24/10/2009

Vendredi 23 octobre 2009

            En plus de madame L***, mon ancien professeur de piano, qui est devenue presque aveugle, j’ai encore aperçu Sandrine F***, au concert donné ce soir au tout récent et horriblement nommé ‘‘Pôle culturel du Marsan’’. Et pourquoi pas le Pôle emploi pour les intermittents du spectacle, tant qu’on y est ? Dieu merci, c’est encore bien le Pôle culturel du Marsan qu’on dit, et non pas Pôle culturel tout court, comme se fait appeler Pôle emploi, justement, qui se prend peut-être pour une personne, à moins qu’il ne soit une espèce de dieu des temps post-modernes, qu’on prie pour avoir du travail. De même que je rebaptise les personnes dans ce journal, j’ai décidé de donner de nouveaux noms aux lieux les plus hideusement nommés de ma vie. Déjà Parthénon, la boîte de nuit où j’ai dit que mes amis préféraient aller ces temps-ci, ne s’appelle évidemment pas Parthénon, ni bien sûr tel repaire associatif de citoyens concernés la Quadrature du cercle. (Après une rapide recherche, je n’ai pas trouvé de trace de cette Quadrature du cercle dans mon journal… Il est assez fréquent que je croie avoir noté dans ce blogue des choses que je n’ai pourtant jamais écrites et, la plupart du temps, j’ai oublié presque tout ce qu’il a pu m’arriver d’y dire. D’où parfois (j’exagère : une fois seulement, pour l’instant) que je tombe littéralement des nues à cause de plaintes qu’un Monsieur Véto contrarié va déposer contre moi. Je m’avise à présent que j’ai moi-même dit Parthénon tout court (« mes invités avaient continué la nuit à Parthénon »), comme s’il s’agissait, non pas d’une personne, mais d’une petite ville, ou d’un quartier ; sans doute est-ce Somaize qui m’a fait parler ainsi, que j’aime entendre dire « à Léolie » pour « dans le Marais du Temple ». Je me sens aussi peu à ma place dans une discothèque que dans l’un de ces quartiers qui sont colonisés par les étrangers. Peut-être est-ce aussi pourquoi j’ai choisi de traiter, dans ce journal, le nom que j’ai donné à cette discothèque comme s’il s’agissait de celui d’un quartier. Mon ‘‘à Parthénon’’ oscille entre l’‘‘à Léolie’’ des précieuses de Somaize et l’‘‘à Pigale’’ des filles de joies. Mais au lieu du Pôle culturel du Marsan, c’est bien du temple de Pol…, de Pol…, disons de Polhymnie, que je parlerai désormais, ce qui est peut-être aussi ridicule que de parler de Pôle emploi comme d’une personne ou d’un dieu, mais est néanmoins beaucoup plus dans l’esprit… bucolique de ce journal. J’ai donc encore aperçu ce soir Sandrine F*** au temple de Polhymnie. Avec mon espèce de passion pour elle, je me fais un peu penser à ce pauvre Frédéric Mitterrand, dont j’avais lu La Mauvaise vie, que don Esteban m’avait demandé d’acheter pour lui : car vivant aux Marquises, il n’a guère souvent l’occasion d’entrer dans des librairies. Je ne sais pourquoi don Esteban avait voulu lire ce livre en particulier. Peut-être était-ce le fait que l’auteur vient d’un milieu assez semblable au sien qui l’avait attiré. Peut-être est-ce parce que tout deux, enfants, passaient leurs vacances au bord du Léman. Mais ce n’est pas mon sujet. Je disais que je me faisais penser à ce pauvre Frédéric Mitterrand, dont la passion pour Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni le rend à peu près aussi ridicule que moi. La scène dans laquelle, témoin d’un accident de la circulation, en pleine nuit, à Paris, l’auteur tombe nez à nez avec une Catherine Deneuve sortant, accompagnée de sa fille, d’une berline qui passait par-là et lui demandant, en l’appelant par son prénom, de prévenir les secours au lieu de rester planté sans rien faire (paralysé qu’il était par l’apparition de ces deux divinités) était réellement pathétique, ou comique, je ne me rappelle plus. Il faudrait que don Esteban, qui a le livre avec lui, me dise ce qu’il en est exactement. J’aurais d’ailleurs aimé qu’il écrive sur ‘‘l’affaire Frédéric Mitterrand’’. Je l’ai toujours trouvé meilleur lorsqu’il traitait, hélas si rarement, de questions d’économie (qui fut la matière de ses études), plutôt que lorsqu’il travaille à ses mémoires ! Il s’agit bien d’économie, après tout, même si ce n’est pas par le tourisme sexuel auquel on reproche à Mitterrand de s’être adonné que j’avais été le plus ‘‘choqué’’. A dire le vrai, je n’ai gardé aucun souvenir de cette partie du livre. Par contre, j’avais trouvé surprenant que Mitterrand aille acheter des enfants au Maghreb, ou plutôt les louer à des familles miséreuses, pour les élever seul en France. D’ailleurs, la première chose qui m’était venue à l’esprit quand Frédéric Mitterrand était devenu ministre de la culture, c’est précisément qu’il y aurait sûrement très vite une ‘‘affaire Mitterrand’’. Je m’étais demandé si le Président de la République et son premier ministre n’étaient pas un peu fous d’arrêter leur choix sur un homme à de si étranges pratiques. Mais je le répète, les pratiques que je trouvais étranges, ce n’était pas le tourisme sexuel, mais le tourisme de l’adoption, ou de la location d’enfants, pour être plus précis, que je n’étais pas loin de trouver foncièrement immorale. Mais qui suis-je pour juger mon prochain, moi qui loue mes sourires, mes soupirs, mes caresses et d’autres choses encore à des messieurs (pratique que je réprouve et condamne évidemment ! D’ailleurs, je ne dirai jamais assez combien je me désapprouve.) ? Pour le dire un peu grossièrement (mais c’est parce que je trouvais grossière sa démarche), je trouvais surprenant qu’on nomme ministre de la culture un homme qui louait à leurs familles de jeunes Maghrébins parce qu’il voulait faire des enfants ‘‘toute seule’’… Et c’est le tourisme sexuel qu’on lui reproche ! C’est dire si l’on marche sur la tête ! La preuve est faite qu’il est parfaitement entré dans les mœurs d’acheter des enfants à l’étranger pour les élever en France. C’est ce que font déjà la plupart des parents français qui adoptent des enfants. Sans doute sont-ils plus à plaindre qu’à blâmer. Le concert de ce soir était donné en hommage à Francis Planté, qui est le grand homme du pays. Il a vécu à Mont-de-Marsan. Une partie du Conseil général des Landes est d’ailleurs installée dans l’hôtel Planté. La grande place qui se trouve devant mon ancien Lycée, tout près de chez moi, porte son nom. Il a été le maire de Saint-Avit, un village tout proche, pendant près de vingt ans. Sa carrière pianistique a duré plus de quatre-vingts ans. Né à Orthez, il fut un enfant virtuose et est mort en 1938 à quatre-vingt-quinze ans, dans les Landes, qu’il aima passionnément, parce qu’il avait la passion de la chasse, qu’il y pouvait pratiquer tout à loisir. Parce qu’il était l’un des rares à en avoir la capacité technique, il fut parmi les premiers à interpréter de nouveau Franz Liszt (que beaucoup trouvaient injouable), du vivant de ce dernier, et même, avec lui, des transcriptions pour deux pianos d’œuvres pour orchestres. Il fut aussi l’un des premiers pianistes à être enrigistrés. Un enregistrement de lui a d’ailleurs été réédité et joint à la biographie du pianiste (que j’ai acquise tout à l’heure, après le concert) écrite par Roseline Kassap-Riefenstahl. Je me contente de répéter ce qu’elle avait probablement déjà dit lors  d’une récente conférence à laquelle je n’ai malheureusement pas eu le temps d’assister, et de nouveau ce soir, pendant l’entracte. « Ayant pris le flambeau pianistique des mains d’artistes nés au XVIIIe siècle, écrit madame Kassap-Riefenstahl dans son livre (et Philerme ne devrait pas être insensible à la synchronie ici relevée), avant de le tendre à son tour à ceux qui tissèrent le XXe siècle, il [Planté] traversa un siècle de piano en y rencontrant tous les acteurs de la vie musicale et artistique. Il eut pour partenaires tous les grands chefs d’orchestre, violonistes, violoncellistes, pianistes et autres musiciens de son temps. Témoin remarquable des transformations qui s’opérèrent à la fois sur les instruments, sur la musique elle-même, sur l’interprétation pianistique en France et à l’étranger, Francis Planté rayonna sur plusieurs générations de musiciens […] ». Ecouter cet enregistrement de Francis Planté, c’est un peu comme regarder certaine photo que Philerme a récemment publiée sur son blogue. Ici, Planté est à Liszt ce qu’à Mozart la Constance de la photo : on se prend à rêver à de possibles enregistrements d’un autre.

03:35 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, La Quadrature du cercle, Le temple de Polhymnie, Madame L***, Monsieur Véto, Parthénon, Philerme, Sandrine F*** | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

09/10/2009

Jeudi 8 octobre 2009

            En dînant avec Alfred, mardi soir, chez ma sœur (car il est de nouveau possible à Julie de le fréquenter depuis qu’elle a quitté le grand con, qui était tellement jaloux qu’il avait voulu, découvrant qu’elle lui avait téléphoné, ‘‘casser les genoux’’, selon ses propres termes, à ce pauvre Alfred), j’en ai appris une autre bien bonne sur ledit grand con. Alfred connaît à peu près tout le monde à Mont-de-Marsan, et pas seulement à Mont-de-Marsan, d’ailleurs : ne s’est-il pas vanté, au cours du repas, d’avoir été longtemps l’amant de la fille d’un député du cru (l’autre grand amour de sa vie, paraît-il, avec ma sœur, que tout le monde semble d’ailleurs aimer, en ce moment, tant elle a de prétendants, dont le meilleur ami d’Osman, depuis peu, qui est fort beau…), ce qui lui donna l’occasion de rencontrer parfois tel ancien premier ministre ou tel président de conseil général dont Phidippide aime à dire qu’il le connaît assez bien lui aussi, depuis l’époque où il militait dans un certain parti politique. (Quelle déception, d’ailleurs, que ce Phidippide ! Je lui avais beaucoup confié les reproches que je faisais souvent à Tityre, par exemple, d’avoir couché avec Camille, alors qu’il m’en savait épris. Phidippide avait prétendu être aussi atterré que moi par la fausseté de Tityre, qui s’était longtemps comporté avec moi comme si de rien n’était, tentant de me cacher cette bassesse même après que je l’avais apprise, bien plus tard, de la bouche de Camille. Phidippide était différent, lui, c’est du moins ce qu’il m’assurait, et c’est pourquoi il avait également été scandalisé, sans en être surpris du tout, de la fausseté des déclarations d’amitié du terrible Cléomédon, qui venait tout juste, sans même attendre que mon odeur ait quitté la peau du beau Mnasyle, que j’avais un peu vite chassé hors de mon lit, de le prendre pour laisser à son tour sur lui sa salive, à côté de la mienne encore humide ! Ah ! Ce n’est pas Phidippide qui se serait si mal comporté avec moi, lui qui m’était un véritable ami, me jurait-il, contrairement à ces Tityre et ces Cléomédon, qui ne sont que des vieillards ou des lubriques ! Je suis tombé de bien haut quand Aribaze, sur lequel il était notoire que j’avais des vues, m’a confié que la veille d’une coucherie que j’avais eue avec Phidippide, c’était avec lui que ce dernier avait couché, lui faisant promettre de ne rien me dire, ce qu’Aribaze, en véritable ami, lui, s’était empressé de me rapporter, le plus naturellement du monde et pour notre plus grand rire, puisque nous nous étions aperçus que n’ayant pas pu tout faire avec l’un, qui n’avait été que passif avec lui ce soir-là, c’était par l’autre que Phidippide s’était fait enculer : le lendemain ! Moi qui avais cru pouvoir faire de lui un nouveau meilleur ami, maintenant que don Esteban n’est plus aussi près de moi que je le voudrais, je m’aperçois qu’il était en réalité le pire de tous ! C’est le plus faux, le plus immoral et surtout le moins excusable, parce qu’il se pique d’avoir un certain vernis de culture, grâce auquel il devrait donc être le mieux armé de mes amis pour se conduire le moins mal. Ce qui me fâche le plus n’est pas tant le fait que Phidippide ait couché avec un garçon sur lequel il savait que j’avais des vues que le secret qu’il a voulu m’en faire, alors que je lui avais dit d’abord combien j’avais été blessé que des amis ou prétendus tels m’aient délibérément laissé dans l’ignorance où j’étais de leur traitrise. (Ma sœur me demande comment il se fait que je ne cherche pas davantage à rencontrer l’âme sœur. C’est à cause de mes amis ! J’en suis à me demander s’il me faudra leur cacher ma prochaine conquête, pour être sûr de ne pas en être aussitôt dépouillé !) Je ne sais si c’est parce que j’ai le sentiment que le fruit que je convoitais a été gâté par l’avidité de Phidippide, comme j’ai dit un soir à ce dernier, mais Aribaze n’a plus sur moi l’attrait des premiers jours. Au contraire, j’ai désormais le plus grand mal à en supporter seulement la présence. Ma sœur m’a dit qu’elle avait été interloquée par mon comportement avec lui lors d’un dîner que donnait chez lui Tityre, samedi dernier, durant lequel je me serais montré un peu dur… J’aurais dit à Aribaze que je trouvais qu’il était une ‘‘agression permanente’’ et, comme il se demandait s’il resterait en France après avoir terminé sa formation d’élagueur (car il a de l’ambition et ne veut pas rester dans sa condition de bûcheron !), je lui aurais conseillé de retourner dans son pays, tant me paraissait évidente son inadaptation au nôtre. « Mais le problème, a-t-il répondu, c’est qu’il n’y a pas d’arbres à élaguer là-bas », ce qui, je crois, n’est pas vrai. Plus tard dans la soirée, mais chez Osman, cette fois, où nous étions allés continuer à boire, Aribaze m’a mis tellement hors de moi, que j’ai préféré partir avant d’imploser où de me jeter par la fenêtre. Mon humeur s’était déjà passablement dégradée depuis que le sublime Callias, qui nous avait rejoints avec un sien ami chez Osman, était reparti sans me dire au revoir, une fois de plus, alors qu’il l’avait fait même à ma sœur, qu’il avait pourtant rencontrée pour la première fois ce soir-là. Cette contrariété et les pitreries incessantes d’Aribaze ont fini par m’achever. Mes amis sont habitués à ces départs soudains dont ils ont fait un sujet de plaisanterie : « Arrêtez, disent-ils souvent, sinon Olivier va s’en aller ! », « Attention ! Taisez-vous, ou Olivier va partir ! »… (Telle pourrait être ma définition : Olivier, celui qui s’en va… Aphanisme est le sous-titre de ce blogue.) J’aurais d’ailleurs mieux fait de rester, parce que le bel Ascagne, peu après avoir fermé son bar, a rejoint la compagnie que je venais de quitter pour passer avec elle le reste de la nuit. Tout le monde, sauf peut-être Tityre, a finalement couché chez Osman, dont Ascagne, donc, qui est beau comme… comme… comme un barman, et près de qui j’aurais peut-être pu dormir, moi aussi, quoique sans doute assez inconfortablement, puisqu’il m’a rapporté hier soir qu’il avait tout de même vomi trois fois cette courte nuit-là. Je crois savoir que c’est au cours de cette soirée que ma sœur est devenue l’amante du meilleur ami d’Osman.) Alfred donc, qui connaît tout le monde, nous disait qu’il avait entendu dire à un agent immobilier que le grand con, environ deux semaines avant d’être quitté, avait cherché à savoir si les propriétaires ne voulaient pas vendre l’appartement que venait de quitter son frère et qui se trouve à côté de celui de ma sœur. (C’est d’ailleurs à cause de ce voisinage que tout a commencé pour cette dernière. Le grand con l’avait aperçue depuis le balcon de l’appartement de son frère. Il avait vite appris qu’elle était propriétaire du sien, ce qui signifiait dans son cervelet gigolétique qu’elle était solvable, et c’est ainsi qu’il lui a mis le grappin dessus, entrant du jour au lendemain dans sa vie et réussissant vite, grâce à quelques bouquets de fleurs et coups de bite bien envoyés, à se faire entretenir par elle pendant deux ans.) Si le grand con s’était informé de l’intention des propriétaires de l’appartement qu’avait occupé son frère, c’était parce que ma sœur, a-t-il prétendu, envisageait de le racheter, pour agrandir le sien ! Que tramait-il encore ? Telle était sa façon de procéder : il semait le trouble dans les esprits, en prêchant souvent le faux, pour s’assurer de nouveaux appuis. Il est ainsi plus que probable qu’il a imaginé que Pharnace, ce patron de bar qui m’est tellement antipathique, lui avait dit que je faisais la pute à Toulouse. C’était simplement pour me faire croire que je pouvais compter sur lui, ce grand con qui n’hésitait pas à me rapporter ce qui se disait de pire sur moi. On est toujours tenté de croire davantage ce dont on est le plus blessé. Ce faisant, il se rendait indispensable, car je fais partie de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de chercher à savoir ce qu’on pense d’elles… De même a-t-il très probablement inventé que des gens qui savaient ma sœur séropositive changeaient de trottoir lorsqu’ils la croisaient dans la rue. Une telle révélation, contribuant à ébranler l’une, consolidait d’autant le soutien que voulait lui être l’autre : non seulement il ne changeait pas de trottoir, lui, mais encore dormait-il tout contre elle ! Prétendre que Julie était assez prospère pour vouloir agrandir son appartement, c’était faire croire au monde que lui-même ne manquait pas d’argent, et qu’on pouvait donc lui faire confiance en affaires, qu’il menait pourtant de façon désastreuse. Tous autant que nous sommes, nous avons été pigeonnés par ce remarquable imposteur et néanmoins minuscule escroc.

