, c’est à son activité de dealer que Hieronymus devait d’être si magnifique. J’avais toujours trouvé que la foule qui fréquentait la maison que ma mère lui louait était anormalement nombreuse et systématiquement de mauvais genre. Je savais bien que tous ces gens se droguaient, mais jamais il ne m’était venu à l’esprit que c’était Hieronymus qui leur vendait leur drogue (du shit ou de l’‘‘herbe’’ uniquement, car il était un dealer qui prétendait avoir des principes (nous a rapporté Julie), c’est à savoir, en l’occurrence, qu’il refusait de vendre de la cocaïne ou d’autres drogues réputées, à tort ou à raison, plus dangereuses…). Il paraît que son cousin (car le cousin s’adonnait au même genre de commerce) fut  l’homme les plus heureux du monde lorsque des paquets entiers de drogue s’échouèrent comme par miracle, il y a quelques années, sur les plages des Landes, à moins que ce ne fût du Pays Basque. Hieronymus et lui eurent la peur de leur vie lorsqu’une de leurs connaissances communes, qui était dans la même branche qu’eux, fut arrêtée par la police à cause de son trafic. Ils cessèrent alors de fréquenter personne pendant un assez long temps. Je ne sais où ils en sont aujourd’hui de leurs activités. (Inutile d’écrire que je réprouve non seulement le commerce de la drogue, mais même sa seule consommation. Cela va d’autant plus sans dire qu’ils sont justement le fait de types comme Hieronymus. Moi qui suis respectueux des lois, je me contente parfaitement des litres de vodka et surtout de vin que le bel Ascagne veut bien me servir dans son bar, et en toute légalité, lui, au moins. J’ai d’ailleurs passé la fin de la soirée d’hier avec lui, n’ayant pas trouvé l’insatiable Elithios à son domicile, où j’avais espéré le rejoindre après le dîner. (Sans doute était-il encore à la rocade, même s’il pleuvait, je m’en avise à présent…)  Il n’y avait pas foule chez Ascagne, et je l’avais donc à peu près pour moi seul, car Osman, qui a fait une apparition vers minuit, n’est pas resté bien longtemps. (Il m’a confié qu’il n’avait plus lu mon journal depuis le mois de juillet et que c’était donc pour plaisanter qu’il avait jusqu’alors prétendu continuer à le faire. En revanche, il avait récemment chatté avec le terrible Cléomédon, qui lui aurait dit qu’il me détestait, à cause de ce que j’avais écrit sur Clinias et lui dans ce blogue. J’ai eu l’occasion de revoir Cléomédon, il y a quelque temps, et je dois dire que je ne m’étais pas alors avisé de la détestation que je lui inspire désormais. Il est vrai que j’étais probablement soûl, ce soir-là, et que mon état ne me permettait donc pas d’interpréter avec beaucoup de bonheur les signes qui pouvaient m’être envoyés par les uns et les autres, moi qui le fais déjà si mal quand je suis sobre. Ascagne, qui a toujours une oreille qui traîne, comme tous les barmen, sais donc probablement désormais que je tiens un blogue sur Internet. (Voulait-il me faire comprendre qu’il n’aimerait pas savoir que je parle de lui dans ce journal quand il m’a dit qu’il n’aimait pas Facebook pour ce que c’était à ses yeux un site où la vie privée était constamment violée ?) Eryximaque, une autre des connaissances que Tityre voudrait me refourguer, a lui aussi entendu parler de ce journal. Quand je lui ai proposé de venir dîner un soir chez moi, il m’a répondu, un peu cavalièrement, tout de même, qu’il ne voulait pas figurer dans mon tableau