29/06/2005

Doublet de mon journal - mardi 28 juin 2005

        « Tu es vraiment l’être le plus méchant que j’ai rencontré. En permanence, tu fais montre de la pire des méchancetés : la méchanceté gratuite ! Celle qui n’est pas provoquée par la colère. Tu es incontestablement intelligent et tu as du charme. Mais tes yeux… Tes yeux trahissent ta méchanceté. Je l’ai senti à la première seconde. Un regard froid, qui jauge, juge, soupèse. Je pense que nous avons au moins un point commun : nous finirons tous les deux nos vies dans la solitude la plus absolue ! » Ce n’est pas toujours agréable de s’entendre dire ses quatre vérités. Je n’ai jamais douté que tout cela se terminerait dans la solitude. Seulement, il y a longtemps déjà que la solitude s’est installée. J’ai dépassé le début de la fin depuis belle lurette. C’est une fin qui n’en finit pas de durer, voilà tout. Une fin qui prend toute la vie. Aux yeux de ma chienne Pélagie, je ne suis pas si mauvais que cela, je le vois bien. Ma solitude est telle que les yeux de cette bête sont le miroir de mon âme. C’est une solitude fidèle et douce, pleine de grâce et de candeur. Mais il n’y a rien à faire, les gens n’aiment pas les caniches.

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24/06/2005

Doublet de mon journal - 24 juin 2005

        Puis tout une série de définitions de la petite bourgeoisie actuelle. Dont celle-ci : « La petite bourgeoisie, c’est l’ensemble des assujettis à la Sécurité sociale ». Pendant plusieurs années, et jusqu’à tout récemment (deux ou trois mois), je n’étais plus assujetti à ladite Sécurité sociale. Lorsqu’il arrivait que j’en parle, on me regardait généralement avec une sorte d’animosité mêlée d’incompréhension, et même d’un peu d’angoisse, il me semble. J’étais une réelle anomalie. La dictature se faisait tout à coup bel et bien sentir. On s’empressait ensuite de me convaincre, généralement avec beaucoup de véhémence, que j’étais coupable d’une bien grande négligence, pour ne pas dire de folie. Mon Dieu ! Et si je tombais malade ? Mais j’étais en excellente santé. Et s’il m’arrivait d’attraper la grippe, je payais tout bonnement de ma poche (qui était généralement (et généreusement) remplie par mes parents, il est vrai). C’est quand on attrape le sida ou le cancer que la Sécurité sociale devient indispensable, parce qu’on doit se soigner constamment, et que les soins coûtent une fortune. Lorsque je suis allé, dernièrement, « régulariser » ma situation, la dame du guichet, au contraire, était bêtement admirative (il y avait tout de même, je crois, un peu de provocation dans sa réaction). « Ah ! Si tout le monde faisait comme vous, il n’y aurait plus de trou de la Sécu ! » Est-ce bien raisonnable de se faire rembourser les petits soins, s’ils sont dans ses moyens ? Toujours est-il que depuis quelques mois, je suis officiellement entré dans le rang petit-bourgeois.

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Doublet de mon journal - jeudi 23 juin 2005

        Renaud Camus donne donc le nom de dictature de la petite bourgeoisie au régime, non pas politique, mais social et culturel dans lequel nous vivons tous. Nous sommes tous des petits-bourgeois, même lui, et moi le premier. Et nous sommes tous dictateurs. C’est d’ailleurs, selon Camus, l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons généralement pas le sentiment de vivre dans une dictature. « Ma ‘‘thèse’’, dit-il, si je peux m’exprimer ainsi, est que la petite bourgeoisie n’est pas seulement dominante, mais qu’elle est dictatoriale, pour les raisons que nous avons vues plus haut : il ne lui reste plus de classes à dominer, elle les a toutes avalées, absorbées, digérées. A l’égard des individus, elles est passivement dictatoriale, si vous voulez : il n’y a rien en dehors d’elle, on ne peut pas lui échapper, aucun extérieur ne lui est concevable, ni conçu par elle, ni par ses victimes, qui sont elles-mêmes, forcément, des petits-bourgeois, lesquels ne peuvent critiquer la petite bourgeoisie qu’en termes petits-bourgeois, dans la langue petite-bourgeoise, la seule que la petite bourgeoisie leur ait apprise. » Que je me suis senti visé par cette phrase ! Cela ne se remarque peut-être pas énormément en me lisant, mais la plupart du temps, je parle fort mal. D’une façon très négligée, comme à peu près tout le monde, c’est-à-dire comme un petit-bourgeois sans culture. « La culture générale, nous dit encore Renaud Camus, se traduit d’abord, essentiellement, par un usage de la langue, un usage distancé de la langue », usage que je suis bien loin d’avoir, évidemment. Mais la satire en alexandrins serait un bon moyen, je pense, disons, un moyen à ma portée, de critiquer de temps en temps le régime petit-bourgeois, sinon en me libérant de la langue petite-bourgeoise, du moins en la soumettant à un rythme plus aristocratique, l’alexandrin étant, après tout, le mètre de la tragédie. Alors que souvent, comme bien des gens, je néglige de faire, lorsque je parle, la plupart des liaisons (travers que Renaud Camus aime à parodier) ; lorsque je lis des alexandrins, au contraire, je les respecte évidemment toutes, sans quoi je ne lirais pas, mais massacrerais ces alexandrins, comme font mes élèves ! Aussi bien, ce goût que j’ai d’écrire des alexandrins est encore un ridicule petit-bourgeois, comme celui, entre bien d’autres, que signale Camus, de ces gens qui voudraient avoir une piscine semblable au bassin de la villa d’Hadrien…

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23/06/2005

Doublet de mon journal - mercredi 22 juin 2005

        Je pensais passer une petite soirée sympathique, chez Emilie et son amoureuse, avec ma sœur et Emmanuel, son grand ami, son confident, pour ainsi dire, et petit ami de notre cher Matio, absent aujourd’hui. Mais il n’en fut rien. Tout avait pourtant agréablement commencé et se déroulait fort bien. Jusqu’à ce qu’Emmanuel me rapporte les événements d’hier soir. Julie a revu cette pochette-(mauvaise) surprise de Hieronymus, et a tenté une réconciliation avec lui. Réconciliation apparemment en bonne voie. Mais Emmanuel trouve cela scandaleux, et me dit, les yeux dans les yeux, que je n’y suis pas pour rien ! C’est à moi, selon lui, de guider ma sœur, et de lui faire entendre qu’il n’est pas bon qu’elle se réconcilie avec la personne qui lui a transmis sciemment le virus du sida. Je réponds que ma mère et ma sœur m’ont fait comprendre que je ne devais plus me mêler de cette affaire. Que c’était à cause de moi si la réconciliation désirée par ma sœur était si difficile. Que depuis, je me contente de flétrir Hieronymus silencieusement, dans mon journal, en allant même jusqu’à cacher son nom derrière sa traduction latine ! Mais Emmanuel de continuer en affirmant que j’étais, au contraire, la seule personne à avoir réagi sainement (c’est-à-dire assez violemment, tout de même), et que cette réconciliation était tout bonnement impensable, ignoble, obscène. Pour parler clairement, ce devrait être une éternelle vendetta entre la famille de Hieronymus et la mienne si, du moins, nous n’étions pas arrivés, semble-t-il, à la fin de notre race, ma sœur étant sidéenne, et moi pédéraste. Et il fallait qu’Emmanuel me parle de cela juste quand le lis l’entretien de Renaud Camus sur la dictature de la petite bourgeoisie, dans lequel il est question, entre autres choses, de l’honneur, de l’honneur qui a disparu de notre société. Si j’avais de l’honneur, je m’empresserais évidemment de faire boire à la terre le sang de cette sale engeance de Hieronymus ! Mais ma sœur ne le veut pas, je le vois bien. Je crois qu’elle se sent davantage la sœur de Hieronymus que de moi depuis qu’un même sang coule dans leurs veines. Comme si ce sang souillé les unissait plus que le sang de la race. Que faire ?

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21/06/2005

Doublet de mon journal - mardi 21 juin 2005

        Comme chaque année, il n’y avait personne pour vivre avec moi le jour le plus long. D’ailleurs, y aura-t-il jamais quelqu’un pour vivre avec moi ne serait-ce que le jour le plus court ? Et avec qui je serais heureux de le passer ? Je ne crois pas. Je ne suis d’ailleurs pas bien sûr de le souhaiter.

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20/06/2005

Doublet de mon journal - lundi 20 juin 2005

        Hier, je marchais au bord de la piscine. Soudain, je sens comme une épine qui s’enfonce dans la plante de mon pied droit. Une écharde, sans doute. Je regarde, et trouve un tout petit dard, avec au bout, un minuscule agrégat de tripes. Je reviens sur mes pas. L’abeille était là, par terre, en train de mourir, mi-écrasée, mi-éviscérée.


        On me livrait aujourd’hui les livres que je disais l’autre jour. Finalement, ç’a marché.

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16/06/2005

Doublet de mon journal - mercredi 15 juin 2005

        All-zebest, dans son blogue, nous propose un questionnaire. Je n’avais pas participé à l’enquête de Tibolano (« Pourquoi lisez-vous »), essentiellement parce que je me sentais bien incapable de répondre à une telle question. (Pour être tout à fait honnête, je ne sais absolument pas pourquoi je lis. Pas plus que je ne sais pourquoi je marche, si ce n’est parce que je sais le faire, pour l’avoir appris dans mon enfance, comme tout le monde. Souvent, on marche sans raison, sans même savoir où l’on va. (Enfin, pas moi, parce que je suis toujours des itinéraires très précis, qui ne me mènent jamais bien loin, de toute façon.) J’imagine que pour la lecture, c’est un peu la même chose. C’est après avoir lu un livre qu’on connaît vraiment les bonnes raisons qu’on avait de le lire.) Cette fois-ci, les questions sont nettement moins vertigineuses. Et y répondre me donne l’occasion d’écrire trois mots dans ce journal.


        1/ Combien de livres lisez-vous par an ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et d’ailleurs, doit-on prendre en compte les livres dont, pour une raison quelconque, on n’a pas terminé la lecture ? Lecture qu’on reprendra peut-être dans quelques années. Et les livres qu’on lit plusieurs fois dans la même année, faut-il aussi les compter ?


        2/ Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ? Le dernier livre que j’ai acquis, ce n’est pas moi qui l’ai payé, mais mon bon ami S***. Un soir, nous conversions électroniquement, préparant notre prochain voyage en Allemagne (nous parlions d’ailleurs essentiellement d’itinéraires). Je lui ai demandé de rechercher (puisqu’on trouve tout, grâce à l’Internet) dans quelle librairie je pourrais trouver le Lexicon recentis latinitatis, un dictionnaire absolument indispensable si l’on veut savoir comment dire cigarette en latin (fistula nicotiana), mais qui n’est publié qu’en Italie et en Allemagne, (un travail de Karl Egger, mené sous l’égide de la fondation Latinitas). Deux jours plus tard : que livrait-on chez moi ? Ledit livre : Neues latein Lexicon, Lexicon recentis latinitatis, Über 15.000 Stichwörter der heutigen Alltagssprache in lateinischer Übersetzung, Von Astronaut NAUTA SIDERALIS, bis Zabaione MERUM OVO INFUSUM.


        Mais je peux sans doute dire quels sont les deux prochains livres que j’achèterai. J’en parlais récemment dans ce journal, dans l’espoir que S*** me les offre, d’ailleurs. Mais bon, ça ne peut pas marcher à tous les coups ! Ce devrait donc être (si j’en ai les moyens) le dernier volume du journal de Renaud Camus (Outrepas, Fayard, 2005) et, du même, La dictature de la petite bourgeoisie (Privat, 2005).


        3/ Quel est le dernier livre que vous ayez lu ? Les Racines du mal, Dantec.


        4/ Listez cinq livres qui comptent pour vous. Catulle. Mémoires d’Hadrien. Les Enfants terribles. Mort à Venise. La ville dont le prince est un enfant. Et beaucoup d’autres encore (j’ai des goûts de pédé, mais pas seulement).


        5/ A qui allez-vous passer le relais ? Je passe le relais à S***. Cela me permettra de vérifier s’il lit toujours ce journal. Si je constate qu’il le lit encore et que personne ne vient livrer chez moi les deux livres évoqués plus haut, j’aurai enfin la preuve qu’il ne m’aime pas autant qu’il le prétend.

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11/06/2005

Doublet de mon journal - vendredi 10 juin 2005

        Récemment, je lisais chez Raphaël Juldé que le dernier volume du journal de Renaud Camus (Outrepas, Fayard, 2005) venait de paraître. Ce matin, dans son blogue, Juan Asensio publiait un article sur un autre livre du même Camus : La dictature de la petite bourgeoisie (Privat, 2005). Et ainsi de suite, tous les jours. Je crois que je suis bien d’accord avec Dominique Autié, lorsqu’il écrit « que le livre d’aujourd’hui est, le plus souvent, d’un prix exorbitant pour une qualité médiocre ». Quelle que soit sa qualité, son prix est toujours exorbitant pour quelqu’un comme moi, dont la bourse n’est pleine que de toiles d’araignées. De lecture en lecture, ma frustration et mon désespoir grandissent un peu plus. Un seul livre mène à cent autres, à tel point qu’une bibliothèque est souvent un véritable trésor, je veux dire : au sens propre !


        Cet après-midi, au bord de la piscine, Pélagie et moi avons observé un lézard, qui se traînait péniblement sur ses deux pattes avant. Tout l’arrière était paralysé. Un chat sans doute avait mordu le reptile, dont la moitié des tripes sortaient par le côté. Elles étaient séchées et rabougries par le soleil. C’était une impression étrange : l’animal vivait encore, mais ses boyaux ressemblaient déjà à de la viande avariée. Cela m’a rendu triste. Je crois que j’avais de la pitié pour cette sale bête. Pendant ce temps, Pélagie reniflait gaîment ce nouveau jouet, qui est mort un peu plus loin.

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10/06/2005

Doublet de mon journal - jeudi 9 juin 2005

        Mont-de-Marsan est une petite ville, où les choses finissent toujours par être sues, si ce n’est par tous, du moins par quelques-uns. Une amie de Julie vient d’avoir une conversation avec la toute nouvelle amoureuse de cette seringue usagée de Hieronymus Z***. Cette écervelée prétend d’elle-même qu’étant blonde, elle est trop idiote pour comprendre certaines choses, par exemple pourquoi Hieronymus ne veut plus avoir de relations sérieuses avec des filles depuis que ma sœur l’a quitté (cela en dit d’ailleurs assez long sur ce qu’il pensait de l’espèce de tarée qu’il traînait derrière lui avant l’actuelle !). Eh bien moi, je crois savoir. Quand cela devient du sérieux, ces demoiselles ne veulent plus que celui qui les monte s’enveloppe de plastique. Mais comme ce grand courageux de Hieronymus n’a jamais été capable de prononcer le mot de sida (qui lui coule pourtant dans les veines depuis qu’il est tout jeune) et qu’il ne peut tout de même pas le donner à toutes les filles de la ville, comme il fit à ma sœur, il préfère sans doute aller butiner une autre fleur avant d’avoir à révéler qu’à son contact, la sève de la plus fraîche fleurette retournerait abreuver les vers qui grouillent dans la terre.


        Je m’aperçois que l’adresse électronique que je donnais hier à d’éventuels lecteurs désireux de se plaindre ne fonctionne plus. On peut m’écrire ici.

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09/06/2005

Doublet de mon journal - mercredi 8 juin 2005

        J’ai décidé de mettre un peu d’ordre dans mes différentes pages Internet, trop nombreuses. Pour commencer, je fais le vide dans la partie jardin de mon site personnel. Il y avait trop de choses. Ce n’était plus un jardin, mais une friche. J’y replanterai peut-être plus tard, soit les mêmes fleurs, soit d’autres. En attendant, j’ai toujours mon blogue de pédé pour donner à lire mes minables petites rimes. Ensuite, ce journal est publié sur trop de pages à la fois. Je vais donc bientôt (à partir de juillet, je pense) cesser de l’éditer sur mon site personnel et 20six, et le poursuivre sur Hautetfort uniquement. Quant aux archives, je ne sais pas encore si je les laisserai à leur place ou si je les transfèrerai peu à peu dans le blogue Hautetfort. Si d’éventuels lecteurs ont des suggestions ou des raisons de se plaindre, qu’ils me les fassent savoir par le moyen qu’ils jugeront le plus approprié (commentaires, courriels).

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03/06/2005

Doublet de mon journal - jeudi 2 juin 2005

        Un homme devait exterminer aujourd’hui tous les cafards dont mon immeuble est infesté depuis quelque temps. Il avait tout à fait l’air d’un cafard lui-même, d’un gros cancrelat flottant le ventre en l’air dans une tasse de café. Il serait, à mon avis, bien plus efficace de gazer directement mes voisins, dont les mœurs, en effet plus que bizarres (comme le faisait hier remarquer S*** dans son blogue), ne sont sans doute pas étrangères à la prolifération de ces abjectes bestioles. Certains ont pour habitude d’entreposer pendant plusieurs jours leurs ordures dans l’entrée du bâtiment, au lieu de les descendre directement dans la rue. Les cafards, évidemment, pullulent autour. A propos de ces poubelles, je rentrais hier soir de chez ma mère. Arrivé devant la porte vitrée de mon immeuble, j’aperçois un homme qui, tout à coup, se penche et ramasse les poubelles du hall pour les descendre dans la rue. Il passe devant moi, continue son chemin. J’enrage ! J’exulte ! Ça y est, pensé-je, je tiens le coupable ! « Oh ! Monsieur ! Dites-moi ! C’est vous qui entreposez vos poubelles dans le hall de l’immeuble ? » Alors le type se retourne vers moi, l’air franchement coupable, et me répond que « non, monsieur, oh vraiment, quelle honte ! Vous avez vu ça ? Et on a beau mettre des affichettes pour informer les gens, ils les arrachent. – Je sais, c’est moi qui les colle, les affichettes. Mais faut pas descendre les poubelles des autres, comme ça. On pourrait croire que vous êtes le coupable… – Oui, mais faut bien que quelqu’un le fasse, de toute façon, etc., etc. » J’ai comme l’impression que ce type s’est bien foutu de ma gueule. Il avait indubitablement une tête de coupable (tête qui ne me revient pas du tout, d’ailleurs). Seulement, de quoi se sentait-il coupable ? D’être pris en flagrant délit d’incivilité, ou d’excès de civilité ? Quelle connerie, tout de même, de s’occuper des ordures d’un autre ! C’est aussi bête que d’aller nettoyer bénévolement les plages de Normandie, ou de ramasser dans la rue les déjections d’un chien qui n’est pas à soi ! Et puis il existe tout une race d’hommes qui se croient toujours fautifs, non parce qu’ils le sont réellement, mais parce qu’ils se sentent regardés de haut, se sachant naturellement inférieurs. Et ce voisin-là, je le voyais bien, ne se sentait pas mon égal, peut-être bien à juste titre, d’ailleurs. S’il est innocent, je regrette tout de même un peu de m’être amusé, pendant un temps, à découper discrètement lesdites poubelles avec un cutter, pour en faire se répandre le contenu sur le coupable, au moment où il se déciderait enfin à les descendre dans la rue. Mais il l’aura cherché, après tout. Et puis, ils doivent bien aimer un peu ça, tous ces bénévoles nettoyeurs de plages polluées, se rouler dans la fange !


        Cet après-midi, en ville, j’aperçois la mère de ce pustuleux sac d’os de Hieronymus. Elle est facile à reconnaître, dans la foule, sur le trottoir : c’est celle qui a l’air de tapiner. Pendant que les autres femmes font du lèche-vitrine, celle-ci suce en pensée leurs maris !

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01/06/2005

Doublet de mon journal - mercredi 1er juin 2005

        S*** me confie qu’il serait bien ennuyé de ne pas me revoir avant sa mort ! Je lui rappelle qu’il reste moins de quatre mois avant nos retrouvailles et (sans faire allusion à son âge, moins avancé qu’il ne le ressent) qu’il devrait tout de même pouvoir tenir jusque-là. Eh bien non, ce n’est même pas assuré ! Parce que non seulement on trouve dans son île paradisiaque des chiens sauvages, des requins, des murènes et des physalies qui, à tout moment, peuvent vous emporter un membre où la vie, mais encore, des aiguillettes, poissons d’une cinquantaine de centimètres de long, munis d’un long rostre coupant qui, lorsqu’ils sont poursuivis par un plus gros animal qu’eux, surgissent dangereusement hors de l’eau, pour s’échapper. Si l’on se trouve sur leur passage, comme S*** hier, on risque d’y passer ! Il paraît qu’une touriste américaine est morte ainsi, le cœur transpercé par ce poisson. Un pêcheur, également, a eu le cou traversé par une telle bête. Je suggère à S*** d’arrêter le canoë-kayak. Mais ce n’est pas possible, il en fait depuis quinze ans, il a besoin de sa promenade quotidienne sur la mer vineuse, qui doit d’ailleurs être bleu carte postale, dans ces barbares contrées.


        Mon ordinateur portable se met à faire de drôles de bruits, pas des bruits électroniques, mais mécaniques, très inquiétants. S’il doit me lâcher, je n’aurai pas les moyens d’en racheter avant longtemps, je pense.

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31/05/2005

Doublet de mon journal - lundi 30 mai 2005

        Ce soir : cinéma. Suis allé voir Last days. Quelques considérations désordonnées et peut-être bien contradictoires : Elephant proposait une mythologie de l’adolescence. Last days nous montre la jeunesse enlisée dans sa boue. Tout ce qu’il y avait de grâce et de légèreté dans les personnages de Elephant est devenu gravité, saleté, mollesse, crasse, lourdeur. Il faut que Blake soit mort pour qu’on le voie enfin s’alléger, grimper aux barreaux de la fenêtre et partir, j’imagine, dans le ciel. Le John de Elephant, en allant à la rencontre des différents personnages, qu’il reliait les uns aux autres, était en quelque sorte la lumineuse trame du film. Blake, son négatif (son nom évoque d’ailleurs le noir), ne se déplace qu’en apparence. Bien que marchant beaucoup, il est toujours manifestement muré à l’intérieur de lui. Ce sont les autres personnages qui viennent à sa rencontre. Non pour son salut, mais uniquement par intérêt. Ils tournent autour de lui comme des mouches  attirées par un gros bonheur tombé par terre. Comme John derrière la vitre de la cantine, Blake est là sans être là. On le voit se déplacer dans le même manoir que le reste des personnages, mais il évolue dans une autre dimension. Peut-être est-il déjà mort, devenu pur esprit, marmonnant incessamment, se parlant à lui-même, parfaitement étranger à son corps tellement lourd, et qu’il peut blesser sans souffrir, comme s’il avait cessé de l’habiter. Puisque son corps n’est plus sa maison, mais une prison, il veut s’enfuir. Il est normal que les morts cherchent à mourir, comme les vivants cherchent à vivre. Avec ses cheveux sales, Blake m’évoque un ange dont les ailes seraient prises dans une nappe de pétrole. C’est un John déchu, cherchant à se renvoler.

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30/05/2005

Doublet de mon journal - dimanche 29 mai 2005

        Dans un reportage de la chaîne Alegria, un banderillero explique que ce qui le fascinait, dès l’enfance, ce n’était pas le toro, comme on entend dire ordinairement, mais le torero, cet homme, dit-il, accueilli dans la ville comme un dieu vivant, puis qui disparaît, qu’on ne revoit plus, comme s’il était mort, jusqu’à l’année suivante. Cela m’évoque les dieux antiques de la végétation.

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26/05/2005

Doublet de mon journal - jeudi 26 mars 2005

        Heures vides au bord (ou dans) la piscine. Griffonne dans mon cahier quelques vers d’une élégie que je terminerai peut-être.

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25/05/2005

Doublet de mon journal - mardi 24 mai 2005

        Hier soir, apéritif chez Emmanuelle. Je crois bien l’avoir fort vexée en lui disant que je trouvais sa fille un peu grassouillette. Elle a réagi comme si je lui avais dit que je la trouvais grosse, ce qui n’est pas du tout le cas. Je rencontrais pour la première fois le nouvel actuel amoureux de ma sœur, qui nous a reçu chez lui simplement vêtu d’une serviette autour de la taille. Il est très beau, quoiqu’un peu bedonnant. Trop de bière. Mais des yeux magnifiques. Rien d’autre.

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19/05/2005

Doublet de mon journal - mercredi 18 mai 2005

        « Mais qui sait, peut-être accepteraient-ils [les homosexuels] plus volontiers de se marier avec des femmes, si celles-ci savaient rester à leur place de femme, c’est-à-dire avec d’autres femmes. » Je me demande si cette phrase n’est pas la plus idiote de toutes celles que j’ai pu écrire dans ce journal depuis qu’il est publié. Je me demande également si ma mère ne fréquente pas trop de lesbiennes, dont elle semble avoir pris certains réflexes. Cet après-midi, nous étions en voiture, dans un embouteillage. A un stop, sur ma droite, une autre voiture, désespérant d’avoir une occasion de tourner et poursuivre sa route dans la même direction que nous. La jolie conductrice essaie de m’attendrir avec de grands sourires. Et tout à coup, ma mère me dit : « Laisse-la passer, celle-là, elle est mignonne. »

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18/05/2005

Doublet de mon journal - mardi 17 mars 2005

        C’était la journée contre l’homophobie, journée mondiale, même, je crois. Il fallait bien que j’en parle un peu, étant doublement concerné, pour être homosexuel une ou deux fois par an, et homophobe le reste du temps, enfin, soyons honnête, surtout quand j’ai sous les yeux un texte à la syntaxe aussi douteuse que, par exemple, dans l’article (et les commentaires souverainement cons qui suivent) qu’on peut lire en ce moment sur la page d’accueil du site de pédés où j’ai mon autre blogue. D’un autre côté, il suffit que j’entende une remarque ne serait-ce qu’un peu réservée sur la lutte contre l’homophobie (comme il ne manquera sans doute pas de s’en faire sur Hautetfort, où les gens affectent de penser librement), pour que je me sente soudain un anti-homophobe primaire. C’est que je ne suis pas quelqu’un qui pense, moi. Je suis bien trop paresseux pour cela. Je ne sais que réagir, quand du moins j’en ai la force. Car contrairement à ceux qui prétendent parler haut et fort, je ne suis pas du tout un homme libre, mais entièrement soumis à mes épouvantables humeurs, qui sont très changeantes.


        Je comprends de moins en moins cette différence que l’on fait entre les homosexuels et les hétérosexuels. Les deux font à peu près la même chose, c’est à savoir : tremper leurs queues dans des trous. Et souvent dans les mêmes types de trous : ceux par où l’on parle, par exemple. Et même, quel hétéro (normalement constitué) n’a jamais eu la tentation d’enculer sa femelle ? De leur côté, les femmes ont sûrement à peu près les mêmes goûts en matière de plaisir, qu’elles soient homosexuelles ou hétérosexuelles. Finalement, la grande différence reste celle qu’il y a entre les hommes et les femmes.


        Certains voient dans les revendications (parfois inattendues, il est vrai) des homosexuels, un danger pour les fondements de la société. Des hommes homosexuels voudraient se marier entre eux, par exemple. Mais qui sait, peut-être accepteraient-ils plus volontiers de se marier avec des femmes, si celles-ci savaient rester à leur place de femme, c’est-à-dire avec d’autres femmes. A mon avis, la libéralisation des mœurs s’est trompée de voie en permettant aux deux sexes de se mêler autant. Il me semble beaucoup plus conforme à la nature de chacun de passer le plus clair de son temps avec des représentants de son propre sexe. Se retrouver avec sa femme, d’accord, mais dans la maison seulement, et aux heures prévues à cet effet (pour la procréation ou le plaisir, si plaisir il y a). Et laisser les femmes faire leurs petites affaires entre elles le reste du temps : être lesbiennes, si ça leur chante ; ou voir d’autres hommes, si c’est ce qu’elles préfèrent. Même chose pour les hommes de leur côté. Seulement, celles-ci veulent devenir pompiers, pendant que ceux-là donneraient (volontiers d’ailleurs) le biberon ! Hommes et femmes s’affairent, non pas à inverser les rôles, mais à tenir l’un et l’autre indifféremment. Seulement, s’il ne doit plus y avoir de différence entre un homme et une femme, pourquoi deux hommes ou deux femmes ne se marieraient-ils pas entre eux, après tout ?


        Une société idéale, à mes yeux, tiendrait pour assurée la différence fondamentale entre les deux sexes, qu’elle n’inciterait à vivre ensemble qu’autour du foyer, par le mariage, à l’intérieur de la maison, qu’il serait interdit de céder, parce que je n’ai jamais été si triste que lorsque ma mère a vendu la maison de ma défunte grand-mère (à la famille de cette fin de sale race de Hiéronymus, qui plus est !). A chaque maison seraient attachés un homme et une femme. En échange, chacun serait libre de faire ce qu’il voudrait hors de ladite maison (et donc aussi libre d’en sortir l’un que l’autre). A la naissance des enfants, la maison deviendrait propriété de ces derniers. En cas de divorce, les deux parents quitteraient la maison. Ou plutôt non, ils y resteraient attachés, avec la liberté d’acquérir chacun un autre logement. La garde des enfants serait aux deux parents, qui choisiraient soit de continuer de vivre tous les deux en même temps dans la maison (et avec la même liberté à l’extérieur de la maison que du temps de leur mariage), soit chacun à tour de rôle. Les enfants, eux, ne changeraient pas de domicile. Dans une telle société, hommes et femmes se marieraient entre eux quelles que seraient par ailleurs leurs préférences sexuelles. La famille serait renforcée et, dans le même temps, l’épanouissement personnel de chacun respecté. Evidemment cela n’est qu’une utopie.


        En attendant, il n’est que très hypothétiquement permis de baiser comme on veut, il y a encore bon nombre d’homophobes et, sans être pour cela des homophobes, pas mal aussi de personnes pour qui une journée mondiale contre l’homophobie est tout de même fort horripilante. Que ces derniers se rassurent. Cette journée-là n’est pas pire que la fête des mères ou du sida : il faut la passer, après quoi, on est tranquille pour le reste de l’année. A propos de sida, j’apprends que ce pesteux de Hiéronymus a viré sa pute de chez lui, sans lui avoir entre-temps refilé sa maladie (apparemment, c’est un cadeau qu’il n’a fait qu’à son très grand amour, le tout premier). Il s’est installé avec un copain à lui. Il n’y a que de cette façon qu’il peut être heureux : assis sur un canapé, avec un bon copain à côté, en train de jouer à des jeux vidéos, en sifflant des bières et fumant des pétards.

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16/05/2005

Doublet de mon journal - lundi 16 mai 2005

        Magie de l’Internet. Je disais récemment à S*** que je comptais profiter de notre prochain voyage en Allemagne pour acheter un livre qui n’est pas édité en France. Quelques jours plus tard, on sonne à ma porte : c’était ledit livre, que S*** avait commandé depuis sa lointaine île, et qu’on venait livrer chez moi. Je ne pus me départir d’un large sourire, tout le reste de la journée. Nous parlons régulièrement, lui et moi, de ce voyage que nous continuons d’organiser. Ainsi, peut-être allons-nous inverser l’itinéraire initialement prévu, pour pouvoir assister à une représentation de L’Opéra de quat’sous, qui se donnera dans la ville de Münster, mais à partir du 24 septembre 2005, c’est-à-dire en plein milieu de notre périple. Nous ne pourrons donc pas aller dans le sens Hambourg-Rostock-Berlin, etc., si du moins nous ne voulons pas faire marche arrière en cours de route, pour revenir vers Münster. Je tiens absolument à assister à ce spectacle. Dès qu’il a été question d’un voyage en Allemagne, j’ai pensé à ces deux choses : d’abord me rendre sur la tombe d’Anja, puis voir une représentation de L’Opéra de quat’sous, que les élèves du lycée Karl von Ossietzky travaillaient, la toute première année où je me rendis à Hambourg, et qui est un très beau souvenir. (Quel merveilleux lycée c’était, avec son petit théâtre et ses deux ou trois pianos à queue pour les leçons de musique.) Une bien grande chance qu’il doive se donner une représentation de cette œuvre pendant que nous serons en Allemagne ! C’est en parlant de cela que j’apprends que S***, qui aime se vanter d’avoir visité plus de cent pays, n’a jamais mis les pieds dans un théâtre ! Il a de ces sortes de lacunes. C’est d’ailleurs pour cette raison que je ne parvenais pas à me départir de mon petit sourire, quand je devais l’écouter pontifier (le mot lui plaît, je crois), pendant nos repas. Bien sûr, il faut toujours regarder avec le plus grand respect ceux qui ont vu plus de choses que soi, sauf s’ils en sont suffisants. Et de suffisance, S*** n’en manque pas, même s’il ne voudrait pas le reconnaître. Cela fait peut-être bien partie de son charme étrange, d’ailleurs : S*** est un grand aventurier dégingandé, marin d’eau gazeuse, pontifiant, suffisant, et soumis par un seul de mes regards. Il prétend connaître le monde et les hommes qui le peuplent. Mais qui les connaît mieux ? Celui qui les visite, dispersés dans l’espace ? Ou celui qui les regarde, concentrés sur la scène ?

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Doublet de mon journal - Dimanche 15 mai 2005

        Je n’avais plus d’ordinateur chez moi pendant une semaine (problème technique). Je l’ai récupéré hier. Aussi ne pouvais-je pas écrire dans mon journal. De toutes façons, je n’avais rien à dire. Cet après-midi, pendant ma distribution de prospectus, une espèce de vieille peau m’interpelle qui, probablement, s’ennuyait à un tel point (n’ayant plus même, j’imagine, vu son grand âge, de mari pour occasionnellement la mal baiser) que, pour se divertir un peu, il ne lui restait plus qu’à s’en prendre à la jeunesse qui lui passait sous le nez, c’est-à-dire moi. Je la vois qui m’observe. Je m’approche de la boîte à lettre de la maison voisine. Je sens que la vieille va parler : « Pas de prospectus dans cette boîte ! Celle qui habite là, la pauvre, est en maison de retraite. C’est moi qui m’occupe de sa boîte. Et c’est désagréable d’avoir à ramasser tous ces prospectus. – Si vous ne voulez pas de prospectus dans votre boîte à lettre ou dans celle de votre voisine, écrivez-le dessus ! Je ne peux pas le deviner ! – Et puis c’est agaçant de devoir relever les prospectus le dimanche. Mais on doit le faire, parce que sinon, le lundi, quand le facteur passe… –  Bon, ça ne se voit peut-être pas, là, mais je suis en train de travailler, et je n’ai pas le temps de faire la conversation aux vieilles peaux qui s’emmerdent le dimanche après-midi. Au revoir, Madame. – Au revoir, Monsieur. » Pour être tout à fait honnête, je ne l’ai pas envoyée se faire mettre dans ces termes, mais je n’en pensais pas moins. Evidemment, cette vieille conne était dans son bon droit. Mais c’était tellement évident, au ton de sa voix, qu’elle voulait seulement m’être désagréable. Ils sont plusieurs, comme elle, à guetter mon passage tous les dimanches. Ainsi, l’autre jour, un type presque fou furieux a surgi de derrière une porte et braillé : « Y en a ras le cul, des prospectus le dimanche ! – Ah ouais ? Et vous les préfèreriez quel jour ? » Mais je n’ai pas insisté, parce qu’il n’avait vraiment pas l’air commode. Les chiens sont plus aimables. Au moins, ils remuent la queue. Mais maintenant, je regrette un peu d’avoir répondu si sèchement à cette vieille dame. Après tout, quand j’aurai son âge, je serai sûrement comme elle, à ne plus savoir qu’inventer pour emmerder le monde. Il paraît d’ailleurs que je le suis déjà un peu, voire beaucoup, selon certains.