 

02:46 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Callias, Camille, Cléomédon, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Pharnace, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

03/10/2009

Vendredi 2 octobre 2009

            Vingt-huitième séance chez Tirésias : Il m’est arrivé une chose étrange, mercredi après-midi, à la bibliothèque. J’y ai aperçu Sandrine F***. Elle avait laissé sa sublime rousseur lui tomber jusqu’aux hanches. Nous ne nous sommes salués que d’un signe de nos têtes. J’aurais voulu me lever de ma chaise pour aller jusqu’à elle, mais au moment de le faire, je me suis trouvé comme cloué à mon siège. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Mes bras et mes jambes tremblaient. J’ai dû poser sur la table de lecture le crayon que j’ai toujours à la main, que je n’arrivais plus à tenir. Je me suis senti littéralement foudroyé par cette divinité, dont le passage en ces livres m’a fait le même effet que certaines de ces fulgurances dont on est parfois saisi au détour d’une page, qui empêchent la poursuite de la lecture, le temps qu’il faut pour se remettre de leur pénétration, à moins que ce ne soit précisément le temps qu’elles mettent à se frayer dans la chair une plaie jusqu’aux tréfonds… En même temps est arrivé celui que j’ai appelé le jeune dieu tutélaire de cette bibliothèque. Il s’est assis face à moi, mais à une autre table. Il était tard et le soleil, bas et peut-être un peu roux lui aussi, illuminait les genoux, les mollets, les chevilles du garçon, dont la chair, splendide, radieuse, me semblait presque inhumaine, adorable, proprement divine. Je ne pouvais plus lire. Je ne pouvais plus rien. Sabine, en Allemagne, et Frédéric P***, que j’aimais tous deux, m’avaient fait croire un jour, par jeu, qu’ils étaient épris l’un de l’autre. Déjà cette fois, j’avais perdu le contrôle de moi-même : exactement comme mercredi, devant Sandrine F***, pure idée jaillie des livres, et le garçon, son page entre les pages. Il est tout de même curieux que ces deux êtres, étrangers l’un à l’autre, m’aient causé le même accablement qu’avaient fait Sabine et Frédéric, qui se connaissaient entre eux. Mes deux divinités avaient pourtant bien une chose en commun, c’était le regard indifférent ; le regard sans chaleur de Sandrine, qui ne semblait pas même joyeuse, pas même surprise (preuve de sa divinité ?), de retrouver un ancien camarade de classe, comme si nous nous étions quittés la veille ; quant au jeune dieu tutélaire, son regard était celui de quelqu’un qui lève un instant le nez de son livre pour y replonger aussitôt les yeux : c’était un regard presque absent. J’étais regardé sans être vu. « ‘‘Divinité’’, ‘‘dieu tutélaire’’ », me dit Tirésias. « Bien sûr : tout cela me renvoie à ma propre condition d’être bassement humain. » Je ne suis que cette boue toujours indigne de ce qui m’inspire du désir. Et ma mère, qui m’a interdit de toucher les femmes, trop sacrées pour que j’aie le droit d’y porter la main. Non seulement je ne me sens pas le droit de toucher, mais même de regarder ce que je trouve beau. Ma grande peur est que mon regard soit surpris par ce que je regarde. Dans le même temps, je prends plaisir à regarder ce que je sais ne pas être conscient de mon regard. Je suis un peu voyeur. Paradoxe : je ne supporte pas d’être regardé, mais c’était précisément les ‘‘regards sans me voir’’ de Sandrine F*** et du garçon qui m’accablaient. C’est peut-être de ne pas être vu tel que je suis ou tel que je voudrais être qui m’accable. « Le regard, le regaaaard ! Dites-moi les pensées qui vous viennent à ce sujet, m’a demandé Tirésias. – Ce qui me vient à ce sujet ? Je ne sais pas, moi… C’est ce que je viens de vous dire, qui me vient à l’esprit ! (Un silence.) Là, par exemple, ce qui vient de me traverser l’esprit, c’est mon reflet dans la glace. Il me semble que depuis que j’ai commencé cette analyse, je me vois vieillir. Ou plutôt, je suis en train de m’apercevoir que j’avais commencé de vieillir avant de vous consulter, car je ne peux pas croire que toutes les rides que je me découvre, toutes ces petites imperfections de la peau, me soient venues en moins de six mois !  En me regardant dans le miroir, je me vois désormais tel que je suis sans doute. – Oui, c’est tout à fait normal. Commencer une analyse, c’est accepter de regarder en soi, et donc de se regarder en face. » Pourtant, nombreux sont ceux qui me disent qu’ils me croyaient beaucoup plus jeune ou qui, connaissant mon âge, trouvent que je ne le fais pas. A dire le vrai, les avis sont fort partagés quant à cette question des plus délicates. Phidippide, par exemple, se moque de moi lorsque je lui dis que je fais croire, sur Internet, que je n’ai que vingt-sept ans. « Tu dois en décevoir beaucoup, me dit-il, si tu leur annonce cet âge. Tu fais beaucoup plus vieux ! » Mais don Esteban, qui a regardé dernièrement les photos de moi que j’ai publiées sur Facebook, me disait encore tout récemment que je semblais avoir trouvé une seconde jeunesse. Un garçon beaucoup plus jeune que moi prétendait hier encore, en toute bonne foi, qu’il avait cru que je n’avais pas vingt-trois ans ! Je ne sais plus quel est mon âge. Quand je me regarde dans le miroir, je commence à voir en effet quelqu’un qui pourrait avoir l’âge du Christ. Mais celui que j’aperçois dans les yeux de mon prochain, ou du moins le reflet que j’apprête spécialement pour ses yeux, à grand renfort de crèmes cosmétiques, de repos et de sommeil (qui est le secret de la fraîcheur), est encore un tout jeune homme. En revanche, si je ferme les yeux, pour mieux considérer ma solitude et mon inadaptation dans le monde où je suis, j’ai l’impression d’avoir mille ans. Ou plutôt, j’ai l’impression d’être un tout petit enfant de mille ans. Je n’avais rien dit de plus, lors de la vingt-septième séance, jeudi 24 septembre, que ce que j’avais noté dans ce journal le dimanche 20. Mais Tirésias a cru bon d’ajouter que noli me tangere, « ne me touche pas », signifiait peut-être aussi : « ne m’émeus pas, ne m’atteins pas, ne me blesse pas, ne me fais pas souffrir ». Je ne voudrais plus souffrir à cause de cette femme, ma mère, qui me l’a déjà fait tant.

03:31 Publié dans 2009, Don Esteban, Frédéric P***, Journal, Ma mère, Phidippide, Sabine, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

28/05/2009

Mercredi 27 mai 2009

            Il y a un an que Dominique Autié est mort. Hier soir, rencontre de Dioclès et dîner avec lui. C’est un Internaute avec qui je chatte depuis longtemps. Il est revenu vivre un mois chez ses parents, à Mont-de-Marsan, en attendant de partir pour le Nouveau Monde, en juin. Nous avons profité de sa présence ici pour nous voir. Il était curieux du nom que je lui donnerais dans ce journal et se demandait d’ailleurs suivant quel système je nommais mes personnages. La vérité est que je n’ai pas vraiment de système. Souvent, mais non pas toujours, j’essaie de donner aux faux noms les mêmes initiales qu’aux vrais. Parfois, mais assez rarement, finalement, je joue sur les étymologies. D’autres fois encore, je ne fais que garder, s’il me plaît, le nom qui m’est venu à l’esprit, comme c’est par exemple le cas ce soir, pour Dioclès. En ce moment, je vais régulièrement chercher de nouvelles idées de noms dans le Dictionnaire des Précieuses. Ainsi, c’est pour sa passion du théâtre que j’ai donné le sien à Cléocrite, qui est celui que porte Corneille dans ce dictionnaire. Puisque j’en suis à parler des noms qui ont cours dans ce journal, je tiens à rassurer mes lecteurs, et plus particulièrement un, qui était membre du site de pédés habituel, mais qui s’est fait apparemment renvoyer par le Webmestre, pour une raison qui m’échappe : j’ai bien toujours l’intention de créer un index des noms, pour aider les paresseux dans leur lecture. Mais n’étant pas moi-même un bien grand courageux, je n’ai pas encore trouvé l’énergie nécessaire à la création d’un tel index. Patience, donc. Osman m’a accompagné ce soir à l’église de Saint-Médard où était donné un concert de musique ancienne (celle de la Renaissance est ma préférée). Pensée pour don Esteban pendant l’interprétation des cantiques du Livre Vermeil de Montserrat. J’ai enfin pris le temps de lire les lettres prêtées par Sophronie, que je lui avais écrites lorsque j’étais adolescent. Celle-ci m’avait dit, en me reparlant de ces lettres, qu’elle s’était régalée d’y retrouver complètement le garçon qu’elle avait connu au lycée. Quant à moi, je ne m’y retrouve pas du tout ! Je suis atterré par la lecture que je viens de faire et j’ai vraiment peine à croire que le garçon prétentieux et détestable, obsessionnel et prodigieusement bête, qui a écrit ces torchons, c’est moi. Je ne me rappelais pas que j’avais été si soucieux de mes études, si inquiet de ma réussite scolaire, ce qui ne fut plus du tout le cas par la suite, une fois le lycée terminé. J’avais oublié presque tout ce dont il est question dans ces lettres, qui sont donc un précieux document sur les débuts de ma névrose. Elles sont d’abord un petit roman, je veux dire : le roman de Julien, dont je parle beaucoup. J’y apprends par exemple que je l’avais fait naître un 23 mars (soit la veille de l’anniversaire de ma sœur Laura) ; que je le faisais mourir un 26 février et que je faisais remonter notre rencontre à un 24 août. Je parle également dans ces lettres d’une amie censée avoir occupé dans mon cœur autant de place que Sophronie ou Anja, qui faisait apparemment de la danse, et dont je ne garde absolument aucun souvenir. Par contre, je me suis souvenu, grâce à cette lecture, des scarifications que je me faisais aux poignets et qui m’étaient complètement sorties de la tête. Dans ces lettres, je parlais énormément de suicide : de celui de Julien, mais aussi du mien, dont je n’avais pas le courage. « Si je dois me suicider, écrivais-je par exemple, ce ne sera pas par les veines. » (Cela dit, à moins que ma mémoire ne m’abuse, il me semble ne jamais avoir réellement été tenté par le suicide. Je parlais du suicide, sans du tout l’envisager sérieusement : c’était encore du roman. Mais il y a pire encore : j’allais jusqu’à exhorter Sophronie à mettre fin à ses jours, à ‘‘partir’’, comme j’écrivais, non seulement elle, mais aussi son jeune amant de l’époque, qui est devenu depuis son mari et le père de ses enfants, dont un garçonnet de trois ans et demie à peine, mais d’une grâce et d’une intelligence incroyables. Dès cette époque, la pensée de mon propre sang, de mes veines et de mon pouls me tourmentait. Je rapporte ainsi cette anecdote, dont je me souviens très bien, maintenant que je l’ai relue : « Parfois, à mon cours de piano, quand mon professeur me tient le poignet pour me faire battre la mesure, je suis pris d’un rire nerveux et de bouffées de chaleur qui ne s’arrêtent plus. » Il m’était très pénible de me faire ausculter par le médecin, dont les palpations me faisaient perdre toute maîtrise de moi. Encore aujourd’hui, je déteste me faire prendre la tension : j’ai l’impression que mes artères vont éclater. Avais-je dit que Phédon, lorsqu’il m’avait embrassé dans les commodités de la discothèque, avait exercé une succion sur ma lèvre inférieure qui avait failli me faire évanouir ? C’était comme s’il m’avait pris la tension ! Comme s’il m’avait ouvert les veines ! C’était un vampire qui me suçait le sang. L’écrire me donne encore des suées. Assurément, il y aurait dans ces lettres de quoi nourrir plusieurs séances chez Tirésias ! (J’y ai par exemple trouvé une formulation, à propos de Julien, très proche de ce que j’ai pu dire plus récemment au sujet de Camille. J’avais en effet écrit à Sophronie que Julien était mon enfant, mais aussi mon père, et mon frère.)