de chasse ni que d’autres l’apprennent dans ce blogue. J’avais cru que c’était lui qui me tournait autour. J’avais apparemment encore fort mal interprété les signes. Pourquoi donc m’avait-il invité à dîner chez lui, l’autre jour, avec Tityre ? Pourquoi m’a-t-il demandé mon numéro de téléphone ? Pourquoi m’a-t-il écrit tous ces SMS ? Mystère ! Passons.) J’étais heureux d’entendre mon barman préféré me raconter un peu sa vie. J’avais l’impression d’avoir de l’importance pour lui, d’être son confident. Nous restions de longs instants à nous regarder dans les yeux, qu’il a très beaux, et j’essayais de relever de quel côté il finissait par détourner le regard, pour savoir s’il se pouvait qu’il fût attiré par moi, comme Cyrnos, un ami de ma sœur, prétend qu’on peut le deviner. Hélas, je ne me rappelais plus s’il aurait fallu qu’il tournât les yeux vers la gauche ou vers la droite… Et quand j’étais le premier à vouloir les détourner, je ne savais plus trop dans quelle direction le faire, de peur de révéler mes intentions, si jamais Ascagne avait entendu parler lui aussi de la théorie des regards insoutenables. Avec deux autres habitués, je suis encore resté une heure après la fermeture de l’endroit. Ascagne m’a alors demandé où j’habitais, ou plutôt s’il était vrai que j’habitais non loin de chez l’amant du sublime Callias. Comment pouvait-il savoir cela ? Sans doute Callias le lui avait-il dit. Cela veut donc dire qu’il arrive aux deux garçons de parler de moi en mon absence. Mais pourquoi le font-ils ? Est-ce à dire que l’un des deux au moins est intéressé par moi ? Je ne mens vraiment pas lorsque je dis que je suis incapable d’interpréter les signes. D’ailleurs, quelle interprétation faut-il donner à cet autre fait que Nicagoras, que j’avais salué plus tôt dans la soirée en l’apercevant à une autre table du restaurant, ait éprouvé le besoin (alors qu’il m’a fait tout récemment comprendre que je ne l’intéressait ni sexuellement, ni sentimentalement) de dire à Ascagne qu’il m’y avait vu à l’heure du dîner ? Comme il avait croisé ma sœur dans l’après-midi, Ascagne se vantait de savoir presque tout de la soirée que j’avais passée avant d’arriver dans son bar. « Alors, m’avait-il demandé à peine la porte refermée derrière moi, comment s’est passé l’anniversaire de ta mère ? Avez-vous bien dîné dans tel restaurant ? » Etaient-ce des paroles anodines ou leur but était-il de me faire entendre qu’Ascagne avait de la curiosité pour moi ? Je ne sais.) Je me demande si le bel Equalis, dont l’haleine chargée n’est pas sans évoquer les substances dont Hieronymus faisait commerce, était un client de celui-ci. Ma sœur m’a dit qu’elle avait bien remarqué, lors de la dernière soirée où nous sommes tombés sur lui, que nous nous étions beaucoup rapprochés l’un de l’autre, lui et moi, tellement qu’elle avait cru que nous finirions la nuit ensemble, ce que je n’avais pas été loin de croire moi-même, d’autant qu’il m’avait fait l’aveu, cette fois, qu’il n’était en effet pas sûr de ne pas aimer également les garçons pour d’autres raisons que purement sexuelles. Mais la rencontre dans je ne sais plus quelle boîte de nuit du sieur Alfred, l’ancien très grand ami auquel il avait volé ma sœur, a fini par le faire fuir. De toute façon, je crois que je n’aurais pas osé coucher avec un ancien amant de celle-ci, encore que j’aie cru comprendre qu’elle m’en avait donné la permission.