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05/05/2005

Doublet de mon journal - mercredi 4 mai 2005

        Je ne termine qu’aujourd’hui ma longue distribution de couleurs criardes et salissantes dans les rues de Morcenx, pour le plus grand plaisir des chiens de toutes races, si j’en juge par leurs hurlements extatiques, dentus et baveux. Il y a à l’entrée de cette ville, encore au milieu des pins, un petit lotissement de maisons circulaires, dont les jardins ne sont pas peuplés que de chiens, mais aussi, tantôt d’oies fort bruyantes, tantôt de poules ou de chèvres. Un chien est attaché à une chaîne, elle-même reliée à un long filin traversant le jardin, pour permettre à l’animal de se déplacer. Et un peu partout, de jeunes mâles au regards intenses et peu commodes, beaux comme des gitans. Des mais ont poussé çà et là dans la ville. Un mai est un pin décoré de guirlandes, de couronnes de fleurs et parfois de drapeaux de la France, avec une pancarte portant l’inscription : « Honneur à Untel », qu’une troupe d’amis va planter la nuit, au mois de mai, dans le jardin d’une personne qui vient de vivre un événement important (baccalauréat, cinquantième anniversaire, etc.). En échange, ladite personne doit offrir un grand repas aux facétieux. Il faut tout de même faire partie d’un certain milieu, de ce milieu qui fournit généralement le gros des festayres, pour espérer découvrir un jour un mai devant chez soi. Jamais un tel arbre n’a poussé dans les jardins des membres de ma famille, peu nombreuse et peu joyeuse. J’aperçois encore ma Diane à trois pattes, et ce soir, en rentrant à Mont-de-Marsan, deux autres biches bondissant vers les pins.

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01/05/2005

Doublet de mon journal - dimanche 1er mai 2005

        Piscine rouverte. Première baignade. La violente sensation de glace après la fournaise des rues de Morcenx achève de m’épuiser. Continuerai ma distribution de prospectus demain, et sans doute encore mardi, parce que je remplace quelqu’un de malade. Au lieu de mes 680 boîtes aux lettres habituelles, je dois en remplir 1680. Si j’y arrive.

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28/04/2005

Doublet de mon journal - mecredi 27 avril 2005

        Je passe à l’hôtel du Sablar, voir Laurence et Myriam, qui étaient à Mont-de-Marsan pour quelques jours. La chatte psychotique de Laurence, en voyant Pélagie, se transforme en un prédateur hirsute et menaçant. Il faut l’enfermer. Bientôt déjà, me rappelle-t-on, ce sera l’anniversaire de Myriam. Celle-ci compte bien recevoir encore un poème en cadeau. Je suis bien ennuyé, n’ayant rien prévu… Je pourrais bien écrire un distique, mais après l’épître du joli bègue, la satire de la grosse Céline et de son pygmée, ou le sonnet de nos deux noms, ce serait un peu court. A ce rythme-là, l’année prochaine, je ne pondrais plus qu’un monostiche ! Et l’année suivante ? Que faire ? Prendre tout le temps nécessaire à l’arrangement de quelque nouveauté, et l’envoyer en retard, comme la dernière fois ? Ne rien faire du tout ? Qu’il doit être doux de n’avoir pas d’amis.

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23/04/2005

Doublet de mon journal - vendredi 22 avril 2005

        Dernières nouvelles d’Armando (sur MSN) : le voici désormais diplômé. Il projette, avec deux amies à lui, d’ouvrir un café dans un local appartenant à sa grand-mère. Il doit tout de même emprunter une grosse somme d’argent, pour acheter le matériel nécessaire. Si l’argent lui est accordé, et si par la suite, l’affaire prospère, Armando pourrait acheter son propre restaurant, ce qui est son réel objectif. J’admire les hommes tels que lui. Où donc trouvent-ils l’énergie nécessaire à la réalisation de tout ce qu’ils entreprennent ? Armando me confie quelque chose qu’il n’avait pas osé me dire jusque-là. Un matin, pendant son séjour chez moi, comme j’étais encore en train de dormir et qu’il voulait me prévenir qu’il sortait faire un tour avec Pélagie, il entreprit de me réveiller un instant : d’abord en chuchotant, mais sans résultat. Puis en me bousculant, mais sans plus de succès. J’étais si profondément endormi que j’avais l’air d’un mort, dixit Armandino. Il alla même jusqu’à me soulever les paupières, sans que cela me fît réagir davantage. Même le fou rire qui s’ensuivit n’entra pas dans mes oreilles ! C’était le jour, le moment de vivre, et j’étais mort. J’ai toujours pensé que j’étais un suicidé vivant. Je n’ai pas beaucoup changé depuis le séjour d’Armando, même si je me suis mis à dormir la nuit et vivre le jour. Disons plutôt que je ne vis pas le jour, mais que je le hante. Pourquoi Armando n’avait-il pas osé me rapporter cette anecdote ? Parce qu’il pressentait que je serais très contrarié d’avoir été surpris dans une telle position, proche du ridicule ? Je ne sais. J’ai oublié de lui poser la question. Armando me parle encore d’une surprise qui m’attendrait, par l’intermédiaire de sa sœur, qui doit passer quelques jours en Italie… Je n’en sais pas plus.


        Depuis quelques jours, S*** a commencé de faire dans son blogue le récit de notre équipée de mars en Espagne. Après ma version des faits : la sienne. Inutile de dire qu’elle est très différente. J’invite mes lecteurs à lire ce récit en cours, dans lequel on me voit sous un autre jour. Ou plutôt, à travers un autre regard. Le regard de quelqu’un qui n’avait d’yeux que pour moi, ce qui explique sans doute (j’ose du moins l’espérer) que tant de déplaisants petits détails concernant ma fascinante personne aient été à ce point développés.

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21/04/2005

Doublet de mon journal - jeudi 21 avril 2005

Le ruisseau coule encor


Où quand parut le jour on retrouva son corps



        S*** parle déjà de revenir en Europe au mois de septembre. Il projette un voyage en Allemagne et me soumet un itinéraire : Hambourg, Berlin, Prague, Munich, Genève. Ce serait pour moi l’occasion d’aller sur la tombe d’Anja, dans son petit village de Dummerstorf, près de Rostock. C’est une promesse que je m’étais faite quand j’avais seize ou dix-sept ans : me rendre au moins une fois sur la tombe de mon amie Anja, que j’eus à peine le temps de connaître. Nous nous rencontrions tout juste que, déjà, je devais rentrer en France. Nous échangeâmes une abondante correspondance, qui cessa du jour au lendemain. Je n’appris que l’année suivante, revenu en Allemagne, qu’on l’avait retrouvée dans un ruisseau, assassinée. J’ai toujours la lettre de sa mère (dans laquelle tout m’était expliqué), remise d’abord à la famille qui me recevait chaque année à Hambourg, puis à moi. Du temps a passé. Je ne sais même pas si l’assassin d’Anja a été retrouvé. J’ai fini par perdre de vue la famille Remer, dont j’étais l’hôte. Et je ne suis encore jamais allé à Dummerstorf, qu’Anja avait promis de me montrer elle-même. Je tente une petite recherche à partir d’un quelconque moteur, et je retrouve la trace du père d’Anja, vétérinaire exerçant toujours au même endroit. C’est l’adresse à laquelle j’envoyais mes lettres. Anja avait une sœur jumelle. Si je la voyais, je saurais quel serait aujourd’hui le visage de mon amie. Mais je n’oserais jamais faire une telle rencontre, après si longtemps.

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18/04/2005

Doublet de mon journal - dimanche 17 avril 2005

        Cet après-midi, j’aperçois encore, dans un jardin de Morcenx, la biche que je disais l’autre jour. D’abord, je ne l’avais pas remarquée : bien qu’en plein milieu du jardin et quasi sous mes yeux, elle était dissimulée par sa parfaite immobilité. Et tout à coup, j’ai sursauté en m’apercevant que la verdure avait des yeux qui me fixaient : c’étaient les yeux de la biche. Un regard d’une intensité telle que je n’en ai jamais vue chez aucun homme. Paradoxalement, on aurait dit le regard courroucé de Diane chasseresse ! Ce n’est pas le bon gros toutou affalé sur l’herbe qui garde la propriété ; mais c’est cette biche. Aucun passant n’oserait entrer dans le jardin, de peur de lui déplaire. Quelle grâce ! Quelle beauté ! Et pourtant, je m’en suis rendu compte aujourd’hui, elle n’a que trois pattes.

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13/04/2005

Doublet de mon journal - mardi 12 avril 2005

        J’avais oublié de parler de cet ivrogne échoué, samedi, dans l’entrée de mon immeuble et baignant dans sa pisse. Je lui demande de partir, mais il ne réagit pas. Je crie plus fort : il me répond en portugais, je crois. Coup de téléphone à la police. Dix minutes plus tard, exit le poivrot, manu militari ! Et ce soir, onze heures, mon décérébré de voisin vient frapper à ma porte. Il me demande si je n’ai pas un bout de viande à lui donner, parce qu’il n’a toujours pas fait ses courses depuis vendredi. Il m’assure qu’il me le rendra ! Que pouvais-je faire ? Je lui ai donné sa bidoche (un mot qui fera sourire S***, s’il peut encore sourire), en lui précisant bien, grand seigneur, qu’il ne serait pas nécessaire de me rembourser. Mais j’aurais dû l’envoyer paître. Maintenant, il va se croire autorisé à me casser  régulièrement les oreilles avec sa grosse voix baveuse. Je referme la porte en me faisant cette remarque qu’il y a tout de même du bon dans l’eugénisme.

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12/04/2005

Doublet de mon journal - lundi 11 avril 2005

        Ordinateur réparé. Je tape mes dernières notes. Coup de téléphone de S***, tout piteux de sa méchanceté de l’autre jour. Il m’explique que c’est la tristesse qu’il éprouvait à devoir me quitter qui le rendait si bête et méchant. Je lui conseille, pour se réchauffer le cœur, de penser à de prochaines retrouvailles. Et puis, qui sait, il sera peut-être très déçu, la prochaine fois : s’il me trouve (comme il arrive parfois) trop différent du souvenir qu’il aura gardé de moi… Cela aussi, je le lui dis. Mais ça ne semble pas vraiment le réconforter.

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Doublet de mon journal - vendredi 8 avril 2005

        Retour à Mont-de-Marsan. Dernier repas avec S*** qui, pour l’occasion, se fait tout à fait odieux. D’habitude, c’est moi qui tiens ce rôle ! Du coup, je ne trouvais pas mes répliques, je ne savais plus quoi dire. J’aurais dû le laisser bouffer seul !

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Doublet de mon journal - jeudi 7 avril 2005


        Journée à La Rochelle. Aquarium. Du bleu plein les yeux : partout, il y avait de beaux poissons et de jolis garçons à regarder. S*** me parle encore des murènes, nombreuses dans son pays. Un sien ami a eu le talon arraché par une de ces sales bêtes. Surgissant de l’eau, elles vont jusqu’à grimper sur les rochers, attirées par le sang des poissons que le pêcheur est en train de vider. Non, jamais je n’irai sur son île : entre les requins, les murènes, les physalies, les autochtones et les chiens redevenus sauvages, je ne survivrais pas.


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Doublet de mon journal - mercredi 6 avril 2005


        Frôlons la mort sur l’autoroute entre Bordeaux et La Rochelle : un camion se déporte soudain sur notre voie, pendant que nous le doublons. Au dernier moment (à une toute petite dizaine de centimètres de ma personne), le chauffard nous aperçoit et nous évite. J’avais beau crier à S*** que ce camion allait nous rentrer dedans, cet imbécile se contentait d’accélérer, dans l’espoir de dépasser le poids lourd avant la collision. Il n’a pas même donné un coup de klaxon, pour signaler notre présence. Il m’explique ensuite qu’il ne klaxonne jamais (encore un de ses principes à la con !) ; que d’ailleurs, il ne sait même pas où le klaxon se trouve, sur notre voiture (la même qu’en Espagne, qu’il a louée à son arrivée en Europe). Pourtant, ça peut sauver une vie, un coup de klaxon ! Je le lui dis. Mais il n’en démord pas : il n’y avait rien d’autre à faire, d’autant que nous étions dans notre bon droit.  Ai-je bien entendu ? Je suis atterré ! Ce vieux débris se laisserait tuer, et moi avec lui, parce qu’il est dans son bon droit ! Mais qu’est-ce donc que je fais avec lui ? Nous ne sommes pas de la même génération, pas du même milieu, pas même du même monde : dans son île, on ne roule jamais à plus de vingt kilomètres à l’heure ! Les klaxons ne servent à rien. Heureusement, ma chambre d’hôtel, ce soir, est pleine de charme (Art-Déco), avec un grand balcon et la mer. Cela calme un peu ma colère.


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Doublet de mon journal - mardi 5 avril 2005

        Déjeuner à Eugénie-les-bains, chez Guérard. Arrivons trop tard pour le grand restaurant. Mais le petit (cuisine du terroir) est tout de même très bon. S*** veut retourner sur l’île de Ré. Comme nous partons tard et qu’il n’aime pas conduire la nuit : étape à Bordeaux. Je téléphone à Laurence et Myriam, dans l’espoir de passer la soirée avec elles, mais, là encore, je m’y prends trop tard : nous ne nous rencontrons donc pas.

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Doublet de mon journal - lundi 4 avril 2005


        S***, avant de rentrer dans sa Polynésie d’adoption, passe encore une fois par Mont-de-Marsan, des cadeaux plein les poches : un Satiricon coquinement illustré et, surtout, une édition de Catulle, Tibulle et Properce datée de 1558, à Venise. Presque cinq cents ans. Ce sera pour longtemps la plus belle pièce de ma minuscule collection de livres anciens. Cet objet me rapproche de Catulle, César et Cicéron de près d’un quart du temps qu’il y a entre eux et moi. Il est peut-être en meilleur état que certains vieux livres de poches lus et relus.


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Doublet de mon journal - dimanche 3 avril 2005


        Menus problèmes avec mon ordinateur portable. En attendant qu’il soit réparé, je dois écrire sur papier, ce que je ne fais plus jamais, sauf pour mes vers, que je continue de fabriquer à la main, pendant longtemps sur des feuilles volantes, et depuis quelques mois dans de petits cahiers. Je taperai ces lignes plus tard (assez vite, j’espère). Passe la journée à Morcenx, à distribuer des prospectus. Croise une ancienne élève, sans d’abord la reconnaître. Dans un jardin, j’aperçois une biche, manifestement apprivoisée, puisque le chien de garde tout près d’elle ne l’effrayait pas. Sur le chemin du retour : pluie, arc-en-ciel.

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02/04/2005

Doublet de mon journal - samedi 2 avril 2005

        Quelle ironie ! Le pape est mort en pleine fête du sida ! Ce fut un moribond, entendait-on depuis deux ou trois jours à la télévision, des plus conscients et sereins. La même télévision m’expliquait dernièrement que les cardinaux pouvaient élire comme pape un simple prêtre et même quelqu’un qui ne l’est pas (est-ce vraiment vrai ?). Certains voudraient d’un pape noir. Pourquoi ne pas élire, articulo mortis, quelque jeune catholique sidaïque africain. On pourrait aussi filmer son agonie, mais de plus près, et de face. Evidemment, ce moribond-là ne serait sans doute pas si conscient ni serein que son prédécesseur. Mais les gros plans de son cadavre à peine encore animé, avec le blanc des yeux bien au fond du visage, sur toutes les télévisions de France, seraient peut-être plus efficaces, dans la lutte contre le sida, que les joyeuses pleurnicheries de cette blonde décolorée de Line Renaud. Mais comment donc faisaient les papes pour mourir, quand la télévision n’existait pas ? Ils mouraient sûrement du premier coup, au premier arrêt du cœur, veux-je dire, pas au second. Ils mouraient sûrement seuls, comme tout le monde, comme sans doute aussi Jean-Paul II, d’ailleurs, puisqu’il paraît qu’on meurt toujours seul, même si toute la chrétienté est au courant de son agonie.

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31/03/2005

Doublet de mon journal - mardi 29 mars 2005

        Il n’est pas toujours désagréable d’être dévisagé : surtout si c’est par un joli petit minois, comme ce soir, et qu’il est bien accompagné. Plus encore si on lui fait tourner les yeux, et qu’on surprend encore son reflet dans le miroir, qui nous fixe. Mais les miroirs ne parlent pas.

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28/03/2005

Doublet de mon journal - dimanche 27 mars 2005

        Aujourd’hui, je chemine toute la journée dans les rues de Morcenx, sous la petite pluie, dans les éclaircies et le vent. Certaines personnes que je croise trouvent curieux qu’on travaille un dimanche. Mais il est bien plus commode de faire cette sorte de travail dans des rues désertées par un dieu qui, de toutes les façons, n’est pas le mien. « Qui ne sait être pauvre est né pour l’esclavage. » Quand je pense qu’il y a des hommes pour travailler huit heures (et plus), mais tous les jours ! C’est probablement qu’ils ne savent pas être pauvres. Une femme qui fait le même travail que moi me racontait qu’initialement, elle cherchait une salle de sport, pour se maintenir en bonne forme. Au lieu de quoi, elle avait trouvé cette autre forme de sport : payé (et non payant) pour être pratiqué. C’est uniquement parce que je me répète qu’il est mon sport hebdomadaire que ce travail m’est supportable. Et puis il n’est pas désagréable de marcher des heures durant, en ne pensant à rien. Cela me vide tout à fait la tête, que je n’ai d’ailleurs pas très pleine ordinairement. « Une pauvreté libre est un trésor si doux ! », dit encore Chénier. Bien sûr, le poète ne parle pas exactement des mêmes esclavage et liberté qu’aujourd’hui. Ce qu’aujourd’hui j’ai de plus libre, c’est mon temps. J’en fais absolument tout ce que je veux, ce qui épate fort mon petit coiffeur, que je ne peux plus voir autant qu’autrefois, précisément, lui expliqué-je, parce que je sais être (relativement) pauvre. Lui travaille toute la journée, et bien plus de huit heures ! Il vient de casser son poste de télévision. Il voudrait le remplacer par écran plasma : 2000 € ! Cela ne nous empêche pas de rire ensemble.

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24/03/2005

Doublet de mon journal - mercredi 23 mars 2005

        J’avais oublié le bonheur que ce peut être de vivre en plein jour, je veux dire : sous le chaleureux regard du soleil, que je sais être pourtant depuis belle lurette le seul qui me soit vraiment supportable, avec celui des bêtes et le mien. Pourquoi donc, jusqu’alors, vivais-je la nuit ? Demain, j’irai promener ma chienne et ma mère sur la plage de mon enfance.

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Doublet de mon journal - mardi 22 mars 2005

        J’écoute enfin l’émission de radio à laquelle était invité Juan Asensio. Je m’attendais à entendre une voix robuste et rocailleuse, une voix d’homme des cavernes, ou du moins d’homme des tavernes, de pilier de bar, connu lui aussi pour sa philosophie chaude et bruyante. Une voix de Basque, avec de l’ail et du piment dedans. Au lieu de quoi je découvre une aimable petite voix de jeune homme fort policé. Ce n’est pas que je sois déçu (loin de là : c’est une belle voix). Mais surpris, tout de même. On comprend que le garçon ait besoin parfois de lester sa phrase de tant de caillasses pour se faire entendre, pour que les coups portent.

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22/03/2005

Doublet de mon journal - dimanche 20 mars 2005

        Je passe la journée à distribuer des prospectus. Désormais, je sais que l’enfer existe. Il se trouve à 36 kilomètres de Mont-de-Marsan, dans la petite ville de Morcenx. Et je dois y retourner demain, parce que je n’ai pas eu le temps de finir aujourd’hui mon travail. J’espère qu’il n’en sera pas toujours ainsi. Coup de soleil. Je continue de vivre au rythme adopté avec S***. Lever le matin, coucher le soir. Je n’ai toujours pas eu le temps de mettre à jour ce journal sur mon site personnel depuis mon retour de Bretagne, ni mes blogues depuis mon retour d’Espagne. Pour ce qui est de ces derniers, j’avais tenté de le faire, lundi chez ma mère, à partir de sa vieille machine, mais sans y parvenir. J’ai l’impression de ne plus avoir une minute à moi. Il doit me falloir du temps pour retrouver mes marques, surtout en me levant le matin, si tant est que cela dure. Je tombe de sommeil. Il est dix heures, je vais me coucher. (Dix heures du soir !)

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Doublet de mon journal - vendredi 18 mars 2005

        Mont-de-Marsan. Dernier dîner avec S***. Il le voulait intime, mais nous tombons, dans le restaurant, sur Emilie et son amoureuse. La soirée n’en est pas moins agréable : au contraire, cela m’épargne les inévitables effusions, au moment des adieux.

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Doublet de mon journal - jeudi 17 mars 2005

        Ce matin, de Saint-Malo nous partons pour le Mont-Saint-Michel. Dans l’abbaye, j’aperçois un moine qui s’incline devant la croix. C’est un peu comme s’il était dans un autre espace-temps. Brouhaha des touristes (dont je suis, après tout). Je me dis confusément que ce moine tolère le bruit de la foule, mais que la foule ne respecte pas son silence : d’ailleurs, elle ne le voit pas, puisqu’elle n’est pas dans le même espace-temps. Elle ne sait pas qu’il ne fait pas de bruit, qu’il est silencieux. Je me rends compte que le silence n’est pas nécessairement l’absence de bruit : ce peut être, dans le bruit, quelqu’un qui n’en fait pas, quelqu’un qui se tait. Retour vers Mont-de-Marsan. Dormons à La Rochelle.


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Doublet de mon journal - mercredi 16 mars 2005

        Saint-Malo. S*** me fait une petite dépression nerveuse. Pas une crise de nerf, non. Il est bien trop lymphatique pour cela. Une petite dépression. Plus un mot ne sort de sa bouche. Il est très abattu. J’ai dû être par trop odieux aujourd’hui. Aussi odieux qu’il a été aimable, comme il est toujours d’ailleurs. Il m’a même offert tout un tas de livres qui me plaisaient, cet après-midi, tandis que nous étions dans le village de Bécherel, connu pour ses nombreuses librairies. Du coup, ce soir, pendant le dîner, j’essaie d’être aimable. De dire des gentillesses. Mais il me dit qu’il me préfère encore odieux. On voit bien, prétend-il, que mes gentillesses ne sont pas sincères. Il m’avoue qu’il est inquiet. Il redoute un peu de lire ce que j’ai pu écrire sur lui dans ce journal. J’ai beau l’assurer que je n’ai rien dit de bien méchant, il me répète qu’il sautera tout le passage consacré à notre petite escapade sur les routes de France et de Navarre ; de France et d’Espagne, veux-je dire. C’est sous le ciel de Saint-Malo que repose Chateaubriand. Et quel ciel !


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Doublet de mon journal - mardi 15 mars 2005

        Saint-Martin-de-Ré. C’est sur l’île de Ré, à treize ou quatorze ans, que j’écrivis mes premiers vers. J’étais en train de faire du vélo, et de si belle humeur que j’avais envie de chanter. Mais comme je ne connaissais pas de chanson par cœur : j’en inventai une. C’était de petits quatrains de vers de trois. Au fond, chaque quatrain était un grossier alexandrin, mais rimant à l’intérieur. Je me rappelle encore que je m’entichai sur cette île d’un garçon tout blond qui devait avoir deux ans de plus que moi. Il se promenait seul à vélo. Il portait des bermudas. J’étais fasciné par ses genoux recouverts de fils d’or. J’avais très envie de sympathiser avec lui, mais n’osais pas. C’était il y a bien longtemps. Et je m’aperçois ce soir que depuis cette époque, j’ai fait bien peu de choses. Je n’ai pas tant aimé que cela. Je n’ai pas fait l’amour (disons-le en ces termes) autant que j’aurais pu. Je n’ai à peu près rien écrit. Je n’ai jamais travaillé. Je pourrais presque dire que je n’ai jamais vécu. Et je n’ai pas pensé à photographier le minibar.



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Doublet de mon journal - lundi 14 mars 2005

        Mont-de-Marsan. Je dors chez ma mère, pour profiter le plus possible de Pélagie avant de repartir demain : pour la Bretagne. Prochaine mise à jour de ce journal : ce week-end.

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Doublet de mon journal - dimanche 13 mars 2005



        Nous dormons à Biarritz. Je vais un peu mieux qu’hier. Je fais venir un médecin à l’hôtel. Il me rassure. Je m’étais cru à l’article de la mort, mais il n’en était rien. Demain, retour à Mont-de-Marsan. Après-demain, départ pour la Bretagne. S*** veut que je voie le Mont-Saint-Michel. Je le soupçonne de romantisme.

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Doublet de mon journal - samedi 12 mars 2005



        TOLEDE. Nous revenons vers la France. La ville semble magnifique. Malheureusement, je tombe malade et n’en vois quasi rien. Nous aurions dû y consacrer bien plus de temps. Cet après-midi, en traversant la Mancha, nous apercevons des géants dans le lointain, sans doute prêts à en découdre avec quelque anachronique chevalier errant.


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Doublet de mon journal - vendredi 11 mars 2005



« Moins catholique, plus arabe »




        Premier anniversaire de l’attentat de Madrid. Les drapeaux sont en berne. Nous visitons l’Alcazar, la cathédrale (dans laquelle se trouve le tombeau de Christophe Colomb) et montons dans la Giralda, ancien minaret, reconverti en clocher, du haut duquel on voit toute la ville, dont la Maestranza, arènes de Séville. Certaines pièces du trésor de la cathédrale sont sous cellophane, comme la viande des supermarchés.



Tombeau de Christophe Colomb



Arènes vues depuis la Giralda



Trésor sous cellophane




Minaret devenu clocher


        Ce soir, avant le dîner, je descends à l’accueil déposer une lettre pour Laurence et Myriam. Je la laisse à un garçon beau comme en France. Il me parle dans la langue de Molière (qui est aussi celle de Jean-Marie Bigard, il est vrai). Il n’y a pas l’ombre d’un accent dans son joli petit filet de voix, une voix qui me semble si limpide, si pure, que je pourrais la boire à même son grand sourire, si cela était permis. En voilà un que j’enculerais volontiers, s’il me le demandait. Et Dieu sait que je n’aime pas ça ! On dirait un Felix Krull, mais brun et beaucoup plus candide. Bref, on ne dirait pas du tout Felix Krull. C’est plutôt moi qui ressemble à Thomas Mann, je veux dire dans la façon que j’ai de regarder les jeunes hommes (je regarde beaucoup mais ne touche guère et encule encore moins…). La ressemblance s’arrête là. D’ailleurs, je suis loin d’être aussi digne et vieux que le grand homme !


        Pendant que, cette nuit, nous nous promenons sur les bords du Guadalquivir, nous entendons (sans les voir) des fanfares répéter les marches qu’elles auront à jouer pendant la Semaine Sainte.


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Doublet de mon journal - jeudi 10 mars 2005



        SALAMANQUE-Cáceres-Mérida-SEVILLE. Apercevons plusieurs Taureaux Osborne sur la route. Nous laissons la voiture à l’aéroport et prenons un taxi jusqu’à notre hôtel, la Taberna del alabardero. Il reste une chambre et une petite suite. S*** me laisse la suite, afin que, me dit-il, n’ayant pas l’habitude des voyages, j’en profite davantage. Il me semble que le minibar est encore plus rempli qu’à Salamanque.



        Rectification : S*** n’est peut-être pas si empoté que cela. Seulement maintenant, il en demande trop. Il aimerait bien que je l’encule ! (Il n’y pas d’autre mot. On n’entend pas, dans sodomie, tout ce qu’il y a de dégoûtant dans un tel acte. Enculade est bien plus parlant.) Hélas, j’ai en grande horreur tout ce qu’implique cet horrible verbe d’enculer, qu’il soit conjugué à l’actif ou au passif.



« Espagne moins castillane, plus andalouse »


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Doublet de mon journal - mercredi 9 mars 2005

        C’est décidé, nous ne rentrerons que lundi. Si bien que nous pousserons demain jusqu’à Séville, parce que S*** veut me montrer une Espagne moins castillane, plus andalouse, moins catholique et plus arabe ! Je retranscris telle quelle sa formulation, qui, quelle que soit sa justesse, pourrait bien paraître, à cause de l’amalgame (qui n’est plus permis que dans les préparations culinaires) qu’elle semble faire entre race (mot honni) et religion, très politiquement incorrecte à des lecteurs français et, qui sait, peut-être même à des Espagnols, si jamais la bêtise est aussi avancée chez eux que dans mon pays.


        Cet après-midi, dans les rues de Salamanque, nous croisons un garde civil. S*** m’explique d’où vient le curieux chapeau de son uniforme. Cela remonte au temps de Napoléon, qui rencontra une grande résistance en Espagne. Pour le ridiculiser, les gardes civils arborent une caricature du couvre-chef du petit caporal. Nous passons un court moment dans un cybercafé. S*** en profite pour lire le dernier doublet de ce journal publié sur Internet. Je me relis par-dessus son épaule et découvre avec horreur cette faute de syntaxe : « Il n’est que de se rappeler de (sic) sa propre enfance ». Je ne pourrai pas me corriger avant lundi.


        Dans la soirée, S*** me parle du Chili. Il y a dans ce pays tout un tas de petits métiers qui n’existent pas en France. Par exemple, les parquimetros sont des jeunes gens miséreux, dont le travail consiste à trouver une place de parking au conducteur lambda. S’il n’y en a pas, ce dernier peut laisser ses clefs de voitures au parquimetro, lequel se chargera de ranger le véhicule sur la première place qui se libèrera. Tout cela est fondé sur une confiance réciproque. Le parquimetro n’a aucun intérêt à voler la voiture : il faut au contraire que les conducteurs puissent toujours lui faire confiance pour que son métier perdure. Dans les supermarchés, des enfants, après l’école, endossent l’uniforme du magasin et deviennent ainsi de modernes portefaix : ils accompagnent les personnes qui le désirent dans les rayons, rangent les produits achetés dans le caddy, les déposent sur le tapi roulant de la caisse, les emballent, accompagnent jusqu’au véhicule et déposent le tout dans le coffre de la voiture. Si le client est particulièrement paresseux, il peut laisser la liste de ses courses au gamin, qui les fait à sa place. Ces métiers n’existent pas en France. Il serait d’ailleurs impossible de les y introduire : les habituelles bonnes âmes y verraient probablement quelque chose d’archaïque et de dégradant pour l’homme. En France, les hommes étant plus égaux qu’ailleurs, certains métiers, certains services, n’ont plus lieu d’être : ils évoquent trop la servitude. Le Français doit se salir les mains lui-même : déjà les pompistes ne servent plus l’essence. Ils l’a font seulement payer. Mais en Espagne, ils n’en sont pas encore là (au Chili non plus, j’imagine) : chez eux, dans les restaurants, il me semble que les serveurs sont encore serviables, contrairement à ceux de France, qui font souvent bien sentir qu’ils font une faveur en servant le client.

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Doublet de mon journal - mardi 8 mars 2005



        Nous quittons Burgos, passons par Valladolid et nous arrêtons à Salamanque (encore une étape avant Compostelle : coquilles Saint-Jacques), dans un hôtel Parador, aussi confortable que le précédent, mais où les minibars sont nettement mieux garnis.




De grands oiseaux blancs aux ailes bordées de noir volent majestueusement dans le ciel de la ville. Ce sont des cigognes. Elles se posent sur les clochers des églises. On les entend faire de drôles de bruits avec leurs becs. S*** me dit que c’est leur façon de parader devant leurs belles.




Dans une des cathédrales, la nueva, un homme prie. Tout à côté, un touriste japonais, qui ne s’est pas même découvert la tête, prend des photos (alors que c’est interdit.) J’en ressens un grand malaise. Pourtant je ne crois ni à Dieu ni à Diable. Je finis par me dire que je ne suis pas à ma place dans cet endroit, puisque je ne suis pas venu pour prier.



Vue depuis l'hôtel


        Il était prévu que nous soyons revenus à Mont-de-Marsan  vendredi, samedi matin au plus tard. Finalement, je crois que je vais annuler mon cours de samedi après-midi, ne pas participer dimanche au déménagement des deux copines lesbiennes de ma mère (où l’on avait besoin, paraît-il, de mes quelques rares forces). Ainsi, nous n’aurons plus à être rentrés que pour lundi midi au plus tard, car je dois tout de même me rendre à quatorze heures à un rendez-vous relativement important (un entretien d’embauche, pour un petit boulot consistant à distribuer journaux et prospectus). Après quoi, S*** veut que nous partions pour la Bretagne, jusqu’au samedi suivant. Je veux bien, seulement la pensée que je risque de ne voir Pélagie qu’une journée entre l’Espagne et la Bretagne me peine un peu. Je crois que je ferais mieux de ne pas la voir du tout, pour ne pas lui causer de fausse joie, si tant est que ces bêtes aient assez de conscience et de mémoire pour éprouver de ces joies amères. Du coup, je téléphone ce soir à ma mère, pour lui demander des nouvelles de la bête, qui se porte très bien. C’est à elle que j’ai pensé hier, plus qu’à la défunte Coccymèle, en voyant ce petit chien de marbre au pied du gisant de Burgos. Je m’imaginais mort, avec Pélagie contre moi, qui, me croyant endormi, attendait mon impossible réveil. C’est quelque chose de tout à fait irrationnel et dont j’ai presque honte : elle n’est qu’une bête, mais elle me manque.