03:52 Publié dans 2009, Anja, Camille, Cléocrite, Dioclès, Dominique Autié, Don Esteban, Journal, Julien, Osman, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

15/05/2009

Jeudi 14 mai 2009

            Monsieur Véto a donc répondu à la lettre électronique dans laquelle je lui demandais de retirer sa plainte contre moi. Il m’a rappelé que j’avais mis en ligne sur mon blogue un texte nominatif extrêmement violent à son égard (c’est hélas entièrement vrai), et accessible à tous sur un simple clic (d’ailleurs, je constate qu’en lançant dans Google une recherche sur Monsieur Véto, des liens mènent toujours aux pages où je le nommais et l’injuriais, même si j’ai effacé son nom de mon blogue depuis une bonne quinzaine de jours, maintenant) ; il a ajouté qu’il m’avait demandé de retirer ce nom et que je n’en avais rien fait ; qu’il n’avait donc pas pu faire autrement que de porter plainte contre moi. « Le Web, concluait-il triomphalement, n’est pas une zone de non-droit. » J’ai mis en doute, vendredi 1er mai, la bonne foi de Monsieur Véto qui, pensais-je, m’avait tendu un piège dans lequel j’étais lamentablement tombé. Je ne croyais pas, je ne crois toujours pas, d’ailleurs, qu’il ait eu sincèrement le désir de me voir retirer de mon blogue son nom ni les injures que je lui avais adressées. Tant que ces preuves de ma culpabilité se trouvaient dans mon journal, Monsieur Véto avait en effet une bonne raison de porter plainte contre moi (puisque, je le répète, il est entièrement dans son bon droit), c’est-à-dire de me nuire. Cela dit, même si je ne crois pas en la sincérité de Monsieur Véto, je dois à la vérité de dire ce qu’il m’a lui-même rappelé, dans une autre lettre électronique, c’est à savoir que, contrairement à ce que j’avais dit dans ce journal, il m’avait envoyé un courriel, le 4 janvier 2009, dont voici la texte : « Cher Olivier, je vous demande de retirer toute référence à ma personne de votre blog. Cordialement, Monsieur Véto. » Il s’était mis à me voussoyer pour cette grave occasion, dans laquelle, néanmoins, je restais son ‘‘cher Olivier’’, qu’il saluait d’ailleurs cordialement ! N’est-ce pas délicieux ? C’est donc le 4 janvier qu’il m’avait envoyé cette lettre, c’est-à-dire, si ma mémoire est bonne, avant que je ne bloque son adresse électronique, pour ne plus avoir à subir l’irritante démangeaison de ce pou du pubis. Je n’ai aucun souvenir de ce courriel, dont je ne mets cependant pas en doute la réalité. Seulement, je ne me rappelle qu’à présent que l’exaspération m’avait fait effacer sans les lire certains des messages de Monsieur Véto. C’était d’ailleurs précisément pour ne plus les recevoir que j’avais bloqué aussitôt après son adresse électronique. Tout cela ne m’excuse en rien, puisque je suis responsable de ce qui est publié dans mon blogue. Mais ce courriel que j’avais donc bien reçu, sans pour autant le lire, montre, je le crains, à quel point je suis décidément indéfendable ! Même ma petite théorie de la mauvaise foi de Monsieur Véto, à laquelle je crois toujours autant et qui aurait pu être à mon bénéfice une circonstance atténuante, ne tient pas vraiment. Quelle admirable vérité que ce Web qui n’est pas une zone de non-droit ! Elle est de ces vérités qui font comme donner corps aux imbéciles, à la fois leur tenant lieu de profondeur (proprement abyssale) et d’indépendance d’esprit (quelle nouveauté, en effet, que cette idée si originale, si audacieuse, si courageuse, même, que le Web n’est pas etc.) ! Non, le Web n’est pas une zone de non-droit. C’est en vertu de telles lois que les Messieurs Véto peuvent sévir en toute impunité sur Internet : ils mettent tout leur art à pousser leurs ennemis dans les derniers retranchements de l’infraction, pour pouvoir ensuite les menacer de recourir à la justice, quand ils ne le font pas tout bonnement, sans crainte du ridicule. C’est ainsi qu’a procédé Monsieur Véto, qui a tout fait pour se faire injurier (ce qui, je le redis, ne m’excuse en rien, certes, mais peut tout de même expliquer la violence de ma réaction), pour affecter ensuite d’être tout étonné de l’avoir été ! Encore une fois : c’était un piège ; je suis tombé dedans. Après tout, c’est la pure vérité, et c’est une bonne chose pour la paix civile (cela dit sans aucune ironie) : le Web n’est pas ni ne doit être une zone de non-droit. Quant à moi, je voudrais faire entendre cette autre vérité, beaucoup plus petite, il est vrai, et qui n’a certes pas force de loi, que ma vie ni le récit que j’en fais ne sont des pissotières. Quel besoin Monsieur Véto avait-il donc de venir pisser sur moi la désapprobation, le mépris que lui inspiraient la façon que j’ai de mener ma vie, de la juger ou d’en faire étalage dans mon blogue ? J’ai déjà dit qu’il y avait un malentendu entre mes lecteurs et moi : ce n’est pas parce que je publie cette relation de ma vie, ce n’est pas non plus parce que la possibilité est laissée aux internautes d’écrire des commentaires dans mon blogue, qu’ils ont moralement le droit de m’y faire part (ou dans des lettres électroniques) de tout le mal qu’ils pensent de moi ; du bien qu’ils en pensent, à la rigueur, mais c’est tout ! Peut-être la crudité de certains de mes propos fait-elle croire aux plus ou aux moins sensibles de mes lecteurs, aux moins humains d’entre eux, serais-je tenté d’écrire, que j’ai le cœur particulièrement bien accroché, et que je puis donc tout entendre sur mon compte sans m’en émouvoir. Eh bien ! Je vais peut-être en décevoir beaucoup, mais il n’en est rien ! Ce n’est pas parce que je suis méchant, comme don Esteban le prétend, sans doute d’ailleurs à juste titre, ce n’est pas non plus parce que j’affecte parfois ou souvent, je ne sais, d’être un cynique (mais je dis bien que je l’affecte seulement), ce n’est pas enfin parce que je suis plus enclin à montrer la partie la plus dure, je veux dire la plus indurée et la plus endurcie, de mon cœur, que je suis pour autant dépourvu de cette tendresse, de cette fragilité, peut-être même de cette gentillesse qu’il y a dès la naissance au cœur de tout homme et qui en font d’ailleurs sans doute la force paradoxale, la densité, la teneur. (Par exemple, ce n’est pas parce que je ne me cache pas d’aller occasionnellement me prostituer, le plus souvent ‘‘pour arrondir les fins de mois’’, que je ne rêve pas aussi de l’amour le plus pur et de l’eau la plus fraîche ! Il me semblait évident que les putes pouvaient avoir les mêmes aspirations que les jeunes filles en fleur. Même en pratiquant ce métier qui passe pour honteux, il arrive qu’elles s’attendent, comme n’importe qui d’autre et tout simplement parce qu’elles en méritent autant, à du respect, pour écrire un mot à la mode. (Mais qu’on n’aille pas s’imaginer que je me considère réellement comme une pute. Je ne me définis en effet pas plus comme tel que comme un distributeur de prospectus, par exemple. Mes deux travails, purement alimentaires et prenant relativement peu de mon temps, ne constituent qu’une part marginale de mon mode de vie. Si j’osais, je dirais que je ne pratique pas assez assidûment le noble métier de pute pour pouvoir me prévaloir du si beau titre qu’il confère ! C’est tout de même le plus vieux métier du monde ! Mais j’imagine que qualifier de noble un tel métier est déjà condamnable ! Je m’empresse donc d’ajouter que je ne pense pas vraiment ce que je viens d’écrire…) Je le disais l’autre jour : je n’en suis pas moins homme ! C’est sur un homme que l’incontinent Monsieur Véto est venu se soulager de la mauvaise opinion qu’il avait de moi. Et c’est également un homme que j’ai honteusement injurié. Comment expliquer que je me sois laissé tomber si bas ? Les quelques phrases qui font l’objet du délit étaient réellement épouvantables et dignes d’être proférées par les pires canailles issues des ‘‘cités’’ les plus diverses ou les plus sensibles, je ne sais comment dire : dignes d’un assassin (cela dit sans vouloir faire d’amalgame, comme je crois qu’on appelle la chose, ni de généralisations abusives… Je crains que les amalgames ne soient aussi condamnés, ou du moins aussi condamnables, que les discriminations ou que certaines incitations ou apologies dont je me serais également rendu coupable et dont il me faudra reparler. (Fin de cette parenthèse écrite à l’attention de la police, qui veille et lit peut-être encore ce blogue.)) Pourquoi suis-je tombé si bas ? Probablement parce que c’est dans une mauvaise période de ma vie que Monsieur Véto est venu déverser sur moi la tiède urine qui lui sert de conscience. Je venais d’être trahi par Ascylte et Camille, et ceux qui me lisent vraiment savent sans doute combien j’en ai souffert. C’est cet événement, et la radicalité de la réaction qu’il a failli m’inspirer, qui m’ont finalement décidé à commencer mon analyse avec Tirésias. J’étais donc à ce moment dans un tel état que la haine, la violence, le mépris, les grossièretés, les noms d’oiseau qu’il y avait en moi ne demandaient qu’à en sortir. Il ne fallait qu’un mot pour me faire exploser, et ce sont des lettres que Monsieur Véto m’écrivait, des lettres qui, je crois l’avoir déjà dit, auraient tout eu de vulgaires lettres anonymes, si je n’avais pas connu l’identité de leur auteur… Evidemment, Monsieur Véto ne pouvait pas savoir dans quel état je me trouvais, puisqu’il n’était plus un lecteur régulier de mon blogue, comme il me l’avait dit lui-même dans l’une de ses ‘‘lettres anonymes’’. Non, Monsieur Véto ne venait plus jeter un œil à mon journal que très occasionnellement, c’est-à-dire lorsqu’il ne pouvait plus se retenir de déverser les flots de sa bonne conscience ammoniaquée sur moi, de me pisser dessus, donc, ce qui me fait dire qu’il prenait ma vie et le récit que j’en faisais pour des pissotières. J’avais dit un jour que j’avais la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incitait à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. « On est sans doute moins tenté, poursuivais-je, de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Monsieur Véto et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom (car à ce moment-là, il n’écrivait pas encore ses commentaires sous sa véritable identité) ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! » J’ai donc fini par tomber aussi bas que Monsieur Véto, en l’injuriant fort, mais à un moment où il avait eu le petit courage de ne plus cacher sa véritable identité sur ce blogue. (Depuis, il semble avoir perdu ce courage, pourtant si petit, du nom. Car c’est bien de retirer de mon blogue toute référence à sa personne, qu’il m’avait demandé, dans sa lettre du 4 janvier, et non seulement les injures dont il était victime.) Dans la deuxième des lettres électroniques qu’il m’a tout récemment envoyées, Monsieur Véto m’écrit ceci : « Tu veux (car il s’est remis à me tutoyer), tu veux que je sorte de ta vie (Dieu sait que je ne demande pas mieux) et, à la fois, tu ne parles que de moi. Règle tes propres contradictions une bonne fois pour toutes. » Sans doute est-il vrai que je me contredis souvent dans ce blogue. Cela dit, je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de surprenant dans le fait que je parle beaucoup, dans mon journal intime, de l’homme qui, en portant plainte contre moi pour injures, a attiré l’attention de la police sur d’autres délits dont je pourrais être accusé, c’est à savoir la prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite dans une ou deux phrases qui, d’ailleurs, n’avaient sans doute pas échappées à Monsieur Véto, qui ne doit pas peu se réjouir, je pense, d’avoir fait d’une pierre deux coups ! (J’expliquerai un autre jour pourquoi cette accusation-là, au moins, ne tient pas debout, selon moi.) Il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce qu’un homme qui tient un journal intime y parle beaucoup de la personne qu’il juge responsable des deux heures qu’il a passées au commissariat de police, à débattre avec deux inspecteurs de littérature (je n’invente rien), d’homosexualité, de prostitution et de l’apologie que j’aurais donc faite de cette dernière. Je n’irai certes pas jusqu’à dire que l’expérience fut traumatisante, mais elle fut fort désagréable. Par contre, je pourrais probablement dire qu’il y a en effet quelque chose de traumatisant dans le fait de se sentir complètement à la merci d’un Monsieur Véto, c’est-à-dire de la bêtise la plus ordinaire, partagée, triomphante, et qui, non contente d’avoir raison, semble encore vouloir avoir raison de moi. C’est au procureur de la république que revient la décision de me poursuivre ou pas. Pour l’instant, je ne sais absolument pas quelle sera cette décision. J’imagine que je ne serais pas même informé du choix qu’il ferait de me laisser tranquille… Probablement n’est-on informé que si l’on est poursuivi. (Monsieur Véto, quant à lui, n’a pas daigné me dire s’il consentait à retirer sa plainte contre moi.) Mais quand donc cela se produira-t-il ? Il s’est tout de même écoulé presque la moitié d’une année entre le dépôt de plainte de Monsieur Véto et mon audition par les policiers. C’est donc comme s’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mais cette épée, pour moi, c’est l’épée de Monsieur Véto : c’est pourquoi je parle de lui dans ce journal. Il est tellement con qu’il y voit une contradiction. J’ajoute, mais je crois l’avoir déjà dit, que le Monsieur Véto de ce journal n’est plus tout à fait seulement le Monsieur Véto qui a porté plainte contre moi. C’est un type humain. C’est une allégorie de la bêtise humaine. Mais son ego est tellement démesuré qu’il croit que c’est uniquement de lui que je parle. A-t-il seulement compris pourquoi je m’étais mis à l’appeler Monsieur Véto ?