02:29 Publié dans 2009, Alfred, Ascagne, Ascylte, Callias, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Cyrnos, Elithios, Equalis, Eryximaque, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Nicagoras, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

30/09/2009

Mardi 29 septembre 2009

            Peut-être un autre Equalis viendra-t-il un jour (c’est-à-dire une nuit où j’aurai bu, comme celle où j’ai croisé le fantôme de Hieronymus) me faire croire que Cyrille, lui aussi, a aimé ma sœur comme la femme de sa vie ! Il doit bien y avoir deux mois que cette dernière l’a quitté. J’ai tellement tardé à rapporter dans ce journal tous les mauvais coups que ce pendard lui a faits depuis lors que je risque fort d’en oublier, maintenant que je veux les écrire ici. Il n’y a d’ailleurs pas qu’à ma sœur qu’il en ait faits ! Peu de temps après avoir été quitté, Cyrille, qui s’était installé chez ses frères, avait demandé à Julie d’apporter chez eux une télévision lui appartenant mais qui se trouvait chez Thessalonice, à laquelle il ne voulait plus avoir affaire. Quand Cyrille est donc venu ouvrir la porte à ma sœur qui, comme convenu entre eux, lui rapportait l’appareil, quelqu’un, sortant d’une voiture qui était garée dans la rue, s’est précipité sur eux comme un furieux. C’est après le grand C qu’il en avait. Celui-ci lui devait en effet plus de 4000 EUR en paiement d’un matériel censé servir à ses employés (dont deux l’ont déjà traîné devant les prud’hommes) mais qu’il avait probablement revendu depuis belle lurette. Ses créanciers sont nombreux dans les environs, se connaissent entre eux, et rêvent tous de lui refaire le portrait, à défaut d’en être payé, d’après ce que j’ai appris de ma sœur, qui le tient du furieux que le hasard lui avait fait rencontrer ce jour-là et avec lequel elle a sympathisé, depuis qu’il est venu s’excuser chez elle (dont il connaissait l’adresse, pour ce que ç’avait été celle du siège social de l’entreprise de Cyrille) de l’avoir peut-être effrayée lors de leur première et fortuite rencontre. Cyrille, qui a tout d’un mythomane, pour obtenir de ses créanciers de nouveaux délais, n’a cessé de leur faire toutes sortes de mensonges. Mais comme ces mensonges n’étaient jamais les mêmes de l’un à l’autre, ses pigeons, qui se connaissent entre eux, comme j’ai dit, Mont-de-Marsan n’étant pas bien grand, s’en sont vite aperçus, ce qui n’a fait qu’exciter un peu plus leur colère : ce n’est pas pour rien que je l’appelais le grand con ! Aux uns il faisait dire qu’il était en vacances à Arcachon, à d’autres à Carcassonne. (Il faut d’ailleurs avoir beaucoup d’aplomb pour se faire dire en vacances quand on a tant de dettes à cause de la mauvaise gestion de son entreprise !) Ou bien il était en convalescence, à cause de son cancer des poumons. A nous aussi, ma mère, ma sœur et moi, il avait réussi à faire croire qu’il avait un cancer, un cancer dont il prétendait ne plus vouloir se soigner, ce qui ne l’empêchait pas d’être en très bonne forme. Malgré les questions de ma sœur, qui avait quelquefois demandé à voir (toujours en vain) des radios de ses poumons ou à connaître le nom du médecin qui s’occupait de son cas, Cyrille avait réussi à dissiper les soupçons dont il était l’objet. Sans doute aveuglé par mes propres préjugés, je m’étais dit que ce cancer était terriblement vraisemblable, parce que je n’imaginais pas qu’une sidéenne pût s’attirer personne d’autre qu’un cancéreux, un moribond, un condamné à mort ! C’est dire si l’énergumène a du talent ! Il utilise à son profit les idées reçues de ses victimes. Même sa bêtise, qui est abyssale en lui, est une forme d’intelligence : elle lui permet de passer pour inoffensif. Qui donc irait en effet se méfier d’un tel con ? Quoique illettré et dyslexique au dernier degré, il avait réussi à nous faire croire, même à moi, qui ne m’intéressais pas assez à lui pour seulement imaginer que ce crétin pouvait chercher à m’en imposer par des mensonges (car je n’ai jamais eu que du mépris pour cet imposteur), qu’il était bachelier, et même qu’il avait un bac S, il y tenait beaucoup ! Depuis, Julie a retrouvé dans son ordinateur des lettres de motivation et des C.V. entièrement copiés sur les siens, dans lesquels Cyrille avait seulement mis son nom à la place de celui de ma sœur, s’attribuant ainsi des diplômes que, bien sûr, il n’a jamais eus, dont un bac, encore, mais qui n’était plus un bac S, cette fois. Je me demande comment Julie a pu se laisser si totalement abuser pendant deux années entières, elle qui vivait avec lui, et l’entendait par exemple régulièrement lui demander, comme elle me l’a confié depuis, de lui expliquer le sens des lettres administratives qu’il recevait souvent en tant que chef d’entreprise. Ces lettres, il ne les comprenait pas, tout simplement parce qu’il ne sait pas lire, ou à peine ! C’est probablement aussi pour cette raison qu’il ne voulait jamais lire d’histoires à son fils, à l’heure du coucher. C’est ma sœur qui devait le faire, elle qui est pourtant loin d’avoir la fibre maternelle. Depuis quelque temps, Cyrille semble avoir changé de stratégie et, suprême salauderie, donne à ses créanciers ce même gage de bonne foi : s’il a si mal géré son entreprise, prétend-t-il, au point de s’endetter tellement, c’est à cause de ma sœur, qui l’ayant contaminé (ce qui est entièrement faux, bien sûr), l’aurait plongé dans un profond désarroi, qui lui aurait fait perdre tous ses moyens ! Pire, pour les rassurer, il leur fait croire que Julie, rongée par la culpabilité, aurait l’intention de vendre son appartement, pour l’aider à éponger ses dettes ! Peu après l’avoir quitté, ma sœur s’est aperçu qu’il l’avait volé. Son compte en banque avait été débité de petites sommes allant de 10 à 15 EUR, une centaine d’euros au total. Après une rapide enquête de sa part, elle a compris qu’elles avaient servi à acheter du crédit téléphonique, mais pour un téléphone qui n’était pas le sien. Elle est donc allée porter plainte contre X, en précisant bien aux policiers qu’elle soupçonnait fort Cyrille, qui s’était déjà servi  de sa carte bancaire une fois, mais avec sa permission, pour faire un achat sur Internet, d’être l’auteur de ces vols. Quelques jours plus tard, sans doute après avoir été contacté par la police, Cyrille s’est rendu dans la parfumerie où travaille ma sœur, pour lui faire prendre une fois de plus des vessies pour des lanternes. « Julie, tu ne vas jamais me croire. Je me suis aperçu qu’en voulant acheter du crédit téléphonique avec la carte de crédit de ma mère, je m’étais en réalité servi de la tienne ! Il faudra que tu me dises combien d’argent je te dois. Mais ne vas pas porter plainte contre moi, s’il te plaît. – Mais j’ai déjà porté plainte, lui a-t-elle répondu, non pas contre toi en particulier, mais conte X. » Cyrille, d’après ma sœur, était dans un état comme second, très inquiétant : il suait à grosses gouttes et le débit de ses paroles était anormalement rapide. Sans doute se sentait-il encore un peu plus acculé. Les explications qu’il a données à ma sœur ne tiennent évidemment pas. Il a bien fallu qu’il relève à l’avance les différents numéros qui se trouvent sur la carte bancaire de ma sœur pour pouvoir s’en servir plusieurs jours après leur séparation. C’est donc qu’il avait prémédité de la voler. Julie a dû faire changer la serrure de son appartement, parce qu’il lui semblait que Cyrille y pénétrait en son absence. Elle a retrouvé plusieurs fois une certaine photo, toujours la même, dans son cadre, posée par terre au lieu d’être à sa place habituelle. Il lui semblait aussi trouver le soir son lit imprégné du parfum du grand con, que l’une de ses amies a d’ailleurs une fois surpris en train de rôder non loin du lieu de résidence de ma sœur. Environ un mois après leur séparation, sans doute après avoir vu sur Facebook des photos de ma sœur en galante compagnie lors de la fête qu’elle et moi avions donnée chez notre mère au mois d’août, Cyrille s’est mis à écrire sur les ‘‘murs’’ de tous les contacts de ma sœur, pour l’y diffamer (en disant par exemple sur le mien qu’elle avait préféré se faire avorter plutôt que d’avoir un enfant de lui (ce qui aurait été fort compréhensible, compte