        Quel empoté que ce S*** ! J’essaie bien de lui tendre des perches, mais il n’y a rien à faire, je crois que je lui fais peur. Ce soir, dans sa chambre, je bois un peu, je commence à me rouler sur son canapé, à faire la chatte en chaleur : rien. Je lui demande s’il n’a pas de cartes à jouer dans ses bagages, pour que nous fassions un strip-poker, mais non, il n’en a pas. Par contre, il imagine bien certains autres jeux. Ah ! Quand même ! On y vient ! Je lui réponds qu’il peut jouer à ce qu’il veut avec moi, du moment que nul objet ni partie de son corps ne soient introduits dans le mien par le passage qu’il n’est pas décent de nommer. Très ébranlé, S*** me demande alors s’il m’arrive d’être romantique… Non, cela ne m’arrive jamais, sauf peut-être parfois à l’écrit. J’ai bien peur que S*** ne soit de ces personnes qui ne veulent que faire l’amour et jamais baiser. Bizarrement, ces gens-là ne savent pas qu’entre les deux, il y a le plus simple et amical faire plaisir. Tant pis pour eux. Tant pis pour lui. Rien ne se passe donc.

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Doublet de mon journal - lundi 7 mars 2005


        Du coup, nous passons cette deuxième journée à Burgos. La ville est sur la route de Compostelle, comme l’attestent partout des coquillages, et ce pèlerin au pied de la cathédrale, que nous avons visitée, avec ses genoux déchirés, sans doute parce qu’il a cheminé dessus, par pénitence. Il s’est assis sur un banc, et j’imagine que c’est la fatigue qui l’a statufié.



A l’intérieur de la cathédrale, dans la chapelle de los Condestables, au pied d’une gisante (une certaine Doña Mencia de Mendoza y Figueroa), il y a un tout petit chien de marbre, qui semble endormi, voire aussi mort que sa maîtresse. Cela m’a bêtement bouleversé : beaucoup plus que de savoir que se trouvaient non loin de là les restes del Cid Campeador (y su esposa Doña Jimena).



Je voulais acheter une édition en espagnol du Quichotte. Finalement, S*** m’offre un gros et coûteux livre, avec des illustrations de Dalí : pour que je conserve un souvenir physique de lui… Je ne sais trop si c’est une grande chance que ce petit voyage en Espagne, ou si au contraire, le fait qu’il se fasse grâce à la générosité de S*** est d’une grande indécence. Qui doit remercier l’autre ? Moi, qui n’ai rien à payer ? Oui lui, parce que je daigne le suivre ?


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Doublet de mon journal - dimanche 6 mars 2005



        Départ ce matin à dix heures. Je n’ai quasi pas fermé l’œil de la nuit. Nous avions prévu d’aller jusqu’à Salamanque, mais à cause de l’abondante neige de la chaîne cantabrique, qui nous a beaucoup retardés, nous faisons finalement halte à Burgos (en Castille et Léon, après avoir donc traversé le Pays Basque et la Cantabrie). C’est dans la cathédrale de cette ville que les restes du Cid on été définitivement transférés, en 1921.




Il fait très froid. Notre hôtel, le Palacio de los blasones, est plus que confortable. J’ai une chambre pour moi, avec un grand lit, une salle de bain spacieuse, et même un petit salon, bref, ce qu’on appelle une suite, un petit appartement (peut-être bien plus grand que le mien) sans cuisine, mais avec un minibar, qui me sera d’un grand secours, si je ne trouve pas le sommeil. Un mélange de whisky et de ces merveilleux cachets dont j’avais un jour parlé dans ce journal, très efficaces pour soigner le rhume, devrait venir à bout d’une éventuelle insomnie. Puisque que je suis en Espagne, j’ai prévu comme lecture le Don Quichotte… Ce n’est sans doute pas très original, mais il se trouve que je n’avais jamais lu ce livre. S*** non plus d’ailleurs ! J’ai l’impression qu’il n’est pas si amoureux de moi qu’il le prétend. Ou alors, son amour est réellement platonique, comme du reste il me l’avait dit dès le départ. Mais il y a encore trop de nique dans cet adjectif ! Disons que son amour est franchement plat, du moins, de mon point de vue. Si cela se trouve, il bout intérieurement de ne pas pouvoir me toucher ! Si tel est le cas, quel admirable comédien !




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06/03/2005

Doublet de mon journal - mercredi 5 mars 2005

        Finalement, je ne pars que demain pour l’Espagne. Hier, j’ai passé l’après-midi à la plage avec S***. Pendant une demi-heure, Pélagie court sur le sable et, entre deux grands bonds de joie, renifle partout. Puis, tout le reste du temps, elle semble effrayée, ne s’éloigne plus de moi, comme si elle craignait que je la perde. C’est tout de même très contrariant d’avoir un chien si peureux, même s’il ne sert ni à la chasse ni à la garde. Mais qu’elle était jolie, avec ses poils soulevés par le vent ! Le soir, au dîner, S*** me fait une aimable conversation. Il me parle en particulier du Chili, de Santiago, où des enfants livrés à eux-mêmes se regroupent en meutes sans foi ni loi : ils tuent pour des broutilles. C’est le seul moyen qu’ils ont, selon S***, de se faire respecter, tant il est vrai qu’il n’est pas naturel de respecter un enfant. Mais « se faire respecter », c’est une façon de parler, bien sûr. Ils ne se font que craindre. Oderint dum metuant disait le tyran Caligula. Ces enfants du Chili, à force d’être craints, se font, non respecter, mais haïr, comme ceux du Brésil, que des policiers constitués en escadrons de la mort n’avaient d’autre choix que d’abattre comme des chiens errants en surnombre. Vu d’ici, cela paraît inadmissible, mais vu des quartiers qui avaient à souffrir de ces bêtes sauvages, c’était, semble-t-il, un réel soulagement. Quant à moi, je ne suis pas si horrifié que cela par le sort qu’on faisait à ces malheureux, pour cette simple raison que je n’aime pas les enfants. J’aime l’idée qu’on s’en fait, j’aime leur belle image, dans les livres ou au cinéma. Mais les vrais enfants, je les abhorre. D’abord à cause de leur sale odeur, et surtout parce qu’ils ont un mauvais fond. Quelle sottise de voir en eux l’incarnation de la pureté ! Il n’est que de se rappeler sa propre enfance pour se convaincre que l’enfant ne vaut rien, et qu’il tire ses plus grands plaisirs du mal qu’il peut faire à son plus faible prochain. J’ai très souvent souffert, enfant, de la violence de mes petits semblables, et quelquefois aussi, de mes petits semblables (à commencer par ma sœur) ont eu beaucoup à souffrir de moi. L’enfant ne sait que recevoir, recevoir des cadeaux à Noël, recevoir de très mauvaise grâce une éducation qu’il méprise, recevoir les coups des autres enfants, les gifles de ses parents et maîtres impatientés, ou, plus rarement, comme on le rapporte souvent à la télévision ces temps-ci, recevoir dans un de ses orifices, le membrum virile de quelque pervers sexuel (et en effet, quelle abominable perversion que de trouver de la beauté à ces hideuses créatures !). Et que donne l’enfant en échange de tout ce qu’il reçoit, sinon des tracas et déceptions ? Mais j’exagère : certains se rapprochent tout de même parfois de la pure idée qu’on se fait d’eux, et pas seulement les enfants morts. Néanmoins, cela reste fort rare.


        Aujourd’hui, j’ai préparé ma valise. Puis j’ai conduit Pélagie chez ma mère. Cela me déchire le cœur de l’abandonner pendant une semaine. J’ai longtemps hésité à faire ce voyage à cause d’elle. Je l’aurais bien emmenée, mais comme elle n’est pas encore vaccinée contre la rage… Ce soir, je fais lire à S*** mon tout dernier distique, inspiré pour la première fois d’un événement vécu avec lui. Horreur ! Je l’entends escamoter mes alexandrins ! Mais je ne dis rien. A quoi bon ? Si même un homme cultivé ne sait pas lire un alexandrin, c’est qu’il n’y a plus rien à espérer. Mon blogue ne sera pas mis à jour avant vendredi, voire plus tard, car il me faudra peut-être du temps pour me remettre de mon équipée hors de Mont-de-Marsan, et même pire : hors de France !

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04/03/2005

Doublet de mon journal - jeudi 3 mars 2005

        J’avais oublié de parler de ce type, hier, qui me soutenait qu’un caniche « au pitbull, y lui rétame la gueule sans problème ! ». Je veux bien le croire, mais je pense qu’il parlait des grands caniches, pas de Pélagie, qui ne finit même pas tous les jours sa gamelle. Ce soir, dîner avec S***. Demain, nous irons à la plage, non pour nous baigner, bien sûr, mais pour faire courir la bête. Si je n’avais pas de chien, je n’aurais rien eu à dire aujourd’hui. Ah ! Si ! Cela, tout de même : j’ai appris cet après-midi que je ne compterais plus les deux Brésiliennes (la mère et la fille) parmi mes élèves : elles retournent chez elles pour un bon bout de temps, à cause d’un deuil dans la famille, si j’ai bien compris. Toute la journée, cette phrase idiote me trottait dans la tête : « Les étrangers, on leur donne ça, et ils repartent avec au pays ! ».

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03/03/2005

Doublet de mon journal - mercredi 2 mars 2005

        Soirée (hors de chez moi) pleine de gens (amis ou parfaits inconnus). Pélagie attire tout particulièrement ces derniers : ils sourient, posent leurs mains sur le pelage de la bête, et entament la conversation. Je laisse généralement mes amis la poursuivre à ma place. Demain, arrivée de S***. Samedi, vraisemblablement, départ pour l’Espagne, uniquement parce qu’on m’invite et que je ne paierai rien. Du coup, pendant une semaine, je n’aurai pas à dépenser ce que d’ordinaire. Rien à dire de plus.

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24/02/2005

Doublet de mon journal - mercredi 23 février 2005

        Hier, à la réunion des copropriétaires, on me dit, entre autres choses, que celui qui habitait avant moi dans mon appartement était un vieil ivrogne qui faisait peur à tout le monde. Les gens sont ravis qu’il ait quitté l’immeuble. (Si ça se trouve, il est mort !) Et j’apprends que mon jeune de voisin, le fumeur de shit et probablement consommateur de bien d’autres choses encore, est assez ramolli du bulbe pour avoir été placé sous tutelle. Aujourd’hui, je lis que le Basque exalté, comme disent plaisamment les gens du palindrome, ce fort robuste chêne, s’élague de toutes ses branches inutiles et que, comme le renard lorsqu’il est pris dans un piège, il renonce à ses membres (tout un tas de petits champignons qui venaient proliférer dans/à son ombre) pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire, dans le cas du renard, sa vie. Mais on sait qu’il en faut bien davantage pour abattre un Basque (lequel a généralement plus d’un tour dans son sac ; et ne dit-on pas « courir comme un Basque » ?). Aussi ne doit-on probablement pas s’inquiéter outre mesure. Et ce soir, ma mère, que j’avais à dîner, tout à coup, me demande, le plus sérieusement du monde : « Comment est-ce qu’elle t’appelle, Pélagie ? Papa ou Olivier ? » Que répondre à cela ? Pendant un instant, ma mère semblait vraiment croire que les chiens pouvaient parler. Jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive, à ma façon de la regarder, de l’énormité de sa question. C’est dans ces moments-là que je me dis qu’elle n’a décidément pas toute sa tête.  

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20/02/2005

Doublet de mon journal - samedi 19 février 2005

        C’était une journée épouvantable, ne serait-ce que parce que, devant me lever à l’heure où je me couche habituellement, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit : ma journée a donc commencé hier dans l’après-midi. D’où l’utilité du mot nycthémère, cher à Népomucène : c’était un nycthémère épouvantable ! J’avais des cours toute la journée, et plus encore que d’habitude, parce qu’une élève qui avait dû annuler sa leçon mercredi est venue s’ajouter à tous ceux d’aujourd’hui.


        Vers dix heures du matin, j’entends comme de l’agitation dans le hall d’entrée de mon immeuble et, surtout, je reconnais la voix caractéristiquement ralentie, voire simplette, de ce débile léger de voisin dont je parlais l’autre jour (29.XII.04), celui qui était venu me saluer, vêtu seulement, en bas, d’un slip kangourou. J’avais à lui parler. Je descends donc dans le hall, où je le trouve en train de baratiner la factrice qui venait de lui ouvrir la porte d’entrée, bien à contre cœur, pour lui permettre de recueillir son courrier. Elle n’était pas bien sûre qu’il fût réellement un habitant des lieux. Car il se trouve que ce garçon occupe l’un des deux appartements dont les portes sont situées à l’extérieur du hall. Mais c’est à l’intérieur de celui-ci que se trouvent les boites aux lettres. Seulement, il ne possède pas de clef pour y accéder, ce qui l’oblige tous les jours à sonner à l’interphone d’un habitant de l’intérieur, pour être ouvert. Ce que je trouve exaspérant, surtout si c’est à  mon interphone qu’il lui prend de sonner. Je lui demande s’il est propriétaire ou locataire. Locataire, évidemment. Pourquoi n’a-t-il pas de clef pour accéder au hall d’entrée et à sa boîte aux lettres ? Il ne sait pas. Veut-il que j’en parle à la réunion des copropriétaires, qui a lieu mardi prochain ? Oui, il veut bien. « Oui, vous comprenez, je suis un jeune, mais je veux pas créer de problèmes, moi, et c’est vrai que je dérange tout le monde, en ayant pas de clef. Mais autrement, je fais attention, je fais pas de bruit. Sauf pour ma pendaison de crémaillère mais c’était juste parce que c’était la pendaison de crémaillère… – Oui, bon ça va, je ne vous reproche pas de faire du bruit, de toute façon. Bien, je tâcherai d’en parler à la prochaine réunion. Au revoir. »


        « Je suis un jeune », me dit-il. Et en effet, après plus ample observation (ce que m’a permis notre petite conversation), je constate que ce garçon n’est manifestement pas un débile congénital, mais bel et bien un jeune, même s’il peut bien avoir mon âge. Mais on sait qu’être un jeune, ce n’est pas nécessairement être jeune, puisque ce n’est justement pas une question d’âge. Ce jeune-là fait partie des fumeurs de la merde dans laquelle ils peuvent parfois se complaire, ainsi que semble l’indiquer la répugnante écume qui s’accumule aux commissures de ses lèvres, comme il arrivait souvent à la bouche de ce bâtard de Hieronymus, qui fumait beaucoup, lui aussi, lorsqu’il ne buvait pas, c’est-à-dire entre chaque cannette. S’il fumait tant, c’était pour calmer ses douleurs d’hémophile, prétendait-il, ce qui était peut-être la pure vérité, mais tout de même, pour le coup, cela devait bien l’arranger, d’être un infirme. Comme mon voisin, Hieronymus était un jeune, et par la force des choses, puisqu’il avait brûlé bien trop de neurones pour pouvoir jamais passer pour un être doué de toute sa raison. J’étais souvent frappé, au détour d’une phrase, par la parfaite inexpression de son regard de veau, lorsqu’il n’avait pas compris un mot, une plaisanterie, une réflexion vaguement abstraite. Cette inexpression m’évoquait immanquablement une espèce de faille spatio-temporelle, dans laquelle son esprit aurait été momentanément précipité, pendant que son corps serait resté là, devant nous, sans personne à l’intérieur, jusqu’à que la conversation reprît, et qu’il revînt parmi nous, comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé, comme si le moment qui l’avait vu ne pas comprendre une phrase ne s’était pas produit. Bref ! Je parlerai de cette clef à la prochaine réunion des co-propriétaires.


        Vers dix-sept heures, épuisé, je m’allonge et sombre aussitôt. Tout à coup, égaré, suffoqué, je reviens à moi. Dans le noir complet, je ne sais plus où ni quand je suis. Quelque chose m’écrase la gorge. C’est Pélagie qui dort la tête posée dessus. Sous moi, je reconnais mon lit. Je suis dans ma chambre. Je croyais que je m’étais endormi dans le salon. Il est vingt heures. Trois heures de néant.


        Je constate que Dominique Autié a créé sur sa page un lien menant à mon blogue De profundis. C’est assez rare pour être signalé. D’habitude, on oriente plutôt vers ce blogue encore sans titre… Et c’est d’autant plus aimable à lui que sur le blogue en question, on voit une photo de moi avec Coccymèle, ma feue chienne, espèce dont je crois savoir qu’il a horreur.


        A l’instant, coup de téléphone de Julie, qui m’appelle d’un bar, où elle a retrouvé Emilie, la lesbienne rentrée du Portugal dont je parlais dernièrement (15.II.05). Trop fatigué : je n’y vais pas. De toute façon, je déteste les imprévus.

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19/02/2005

Doublet de mon journal - vendredi 18 février 2005

        Mais il n’est peut-être pas inutile de noter ici que, à ce que j’en sais (mais je suis peut-être passé à côté), Pline n’a jamais écrit ce Nulla dies sine linea, que je disais hier, mais, plus exactement, comme on pourra vérifier sur le site Perseus (Naturalis Historia, 35,36) : Apelli fuit alioqui perpetua consuetudo numquam tam occupatum diem agendi, ut non lineam ducendo exerceret artem, quod ab eo in proverbium venit. Et selon cette note de la traduction anglaise, dans le même site, Erasme nous donnerait ledit proverbe, mais sous cette forme : Nulla dies abeat, quin linea ducta supersit. D’où vient le plus simple Nulla dies sine linea, qui donnait hier au sieur Lorenzo l’occasion d’un amusant commentaire ? Peut-être n’existe-t-il que dans les pages roses de nos dictionnaires… Passant par ici, un plus savant que moi pourra m’éclairer. Nulla nox abeat, quin linea ducta supersit, cela ferait un bon titre pour ce blogue, une exhortation adaptée à ma nocturne façon de vivre. Ni plus pompeux ni plus déplacé que le De profundis intitulant mon blogue de pédé.

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18/02/2005

Doublet de mon journal - jeudi 17 février 2005

Nulla dies sine linea



        Je termine à l’instant une lettre destinée à Myriam. Je colle sur la feuille de papier une vignette qui nous avait été l’occasion d’un rire, la dernière fois que nous nous sommes vus. Laurence et elle venaient de m’offrir un petit carnet moleskine pour mon anniversaire (avec donc plus de trois mois de retard !), lequel carnet était accompagné de petites vignettes autocollantes, sur lesquelles étaient inscrites les citations facilement consommables de divers auteurs et artistes. Naïf, j’avais demandé : « Mais pourquoi ces auteurs ? » Et Laurence avait répondu : « Parce qu’ils se sont tous servis de carnets en moleskine. » Je regarde alors plus attentivement les citations, en trouve une en latin, et m’exclame alors : « Ah bon ? Même Pline, il utilisait des carnets en moleskine ? ». Et nous avions ri. C’est cette vignette que je colle dans la lettre de Myriam. (J’ignore pourquoi, mais celles-ci semblaient la fasciner… Elle regrettait de n’avoir pas les mêmes.) Or je relis à l’instant la citation, qui me donne soudain mauvaise conscience. J’écris donc ces quelques lignes dans mon journal.


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16/02/2005

Doublet de mon journal - mardi 15 février 2005

        Juan Asensio nous apprend que son second livre, La littérature à contre-nuit, est paru. On peut se le procurer sur le site de la Fnac et bientôt sur celui d’Amazon. Ou en s’adressant directement à l’éditeur. Pour l’instant, je lui fais cette publicité, ne pouvant pas moi-même me procurer ledit livre, ayant tout juste de quoi m’acheter des nourritures pour le corps. Depuis que j’achète ce que je mange avec mon propre argent, j’ai remarqué certaines choses tout à fait extraordinaires : par exemple, que trois ou quatre filets de poulet, vendus découpés sous cellophane, coûtent autant sinon plus qu’un poulet entier (sans doute à cause du conditionnement). J’achète donc désormais le poulet entier, que je découpe aussitôt, puis congèle, chez ma mère, parce que le compartiment du haut de mon minuscule réfrigérateur est trop petit. J’ai définitivement abandonné les pâtes. A présent, je mange du riz. Cela me dérange beaucoup moins d’en avaler tous les jours. Je tiens cela de mon père, qui le tient de sa mère, qui est chinoise (elle est née à Canton). J’ai déjà dû écrire, dans ce journal, que ma grand-mère préparait toujours deux fois le repas, à cause de mon grand-père qui, lui, ne supportait plus d’avaler le moindre grain de riz, estimant qu’il en avait mangé pour deux ou trois vies entières pendant la guerre d’Indochine, où il rencontra ma grand-mère. Quant à elle, même lorsqu’il lui arrivait de préparer un couscous, elle le faisait sans semoule, mais, et cela est véridique : avec du riz ! Je me suis définitivement mis à la cuisine chinoise. J’ai d’ailleurs acheté un nouveau wok, pour chez moi. Je désosse les morceaux de poulet susmentionnés, puis je découpe encore cette viande en tout petits bouts. Avec les os et la carcasse, je fais du bouillon, qui sert beaucoup dans cette cuisine-là. Lorsqu’une salade est un peu flétrie, je la plonge deux minutes dans de l’eau bouillante, l’égoutte et la mange avec de la sauce d’huître mélangée à un peu d’huile de sésame : c’est délicieux. Même sans ce condiment, d’ailleurs. Je mange aussi beaucoup de porc, de poitrine de porc surtout, parce que ce n’est pas cher. Du bœuf haché, mélangé à des œufs battus, de la ciboule et divers autres ingrédients. Des champignons. Des carottes. Des tomates. Etc. Parfois, du bœuf à la sauce d’huître. Une fois cuit, dans le réfrigérateur, le riz se déshydrate. Je le réchauffe à la vapeur, dans un petit panier en bambou que je me suis acheté. L’odeur qui s’exhale de ce panier est à elle seule un délice. Julie me dit qu’elle a croisé l’autre jour Emilie. Laurence et Myriam m’avaient déjà annoncé son retour. Elle revient, après trois ans, du Portugal, avec une amoureuse anglaise. Il est question d’un dîner…

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13/02/2005

Doublet de mon journal - samedi 12 février 2005

        Hier soir, concert du chanteur Arno. Nous n’étions pas trop mal placés : troisième rang, bien au milieu, juste en face de l’artiste. Il ne manque pas d’élégance, tout négligé qu’il affecte d’être, avec sa veste étroite, trouée aux coudes et son beau jonc noir au poignet. Belle prestance, même si certains de ses gestes tiennent plus du chimpanzé que de l’homme. Hélas, quatre ou cinq chansons avant la fin, des gens surgis de nulle part sont venus s’agglutiner entre la scène et le premier rang, pour danser, fumer et boire, comme s’ils avaient été dans un bar, et non dans un théâtre. J’étais scandalisé. Je n’arrivais plus à écouter le chanteur, dont la voix, pourtant, porte loin : mon esprit était parasité par la pensée que toutes ces cendres tombaient sur la moquette, et qu’on y écrasait des mégots sans vergogne. Il y avait même une gouine obèse qui fumait le cigare, entre ses goulées de whisky ! Evidemment, ce n’était pas du Mozart qu’on avait à écouter ; l’ambiance créée sur scène était d’ailleurs précisément celle d’un bouge enfumé. Mais tout de même, on était dans un théâtre, non dans un bar à putes ! A la fin, ceux du premier rang, qui avaient après tout payé leurs places plus cher que tous ces malappris, ne pouvaient plus voir ce qui se passait sur scène ! Quelqu’un a bien tenté de rappeler ces gens à l’ordre, mais paradoxalement, c’est lui qui est passé pour un fauteur de troubles !


        Plusieurs fois, Arno a employé l’amusante expression de mother fucker. Bizarrement, à la deuxième occurrence, l’idée m’a traversé l’esprit d’écrire trois fausses chansons : une fausse chanson française, une fausse chanson à texte (y a-t-il une différence ?), et un faux rap. Myriam et Laurence, que je ne savais pas à Mont-de-Marsan, étaient également du concert. Ma joie de les voir fut très grande. Et réciproquement. A la fin du spectacle, nous allons boire un coup dans le bar le plus proche. Parlons de tout et de rien.


        Je les revoyais cet après-midi, chez moi. Je leur lis un passage de mon faux rap, que j’ai commencé cette nuit. J’ignore si je le terminerai jamais, tant le sujet en est idiot. Il faut imaginer un jeune rappeur, qui ne comprend pas pourquoi il ne plaît pas au filles. Dans le courant de sa chanson, il entreprend de montrer à son public comment il s’adresse à elles (et l’on comprend alors pourquoi il ne leur plaît pas !). En voici un couplet :


 


Io Pénélope


Salope


Mon antilope


Galope


Jusqu’à mon clope


Io chope


Mon périscope


Le top


Des télescopes


Et hop


Comme à Saint-Trop


Non-stop


Dans l’escalope


Non-stop


Jusqu’à syncope


Etc.


 


Bref, de la pure poésie ! Du moins, mon petit public de lesbiennes averties apprécia et rit beaucoup. Ce soir, je dînais avec Julie chez des amies à elles. Cela parla de rêves, de cauchemars, puis écouta des enregistrements de génériques de séries télévisées pour enfants des années quatre-vingts. Le tout, très arrosé, comme il se doit. C’était donc pour moi une fin de semaine très chargée. Je n’en puis plus.

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10/02/2005

Doublet de mon journal - jeudi 10 février 2005

        Rien à dire. Depuis quelques jours, je mène une vie de chien, je veux dire : une vie de caniche : je mange, je dors, et entre les deux, je joue avec l’autre chien de la maison. Je lis également, mais pas autant que me le permettrait tout ce temps libre. Demain, j’accompagne ma mère à un concert, auquel elle ne voulait pas se rendre seule. Je ne vais jamais à ce genre de spectacle, où il y a toujours trop de gens à mon goût (c’est-à-dire plus de trois de personnes), trop de mouvement, trop de bruit, etc. Mais comme nous serons assis à des places numérotées, j’en déduis qu’il y aura un semblant d’ordre et que la promiscuité ne sera pas si terrible (une personne par siège, selon toute vraisemblance…). Je prends donc sur moi. D’ailleurs, j’y gagne, puisque non seulement je ne paye rien, mais cela me rapportera même un dîner gratuit, gracieusement offert par ma mère.  

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04/02/2005

Doublet de mon journal - jeudi 3 février 2005

        Quand sa sœur est esthéticienne et qu’on a dans la bourse, comme moi, une araignée tissant sa toile, lorsqu’on demande s’il est possible d’avoir gratuitement une crème hydratante pour les mains, parce qu’on les a bien desséchées depuis qu’on est contraint non seulement de faire soi-même la cuisine, mais aussi la vaisselle, n’étant pas équipé des machines adéquates : on ne reçoit pas alors que ledit onguent, mais encore : un masque aromatique purifiant pour toutes les peaux ; une crème gommante et absorbante qui élimine grise mine et impuretés, révèle une peau nette et fraîche et un teint clair et uni ; un gel pour le visage, hautement hydratant et revitalisant ; et une crème défatigant en un éclair le contour des yeux, qu’elle rafraîchit, défroisse et illumine. Le tout dans des marques de luxe et sans se séparer du plus petit cent. Evidemment, un lecteur mal averti pourrait bien me prendre pour ce qu’il est désormais convenu d’appeler un métrosexuel. Qu’il se rassure. Il n’en est rien. Moi, je suis de la plus ancienne race des pédés. Me couvrir de telles crèmes n’est pas moins ridicule certes, mais, antiquitus usitatum, peut être tout de même considéré comme largement permis, depuis le temps !


        Un certain Guillaume me demande comment je puis justifier ce que j’écrivais hier. Aussitôt, mon gentil chevalier servant accourt, pour me défendre. Ce dernier pense que ce qui m’est reproché par le commentateur, c’est d’accorder plus d’importance à mon animal de compagnie qu’à mon prochain… D’abord, je ne crois pas avoir dit rien de tel hier ; ensuite, je ne suis pas tout à fait sûr que c’est bien là ce qui m’était reproché par ce Guillaume, qui n’était pas très explicite : aussi bien était-ce tout autre chose qu’on me demandait de justifier, si du moins la question n’était pas qu’une plaisanterie, fondée sur le double sens d’un mot. Mais si mon chevalier servant l’a compris ainsi, d’autres pourraient sans doute en faire autant. Je retrouve dans mon journal de septembre 2003 ces quelques lignes, que je recopie ici, en guise d’éclaircissement :


 


        Montaigne, dans le premier livre de ses Essais, rapporte cette anecdote (chapitre II, « De la tristesse ») : « Le conte dit, que Psammenitus, Roy d’Egypte, ayant esté deffait et pris par Cambisez, Roy de Perse, voyant passer devant luy sa fille prisonniere habillée en servante, qu’on envoyoit puiser de l’eau, tous ses amis pleurans et lamentans autour de luy, se tint coy sans mot dire, les yeux fichez en terre ; et voyant encore tantost qu’on menoit son fils à la mort, se maintint en ceste mesme contenance ; mais qu’ayant apperçeu un de ses domestiques conduit entre les captifs, il se mist à battre sa teste et mener un deuil extreme. »


        J’ai moi aussi entendu rapporter de semblables anecdotes, dont celle-ci, qu’un homme de l’entourage de ma mère, ayant été deux fois terriblement frappé par le sort, qui lui avait arraché successivement sa femme et sa fille, ne s’effondra de chagrin que quelques mois plus tard, lorsque son chien vint à mourir. Cela ne signifie pas que l’homme tenait plus à son chien qu’à sa famille. Montaigne achève ainsi son anecdote : « Cambises, s’enquerant  à Psammenitus, pourquoy ne s’estant esmeu au malheur de son fils et de sa fille, il portoit  si impatiemment celuy d’un de ses amis : ‘‘C’est, respondit-il, que ce seul dernier desplaisir se peut signifier par larmes, les deux premiers surpassans de bien loin tout moyen de se pouvoir exprimer.’’ »


        Si je trouve parfois ridicules les hommes qui laissent trop voir l’affection qu’ils ont pour leurs bêtes, je trouve plus ridicules encore ceux qui les accusent d’aimer la bête plus que l’homme. C’est bien mal connaître l’homme que de porter de telles accusations. Il est plus facile de reconnaître les sentiments qu’on a pour une bête que ceux qu’on a pour un homme. Il est également plus facile de les montrer à la première qu’au second. Voilà tout. Souvent, quand ma mère vient de me tenir de ces odieux propos dont elle a le secret, je mets un grand coup de pied dans le cul de Sappho, sa chienne préférée, et cela me fait autant de bien que s’il s’était agi du cul de sa maîtresse. Souvent aussi, j’évoque avec beaucoup d’angoisse le jour où ma pauvre petite Coccymèle mourra. Sans doute la pensée de morts plus graves m’est-elle trop insupportable pour me venir aussi fréquemment à l’esprit.

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03/02/2005

Doublet de mon journal - mercredi 2 février 2005

        Un an aujourd’hui que Coccymèle est morte et, dans un mois, que Pélagie est entrée dans ma vie. Curieusement, je ne me souviens pas de la date de la mort de ma grand-mère maternelle… Pourtant, il y avait de quoi être impressionné. C’était un matin. Je devais me rendre chez elle, comme tous les jours, pour préparer au calme mes examens. Je révisais alors les Epîtres d’Horace. Mais ce jour-là, sans doute parce que j’étais sorti tard la veille, j’avais fait la grasse matinée. Pendant que je dormais, ma grand-mère était morte dans son jardin. Elle avait perdu l’équilibre sur les marches d’un escalier, et s’était ouvert la tête. Il faut dire qu’elle était à l’époque fort malade et qu’elle ne tenait plus très bien sur ses jambes. Elle aurait d’ailleurs dû être hospitalisée le lendemain. Un voisin trouva son corps dans la matinée et nous fit prévenir. Une ou deux bonnes heures durent s’écouler entre temps. Je puis l’affirmer, parce que ma grand-mère venait juste de relever son courrier quand elle mourut (comme l’indiquaient les lettres et le journal autour d’elle) et que c’était son premier geste de la journée. Qui sait ce qui s’est passé pendant ces heures où nul encore ne la savait morte ? Nous sommes allés jusqu’à sérieusement nous demander si personne n’était entré dans la maison, pour y voler les bijoux de la morte, que nous n’avons jamais retrouvé. Etaient-ils trop bien cachés ? Peut-être un jour est-ce la mère de Hieronymus, à qui appartient désormais la maison de ma grand-mère, qui les retrouvera, par hasard. Si je n’avais pas été si paresseux, c’est sans doute moi qui aurais découvert le corps. Mais ce ne fut pas le cas, et je fus bien moins ébranlé par cette mort que par celle de ma chienne Coccymèle, que j’ai littéralement sentie s’éteindre entre mes bras, parce que j’étais en train de la tenir contre moi, avec une main sur son cœur, lequel s’est arrêté d’un coup, en faisant bondir le mien contre ma poitrine, de désarroi.

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29/01/2005

Doublet de mon journal - vendredi 28 janvier 2005

        Ce soir, dîner dans un restaurant avec ma mère et ma sœur. Julie me dit qu’elle aimerait bien récupérer le piano, une fois qu’elle sera installée dans son appartement. Je crois pouvoir dire que je ne joue désormais plus vraiment de cet instrument, même s’il m’arrive encore de me pencher un peu sur le clavier. Mais depuis toujours, ce piano était mon territoire. La pensée qu’il doive bientôt changer de main m’attriste légèrement. Encore une manifestation du temps qui passe, sans jamais s’arrêter et sans qu’on s’en rende vraiment compte… Non, sur le moment, on ne le sent pas passer. C’est seulement plus tard, bien après, qu’on s’aperçoit que du temps est passé. Ce soir, je m’aperçois donc, alors que je l’avais presque oublié, que c’est sans doute assis à ce piano que j’ai connu parmi les plus beaux moments de ma vie. Adolescent, en plein été, la nuit, je m’asseyais dans le salon, dans le noir le plus complet. Les fenêtres étaient ouvertes sur le jardin et je jouais mes nocturnes préférés de Chopin. Les bestioles, dehors, m’accompagnaient. J’étais plus heureux alors que lorsque, plus tard, toujours la nuit, j’écrivais (et je le fais encore) mes mauvais petits vers. Pourtant, ce sont ces vers qui m’ont détourné de la musique.