01:59 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Monsieur Véto, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

09/05/2009

Samedi 9 mai 2009

            Je n’ose plus trop écrire dans ce journal que je suis pauvre, puisqu’il y a toujours une lectrice pour me dire que je ne le suis pas ! « Pauvre toi ?, me disait celle à laquelle je pense. N’es-tu pas propriétaire de ta nouvelle demeure ? » Non mais rends-toi compte, mon blond lecteur : je suis propriétaire ! Comment donc pourrais-je être pauvre ? Mais il y a pire encore. A l’époque où j’avais écrit ce qui avait inspiré son commentaire à ma lectrice, j’étais encore moins pauvre qu’aujourd’hui, puisque je n’étais pas seulement propriétaire de ma nouvelle demeure, mais encore de l’ancienne, que j’ai donc vendue avant-hier. J’étais un riche propriétaire, comme disait plaisamment Tityre. Et maintenant que j’ai vendu mon appartement de la rue des Cordeliers, non seulement je suis toujours le ‘‘riche propriétaire’’ de la maison que j’occupe depuis octobre ou novembre 2008, mais encore ai-je un compte en banque de plusieurs dizaines de milliers d’euros ! Cela dit, comme je dois rembourser mes dettes à la banque, à ma mère et à mon père, à qui j’ai emprunté l’argent nécessaire à l’achat de ma demeure actuelle, j’aurai tout reperdu la semaine prochaine. Mais à strictement parler, une fois mes dettes remboursées, je ne serai pas redevenu pauvre pour autant, si je comprends bien la pensée de ma lectrice, puisque je serai toujours propriétaire de ma maison, enfin, d’une partie de ma maison, pour être exact, puisque c’est ma mère qui possède le reste ; mais justement, comment donc pourrais-je me prétendre pauvre, puisque je peux toujours compter sur mes parents pour faire l’avance, d’une part, des milliers d’euros qui me manquent pour acheter mes palais, et, d’autre part, pour placer leurs liquidités ‘‘dans la pierre’’, comme on dit, dans le reste des pierres de ces palais que je n’ai pas les moyens de m’offrir entièrement ? Grâce à ma mère, la maison où je vis a plus d’un mur ! Le plus petit m’appartient ; les trois autres sont à elle ! C’est donc grâce à elle qu’il y a un toit au-dessus de ma tête, car, bien que je ne sois pas architecte, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’il est peu vraisemblable que j’en aurais eu, s’il n’y avait eu qu’un mur, le seul dont j’avais les moyens, pour le soutenir. C’est donc bien, je le répète, grâce à ma mère, à ma chère mère, qui est si bonne pour moi, si tendre et si aimante, que je ne suis pas pauvre, puisqu’un pauvre, c’est quelqu’un qui, selon ma lectrice, « ne possède rien, ni maison, ni boulot, ni voiture, bref, rien du tout » ! Et comme j’ai aussi une voiture et un travail, je suis décidément très loin d’être pauvre. Mon travail me rapporte en effet un peu plus de 300 EUR par mois, tout de même ! C’est dire si je suis un nanti ! Il est vrai qu’avec ces 320 EUR, j’avais à payer l’essence pour ma voiture (quel luxe, quand j’y pense !), la nourriture, pour moi et pour ma chienne (car j’ai une chienne, autre luxe d’un bling-bling éhonté, comme disent les journalistes et tous ces veaux qui braient comme eux (mais ce sont les ânes qui braient)), l’abonnement de mon téléphone portable et celui d’Internet (qui sont deux dépenses de pur agrément !), les charges de la maison que j’occupe et les charges de copropriété dont la possession de l’appartement de la rue des Cordeliers me rendait redevable. Mais même en payant tout cela, il est arrivé plusieurs fois qu’il reste plus de 10 EUR sur mon compte en banque à la fin du mois. C’était généralement parce que je m’étais prostitué. En vérité, ce n’est pas toujours parce qu’on possède un petit patrimoine qu’on est riche. Mais c’est souvent parce qu’on a de très faibles revenus qu’on est pauvre. Ce que voulait dire cette lectrice indécente, je crois, ce n’était pas que je n’étais pas pauvre, mais que je n’étais pas à plaindre, point sur lequel je la rejoins entièrement. Il y a des gens qui sont réellement dans le besoin, contrairement à moi : ce sont ceux-là qui seraient bien à plaindre. Mais moi, certainement pas. (Et qu’on ne s’imagine pas que je sois à plaindre pour cette autre raison qu’il m’arrive de me prostituer. Je le fais en toute liberté et parce que j’ai sans doute la chance, car j’imagine que c’est une chance, qui ne durera qu’un temps, de pouvoir me le permettre. D’ailleurs, à ce sujet, je dois dire que j’ai le plus grand mal à comprendre le ton misérabiliste de ces reportages que l’on voit parfois à la télévision et qui sont consacrés à ce qu’on appelle, je crois, la nouvelle prostitution, c’est à savoir celle de ces étudiantes, par exemple, qui offrent leurs charmes en prospectant sur Internet pour financer leurs études et qu’on voudrait faire passer pour des Cosettes. Quant à moi, je trouve qu’elles devraient s’estimer heureuses d’être assez bien faites pour pouvoir subvenir à leurs besoins de la sorte. Ce sont les mochetés ou, si l’on me permet cette expression, les coincées du cul, qui, aussi pauvres qu’elles, sont bien à plaindre. Comment font-elles donc, celles-là, pour subvenir à leurs besoins ? Cela dit, je ne suis pas une fille. Peut-être la chose leur est-elle plus pénible qu’aux garçons ; ce qui pourrait expliquer pourquoi elles s’estiment bien à plaindre elles aussi. Et puis la prostitution, chez les pédés, c’est une espèce d’institution, comme le sont les travestis, les folles ou la fornication dans les bois. L’opprobre n’est pas aussi grand. Cela dit, bien sûr, sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, comme on m’en a accusé. Il faudra d’ailleurs que j’en reparle (ainsi que de Monsieur Véto, qui a répondu à la lettre électronique que je lui ai envoyée dernièrement), mais pas ce soir, faute de temps.) Comme ma lectrice fait vraisemblablement partie (car je ne vois pas d’autre explication à sa remarque si déplacée, si fausse, surtout), comme elle fait vraisemblablement partie de ces gens qui sont tellement absorbés par les possibilités de consommation qui s’offrent à eux de toutes parts, et dont ils ont les moyens, qu’ils ne savent plus faire la différence entre des pauvres et des miséreux (comme si c’était nécessairement être miséreux que de ne pas pouvoir consommer autant que ces gens incapables de concevoir qu’il est possible de vivre chichement et néanmoins décemment), elle avait cru qu’en me prétendant pauvre, je cherchais à me faire plaindre comme si j’avais été véritablement miséreux ! Il n’y a pas de mots assez forts pour dire l’indignation, le dégoût, que m’inspire une pareille tournure d’esprit, que je trouve infiniment plus obscène, par exemple, que celle du chef de l’état, dont il est de bon ton de mépriser le dit bling-bling (comme si ce mot voulait dire quelque chose (mais c’est sans doute parce qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on lui reproche exactement, quand on parle de son bling-bling, qui n’est d’ailleurs pas si différent de celui du premier venu, après tout, qu’on recourt à ce mot vide de sens…)) ou que celle de ces patrons qui se font attribuer des ‘‘parachutes dorés’’ ou organisent leurs assemblées dans des palaces ou sur des îles paradisiaques, comme si le coût de ces largesse peu morales (mais je trouve beaucoup plus immorale et indubitablement illégale la séquestration des patrons dans les usines, et parfaitement injustifiable l’impunité des ouvriers ou employés voyous (comme on dit des patrons voyous) qui se rendent coupables de tels faits), comme si ces largesses, disais-je, étaient la cause de la crise économique ou de la crise de l’emploi, ce qui me semble plus que douteux. Il me faut bien le confesser : le fait qu’il y ait des miséreux ne me révolte pas autant que le fait qu’il y ait des gens assez indécents pour ne plus savoir faire la différence entre des miséreux et de simples pauvres. La discrète obscénité de ces gens, d’un faux bon sens, quotidienne, banale, est bien plus grande que celle, si m’as-tu-vu, si ‘‘nouveau riche’’, des ‘‘riches’’, tout simplement parce qu’elle est plus répandue, étant entendu qu’il y a beaucoup moins de ‘‘riches’’ que d’hommes appartenant à la classe moyenne, si c’est bien ainsi qu’il faut dire. Et cette obscénité supérieure par sa médiocrité même rend caduque la réprobation dont il est convenu de faire montre à l’encontre de celle du petit nombre des plus riches. Quelle différence y a-t-il, en effet, entre un bouffon qui croit qu’on a raté sa vie si l’on ne possède pas de Rolex à cinquante ans (pauvre don Esteban, qui a la Rolex depuis des lustres, mais plus les moyens de l’entretenir !), et quelqu’un qui croit qu’à tout âge on est miséreux si l’on n’est que pauvre, c’est-à-dire si l’on n’a pas les moyens d’acheter les mêmes choses que lui, sans lesquelles on ne vit pourtant pas misérablement, que je sache ? Tout ce que montrent ces gens qui voient la misère où elle n’est pas, c’est leur propre immoralité. Ce n’est que par jalousie qu’ils réprouvent l’étalage de richesses de ceux qui possèdent plus qu’eux et c’est par la même arrogance que celle qu’ils condamnent chez les ‘‘riches’’ qu’ils prennent de simples pauvres pour des miséreux. Ils me dégoûtent. Cette lectrice me fait un peu penser à Lambert, ce travailleur social, comme je crois qu’on dit, qui suivait mon dossier de Rmiste au centre communal d’action sociale de Mont-de-Marsan. Quand il avait appris que j’étais propriétaire de l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’occupais encore à l’époque (car c’était avant d’avoir acheté la nouvelle maison), il m’avait dit le plus sérieusement du monde que plus rien ne justifiait que je reste à Mont-de-Marsan, où le marché du travail était fort limité. Je n’avais qu’à mettre mon appartement en location, m’avait-il expliqué, et partir dans une autre ville, où il y aurait eu plus de travail et où j’aurais pu me loger, selon lui, grâce au revenu que m’aurait apporté mon appartement loué ! Je trouve de telles paroles proprement scandaleuses. Ce n’était que grâce à la propriété de cet appartement que je pouvais vivre décemment malgré la faiblesse de mes revenus, et ce travailleur social voulait m’inciter à me faire partir à l’aventure et devenir ailleurs locataire. Il s’imaginait peut-être que j’aurais trouvé sans la moindre difficulté un locataire pour mon propre appartement. Sans doute n’avait-il jamais entendu parler de ces locataires qu’il est impossible d’expulser et qui ne paient jamais leur loyer. N’est-ce pas le ministre Boutin, qui, tout récemment encore, voulait interdire les expulsions, s’il n’y avait pas de solution de relogement pour les mauvais payeurs ? De tels projets font des locataires, de facto, des propriétaires, mais des propriétaires entièrement exemptés des charges impliquées par la propriété, comme, par exemple, le paiement de taxes foncières. Il y avait une telle ‘‘incompatibilité d’humeur’’, pour le dire en trois mots, entre Lambert et moi, que j’avais moi-même demandé à être radié de la liste des allocataires du RMI, parce que je ne voulais pas subir une nouvelle fois l’arbitraire de cet homme qui m’a toujours détesté, sans que je sache pourquoi, peut-être parce qu’il n’aime pas les pédés. La mauvaise foi des reproches qu’il me faisait est évidente, parce que, dans la même période, sa collègue, une jeune Mme P***, me trouvait irréprochable ! Si j’ai demandé dernièrement à redevenir allocataire du RMI, ce n’est que parce que j’ai appris, en allant m’informer à la CAF sur le futur RSA, que Lambert ne travaillait plus au centre communal d’action social et que je ne risquais donc pas d’avoir affaire à lui : il a été muté à la maison d’accueil spécialisée, ce que je trouve si surprenant que je me suis même demandé si cette mutation n’était pas une conséquence disciplinaire de la lettre que j’avais écrite au président du conseil général pour lui demander ma radiation. J’ai pensé qu’on avait peut-être demandé à Lambert de s’expliquer sur cet allocataire qui demandait lui-même à être radié, pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, donc... Mais ç’aurait tout de même été sans doute beaucoup de bruit pour rien, c’est-à-dire pour ma petite personne. Il y a pourtant quelque chose d’étrange dans cette affaire, car quand je suis retourné au centre communal d’action social, le mois dernier, pour remplir un nouveau ‘‘dossier RMI’’, Mme P***, qui, m’ayant demandé pour qu’elle raison j’avais été radié la dernière fois et s’étonnant fort, en entendant ma réponse, qu’on pût l’être sur sa propre demande et pour ‘‘incompatibilité d’humeur’’, a vérifié quelle était la raison consignée dans les archives du centre, a trouvé finalement qu’il était écrit que j’avais été radié en décembre 2007 (ce qui est vrai), parce que mes revenus étaient devenus trop grands pour que je pusse prétendre encore au RMI, ce qui est entièrement faux, puisque entre décembre 2007 et avril 2009, si mon salaire le plus élevé fut, en mai 2008, de 417 EUR (une fortune, diront certaines), le plus bas fut, en janvier 2008, de 138 EUR ! Quant à la moyenne des dix-sept mois, elle est de 317 EUR. Mes revenus n’ont donc pas été trop élevés pendant cette période pour que je puisse prétendre au RMI. Quand je lui ai fait part à mon tour de mon grand étonnement, Mme P*** s’est empressée de passer à autre chose, comme si elle était embarrassée (mais j’ai peut-être imaginé cet embarras). Quelqu’un a pourtant fait une espèce de fausse déclaration, ou créé un faux document, dont la conséquence est que la véritable raison de ma radiation n’apparaît pas dans les archives du centre communal d’action sociale. A moins qu’il n’y ait effectivement pas, comme l’étonnement de Mme P*** pourrait l’indiquer, de formulation prévue lorsque la radiation a eu lieu à la demande de l’allocataire lui-même. Mais dans ce cas, puisque c’est pour éviter d’avoir à subir l’arbitraire de Lambert qui, j’en suis sûr, m’aurait fait convoquer devant la commission d’insertion (si c’est bien son nom, car je n’en suis pas certain) pour me faire radier, comme il avait déjà fait une fois, que j’ai moi-même demandé à l’être, je trouve qu’il aurait été plus fidèle à la vérité de dire que je l’avais été à cause de la faiblesse des moyens que Lambert prétendait, à tort, certes, que je mettais en œuvre pour m’insérer dans la société, plutôt que sous le faux prétexte de mes prétendus trop grands revenus. Il faudrait que je mène ma petite enquête, pour savoir ce qu’il en est exactement, mais je dois bien reconnaître que je ne suis pas sûr d’en trouver l’énergie nécessaire. Si j’ai demandé à redevenir allocataire du RMI, c’est d’abord parce que je suis intéressé par le RSA, qui n’est pas encore appliqué, mais auquel auront automatiquement droit tous les bénéficiaires du RMI, le moment venu, et, surtout, parce que ma situation financière est devenue vraiment délicate depuis que j’ai commencé mon analyse, qui me coûte presque un tiers de mes revenus ! Pour faire face à toutes ces dépenses, il faudrait que je me prostitue davantage, ce qui n’est pas du tout mon intention. Au contraire, j’aurais plutôt le désir d’arrêter.