tenu du risque évident qu’il y avait de mettre au monde un être aussi dégénéré que le père, mais est entièrement faux, en l’occurrence)) ; pour dire à tous qu’elle était séropositive, car certains l’ignoraient ; et pour lui nuire en inventant des confidences qu’elle lui aurait faites au sujet de ses contacts, toutes plus déplaisantes les unes que les autres. A l’une de ses meilleures amies, par exemple, excellente cuisinière, consciente et fière de l’être, qui se demandait récemment pourquoi elle voyait si rarement Julie depuis quelque temps, Cyrille avait expliqué, sur Facebook, donc, que c’était parce que ma sœur trouvait sa cuisine immangeable ! Voilà qui en dit long sur la bassesse du personnage, que sa mère, il est vrai, que j’ai déjà rencontrée, n’avait pas, en le jetant au monde, fait tomber de bien haut ! Il est donc assez petit pour croire que ma sœur s’arrête à de telles considérations… En même temps que Cyrille souillait les ‘‘murs’’ des amis de ma sœur sur Facebook, il a laissé à celle-ci plusieurs messages sur son répondeur téléphonique et lui a écrit de nombreux SMS, dont le contenu était nettement menaçant. Il lui écrivait par exemple qu’il allait, je le cite : « la démolir » et encore lui rendre la vie tellement impossible à Mont-de-Marsan qu’elle n’aurait plus d’autre choix que te quitter la ville. Pour ces menaces et ces diffamations, les policiers, qui se disent surchargés de travail, n’ont pas voulu recevoir la plainte de ma sœur et se sont contentés d’inscrire ses griefs dans la main courante en lui conseillant de s’adresser directement au procureur de la République. Ils ont tout de même consenti à convoquer Cyrille dans leurs locaux, pour lui demander de s’expliquer et le remettre à sa place. Celui-ci ne s’est évidemment pas rendu à la convocation. Environ deux semaines plus tard, il est allé encore plus loin en se faisant passer pour un client mécontent, sur le site Internet de la société employant ma sœur. Il a prétendu que celle-ci vendait des parfums à des prix inférieurs à ce qu’ils devraient être et qu’elle gardait l’argent de ces ventes pour elle ! « La vendeuse s’appelle Julie, écrivait-il dans une orthographe que j’ai bien évidemment corrigée, et ne jouit déjà pas d’une bonne réputation, suite à sa maladie, etc. » C’est parce que Cyrille a fait allusion au Sida de ma sœur que ses employeurs ont compris que la plainte du client n’était pas à prendre au sérieux et que celui-ci avait seulement l’intention de lui nuire, car on voit mal ce que la maladie de celle-là et sa réputation ont à voir avec la qualité de son travail. Pour cette dénonciation calomnieuse et l’atteinte à la vie privée de ma sœur, la police, toujours aussi surchargée de travail, n’a pas non plus voulu recevoir la plainte de Julie. Encore une fois, elle lui a conseillé de s’adresser directement au procureur de la République. Il y avait d’ailleurs un article, aujourd’hui, dans le journal local, consacré au surcroît de travail de la police occasionné par l’ouverture à Mont-de-Marsan d’un centre pénitentiaire de plus de six cents places, il y a un peu moins d’un an. C’est la police qui doit traiter les nombreux délits qui sont commis dans cette prison comme dans toute autre ; c’est encore elle qui doit assurer les transferts de prévenus de la prison à l’hôpital ; et c’est toujours elle qui doit mener les enquêtes qui sont nécessairement ouvertes lorsque quelqu’un meurt en détention (il y a déjà eu cinq décès dans cette prison depuis l’ouverture, à moins que ce ne soit que trois, je n’ai plus le chiffre en tête). Le représentant d’un syndicat de police prétendait que le commissariat de Mont-de-Marsan manquait de trente policiers au moins ! Alors les petites tracasseries de ma sœur… Je lui ai conseillé de recourir aux services de Phidippide, qui est avocat, et saura faire en sorte de transmettre ses plaintes au parquet. Ma mère, qui est très remontée contre le grand con, est prête à payer, si ma sœur n’en a pas les moyens. Car on en revient toujours là : l’argent est le nerf de la guerre. Il faut avoir les moyens de faire respecter ses droits.