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28/01/2005

Doublet de mon journal - jeudi 27 janvier 2005

        En ce moment, je n’ai rien à dire, si ce n’est qu’il fait froid. Ah ! Si, cela, tout de même : de plus en plus de mes lecteurs (puisque j’en ai bel et bien quelques-uns), qui jusqu’alors se contentaient de correspondre avec moi, veulent à présent me rencontrer ! Alors que je déteste toute forme de nouveauté, toute nouvelle tête. Alors que, déjà en temps normal, j’ai le plus grand mal à ne pas être trop distant avec les êtres connus, et que d’ailleurs, dans la rue, je fais souvent comme si je ne les reconnaissais pas (quand il ne se trouve pas, bien sûr, que je ne les reconnais réellement pas) ! Mais le comble, c’est que ces gens qui veulent me rencontrer prétendent me connaître assez bien, notamment grâce à mon journal, pour estimer être tout à fait le genre de personnalité que j’aimerais découvrir ! Mais si vraiment ils me connaissaient autant qu’ils le prétendent, ils ne me proposeraient jamais de telles choses. Il faut sans doute avoir l’esprit un peu tordu pour vouloir me rencontrer, surtout après avoir lu le portrait que je fais de moi dans ce journal… Il y en a même un qui se dit amoureux… Uniquement à cause de ce que j’écris ! Hélas, le plus souvent, je ne sais pas dire non. Même à ceux qui vendent leurs misérables marchandises au porte à porte (comme par exemple mon importun chômeur de l’autre jour), je ne peux le dire qu’en me faisant une grande violence, et toujours un peu dans la peur d’être malmené pour mon refus. Bref, ne sachant pas dire ce non qui me sauverait, j’écris ici ce que j’ai sur le cœur, à tout hasard, on ne sait jamais : je serai peut-être entendu. J’aimerais bien que les plus fous de mes quelques lecteurs comprennent que la seule rencontre qui puisse me faire vraiment plaisir, c’est celle d’un chiot, une femelle de préférence, ou alors d’un Adonis (quand je pense qu’il y en a même un qui croit que je n’accorde pas d’importance à la beauté physique !). Par Adonis, je veux dire : non seulement un jeune mâle d’une grande beauté mais qui, surtout, comme le dieu, disparaisse régulièrement sous la terre, parce que je tiens à ma liberté, et que j’ai besoin de passer de très longs moments sans personne dans les pattes, si ce n’est ma chienne Pélagie, bien sûr, mais on ne peut pas appeler cela une personne…

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21/01/2005

Doublet de mon journal - vendredi 21 janvier 2005

        Je rencontrais ce soir l’effrayant père de ma nouvelle élève : il n’est pas du tout espagnol (ni effrayant d’ailleurs) mais brésilien… Sa fille semble être très vive d’esprit. Elle rentre du Brésil et commence donc l’année scolaire ce mois-ci. Pour une obscure raison (mais qui en dit tout de même assez long sur le peu d’empressement que met l’école à instruire les enfants), elle ne peut pas faire partie d’une classe où l’on enseigne le latin : elle compte donc sur moi pour le lui apprendre. Je commence demain matin, à neuf heures ! Autant dire à l’heure à laquelle je me couche ordinairement. J’ai un autre cours à treize heures ; un troisième à quinze ; peut-être un autre à dix-sept : demain est une grosse journée, la grosse journée de ma semaine !


        Je constate que de zone de détente qu’il était jusqu’alors, mon blogue est devenu, avec d’autres, zone de plaisir dans le classement de Juan Asensio. Passer de la détente au plaisir : je considère cela comme une promotion. Je suis aussi dans les liens de Jugurta, depuis peu.

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Doublet de mon journal - jeudi 20 janvier 2005

        Il m’arrive parfois de chatter avec un psy. Je lui raconte mon rêve d’hier. En fait, il n’y était pas du tout question de Hieronymus, mais de bête castration, de père et d’argent : je dois bientôt avoir une nouvelle élève. J’ai parlé déjà deux fois au téléphone avec son père : de sa grosse voix pas commode, avec un fort accent espagnol, celui-ci a réussi à me faire baisser mes tarifs ! J’en suis fort contrarié. Un père effrayant, de l’argent, ce n’était que cela. Moi qui pensais que cette pauvre ombre de Hieronymus venait hanter mes rêves ! Mais non, mes rêves, au contraire, montrent que je suis tout à fait sain d’esprit, juste ce qu’il faut de névrosé, comme tout le monde. Ce n’est que consciemment que j’en ai après cette méchante bête ! D’ailleurs, je me force de plus en plus. Heureusement que Hieronymus fait un bon sujet pour mes petits sonnets, sinon, je serais bien capable de le chasser de mon esprit. D’ailleurs, ma haine est usurpée. C’est à ma sœur qu’elle appartient, même si elle n’en fait pas usage.

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20/01/2005

Doublet de mon journal - Mercredi 19 janvier 2005

        Récemment, j’ai fait ce cauchemar : C’est la nuit, mais la lumière est allumée. Je suis en train de dormir, dans la chambre que j’avais l’habitude d’occuper dans la maison de ma défunte grand-mère. Soudain, on me réveille très violemment. Des hommes s’emparent de moi et me couchent sur le ventre. J’ai à peine le temps de comprendre qu’ils m’ont allongé sur la planche d’une guillotine : aussitôt, le couperet tombe, m’assomme et me tranche la tête. Mais je ne saigne pas. On recoud alors ma tête à mon cou. Je retrouve l’usage de la parole. Comme les hommes veulent de nouveau me guillotiner, je leur dis qu’ils ne peuvent pas me tuer, puisque je suis déjà mort. Mais c’est du bluff et j’ai très peur.


        Si j’avais à interpréter ce rêve, je dirais qu’il est sans doute lié à cette misérable terre promise aux asticots de Hieronymus, puisque la scène se déroule entièrement chez ma grand-mère, dont la maison fut rachetée, peu après sa mort, par sa mère à lui. (Et ma tête tranchée et la tête de veau de mon dernier sonnet ne sont sans doute pas sans rapport.) Je me souviens d’ailleurs que je trouvais bien cruel, quand nous fréquentions encore cette sale engeance que sont les Z*** et que, par exemple, nous allions dîner chez eux, d’avoir à constater jusqu’à quel point ils avaient enlaidi l’endroit de mes plus beaux souvenirs d’enfance. Encore parfois, il m’arrive de passer devant chez eux. Il ne doit plus y avoir une seule fleur dans le jardin. Alors que dans notre enfance, ma sœur et moi passions nos après-midi à voler des couleurs aux massifs ! Nous nous amusions à faire des feux d’artifices avec les pétales, que nous jetions dans le ciel. Cela rendait d’ailleurs furieuse ma grand-mère, qui n’appréciait pas de voir les couleurs retomber sur son gazon et le souiller. Il nous fallait alors tout ramasser. Puis nous recommencions. Parfois, je trouvais un lézard. Si je parvenais à l’attraper, je le jetais dans la robe de ma sœur terrifiée, qui se mettait à gesticuler grotesquement, en criant comme une vraie folle, ce qui me faisait beaucoup rire. Elle avait d’ailleurs tellement peur de me voir glisser des bestioles dans ses vêtements que, le plus souvent, je n’avais qu’à faire semblant d’y mettre quelque chose pour provoquer sa danse de Saint Guy. S’il faut dire la vérité, c’est moi, bien plus qu’elle, qui ai dans cette maison les meilleurs souvenirs de mon enfance.

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13/01/2005

Doublet de mon journal - jeudi 13 janvier 2005

        Cet après-midi, j’entends frapper à ma porte. J’ouvre. Un homme à la présentation fort négligée me dit, pas même souriant, mais semblant porter au contraire toute la misère du monde sur les épaules : « Bonjour monsieur. Je suis sans emploi. Pour gagner un peu d’argent, etc., etc. » Je le laisse parler. Après tout, ceux qui n’ont pas d’emploi, dont je suis, sont des hommes à part entière. Comme les bègues et les handicapés, il faut les laisser parler jusqu’au bout, même si l’on n’écoute pas vraiment ce qu’ils disent. Ne l’écoutant donc qu’à moitié, je finis tout de même par comprendre que l’homme veut me vendre de hideuses reproductions de tableaux célèbres à 20 € la pièce. « Comment ? 20 € ! Ah ! Je suis désolé, mais moi aussi je suis sans emploi, et je n’ai vraiment pas les moyens de dépenser 20 € pour cela… – Ah ? Vous cherchez dans quelle branche, me demande l’homme ? – Je n’ai pas dit que je cherchais un emploi, mais que j’étais sans, réponds-je, un peu énervé par ce soudain intérêt pour ma situation ! Allez, au revoir. » Et je referme la porte, très contrarié qu’on puisse si facilement circuler dans mon immeuble. J’aurais d’ailleurs pu faire quelque désobligeante remarque à l’importun sur ce sujet, mais je n’en ai pas eu le cœur : il devait être bien plus pauvre que moi, puisqu’il ne lui venait même pas à l’esprit, tant sa situation lui doit être pénible, qu’on puisse être sans emploi, comme lui, mais ne pas s’en trouver malheureux au point d’en chercher à tout prix, comme moi. Attention, le fait que je n’en cherche pas sérieusement ne signifie pas que je vis dans l’opulence ! Par exemple, ce soir, mon dîner consistait seulement en une omelette, agrémentée de petits bouts de pain rassis trempés dans du lait. Mais je ne me plains pas ; c’était même très bon. Tant que je n’en suis pas réduit à manger les croquettes de Pélagie, je m’estime heureux. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, un tel régime me reviendrait sans doute plus cher qu’en ce moment. Et puis, j’ai toujours la possibilité d’aller manger chez ma mère, à l’occasion, dont la cuisine s’est curieusement  améliorée depuis que je ne vis plus chez elle (sans doute espérait-elle me chasser plus vite avec ses étranges mixtures ou sommaires préparations). Et bien sûr, il y a le poulet du dimanche, et les pâtisseries de ma sœur.

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12/01/2005

Doublet de mon journal - mardi 11 janvier 2005

        De même que j’avais été particulièrement enthousiasmé par le livre de Steve Hodel, L’affaire du Dahlia Noir, dans lequel l’auteur se proposait de démontrer que l’assassin de la célèbre morte n’était autre que son propre père, George Hodel, un homme aussi fascinant que terrifiant ; pareillement, je suis très emballé par le petit site de Jean-Yves Maleuvre, que je viens de découvrir, et dans lequel l’hypothèse qui nous est présentée est elle aussi particulièrement séduisante : Virgile, mais encore Horace, Tibulle, Properce, et bien d’autres poètes de la même époque, auraient été, non seulement assassinés par Auguste, mais encore revus et corrigés par lui ! Quant à Ovide, exilé, c’est Tibère qui l’aura peut-être fait tuer (dans tous les cas, l’exil était vécu par le poète comme une véritable mort). Le quatrième livre des Elégies de Properce, et le troisième de celles de Tibulle (que déjà la critique n’attribue généralement plus au poète), seraient en réalité d’Auguste, qui buvait aussi parfois à l’Hippocrène, quand il n’avait pas soif de sang. Bien sûr, Maleuvre appuie sa démonstration sur les textes dont, selon lui, le sens est parfois renouvelé, si l’on considère que dans certains d’entre eux, les poètes opèrent « un changement non signalé de locuteur », procédé initialement très utilisé par Catulle, et permettant de pratiquer ce que Maleuvre appelle une cacozelia latens (l’expression est de Suétone, in Vita Horati), c’est-à-dire une sorte de parler double, dénonçant le nouveau régime en place. Ce parler double visant directement Auguste, qui, fin lettré, en était pleinement conscient, serait le mobile des meurtres. Mais alors, objectera-t-on, pourquoi le prince n’assassina-t-il pas avant que les œuvres fussent écrites ? Réponse : parce que cette cacozelia latens n’était réellement perçue que par une poignée d’hommes. L’immense majorité voyait dans les poètes en question des citoyens ralliés au nouveau régime, dont ils semblaient chanter les bienfaits. Bref, Auguste y trouvait son compte. Mais il était rancunier et quand Virgile, par exemple, eut achevé l’Enéïde, l’empereur, qui avait commandé l’œuvre, fit tuer le poète, puis peaufina lui-même l’ouvrage, de façon à faire disparaître ce que Maleuvre appelle l’anti-Enéïde qui se cachait sous l’Enéïde. Même chose pour les autres poètes cités plus haut. En tout cas, tout cela n’est pas invraisemblable. On sait combien les despotes craignent les poètes et comme ils cherchent, dans le même temps, à s’en servir… Et qui, sinon Auguste, fait remarquer Maleuvre, aurait eu assez de pouvoir dans Rome, pour modifier à sa guise tous ces ouvrages ? D’autre part, cela expliquerait certaines faiblesses ou contradictions qu’on trouve dans les textes.


        Maleuvre s’est également intéressé à Catulle. Tout le Libellus du Véronais serait en réalité un « brûlot anti-césarien, avec en son cœur la dénonciation du meurtre de Calvus », autre poète, ami de Catulle. Selon Maleuvre, en effet, on a du mal à croire que César se soit senti marqué au fer rouge pour l’éternité (perpetua stigmata imposita, dit Suétone, Vie de César, 73) à cause seulement des quelques pièces ouvertement écrites contre lui et son lieutenant Mamurra. Disons que ces quelques vers ne laisseraient qu’une petite marque… Tandis que tout le livre… Ce serait tout de même nettement plus douloureux… Deux locuteurs principaux s’affronteraient dans le Libellus : Catulle, anti-César, et César, anti-Catulle. Le poète se cacherait sous plusieurs masques : c’est même lui qu’il faudrait reconnaître dans le moineau de Lesbie, laquelle Lesbie ne serait aucunement Clodia, selon Maleuvre, mais, j’imagine, un symbole de la poésie (Catulle est grand amateur de Sappho), dont le poète est en quelque sorte le fils (« …suamque norat/Ipsam tam bene quam puella matrem », 3, 6-7), au sein de laquelle on imagine presque l’oiseau s’abreuvant : « quem in sinu tenere » (2, 2). Il se cacherait également derrière Calvus, le poète assassiné, dont le nom (signifiant chauve) s’oppose presque naturellement à celui de César, que les anciens rapprochaient parfois du mot caesaries, qui signifie chevelure. Et d’ailleurs, César, à ce qu’il paraît, prenait grand soin de ses cheveux. Cicéron dit quelque chose là-dessus, mais je ne sais plus très bien où : il n’arrivait pas à croire qu’un homme aussi soigneux de ses cheveux pût être un réel danger pour la République ! Quant au personnage de Gellius, ce serait en réalité le jeune Octave, fraîchement adopté par César, et soupçonné de coucher avec son oncle. Sous cet éclairage, la pièce 80 devient beaucoup plus amusante encore. Je ne résiste pas au plaisir d’en donner ici la traduction (celle proposée sur le site Itinera Electronica) :


 


« Dirai-je, Gellius, pourquoi tes jolies lèvres roses deviennent plus blanches que la neige d’hiver, lorsque tu sors le matin de chez toi et que, dans les longs jours, la huitième heure t’arrache aux douceurs de la sieste ? J’en ignore la cause ; mais dois-je en croire ce que chacun se dit à l’oreille, que ta bouche dévore un homme dans son centre ? En effet, les flancs épuisés du malheureux Victor et cette éjection qui souille tes lèvres le proclament ! »


 


Le nom même de Victor n’évoque-t-il pas, d’ailleurs, le général victorieux ou le vainqueur de la guerre civile, c’est-à-dire César ?


        Bref, j’ai grande envie de lire les livres de Maleuvre. Seulement, ils sont un peu chers pour ma bourse. Catulle ou l’anti-César, par exemple, coûte plus de 40 €. Je devrai patienter un peu. En attendant, je pourrai toujours lire  Cacozelia latens. Les Odes sous les Odes, qui est publié sur le site Espace Horace, avec une nouvelle traduction des Odes, par Maleuvre.

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09/01/2005

Doublet de mon journal - samedi 8 janvier 2005

« L’ombre d’un meurtrier creuse ici ma ruine. »


        Cet après-midi, j’ai dû reprendre un élève qui venait de fort mal lire ce vers. Puis je lui demande : « Comment appelle-t-on la prononciation en deux syllabes des voyelles qui se suivent dans le mot ruine ? » Le garçon me répond, timidement, persuadé, à juste titre, qu’il va dire une énormité : « Hémistiche ? – Non ! Alors ? Comment appelle-t-on cela ? – Ah ! oui : un sonnet ! ». J’étais désespéré. Je veux dire réellement désespéré : non pour lui, mais pour moi. Lui passera sans doute brillamment, selon les critères du temps, le bac de français, à la fin de l’année. Mais pour moi, il n’y a plus d’espoir. Je perds mon temps à écrire des alexandrins, à une époque où les hommes ne peuvent pas les entendre, pour cette simple raison qu’ils ne sont pas, si j’ose dire, « sur la bonne longueur d’onde »… Finalement, en en pliant un peu le sens, le vers de Corneille pourrait s’appliquer à moi : mon élève, ce fantôme d’adolescent, fossoyeur d’un monde dont il ne soupçonne même pas l’existence quasi révolue, m’ensevelissait sous la molle terre inculte tombant de sa bouche, qu’il avait pâteuse, comme s’il était encore à moitié endormi, alors qu’à l’évidence, il l’est entièrement…

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07/01/2005

Doublet de mon journal - jeudi 6 janvier 2005


        Je m’aperçois que Nicolas xxxxx et RadouL, dont je suis un lecteur, m’ont évoqué dans une conversation MSN que ce dernier publie sur son blogue. Je m’abstiendrai de dire que je me sens insulté : quelqu’un serait bien capable de venir m’expliquer que j’ai tort d’éprouver un tel sentiment, ou que je manque d’humour… (Mais pour être tout à fait honnête, j’ai connu pire, comme insulte.) J’apprends, en lisant cette conversation, que je fais partie de ces gens « qui aiment parler sur les autres, demandent de lever les tabous mais ne supportent pas qu’on puisse dire quelques vérités sur eux… » Non, non. Je supporte. Je supporte, quoique assez mal, il est vrai, de m’entendre dire cette grande vérité : que je suis un pédé ! (Dite autrement, je la supporterais sûrement beaucoup mieux, d’ailleurs…) Cependant, Nicolas xxxxx ne faisait pas allusion à cette vérité-là, mais à celle évoquée par lui dans un ancien article qu’il avait écrit sur les paroles scandaleuses (puisqu’elles avaient fait scandale) et déjà oubliées de l’italien Buttiglione, article auquel j’avais trouvé utile de répondre. Mes lecteurs, si j’en ai, peuvent toujours les relire.

 


        Certains des blogueurs que je fréquente ont cela de commun entre eux qu’ils semblent se préoccuper beaucoup du devenir de l’Europe et de notre civilisation vacillante (et il me semble, à lire son blogue, que c’est bien là l’une des préoccupations de Nicolas xxxxx). Ces blogueurs sont donc souvent amenés à s’interroger sur l’origine de notre culture, pour savoir comment la maintenir dans le futur, sans la trahir. Et presque tous, ils n’ont plus qu’un seul mot à la bouche, qu’un seul nom : celui du Christ. Mais se rappellent-ils que ce nom de Christ vient du grec ?  Et cette ruine de mot qui est la pire insulte de la langue française, pédé, savent-ils encore qu’elle est un lointain reste de l’Hellade ? Si l’on remonte assez haut dans l’arbre généalogique de notre culture, on ne trouve pas seulement des Juifs, mais aussi des pédés ! A l’origine de notre civilisation, il n’y a pas que des clous dans la chair du Christ, mais (qu’on me pardonne ma grossièreté) des bites dans les culs des Grecs ! Des jeunes Grecs, pour être précis. D’une certaine manière, les parents de l’Europe sont ce qu’elle a longtemps le plus abhorré (qui ne fut pas abhorré que par elle, bien sûr, mais à peu près partout dans le monde.) Je trouve tout à fait légitime qu’on boive aux sources de l’Europe pour poursuivre l’épuisante course, je ne trouve pas scandaleux qu’on veuille faire référence au christianisme dans une constitution européenne. Mais alors, qu’on n’oublie pas l’autre branche de la famille (même si c’est une branche cadette), la branche temporelle, en quelque sorte, celle des lois (Rome), de notre langue (latine), celle des philosophes, des poètes, de la fièvre amoureuse, de Catulle et de Sappho, dont je me sens plus proche, moi qui ai bien du mal à être proche du Christ.

 


        Une chose est sûre : des deux côtés de la famille, on trouve l’arbre dont je porte le nom.

 

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06/01/2005

Doublet de mon journal - mercredi 5 janvier 2005


        Je lis ici que la cour d’appel de Colmar a confirmé la condamnation à six ans de prison d’un homme qui avait transmis le sida à deux femmes, avec lesquelles il avait eu des relations sexuelles non protégées, sans leur révéler qu’il se savait séropositif. J’en parle aussitôt à ma sœur, qui me répond qu’elle est au courant. Rien de plus. J’insiste : mais tu pourrais porter plainte contre Hieronymus, toi aussi. Elle le sait, mais ne veut pas. Je ne comprends pas bien ses raisons, qui ne sont d’ailleurs pas très claires. Elle garde l’espoir d’une espèce de réconciliation avec lui. Et elle a peut-être peur du scandale. Mais rien n’empêche de se réconcilier avec quelqu’un qu’on a fait légitimement mettre en prison ! Moi aussi, à ma manière, je garde cet espoir. Et pour ce qui est du scandale, c’est justement lui, bien plus qu’une peine de prison, que je trouverais jouissif. Voir Hieronymus démasqué, reconnu pour ce qu’il est vraiment ! Voir son secret donné en pâture aux chiens de cette ville ! Contempler sa honte et celle de sa puante famille ! Quel bonheur ce serait !


        Dans les quelques articles que je lis sur le sujet, il n’est question que de responsabilité. Le mot de culpabilité est consciencieusement occulté. Pourtant, la culpabilité de Hieronymus ne fait aucun doute. Je l’ai vue dans ses yeux, un soir des fêtes de la Madeleine, où j’étais à lui brailler dessus, devant tout le monde. Il a commencé par me tenir tête, parce qu’aussi soûl que moi, il ne comprenait pas vraiment pour quelle raison j’étais occupé à crier sur lui. Mais tout à coup : son visage s’est décomposé. Il s’est tu, a détourné le regard, et fui. Il avait compris. Le seul fait de s’entendre accuser lui était insupportable. J’ai presque eu honte de lui rappeler ainsi sa culpabilité, en pleines fêtes, quand il s’y attendait le moins. Qu’il y ait un coupable dans cette affaire n’enlève rien, il est vrai, à la propre responsabilité de ma sœur. Il ne tenait qu’à elle de ne pas se laisser endormir par Hieronymus, contre lequel elle avait initialement de fortes présomptions. Il ne tenait qu’à elle de ne pas le croire, quand il lui laissait entendre qu’il était digne de confiance. Mais à qui faire confiance, sinon à ceux qu’on aime ? Il serait tout de même plus juste de dire que la responsabilité de ma sœur n’enlève rien à la culpabilité de Hieronymus.


        Il y a quelques changements dans l’organisation des liens du blogue de Juan Asensio. Désormais, je me trouve dans sa zone de détente, ce qui me convient mieux. J’avais le sentiment de ne pas être à ma place dans son ancienne zone de résistance : franchement, un mou de mon espèce, résistant ! (Sauf si l’on considère que la mollesse est une forme de résistance quand les temps sont si durs, mais c’est un peu tiré par les cheveux…) Et puis la pensée qu’on me lise pour se détendre n’est pas pour me déplaire. Depuis peu, je suis également dans les liens d’OrnithOrynque, comme « alchimiste du verbe » ! Grâce à mes vers. Je suis flatté. Moi aussi, j’ajoute quelques liens à mon blogue : OrnithOrynque, justement, mais aussi, Dominique Autié, Gribouillages et Jugurta. Il ne me reste plus qu’à souhaiter une bonne année à mes quelques lecteurs, puisque c’est l’usage et que j’avais oublié de le faire.

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29/12/2004

Doublet de mon journal - mardi 28 décembre 2004

        Ah ! La dégoûtante vision ! Cet après-midi, je revenais de la librairie : me voici dans le petit hall de mon immeuble, en train de regarder si je n’ai pas de courrier. Tout à coup, j’entends qu’on frappe à la vitre de la porte d’entrée. Je me retourne : quelqu’un me fait signe d’ouvrir. J’ouvre, et ce n’est qu’alors que je me rends compte que l’homme, un idiot, défiguré par un large sourire chargé des miettes trempées du répugnant sandwich qu’il mange, n’est pas entièrement vêtu : en haut : chemise et pull ; mais en bas : simple slip kangourou ! Et il me dit, avec cette voix traînante et lourde, propre aux débiles mentaux, qu’il est mon nouveau voisin ! Piteusement, je lui réponds que j’en suis ravi, et referme aussitôt la porte, avant que l’idée ne lui traverse l’esprit d’entrer dans le hall, puisque j’ai ouvert. Apparemment, l’homme est bien mon voisin. Il habite l’un des deux appartements dont les portes sont à l’extérieur du hall, de part et d’autre de l’entrée principale… Je le savais bien qu’il n’y avait que des cas sociaux dans mon immeuble. Un attardé mental. Un couple de pédés. Des gens très mal habillés. Des gens qui crient après leur chien, comme on voit au cinéma, dans certains films, pour bien faire comprendre que le personnage beuglant est un homme du peuple. Et d’autres encore, que je m’abstiendrai de décrire, on ne sait jamais. Finalement, je dois être le plus fréquentable. Seulement, j’ai cette phobie qui m’empêche d’être fréquenté…  


        Mais ce n’est pas tout. Ce soir, comme l’heure de dîner approchait à grands pas, et que je ne me sentais pas du tout la force de rien cuisiner, nous sommes allés, Pélagie et moi, jusqu’au drive-in du fast-food le plus proche, c’est-à-dire, tout de même, à la sortie de la ville. Il y avait la queue. Nous patientons donc, la bête et moi. Soudain, j’entends un boum ! Un petit con boutonneux et casqué vient de me rentrer dedans avec son scooter. Je sors de ma voiture, furieux, braillant. Et lui, sans se démonter, commence à m’expliquer que tout cela est de ma faute, parce que je ne me suis pas garé où il faut ! Diable ! Un comique, me dis-je ! Voilà qui change des voleurs de poules, qui ont nettement moins d’humour, surtout quand ils sont dans leur tort, autant dire tout le temps ! Je crie un peu plus fort : il est jeune, ne vient pas de la banlieue (même ici, il y en a) et finit donc par se taire, trop heureux, sans doute, que ce gros con de vieux que je dois être à ses yeux se contente de lui faire la morale : mais que pouvais-je lui faire d’autre, il était à peine sorti de l’enfance ! Dieu merci, ma voiture n’avait rien. Mais ma bonne humeur était toute cabossée. Bizarrement, il m’a semblé que ce distrait adolescent avait la voix et les traits (du moins à ce que j’ai pu en voir, derrière le casque) de Pierre, le cousin de Hieronymus. J’ai même cru, pendant un bref instant que c’était lui. Mais non, ledit cousin ne se déplace jamais sans sa pute, peut-être bien la plus décervelée femelle de Mont-de-Marsan (si elle était belle encore, je comprendrais…). Je commence à me demander si je ne trouve pas une ressemblance avec l’un ou l’autre membre de la clique à Hieronymus dans toute personne qui m’est désagréable.

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27/12/2004

Doublet de mon journal - dimanche 26 décembre 2004

        Cet après-midi, je commence la lecture de Laboratoire de catastrophe générale, que je me suis fait offrir par mon père, lequel est communiste depuis qu’il est en âge de tenir tête à mon militaire de grand-père. Mon plaisir est comme redoublé de lire ce qu’écrit Dantec sur le communisme ou le révisionnisme rouge, pendant que mon père, juste à côté de moi, tape sur son ordinateur portable un article de propagande destiné aux seuls gens de sa secte !


        « Jamais, au grand jamais, il ne faut permettre que soit établie cette donnée proprement scandaleuse pour un ‘‘progressiste’’ de la fin du XXe siècle : que le communisme a été encore plus meurtrier et totalitaire que son concurrent nazi. » Je ne suis pas étonné de lire cela dans le livre que je disais, puisque je suis déjà tombé plusieurs fois sur de tels propos dans des blogues que je fréquente, dont les auteurs sont des lecteurs de Dantec. Mais à chaque fois, je ne puis m’empêcher de me dire que si le communisme a été plus meurtrier que le nazisme, c’est probablement parce qu’il en a eu le temps. D’un autre côté, s’il en a eu le temps, c’est peut-être bien parce qu’il était plus coriace, d’une constitution plus solide ou, du moins (pour se faire oublier) capable de s’endormir, comme certains virus ; plutôt, capable d’endormir, d’anesthésier, comme fait, paraît-il, la sangsue, dont on ne sent pas la morsure. Ce qui est certain, c’est que quand je regarde mon père, je vois bien qu’il est comme quelqu’un qu’on aurait endormi, qu’il vit dans un rêve, un très mauvais rêve. Et parfois, il effraie, comme peuvent effrayer les somnambules, dont la force est démultipliée, ou comme un hypnotisé, qui se laisse transpercer la gorge sans broncher.


        Je lis dans un courriel adressé à ses lecteurs que Juan Asensio pense décidément bel et bien arrêter bientôt son blogue, en  mars ou avril. C’est étrange, mais la verve de sa phrase noueuse et robuste comme un chêne m’empêche d’imaginer cet homme fatigué. Pourtant, cela semble bien être le cas, puisqu’il le dit. Je me demande s’il n’est pas son propre orage, la tempête qui doit bientôt le faire rompre. Il le dit lui-même : c’est le rythme qu’il s’est imposé qui le fatigue. Que ne s’accorde-t-il enfin d’être un roseau ? d’être plus souple, avec lui-même ? Restons dans la métaphore. Juan Asensio, pour l’instant, est exactement ce qu’évoque le poète dans la fable : à l’abri de son large feuillage, tout un tas d’arbustes a pu proliférer. Je ne suis pas tout à fait sûr qu’ils lui survivront, s’il vient à rompre.

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26/12/2004

Doublet de mon journal - samedi 25 décembre 2004

        Noël. Mon père est à Mont-de-Marsan, ainsi que ma sœur Laura, logée chez moi. Coup de téléphone de ma famille de Troyes : on me gronde, parce qu’on ne me voit pas autant qu’on aimerait. Je réponds que je n’ai pas les moyens de venir souvent, ce qui est vrai et m’autorise, il me semble, à n’y aller jamais. Je ne crois pas qu’on me croie. Mon grand-père a toujours le cancer, ma grand-mère l’Alzheimer. Il doit parfois être bien doux d’être bâtard ou sans famille : on ne découvre que lorsqu’elle se déclare la maladie qui nous jettera dans la tombe. On se gave de bouffe et de vin, de cadeaux plus ou moins réussis. Finalement, Noël, c’est comme de baiser. On attend ça avec impatience, mais dès qu’on a déballé son paquet, on ne pense plus qu’à une chose : partir ! Le contenu dudit paquet ne correspond en effet jamais tout à fait à ce qu’on espérait. Pourquoi cette déception ? Parce qu’on n’a besoin de rien. On a déjà tout. Sans doute qu’un cadeau réussi est celui qui nous révèle un besoin qu’on ignorait et qu’il comble : mais un vrai besoin, pas l’illusion d’un besoin, comme n’arrête pas de faire la société de consommation, qui sait nous persuader que la vie ne vaudrait pas d’être vécue sans téléphone portable avec appareil photo intégré ou sans vibromasseur-lampe torche. Même chose pour la baise, sans doute. Le vrai bon coup, c’est probablement celui qui nous dévoile des besoins qu’il est le seul à pouvoir combler. Peut-être est-ce pour cela qu’il nous semble souvent qu’on ne pourra jamais connaître de plus grand plaisir que dans les bras de l’être aimé : parce qu’il est, lui, l’être aimé, notre plus grand besoin. Cela ne signifie pas qu’on connaîtra nécessairement avec lui le plus grand plaisir ; mais alors, quelle frustration ! Dans un tel cas, on doit penser que l’on passe à côté du plus grand plaisir qu’il nous serait possible de connaître. Et c’est sans doute un très grand malheur, peut-être même le début du désespoir. Dieu merci, je n’aime personne. Pour l’instant. Pourvu que ça dure !

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21/12/2004

Doublet de mon journal - lundi 20 décembre 2004

        Toujours rien de nouveau sous la lune. J’avais cru déceler une espèce de découragement du Stalker, mais, en tombant sur un long échange de commentaires chez Joseph Vebret, je vois bien que non, décidément, il n’est pas possible de faire tomber don Juan Asensio de sa belle monture. Et tant mieux !


        Avec de l’argent que m’a donné mon père, j’achète une chaise de bureau que je trouve belle et qui va bien dans mon salon, celui-ce me servant également de salle de travail, comme d’ailleurs ma véranda de débarras ! Je suis un peu à l’étroit chez moi. Je voulais d’abord un fauteuil, plutôt qu’une chaise, mais il eût mangé trop d’espace. Si je n’avais pas dépensé cet argent, j’aurais pu faire ripaille pendant quelques mois… Je me console en me disant que tout cela est bon pour ma ligne, si ce n’est pour ma santé. Quand je pense que j’écrivais l’autre jour que trouvais vulgaire qu’on montre trop manifestement l’importance qu’on accorde aux biens matériels ! J’ai l’air fin, maintenant !


        Je commence à penser à un recueil de sonnets. Le Jardin d’Olivier, mon premier projet de recueil, qui a le même titre que mon site personnel, est définitivement passé à la trappe. Mais je voudrais au moins garder le cycle de Julien (Amours et Tombeau), qu’il faudrait d’ailleurs terminer, ce qui est encore loin d’être fait. Comment passer de ce cycle un peu niais (je dois bien le reconnaître) au Minotaure de plus récents sonnets ? Il y aurait bien ces vers qui le suggèrent un peu :


 


Envolons-nous enfin loin de la troupe vile,


De ce peuple affamé qui mange les garçons !


 


Mais c’est peu. Il me semble que chronologiquement, c’est dans un sonnet en rapport avec Julie, via Hieronymus, que m’est venu pour la première fois à la bouche ce Minotaure. Pour passer de Julien à Julie, il me suffit d’enlever un n au prénom du premier. Trouver une bonne raison de le faire. Jouer sur les noms de Julien et Julie serait peut-être une bonne occasion de parler de l’inceste que m’a toujours semblé être l’amour entre garçons.


        Et caser là-dedans, toujours via le minotaure, des sonnets de ce que je pourrais appeler le cycle de Los Angeles (Ellroy) et le cycle de Elephant (d’ailleurs, tant que j’y pense, le lycée-mammouth du temps de Julien pourrait être un autre lien).  

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17/12/2004

Doublet de mon journal - jeudi 16 décembre 2004

        Je finis par voir enfin La Passion du Christ selon Gibson. J’avais dit avant-hier que je m’étais rendu dans un temple de la consommation culturelle, enfin, dans un petit temple, bien sûr, un temple à l’échelle de Mont-de-Marsan, et comme j’avais ma mère avec moi (ce que j’avais oublié de préciser), je lui ai fait acheter le DVD : il est parfois bien utile d’avoir une génitrice, je n’en ai jamais douté.