22:51 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Lambert, Ma mère, Mme P***, Mon père, Monsieur Véto, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : christine boutin

04/05/2009

Dimanche 3 mai 2009

            Au fond, tout ce que demandait Monsieur Véto, c’est de pouvoir me dire, dans les commentaires de mon propre blogue, tout le mal qu’il pensait de moi, tout le mépris que je lui inspirais, mais sans qu’en retour je bronchasse du tout. Est-ce que ce n’est pas le droit de tout homme, après tout, que de provoquer son prochain, de le pousser à bout, et de n’en subir aucune riposte ? Mais dans quelle époque vit-on ? Ce droit que voulait exercer Monsieur Véto, c’est celui de se comporter et d’être traité comme une femme, comme une de ces femmes qui se réservent le droit de rendre la vie impossible à des maris qui ont quant à eux le devoir de garder le sourire ou de baisser la tête ! Il arrive parfois que l’homme la relève, le temps de donner une gifle et d’être conduit en prison. Cela dit sans vouloir tenir de propos discriminatoires à l’encontre des femmes ni faire l’apologie de la violence conjugale, comme on dit de nos jours ! (Attention ! La police veille et lit peut-être encore ce blogue…) Monsieur Véto, c’est un de ces hommes-femmes comme il y en a de plus en plus : c’est un homme émasculé qui, n’en revenant pas d’avoir pris des coups qu’il a tout fait pour recevoir, est allé pleurer dans les bras de sa mère la police. En d’autres temps, heureusement révolus, dois-je m’empresser de préciser, car je n’ai pas non plus l’intention de faire l’apologie des pratiques qui avaient cours alors, cette ridicule affaire se serait probablement terminée par un duel. Mais il est vrai qu’en ces temps, un être aussi petit, aussi pleutre, aussi vile que Monsieur Véto n’aurait sans doute jamais été du nombre de ceux qui portaient l’épée et, d’ailleurs, il n’y aurait pas eu d’affaire, parce que les injures qui me sont reprochées n’auraient jamais été prononcées : une simple bastonnade les aurait remplacées ! Je crois qu’il y a un énorme malentendu relativement au fait que je laisse à mes lecteurs la possibilité de commenter ce blogue. Si les commentaires sont ‘‘ouverts’’, c’est surtout pour laisser à un éventuel prince charmant, pour parler comme un pédé (cela dit sans vouloir offenser la communauté homosexuelle, bien sûr, oh la la, loin de moi cette idée !), pour lui laisser la possibilité, disais-je, de se faire connaître à moi. Evidemment, vue la tournure que ce blogue a prise depuis quelques mois, la venue de cet hypothétique prince charmant est très compromise et ce d’autant plus que je l’ai déjà rencontré, il y a quelques années. Il avait hélas perdu son royaume et sa fortune : c’était don Esteban ! La Providence serait tout de même bien généreuse, et bien indulgente, en me permettant d’en rencontrer un second grâce à ce blogue. Je devrais sans doute m’estimer heureux de tomber sur un maquereau, compte tenu de ce que j’ai pu y écrire ! Je plaisante, évidemment. Moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie de la prostitution dans les pages de ce journal ! Si je laisse ouverts les commentaires, c’est aussi parce que j’aimais lire ceux de Pierre Driout, qui semble hélas avoir définitivement cessé de fréquenter ces lieux. C’est enfin pour ne pas décevoir un peu plus don Esteban, qui ne cesse de me dire que c’est une lâcheté que de les ‘‘fermer’’ ! Le malentendu porte également sur la raison qui me fait publier ce journal sur Internet. Je ne pensais pas avoir à l’écrire, mais enfin, il semble que ce soit nécessaire : si je le publie, ce n’est absolument parce que je suis curieux des réflexions que sa lecture peut inspirer aux internautes, même s’il est vrai qu’il peut m’être agréable de les connaître, lorsqu’elles sont aussi flatteuses que dans le commentaire que m’a laissé par exemple hier un certain Philip. Tout internaute est libre de l’opinion, bonne ou mauvaise, que je lui inspire, bien sûr, mais je trouve fort indélicat qu’on tienne absolument à me dire la mauvaise ici-même : pourquoi donc le faire, si ce n’est pour me blesser, pour me nuire, c’est-à-dire pour assouvir ses plus bas instincts, comme a fait Monsieur Véto, quoique en toute bonne conscience ? On n’a qu’à l’écrire dans son propre blogue ! Non, si je publie le mien, c’est parce qu’il est aux confidences ce que le fuckbuddy est aux amours ! C’est le propre de l’homme que d’avoir à se confier. Et pour être ce que je suis ou ce que je semble être à tous les Monsieur Véto qui lisent peut-être encore ce journal, c’est-à-dire pour leur être le plus souvent des plus détestables, je n’en suis pas moins homme ! Mais j’ai peu d’amis à qui me confier. Dans la confidence, le plus important n’est pas le secrétaire et, d’ailleurs, mes lecteurs les plus attentifs auront bien vu que j’ai peu de secrets pour eux ! Non, le plus important, c’est que ces secrets soient dits. Qu’ils soient dévoilés, chassés de moi, jetés dans l’air ambiant. Dans un tel but, écrire pour soi seul n’est pas suffisant : ce n’est pas tout à fait dire. Je publie donc tout ce que j’écris parce que j’ai besoin de le dire. Il me semble d’ailleurs que c’est également l’un des fondements de la psychanalyse. Je pourrais bien découvrir seul tout ce que je fais depuis que j’ai commencé nos séances avec Tirésias. Mais l’important est de le dire, du moins pour cheminer jusqu’au point de découvrir ce qui a toutes les chances d’être proprement indicible. J’écris ce journal sur Internet parce que je n’ai personne à qui le dire. Même ma mère ne me prêterait pas l’oreille qu’il y faudrait, surtout pas elle, d’ailleurs, qui est complètement folle et probablement la racine de tous mes maux. Pour que mon lecteur puisse se faire une idée de cette marâtre, qu’il songe seulement qu’elle est la première à me dire d’aller me prostituer quand, depuis qu’elle a décidé de devenir avec moi moins prodigue de son argent, je lui demande encore, sans grand espoir, de m’en donner un peu. « Tu n’as qu’à te trouver un vieux riche ou bien aller faire la pute », me répond-elle souvent. Elle le dit sans aucun dégoût pour la pratique qu’elle me recommande, mais comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et le métier le plus fait pour moi, qui ne sais pas faire grand-chose ni de mes mains ni de ma tête, il est vrai, et je ne vois d’ailleurs pas comment je pourrais le nier, ce journal en étant la preuve, ou plutôt l’aveu… Je n’ai pas particulièrement envie de me confier à une mère si disposée à se satisfaire que son fils fasse le plus vieux métier du monde, auquel seule l’antiquité, peut-être, pourrait donner un peu de prestige. Allons ! Il va de soi que je n’y trouve aucun prestige, non plus que de honte. J’espère qu’on voit bien qu’il n’y a dans ce journal nulle apologie de la prostitution. Je ne fais que la constater dans ma vie et dans le monde.

03:22 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Pierre Driout, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

16/04/2009

Mercredi 15 avril 2009

            Je rentre à l’instant de chez Tityre, où le beau Clinias et le terrible Cléomédon passent quelques jours de vacances. Je les avais déjà vus, lundi soir dernier, lors d’un dîner chez le même, auquel participait également Anaximandre ‘‘de Paris’’, comme dit Tityre, pour le distinguer du cinquième convive, qui porte le même nom, mais qui, se faisant appeler de celui d’un célèbre cardinal français, sera nommé ‘‘Richelieu’’ dans ce journal, si jamais il doit en être de nouveau question. Don Esteban et d’autres avant lui m’ont dit qu’ils se perdaient dans les noms de tous mes personnages et souhaiteraient donc que je crée un index pour les aider dans leur lecture. Peut-être devrais-je suivre leur conseil. M’y perdant moi-même, j’ai d’ailleurs déjà créé depuis longtemps, pour mon usage personnel, une tabula nominum qui m’aide à retrouver à qui appartiennent les invraisemblables noms que je donne aux personnes évoquées dans ces pages. J’ai appris de Cléomédon, lundi soir, que son Clinias était circoncis ! Je devrais peut-être parler à Tirésias de mon aversion pour les sexes circoncis, aversion toute relative, il est vrai, car je n’arrêtais pas de penser, une fois cette révélation faite, qu’il me plairait fort de voir celui du beau Clinias, que je trouvais d’ailleurs encore plus beau rougissant de l’indiscrétion de son terrible amant. En l’observant ce soir, je me suis tout de même demandé pourquoi je le trouvais si attirant. Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. Mais dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! Sans doute Clinias n’est-il pour moi qu’un fantasme, comme l’était déjà Camille, cette autre créature indéfinissable, incompréhensible, inexistante et pourtant l’obsession de mes pensées. Mais il est peu probable que j’aie le temps de parler demain de mon aversion tout relative pour les sexes circoncis. J’aurai sans doute bien trop à dire sur ce que ma sœur nous a confié, à ma mère et moi, dimanche dernier à propos du grand C, qui est apparemment quelqu’un de beaucoup plus inquiétant que j’aurais cru.

03:32 Publié dans ''Richelieu'', 2009, Anaximandre, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

17/02/2009

Lundi 16 février 2009

            J’ai retrouvé les fausses lettres de Julien. Elles étaient rangées avec celles qu’il me reste d’Anja. J’ai également retrouvé la lettre que la mère de cette dernière m’avait écrite après sa mort. Toutes ces lettres n’étaient pas perdues. Elles étaient restées pendant des années dans une boîte que je n’ouvrais jamais. Puis, sans doute au moment d’emménager dans l’appartement de la rue des Cordeliers, que j’ai quitté depuis, je les avais classées dans une chemise rouge intitulée « Anja et autres lettres ». Ayant beaucoup perdu de mon allemand, j’ai demandé à don Esteban, dont la mère était autrichienne, de retraduire pour moi la lettre de la mère d’Anja. « Nach Ostern werden wir unsere geliebte Anja auf dem Friedhof in Rostock beisetzen ». J’avais complètement oublié que sa mère m’avait dit qu’Anja était enterrée à Rostock. Je n’avais bien sûr pas relu cette lettre avant le voyage que nous fîmes en Allemagne, Esteban et moi, en 2005, si bien que, le jour que nous consacrâmes à sa recherche, nous ne trouvâmes évidemment pas la tombe de mon amie, que je croyais enterrée à Dummerstorf, son village natal. Il n’y avait d’ailleurs pas de cimetière à Dummerstorf. Il fallait aller à Kavelstorf, un village voisin, pour rendre hommage aux morts de Dummerstorf. Mais bien sûr, dans le cimetière de ce village, point de tombe d’Anja ! Don Esteban, en traduisant la lettre de sa mère, a dû se dire que je n’étais vraiment qu’un imbécile. Je recopierai peut-être cette lettre ici, dans les jours qui viennent. Quant aux autres, les fausses lettres de Julien, elles me font trop honte ! Voilà typiquement le genre de contenu qui n’aura sa place que dans mon autre journal, celui de mon analyse. Plus de quinze ans séparent les rencontres d’Anja et de Camille. Et pourtant, je crois pouvoir dire que si je n’avais pas connu Anja, il y a tant d’années, je n’aurais sans doute jamais pu m’attacher à ce point à Camille. J’en parlerai bientôt, après ma prochaine séance chez Tirésias, à qui je réserve la primeur de mes découvertes.

01:37 Publié dans 2009, Anja, Don Esteban, Journal, Julien, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

13/01/2009

Lundi 12 janvier 2009

            J’ai beaucoup parlé de ma méchanceté dans ce journal, souvent avec complaisance. Don Esteban me disait encore tout récemment qu’il bénissait la crise immobilière, financière, économique et mondiale d’avoir rendu impossible la vente de ce terrain des Baléares qui devait le remettre à flot : grâce à la crise, il n’a pas eu les moyens de commettre ce qui, estime-t-il, aurait sans doute été la plus grande erreur de sa vie : se rapprocher du monstre d’égoïsme et de méchanceté qui se donne à lire dans les pages de ce journal ! Je n’ai pas de raison de douter de la sincérité de son soulagement. Mais je me demande si mes lecteurs les plus attentifs ont remarqué cet autre trait de mon caractère, dont je n’ai peut-être jamais parlé ici, mais qui se laisse probablement voir à chaque ligne que j’écris : je parle de ma naïveté, de la très grande candeur qui, sans doute, fait paraître encore plus sombre tout ce qui n’est pas elle, c’est-à-dire tout le reste de moi. Je suis un candide : je n’ai découvert que ces tout derniers mois certaines hideurs des hommes et de la vie dont je savais l’existence, bien sûr, mais dont je n’avais aucune connaissance personnelle, faute d’expérience. Je suis tombé de très haut. La phobie qui m’empêchait de connaître le meilleur de la vie et des hommes m’avait aussi préservé du pire. Ma candeur est telle que je suis encore tout étonné de constater que ce pire était si près de moi et si fait pour moi, que non seulement il a pu entrer du jour au lendemain dans ma vie, dans mon lit, dans ma bouche, mais encore que c’est moi qui ai voulu l’y faire entrer, dans l’espoir il est vrai de trouver le meilleur, c’est moi qui ai voulu y goûter, y mettre la main. A présent, j’aurais beau me laver, comme après l’amour : je sais que l’odeur à la fois délicieuse et dégoûtante qui reste sur ces doigts que j’ai moi-même glissés à l’intérieur de Camille, ce trou béant, je sais que le goût qui reste dans cette bouche que j’avais moi-même mise autour du braquemart d’Ascylte, pour mon malheur, des années avant Camille, je sais que tout cela ne partira pas. La rencontre de Camille et d’Ascylte ne pouvait mener qu’à ma perte. Camille, c’est une poche où tout peut se loger, une béance qui ne tient à rien ; Ascylte, lui, voudrait tout pénétrer, tout posséder. Le premier a tout naturellement servi de fourreau au second. Mais trop lâche, aussitôt le poignard glissé en elle, cette gaine informe est tombée par terre, où d’autres viendront la ramasser (Polémon déjà) pour se fourrer dedans à leur tour. Il fallait donc que la lame restât dégainée : elle voulait d’une victime. J’étais si candide que je me suis littéralement jeté sur elle. Ascylte et Camille m’ont poignardé, non pas dans le dos, non, mais dans les yeux : ils m’ont mis au monde.

