30/06/2009
Lundi 29 juin 2009
Hier soir, dîner chez Tityre, qui fêtait son anniversaire. J’y ai vu pour la première fois Parthénie être soûle. Le terrible Cléomédon disait toujours aussi souvent « moi, je… » tandis que son ami le beau Clinias, frêle oisillon tombé du nid, ne pipait mot, sans jamais jeter le plus petit regard sur moi. Phidippide, qui n’avait pas compris de qui il s’agissait, draguait assez ostensiblement le nouvel amant de Tityre, contrariant fort ce dernier. « Phidippide, c’est moi qui t’ai introduit dans cette société, lui ai-je dit tout à l’heure. Pourrais-tu attendre que Tityre et sa conquête se séparent avant de la lui prendre ? Je ne voudrais pas passer pour celui qui a fait entrer le loup dans la bergerie. » Tout le monde se moquait de moi, parce que Tityre avait révélé à l’assemblée que j’avais couché, il y a quinze ans, avec le pauvre Damète, qui est fort méprisé dans ce cercle, parce qu’il est mauvaise langue, parce qu’il est laid, parce qu’il est gros, parce qu’il passe pour être sale et se droguer avec du poppers, qui lui brûlerait les narines et y laisserait des croûtes fort peu seyantes. J’étais le seul à prendre la défense de cette créature, dont toutes les peu ragoûtantes qualités qu’on lui prête sont peut-être vraies, je ne sais, pour l’avoir perdu de vue depuis belle lurette, mais qui a eu le mérite, au moins une fois dans sa vie, ai-je dit, de me sauver de Tityre qui, à l’époque, m’avait soûlé, lors d’un dîner qu’il avait organisé à cette seule fin, pour pouvoir coucher ensuite plus facilement avec le garçon fort inexpérimenté que j’étais alors. Cléomédon, prenant assez mal la défense de Tityre, m’a demandé si j’étais naïf au point de croire que Damète n’avait pas lui aussi quelque arrière-pensée en me sauvant. J’en étais bien évidemment conscient, ai-je reparti, comme je l’écrivais d’ailleurs en octobre dernier, en notant dans ce journal que je venais de retrouver Tityre après tant d’années, mais les mauvaises intentions ni les mauvaises actions de Damète ne changent rien à la bonne qu’il avait faite pour moi ce soir-là, dont je lui serai éternellement reconnaissant ! « La preuve que Damète n’est pas si gros que vous dites tous, c’est qu’il a été au moins une fois dans sa vie plus fin que Tityre, puisqu’il a su me cacher son piège, où je suis en effet tombé, en me faisant voir celui que m’avait grossièrement tendu ce dernier. Et dans l’intimité, Damète était loin d’être le grossier personnage que vous m’avez décrit. Peut-être l’est-il avec vous, qui ne vous cachez pas de l’aimer si peu, mais avec moi, il n’éprouvait apparemment pas le besoin de se montrer tel. » Au fond, l’horrible portrait qu’en ont fait les membres de cette médisante assemblée en dit plus long sur eux que sur Damète. La veille ou l’avant-veille de ce dîner d’anniversaire, j’ai rendu une courte visite à mon ami Osman, juste après de brèves retrouvailles avec une ancienne relation sexuelle, que je n’avais pas revue depuis bien six mois, mais qui ne devait pas être dans son bon jour (peut-être à cause de la récente naissance d’un premier enfant, qui doit tout de même un peu remuer son homme !), parce que le jeune père me faisait tellement sentir ses dents que j’ai préféré mettre un terme à tant de maladresse, pour aller donc voir mon petit Osman, qui habite tout près du lieu de ce rendez-vous raté. Il m’a rapporté qu’un certain barman avec qui il avait presque couché lui avait raconté que Nicancre et Phédon, qui se connaissent, ce que j’ignorais, avaient ‘‘fait les putes’’ tout récemment à Bordeaux, à l’occasion de la gaypride. Où donc crois-tu, mon blond lecteur, que travaille la mauvaise langue qui a fait cette révélation à Osman ? Dans le bar de ce vieux pédé qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir à mon sujet le bruit que j’allais moi aussi faire la pute, mais à Toulouse ! A Toulouse… C’est dire si la source est peu digne de foi ! Autre rumeur, encore plus absurde que la première, et rapportée du même endroit : le petit Phédon, encore lui, aurait violé un jeune homme dans la résidence étudiante où il loge ! Alors que ce garçon, il est vrai fort entreprenant, est dans le même temps la chose la plus passive qu’il m’ait été donné de rencontrer ! C’est vraiment absurde. Et c’est une honte de faire courir de tels bruits !