        Je regarde donc le film, et sur ma lancée, je relis l’article de Pierre Cormary qui lui est consacré dans le dernier Journal de la Culture. Je ne comprends pas comment celui-ci a pu écrire, en dépit du bon sens, que La Passion du Christ « sera une date dans l’histoire du cinéma, un jalon de l’iconographie chrétienne ». Pourvu que ce ne soit jamais le jalon qu’il dit ! C’est bien simple, il n’y a pas une goutte d’art dans ce film. Ou plutôt si, il n’y en a qu’une, cette goutte de pluie-larme de Dieu. Mais c’est bien tout, et c’est peu, surtout pour un tel sujet ! Sérieusement, une date dans l’histoire du cinéma ? Il n’y a pourtant rien de nouveau dans ce film. C’est un exemplaire honorable, sans plus, de la production hollywoodienne, je veux dire du style hollywoodien, grossier mais efficace. Peut-être même y a-t-il une réminiscence de la trilogie de la Guerre des étoiles dans l’espèce de diable sous capuchon, qui rappelle étrangement l’empereur du Retour du Jedi, symbole du mal, j’imagine. Très vulgaire !


        Depuis que j’ai vu Elephant de Gus Van Sant, un film dont je suis sorti réellement transfiguré (comme dit Cormary sortant de cette bonne grosse Passion), je lui compare tout ! Et la comparaison peut se faire en l’occurrence (elle n’est pas si arbitraire), les deux films ayant deux importants points communs dans leur structure même : flash-back et ralentis. Flash-back sur la vie du Christ, censés éclairer cette passion qui, pourtant, s’entête à rester sombre (mais enfin, c’est sans doute fait exprès : après tout, la passion, ce n’est pas très marrant, et c’est plutôt douloureux) ; flash-back sur la journée des tueurs, qui n’éclairent en rien le spectateur sur les terribles motivations de ceux-ci (et là aussi, c’est fait exprès). Intolérables ralentis à chaque fois que le Christ trébuche et va manger la poussière (ce qu’il fait pendant tout le film), pour mieux suggérer sans doute la gravité, le poids de ce corps (celui d’un dieu, tout de même, et c’est nécessairement plus lourd !) qui vient s’écraser sur le sol ; ralentis, dans Elephant, permettant de mieux représenter la grâce, la légèreté qu’ont encore ces adolescents qui parcourent comme ils peuvent des existences déjà presque aussi ternes et graves que s’ils étaient des adultes (ou peut-être pour signifier qu’ils sont déjà plus ou moins des fantômes). Inutile de dire que Elephant l’emporte largement, puisque c’est un chef-d’œuvre, un film plein de grâce, du début à la fin, quand la Passion de Mel, film sans âme, n’est rien de plus qu’une sauce ratée, sans doute parce qu’on y a mis trop d’ingrédients, trop de bruit surtout. Et cette musique, franchement, il y a des limites ! Impossible de classer cette Passion à côté de Bach, comme voudrait Cormary, avec une musique pareille !


        Si j’osais, je dirais que La Passion du Christ est un gros éléphant dans un magasin de bondieuseries en porcelaine, à l’inimitable kitsch (enfin, au trop imitable kitsch serait tout de même plus juste), où s’agitent même de petits démons hurlants (vraiment !), alors que Elephant est la passion des hommes, traversée de lumière et de silence, dans laquelle passe un ange. Et le John de Gus Van Sant est probablement une bien plus belle évocation du Sauveur, que ce Jésus qui n’en finit pas de se casser la gueule, en couinant, bavant et râlant !


        Bien sûr, le sujet de Gibson, c’est la Passion, pas tout l’évangile (même s’il y a les flash-back). Mais il est important de savoir bien choisir, bien délimiter ses sujets, selon l’époque à laquelle on sévit (je ne vois pas d’autre mot, s’agissant de l’auteur d’une telle croûte). Et j’ai le plus grand mal à comprendre (mais je suis athée, et ne puis donc pas comprendre certaines choses) qu’à notre époque, un artiste éprouve le besoin de représenter avant tout la seule passion du Christ, plutôt que la bonne nouvelle. L’article de Cormary me répond que le Christ « a souffert pour nous, que Son sang a coulé pour le nôtre ». Pour racheter les hommes. Ouais. Mais enfin, sans vouloir faire de provocation, on est en droit de se demander si ce n’est pas un peu léger, ce qu’endure le Christ, pour pouvoir vraiment racheter tous les hommes ? Surtout qu’il reste peut-être encore beaucoup de péchés à commettre !


        (Je tiens à préciser que lorsque que j’écris que je ne peux pas comprendre certaines choses parce que je suis athée, c’est sans aucune ironie. Je pense sincèrement que des choses m’échappent à cause de la foi qui me manque. Mais un film comme celui de Gibson, loin de me montrer le chemin, me fait fuir. Alors que celui de Van Sant, paradoxalement, me fait douter ou, plutôt, réussit à me faire espérer qu’il y ait tout de même quelque chose de plus que les hommes.


        Mais je suis bien évidemment d’accord pour dire que la cabale montée contre ce film soupçonné d’antisémitisme est sans fondement – pour l’auteur lui-même, je ne sais pas s’il est antisémite.)

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15/12/2004

Doublet de mon journal - mardi 14 décembre 2004

        (Depuis hier, et sans doute encore pour quelque temps, je ne peux plus mettre à jour mon site personnel. Mais mon journal est toujours accessible sur mes blogues miroirs.)


        Cet après-midi, je me trouvais dans « l’espace culturel » d’une grande surface (je crois que c’est comme cela qu’on dit), afin d’acheter un bien de consommation (et néanmoins bien culturel, donc) à cause de Noël qui approche. A la caisse, plus loin devant moi, le système d’alarme se met à sonner. Je regarde, comme tout le monde. Un monsieur d’apparence assez digne avait dissimulé dans un sac à dos trois coffrets de DVD : il comptait ne payer qu’un quatrième DVD, beaucoup moins cher (puisque non vendu en coffret…) La caissière se met à fanfaronner : elle se croit courageuse, pour avoir ouvert (outrepassant d’ailleurs peut-être bien ses droits) le sac de l’homme (plein des objets du délit), à qui elle demande ensuite d’attendre le vigile, entre les mains duquel elle vient de le remettre triomphalement sous mes yeux. Mais au moment où le vigile demande à l’homme de le suivre, je m’aperçois que le voleur est un infirme à patte folle et béquille. Il n’aurait pas pu faire grand mal à ma caissière ni même d’ailleurs prendre la fuite… Quel courage y avait-il donc là, de la part de la femme ? Il aurait fallu que notre voleur fût un gitan, comme on en trouve beaucoup par chez moi, et souvent, quoi qu’on dise, fort voleurs justement (mais pas de poules, il est vrai) pour que ma caissière puisse se croire courageuse. Seulement, un gitan aurait probablement rectifié le portrait de cette justicière en jupe avant de prendre aussitôt la fuite, si du moins, dans cette variante de la situation, celle-ci avait osé l’interpeller. Mais je m’aperçois, en me relisant, qu’on pourrait croire que j’ai de la sympathie pour le voleur. Que nenni. Il n’avait absolument pas l’apparence d’un miséreux (il aurait alors plutôt volé de la viande, j’imagine). C’était sans doute bien un pauvre, mais pauvre uniquement de ne pas posséder autant qu’il voudrait ! Ou peut-être est-ce une manie qu’il a de voler, comme moi, lorsque j’étais adolescent ? Il y a sûrement du vrai dans le proverbe du bœuf et de l’œuf. D’ailleurs, ce voleur ne volait pas que des objets, mais aussi de mon temps ! Puisqu’il me fallait attendre l’arrivée du vigile (qui ne vient généralement qu’après la bataille) pour que la caissière reprennent sa tâche et consente enfin à me faire payer l’inutile bien que je venais d’acquérir. Bizarrement, je me sentais satisfait de voir que chacun jouait parfaitement son rôle : le voleur pris la main dans le sac, digne et penaud ; la caissière, inconsciente et vulgaire ; le vigile à lunettes noires, sobre et plein d’autorité ; et moi, l’observateur condescendant. Mais si cela s’était passé un autre jour, étant lunatique, j’aurais peut-être été scandalisé de voir un infirme remis entre les mains d’un grand singe en costume ; scandalisé que ce monde, le vrai, celui de ma morne province, aux rouages parfaitement huilés, tourne sans jamais s’arrêter, comme s’il était une complexe machinerie servant à faire des malheureux. Mais dans tous les cas, j’aurais trouvé vulgaire cette caissière, parce que je trouve vulgaire qu’on montre trop manifestement l’importance qu’on accorde aux biens matériels (surtout à ceux des autres), comme, par exemple, en signalant un vol, alors qu’il n’a pas encore entièrement eu lieu, puisque le voleur est encore là, alors que cela est en train de se produire, mais que, peut-être, tout n’est qu’un malentendu. Et pourtant, il fallait bien qu’elle signalât le vol, cette pauvre fille.

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14/12/2004

Doublet de mon journal - lundi 13 décembre 2004

        Mon Italien du Mexique est reparti cet après-midi. Le silence semble encore plein de son passage et presque de sa voix, comme si sa présence, ses bruits, y avaient laissé leur empreinte. Ç’avait été la même chose à la mort de Coccymèle, sauf que c’était pire, parce qu’elle, je l’aimais : le soir de sa mort, alors qu’elle était déjà dans le trou que je lui avais creusé dans le jardin, les objets de son canin quotidien me rappelaient sans cesse ma douleur : sa gamelle, sa couverture et, surtout, son odeur de chien malade flottant encore dans l’air, vestiges de sa présence. Parfois, à peine une seconde, oubliant qu’elle était morte, je me disais qu’elle devait être dans la pièce d’à côté, puisqu’il y avait encore une mèche de son pelage sur le tapis. Mais non, elle était dans la terre glacée, sous la fenêtre de ma chambre, tout près, et si loin. Dès que quelqu’un n’est plus,


 


Tout ne borne à nos yeux qu’un emplacement vide.


 


C’est sans doute pour cela que les morts, quand on les expose, ressemblent à des statues de cire : on dirait que leurs corps ont été coulés dans leurs âmes. Mais un corps inanimé n’est rien de plus qu’une cire figée.

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12/12/2004

Doublet de mon journal - samedi 11 décembre 2004

        Une erreur dans ce que j’écrivais hier : ce n’était pas du nuoc-mâm qu’Armandino a versé sur sa pizza, mais de la sauce de soja. Sans doute est-ce parce que j’ai pensé au garum des Romains que j’ai ensuite écrit nuoc-mâm. Ce soir, nous dînons chez ma mère et ma sœur : Armando prépare des lasagnes pendant tout l’après-midi. C’était fameux. Emmanuelle et son mari, une amie à eux et le nouvel actuel amoureux de ma sœur était également là. Emmanuelle, qui continue de lire ce journal, dit devant ma mère des choses qui s’y trouvent et que je ne souhaitais pas vraiment qu’elle sache, sans pour autant vouloir absolument les lui cacher, puisque je les avais écrites ici. Mais enfin, ce n’était pas très gentil de sa part. Cette fille a le don de me faire chier depuis qu’elle a quinze ans ! Le fait-elle exprès ? S’en rend-elle compte ? Je ne sais. Et je ne peux plus lui répondre comme autrefois, ni lui foutre des baffes, surtout maintenant qu’elle a un mari ! Je ne la supporte pas, mais je l’aime bien. Elle a tout un tas de petits travers délicieux. Elle dit sans détour qu’elle n’aime pas les Arabes ni les gitans, ce qui ne manque jamais de choquer un peu la jeunesse autour. Aux bénévoles qui font des paquets cadeaux dans les galeries marchandes en échange d’un peu d’argent pour les pauvres, elle jette trois petites pièces d’un centime d’euro (mais fort bruyantes dans le tas de monnaie), qui la font passer pour généreuse. Elle aime terroriser les caissières des supermarchés, en leur faisant croire qu’elle va se « plaindre à la direction » si jamais elles lui ont mal parlé. Bref, elle a un caractère bien trempé.

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11/12/2004

Doublet de mon journal - vendredi 10 décembre 2004

        Cela fait trop longtemps que je me suis absenté de ce journal. Que dire de nouveau ? Mon Italien du Mexique est arrivé. Je suis allé le chercher mercredi à l’aéroport de Bordeaux. Il ne sait pas fermer les portes ni les robinets. Quand il marche, il fait du bruit avec ses pieds, ce qui tend à m’exaspérer. Mais je fais bonne figure et ne dis rien. Hier après-midi, il est allé se promener seul en ville et m’est revenu fin soûl. Il s’était installé dans le bar le plus mal fréquenté de la ville, où se trouvait un vieux poivrot, compatriote à lui, arrivé en France il y a une trentaine d’années, et qui ne parle même pas l’italien standard ! Un gars du sud, je crois. Les gens du sud, quel que soit le pays, sont toujours des rustres. L’expression de bar le plus mal fréquenté a beaucoup fait rire Armando. Il me dit que le Français se croit souvent tirato dalla coscia di Giove. Je lui réponds un peu vexé que je ne suis tombé que d’entre les cuisses à ma Clytemnestre de mère… Il est extrêmement bavard, ce qui, croyais-je d’abord, me conviendrait assez, n’ayant moi-même jamais rien à dire. Mais non, c’est un peu fatigant d’entendre toujours parler, à la longue. Il est jeune, de gauche, et vaguement aventurier. Le genre à voir beaucoup de pays, pour comparer les civilisations et conclure que les cultures étrangères valent mieux que la nôtre. Enfin, que la mienne, parce qu’un Italien est déjà très différent d’un Français : il parle fort, avec les mains, et touche beaucoup son interlocuteur (moi, en ce moment). Et selon lui, j’ai un peu tort d’être si réservé, ce qui me semble être une attitude bien française, mais je me trompe peut-être. Même pour baiser, il faut faire ça comme un étranger. Je maudis le tantrisme. Comme si j’avais toute la nuit pour forniquer ! J’ai tout de même mieux à faire, même si ce n’est rien. Mais j’apprends des choses, avec Armando. Par exemple, que le secret d’une bonne pizza, c’est la qualité de l’eau. Dans la région de Naples, il n’est pas même besoin de mettre de levure dans la pâte. Grâce aux volcans, l’eau est pleine de certains minéraux qui la feraient lever toute seule ! Ce soir, justement, nous allons acheter une pizza. Au moment de la manger, il me demande si je n’ai pas de l’huile d’olive. Comme je n’en ai pas, il trouve dans la cuisine une espèce de nuoc-mâm. Il en verse sur sa pizza. Je suis d’abord surpris. Mais ce n’est pas si mauvais. Et je me souviens alors du garum des Romains. Cet assaisonnement improvisé est-il un souvenir de la gastronomie des anciens ? Une chose est sûre, Armando a bien du mérite de me supporter. Je ne suis pas loin d’être glacial avec lui. Le voir là me rappelle un peu durement que je ne sais pas vivre au présent. Toute présence m’indispose. Je ne peux plus aimer, si ce n’est le passé et son habitant, que je chante encore parfois dans mes vers. Saint Sébastien ne fut jamais si beau que tué. Et même deux fois mort, puisque peint. Je ne puis plus aimer que moi. Et encore, pas moi, mais ma chienne. Hadrien, dans le livre de Yourcenar, compare souvent à une bête son mignon : « ce beau lévrier avide de caresses et d’ordres se coucha sur ma vie. » Il fut un temps béni des dieux où l’on pouvait aimer un homme comme une bête. J’aurais dû naître prince. Mais je suis d’aujourd’hui, et tout ce que je puis aimer désormais, c’est la statue de celui qui n’a plus de couleurs, marbre froid à toucher,


 


Corps gracieux et raidi d’un Antinoüs blanc,


Revenu de la mort uniquement semblant…

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29/11/2004

Doublet de mon journal - dimanche 28 novembre 2004


        J’étais en train de me demander, cette nuit, si ce ne serait pas une bonne idée, après avoir écrit un sonnet sur le Dahlia, d’en écrire deux autres : un sur Le Grand Nulle Part ; un sur L.A. Confidential. Enfin, sur n’est pas tout à fait le mot. Puis par association d’idées, je me suis demandé à quelle sauce je pourrais encore accommoder le minotaure. Je ne peux tout de même pas passer mon temps à mettre en boîte ce cadavre-mayonnaise de Hieronymus ! Et tout à coup, me revient à l’esprit le T-shirt de John, dans Elephant, jaune avec un taureau dessus. D’accord. Mais que vient-il faire là, ce minotaure, m’interrogé-je ensuite ? Et je ne trouvais pas. Mais voilà que ce soir, en lisant l’un des blogues habituels, je clique sur un lien, qui me mène tout droit à la photo du suaire de Turin. Et là, comme dans un flash, je trouve. Aujourd’hui, c’est l’homme qui est un minotaure (et le monde son labyrinthe). Dans Elephant, l’homme est mort (ou tout comme). John, qui croise tout ces morts, ange et salut, leur est un lumineux suaire. L’obscur visage des hommes y laisse cette trace. La nuit humaine est absorbée par la lumière de John. De cela aussi, il faudrait que je fasse un sonnet. Il est curieux que ces pensées me viennent en novembre. C’est en novembre 2003 que j’ai vu Elephant pour la première fois, et que j’ai tant écrit dessus, tellement j’avais été bouleversé.

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26/11/2004

Doublet de mon journal - jeudi 25 novembre 2004

        C’est toujours la même chose. Nihil novi sub sole. Seulement, je devrais plutôt dire sub luna, parce que ces temps-ci, je vis à l’envers : veillant la nuit, dormant le jour. Sauf avant-hier, où je suis allé faire faire une longue promenade à ma mère, sa chienne et la mienne sur les bords de la rivière. J’ai tellement perdu l’habitude de faire le moindre effort, qu’après ces deux petites heures de marche, je me suis presque littéralement évanoui dans le salon. La crise d’hypoglycémie n’était pas loin ! Sans doute parce que je ne fais que deux repas par nycthémère, ce qui n’est pas beaucoup, surtout s’il faut avoir de l’activité, comme marcher ou même seulement se tenir debout… Seul bon côté de mon (pas si) nouveau mode vie : je maigris sans difficulté. Evidemment, la ménagerie était ravie de cette promenade, ma mère y compris, qui n’est pas beaucoup moins chienne que nos deux bêtes.


        Il y avait (c’était hier je crois), sur la sixième chaîne, un nouvelle série, dans laquelle l’un des personnages récurrents est atteint d’à peu près toutes les phobies les plus connues, dont, m’a-t-il semblé, une forme de phobie sociale (qui n’est d’ailleurs pas si connue que cela, maintenant que j’y pense…). Malgré tout, ce personnage menait une vie presque normale, et socialement très remplie. Simplement, puisqu’il ne pouvait pas aller dans le monde, le monde venait à lui ! Et quand il ne pouvait pas faire autrement que de sortir de son appartement, il envoyait à sa place son frère jumeau ! Ah ! Si seulement cela se pouvait !


        Une bonne petite surprise de mon notaire m’attendait aujourd’hui dans la boîte à lettres : un chèque de 284,15 € soldant le compte d’achat de mon appartement. Je ne m’y attendais plus.


        Que dire d’autre. J’ai publié le début du Dernier des Mortimer dans mon blogue de pédé, enfin, dans mon blogue De Profundis, puisque tel est son titre, qu’il faudrait peut-être changer, d’ailleurs. Après Le Dahlia noir, je relis Le Grand Nulle Part (et dans la foulée sans doute aussi L.A. Confidential, ces trois romans formant un tout). Ce midi, coup de téléphone d’Armandino, qui est en Italie, où la terre a tremblé, me dit-il… Je m’étais couché trois heures plus tôt, j’avais l’impression d’être dans un rêve. Je croyais qu’il me parlait par images, qu’il me disait que la terre avait tremblé pour lui, qui ne va pas très bien, en ce moment. Mais non, elle avait vraiment tremblé, si j’en crois ce que me disait ce soir la télévision.

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20/11/2004

Doublet de mon journal - vendredi 19 novembre 2004

        Toujours rien. Je ne sors pas de chez moi, sauf pour donner mes cours, comme aujourd’hui. Avant, je passe chez ma mère, pour y déposer Ultraviolette Pélagie, qui est, dans l’ensemble, un bon chien, mais qui ne supporte pas de rester seule et que je ne peux donc pas laisser chez moi quand je n’y suis pas, si du moins je ne veux pas qu’elle hurle jusqu’à mon retour ; les voisins n’apprécieraient pas. Il faudra que je lui apprenne à se passer de toute compagnie pendant quelques heures ; ça risque de ne pas être simple. Après mon cours, une fois récupérée la bête, découragé par la perspective de me préparer à manger, je vais jusqu’au fast food local (qui est d’ailleurs le même partout), pour acheter de la nourriture toute prête. Quand il y a la queue au drive in, pour ne pas perdre de temps, quelqu’un vient jusqu’à votre voiture pour prendre la commande, au lieu que d’habitude, c’est le client qui roule jusqu’au guichet, devant lequel, de toute façon, il devra bien passer : pour payer, puis pour recevoir la nourriture bien empaquetée, (mais à un autre guichet, cette fois-ci). Aujourd’hui, la queue était si longue que, de l’endroit où je me trouvais, je ne pouvais absolument pas voir le panneau géant et multicolore sur lequel sont indiqués les noms et les prix des différents sandwiches. La personne arrive enfin au niveau de ma voiture et me demande : « votre commande, monsieur ? ». Apparemment, il ne vient pas à l’esprit de cette espèce de racoleuse d’un genre spécial que tout le monde ne connaît pas par cœur la carte de l’endroit, même si c’est la même dans toute la France. Du coup, je lui fais croire que je ne sais pas ce qu’on sert dans cette moderne taverne, et lui demande de me réciter la carte en entier. La vie ne vaudrait pas d’être vécue, sans ces petites joies inattendues et légèrement vicieuses. Mais la personne savait bien sa leçon ; d’ailleurs, cela m’a un peu gâché mon plaisir. Puis je retourne à ma solitude, mon insomnie, mon désespoir et mes rimes.


        Encore un sonnet d’écrit depuis celui du Dahlia. Je le trouve moins bon, ou plutôt, un peu plus mauvais que mes autres, mais Jérôme semble justement le préférer à celui, par exemple, que j’ai écrit sur ce bouillon de culture de Hieronymus. Toujours à propos de cette tête de veau de mort en sursis, je songe à écrire un Minotaure et un Labyrinthe. Je pense aussi à une Sirène, pour répondre en quelque sorte au dessin pour moi de Jérôme. Et je me demande si je ne pourrais pas caser bientôt quelque part le mot électro-encéphalogramme, que j’aimerais couper en deux, pour faire rimer électro avec trop… Mais faire entrer les six syllabes d’encéphalogramme au début d’un vers, avec l’e caduc, n’est pas chose facile. On verra bien. Cela dit, que j’aimerais associer le poulpe Hieronymus à un électro-encéphalogramme plat !

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17/11/2004

Doublet de mon journal - mardi 16 novembre 2004

        En ce moment : rien. Sauf un sonnet sur le Dahlia Noir.

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15/11/2004

Doublet de mon journal - dimanche 14 novembre 2004

        (Cette nuit, j’écris un nouveau sonnet : à propos de ma langue avariée de gros bœuf avachi.)


        « […] simplifications éhontées que je suis fatigué de devoir proposer sous le prétexte fallacieux qu’il faut que je me mette à la portée de mon lecteur ? Qu’il se mette donc à la mienne, c’est dans ce sens, celui de l’élévation, que j’ai appris moi-même […] » Ces mots que je lis dans le blogue de Juan Asensio, on devrait les dire encore aux maîtres chargés d’instruire la jeunesse, mais qui de plus en plus, au lieu de la mener toujours un peu plus haut, se laissent bien plutôt mener par elle, s’abaissant même à la caresser dans le sens du poil, quand il faudrait au contraire lui parler plus fermement, comme un maître à son chien. La jeunesse et le chien ont d’ailleurs cela de commun qu’à être trop caressés, ils se rebiffent ensuite au premier regard qui ne leur plaît pas : et on ne peut plus rien en tirer.

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14/11/2004

Doublet de mon journal - vendredi 12 novembre 2004

        En passant de la première à la seconde version de Hautetfort, je m’aperçois que certaines des photos qui illustrent parfois mon blogue sont trop grandes pour figurer entièrement dans la colonne du milieu. Il va falloir que j’essaie d’arranger ça. Avec mes deux mains gauches et ma foncière mauvaise volonté, ça risque d’être difficile.

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Doublet de mon journal - jeudi 11 novembre 2004


Le Dahlia Noir


        Je finis de lire le passionnant livre de Steve Hodel intitulé L’Affaire du Dahlia Noir. La première fois que j’entendis parler de cette affaire, i. e. du meurtre d’Elisabeth Short (surnommée dans la presse le Dahlia Noir), une très belle jeune femme de vingt-deux ans, dont le corps sans vie fut retrouvé, affreusement mutilé, à Los Angeles le 15 janvier 1947 ; c’était en lisant le roman de James Ellroy, Le Dahlia Noir, dans lequel la fiction et la réalité (indices, personnages historiques) étaient très étroitement mêlées. Si l’affaire du Dahlia Noir est restée célèbre à Los Angeles et dans tout le reste des Etats-Unis, c’est sans doute parce que, comme celle de Jack l’éventreur en Angleterre, elle ne fut jamais résolue. Jusqu’aujourd’hui du moins, puisque Steve Hodel, plus de cinquante années après les faits, semble bien avoir trouvé le coupable, qui n’est autre que son père ! C’est à la mort de ce dernier, après avoir trouvé, à côté d’une photo de lui, deux clichés jusqu’alors inédits du Dahlia Noir, dans un petit album où son père ne rangeait que les images des personnes qui avaient le plus compté dans sa vie, que l’auteur de ce livre, ancien inspecteur du L.A.P.D. (la police de Los Angeles), intrigué, commença une enquête de trois années, établissant de façon presque certaine la culpabilité de son propre père : George Hodel. Si l’enquête menée par le fils est, en soi, des plus passionnantes, l’effrayante personnalité du père, que l’on découvre de page en page, l’est encore plus. George Hodel est un monstre de génie (on apprend d’ailleurs que son Q.I. était d’un point supérieur à celui d’Einstein). Lorsqu’il commet ses meurtres, car il en commit plusieurs (quelques dizaines, selon Steve Hodel), le tueur (en série, donc) a déjà plusieurs vies derrière lui : enfant, il fut un pianiste virtuose, connut Sergeï Rachmaninov, et fut choisi, à la place d’un adulte, pour donner un concert (il avait alors neuf ans) au L.A. Shrine Auditorium, à l’occasion du 14 juillet français. A quinze ans, mentant sur son âge, il fut chauffeur de taxi, ce qui, probablement, lui permit de nouer quelques liens avec la pègre locale. A la même époque, il fut également photo reporter, et couvrait essentiellement les affaires de meurtres, ce qui, selon toute vraisemblance, contribua beaucoup, vu son jeune âge, à installer dans son esprit le grand déséquilibre qui devait plus tard faire de lui un tueur. Vers vingt ans, il fut poète, édita une revue littéraire et se lia avec beaucoup d’artistes du moment. Entre autres langues, il parlait couramment le français, que lui avaient appris ses parents, des émigrés russes qui, entre eux, s’exprimaient dans cette langue. Il lisait Baudelaire et le marquis de Sade dans le texte. Il épousa, après plusieurs autres mariages, une femme (la mère de l’auteur du livre) qui avait d’abord été mariée à John Huston (avec qui George Hodel était très lié). Il fut également un grand ami de Man Ray, qui fit à de nombreuses reprises des photos de lui et de sa femme. John Huston, Man Ray et beaucoup d’autres personnes participaient aux parties de jambes en l’air que George Hodel organisait dans sa belle maison de Franklin avenue, à Hollywood. Après s’être détourné de la poésie, Hodel fit des études de médecine et se spécialisa dans les maladies vénériennes. Plus tard, il devint chirurgien. Il eut un moment, à titre honorifique, le grade de lieutenant général et porta un uniforme des Nations Unies, pour pouvoir traiter d’égal à égal avec des généraux nationalistes ou communistes, à une époque où il se trouvait en Chine, en tant que médecin de l’U.N.R.R.A, un organisme destiné à donner des soins médicaux aux populations ravagées par la guerre. Après cette courte carrière à l’étranger, il rentra à L.A. et ouvrit une clinique privée, dans laquelle il pratiquait clandestinement des avortements. C’est parce qu’il faisait partie d’un réseau d’avorteurs couvert par des membres importants du L.A.P.D., qui le protégeaient en échange de pots-de-vin, qu’il put quitter les Etats-Unis sans trop de difficultés quand les hommes enquêtant sur la mort du Dahlia Noir furent sur le point de l’arrêter. Après quoi, l’affaire fut étouffée. George Hodel continua sa vie à l’étranger, où il devint un homme d’affaire prospère. Des années plus tard, il revint s’installer aux Etats-Unis, où il mourut à plus de 90 ans (en 1999, je crois), libre. C’était un homme cultivé, élégant, collectionneur de femmes et d’art, mais un tyran domestique, assoiffé de sexe et, parfois, d’une violence terrifiante. Il y a, dans le Los Angeles des années 1950,  et dans cet homme, quelque chose de la Renaissance.



George Hodel


        Le meurtre du Dahlia Noir, dans toute son horreur, est étroitement lié à la culture et aux goûts artistiques de George Hodel. Il semble bien, à en croire l’auteur, que ce grand admirateur de l’œuvre de Man Ray s’inspira de deux photographies de ce dernier lorsqu’il exposa (c’est le cas de le dire), très en vue, dans la rue, le cadavre d’Elisabeth Short. Le corps avait été coupé en deux, de façon très sûre et très propre, comme seul un chirurgien peut faire, la lame du scalpel étant passée entre deux vertèbres, avec beaucoup de précision, sans laisser de marque dans l’os. La partie supérieure du cadavre paraît être une reproduction du Minotaure de Man Ray (1933). Les bras figurant les cornes sont disposés de la même caractéristique façon. Des lambeaux de peau ont été ôtés sous les seins, pour figurer les ombres de la photo. L’utérus a été enlevé ; peut-être est-ce un rappel de la grande ombre en forme de triangle se trouvant également sur la photo. Un large et repoussant sourire a été taillé dans la chair du visage, d’une oreille à l’autre. Selon Steve Hodel, ce sourire est une reproduction d’une autre œuvre de Man Ray, intitulée Les Amoureux, dans laquelle une vaste bouche se déploie dans le ciel. (Moins convaincant, mais possible.) Les photos du cadavre et celles de Man Ray portées au dossier que constitue l’auteur et présentées côte à côte sont particulièrement parlantes. La victime, avant de mourir, a subi des sévices proprement épouvantables,  dont certains sont les mêmes que dans Les 120 journées de Sodome. Par exemple, on lui a fait manger ses excréments, à moins que ce ne soient ceux du tueur. Et selon Steve Hodel, il est possible que la date où fut retrouvé le corps du Dahlia (le 15 janvier) ait à voir avec le récit de la quinzième journée du texte de Sade. Cette phrase, en particulier, semble hélas avoir beaucoup inspiré le tueur : « Il se retourne et, de ses doigts, enfonce autant qu’il peut dans le vagin entrouvert le sale excrément qu’il vient de déposer. »



Le Minotaure


        Cette proximité de l’art et du meurtre est troublante. D’après Patricia Cornwell, qui a enquêté sur Jack l’éventreur, le tueur de Londres aussi était un artiste, un peintre assez connu des amateurs, un certain Sickert, qui mourut dans les années 1940. Comme Jack l’éventreur, le tueur du Dahlia Noir écrivit des lettres à la presse et à la police. Ces lettres sont d’ailleurs parmi les éléments de preuve les plus convaincants que soumet Steve Hodel à ses lecteurs : le tueur et George Hodel ont la même écriture, qui est d’une tenue particulièrement rare.


        Et le temps : il y a quelque chose de vertigineux dans la pensée que Jack l’éventreur ait pu vivre jusque dans les années 1940 (autrement dit : jusqu’à l’époque où Hodel commettait ses meurtres) et le tueur du Dahlia jusque dans les années 1990. A un certain moment de son enquête, Steve Hodel est amené à interroger l’une des dernières personnes à avoir vu Elisabeth Short vivante : quelques heures avant sa mort, dans la nuit du 14 au 15 janvier 1947, cette dernière, qui se savait menacée par Hodel (qui était son amant, j’avais oublié de le dire ! et follement jaloux), avait abordé dans la rue, terrifiée, un agent de police, une femme encore vivante au moment de la rédaction du livre, et qui, à l’époque, s’était contentée de conduire la pauvre jeune fille à l’abri d’un bar fréquenté, d’où le Dahlia ressortit quelques instants plus tard, pour aller à la rencontre de son destin. Le fils du tueur s’adressait à la dernière personne encore en vie à avoir vu Elisabeth Short vivante.


        Il n’y a pas de hasard. Si James Ellroy, dont je parlais tout à l’heure, a beaucoup écrit sur le Dahlia Noir, c’est parce que sa propre mère, Geneva Ellroy, fut assassinée quand il n’avait que dix ans, en 1958, et que les meurtres de ces deux femmes, meurtres non résolus dans chaque cas, se ressemblaient tellement que, dans son esprit, parler du Dahlia Noir, cela revenait à parler de sa mère. Or voilà que quarante ans après les faits, Steve Hodel démontre que, très vraisemblablement, à cause de plusieurs éléments, dont le modus operandi, Geneva Ellroy a été assassinée, soit par George Hodel lui-même, pendant l’une de ses escales à L.A. (où il lui arrivait, depuis sa fuite à l’étranger, de revenir, pour affaires) ; soit par son complice, dont je n’ai pas parlé ici, parce que tout est déjà bien assez compliqué comme cela ; soit par les deux. Non, il n’y a vraiment pas de hasard. Et la réalité peut aller bien plus loin que la fiction ! Maintenant, j’ai très envie de relire le Dahlia d’Ellroy.


        Mais qui sait, peut-être que tout cela n’est que la mystification d’un fils voulant régler ses comptes avec son père, fraîchement rendu ad patres

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Doublet de mon journal - mercredi 10 novembre 2004

        J’ai enfin Internet chez moi. Je ne sais pas si j’aurai longtemps les moyens d’y être abonné.

04:05 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Doublet de mon journal - mardi 9 novembre 2004

        Je me fais engueuler dans un courriel de Stéphane, qui se plaint de ce que je ne le lise pas avec assez d’assiduité. Pas facile, quand on n’a pas Internet chez soi. Mais cela devrait bientôt changer.

04:00 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

09/11/2004

Mont-de-Marsan, sinon le monde...

        Mont-de-Marsan, sinon le monde, est bien petit. J’apprends que le voisin de Julien, le nouvel actuel amoureux de ma sœur, n’est autre que Hieronymus lui-même, sur lequel j’ai peut-être tort de cracher tellement dans ce journal. Sa poule, bien plus que lui, en a après ma sœur, comme c’est moi, bien plus que ma sœur, qui en ai après lui. Finalement, c’est assez compréhensible : désormais, c’est un peu le même sang qui coule dans les veines de Hieronymus et de Julie, et qui les lie.