03:23 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

04/01/2009

Samedi 3 janvier 2009

            Xxxxxxx, dans son infinie bonté, a bien voulu me renvoyer la lettre que j’avais perdue, accompagnée d’une seconde : « Ah oui, m’écrit-il, j’oubliais, on ne peut plus répondre à sa guise sur ton blogue… Quel courage… Je t’assure que j’ai hésité avant de t’écrire ; visiblement, je n’aurais pas dû ; mon altruisme me perdra. Voici donc ce que je viens d’essayer de poster, il est important que toi au moins, tu puisses le lire : ‘‘Tu n’as rien compris, Olivier, cela n’avait rien d’un jugement. Tu dois me donner bien raison pour me répondre aussi vite, en public, et de façon si sauvage. Quelle détresse… Dommage que tu rapportes tout à moi, mes écrits, mes amours, cela n’a rien à voir ; et je ne parle même pas du reste. Pour éviter à ton ‘blond lecteur’ de dire n’importe quoi dorénavant, la voici donc, ma lettre que tu te lamentais d’avoir effacée : ‘Bonsoir Olivier. Avant tout, j’espère que tu ne me répondras pas, ou tout au moins sans agressivité ni dérision. Je suis bouleversé par ce que je viens de lire sur ton blogue, une nouvelle fois, mais comme jamais auparavant. Rassure-toi, je ne te lis plus que très rarement, je m’étais dit que, pour la nouvelle année, je jetterais juste un coup d’œil. Rassure-toi encore, l’heure n’est plus aux reproches ou aux jugements. Je viens de réaliser brutalement la misère qui t’entoure. La misère humaine en quelque sorte, mais qui nous touche hélas de façon bien inégale. Tu me croiras ou pas, mais je suis envahi par une tristesse intense. C’est sûrement un affront et tu essaieras de m’en excuser, mais je ne peux pas m’empêcher de te plaindre… Laisse-moi juste terminer par ce léger conseil : les cours de latin, c’est bien aussi…’ Tu me fais penser aux chiens accidentés qui nécessiteraient les plus grands soins et qui aboient sur tout le monde, voire mordent la main qui se tendait pour les soigner. Tu es une bête Olivier. Aussi raffiné que tu te croies, tu obéis aux instincts les plus primaires de l’espèce. Tu crois maîtriser le langage en vomissant chaque jour des flots de mots à n’en plus finir, mais tu es incapable du moindre véritable dialogue. Tes mots sont des cris sans distinction de sens. Adieu Olivier. PS : Combien de temps survivra ce message ? Seule ta couardise nous le dira…’’ » Comme on peut voir, il n’y a pas une goutte de fiel dans ces lettres. Il est même si évident, à lire la première, que l’heure n’est plus aux reproches ni aux jugements, que Xxxxxxx éprouve le besoin de l’écrire : même lui semble avoir deviné, à travers le brouillard qui lui sert de pensée, que sa lettre était, quoiqu’il en dise, pleine de reproches et de la mauvaise opinion qu’il a de moi. Mais non, il ne me juge pas ni ne me fait aucun reproche. Seulement, il ne peut pas s’empêcher de me plaindre ! Est-ce vraiment l’impression que je donne ? Ai-je vraiment l’air de quelqu’un qui veut se faire plaindre ? Mais il ne peut pas s’en empêcher, dit-il ! C’est un incontinent ! Il vient me pisser dessus et s’étonne ensuite que je le prenne si mal. Xxxx xxx ! Il n’y a pas d’autre mot. Il conclut en me disant qu’il vaut mieux, pour gagner sa vie, donner des cours de latin que des coups de bite à des messieurs. Ce n’est pas un jugement, bien sûr, c’est un conseil ! Xxx xx xx xxxx xxx xx xxxxxxxxxx xxxxxxxxxxxx xxxxx xx xxxx xx xxxxx xxxxxx xxx xxxxxxxxxxxx xxxx xx xxxx x xx xxxxxx, xxx xxxx xxxx xx xxx x xxx xxxx xx xx xxxxx xxxx xxxxx x xx xxxxxxxxxxx xx x xx xxxxx. C’est du pareil au même. A force de pratique, j’ai pu constater que c’était aussi de la merde qu’il y avait dans la tête de mes élèves. Il faut être profondément méchant pour venir se rappeler au bon souvenir de quelqu’un qui ne vous demande rien, en lui disant que vous ne pouvez pas vous empêcher de le plaindre, de trouver sa vie misérable et lui un couard. Il serait si simple de ne rien dire. Mais telle est l’inconsciente méchanceté des bonnes consciences : elle est bavarde. Nul fiel dans ces lettres, non, mais de la bonne conscience, oui, tellement de bonne conscience… Et ce xxx ose prétendre que je ne suis pas capable de dialoguer ! Encore faudrait-il que je le veuille. S’étonne-t-il donc vraiment que je ne veuille pas dialoguer avec quelqu’un qui me plaint, qui me méprise, qui a pitié de moi ? Evidemment que Xxxxxxx Xxxxxxx est devenu persona non grata dans les commentaires de mon blogue ! Et je vais m’empresser de faire en sorte de ne plus recevoir non plus ses lettres électroniques, si c’est possible. Faut-il vraiment que j’écoute quelqu’un qui ne cherche qu’à me blesser ou qui est trop bête pour se rendre compte que tout ce qu’il m’écrit est blessant ? Même avec don Esteban, qui avait une place si particulière dans ce blogue et dans mon estime, je n’ai plus envie de dialoguer, alors avec un Xxxxxxx XxxxxxxEsteban m’écrivait récemment qu’il trouvait que j’avais fini, avec mes préoccupations si basses, si triviales, par rejoindre la masse anonyme des pédés. Sans doute n’a-t-il pas complètement tort. Mais lui a fini par tomber à mes yeux au rang des méchants. Il sait que je ne vais pas bien, en ce moment, et ne trouve rien de mieux à faire que de me rapporter les paroles d’une connaissance à nous, qui lit ce blogue et lui a demandé de me faire passer ce message que j’aurais, selon lui, grand besoin ‘‘de me faire interner’’. Il est certain que de telles révélations me sont d’une grande aide. C’est l’évidence. Je ne parle plus du tout à cette connaissance commune depuis fort longtemps, elle n’est rien pour moi, je l’avais oubliée jusqu’à ce qu’Esteban m’en reparle. Il ne lui aurait pourtant rien coûté de se taire, de ne pas transmettre l’odieux message, qui ne pouvait que me blesser, à ce qu’il me semble. Mais il a fallu qu’Esteban le fasse. Lui aussi peut éprouver le besoin d’être blessant. Par mauvaise humeur, j’ai coupé court à notre conversation. Bien sûr, c’est moi qui vais passer pour un goujat, parce que ça ne se fait pas de raccrocher au nez des gens ! Mais Esteban est quasi tombé au niveau de Damis s’amusant à me rapporter ce que Corydon raconte sur ma vie par malveillance. Xxxxxxx Xxxxxxx, je te souhaite xx xxxxxx xxxx x xxxxx. Tu apprendras ainsi que ce n’est pas au paradis que vont les bonnes consciences xxxxx xx xxxxxx, mais dans les flammes de l’Enfer. Xxx xxxxxxxxxxx xx x x xxxx d’aucun secours. Xx xxxxx xxxx xx xxxxxx xxxxxx, tes bons sentiments ni tes larmes les plus pures n’éteindront pas les flammes xxx xx xxxxxxx. Va donc xxxxxx cette année, Xxxxxxx !

00:39 Publié dans 2009, Corydon, Damis, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

08/12/2008

Dimanche 7 décembre 2008.

            Pour l’instant, j’ai beaucoup parlé de la trahison d’Ascylte. Mais Camille est loin de s’être très bien comporté avec moi. Depuis le jour où nous nous sommes séparés, à cause de l’impossibilité où nous étions de nous voir autant que nous le voulions, il n’a cessé de me faire croire que nous pourrions un jour nous remettre ensemble. J’ai eu la faiblesse de lui faire confiance. A chaque fois que je lui demandais s’il avait rencontré quelqu’un, s’il avait couché avec d’autres garçons, il me jurait que non, comme s’il n’en avait pas le droit, comme si nous nous étions juré fidélité, ce qui n’était pas formellement le cas. Camille m’a constamment fait croire que, même si nous n’étions plus en couple, comme dirait ce chien d’Ascylte, nous n’étions jamais loin de l’être de nouveau. En réalité, pendant tout ce temps, Camille n’a cessé de me ‘‘tromper’’, de coucher avec d’autres garçons, avec Tityre, par exemple, et même avec l’épouvantable Trimalcion, dont il aurait été l’amant pendant plusieurs jours, sans doute pendant toute la période où je n’ai plus eu de nouvelles de lui après sa disparition, le jour de mon anniversaire. Il me faut bien me rendre à l’évidence. Si Camille me mentait à ce point, c’est sans doute parce qu’il voulait me garder attaché à lui, pour des raisons qu’il est le seul à connaître vraiment, probablement parce qu’il n’est qu’un profiteur, comme disait je ne sais plus qui, peut-être le gros Corydon. Parce que j’ai cru Camille, parce que je lui ai fait confiance, je me sens à présent comme une femme que son mari n’aurait cessé de tromper. Camille a commis ce tour de force d’abuser de ma gentillesse, moi qui suis d’un naturel si méchant. Comme je disais à Pierre Driout, il m’a fait pousser de si grandes cornes, que c’est à peine si j’arrive encore à tenir la tête droite. Et certains des garçons qu’il m’a préférés sont d’une telle laideur que je n’ose plus me regarder dans une glace, tant je me sens devenu laid. J’ai d’ailleurs résolu de changer de coupe de cheveux. J’ai rendez-vous mercredi chez le coiffeur. Quelqu’un qui a vu une photo de moi datant de l’époque où j’avais les cheveux courts m’a dit que j’étais alors bien plus beau. J’ai besoin de changer d’aspect. Cela devrait m’aider à tourner la page. Je dois perdre l’apparence que j’avais quand Camille me regardait encore pour m’arracher au regard que, de toute façon, il n’a plus pour moi, si du moins il l’a jamais eu ! Il me faut trancher ces cheveux qui ont poussé pendant le temps de notre lamentable histoire. Ils sont devenus trop lourds pour ma pauvre tête. Je demanderai au coiffeur de m’en garder une mèche. Je la rangerai avec les reliques de Camille, parmi ses quelques cheveux, son poil pubien, ces petits mots manuscrits pleins de fautes d’orthographe, cette boîte d’aiguilles pour son stylo à insuline qu’il avait oubliée chez moi. Don Esteban est d’avis que je devrais en vouloir à Camille bien plus qu’au traître Ascylte. Je n’y arrive pas. Une part de moi continue de croire qu’il y avait peut-être un peu de sincérité dans l’amitié qu’il me montrait. Je crois qu’il me déteste, désormais. Il a deviné que j’étais pour quelque chose dans sa brève rupture avec Ascylte, ou peut-être ce dernier lui a-t-il révélé que je l’avais fait chanter. Quelle importance ? Il me déteste parce qu’il avait besoin d’une raison de me détester. J’ai beaucoup fait pour lui (je dis beaucoup parce que je ne suis pas le genre de personne à faire habituellement beaucoup pour qui que ce soit) et lui n’avait rien à me donner en retour qu’un amour que je ne lui inspirais pas. Ma supériorité lui pesait. Esteban croit que Camille a trouvé Ascylte plus impressionnant que moi, parce qu’il a un vrai métier et plus d’argent que j’en aurai sans doute jamais. Mais Ascylte est un parvenu, en qui tout est ridicule. Je suis persuadé que si Camille a pu s’en éprendre, c’est précisément pour son infériorité. Il ne se sent plus regardé de haut. Il s’est trouvé un égal à aimer. J’ai demandé à ce sinistre psy d’Ascylte s’il pouvait me dire la raison pour laquelle Camille m’avait fait croire que nous étions encore ensemble, même quand nous ne l’étions pas vraiment. « C’est parce que Camille ne sait pas dire non, m’a-t-il répondu. Si je n’avais pas été là, il serait sur le point de se marier avec cette fille qui vient d’avoir un enfant. Elle exigeait de lui qu’il l’épouse avant de reconnaître le petit. – Mais s’il ne sait pas dire non, comment peux-tu être sûr qu’à toi, il ose le dire, ce non, quand il le voudrait ? » Ce crétin n’a pas su quoi répondre. Il a probablement compris que je voyais clair dans son jeu et que je ne faisais pas grand cas de ses billevesées psy à la con de revues pour bonnes femmes. « Et qu’est-ce que c’est que ce non qu’il ose me dire enfin ? Est-ce bien le sien ? Ou est-ce le tien, Ascylte, crevard, traître, voleur ? Tu es un ogre, qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Tu me dégoûtes. Et tu oses me demander de rester ton ami ? Je sais que tu manipules ce pauvre Camille. Je n’ai pas cru en la sincérité du SMS que tu lui as fait m’envoyer, dans lequel il dit qu’il veut qu’on se réconcilie, qu’on se réconsile, comme il l’écrit ! Ce n’est pas un mot de lui ! C’est le tien ! Lui s’est mis à me détester. C’est toi qui veux nous réconcilier, pour m’adoucir, parce que tu as peur que je te dénonce. Tu n’es qu’un lâche !  » Voilà le genre de conversation que nous avons, Ascylte et moi, lorsque nous nous retrouvons sur MSN. Il est très conciliant et me laisse l’insulter autant que je veux. C’est parce qu’il a peur de moi. Et il faut bien dire qu’il y a de quoi avoir peur. Je crois en effet que je suis un peu effrayant, lorsque je me lance dans ces sortes de tirades, qui sont bien dignes des plus grandes tragédiennes ! Je suis plutôt froid, en temps normal, mais dans ces moments-là, Ascylte doit me trouver glaçant.