03:32 Publié dans 2009, Cyrille, Equalis, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Phidippide, Thessalonice | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

28/09/2009

Dimanche 27 septembre 2009

            (Ceci n’est pas une lecture pour la jeunesse, et surtout pas pour les enfants (comme si les enfants lisaient, ou même la jeunesse, d’ailleurs !). Mais enfin, je préfère l’écrire, à cause de la police, qui m’a naguère convoqué dans ses locaux pour m’exhorter à me rendre compte (« Non mais vous vous rendez-compte ? », s’était écriée la policière) qu’il pouvait y avoir des enfants parmi mes lecteurs, idée qui me paraît complètement saugrenue, pour ne pas dire grotesque, étant donné que le bachelier moyen ne connait pas assez sa langue pour lire et comprendre le simple avertissement que je suis en train de lui adresser. Enfant, donc, si tu me lis, va plutôt réviser ta grammaire. Ainsi, quand tu en auras l’âge, peut-être seras-tu capable de comprendre par toi-même que ma prose n’était pas très recommandée, en effet, à l’être innocent que tu n’es probablement déjà plus, si tu le fus jamais, ce dont je doute, prévenu que je suis contre toi par La Bruyère ou le souvenir que j’ai de ceux de tes semblables qui ont peuplé mon enfance et en ont fait un désert.) Jeudi soir, c’est moi que sont venus visiter les fantômes qui devraient plutôt hanter ma sœur ! En sortant du bar que tient le bel Ascagne, comme j’attendais Aribaze qui pissait contre un mur, j’ai vu venir vers moi le bel Equalis, qui fut le grand amour de Julie. Attirés par la beauté du garçon, Osman, Aribaze et Tityre sont évidemment venus graviter autour du couple que nous formions, dans l’espoir d’obtenir une part de ce que, quant à moi, je ne songeais alors pas même à prendre. Irrité par le caquetage de ces poules, Equalis a fini par les convaincre, un peu rudement, de nous laisser en paix. Il voulait me parler de ma sœur, qui fut, m’assura-t-il, l’amour et la femme de sa vie. Jamais il ne pourrait en aimer d’autre autant qu’elle, jamais il n’en rencontrerait qui la lui ferait oublier. Plus tôt dans la soirée, j’avais aperçu Alfred, qui ne manque jamais de me dire, lui aussi, toutes les fois que nous nous voyons, que Julie est la femme de sa vie et qu’il l’aime encore. Equalis et Alfred étaient autrefois les meilleurs amis du monde. C’est à cause de ma sœur que leur amitié n’est plus. Elle avait quitté l’un pour l’autre… J’ai été fort étonné du portrait qu’Equalis a fait de Julie. « Ta sœur est une mangeuse d’hommes. Elle s’amusait de mon amour. C’est parce que je souffrais trop que je l’ai quittée. Mais je l’aimais. Je ne sais si c’est à cause de sa maladie, mais elle ne voulait pas me croire, lorsque je lui disais que je l’aimais. A la fin, je ne pouvais plus supporter qu’elle ne me croie pas. J’ai préféré partir. – Est-ce que je pourrai lui répéter ce que tu m’as dit ? Toi aussi, tu as été l’amour de sa vie. Elle me le dit souvent. – Oui, tu peux le lui dire. Mais je ne reviendrai pas avec elle. C’est trop tard. Je suis avec une fille depuis deux ans. Elle a quitté son pays pour vivre avec moi. Je l’aime, elle aussi, même si ce n’est pas comme avec ta sœur. Je ne peux pas me permettre de quitter une fille qui a quitté son pays pour moi… » Tout ce qu’il me disait était d’une grande tristesse. Il m’a encore parlé de la peur qu’il avait de la maladie de Julie. « Nous avons eu très souvent des accidents de capotes. Dans l’attente des résultats des tests que je faisais, je lui disais que je n’avais pas peur. Mais c’était faux. J’avais très peur. Je pense que ç’aurait été plus facile pour moi, si j’avais été malade, comme elle. Si j’avais eu la maladie, je n’aurais sûrement pas quitté Julie. Mais comme je ne l’avais pas, la peur de l’attraper était toujours là, entre elle et moi. C’est sûrement pour cette raison que l’autre salaud lui a fait ça. – Qui ça ? – Hieronymus, c’est sûrement pour la garder qu’il l’a contaminée. Julie, c’était l’amour de sa vie, à lui