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Et encore un an...

        Et encore un an de plus, un an de moins. Mais cette fois-ci, je ne suis pas enrhumé. Armando, qui devait être ici pour mon anniversaire, est toujours retenu, à faire des choses que je ne préfère pas savoir. J’espère tout de même qu’il est toujours de ce monde : qu’il ne m’ait pas téléphoné pour mon anniversaire ne lui ressemble pas.

        Cet après-midi, pendant le cours que je donnais à une élève dont la mère tient un salon de beauté, cette dernière fait entrer dans la pièce où nous travaillons, mon élève et moi, une jeune cliente à elle, Maria, vingt-quatre ans, Espagnole, pour lui offrir un café et lui donner l’occasion de bavarder un peu. Ladite Espagnole, qui ne connaît personne ici, où elle apprend le français, nous explique, en effet, qu’il est extrêmement difficile d’aborder les gens et de nouer des liens en France, contrairement à son pays, où il serait très aisé, selon elle, de parler à des inconnus. A l’entendre, les Français seraient froids, distants, voire méfiants. Si cela est vrai, il me plaît d’être français. Mais il me semble que les Français ne le sont pas encore assez... Je déteste qu’on m’aborde ou s’adresse à moi sans me connaître (et même quand on me connaît, je n’aime pas ça).

        Curieusement, l’autre jour, Matio m’expliquait que cela ne se faisait pas, en Espagne, de fumer une ou deux bouffées à la cigarette d’un autre. Si l’on demande cela à quelqu’un (qu’on connaît tout de même), celui-là préfèrera donner une cigarette entière au quémandeur. Apparemment, les Espagnols se mélangent assez facilement, à en croire Maria, mais pas jusqu’à la salive, selon Matio. Tandis que les Français, qui n’aiment pas se mêler, ne sont pas très gênés d’avoir la salive d’un autre dans la bouche. Si du moins ce que Maria et Matthieu disent est vrai. 

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Je relis ce que j'écrivais...

        Je relis ce que j’écrivais hier et m’aperçois que tout cela n’est pas beaucoup moins imbécile que ce en réaction de quoi je l’écrivais. C’est probablement l’instinct grégaire qui m’a fait dire ces choses. Qui sait ce que je penserais si j’étais d’un autre troupeau ?

        N’empêche ! S’il est vrai qu’il y a une pensée dominante particulièrement étouffante pour des esprits libres, il y a pourtant aussi tous ceux qui ne pensent pas, ou du moins qui pensent si peu que cette prétendue pensée dominante les effleure sans doute, mais sans jamais les dominer, si j’ose dire… Par exemple, beaucoup d’hommes, bien que parfaitement conscients qu’il est désormais très mal vu (et accessoirement dangereux) de boire et conduire en même temps, boivent et conduisent tout de même, en se disant, par exemple, qu’ils ont bu, certes, mais pas tant que cela, ou qu’ils vont prendre le volant, d’accord, mais pour parcourir seulement deux kilomètres, et en pleine ville, comme si cela était moins dangereux, ce dont ils se convainquent très aisément. Ainsi, j’ai vu plusieurs fois Hieronymus (encore lui ! mais je ne pouvais pas manquer une si belle occasion de cracher encore sur lui !), par exemple un jour que nous nous rendions à Hossegor, où il avait un appartement, payé je crois avec l’argent que lui versa l’état en dédommagement de sa contamination, je l’ai souvent vu disais-je, maintenir avec ses genoux le volant de la voiture qu’il était en train de conduire, parce que ses mains étaient occupées à rouler des pétards et ouvrir des canettes de bière. C’était tellement acrobatique que c’en devenait beau. Mais les quelques bières que je devais moi aussi avaler, pour faire comme si Hieronymus n’était pas vraiment alcoolique et lui donner l’impression, si tôt le matin, d’un moment convivial, devaient enjoliver beaucoup les choses, ainsi que les entêtantes fumées de son shit.

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Je suis un peu agacé...

        Je suis un peu agacé (mais je m’agace d’un rien) par l’article daté du 30 octobre de Nicolas xxxxx, un blogueur que j’aime lire, pour l’esprit sainement rebelle et formellement juvénile de ses propos. Pourtant, lorsqu’il se met à parler du scandaleux (malgré lui, j’imagine) Buttiglione, je trouve les mots dudit blogueur franchement cons. Mais il est vrai qu’il arrive à certains hommes d’être cons du fait même de leur intelligence, sans que cela soit d’ailleurs une excuse. Bien sûr, il m’est difficile de ne pas réagir violemment aux propos de ce Buttiglione, puis à ceux de Nicolas xxxxx sur lui, étant moi-même ce que le premier appellerait sans doute un pécheur, puisque j’ai le goût presque exclusif des garçons, qui sont hélas, pour mon plus grand malheur, du même sexe que moi. Et non seulement pour mon malheur, mais peut-être bien pour l’enfer et la damnation, car je vois mal comment pourrait être sauvé quelqu’un de si établi dans le péché que moi et que mes semblables, étant bien connu que persevare diabolicum. Evidemment, je devrais trouver futiles ces considérations sur le péché, puisque je sais bien, moi, qu’il n’y a pas de Dieu dans le ciel, ni beaucoup d’hommes sur la terre, du moins tels que ce Dieu qui n’existe pas les voudrait. Néanmoins, je ne puis m’empêcher d’être sauvagement assoiffé du sang de qui s’amuse à dire, par exemple, que « l’homosexualité est un péché, mais que cela, etc., etc. ». Et je ne trouve pas, contrairement à Nicolas xxxxx, que la phrase de Buttiglione soit « somme toute anodine » (dit mon blogueur), au milieu de tant d’autres « qui se disputent l’audimat au quotidien dans notre cher pays », comme, entre plusieurs surprenants exemples donnés par le même, ce « quelle bande de connards de catholiques » plutôt amusant. Parfois, je me demande si tous ces blogueurs que j’aime lire ne regardent pas trop la télévision, s’ils n’écoutent pas trop la radio, ne lisent pas trop la presse ou même trop de livres. Parce que s’ils s’arrachaient un peu à  tous ces médias, ils se rendraient bien compte, d’eux-mêmes, que la vie au quotidien n’est pas tout à fait encore comme le pourrait faire croire l’audimat au quotidien. Dans la vraie vie de tous les jours, du moins dans celle de ma province, on n’entend jamais un homme se faire traiter dans la rue de connard de catholique parce qu’il en a trop manifestement l’air. Par contre, les minorités dont les misères ou aspirations seraient trop bien traitées au goût de certains dans les médias, ne sont pas si bien loties que cela dans la réalité. Ainsi, l’on me traite encore assez souvent de pédé, quand je marche dans la rue, sans rien demander à personne, voire de pute, comme faisait l’Arabe d’hier, sans que cela ne gêne beaucoup de monde ; au contraire, je suis bien forcé de constater que bien des personnes sont plutôt amusées de me voir insulter de la sorte. Elles sont au spectacle ! Et ces même gens ne sont pas très choqués non plus, si je jette timidement à la face de mon Arabe, pour me défendre un peu, quelques gros mots évoquant salement sa race…

 


Je ne trouve pas tellement gênant qu’on estime, dans le parlement européen, qu’un homme public, un homme politique, ne soit pas admis dans certaines fonctions, s’il pense certaines choses devenues aujourd’hui impensables (j’ose ce mot), ou plutôt, s’il dit si effrontément qu’il les pense. Sur ce sujet-là, il vaut encore mieux être hypocrite. C’est la meilleure façon de rester civilisé. Est-ce que je vais crier sous les toits, moi, que les gitans et Arabes du coin sont de sacrés fouteurs de merde, surtout s’ils sont jeunes, mais que ce n’est qu’une opinion personnelle, qui ne doit pas avoir de répercussion sur le badaud que je suis, ni sur ma façon d’aller par les rues de ma ville ? Bien sûr que non ! Je l’écris dans mon journal, bien à l’abri des regards, et c’est tout.

 


        Cela dit, Nicolas xxxxx fait bien de modérer un peu la portée des propos de Buttiglione : « Le péché, explique-t-il, est une notion qui inclut le choix de son mode de vie, dans l’optique d’un jugement et d’une rédemption, etc., etc. » Mais comment peut-on encore considérer sérieusement aujourd’hui comme un péché le fait d’être homosexuel ? A moins qu’on se trompe sur ce que c’est qu’être cela… Imaginons qu’un homme soit dans une chambre en feu. Tout le pousse à sortir de la pièce. Ce mouvement instinctif, c’est la vie, c’est-à-dire, le plus souvent, la recherche du plaisir ou de l’amour. La plupart des hommes, pour sortir de la chambre et échapper à la mort, ouvriront tout naturellement la porte de la main droite. Mais quelques-uns l’ouvriront de la gauche. Ceux-là sont des pécheurs… Il n’y a pas beaucoup plus de différences, du moins moralement (et même physiquement), entre un gaucher et un droitier, qu’entre un hétérosexuel et un homosexuel. Main gauche et main droite ont un même aspect, quoique inversé, inverti, et fonctionnent de la même façon, du moment qu’elles sont aussi agiles l’une que l’autre. Pareillement, hétérosexuels et homosexuels se connaissent (bibliquement, si j’ose dire) de manières assez semblables, même si certains ne le savent pas. Tout cela n’est qu’une question de peau, d’humeurs et de trous. Si péché il y a, il est généralement le même, qu’on soit homosexuel ou hétérosexuel. Bien sûr, le gaucher pourrait apprendre, par la volonté, à devenir droitier. Seulement, il n’en aurait pas le temps, dans cette chambre en feu. Les flammes le consumeraient. De même, l’homosexuel, qui lui, aurait toute la vie pour apprendre à ne plus l’être, oeuvrerait en réalité à sa mort. Si bien que si vraiment être homosexuel était un péché, pour l’homosexuel, ce péché serait tout bonnement de vivre, d’exister. Revenons à mon gaucher. Pourquoi serait-ce un péché d’être gaucher ? A vrai dire, la seule, l’unique raison serait que Dieu l’ait décidé. Est-ce donc parce qu’Il l’a décidé, que l’homosexualité est un péché ? J’en ai peur… Alors, si vraiment Dieu existait, il faudrait s’en débarrasser au plus vite, puisque ce serait lui ou moi. Par chance pour moi, justement, on s’en débarrasse assez bien dans ce petit coin du monde qu’est la France. Profitons-en, ça pourrait ne pas durer, vu les circonstances…

 


        Le père de famille qui aime tous ses enfants, sauf un, le gaucher, parce qu’il a décidé de sa grosse voix sans appel qu’il ne voulait que des droitiers chez lui, ne mérite-t-il pas qu’on lui coupe les couilles et qu’on les lui fasse bouffer, en même temps que ravaler sa parole ? Ne mérite-t-il pas qu’on lui ouvre le bide,  et qu’on le regarde se vider d’un coup de ses parties à peine digérées, de ses paroles et boyaux, jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Je sais bien que le bon Dieu n’a ni couilles ni ventre, mais c’est pourtant bien le sort qu’Il mériterait, la mort, si vraiment Il existait, et qu’Il avait décidé que certains hommes, parce qu’ils ne connaîtraient qu’une façon de vivre, seraient intrinsèquement des pécheurs, sauf s’ils choisissaient de renoncer à la seule vie qui leur ait vraiment possible pendant le temps de leur existence sur terre. Franchement, Dieu, être tué pour cette idiote affaire de pédés, ce serait tout de même ballot. S’Il tenait à Son éternité, et s’Il avait un peu de bon sens, ne renoncerait-Il pas à condamner l’homosexualité, tout bonnement, pour échapper à cette mort ? En d’autres temps, non, bien sûr. Il pouvait autrefois se permettre pareille tyrannie. Mais aujourd’hui, en ces temps de liberté et de démocratie, les hommes, du moins ceux de chez nous, ne sont disposés à écouter Dieu (si tant est qu’Il puisse encore parler), que s’Il leur dit ce qu’ils veulent bien entendre. S’Il existait, et s’Il voulait remonter dans les sondages, Il se ferait démagogue, en quoi Il serait plus fin politique que ce Buttiglione qui, estimant que ce qu’il pense du péché d’homosexualité ne doit pas avoir de répercussion sur son action politique, aurait mieux fait de ne rien dire du tout sur le sujet, tout simplement, puisque c’était bien l’homme politique qui parlait alors. Franchement, aurait-ce été très sérieux de nommer dans l’important poste qu’il briguait, quelqu’un d’assez naïf pour croire qu’on l’y laisserait s’installer malgré des paroles qui ne pouvaient que paraître scandaleuses à la majorité et qui mettraient ceux qui le proposaient aux parlementaires dans une position bien délicate ? Un tel homme a-t-il vraiment sa place sinon en politique, du moins dans les sphères du pouvoir ?

 


        Mais Nicolas xxxxx a entièrement raison sur un point : c’est que tout le monde est voué à devenir pédé, à terme. Pas du point de vue sexuel, bien sûr, mais de tous les autres points de vue, ce qu’on appelle le milieu gay n’étant généralement que le laboratoire dans lequel on expérimente la société colorée, festive et atrocement vulgaire qui doit devenir celle de tous. Et de fait, régulièrement, quoique avec un léger décalage dans le temps, on constate que les masses se mettent à s’habiller comme des pédés, à prendre soin de leur peau comme des pédés, à danser comme des pédés, à écouter des musiques de pédés, et même, à force de baiser comme des pédés, à attraper des maladies de pédés. Et ainsi de suite. Tout cela montre à quel point celui qui n’est pas pédé  n’est tout de même généralement rien de plus qu’une lopette, puisque étant prévenu à l’avance de la pauvreté de l’esprit gay et de la laideur de son esthétique, il s’y soumet pourtant et l’adopte sans lui opposer la moindre résistance et souvent même très volontiers.

 

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En rentrant d'un cours...

        En rentrant d’un cours que je donnais cet après-midi, je croise dans la rue un groupe d’enfants affreusement grimés. Le plus surprenant n’était pas tant leur maquillage (je crois qu’on fête en ce moment Halloween) que la façon très polie dont ils s’adressaient à un monsieur d’un certain âge. Je ne pensais pas que cela se rencontrait encore, des enfants bien élevés. Ah ! Il fallait entendre ce « bonne journée à vous, Monsieur », dit d’une voix parfaitement aimable et claire ! On se serait cru dans un film américain pour tous publics.

        Un peu plus tard, je n’ai pas vraiment compris pourquoi s’en est pris à moi ce qu’il me faut bien appeler un Arabe (il n’y a pas d’autre mot), jeune et d’ailleurs fort beau, comme le peuvent être ceux de sa race, mais manifestement débordant d’une haine congénitale. Il était tellement furieux contre moi, qu’il n’arrêtait pas de me crier dessus que j’avais l’air d’une pute ! C’était plutôt lui qui en avait bien l’air, avec son crocodile vert sur la poitrine. Si ça se trouve, ses vêtements coûtaient même plus d’argent que les miens ! S’il n’est pas entretenu, c’est qu’il les a volés, enfin, j’imagine… Je lui ai conseillé, assez sottement, je dois dire, de retourner, rapidement si possible, dans son pays. Que n’avais-je pas dit ! Cela n’a fait que redoubler sa colère. Il m’a demandé si je ne voulais pas, par hasard, qu’il me casse la gueule devant tout le monde. J’ai tenté de le raisonner en lui expliquant que si la police le retrouvait, après un tel forfait, elle n’apprécierait sans doute pas que ce qui ne serait probablement à ses yeux rien de plus qu’un melon s’amuse à violenter la bonne poire que je suis. Bizarrement, cet argument a dû lui sembler pertinent, parce qu’il est parti, après tout de même quelques autres petits mots gentils à moi destinés. Je l’ai échappé belle. J’avais tellement peur que mes deux jambes claquaient l’une contre l’autre, comme des dents. Heureusement que cet Arabe n’est pas passé à l’acte, sinon je n’aurais pas pu donner à mes amis le dîner auquel je les avais invités chez moi ce soir, et qui s’est d’ailleurs fort bien passé.

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31/10/2004

Hier, Julie donnait...

        Hier, Julie donnait un dîner à ses amis, et je me suis donc retrouvé avec ma mère sur le dos, « qui ne voulait pas déranger », disait-elle, sans penser un instant que c’était justement ce qu’elle faisait avec moi. Nous sommes allé dans le restaurant indien qu’elle aime particulièrement. L’acarien Hieronymus est revenu sur le tapis, sans doute parce que nous parlions de responsabilité et de culpabilité, ces sujets à la mode. Elle me dit qu’elle n’en veut pas au garçon, mais plutôt à son entourage, qui par son silence,  l’a mené tout droit dans le déni. Il y a sans doute beaucoup de vrai dans cela. Je ne me rappelle pas avoir entendu la maudite mère de Hieronymus prononcer une seule fois le mot de sida, trop occupée qu’elle était à séduire médecins, notaires ou pharmaciens, à se faire inviter au tournoi de Rolland Garos ou à s’agripper au bras du mâle le plus proche (une fois ce fut moi) quand un torero se faisait un peu bousculer dans l’arène. Pour cette patronne d’un salon de coiffure pas très grand, pour cette petite dame rêvant de notabilité, et dont la plus grande réussite fut sans doute de devenir la veuve d’un médecin très aimé du coin, il n’y avait pas de place pour le sida entre son yorkshire et son veuvage. L’hémophilie, c’était plus propre. Et de fait, jusqu’aujourd’hui, Hieronymus a bien plus souffert de cette maladie que de son sida. Il n’empêche que c’est ce sida, si jamais il se souvient qu’il l’a dans le sang, qu’il risque de donner un peu partout, comme il a fait à ma sœur, et non l’hémophilie !

        Demain, c’est à mon tour d’inviter chez moi Matio et Julie.

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Je reçois un courriel...

        Je reçois un courriel un peu plus serein d’Armando, qui me parle des « chemins dromadaires de la France ».

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Nouveau fait divers...

        Nouveau fait divers, qui nous montre que les enfants sont loin d’être ces innocents qu’on voudrait croire. Encore récemment, dans un grand procès de pédophiles (qui finalement ne l’étaient pas tous), on s’était aperçu que non, la vérité ne sortait pas toujours de la bouche des enfants. Cette fois-ci, comme de tout petits ont agressé dans la cour de leur école maternelle et avec la plus grande violence une de leur camarade, on découvre ce que, de toute façon, l’on savait au moins depuis La Bruyère : les enfants « ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. »

18:43 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

24/10/2004

Ce midi...

        Ce midi, visite de quelqu’un dont je tairai le nom, pour ne pas le mettre dans une situation plus délicate encore vis à vis d’amis à lui, qui, s’étant aperçus que je parlais d’eux dans ce journal, et n’ayant pas apprécié la teneur de mes propos, l’envoyaient chez moi, pour me demander de les effacer, sous prétexte qu’ils pourraient leur nuire. Comme j’ai beaucoup de sympathie pour cet émissaire, qui semblait d’ailleurs fort embarrassé de sa mission, je ne fais pas d’histoires : j’accepte de plaire à tout le monde. Pourtant, il me semble que je ne disais que du bien de ces personnes (c’était le 13 février et le 28 mai de cette année). Simplement, je me permettais de les montrer en train de consommer des substances illicites, puisqu’elles l’avaient fait devant moi, alors qu’elles ne me connaissaient même pas, comme si cela était tout à fait entré dans les mœurs de consommer lesdites substances sans se cacher. J’avais naïvement déduit que leur vice affiché n’était pas un secret ! Je me trompais.

        Je dois dire que je serais bien moins étonné, si de telles exigences de discrétion venaient de ce toujours aussi vivant cadavre de Hieronymus, dont je déguise à peine le nom, et à propos duquel il m’arrive de dire des choses beaucoup plus embarrassantes, comme par exemple qu’il aimerait bien qu’on ne sache pas qu’il a donné le sida à ma sœur en parfaite connaissance de cause (depuis le temps qu’il se savait infecté, c’est à savoir depuis l’époque du sang contaminé !). D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi il s’inquiète tellement, puisque les gens n’entendent jamais ce qu’ils ne veulent pas qu’on leur dise. Et Hieronymus est beaucoup trop sympathique aux habitants de cette ville, pour qu’on m’entende jamais. Et puis, maintenant que j’y pense, je ne vois pas comment ni lui ni sa clique pourraient découvrir mon journal, ces gens-là ne fréquentant généralement l’Internet que pour y trouver des images pornographiques ou de la musique gratuite. Et même s’ils tombaient sur une de mes pages, je crois qu’ils n’en comprendraient pas le contenu, à cause de la longueur des phrases.

        Je vais donc chez ma mère, pour faire la censure qu’on me demande, et j’en profite pour lire les blogues habituels. Je m’aperçois alors que le Stalker a sorti mon nom de sa colonne de zones virtuelles de résistances, ce qui ne m’étonne qu’à moitié : j’avais été plutôt bien surpris de m’y retrouver, n’ayant jamais été (trop occupé que je suis de ma petite personne) ce qu’on peut appeler exactement un résistant ; la preuve : il suffit qu’on vienne frapper à ma porte et qu’on me demande de ne pas écrire telle ou telle chose dans mon journal pour que j’obéisse !

        Puisque j’ai parlé de ma sœur et de son sida, j’en profite pour ajouter que finalement, la banque accepte de lui prêter l’argent dont elle avait besoin : elle ne sera tout bonnement pas assurée. Je ne sais pas si l’on peut parler d’injustice, Julie ne s’étant pas beaucoup informée, auprès d’une association par exemple, pour savoir s’il n’existait pas d’autres solutions.

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Je peine à avancer...

        Je peine à avancer dans ma maudite nouvelle. Et je commence à me poser la question : si je ne la termine pas d’ici l’arrivée d’Armando, comment le pourrai-je, avec lui dans les pattes ? On verra bien.

        Je lis l’interview de Dantec que mène par courriel Juan Asensio. La proximité, le temps de ma lecture, de ces deux écrasantes intelligences (intelligences encore vivantes, veux-je dire), qui se rencontrent avec tellement de bonheur (« Vous voulez que je vous dise la vérité », s’exclame d’ailleurs Dantec, après un question du très adéquat interviewer : « je suis pétrifié devant ce que vous me dîtes. Je veux dire que c’est très exactement ce que etc. ») me fait me sentir encore plus petit et désemparé devant la vaine et sourde nouvelle que j’ai à écrire, et que je regrette presque d’avoir commencée. L’idée de départ en est d’ailleurs parfaitement ridicule. J’étais l’autre jour en train de lire La Chute de la Maison Usher, quand l’image de lady Madeline passant dans la chambre de Roderick me rappela  tout à coup ma propre grand-mère, réduite à l’état d’ombre par la maladie d’Elsheimer, et errant comme un fantôme dans sa maison, ou autour d’une table… Puis ce mot de fantôme appliqué à ma grand-mère, me fit souvenir de la cruelle idée que j’avais eue un jour, ou plutôt une nuit (dans le but de me divertir de l’ennui dans lequel m’avait plongé quelque insomnie), de me dissimuler sous un grand drap blanc, et d’entrer subrepticement dans la chambre de la pauvre vieille dame, en faisant des bruits de revenant, pour lui causer une frayeur que j’espérais des plus grandes, grâce à l’égarement déjà si complet que lui causait la maladie. (Je devrais en rougir, mais je n’étais plus un enfant depuis déjà longtemps, quand me vint l’idée de ce déguisement et de cette mise en scène, qui furent une réussite totale, bien que j’en fusse le seul spectateur, avec ma victime, cela va sans dire, mais elle n’en a pas gardé le moindre souvenir. D’ailleurs, qu’elle ne pût pas s’en souvenir me permit de jouer plusieurs nuits de suite ma macabre petite pièce, qui me faisait hélas beaucoup rire, et encore aujourd’hui que j’y repense !) Mais je m’égare. Telle fut donc l’idée de départ du Dernier des Mortimer : un jeune homme livré à l’ennui, imaginant de se déguiser en fantôme (ce qu’il est d’ailleurs déjà, tant sa vie n’est qu’une ombre de vie), est cause que sa grand-mère, à laquelle il a voulu jouer un mauvais tour, meurt de terreur. Le grand-père venge la mort de sa femme de terrible façon. Et je brode autour. A cela s’ajoute l’inceste des parents du jeune homme (orphelin), qui étaient frère et sœur. Et le jeune homme caché au monde par sa famille, d’où que sa vie est une ombre de vie. Et le grand-père qui trouve dans la mort de sa femme une bonne occasion de se débarrasser enfin de son petit-fils. Et l’habitude du terrible paterfamilias (et de mon propre grand-père) de ne pas dormir dans sa chambre, mais sur son lit de camp, au grenier ou dans la cave. Et la complainte de La Blanche Biche récrite par moi. Et le véritable fantôme que devient le jeune homme une fois mort, entièrement fait de larmes. Et ce paysage qui m’est bizarrement cher d’un saule pleureur au bord d’un lac et abritant une tombe ; on le trouve aussi dans mon Adonis avorté, et peut-être même déjà dans mes Contes du royaume d’à côté ; paysage qui donne ici le nom de Mortemare à mes personnages). Bref, je recycle. Mais péniblement, comme je disais. Une question, tout de même : est-il possible de raconter cette invraisemblable quoique véridique anecdote du garçon qui, par désoeuvrement, se déguise en fantôme, sans faire rire ?

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Deux heures du matin...

        Deux heures du matin. Le téléphone sonne. Avant même de décrocher, je sais que c’est Armando. Qui d’autre que lui oserait se croire autorisé à m’appeler à pareille heure ? Bien sûr, je ne lui ai jamais explicitement permis cette extravagance. Mais il me connaît assez pour savoir qu’il n’est pas possible que je dorme à deux heures du matin. D’ailleurs, à cause du décalage horaire entre le Mexique et la France, il faisait toujours nuit, ici, quand nous nous rencontrions électroniquement. J’entends, aux tremblements de sa voix, qu’il est inquiet, voire franchement effrayé. Je me demande jusqu’à quel point il me met en danger en me téléphonant depuis un endroit où il ne devrait se trouver sous aucun prétexte. Il croit me rassurer en me disant qu’il effacera mon numéro de téléphone à la fin de la communication. C’est donc pire que ce que je craignais : je comprends, aux explications qu’il me donne, qu’il appelle en douce, avec un téléphone portable qui ne lui appartient pas… Il me dit qu’il pense être libéré dans une dizaine de jours. J’espère qu’il sera vraiment libéré. Je crains un peu de le voir arriver chez moi avec tous ses problèmes dans ses valises. J’essaie de m’interdire de le juger. Après tout, qui suis-je, pour condamner depuis ma tour d’ivoire quelqu’un qui se débat vraiment avec la vie ? Et puis, ce long périple hors du Mexique, et qui l’a conduit à Francfort, Rome et Nice, ne mène-t-il pas « tout droit » jusqu’à moi ? Moi qui ne sortirai pas même de Mont-de-Marsan pour le voir ? Moi qui ne lui parle que français ? Moi qui suis un monstre d’égoïsme ?

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J'avance péniblement...

        J’avance péniblement dans Le Dernier des Mortimer, la nouvelle commencée récemment (mais il est vrai que j’avance péniblement dans tout le peu que j’entreprends). Tout naturellement, je m’aperçois que mon personnage central est le fruit d’une amour incestueuse : comme si, dernier de sa race, il fallait qu’il ne fût issu que de cette race. Je donne à ses parents les deux beaux noms que portent le frère et la sœur dans la Complainte de la Blanche Biche. Je compte mettre en épigraphe mon approximative traduction des vers de Sophocle :

 

Nous autres les vivants, nous ne sommes rien qu’ombres,

Que fantômes légers, que gravats et décombres.

 

Edgar Poe, lui aussi, cite Sophocle en exergue de je ne sais plus quel conte.

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Comme chaque dimanche...

        Comme chaque dimanche, je mets à jour mon site personnel, ou plutôt, j’y ajoute les dernières lignes de mon journal intime, qui est depuis un certain temps maintenant la seule partie vraiment vivante dudit site. Mais je renonce à en publier les doublets dans le blogue créé à cet effet, dont le fonctionnement me semblait excessivement lent à l’heure où je tentais de le faire. Mardi, peut-être.

        Je reçois un courriel d’Armando, qui me rappelle soudainement, et alors que je ne m’y attendais pas, que la réalité du monde est souvent terrible. Ce que je lis dans son message, mais que je ne peux écrire dans un journal hebdomadairement publié, jette dans mes yeux facilement effrayés une  grande ombre inquiétante, en même temps que s’avance celle glacée de la saison triste, que je déteste.

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19/10/2004

Il commence à faire vraiment froid...

        Il commence à faire vraiment froid. Même ma mère, qui, pourtant, contrairement aux vieilles ordinaires, a toujours chaud, dit ces mots : « C’est l’humidité qui nous transperce ! »

18:40 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Ce soir, je mange...

        Ce soir, je mange avec ma mère, en tête à tête. (Julie et son nouvel actuel amoureux, qui s’appelle Julien, étaient invités à dîner chez Emmanuelle.) Rien d’extraordinaire au menu, mais enfin, cela change des pâtes. Pélagie réussit à voler une tranche de jambon, que je lui reprends aussitôt. Cette bête qui, d’habitude, ne quémande pas le plus petit bout de rien chez moi, se met à voler tout ce qui se peut manger chez ma mère.

18:39 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Il me semble qu'il est souvent question...

        Il me semble qu’il est souvent question d’inceste à la télévision, ces temps-ci. Des femmes, à moins que ce ne soit à chaque fois la même personne (je n’ai pas la mémoire des visages ni des noms, ni d’ailleurs de tout le reste), viennent dans diverses émissions parler de ce sujet absolument tabou, disent-elles, c’est-à-dire dont il ne serait pas possible de parler, alors même qu’elles sont pourtant justement en train de le faire… J’imagine qu’elles veulent dire qu’il n’est pas possible de parler de l’inceste quand on en est victime (ou coupable). Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y ait toujours dans l’inceste, à les entendre, une victime et un coupable. Le véritable sujet tabou, celui dont on n’ose absolument pas parler, c’est plutôt, me semble-t-il, l’inceste entre des personnes, toutes les deux victimes ou coupables (tout dépend de la sévérité du regard qu’on porte sur elles) de cet inceste. Il existe bien des incestes consentis de part et d’autre ? Sans doute n’imagine-t-on pas ce consentement réciproque entre un père et une fille, un fils et sa mère, à cause du rapport de forces (inégales) que la différence d’âges suggère, mais après tout, une histoire d’amour n’est-elle pas souvent un rapport de force ? Je n’ai jamais pu me résoudre à regarder avec dégoût une histoire d’amour, même physique, entre deux frères, deux sœurs ou un frère et une sœur, du moment que les forces en jeu sont égales. Et même, cela fait longtemps que je pense que si j’aime les garçons, c’est parce que j’ai manqué, parce que je manque encore d’un frère avec qui coucher. Je me rends bien compte qu’il y a quelque chose de choquant, pour quelqu’un de facilement choqué, dans ce « frère avec qui coucher ». Pourtant, je ne puis m’empêcher de voir dans ces mots une grande et profonde vérité me concernant.

        A la limite, je comprends qu’on soit horrifié par certains fruits repoussants qui pendent parfois aux branches d’une amour incestueuse. Mais qui élève des taureaux de combat, ou même des chiens de race, doit bien savoir que croiser un sang avec lui-même peut aussi faire ressortir le meilleur de la lignée, et non toujours le pire.

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Les copines lesbiennes...

        Les copines lesbiennes de ma mère viennent chez moi, pour m’aider à fixer au mur des rayonnages destinés à recevoir une partie de mes livres. Je regarde faire ces deux filles bien plus adroites que moi. Le soir, je range lesdits livres. Cela me fait comme un grand soulagement. Tous ces volumes n’ont pas leur place dans des cartons. Même si la plupart d’entre eux doivent rester longtemps fermés, il faut qu’ils soient à portée de main, pour qu’on puisse les ouvrir dans la minute, si besoin. Les cartons vides recevront bientôt d’autres livres, qui sont encore chez ma mère pour l’instant. Je n’avais pas assez d’argent pour acheter tous les rayonnages qu’il aurait fallu.

18:37 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10/10/2004

Laurence et Myriam...

        Laurence et Myriam sont à Mont-de-Marsan. Je les verrai peut-être demain.

        Il y a plus ou moins régulièrement, comme en ce moment, des périodes où je suis presque entièrement absent de ce journal. Est-ce à dire que je suis plus présent dans ma vie ? Pas sûr.

20:15 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Je reçois plusieurs livres...

        Je reçois plusieurs livres que j’avais commandés sur Internet grâce aux numéros inscrits sur la carte bancaire de ma mère, pendant qu’elle était au Maroc avec ladite carte, (magie de la technique !). Ce sont des romans de Barbey, dont je ne commencerai pas la lecture avant plusieurs jours, étant pour l’instant encore en plein milieu de Villa Vortex.

        J’apprends que, parce qu’elle est séropositive, on a refusé d’assurer ma sœur qui, devant bientôt acheter un appartement, souhaiterait obtenir un prêt bancaire. Ma mère me dit qu’elle ne comprend pas pourquoi il n’est pas possible de créer une clause annulant le contrat d’assurance dans le cas d’un décès dû au sida uniquement, mais pas dans celui d’une mort accidentelle, par exemple. J’imagine qu’il est dans l’intérêt de la banque de prêter l’argent, et donc, de trouver une solution. Mais peut-être ai-je trop d’imagination…

20:14 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

En ce moment...

        En ce moment, pas grand-chose. J’écris une nouvelle, une histoire de fantôme. J’allais dire un pastiche de Poe, mais seulement pour l’atmosphère… Je ne pense pas qu’Edgar Poe aurait conduit son récit comme je fais. Disons que c’est en lisant La Chute de la Maison Usher l’autre soir que, je ne sais plus trop comment, l’idée m’est venue de cette nouvelle. Si je la termine, je la publierai dans mon blogue De Profundis.

20:14 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Je reçois une lettre...

        Je reçois une lettre d’Armando, postée de France. Il se rapproche.

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Ma mère et ma soeur...

        Ma mère et ma sœur rentrent du Maroc ; je retourne chez moi.

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03/10/2004

Insomnie...

        Insomnie. Nuit blanche. Avant de me rendre au cours que je devais donner à onze heures, je vais acheter deux livres, que je ne paie finalement pas, parce que je suis arrivé à la fin de ma carte de fidélité. Je passe le reste de la journée dans un état presque second, les idées encore plus opaques que d’habitude, par manque de sommeil.

