28/05/2009

Mercredi 27 mai 2009

            Il y a un an que Dominique Autié est mort. Hier soir, rencontre de Dioclès et dîner avec lui. C’est un Internaute avec qui je chatte depuis longtemps. Il est revenu vivre un mois chez ses parents, à Mont-de-Marsan, en attendant de partir pour le Nouveau Monde, en juin. Nous avons profité de sa présence ici pour nous voir. Il était curieux du nom que je lui donnerais dans ce journal et se demandait d’ailleurs suivant quel système je nommais mes personnages. La vérité est que je n’ai pas vraiment de système. Souvent, mais non pas toujours, j’essaie de donner aux faux noms les mêmes initiales qu’aux vrais. Parfois, mais assez rarement, finalement, je joue sur les étymologies. D’autres fois encore, je ne fais que garder, s’il me plaît, le nom qui m’est venu à l’esprit, comme c’est par exemple le cas ce soir, pour Dioclès. En ce moment, je vais régulièrement chercher de nouvelles idées de noms dans le Dictionnaire des Précieuses. Ainsi, c’est pour sa passion du théâtre que j’ai donné le sien à Cléocrite, qui est celui que porte Corneille dans ce dictionnaire. Puisque j’en suis à parler des noms qui ont cours dans ce journal, je tiens à rassurer mes lecteurs, et plus particulièrement un, qui était membre du site de pédés habituel, mais qui s’est fait apparemment renvoyer par le Webmestre, pour une raison qui m’échappe : j’ai bien toujours l’intention de créer un index des noms, pour aider les paresseux dans leur lecture. Mais n’étant pas moi-même un bien grand courageux, je n’ai pas encore trouvé l’énergie nécessaire à la création d’un tel index. Patience, donc. Osman m’a accompagné ce soir à l’église de Saint-Médard où était donné un concert de musique ancienne (celle de la Renaissance est ma préférée). Pensée pour don Esteban pendant l’interprétation des cantiques du Livre Vermeil de Montserrat. J’ai enfin pris le temps de lire les lettres prêtées par Sophronie, que je lui avais écrites lorsque j’étais adolescent. Celle-ci m’avait dit, en me reparlant de ces lettres, qu’elle s’était régalée d’y retrouver complètement le garçon qu’elle avait connu au lycée. Quant à moi, je ne m’y retrouve pas du tout ! Je suis atterré par la lecture que je viens de faire et j’ai vraiment peine à croire que le garçon prétentieux et détestable, obsessionnel et prodigieusement bête, qui a écrit ces torchons, c’est moi. Je ne me rappelais pas que j’avais été si soucieux de mes études, si inquiet de ma réussite scolaire, ce qui ne fut plus du tout le cas par la suite, une fois le lycée terminé. J’avais oublié presque tout ce dont il est question dans ces lettres, qui sont donc un précieux document sur les débuts de ma névrose. Elles sont d’abord un petit roman, je veux dire : le roman de Julien, dont je parle beaucoup. J’y apprends par exemple que je l’avais fait naître un 23 mars (soit la veille de l’anniversaire de ma sœur Laura) ; que je le faisais mourir un 26 février et que je faisais remonter notre rencontre à un 24 août. Je parle également dans ces lettres d’une amie censée avoir occupé dans mon cœur autant de place que Sophronie ou Anja, qui faisait apparemment de la danse, et dont je ne garde absolument aucun souvenir. Par contre, je me suis souvenu, grâce à cette lecture, des scarifications que je me faisais aux poignets et qui m’étaient complètement sorties de la tête. Dans ces lettres, je parlais énormément de suicide : de celui de Julien, mais aussi du mien, dont je n’avais pas le courage. « Si je dois me suicider, écrivais-je par exemple, ce ne sera pas par les veines. » (Cela dit, à moins que ma mémoire ne m’abuse, il me semble ne jamais avoir réellement été tenté par le suicide. Je parlais du suicide, sans du tout l’envisager sérieusement : c’était encore du roman. Mais il y a pire encore : j’allais jusqu’à exhorter Sophronie à mettre fin à ses jours, à ‘‘partir’’, comme j’écrivais, non seulement elle, mais aussi son jeune amant de l’époque, qui est devenu depuis son mari et le père de ses enfants, dont un garçonnet de trois ans et demie à peine, mais d’une grâce et d’une intelligence incroyables. Dès cette époque, la pensée de mon propre sang, de mes veines et de mon pouls me tourmentait. Je rapporte ainsi cette anecdote, dont je me souviens très bien, maintenant que je l’ai relue : « Parfois, à mon cours de piano, quand mon professeur me tient le poignet pour me faire battre la mesure, je suis pris d’un rire nerveux et de bouffées de chaleur qui ne s’arrêtent plus. » Il m’était très pénible de me faire ausculter par le médecin, dont les palpations me faisaient perdre toute maîtrise de moi. Encore aujourd’hui, je déteste me faire prendre la tension : j’ai l’impression que mes artères vont éclater. Avais-je dit que Phédon, lorsqu’il m’avait embrassé dans les commodités de la discothèque, avait exercé une succion sur ma lèvre inférieure qui avait failli me faire évanouir ? C’était comme s’il m’avait pris la tension ! Comme s’il m’avait ouvert les veines ! C’était un vampire qui me suçait le sang. L’écrire me donne encore des suées. Assurément, il y aurait dans ces lettres de quoi nourrir plusieurs séances chez Tirésias ! (J’y ai par exemple trouvé une formulation, à propos de Julien, très proche de ce que j’ai pu dire plus récemment au sujet de Camille. J’avais en effet écrit à Sophronie que Julien était mon enfant, mais aussi mon père, et mon frère.)

03:52 Publié dans 2009, Anja, Camille, Cléocrite, Dioclès, Dominique Autié, Don Esteban, Journal, Julien, Osman, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note