01:26 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal, Mon coiffeur, Pierre Driout, Tityre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

01/12/2008

Lundi 1er décembre 2008

            Mon blond lecteur, si tu m’aimes, ne lis pas ces lignes : tu serais profondément déçu et peut-être même blessé ; mais si tu ne m’aimes pas, fais à ta guise : elles ne feront que renforcer tes sentiments à mon égard. Et vous, Mesdames, qui me regardez parfois avec les yeux d’une mère ou d’une grand-mère, ne lisez surtout pas ce qui va suivre : vous en seriez horrifiées. Ma propre mère, qui est pourtant une belle salope, même si je suis le seul à le savoir, serait atterrée de me découvrir si mauvais. Il n’y a peut-être qu’Esteban qui n’en sera pas étonné. Il est le seul à me connaître vraiment et à m’aimer encore. Autant dire qu’il est le seul à m’aimer vraiment pour ce que je suis, car nous savons tous, intimement, même si nous l’admettons rarement, que notre véritable moi est cette part de méchanceté que nous nous efforçons de garder enfouie la plupart du temps. Voici le tout premier SMS que j’ai écrit à cette enflure d’Ascylte après m’être réveillé plus tôt que de coutume, hier matin, plein du désir de vengeance qui avait grossi pendant mon sommeil et animé mes rêves, au cours desquels je me suis souvenu que j’avais, par bonheur, les moyens d’assouvir cette vengeance : « Ascylte, je t’en conjure, pour ton propre bien, quitte immédiatement Camille et fais-lui comprendre que tout est fini entre vous. Je suis en possession de rapports d’expertise ordonnés par des juges des tribunaux de ***, de *** et de ***, qui ne devraient absolument pas être entre mes mains, je crois, si du moins le secret de l’instruction et le secret professionnel ont bien un sens, comme je le pense. Si je n’ai pas de réponse de toi avant ce soir minuit ou si tu parles de ce SMS à Camille, j’écrirai dès demain aux présidents des tribunaux de grande instance et aux procureurs de la République de ***, de *** et de ***, pour te dénoncer. Je contacterai aussi la presse, qui devrait être intéressée par la probité plus que douteuse d’un des experts dans l’affaire ***, qui vient tout juste d’être jugée. Sois raisonnable et pense à ton avenir. » Ce crétin d’Ascylte avait en effet pris l’habitude de me faire lire certains des rapports d’expertise qu’il était en train de rédiger. Il en reste quelques copies sur le disque dur de mon ordinateur portable, ainsi que sur un disque dur externe, dans une sauvegarde de mon ordinateur réalisée avant son reformatage. Je n’ai eu de réponse d’Ascylte qu’hier soir. Nous avons échangé quelques SMS. Puis nous nous sommes téléphoné à dix heures et demie. Il est resté très calme et m’a parlé comme un psy à une femelle hystérique, ce que je suis peut-être, là n’est pas la question. Mais bien sûr, à la fin, il a choisi de protéger sa réputation d’expert auprès des tribunaux plutôt que son histoire d’amour avec Camille, ce qui ne m’a pas étonné du tout. Je lui ai tout de même clairement répété tout ce que je ferais s’il me trahissait de nouveau. Nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard sur MSN. Je recopie notre conversation : « Tu es toujours là ? – Oui, j’écris un courriel à ma tante infirmière (tant il était désespéré...) – Je te conseille quand même d’appeler Camille dès maintenant ou de lui envoyer un SMS tout de suite. Inutile de remettre à demain. – D’accord, je vais lui écrire ça maintenant. – Dis-moi ensuite ce que tu lui as écrit et bloque son numéro, pour qu’il ne puisse pas t’appeler. – Je peux faire ça avec mon téléphone fixe, mais pas avec mon téléphone portable. – Ce n’est pas grave. Mais s’il t’appelle sur ton téléphone portable, ne lui réponds pas. Ne lui donne plus de nouvelles pendant quinze jours. Alors, tu pourras lui organiser le rendez-vous avec l’endocrinologue dont tu nous as parlé. – Il avait une glycémie à six grammes aujourd’hui. Il est vital pour lui qu’il voie le médecin comme prévu à onze heures, mardi. – Figure-toi que je le connais depuis un petit moment déjà, il n’est pas rare qu’il ait une glycémie si élevée. C’est sûrement de ta faute. L’amour ne lui vaut rien de bon. Le lendemain de notre rencontre, il avait dû être hospitalisé ! – D’accord. ‘‘C’est fini entre nous. Désolé.’’ Voilà ce que je viens de lui envoyer. – Très bien. Ça me plaît, c’est sobre. – Pour sa glycémie, ce n’était pas à cause de moi. Il s’était disputé avec une de ses amies. – Laquelle ? – Je ne sais plus son nom. Celle qui vient d’avoir un enfant. – Ah oui, je vois. Moi non plus, je ne me souviens jamais de son nom. Bien. Si Camille t’envoie des SMS, garde-les, pour que je puisse les lire, mais n’y réponds pas. Est-ce que tu es malheureux ? Est-ce que tu souffres ? – Actuellement, oui, évidemment. J’ai de plus appris vendredi par mon médecin que j’avais une insuffisance hépatocellulaire. Il m’a dit que mes reins et mon foie ne fonctionnaient plus assez et que les acides aminés n’étaient plus métabolisés. Je suis en vrac quant à ma santé, et je souffre évidemment quant à Camille. – De toute façon, ce n’aurait pas été charitable de faire subir ta mauvaise santé à Camille. Il a bien assez de problèmes comme ça ! Est-ce que vous avez fait l’amour tous les deux ? – Oui, nous avons fait l’amour, mais ça, c’est évident. – Qu’est-ce que vous avez fait ? – C’est trop intime. Je ne serais pas sûr de répondre à cette question si mon psychanalyste me la posait. Déjà, ‘‘faire l’amour’’, ce n’est pas pour moi la même chose que ‘‘baiser’’. – Mais moi, je suis plus que ton psychanalyste, je suis ton ami blessé, ça devrait nous rapprocher énormément. Comment était-il, quand il a joui avec toi ? – Comme tous les hommes avec qui je faisais l’amour quand j’étais en couple : tendre et fiévreux. – Au fait, j’ai oublié de te dire que j’avais envoyé un courriel à ton Américain (Ascylte est censé être en couple, comme il dit, avec un Américain à Paris rédigeant une thèse sur les chansons de geste !) pour lui dire que tu avais couché avec Camille. Je n’ai pas réfléchi, sur le moment, j’étais furieux. – Je me suis douté que tu ferais ça. J’ai souvent des prémonitions. J’y ai pensé cet après-midi. – Est-ce que tu me détestes, maintenant ? – Non. – Dis-moi, il y a quelque chose qui m’intrigue. Préfères-tu donc ta vie professionnelle à ce pauvre Camille ? – Non… J’ai été violé par un pédiatre à trois reprises quand j’étais enfant et préadolescent. Je m’épanouis dans mes expertises, qui sont presque exclusivement en lien avec des affaires de mœurs. C’est pour moi un moyen de me guérir de maux qui ne partent pas. Je n’aime donc pas ma situation professionnelle plus que Camille. Simplement, ma situation professionnelle est ma raison de vivre ici-bas. – Ce qui fait de moi quelqu’un d’encore plus atroce… Toi qui es psy, comment expliques-tu ma réaction ? – Tu te sens seul et tu es triste. L’un de tes seuls amis t’a déçu et tu fais donc quelque chose d’idiot et d’extrême pour continuer à tenir le coup, à vivre et à t’aimer. (Comme si je m’aimais, en agissant ainsi !) – Oui. Quelqu’un m’a demandé pourquoi je voulais me venger. Je lui ai répondu que la mise en œuvre de ma vengeance m’aidait à oublier ma peine, plutôt que de la subir et de me morfondre. – Camille m’a dit qu’il ne t’aimait pas, qu’il t’aimait bien, mais qu’il n’était pas amoureux de toi. – Je le sais bien, mais cela me suffit. De toute façon, je ne crois plus vraiment à l’amour. Il n’arrive que deux ou trois fois dans une vie. J’ai épuisé mon lot. – Oui, après tout, c’est ta vérité. Si ça te convient, ça ne regarde que toi. Je ne connais pas encore la vérité de Camille, peut-être a-t-il besoin d’aimer et d’être aimé. – Moi, en tout cas, je ne crois pas du tout en la sincérité de ton amour pour lui. Tu tombes beaucoup trop souvent amoureux. Comment donc as-tu pu croire qu’un coup de foudre se produisait pendant que j’étais en train de le sucer ? Ça me dépasse ! – Il s’est produit quelque chose. D’ailleurs, quand nous faisions l’amour, il y avait bien peu de sexe, comparé aux baisers et à la tendresse. – Mais est-ce que toutes tes amourettes n’ont pas commencé de la même façon ? – Non, même s’il est vrai que j’ai peut-être eu trop d’amourettes. – Je suis sûr que tu iras beaucoup mieux dès que ton regard de prédateur croisera celui d’un autre agneau sans défense. Même si c’est l’égoïsme qui me pousse à agir ainsi, je suis persuadé de rendre service à Camille. Tu l’aurais trompé dans le mois suivant votre rencontre, j’en suis sûr ! Je te l’ai dit, je ne crois absolument pas en la sincérité de ton amour. – Non, je ne l’aurais jamais trompé ni ne lui aurais fait le moindre mal, en aucune façon. J’étais prêt à quitter ma vie actuelle pour faire en sorte de vivre avec lui. – Et pourtant, tu ne fais rien de tout cela, mais tu choisis de préserver ta réputation d’expert et ta situation sociale. Tu ne vis que pour elles, que pour le paraître. Il suffit de te regarder pour s’en convaincre, avec tous tes gadgets et tes téléphones portables ! – Non, mon travail est ma raison de vivre. Je te l’ai dit, c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais enfant. Je ne peux vivre sans faire ce métier. – Oui, je le comprends bien. C’est tragique. Sunt lacrimae rerum, comme dit Virgile. La vie est rarement aussi belle qu’on voudrait. C’est une tragédie. Mais sa laideur fait la beauté de l’homme. – Peut-être… – Je sais que ce n’est pas d’un bien grand réconfort ! – En tout cas, je ne peux pas te laisser dire que je n’aime pas Camille. Je l’aime intensément et véritablement. Il a réussi à me faire oublier J***-C***, que je n’ai même pas appelé aujourd’hui, alors que c’était son anniversaire. – Oh ! Je sais que tu l’aimes. Tu l’aimes même sûrement plus que moi. Mais tu l’aimes autant que celui qui l’a précédé et que celui qui lui succèdera ! Moi je l’aime plus que je me croyais encore capable d’aimer quelqu’un, même si c’est peu. Et puis ça me plaît de dire que je ne crois pas en la sincérité de ton amour. Ça me fait du bien. Finalement, vous vous étiez bien trouvés, tous les deux. Je crois que vous êtes plus ou moins du même milieu. Moi, il ne m’aimera jamais, parce que je serai toujours pour lui comme un chat pour un chien, ou comme un chien pour un minet, si tu préfères ! Toi, tu as réussi à t’élever ; pas lui. Mais on n’échappe pas à ses origines. C’est peut-être ce qui explique votre prétendu coup de foudre. – Je ne sais pas. Oui, peut-être y a-t-il effectivement de cela. – Mais je nous trouve bien sentimentaux. N’oublions pas que l’affaire que nous traitons est des plus sordides. – C’est toi qui as décidé de cela. – Oui, et j’espère que j’ai été assez clair. Je peux être quelqu’un d’impitoyable et d’inflexible. Mais je crois que tu commences à le comprendre. Je ne sais pas dans quel état je suis exactement. Je me sens à la fois anéanti par la méchanceté de mes actes, dont il est vrai que tu es le seul responsable, et profondément soulagé de pouvoir me venger de toi. – Non, c’est toi qui es seul responsable de tes actes. – Oui, bien sûr, je me fais justice. Mais pour se faire justice, il faut bien que quelqu’un se soit rendu coupable ! Bien, je vais aller me coucher. Je dois me lever tôt, demain, à cause de toi, encore. Il faut que j’aille voir l’ami avocat dont je t’ai parlé. Rassure-toi, je ne vais faire que lui demander ce que tu encours, si jamais je te dénonce. – Moi, je suis fatigué. Je vais aller me coucher aussi. – Très bien. Retrouve-moi demain à la même heure sur MSN. – D’accord. – Bonne nuit. A demain. – Oui, à demain. » – J’avais écrit tout cela hier soir, dans le but de le publier aujourd’hui dans ce blogue, sans rien ajouter. Mais entre temps, j’ai pu constater la peine immense de Camille. Il a l’instinct d’une bête. Ascylte a juré ne lui avoir rien dit de notre petit marché, mais Camille a pressenti que j’étais pour quelque chose dans le SMS de rupture qu’il avait reçu. Il m’a écrit plusieurs messages pour me dire qu’il me détestait et que nous n’étions plus amis. L’ayant pris en pitié, j’ai de nouveau téléphoné à Ascylte, pour lui rendre Camille, en lui expliquant bien que c’était par amour pour ce dernier uniquement que je lui redonnais sa liberté. Je continue de penser qu’Ascylte est un prédateur et un manipulateur sans scrupule. L’ami avocat que j’ai consulté tout à l’heure et qui connaît un peu Ascylte est du même avis que moi. Il m’a dit que notre homme était connu pour s’entourer de jeunes gens dont il fait tourner la tête en les emmenant dans les villes de ses expertises, où il réserve des chambres dans les plus beaux hôtels. Typique d’un parvenu ! Mais c’est après tout la liberté de Camille que d’aimer les mauvaises personnes. J’ai demandé à Ascylte d’avoir la bonté de ne pas dire à Camille que j’étais à l’origine de toute cette sordide affaire et d’essayer de l’en détromper. Nous avons imaginé ensemble l’histoire qu’il raconterait au garçon : il l’avait quitté parce qu’il ne voulait pas trahir mon amitié pour lui ni blesser son Américain. J’ai fait croire à Camille que c’était moi qui avais essayé de lui ramener Ascylte, avec qui nous sommes convenus d’un SMS que je lui ai envoyé une heure ou deux avant qu’il ne le rappelle enfin. En voici le texte : « Camille, je me suis permis d’écrire à Ascylte, pour lui dire que s’il t’avait quitté pour ne pas trahir mon amitié avec lui, ça ne servait à rien, parce que je ne le considère plus comme un ami. Et je ne veux pas que tu sois malheureux à cause de moi. J’espère que tout va s’arranger entre vous. Je ne fais ça que pour toi, pas pour lui. Je suis persuadé qu’Ascylte n’est pas quelqu’un de bien. C’est un manipulateur sans aucun scrupule. Sois prudent. J’espère que tu seras heureux. Je n’ai pas compris pourquoi tu m’en voulais tellement. Peut-être qu’on redeviendra amis, mais je ne me fais plus trop d’illusions. » Non, je ne m’en fais guère, en effet… De toute façon, j’avais renoncé à dénoncer Ascylte une fois que mon ami avocat m’eut informé de la peine qu’il encourait : quinze ans d’emprisonnement pour m’avoir envoyé des rapports d’expertise que je faisais semblant de lire, tant je les trouvais barbant, c’eût été cher payé. C’était l’arrogance qui le faisait m’envoyer ses chefs-d’œuvre : il voulait que je voie comme il était brillant. Sans doute me prenait-il pour l’un de ses minets, pour un Camille ! J’ai eu d’abord l’impression d’avoir moins mal de m’être fait volontairement détester de Camille plutôt que d’avoir été abandonné malgré moi, mais finalement, je me sens comme lorsque quelqu’un vient de mourir. J’ai le sentiment d’avoir tué deux amitiés, celle qu’il y avait entre Camille et moi et celle qu’il y avait entre Ascylte et moi. C’est tout de même moins grave que si j’avais tué deux amitiés et un amour. Allons ! La tristesse me fait écrire des sottises : c’est bien sûr Ascylte qui as tué l’amitié que j’avais pour lui, qui n’était pas bien grande, il est vrai. Mais même si ce n’est pas moi qui l’ai tuée, c’est une amitié qui est morte. Je suis certain qu’il croit m’avoir attendri par ses pleurnicheries. Il s’imagine m’avoir manipulé, comme tant des impressionnables victimes de ses poudres de perlimpinpin psy,  alors que je n’ai voulu que faire le bonheur de Camille, qui n’était que la pauvre victime de nous deux. Hélas, faire son bonheur aujourd’hui, c’est faire son malheur pour demain, j’en suis persuadé. Il me semble qu’Ascylte n’a pas hésité plus d’un instant avant de choisir son métier plutôt que Camille. Il préférait se soigner, comme il le prétend (puisqu’il paraît que son métier lui est une thérapie), plutôt que de faire le bonheur de Camille. Bel amour ! Il aime surtout sa minable situation, qui lui paraît enviable, tant il vient de loin ! Mais il y a pire. Je connais assez Ascylte pour savoir qu’il n’hésitera pas non plus bien longtemps avant de trahir Camille pour la première nouveauté venue. Je l’ai vu faire avec ce pauvre Christophe, qu’il trompait avec moi dès qu’il avait le dos tourné. A-t-il d’ailleurs beaucoup hésité avant de trahir notre amitié ? Pas une seconde. Je l’ai vu de mes yeux ! Cela s’est passé ici, dans ce salon, il y a quelques jours à peine.

19:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Christophe, Don Esteban, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

18/11/2008

Lundi 17 novembre 2008

            Il faut d’abord que je dise que j’ai les nerfs à vif depuis la disparition de Camille. (Car il s’agit bien plus d’une disparition que d’un départ (aphanisme est d’ailleurs le sous-titre de ce Jardin d’Adonis). Camille était en effet encore là le matin du premier dimanche de novembre, jour des morts ; l’après-midi, il avait disparu. Il m’est bien réapparu deux fois, d’abord au supermarché, puis chez moi, quand il est venu chercher une lettre qui lui était destinée, mais depuis, je n’ai plus eu aucun signe de vie de lui. Il n’a pas répondu une seule fois aux SMS que je lui ai envoyés. C’est comme s’il était mort. Mais c’est probablement moi qui suis mort pour lui.) J’étais donc au volant de ma voiture, vendredi après-midi, vers deux heures moins le quart, en ville, place Francis-Planté, quand, boulevard Jean-Lacoste, un malotru, jugeant peut-être que n’allais pas assez vite, s’est mis à me klaxonner. J’ai eu alors la faiblesse de lui faire un doigt d’honneur, qu’il a bien sûr très mal pris. Mon chauffard se met alors à me doubler par la droite et, boulevard d’Haussez, au feu du carrefour de l’église Saint-Jean d’août, qui était rouge, voilà qu’il descend de sa voiture et se précipite sur la mienne, dont il veut ouvrir la portière, qui était fort heureusement fermée à clé, comme souvent. Ne parvenant pas à l’ouvrir, il se met alors à donner des coups dans la vitre avec son poing. Puis, comme le feu était passé au vert et qu’il bloquait la circulation, il a fini par remonter dans sa voiture sous les coups de klaxon des autres automobilistes. Hélas, il allait dans la même direction que moi. Dans l’avenue Henri-Farbos, il a roulé très lentement juste devant ma voiture, en me lançant des regards assassins dans son rétroviseur et en faisant des gestes obscènes et menaçants, auxquels je dois reconnaître que je répondais avec plus d’obscénité encore, et dans une hilarité qui le mettait littéralement hors de lui. J’ai fini par me dire qu’il serait plus prudent de faire un petit détour, plutôt que de me rendre directement à l’endroit où j’allais, que je ne voulais pas lui montrer, et j’ai donc pris à droite, dans le chemin du Baradé, pour rejoindre l’avenue du colonel Rozanoff et, de là, revenir au boulevard d’Haussez. Le chauffard a quant à lui continué tout droit, avenue Henri-Farbos. Mais s’étant aperçu de mon changement de direction, pour me suivre, il a sans doute tourné à droite dans la rue suivante, car je me suis aperçu, parvenu au boulevard d’Haussez, qu’il était de nouveau derrière moi. Arrivant encore une fois au carrefour de l’église Saint-Jean d’août, je suis resté sur la voie du milieu, dans l’intention d’aller directement place Pancaut, où se trouve le commissariat de police, dont la proximité, pensais-je, calmerait un peu mon chauffard, s’il continuait de me suivre. Mais il est resté sur la file de droite et, comme le feu était encore rouge, il s’est arrêté à côté de ma voiture, a baissé sa vitre, craché sur la mienne, puis s’est agrippé à mon rétroviseur et l’a arraché ! Quand le feu est passé au vert, il a disparu dans l’avenue Henri-Farbos, qu’il a empruntée à toute vitesse, cette fois. Fort heureusement, j’avais eu bien assez de temps pour relever son numéro d’immatriculation. Je suis donc allé faire faire un devis dans un garage automobile, pour savoir combien coûterait un nouveau rétroviseur, puis je me suis rendu au commissariat pour porter plainte. J’ai fait ce récit au policier qui m’a reçu et qui, m’ayant attentivement écouté mais préjugeant de ses capacités intellectuelles, n’a pas trouvé nécessaire de me le faire répéter ensuite, au fur et à mesure qu’il écrivait le procès verbal, que je recopie ici, mais dont le contenu est faux en grande partie. La réalité, pourtant simple, a été récrite et simplifiée par ce policier que le vin rouge, dont son haleine empestait, abrutissait probablement. « Je me présente pour déposer plainte contre le conducteur du véhicule immatriculé 0000 XX 00 pour dégradation volontaire de véhicule. Dans un premier temps, ce conducteur me suivait après la place F. Planté à Mont-de-Marsan. Je ne devais pas rouler assez vite à son goût, il m’a klaxonné. Je reconnais lui avoir fait un doigt d’honneur. Ensuite il m’a doublé et puis s’est mis à circuler lentement tout en continuant à klaxonner. A l’angle de l’avenue H. Farbos, il a pris à droite et moi aussi. J’ai ensuite emprunté le chemin du Baradé et je suis revenu au carrefour de l’église Saint-Jean d’août. Là, je me suis positionné sur la voie centrale et j’ai eu la surprise de le voir arriver sur la voie de droite. Le conducteur est descendu de son véhicule. Il a craché sur ma vitre passager puis s’est accroché à mon rétroviseur extérieur droit et l’a cassé. Je suis allé voir un garagiste pour me faire délivrer un devis dont le montant s’élève à cent-un euros et zéro six centimes (101,06 euros) dont je vous remets copie. Je ne peux vous fournir d’autre renseignement sur le véhicule. Je reconnais être avisé de mon droit à obtenir réparation et à être aidé par un service ou une association d’aide aux victimes. Je n’ai plus rien à déclarer. » En réalité, c’est de l’intérieur de sa voiture, en se penchant par sa fenêtre, que l’homme s’est agrippé à mon rétroviseur pour le casser ! Il était descendu au tout début de ma mésaventure, quand il avait essayé d’ouvrir ma portière, ce dont il n’est pas question dans le procès verbal. Don Esteban m’a dit qu’il lui était arrivé, à lui aussi, que je prenais pour quelqu’un de bien élevé, de faire un bras d’honneur en direction d’un bateau qui l’avait dépassé trop rapidement, lorsqu’il naviguait aux Etats-Unis, dans (sur ?, comment faut-il dire ?) l’intracoastal waterway. (Il paraît qu’il ne faut pas dépasser trop rapidement les autres embarcations, à cause des remous occasionnés…) L’homme à qui ce geste était adressé l’avait également fort mal pris, puisqu’il avait répondu en tirant avec son fusil en direction d’Esteban ! Heureusement, c’était un mauvais tireur. Pauvre don Esteban ! Il n’a plus les moyens de faire nettoyer sa Rolex, qui doit l’être tous les cinq ou six ans, m’a-t-il expliqué, et qu’il faut donc pour cela faire entièrement démonter, ce qui, en Polynésie, coûte à peu près 2000 EUR, qu’il n’a pas, puisqu’il n’a plus rien, pas même les moyens, pour venir me voir, de s’échapper de ses maudites îles Marquises où, me dit-il, au train où vont les choses, il sera probablement enterré ; à condition, lui ai-je fait remarquer, que ces fous de Polynésiens ne déclarent pas leur indépendance : ils seraient bien capable de balancer son corps à la mer, ce qui, me confie-t-il, ne déplairait pas au marin qu’il a toujours été, même maintenant qu’il n’a plus qu’un kayak à commander ! Lui qui avait la passion des montres, et qui les collectionnait, il a dû s’en acheter une en plastique, le pauvre !

02:19 Publié dans 2008, Camille, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

26/09/2008

Jeudi 25 septembre 2008

            Finalement, Camille avait été rendu à sa famille avant que je n’aille le voir à l’hôpital, hier après-midi. Il me l’avait dit sur MSN, à mon lever, pour m’éviter de faire inutilement le trajet, mais, craignant qu’il ne m’ait encore menti, pour une de ses obscures raisons, qui m’échappent entièrement et me causent bien des tourments, je suis tout de même allé jusqu’à l’hôpital, demander à l’accueil qu’on m’indique le numéro de sa chambre, où je l’imaginais se morfondant dans une solitude peut-être imposée par son père. Comme son nom se trouvait encore dans le système informatique de l’hôpital, mais sans que fût indiqué de numéro de chambre, on m’a suggéré d’aller m’informer directement dans le service de diabétologie, où une infirmière m’a dit qu’il avait été ‘‘enregistré en hospitalisation de jour’’ et était reparti la veille. Il était prévu que Camille revienne ultérieurement, mais l’infirmière, s’avisant tout à coup que les informations qu’elle me donnait ne me regardaient probablement pas, ne m’a pas dit pour quand était prévu ce nouveau rendez-vous. A quelle heure avait-il bien pu repartir, la veille ? Il était fort tard, quand nous avions chatté ensemble et qu’il m’avait dit qu’il se trouvait encore à l’hôpital. Est-ce qu’une hospitalisation de jour peut durer jusqu’à onze heures du soir ? Etait-ce un autre mensonge ? Il m’a juré plus tard, au téléphone, m’avoir dit la vérité. Je ne sais si je puis le croire. Une part de moi voudrait m’assurer qu’il est trop bête pour défendre bien longtemps ses mensonges, une autre me rappelle ce que me disait un jour Esteban, que je regarde les gens de plus haut que je devrais, ou plutôt qu’une faiblesse de mes vues me les fait croire plus bas qu’il ne sont vraiment, et que cela me perdra. Ma peur d’être abandonné l’emporte enfin, qui me crie que Camille me ment, si peu capable qu’il en soit, et l’anomalie de cette gageure m’angoisse et me désespère un peu plus à chaque instant. A peine sorti de l’hôpital, sans faire aucune réflexion et sans savoir quel était mon dessein, comme le duc de Nemours apprenant qu’il était proche de Coulommiers, j’allai ‘‘« à toute bride »’’ du côté de D***, le village après Saint-Sever non loin duquel vit Camille. Mon intention n’était pas d’aller le trouver et j’ignore d’ailleurs où sont exactement, dans cette campagne qui me parut si belle, les terres dont son père lui veut faire une prison. Mais j’eus la douce impression d’être un peu plus sous le même ciel que Camille, comme j’avais eu plus tôt l’espoir, à l’hôpital, de me trouver dans le même endroit que lui. Et je me suis senti rassuré, et presque apaisé, de savoir qu’il avait pour agrémenter ses promenades à cheval, qui sont sa seule occupation, une lumière encore si chaude, et ce paysage certes peu vaste, et même un peu étroit, mais presque varié, de collines, de champs et de bosquets. J’ai compris que je ne devais pas lui manquer autant que je voudrais, même si j’ai réussi à lui en faire faire l’aveu, tout à l’heure, au téléphone, car il a de quoi s’emplir les yeux d’autre chose que moi, de plus simple que moi, de plus beau, de moins prétentieux et de plus apaisant. Et puis il a ses bêtes pour m’oublier.

01:30 Publié dans 2008, Camille, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

22/09/2008

Dimanche 21 septembre 2008

            On se croirait dans un roman ! Camille est bel et bien enfermé chez lui. Il a le droit de sortir, à condition de rester à l’intérieur de la ferme, m’a-t-il chuchoté tout à l’heure, car son père ne veut pas non plus qu’il abuse du téléphone ou d’Internet ! Un garçon de vingt ans est puni comme un enfant de quinze ! Je lui ai demandé s’il était conscient que la situation n’était pas tout à fait normale, mais il ne semble pas s’en rendre vraiment compte. J’ai d’abord cru que c’était parce qu’il avait honte que Camille m’avait fait promettre de ne rien raconter de tout cela à Corydon, notre ami commun, mais j’ai fini par comprendre que c’était plutôt par crainte que ce dernier ne rapporte à son père, dont il est un intime, les confidences qu’il m’avait faites, trahissant ainsi le secret de notre liaison, que le méchant homme croit terminée. Il y a quelque chose comme cela dans La Princesse de Clèves, que Nicolas Sarkozy etc. Don Esteban me demande si je suis certain que Camille me dit bien la vérité. Ma foi, non, je n’en suis pas sûr. Mais nous avons prévu de nous retrouver en secret, Camille et moi, mardi ou mercredi, vers les minuit, quand son père sera couché. Camille devra se rendre à l’entrée de la ferme, sur le bord de la route, où je passerai le prendre en voiture. Il habite en pleine campagne, quelque part après Saint-Sever. Il faudra que je le ramène avant que son père ne se réveille !

02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note