        Affalé devant cette affreuse catin de télévision, je découvre une nouvelle émission sur la première chaîne, intitulée Queer (tout un programme !), dans laquelle des homosexuels propres et vêtus de neuf apprennent à des hétéros honteux, ternes et larmoyants, à se comporter, s’habiller et vivre comme des hommes modernes, c’est-à-dire, j’imagine, comme ce qu’on appelle des « métrosexuels » dans les revues pour bonnes femmes que lit ma mère. Désormais, la preuve est faite : les hétéros aussi sont des lopettes largement putes sur les bords, puisqu’ils se laissent tripoter apparemment sans vergogne par toute une troupe de pédales hurlantes évaporées, en échange du déguisement qu’on leur fait endosser. Tout de même, le petit hétéro, d’ailleurs fort agréable à regarder, n’est pas allé jusqu’à se laisser doigter par ces effrayantes créatures, ce qui est bien, je crois, une gageure, car elles étaient, m’a-t-il semblé, très entreprenantes avec leurs mains baladeuses. J’abhorre ces agités du croupion, auxquels on pourrait peut-être m’associer (insupportable idée), parce qu’il m’est arrivé d’en enculer. Le blondinet monté sur ressort est particulièrement exaspérant. Il donne envie qu’on lui enfonce des bâtons de dynamite où je pense, pour qu’il ait une bonne raison de sauter partout comme il fait. A la fin, le pavillon de banlieue de l’hétéro beauf métamorphosé en pop star des week-ends karaoké est meublé et décoré comme chez Lenny Kravitz. Le garçon sait préparer la cuisine qu’affectionne la chanteuse Madonna. Et sa petite amie, une grasse blonde décolorée, serrée dans du cuir, comme une putain de bas étages, est demandée en mariage. Quant aux pédés, qui ne rêvent tous que de mariage, justement, ils applaudissent, la larme à l’œil.

        Si je parle de cela, c’est parce qu’on est déjà samedi et que c’est demain que je dois publier ces pages de mon journal sur Internet : or je m’aperçois qu’elles sont presque vides…

18:53 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

Je suis donc en ce moment...

        Je suis donc en ce moment chez ma mère, entouré seulement de sa chienne, de la mienne et des deux chats. Tout à coup, le téléphone sonne. Je décroche. C’est mon père, tout content de tomber sur moi, qui ne suis plus censé habiter ici et dont il n’a plus de nouvelle depuis mon déménagement. Evidemment, il me demande si je n’ai pas le téléphone dans mon appartement, et bien sûr, au lieu de lui mentir, je lui réponds que si, et lui donne mon nouveau numéro… Ce que je peux être bête parfois ! Maintenant, je vivrai dans l’angoisse de ses appels ! Il me pose les mêmes questions que d’habitude, sur ma vie, mes projets, etc., et comme toujours, je ne sais pas quoi lui répondre, n’ayant ni projets ni vie au sens où il l’entend. Il me demande si j’ai besoin d’argent, et comme un con que je suis, je lui réponds que non.

18:51 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

C'est tout de même manquer beaucoup...

        C’est tout de même manquer beaucoup de modestie que de me comparer à Barbey, même si je dis que je ne lui arriverai jamais à la cheville, ce qui d’ailleurs va trop de soi pour mériter d’être écrit. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Encore cette nuit, en lisant Une page d’histoire, je tombe sur cette phrase dans laquelle l’auteur dit que la famille de Ravalet, en s’essuyant de l’ignominie de porter son nom, « se tua et mourut avant d’être morte », et c’est alors une autre phrase de moi (du même livre que je n’ai pas écrit que j’évoquais hier) qui me revient à l’esprit : « ça m’a donné l’impression qu’ils étaient en train de le tuer avant de le tuer. Je n’ai plus supporté qu’il ait à subir vivant sa mort, etc. » Plus tard, vers le matin, mais dans Une histoire sans nom cette fois, je trouve encore celle-là : « Elle voyait déjà poindre le hideux idiotisme à travers cette fille, morte avant d’être morte… », et mes yeux se détournant un instant du livre restent bêtement dans le vague, comme deux bouches bées…

18:49 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

26/09/2004

Je lis Les Diaboliques...

        Je lis Les Diaboliques, et je suis émerveillé par cette prose enluminée comme une nuit dans laquelle brillent des lumières derrière les vitres des maisons. Comme lorsqu’on observe la vie des gens, le soir, derrière leurs fenêtres, et que, pensant suivre des yeux une personne marchant d’une pièce à l’autre, on est surpris d’en voir apparaître une seconde derrière la vitre suivante, qui n’a peut-être rien à voir avec la première, parce que le regard est plongé dans l’intimité d’un nouvel appartement ; pareillement, on passe par bien des détours avant de découvrir où Barbey comptait nous mener. D’ailleurs, une fois arrivé, on s’aperçoit qu’on ne sait pas très bien où l’on se trouve : le mystère est à la fin plus grand qu’au début. Il arrive parfois qu’une lecture me tue, parce que chaque page semble me crier que je ne serai jamais capable d’en écrire de si belle. Celle de moi dans laquelle un personnage veut s’enduire le corps de la boue que forme avec la terre le sang versé de son ami émasculé est bien petite à côté de celle où la duchesse de Sierra-Leone tente d’arracher à deux chiens qui se le disputent le cœur de son amant pour le manger.

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L'apprentissage de Pélagie...

        L’apprentissage de Pélagie que je disais l’autre jour se passe mieux que j’osais l’espérer. D’ailleurs, il est quasi terminé. Maintenant, il faudrait que je lui apprenne à rester seule une ou deux heures, ce qui risque d’être plus difficile, parce que la bête a toujours vécu soit avec quelqu’un près d’elle, soit avec une autre bête (la chienne de ma mère). Si je descends une minute dans l’entrée de mon immeuble, pour aller chercher mon courrier, je l’entends pendant tout ce peu de temps, hurler comme si je l’avais abandonnée. Et quand je suis revenu (au bout d’une simple minute, donc), l’animal me fait une fête étourdissante, comme s’il ne m’avait pas vu depuis des mois. La peur de se retrouver seule lui est si grande, que lorsque j’ai prévu de sortir de chez moi (avec elle), Pélagie le devine une ou deux heures à l’avance, et traîne autour de moi sa canine inquiétude. Les chiens sentent d’instinct les départs imminents. Je n’oublierai jamais le regard implorant de Coccymèle, les jours qui ont précédé sa mort. Elle sentait son propre départ arriver.   

21:30 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

J'achète quelques livres...

        J’achète quelques livres, ce que je regrette aussitôt, n’ayant plus guère les moyens de faire de telles dépenses. Un roman qui vient de paraître, un petit livre à  2 € et un livre de poche me coûtent 24,20 € en tout. Soit l’équivalent de ce que j’ai acheté dans un supermarché discount pour une quinzaine de jours à peu près (mais il est vrai que je mange souvent des pâtes…). Beaucoup d’argent part dans les abonnements EDF et France Telecom. Rien que la création d’une ligne téléphonique m’a coûté 46,12 € ! Je me demande bien quel geste technique peut coûter autant ! Si bien que ma toute première facture France Telecom que je viens de recevoir, avec l’abonnement pour les deux mois à venir (du 16/09 au 15/11 : 26 €) et celui pour la première quinzaine écoulée s’élève à 78,28 €, alors que je n’ai téléphoné de chez moi que trente secondes depuis mon installation et que personne ne m’appelle, puisque j’ai très peu d’amis et guère plus de relations ! La grande question que je me pose, c’est si je consommerai beaucoup d’électricité pendant l’hiver. Il me semble que mon appartement est bien isolé, d’autant que la véranda constitue une sorte de double vitrage. On verra bien. Dans l’ensemble, j’arrive à ne pas dépenser trop d’argent. Evidemment, je n’ai pas encore eu à payer les impôts locaux, la taxe foncière ni les charges de co-propriété…

        Sans doute y aurait-il beaucoup moins de pauvres parmi mes contemporains s’ils étaient moins frileux et ne pensaient pas qu’à faire ripaille ou téléphoner à leurs semblables. Au fond, qu’est-ce qu’un pauvre ? Quelqu’un qui souffre de ne pas avoir le même confort et les mêmes plaisirs qu’un plus riche que lui. (A moins qu’il ne souffre que du regard qu’on porte ou qu’il croit qu’on porte sur lui. Moi aussi, il m’arrive d’avoir un peu honte de moi devant quelqu’un qui ne comprend pas que je ne fasse rien dans la vie. Mais bizarrement, quand il m’arrive à moi de ne pas comprendre que quelqu’un fasse quelque chose dans la sienne, celui-ci n’a alors jamais honte de lui…) Il est probable que la notion de pauvreté soit toute relative et varie selon les époques et les endroits. Ce qui ne change pas, c’est la misère, qui implique partout le même dénuement. Mais la plupart des pauvres d’ici ne sont plus miséreux depuis belle lurette. Un Rmiste serait sans doute un petit Crésus au milieu des pauvres d’autres continents. Comme je l’écrivais un jour dans mon blogue de pédé que je compte rouvrir bientôt : « Désormais, si nous sommes pauvres, c’est parce que nous manquons de tout ce que nous ne possédons pas encore. Nous sommes pauvres, parce que nous voudrions toujours avoir plus ».

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J'écris quelques vers...

        J’écris quelques vers lointainement inspirés du De Profundis : « Depuis les profondeurs, je t’appelle, internaute… » Je compte rouvrir avec eux mon blogue de pédé, dans lequel j’avais mis en scène ma mort virtuelle. J’avais annoncé que je reviendrais tout de même parfois, sous forme d’ombre, y écrire encore quelques petites choses. Mais il fallait bien laisser passer un peu de temps pour que cette mort ait l’air sérieuse. Un mois bientôt se sera écoulé. Je crois que c’est à peu près le temps qu’il faut aux chairs pour se décomposer tout à fait dans le cercueil. Réouverture dudit blogue prévue donc pour le 29 septembre, ce qui tombe plutôt bien, puisque je serai alors installé quelque temps chez ma mère, qui sera au Maroc, et que j’aurai donc une connexion Internet à ma disposition. Blogue avec un nouveau titre : De Profundis, justement, blogavi ad vos, lectores. J’ai bien peur que le contenu ne soit pas à la hauteur d’un tel titre… Sans doute n’y écrirai-je qu’une fois par semaine (le dimanche, j’imagine), ce qui ne sera pas beaucoup moins qu’avant, puisque je m’y faisais déjà rare, comparé à d’autres blogueurs, bien trop présents dans les leurs, surtout si l’on songe qu’ils n’ont rien à dire, pour la plupart. J’écrirai dans une police toute blanche, à peine lisible sur le fond gris clair du site hébergeur. Comme un fantôme.

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19/09/2004

C'est extêmement difficile...

        C’est extrêmement difficile, pour quelqu’un comme moi, d’habiter en plein centre-ville. La pensée que des centaines de passants ne cessent d’aller et venir devant la porte de mon immeuble m’est atrocement douloureuse. Alors pour oublier, comme à Bordeaux, je dors presque toute la journée. N’ayant pas faim, je ne mange pas souvent ; et pourtant, j’ai l’impression d’être deux fois plus lourd. Peut-être est-ce parce qu’il m’arrive, tout à coup, en pleine nuit, d’avaler l’équivalent des deux ou trois repas que j’ai sautés. Je dois sortir demain, pour aller chez ma mère et mettre à jour les versions électroniques de ce journal. Heureusement, le dimanche, les rues sont vides. Sortirai-je ?

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Relisant ce que j'écrivais hier...

        Relisant ce que j’écrivais hier, cette autre pensée me vient à l’esprit : et si ce journal ne cessait de donner une image déformée de son auteur, image à laquelle, ensuite, dans la vie, je m’efforcerais de coller ? Après tout, ai-je vraiment sincèrement, profondément, intimement, tant de haine pour cette pauvre grande herbe sèche de Hieronymus ? N’ai-je pas plutôt de la haine pour lui parce que cela est devenu mon rôle d’en avoir, dans la vie ? J’effacerais en quelque sorte la personne que je suis vraiment en rédigeant mon journal et j’écrirais par-dessus un personnage qui serait de moins en moins moi, mais quelqu’un d’autre… Alors, la prochaine étape dont parle Raphaël Juldé ne serait plus tant d’écrire d’abord son journal et de vivre ensuite, mais d’écrire un journal pour devenir quelqu’un. Un peu comme cette jeunesse qui veut d’abord passer à la télévision, sans avoir de raison d’y être, qui veut d’abord être célèbre, et mériter ensuite seulement sa célébrité (ce qui d’ailleurs n’arrive jamais). Peut-être est-ce là le mal du siècle : on veut absolument devenir quelqu’un, parce qu’on sait bien, au fond de soi, qu’on ne sera jamais personne.

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L'article de Raphaël Juldé...

        L’article de Raphaël Juldé sur les journaux intimes dans le « Journal de la culture » se termine ainsi : « La prochaine étape semble maintenant d’écrire d’abord son journal, et de vivre ensuite… » Il me semble souvent que je n’en suis pas très loin. Mais plutôt, est-ce que j’écris mon journal pour m’assurer que je vis bel et bien, ou est-ce pour m’en donner l’illusion ? Il y a sans doute un peu des deux. Il m’est probablement déjà arrivé de me forcer un peu à prendre la plume, et de me rendre compte, en l’écrivant, que j’avais tout de même bien vécu telle journée que je pensais d’abord n’être qu’une transparente théorie d’heures vides… Combien faut-il d’événements dans une journée, pour que celle-ci puisse être considérée comme de la vie à part entière ? Rester enfermé deux nycthémères entiers chez soi, (je sais que ce mot, qui n’a rien à voir avec la banlieue

 

Ni ces grands agités de tout petits rappeurs,

Vagissants sauvageons qui ne font pas bien peur,

 

plaît fort à Népomucène, qui vient me lire parfois), rester enfermé si longtemps, disais-je, à attendre que son chien se soulage, pour lui apprendre à faire ses besoins dans une caisse, est-ce vraiment vivre ? Ne sera-ce pas plutôt parce que je me serai donné la peine d’écrire que je n’ai pas vécu telle journée que j’y aurai tout de même finalement vécu un peu ? Certaines relations très grossies de tel petit événement ne sont-elles pas de pures constructions de mon esprit, fort impressionnable dès que je ne suis plus à l’abri de chez moi ? Ne suis-je pas aussi, dans mon journal, une espèce de don Quichotte, moi qui, pour me donner des airs de justicier, affecte de voir le mal incarné dans ce moulin à vie de Hieronymus (sur qui j’aime tant à cracher mon petit venin), alors que cette pauvre momie n’est en réalité presque déjà plus qu’une idée tout au plus de mâle décharné par la maladie et la honte de lui-même ? Ne suis-je pas un peu comme ces cafards, qui arrivent par les tuyaux, vivent dans les recoins et les poubelles, et qui ne sont là que parce que d’autres qu’eux existent, dans la cuisine desquels ils trouvent tout ce qu’il leur faut pour survivre ? Ne serai-je pas un peu plus mort, moi aussi, quand le misérable tas d’os que j’évoquais à l’instant aura enfin rendu l’âme ? Finalement, que serait ce journal, et que serait son auteur (si ce n’est qu’une improbable ébauche de moi), sans l’empoisonneur de ma sœur, sans ma folle de mère et ses milliers de baffes et de postillons haineux, sans mon queutard de père et son harem de femelles de tous âges et de tous milieux, et sans tous les autres, qui vivent, pendant que je me cache, en regardant s’il ne tombe pas quelques morceaux pour moi ?

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Je vais chez ma mère...

        Je vais chez ma mère aujourd’hui, pour faire courir Pélagie, lire mon courrier électronique et télécharger les derniers billets de mes blogues préférés. A ce propos, je constate que, depuis que je n’ai plus d’Internet à mon domicile et que je dois donc me déplacer pour me connecter, je ne lis presque plus de blogues de pédés (sauf ceux de Népomucène et de Jérôme ; celui de Sixte et de quelques autres n’ont pas été mis à jour depuis longtemps) mais que je suis resté fidèle par contre à ceux que Noval regroupe « autour, dit-il, de la figure déjà quasi tutélaire du Stalker ».

Manutara me révèle, au terme d’un long courriel, son véritable nom, qui évoque une couronne à l’helléniste que je ne suis plus, mais que je n’ai peut-être pas le droit de révéler ici, bien qu’il ne s’agisse après tout que d’un prénom et non d’un nom patronymique. Seulement, certaines personnes, sans doute légèrement paranoïaques, comme la plupart de mes contemporains d’ailleurs, croient qu’il est dangereux de donner toute information relative à son identité sur Internet (même un simple prénom, selon quelques-uns). Pour ma part, je ne vois pas en quoi cela est plus dangereux que d’avoir son nom publié dans le bottin ou inscrit sur la porte de sa maison. Ou alors, c’est qu’il est dangereux d’avoir un nom, c’est-à-dire d’exister, ce qui, en ce sens, n’est pas totalement faux. D’autres prétendent qu’un pseudonyme permet de parler plus librement. Mais ce n’est pas être libre que de se cacher derrière un faux nom. Je trouve même que c’est être franchement lâche (ou bien honteux, peut-être ?). Et pourtant, je suis loin d’être un modèle de courage.

Manutara (qu’il me dise s’il me permet de l’appeler par son nom dans mon journal) se plaint de ce que je ne me connecte plus aux mêmes heures qu’autrefois et que nous ne pouvons donc plus mener nos amusants petits dialogues. Qu’il se console donc un peu en apprenant que pendant une semaine, du 28 septembre au  5 octobre, j’habiterai de nouveau chez ma mère (et pourrai donc me connecter comme avant), celle-ci devant passer alors avec ma sœur quelques jours au Maroc, et me chargeant donc de m’occuper en son absence de sa puante chienne Sappho. Si seulement la maîtresse pouvait se faire mordre là-bas par quelque bête enragée ! Elle en crèverait peut-être et j’aurais enfin la paix. Et j’hériterais, si jamais il reste quelque chose à hériter, ce que je ne sais pas, ma mère n’aimant pas parler de ce qu’elle possède, comme tous les Français.

18:39 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Cela fait deux jours...

        Cela fait deux jours que je n’ai pas mis le nez dehors. J’essaie d’apprendre à Pélagie à faire ses besoins sur commande et dans une caisse, comme les chats. Parce que depuis ces deux jours, il s’est mis à pleuvoir, et que je ne suis pas disposé à me promener pour le plaisir d’une bête sur les berges de la rivière, sous la pluie, dans la boue et les grandes herbes. C’est à la bête de plaire au maître. Dès que je vois donc Pélagie sur le point de faire, je me rue sur elle, en criant « non ! », qui est le terme que j’emploie depuis toujours avec elle pour lui interdire de faire les choses qui ne me plaisent pas, puis je la saisis et la jette presque littéralement dans sa caisse, où elle termine ce qu’elle avait commencé. Pendant ce temps (une fois qu’elle est dans la caisse et qu’elle fait ses besoins) je répète le mot que j’ai associé auxdits besoins, et à la fin, je la félicite et la récompense avec une croquette particulière, qu’elle préfère à celles qui constituent son repas ordinaire. Je puis d’ores et déjà dire qu’il est bien plus facile d’apprendre au chien à s’asseoir et se coucher qu’à faire ses besoins dans une caisse. Cela s’explique sans doute par le fait qu’on peut faire asseoir ou coucher un chien aussi souvent qu’on veut ; tandis que l’animal ne peut faire ses besoins et être récompensé qu’un nombre limité de fois dans la journée. Et comme il faut reproduire et récompenser un grand nombre de fois la bête avant qu’elle ne comprenne… De plus, comme j’ai installé un faux gazon dans ma véranda, pour la touche de couleur qu’il ajoute à tout ce blanc qu’il y a partout chez moi, mais que Pélagie prend pour de la vraie herbe, celle-ci est naturellement attirée par cette espèce de tapis de factice verdure pour faire ses besoins. Finalement, j’ai mis la caisse juste à côté. Ainsi, le trajet est plus court de l’endroit qu’elle choisit généralement pour se soulager à celui que je veux lui imposer.

        Si ma mère savait cela, elle serait bien capable de me dénoncer à la S.P.A. et de me faire déporter, si cela lui était possible : elle a toujours eu plus d’égards pour les bêtes que pour son fils. Sappho, sa chienne, n’a d’ailleurs sans doute pas reçu autant de baffes dans toute sa vie que j’en recevais moi dans une seule journée, lorsque j’étais enfant ! (Cela dit, je la comprends. Moi-même, j’ai beaucoup plus pleuré à la mort de Coccymèle qu’à celle de ma grand-mère. Mais c’est aussi que la chienne était bien plus douce avec moi que la vieille dame, et pas seulement à cause du pelage.) Cette mauvaise femme penserait que ce n’est pas respecter la nature du chien que de le contraindre à faire ses besoins dans une caisse ! Pour ma part, je considère que ce n’est guère différent que de lui apprendre à faire dehors. Après tout, un chien est naturellement propre, en cela qu’il ne fait jamais ses besoins dans l’endroit où il dort. Pour lui tout endroit où il ne dort pas est bon pour les besoins. Si bien qu’apprendre au chien à faire ses besoins exclusivement hors de la maison, c’est déjà aller un peu contre sa nature (qui est de faire partout, sauf où il a l’habitude de dormir), si tant est que la nature ait encore beaucoup à voir avec ces races entièrement fabriquées par et pour l’homme.

        Par contre, je reste convaincu que, s’il ne faut pas d’herbe au chien pour ses besoins, il lui en faut pour son bien-être. Idéalement, il faudrait faire au moins une grande promenade par jour. Cela sera sans doute plutôt tous les deux jours. Le plus simple sera d’aller chez ma mère, où il y a un jardin.

18:37 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

L'avantage de la poésie...

        L’avantage de la poésie, du moins de la mauvaise poésie, niaise, bleutée, femelle, telle qu’il m’arrive d’en faire, c’est que l’on peut y dire les choses avant qu’elles ne soient réellement arrivées, et en ressentir certaines qui, au bout du compte, ne se produiront peut-être pas. J’avais commencé ce poème avant le voyage au Portugal d’il y a deux ans. Mais comme ce voyage n’avait pas pu se faire, je l’avais laissé inachevé, sans doute parce que ma déception était trop grande. Finalement, je le termine aujourd’hui, peu avant la venue d’Armando.

 

Que cherchais-tu dans ta belle Italie…

18:35 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

12/09/2004

Ce soir, je dîne...

        Ce soir, je dîne avec ma mère et ses copines lesbiennes. La lesbienne étant souvent bricoleuse, je me suis entendu avec ces dames : elles viendront un de ces jours chez moi, avec une perceuse, pour faire quelques trous dans mes murs. Il est d’ailleurs bien normal qu’elles s’y connaissent en trous. Elles me parlent également de mèches et de chevilles. Finalement, bricoler, c’est un peu comme jouer à la poupée.

        Je pourrais parler de l’anniversaire de la chute des tours jumelles, mais je m’aperçois que j’ai oublié celui d’Armando ! C’était hier…  

19:11 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Ce soir, je dîne...

        Ce soir, je dîne avec Emmanuelle, Julien, son mari, et ma sœur. J’apprends ainsi qu’Emmanuelle continue de lire ce journal. Elle me dit qu’elle sait se servir d’une perceuse. Ce pourrait m’être bien utile.

19:10 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Je devrais en rougir

        Je devrais en rougir, mais ce soir encore, je regarde cette émission de la sixième chaîne, dans laquelle des jeunes gens d’aujourd’hui tentent de vivre dans un pensionnat, comme autrefois. Beaucoup de bêtises sortent même de la bouche des professeurs. Ainsi, on apprend à cette pauvre jeunesse qu’il ne faut pas dire « je m’excuse » mais « excusez-moi », comme si « s’excuser » signifiait « se pardonner », alors qu’il faut entendre par là : « présenter ses excuses ». (Il y en a même qui croient qu’il ne faut pas dire « excusez-moi » mais « veuillez m’excuser ».) Peut-être accordait-on de l’importance autrefois à ces fausses subtilités, probablement fabriquées de toutes pièces par de ces fâcheux pédants pour qui la langue n’est jamais assez compliquée. Mais est-il vraiment nécessaire d’encombrer de vent des têtes déjà bien assez  vides comme cela ? Je sais que je perds mon temps à regarder ces sottises, mais il est tellement agréable d’apercevoir des garçons au saut du lit, surtout dans des dortoirs !

19:09 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Je ne suis déjà plus tout à fait d'accord...

        Je ne suis déjà plus tout à fait d’accord avec ce que j’écrivais hier. Il est permis de relire et de corriger son journal. Cela ne le rend pas moins journal ! Et il ne sera pas moins vrai que le journal intime, à cause de son immersion dans le temps présent, est loin d’avoir l’ossature d’un livre ordinaire. C’est une sorte d’invertébré.

        Voici une semaine que je suis installé dans mon propre appartement. Mais je devrais plutôt dire que cela fait une semaine que je suis en train de m’y installer, les choses étant encore loin d’avoir toutes trouvé leur place. Dans le salon, par exemple, je viens à peine encore

 

De pendre à mon plafond, comme un astre lunaire,

Le jour blanc, pâle et rond du nouveau luminaire…

 

Il y a beaucoup de cartons partout, d’autres qui sont toujours chez ma mère, sans parler de toutes les choses de là-bas que je n’ai pas même eu le temps d’emballer… Mais comme l’endroit où je dois vivre n’est pas bien grand, je préfère ne pas trop me précipiter, et trouver à chaque objet la place la plus appropriée.

        J’avais parlé un jour, dans ce journal, je crois, de la manie que j’avais, lorsque je vivais à Bordeaux, de rapetisser les pièces en les coupant avec des rideaux de douche que j’installais un peu à la manière des enfants terribles de Cocteau se fabriquant une espèce de tente à l’aide de paravents. Cette manie ne m’a pas quitté. La seule différence est que je ne me sers plus de rideaux de douche, mais de véritables tentures. J’ai ainsi déjà coupé en deux la chambre et la véranda.

        Et je m’aperçois ce soir même, en écrivant ces lignes, que, comme à Bordeaux, il y a des cafards dans mon appartement.

        Tout à l’heure, comme je regardais à la télé une émission dite littéraire consacrée aux islamistes (comme d’habitude), j’entends quelqu’un rappeler (comme il se doit) qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre islam et islamisme. Et même : que les islamistes ne sont pas des musulmans ! C’est un peu comme si l’on disait qu’un prêtre disant la messe en latin n’était pas catholique. Cela me fait aussi penser à ces violeurs ou tueurs d’enfants qui, si l’on en croit la plèbe et sans doute pas seulement elle, ne sont pas des hommes…

19:08 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Un malheur n'arrivant jamais seul...

        Un malheur n’arrivant jamais seul, cet après-midi, comme je me rendais au même endroit qu’hier, j’ai crevé le pneu avant gauche de ma voiture, tandis que je garais celle-ci, sans doute parce que j’ai heurté le trottoir en faisant mon créneau. On m’avait pourtant bien prévenu qu’il fallait que je change rapidement ces foutus pneus ! Frédéric, l’actuel amoureux de ma sœur, s’est chargé d’installer la roue de secours, puisque je ne savais pas le faire, ne sachant d’ailleurs rien faire, comme aime à me le rappeler ma mère si souvent.

Je me rends compte que d’hypothétiques lecteurs se demanderaient sans doute quel peut bien être ce premier malheur, que je prétends inévitablement suivi d’un second, dont je viens de parler. Si je ne prenais pas tout ce qui m’arrive pour une forme de malheur, je répondrais que le simple fait qu’un endroit où je dois me rendre ferme juste au moment où j’arrive, comme hier, en constitue un particulièrement grand à mes yeux, compte tenu de l’énorme violence que je dois me faire pour sortir de chez moi, ce qui, hélas, arrive plusieurs fois par jour, ne serait-ce qu’à cause de Pélagie, qui a besoin de ciel et d’herbe. Chaque fois que je mets le nez dehors, c’est après avoir longuement réfléchi à l’itinéraire, calculé la durée du trajet, etc. Si quelque chose survient d’imprévu, c’est une catastrophe, une angoisse immense, le ciel qui me tombe sur la tête !

Et même, si je faisais abstraction de mon risible état psychique, je pourrais encore répondre que perdre un euro pour avoir le droit d’occuper momentanément un petit espace de goudron est, en soi, un malheur comme un autre, surtout quand on est réduit à compter ses sous, comme dans ma situation, que je sais pourtant bien plus enviable que celle de tant d’autres.

Mais je devrais arrêter de parler dans ce journal de mes mésaventures automobiles, sinon le Stalker constatera bien vite que mon blogue ne se distingue guère de tous ceux qui, dit-il, « pullulent comme des morpions », relatant « jusqu’à la nausée l’insignifiance pathétique de la ‘‘vie’’ d’imbéciles qui n’ont pas même honte de l’écrire par le menu », et il regrettera sûrement d’avoir cité mon nom dans une des colonnes de son blogue à lui. Pourtant, de fait, c’est précisément cela que le fond de mon journal : le néant de ma vie…

Quelqu’un d’autre, dont je n’ai pas le texte sous les yeux au moment où j’écris ces lignes, pour avoir oublié de le télécharger avec mes autres lectures habituelles, parle également dans son blogue de ces journaux intimes publiés sur Internet, comme si c’était aller contre la nature même du genre, que de rendre public ce qui est d’ordre essentiellement privé… Pour ma part, je ne pense pas que le secret ait beaucoup à voir avec le genre du journal intime. Y a-t-il une bien grande différence entre le journal de l’adolescente boutonneuse écrivant tous les jours : « Cher journal, aujourd’hui etc. » et celui de l’internaute boutonneux (ou pas) commençant chaque jour par : « Cher lecteur » ou « Cher commentateur, aujourd’hui, j’ai fait ceci, cela, etc. » ? Le plus souvent (mais pas toujours), le journal (pour jouer sur le sens du mot intime) parle des choses les plus intérieures, parfois d’ordre très privé certes, mais pas nécessairement secrètes. Surtout, ce qui le constitue comme un genre à part, c’est son étrange sujétion au temps présent, actuel, mais qui, tout de même, ne s’arrête pas de passer. Alors que d’autres livres se moquent du temps, reviennent en arrière, se corrigent, se déconstruisent et se reconstruisent pour mieux tenir, le journal intime n’a pas plus de forme qu’un fleuve : il existe parce qu’il coule et ne peut avoir de lui-même une vue d’ensemble. Il pourrait s’écrire sans fin, jusqu’à la mort. Finalement, ce n’est pas un véritable livre. Mais un volume, que l’on déroule à mesure que le temps passe, et sur lequel on écrit : soit le récit de ses journées, soit le cours d’une pensée, le plus souvent inachevée : en train d’être pensée. Le journal intime manque de recul, et ressemble à une suite de conversations qu’on aurait avec soi-même. Au fil du temps, les conversations sont déformées, comme bien des souvenirs, ou même complètement oubliées, comme beaucoup de conversations. Le journal intime pouvant oublier ce qu’il lui est arrivé de dire, il peut donc se répéter, ou dire tout le contraire de ce qu’il aura fait plus tôt. C’est un genre où il est permis de ne pas être d’accord avec soi. S’il est possible que des journaux soient relus, corrigés, unifiés pour être publiés, ces journaux ne sont plus tout à fait de vrais journaux intimes, mais des livres trop livres, propres et présentables. Un journal intime étant la sorte de conversation avec soi que j’ai dite, l’écrire sous la forme d’un blogue pouvant recevoir des commentaires, ce n’est pas vraiment aller à l’encontre du genre, mais élargir simplement la conversation aux autres. Et tout cela, que je viens de dire, à propos de la nature du journal intime, presque à mesure que cela me venait à l’esprit, sans autre ordre que le cours plutôt tortueux de ma grosse et fangeuse pensée, je l’aurai sans doute bientôt oublié, et qui sait si je ne dirai pas un jour des choses tout à fait contraires à celles-là, dans ce même journal ? Cela m’est d’ailleurs sûrement déjà arrivé, que ce soit sur ce même sujet, ou bien sur d’autres.

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Cet après-midi, j'avais à faire...

        Cet après-midi, j’avais à faire en ville. Juste au moment où je gare ma voiture, deux agents de la police municipale arrivent, pour contrôler les tickets des parcmètres. D’habitude, je ne paie pas. Mais cette fois-ci, je n’avais pas le choix : je voyais bien que les deux agents, avec leur air de ne pas y regarder, regardaient tout de même ce que j’allais faire. D’ailleurs, quand ils eurent terminé leurs vérifications et repris leur ronde, l’un deux s’est encore retourné, pour vérifier que je revenais bien du parcmètre avec un ticket. Comme je n’avais pas de petite monnaie, j’ai dû me séparer d’un euro ! Et pour rien, parce que l’endroit où je me rendais a fermé juste quand j’arrivais !

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J'étais chez ma mère...

        J’étais chez ma mère cet après-midi. J’aurais pu en profiter pour actualiser la version électronique de mon journal, mais je n’étais allé là-bas que pour me baigner. Une autre fois. Avant de partir, j’ai tout de même téléchargé les dernières mises à jour de certains des blogues que j’ai l’habitude de fréquenter. Je ne les ai pas encore lus. A mon arrivée, faisant la fête à ma sœur, Pélagie est tombée dans la piscine. Elle y tombait souvent, durant ses batailles avec Sappho. Je ne suis pas vraiment étonné de voir que je ne manque pas à ma mère. Chaque fois que Julie passait à la maison, celle-ci lui demandait toujours si elle ne voulait pas rester dîner avec nous. Aujourd’hui que c’était à mon tour d’y passer, elle ne m’a pas demandé si je voulais rester dîner avec elles. Par contre, espérant sans doute un peu que son dégoût de moi ne lui vînt que de ce qu’elle ne supportait plus de me voir quotidiennement chez elle, comme elle le prétendait depuis quelque temps, je m’attendais à la trouver un peu plus douce. Mais non, rien n’a vraiment changé. C’est quelque chose de plus profond qui la dégoûte. C’est vraiment moi. De mon côté, je n’ai pas moins envie de lui faire la peau. Finalement, je pars en claquant la porte, puisque je ne peux pas la claquer elle.

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Deuxième nuit chez moi...

        Deuxième nuit chez moi. Epuisé par deux journées passées à déballer des cartons, ranger, nettoyer, je finis par m’affaler devant la télé de ma sœur, que je garderai chez moi pendant un peu plus d’un an, jusqu’à ce que Julie emménage à son tour dans son propre appartement. Sixième chaîne : nouvel exemple de télé réalité : on fait vivre des jeunes gens d’aujourd’hui dans un pensionnat des années 1950. Mais, première curiosité : l’endroit accueille aussi bien des garçons que des filles. Les deux sexes ont beau être assez strictement séparés, on devine déjà qu’ils enfreindront toutes les règles pour se retrouver… Quel dommage qu’il n’y ait pas eu que des garçons, dans ce pensionnat. Ç’aurait été une belle occasion de voir renaître des amitiés particulières, qui ne peuvent plus exister, depuis qu’il est si facile pour les deux sexes de se rencontrer…

        Sans doute pour protéger l’anonymat de ces jeunes gens pourtant désireux d’être célèbres, on ne les appelle pas par leurs noms de famille, mais par leurs prénoms. Seulement, ces prénoms sont précédés de monsieur ou de mademoiselle… Monsieur Aurélien, par exemple. Si bien que le directeur de l’établissement, lorsqu’il s’adresse à un élève en particulier, ressemble plus à un domestique parlant au fils du maître qu’à un véritable directeur. Ridicule.