aussi. » Hieronymus, troisième fantôme, sorti de la bouche du second, de ce bel Equalis qui, Mont-de-Marsan étant petit, a très bien connu, lui aussi, pour avoir été son ami, le spectre qu’il venait d’évoquer, spectre d’ailleurs toujours bien vivant, que mes lecteurs se rassurent : Hieronymus est apparemment increvable. J’ai été très ébranlé par cette remarque d’Equalis. Jamais je ne m’étais avisé que Hieronymus avait peut-être en effet contaminé ma sœur par amour. L’espace d’un instant, l’alcool ingurgité pendant la soirée aidant tout de même sans doute un peu, je me suis trouvé saisi de pitié pour ce Hieronymus honni, qui, lui aussi, a donc connu l’amour, et qui l’a perdu, en tentant de le garder. J’avais les larmes aux yeux en entendant Equalis. Je les avais encore hier en rapportant tout à Julie. Je les ai toujours ce soir en écrivant ces lignes. Pendant un instant, Equalis est vraiment devenu le fantôme que je disais, en évoquant devant moi Hieronymus : parce qu’il a la même corpulence que lui, la même taille (l’un et l’autre ayant été coulés dans un moule fabriqué, semble-t-il, pour satisfaire entièrement aux goûts de ma sœur, qui a les mêmes que moi, dans cette délicate matière que sont les garçons), j’avais l’impression d’apercevoir dans celle du présent la silhouette de l’absent. Je ne savais plus si je me sentais attiré par l’un ou par l’autre. J’aurais voulu prendre dans mes bras cette idée du garçon miraculeusement offerte à ma vue, mais on ne touche pas les apparitions. Jamais personne ne m’a dit que j’avais été l’amour de sa vie. Tout au plus a-t-on parfois prétendu m’aimer. Donnons au dernier qui l’ait fait, tout récemment, le nom d’Evelpide. « Pourquoi crois-tu que tu es mon P.C.R. (id est mon plan cul régulier), m’écrivait-il romantiquement, il y a peu ? Parce que je suis amoureux de toi. » Ce jeune homme, qui est un naïf, semblait avoir bon espoir d’être aimé en retour. Hélas, il n’en est rien. Mais je ne veux être contrariant pour personne. C’est pourquoi je lui ai fait cette réponse : « Moi, je ne suis pas amoureux de toi. Mais si tu le souhaites, tu pourras désormais coucher avec moi autant de fois qu’il te plaira, à condition de me payer. » Sa réponse n’a pas tardé : « Tu es sûr que ce dernier message m’était destiné ? – Evidemment, tu ne crois tout de même pas que j’aurais proposé une telle chose à quelqu’un d’autre ? – Ça m’embête un peu de payer pour me faire enculer. Mais c’est d’accord. Peut-on se voir aujourd’hui ? Je te paierai dès que j’aurai reçu ma paye. – Tu me prends pour un idiot ou quoi ? – Ah d’accord ! La confiance règne. Oublie-moi ! Et tu peux effacer mon numéro de ton répertoire. » Alors que depuis deux ou trois années que nous nous connaissons, pas une seule fois c’est moi qui lui ai téléphoné ou envoyé d’SMS le premier ! J’ai bon espoir de faire d’Evelpide la plus jeune de mes pratiques. D’ailleurs, vendredi, en allant chercher ma cargaison hebdomadaire de prospectus, le petit nouveau que j’ai vu sortir du bureau du chef, comme on dit dans le jargon de ce métier qui n’est pas exactement pratiqué par le haut du panier n’était autre que mon Evelpide qui, me suis-je dit, s’était peut-être trouvé ce second travail pour se donner les moyens de ses amours ! Ou si c’est pour mieux subvenir aux besoins du fils que sa femme a récemment mis au monde ? J’ai tout de même été fort contrarié, et même un peu effrayé, de voir sur les lieux du travail que je fais le jour une personne qui a connaissance de celui que j’ai la nuit, travail indigne, d’ailleurs, et que je ne saurais trop déconseiller à nos chères têtes blondes, cela dit pour me mettre en conformité avec la loi : moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie dans ce blogue de ce métier tellement dégradant (quelle honte !) que de tout temps il a été plus pratiqué par des femmes que par des hommes, c’est dire !

03:58 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Equalis, Evelpide, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note