04:12 Publié dans 2009, Cléomédon, Clinias, Damète, Journal, Nicandre, Osman, Parthénie, Phédon, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
01/11/2008
Vendredi 31 octobre 2008
Il y a quelques jours que je suis tombé par hasard sur Tityre, que je n’avais pas revu depuis des années. Je n’avais pas encore l’âge de Camille à l’époque où nous nous fréquentions. Lors d’un petit dîner qu’il avait donné chez lui, Tityre avait essayé de me faire boire, dans le but de me mettre plus facilement dans son lit, m’avait expliqué Damète, l’un des convives, qui m’avait tiré du piège grossier tendu par notre hôte, mais pour mieux me faire tomber dans le sien. Tityre m’a invité à venir chez lui prendre l’apéritif avant-hier. J’y suis resté pour le dîner, puis nous avons téléphoné à Camille pour qu’il nous rejoigne au moment du café. Nous sommes rentrés lui et moi sur les sept heures du matin. Nous avons passé la nuit au coin du feu à boire du whisky (que Camille prétend être un des alcools qui lui sont permis, à moins que ce ne soit le seul auquel il ait droit, si tant est qu’il y ait vraiment droit, et dans de telles quantités, ce dont je doute fort). Tityre, qui a été ‘‘un peu artiste’’ en son temps, nous a montré ses perruques, ses robes et ses chapeaux. Nous avons écouté pendant des heures de ses disques vinyles. Il y a dans sa bibliothèque beaucoup de livres anciens, mais très abîmés. Je me suis redit à part moi la phrase qui sert à me faire honte quand je maltraite mes propres livres : « Si Dominique Autié avait vu ça ! » Ce n’est pas la bibliothèque d’un bibliophile : Tityre l’a simplement héritée de son grand-père : avec la maison. Il n’en a pas soigné les livres. (A propos de ce verbe soigner : Camille, qui est plein d’expressions que j’imagine être propres à la campagne dont il est, me demande toujours : « Veux-tu que je soigne aussi ta chienne ? ». C’est qu’il est alors en train de nourrir la sienne et veut savoir s’il me plairait qu’il en fasse autant pour la mienne. Soigner Violette et Pélagie, c’est remplir leurs gamelles. Je lui réponds souvent avec une autre de ses expressions : « De là étant, je ne peux pas le faire, la gamelle est vraiment trop loin », car je suis généralement assis sur le canapé, en train de le suivre des yeux.) A Tityre, qui me demandait qui je lisais, j’ai répondu en prononçant le nom de Renaud Camus. « Ah oui ! Tricks ! », a-t-il dit. Je me suis alors souvenu de ce qu’écrivait Camus sur Duras et la musique, dans Corée l’absente : « On y apprenait qu’elle écoutait et réécoutait le Requiem de Mozart, les symphonies de Beethoven et les Passions de Bach – bref qu’elle n’aimait pas la musique, ou peut-être plutôt que la musique tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu. » L’on pourrait peut-être dire aussi de tous ces homosexuels qui ont lu Tricks qu’ils n’aiment pas Renaud Camus ou du moins que Renaud Camus tient peu de place dans leurs bibliothèques ! Cela dit, je m’avance peut-être un peu et ne sais pas vraiment de quoi je parle, car bien qu’il y ait beaucoup de Camus dans ma bibliothèque, je dois confesser que je n’ai pas lu Tricks. Comme nous cherchions à savoir si nous avions d’autres connaissances communes que celles de l’époque où nous nous fréquentions encore, lui et moi, Tityre a dit de Trimalcion que c’était « son petit protégé », ce qui a fait sourire Camille, qui connaît l’aversion que j’ai pour cet individu, qu’il s’est pourtant mis à fréquenter occasionnellement. Quand je pense qu’il habite dans la rue parallèle à la mienne… Il ne faudrait pas trois minutes à Camille pour se rendre chez lui ! Je suis sûr qu’il l’a déjà fait, même s’il ne veut pas l’admettre. Mais si ! Il l’a reconnu, puisqu’il m’a dit une fois qu’il n’avait pas trouvé l’appartement de Trimalcion aussi sale que je l’avais dit ! Nous sommes retournés chez Tityre hier soir, jusqu’à très tôt ce matin, comme la veille. Il y avait un autre invité, qui avait les mains baladeuses et voulait absolument voir la rousseur entre les jambes de Camille ! On m’a dit ensuite que je n’avais pas fait beaucoup d’efforts pour cacher ma contrariété et ma mauvaise humeur.
03:33 Publié dans 2008, Camille, Damète, Dominique Autié, Journal, Pélagie, Renaud Camus, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note