        A un certain moment, un élève téléphone à sa mère et lui dit, presque fier de lui, qu’il a eu un zéro à sa dictée. Et la mère se met à rire, d’un bon gros rire qui signifie que ce n’est  pas grave, que l’orthographe était une dame bien sévère autrefois, mais plus maintenant, Dieu merci…

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31/08/2004

Décidément, c'est ma fête...

        Décidément, c’est ma fête en ce moment. Non seulement un lien menant à mes pages a été ajouté dans le blogue du Palindrome, mais encore dans celui du Stalker, ce que je regarde comme une sorte d’honneur que je suis bien loin de mériter. Et Noval me consacre tout un article, qui me permet de mieux comprendre la violence (toute relative, il est vrai) de sa réaction de l’autre jour et surtout de prendre conscience de ma propre indélicatesse, qui est bien trop fréquente. Encore aujourd’hui, par exemple, alors que j’étais en train de garer ma voiture non loin de la rue des Cordeliers, je me suis surpris à gueuler littéralement par la fenêtre baissée sur un automobiliste, qui, croyais-je, m’avait klaxonné. Mais je m’étais trompé de personne. Celui sur lequel je m’époumonais était innocent. Enfin : innocent de ce crime-là. Car il se trouve qu’il avait tout à fait l’air d’un criminel. D’ailleurs, il n’entendait pas se laisser insulter par une crevette de ma taille. Il arrête sa voiture de sport rouge au niveau de la mienne et commence à me menacer ! Crâne rasé, bouc au menton, bronzé comme à Nice, baraqué, la quarantaine, du genre qui fait penser que, même si les prisons sont remplies d’innocents, elles ne sont pourtant pas encore assez pleines, il me crie dessus : « Non mais t’es un fou ! Tu me connais pas ! Me parle pas comme ça, sinon, moi, je te casse en deux ! » Alors, c’est plus fort que moi : je me mets à rire, sans doute à cause de la panique, parce que je me rends bien compte qu’il pourrait, en effet, certes pas me casser en deux, mais presque. Evidemment, mon rire l’exaspère. Il ouvre même sa portière, pour me faire comprendre qu’il ne plaisante pas, et qu’il va sortir de sa voiture, si je continue, et me régler mon compte ! Heureusement, il ne sort pas, referme sa portière et démarre dans un grand grincement de pneus, après m’avoir tout de même traité de pédé, comme il se doit, sans que je sache bien s’il a proféré ce mot en tant qu’insulte absolue aux yeux des personnes de sa sale espèce, ou bien parce qu’il a soupçonné en moi ce dont je ne me cache pas vraiment, de toute façon.

        Un jour, je tomberai sur quelqu’un de moins patient, et j’aurai des ennuis. Je ne sais pas ce que j’ai, mais en ce moment, je suis à bout de nerfs… J’ai l’insulte au bord des lèvres en permanence, et je me sens surmené. Je me rends bien compte qu’il n’est pas normal d’être surmené quand on ne fait rien, comme moi, mais qu’y puis-je, c’est un fait : remplir les cartons de mon déménagement, c’est déjà trop de peine pour moi ! Finalement, je n’emménagerai que mercredi, au lieu d’hier, comme il était d’abord prévu. Et jeudi, on doit encore me livrer une ou deux choses. Après quoi, je devrais être enfin tranquille. Jusqu’à ce qu’on vienne à nouveau m’emmerder…

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28/08/2004

Je m'aperçois cette nuit...

        Je m’aperçois cette nuit que Noval est un peu vexé que je me sois légèrement moqué de lui dans mon blogue de pédé. Il évoque la visite sur sa page « de ce crétin suffisant et instruit [c’est un assez fidèle portrait de ma petite personne, l’instruction en trop], qui fait observer que décombres est un mot masculin pluriel ; j’ai donc commis dans ma phrase, poursuit-il, une faute grammaticale. Dont acte. De plus grands écrivains que moi ont commis de plus grosses fautes d’orthographe et de syntaxe. Mais la littérature, faut-il le rappeler à ce plumitif, c’est l’esprit avant la lettre, le style avant la grammaire. » Il n’a pas vraiment tort. Simplement, je n’avais pas compris qu’il faisait de la littérature. Mais ce n’était pas vraiment la faute en elle-même qui m’avait arrêté. Je voulais plutôt dire qu’une telle faute était pour le moins surprenante au cœur même d’une phrase où l’on déplore que la langue française ne soit plus que décombres. Il me semblait justement que ce n’était pas tout à fait dans l’esprit de ce qu’on voulait dire… Il va de soi que si Noval n’avait pas parlé du délabrement de la langue française, je n’aurais jamais relevé cette faute, qui pourtant, n’est pas si petite que cela. Et ce n’est pas tant parce que d’autres auteurs, autrement plus grands que lui, en firent également, que je ne l’aurais pas relevée, cette faute ; mais parce qu’une multitude de plus petits en font tous les jours de plus grosses. On ne les voit même plus, ces fautes, à force de les entendre. Etait-il bien nécessaire de parler de style et d’esprit. Et moi, avais-je besoin d’écrire ce que je viens de faire ? On a beau se cacher derrière de grands mots et de longues phrases : personne n’est dupe. Je l’ai vexé ; et puis il m’a vexé à son tour.

        Mais je m’aperçois aussi qu’un lien menant à mon blogue figure désormais dans le palindrome. Et cela m’est presque un baume efficace… Il est décidément temps que je m’éloigne un peu de cet Internet.

05:18 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

26/08/2004

Je fréquente peu mon journal...

        Je fréquente peu mon journal ces temps-ci, trop occupé que je suis, sans doute, à mettre en scène ma mort virtuelle, sur le site de G.A.

        Ma sœur, qui prépare elle aussi son déménagement, complètement désorganisée, commence à paniquer et à vouloir me bousculer moi, son frère, l’aîné ! Elle parle. Elle crie. Change les dates de son déménagement, mais aussi du mien. J’ai de violentes envies de la frapper, comme quand nous étions petits. C’était d’ailleurs mon activité favorite que de la faire souffrir à l’époque. Par exemple, j’avais inventé un jeu consistant à la gifler « comme au cinéma ». « Ne t’inquiète pas, lui disais-je, tu ne sentiras rien, parce que ta joue doit accompagner le mouvement de ma main. En fait je ne te toucherai pas. Fais-moi confiance. » Evidemment, je frappais de toutes mes forces. Mais le plus amusant n’était pas là. Ce qui me faisait le plus rire, c’est que ma sœur, au lieu de tourner la tête dans le même sens que ma main, se jetait au contraire dessus, comme attirée par un aimant. Le choc n’en était que plus terrible. Elle se plaignait à moi que je l’avais touchée. « Oui, mais c’est ta faute, tu t’y prends mal. Tu ne fais pas le bon mouvement avec ta tête. On recommence ! » Et nous recommencions, jusqu’à ce qu’elle comprenne le geste. A la fin de ce jeu, elle avait les joues toutes rouges. Si un adulte lui demandait pourquoi, elle répondait qu’elle avait chaud, en me lançant des regards inquiets. D’y repenser me fait encore rire. J’ai toujours été un petit vicieux, finalement. D’autre fois, nous nous mettions chacun à un bout du jardin de nos grands parents, et nous devions courir le plus vite possible l’un vers l’autre. « Le premier qui s’arrête de courir ou qui dévie de la trajectoire a perdu ! » Evidemment, ma sœur ne voulait pas perdre… Elle se ruait donc sur moi, en criant de plus en plus fort à mesure que nous nous approchions. Le choc la projetait en arrière. Plusieurs fois, je l’ai retrouvée à moitié sonnée sur la pelouse. Parfois, nous pratiquions le même jeu, mais à vélo. Alors, au crescendo de ses cris, s’ajoutait, à mesure que la panique prenait possession d’elle, une perte totale du contrôle de son vélo. Elle lâchait son guidon, criait en agitant les bras en l’air et s’écrasait sur le bitume, sous mes éclats de rire. Une fois, j’ai cru qu’elle était morte et je n’ai donc pas ri. Quand je pense que maintenant elle me répond ! Quelle déchéance.

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21/08/2004

Quelqu'un me fait remarquer...

        Quelqu’un me fait remarquer que mon journal est vide. Je lui réponds bêtement que c’est ma vie qui l’est. Je m’étais attaqué sans bonne raison au petit groupe de blogues dont parlait Slothorp l’autre jour, il fallait donc bien que je sois puni de ma méchanceté.

        Hier, je fais un saut rue des Cordeliers. Tout est terminé, sauf le sol de la chambre et les murs de la véranda, qui ne sont pas encore repeints. Le résultat est très beau. J’avais peur que le sol en fausse taule soit un peu trop froid. Mais non, il contribue à éclairer le salon. Et il se mariera très bien avec les murs gris de la chambre, que je voulais sombre, elle. (Pas de doute, je suis une pédale ; j’en ai le bon goût. Quoique à vrai dire, tout dépend de quel type de pédales on parle exactement. Je pourrais aussi bien dire : je ne dois pas être une vraie pédale, j’ai trop de goût !) Ma sœur et son actuel amoureux Frédéric restent sans voix en découvrant mon appartement presque fini.

        Je devrais faire mes cartons, comme Julie, qui en est déjà à défaire les siens ici, mais je n’en trouve pas encore le courage. Il y a tellement de choses à emporter… Que j’envie l’escargot, qui vit à l’intérieur de soi !

        Hier, ou avant-hier, je ne sais plus, je chatte un long temps avec Sixte. A un moment, il me dit qu’il me croyait dépressif. Je l’ai été, mais je crois sincèrement ne plus l’être. (Je ne pensais pas donner une telle impression.) Et j’ajouterai que depuis que je me sais phobique social, je n’ai plus besoin d’être dépressif. La phobie sociale me suffit. Finalement, c’est un don du ciel, cette maladie. Evidemment, je sais bien que cette phobie peut mener tout droit à la dépression ; d’ailleurs, je me rends bien compte que si j’ai été dépressif, c’est en grande partie à cause d’elle. Mais je préfère être optimiste. Et puis les autres ont beau se croire indispensables, on peut se passer d’eux très facilement.

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19/08/2004

C'était une journée épouvantable...

        C’était une journée épouvantable. J’ai dû me réveiller à huit heures, à cause d’un élève qui ne pouvait pas venir cet après-midi, comme d’abord convenu, et dont le cours était avancé à dix heures. Je n’ai donc pu dormir que trois heures, ce qui est une chose atroce pour quelqu’un qui, comme moi, a la passion du sommeil. Dix heures, l’élève arrive. Je lutte pendant deux heures contre le sommeil. Midi, il s’en va, je déjeune. Une heure, je passe rue des Cordeliers pour voir si la personne qui s’occupe des travaux a bientôt terminé. Oui, demain, puisque vendredi, elle doit commencer un nouveau chantier ailleurs. A l’origine, le début du chantier chez moi était prévu plus tôt. Mais pour des raisons indépendantes de ma volonté, parfaitement absurdes et trop longues à expliquer, il a été repoussé au deux août. L’essentiel est que, finalement, j’y trouve mon compte, puisque ladite personne doit travailler davantage en moins de temps, afin de terminer dans les délais. Résultat : je paierai moins que je ne pensais d’abord. Treize jours de chantier : 780 euros. Puis je rentre chez moi, exténué. Je vais me baigner. Je sors de l’eau, m’allonge sur un transat et m’endors aussitôt. C’est la pluie qui me réveille, trois heures plus tard. J’ai mal à la tête et marche au ralenti tout le reste de la journée.

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18/08/2004

Tout à l'heure, dans le blogue de Slothorp...

         Tout à l’heure, dans le blogue de Slothorp, où il m’arrive souvent d’aller voir, malgré l’exaspérante manie qu’a l’auteur de parler de lui à la troisième personne, cette phrase m’arrête : « Il découvrit un nouveau blogue mis en ligne par un certain Noval qui semblait appartenir à cette étrange communauté regroupée autour de la figure du Stalker. » J’aime lire ces blogues auxquels Slothorp fait allusion. Ce sont d’ailleurs les seuls (à peu près) que je lis à côté des blogues de pédés qui, finalement, ne sont peut-être pas tellement différents, puisque que dans beaucoup des premiers, comme dans les seconds, on voit les auteurs mener leurs existences, des existences parfaitement insignifiantes, et cela, jusque dans les comptes rendus qui en sont faits, ce qui est bien le plus triste. Ce que ces blogues dont parle Slothorp ont en commun, ce n’est évidemment pas une pensée, mais une façon de montrer du doigt ceux qui ne pensent pas, ceux qui se contentent de pensées racoleuses ou simplifiées, idées reçues, prêtes à consommer, comme dans la restauration rapide. C’est cela qui me plaît chez eux, mais qui, de plus en plus souvent, je dois bien le reconnaître, m’exaspère tout autant. Parce que je n’arrive pas toujours à bien distinguer quelle est la part de sincérité dans toutes ces postures qu’ils adoptent trop ostensiblement, peut-être sans s’en rendre bien compte. C’est dans leurs colères et emportements que ces postures se voient le plus : alors, ils ont tous plus ou moins le même faux style bave aux lèvres (cf. pour se faire une idée, les premiers billets de Noval). Et tous, il me semble, aiment se servir de l’adjectif « putassier » ou d’autres mots du même genre pour dénoncer ce qu’ils ont à dénoncer. Mais je suis tout de même un peu gêné par ce qu’il y a d’également putassier à dénoncer de façon si prévisible (à force) ce qui est putassier… Maintenant que j’y pense, s’il fallait donner un nom à cette espèce de communauté (qui bien sûr n’en a pas besoin, n’étant pas vraiment une communauté), ce pourrait être : les putassiers anti-putassiers. Je n’ai pas, loin de là, la grande culture de certains des auteurs de ces blogues, ni même celle, plus petite, de tous les autres ; culture qui, toujours, aide à mieux penser. Mais ce n’est sans doute pas pour cette raison que je ne pourrais pas appartenir à cette communauté qui n’en est pas vraiment une, comme je l’ai déjà dit. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi j’écris cela (qui n’a pas grand intérêt) puisque, de toutes façons, je ne voudrais pas en faire partie... Et puis je m’intéresse trop peu à la marche du monde : la preuve, je ne lis pas la presse, ce qui n’est pas le cas de ces gens. Par contre, je lis beaucoup trop de blogues, même si j’en lis peu, en comparaison d’autres personnes. Mon Dieu ! Je m’aperçois que non content de lire trop de blogues, j’en parle également plus que de raison ! Décidément, il serait bon que je ne m’abonne pas à Internet, une fois installé dans mon nouvel appartement. Et puis, il y a bien trop de « d’ailleurs » et de « peut-être » dans ces lignes. Ce sont mes « putassiers » à moi. Je soupçonne ce billet d’être incompréhensible. Moi-même, je ne sais pas ce que j’ai voulu dire.

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17/08/2004

Hier soir, je chatte avec Armandino...

        Hier soir, je chatte avec Armandino. Il rentre en Europe le 7 septembre et doit rejoindre d’abord des amis à lui à Turin ou à Côme, je ne sais plus. Nous devrions nous voir après cela. Il me dit que peut-être, il ne repartira pas pour le Mexique avant mon anniversaire, id est le 2 novembre. Tout dépendra de ses moyens et de notre bonne entente. Evidemment, je suis très heureux, même si cela ne paraît pas dans ces lignes. C’est que je ne voudrais pas m’emballer autant que la dernière fois, pour notre voyage au Portugal, qui ne s’est finalement jamais fait. J’ai d’ailleurs encore les mille euros que j’avais économisés pour cette escapade avortée. Ironie du sort, quand Armando arrivera en France, je les aurai peut-être dépensés pour mon installation. Il faudrait au contraire que je songe à sa venue pour m’empêcher de dépenser trop d’argent dans d’inutiles objets, dont je ne veux plus m’encombrer, de toutes façons, comme je le disais l’autre jour. Nous pourrions peut-être faire un petit voyage ensemble : je lui parle de l’île de Ré ; il me parle de Venise ou de Ravello. Evidemment, l’Italie, c’est plus romantique. Si jamais je manquais d’argent, je pourrais demander à ma mère de me donner l’équivalent de la somme qu’elle a versée à la place de Julie pour leur voyage au Maroc, dont je ne suis pas. En la travaillant bien, je l’obtiendrais peut-être, qui sait… Quoique après 300000 francs d’un coup, ça risque d’être difficile.

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16/08/2004

Cet après-midi, Julie...

        Cet après-midi, Julie et son actuel amoureux Frédéric, batifolent dans la piscine : éclats de rire, gerbes d’eau et paires de baffes ; ma sœur a la main leste, comme sa mère. Plus je les regarde faire toutes les deux (je veux dire la mère et la fille), plus j’ai de mal à imaginer comment elles feront pour cohabiter.

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14/08/2004

Cet après-midi, je passe rue des Cordeliers...

        Cet après-midi, je passe rue des Cordeliers, pour vérifier le travail inachevé dont je parlais hier. Le résultat est tellement beau que toute ma colère disparaît. C’est en fonction du sol (car c’est de cela qu’il s’agissait) que j’ai conçu toute la décoration de mon appartement, décoration que je ne pourrai d’ailleurs sans doute pas terminer, du moins dans l’immédiat, faute d’argent. Car si je disais hier avoir dépensé beaucoup pour l’ameublement, je suis cependant loin d’avoir acheté tous les meubles initialement prévus. En particulier, je risque fort de me retrouver sans bibliothèque ! Un comble ! Mais bizarrement, cette perspective me plaît. Je suis presque impatient de l’espèce de précarité qui m’attend.

Le sol de mon appartement, un revêtement en plastique imitant la taule.

22:05 Publié dans Doublets de mon journal | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note

Nouveau problème dans les travaux...

        Nouveau problème dans les travaux de mon appartement. Quelque chose qui devait être terminé aujourd’hui ne le sera que demain à midi, sauf dans la chambre, dans laquelle il faut repousser à bien plus tard, du coup, vers le 25 août, je pense. Mais cela entraîne d’autres choses à décaler. Grande colère ! Dans le magasin, je monte sur mes grands chevaux, essaie de voir si l’on ne va pas me faire une ristourne, pour le préjudice moral, si j’ose dire, mais on m’envoie gentiment balader : « Monsieur, dans la vie, il y a des impondérants (sic). On n’y peut rien. » Le problème, c’est que les explications qu’on me donne sont des plus confuses : je sens bien qu’il y a là-dessous quelque chose de pas très clair, et qu’on me prend pour plus con que je suis. « Vos impondérants, comme vous dites, je ne les trouve pas si impondérables que ça ! » Etc. Etc. Je ne me sens pas la force de raconter toute l’affaire. Simplement : les explications des uns et des autres sont contradictoires… Que ces gens ne se soucient même pas de me donner des explications cohérentes m’exaspère plus encore.

        Je rumine ma contrariété pendant une bonne partie de la soirée. Mais tout à coup, je me demande : comment se fait-il que ces nécessités bassement matérielles aient de telles répercussions sur moi ? Et je me calme peu à peu. Quelques soubresauts encore : je me sens partagé entre l’envie d’être plus détaché du monde et un sauvage besoin de vengeance.

        Cette petite remarque sur mon excessif attachement aux choses matérielles me rappelle à l’ordre : ici, chez ma mère, comme dans mon appartement de Bordeaux, je suis entouré de beaucoup trop d’objets. Il faut que je profite de mon déménagement pour apprendre à vivre sans eux. Je regrette un peu d’avoir dépensé tant d’argent dans les meubles et la décoration. L’important, dans un logement, c’est les murs. Le reste, c’est toujours du luxe. Souvent, je me dis que certains pauvres qui ne le sont pas tout à fait, se sentiraient plus riche, s’ils ne savaient pas qu’il y a toutes ces vaines choses à posséder et s’ils se contentaient de leur seul maigre bien.

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13/08/2004

Parfois, quand je n'ai rien à faire...

        Parfois, quand je n’ai rien à faire, qu’il est tard et que je m’ennuie, j’ouvre mon journal et, bien que n’ayant rien à dire, j’écris dedans des choses qui, au bout du compte, sont bien plus intéressantes que celles que j’écris quand j’ai quelque chose à dire. Mais ce ne sera pas pour ce soir. Et pourtant, il est tard, je n’ai rien à faire et je m’ennuie.

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10/08/2004

Cette femme est une Clytemnestre...

        Cette femme est une Clytemnestre. Mais tandis que la mère d’Oreste en veut à son époux pour le sacrifice d’Iphigénie, ma mère en veut à tous les hommes, pour une raison qui m’échappe. Même cet efféminé d’Egisthe, elle ne le supporterait pas ! L’une n’a tué qu’Agamemnon, dans son bain, d’un grand coup de hache. Mais l’autre me tue chaque jour un peu plus, partout, dans la cuisine, dans le salon, dans la piscine, dans ma tête.

Et c’est le même déni que Clytemnestre devant Electre (dans Sophocle, je crois) : « Crois-tu que tu es la seule à avoir perdu ton père ? » Ma mère : « Crois-tu que tu es le seul ? » Non certes, mais que je ne sois pas le seul n’innocente personne. Je la hais. Je la hais, mais, hélas, cela ne m’empêche pas de l’aimer aussi, quoique avec dégoût : lorsque le vengeur, Oreste, tranche enfin la gorge de sa mère, du sang répandu surgissent les chiennes, les Erinyes, qui poursuivent et tourmentent le matricide. Même si je tuais ma mère, je ne pourrais pas me débarrasser de son sale souvenir.

Oreste, en tuant sa mère et l’usurpateur Egisthe, ne se venge pas seulement : il rétablit également le bon ordre des choses, même si, bien sûr, le meurtre de la mère, qui suscite les Erinyes, est une abomination. Il y a peut-être aussi de cela dans ma haine à moi : nous vivons des temps insensés, indécents, où les femelles parlent trop.

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09/08/2004

Prenez vos vacances post mortem, s'il vous plaît, merci.

Ah ! Apparemment, c'est réparé... C'est pas trop tôt ! Je suis définitivement contre les vacances de toute personne ayant à voir, de près ou de loin, avec mon petit confort personnel, qui me tient très à coeur, même dans le monde virtuel. Je tiens à dire que j'estime que la plupart des hommes ont une bien trop grande tendance à oublier qu'ils auront toute la mort pour se reposer de la vie. D'autre part, je trouve scandaleux que les absurdes moeurs, par trop relâchées, de la vie réelle actuelle (week-end, vacances, grève, arrêts maladie, congés payés, etc.) entrent si facilement dans le monde virtuel. Il ne faudrait pas oublier que pour que je puisse user de toute ma liberté, j'ai besoin que les autres sachent renoncer à la leur. Mais comme je suis un garçon magnanime, je passe l'éponge et je reste ici. De toute façon, tout le monde s'en fout. Et puis surtout, je n'ai nulle part ailleurs où aller, alors...

Et maintenant, je publie, avec beaucoup de retard, les doublets de mon journal que je n'ai pas pu recopier plus tôt, à cause de tout ce laisser-aller que je trouve si souvent chez autrui depuis trop longtemps, comme je vous disais...

Vendredi 30 juillet 2004

Pour afficher correctement les mots grecs ci-dessous, il faut la police GREEK, que vous trouverez sur cette page .

        Très mauvaise journée. J’ai dû faire trois choses aujourd’hui, dont une n’est devenue nécessaire que dans le courant même du jour, ce que je déteste. D’habitude, deux choses à faire, c’est déjà trop. A chaque fois, je dois me préparer moralement. Mais avec cette troisième chose, conséquence imprévue d’une des deux choses initialement prévues, j’ai été pris au dépourvu, je me suis retrouvé à devoir affronter bien plus que ce pour quoi je m’étais d’abord préparé. Résultat : je me suis fait grande violence.

C’est dans ces moments-là qu’on se rend compte qu’une piscine est un don du ciel. On entre dedans, et l’on se sent lavé du monde extérieur. On se laisse flotter sur le dos, les oreilles immergées, et l’on n’entend plus que le ruissellement assourdi de l’eau sur laquelle on repose. On regarde le ciel, et l’on est de nouveau seul au monde, second soleil dans le soir. Quand je pense que bientôt, je n’aurai plus de piscine chez moi ! Il me faudra sortir de mon appartement et me rendre ici, chez ma mère, c’est-à-dire faire quelque chose (un trajet), pour me laver des choses que j’aurai eu à faire dans la journée ! Ça n’a pas de sens !

        Pour me reposer, je lis les différents blogues que je fréquente plus ou moins régulièrement. C’est ainsi que je m’aperçois que quelqu’un qui m’avait classé dans ses blogues favoris (ce qui se rencontre rarement), m’en a supprimé. Bien sûr, je devrais être satisfait que mon blogue de pédé (c’est de celui-là qu’il s’agit) ne figure plus sur une liste de blogues médiocres pour la plupart, mais je ne peux pas m’empêcher d’être vexé qu’on préfère au mien ces médiocres blogues-là ! Quel être vaniteux je peux faire, tout relativement détaché de tout que je me veuille ! C’est souvent que je me sens humilié de ne pas figurer dans les listes de blogues favoris d’auteurs que j’apprécie moi-même. C’est d’autant plus idiot que ce sont la plupart du temps les auteurs que j’aime bien, plutôt que les blogues proprement dits, qui n’ont généralement que très peu d’intérêt, comme l’immense majorité. Tandis que mon blogue à moi, qui justement ne manque pas totalement d’intérêt (je parle bien de mon blogue de pédé, mais mon autre n’en manque pas non plus) a probablement été retiré de la liste des favoris de celui dont je parle à cause uniquement de certains aspects peu appréciables de ma personne… Qu’ai-je bien pu dire pour mériter cette injuste sanction ? Une parole malheureuse sur le mariage des homosexuels ? Le conte du petit pédophile ? Ou peut-être que celui qui ne m’apprécie plus est venu jusque sur mon second blogue et qu’il a lu quelque phrase dictée par mon racisme somme toute ordinaire. Comment savoir ? Mais quelle importance ?

        Il faudrait qu’un jour j’écrive un billet dans mon blogue (de pédé) sur ce que je pense des blogues. De toute façon, je n’aurais pas grand-chose à dire. La plupart de ceux que je lis, qui sont presque toujours des journaux intimes, ne sont pleins que du vide des existences des uns et des autres. On serait tenté de dire comme Sophocle :

'Ië geneaˆ brotîn

æj Øm©j ‡sa kaˆ tÕ mh-

d?n zèsaj ™nariqmî. 

Je  n’ai rien contre le rien, Dieu sait ! Mais il faut du rien qui ressemble à quelque chose, avec un minimum de tenue, de caractère, de style. Si encore, il y avait tout cela, ce serait une bonne raison de lire ces blogues !  Mais non, tout est plat, à tel point qu’on se demande si ce n’est pas plutôt la platitude de l’expression qui laisse cette étrange impression de vide… Finalement, je me demande bien pourquoi je lis des blogues !

        Tout de même, n’exagérons pas, il y en a de bons, surtout parmi ceux qui ne sont pas des journaux intimes. Les journaux intimes publiés sur Internet pouvant recevoir des commentaires sont de faux blogues. Le blogue est autre chose, que j’aurais d’ailleurs le plus grand mal à définir. Sans doute un nouveau genre littéraire, bâtard, mais qui deviendra peut-être quelque chose, qui sait ? Et si nous étions à un tournant de la littérature ? Et si nous assistions à la naissance d’un genre nouveau jusque dans sa façon d’être conçu, son mode de diffusion, sa durée de vie ? Et si j’allais me coucher ?

Samedi 31 juillet 2004

        A l’heure où j’écris ces lignes, la citadelle, comme dit Manutara, n’est toujours pas accessible. J’ai donc publié le dernier doublet de ce journal sur mon blogue de pédé. Pourquoi ne pas continuer pendant quelque temps, disons, jusqu’à mon déménagement, qui doit avoir lieu fin août ou début septembre, histoire de voir si je suis plus commenté sur Gayattitude ? Et qui sait, peut-être, après ce délai, ne plus du tout publier ces doublets sur Hautetfort ? On verra bien.

De toute façon, une fois que j’aurai emménagé dans mon nouvel appartement, je risque de me faire plus rare sur Internet, du moins dans un premier temps. Car il est possible que je ne prenne pas immédiatement de connexion chez moi. Peut-être même n’en prendrai-je pas du tout. Dans tous les cas, il restera toujours la connexion d’ici, que ma mère conservera (je l’en ai persuadée), afin que je n’aie pas à changer l’adresse de mon site personnel. Car c’est grâce à elle que je l’ai, ce site où je dis tant de mal d’elle ; mais finalement, elle y trouve son compte elle aussi, puisque tout ce mal que j’y dis d’elle, c’est autant que je ne lui jette pas directement dans la gueule. J’espère qu’elle ne changera pas d’avis. Elle serait bien capable de résilier son abonnement, uniquement pour m’emmerder, cette conne !

        Tout à l’heure, je me suis rendu rue des Cordeliers, où les travaux doivent commencer lundi. Le jour baissait. J’ai allumé la lumière, et pour la première fois, je crois que je me suis senti chez moi, dans cette grande pièce vide. A cause de la lumière. Il n’y a plus de foyer dans les maisons modernes. Mais il me semblait que cette petite ampoule au plafond était mon nouveau feu.

Lundi 2 août 2004

        Cet après-midi, je passe rue des Cordeliers, pour voir si la personne qui s’occupe de la plupart des travaux chez moi ne manque de rien. Si : il lui faut deux raccords olives pour tuyau cuivre diamètre extérieur 10, avec deux bouchons, et un manchon femelle femelle pour tube pvc de 32, avec un bouchon. Je ne savais même pas que ça existait ! C’est pour boucher les canalisations sous un bidet dont je me débarrasse. Enfin, je crois. Je me rends donc dans un temple de la consommation consacré au dieu du bricolage. Ma mission ne consistait pas à trouver les pièces susnommées, mais à dégotter une personne capable de les trouver à ma place. Les prêtres ne se laissent pas facilement attraper, dans ces temples-là. A croire qu’ils ne veulent pas vendre leurs bondieuseries ! Je vais à l’accueil, pour demander quelqu’un. Et la femelle qui me reçoit se met à crier dans son micro qu’on a besoin d’un vendeur au rayon plomberie. Tout le magasin sait que je suis là, maintenant ! Le vendeur arrive. Je sors mon petit carnet et lui lis ce qu’il me faut, comme un bon élève. Je n’aime pas la façon qu’il a de me regarder. De toute façon, je n’aime pas que ceux qui savent des choses que je ne sais pas moi-même me regardent. Celui-là me fait bien sentir que je l’encombre et qu’il avait mieux à faire avant que j’arrive. Je continue de penser qu’il n’y a pas mieux à faire, dans un magasin, que de servir le client, mais ça doit être mon côté vieux jeu. Tout de même, il me trouve ce que je cherche, enfin presque : manquent de bouchons ! Je devrai revenir… Je repars donc de plus mauvaise humeur encore qu’à mon arrivée.

        Tout cela m’a donné chaud : piscine. Il se met à pleuvoir. Mais il fait toujours aussi chaud. Je reste allongé dans l’eau, oreilles immergées, à regarder la pluie me tomber dessus. Il ne semble pas qu’elle sorte des nuages, mais qu’elle se forme deux ou trois mètres au dessus de moi, comme surgie de nulle part, tout à coup, par génération spontanée. Ça ressemble à de la magie.

        Hier soir, chattant avec quelqu’un, je me suis aperçu que je m’étais sans doute mal exprimé dans mon dernier billet. Je ne projette aucunement d’arrêter la publication de mon journal sur Internet. Quoi qu’il arrive, il sera toujours mis régulièrement à jour sur mon site personnel, qui est son milieu naturel, si j’ose dire. Ensuite, il se peut que sa publication sous forme de blogue change de site. Mais à vrai dire, je songe plutôt à le publier sur deux sites à la fois, la chute de la citadelle m’ayant fait soudain prendre conscience de l’utilité d’en occuper deux en même temps : ainsi, quand un site est perdu, l’autre peut prendre la relève.

D’autre part, j’ai dit que j’hésitais à prendre une connexion Internet dans mon nouvel appartement. Mais que j’en prenne ou pas, il y aura toujours celle d’ici, grâce à laquelle je pourrai donc continuer les mises à jour de ce journal, avec sans doute un peu moins de simultanéité certes, mais un délai de quelques jours seulement. Souvent, j’aime à faire semblant de me demander, dans les pages de ce journal, si j’ai bien des lecteurs. J’ai eu l’occasion de me rendre compte, ces deux dernières semaines, que j’en avais bel et bien quelques-uns. J’espère avoir rassuré ceux d’entre eux qui s’inquiétaient du devenir de cet ennuyeux et très incomplet récit de mes journées, reflet néanmoins fidèle du fond de ma personne et de ma pensée, si tant est que j’en aie, ce dont je doute fort

Mercredi 4 août 2004

        Je déteste les gens qui ne savent pas lire les vers (autant dire que je n’aime aucun de mes élèves et que je hais la plupart des hommes). Quand j’entends massacrer des alexandrins, je me sens blessé dans ma chair. Chaque syllabe escamotée, c’est une parcelle de moi qu’on arrache. Lorsque je donne un cours et que je fais lire des vers à un élève, je me sens toujours mourir un peu, voire beaucoup. Parce que je me rends compte que les vers qu’il m’arrive d’écrire moi-même, bientôt, plus personne ne saura les dire. A cause de ces maudits élèves, je me rends compte que tous mes vers sont comme mort-nés.

Cet après-midi, le jeune Arnaud tentait de me lire les vers d’un autre, bien plus illustre que moi, et j’avais l’impression que ce garçon n’avait même pas attendu que je sois mort et enterré pour profaner ma tombe à grands coups de sa voix trébuchante, aiguë et grave à la fois. Un bègue aurait mieux lu ! Plusieurs fois, je me suis retrouvé dans la situation de faire lire de mes propres vers à quelqu’un qui avait entendu dire que j’en faisais. Et trop souvent, j’ai laissé déformer de mes alexandrins, que l’on me relisait pour me dire à quel point ils plaisaient ! Comment pouvaient-ils plaire, tellement dénaturés ? La plupart du temps, j’étais trop lâche