10/07/2009

Jeudi 9 juillet 2009

            Mnasyle : « Son nom fait palpiter mon cœur ! » Je l’aurais voulu près de moi, hier soir, lors du dîner qu’Osman donnait chez lui. Outre Tityre et Phidippide, il y avait parmi nous un bel hétéro, qui est, je crois, le meilleur ami d’Osman, et deux autres pédés, dont un m’avait apparemment déjà connu, sans que je m’en souvinsse du tout, ce qui a fait beaucoup rire la médisante assemblée, qui en a conclu que j’étais une plus grande salope encore que notre hôte, ce qui n’est pas peu dire, mais est entièrement faux ! Tityre, qui ne manque jamais plus une occasion de me déconsidérer aux yeux des autres, était en train de raconter à tous quel être odieux j’étais (« un scorpion, pensez donc !), parfaitement incapable d’aimer. La preuve en était, selon lui, qu’après le déduit, je serais un tel goujat que je ferais toujours dormir mes conquêtes sur le canapé, comme encore tout récemment le pauvre Mnasyle, auquel je semblais pourtant m’être plus attaché qu’à d’autres. « Mais non ! Pas toujours, ai-je répondu. Avec Camille dans mon lit, j’arrivais parfaitement à dormir ! » C’est à ce moment que celui des deux pédés qui me disait en effet vaguement quelque chose a cru bon de confirmer qu’il avait bel et bien dormi sur mon canapé, lui aussi, alors que ma chienne avait eu le droit de rester près de moi dans la chambre… (Damis avait également été jaloux de la chienne Pélagie !) « Ah ? Nous nous connaissions donc déjà ? » Mais je n’avais gardé aucun souvenir de cette éphémère relation, qui ne m’avait apparemment guère durablement impressionné… Je me rappelais bien m’être une fois rendu quelques mois plus tôt chez lui, en compagnie de Corydon, qui le connaît, mais quant au reste… Ce jour-là, mon immémoré c’était abstenu de me rappeler notre première rencontre, en quoi il s’était montré plus courtois qu’hier soir ! Avait-il gardé bon souvenir de notre ancienne relation, voulut-on savoir ? Apparemment pas… Ce qu’apprenant, Tityre et Phidippide furent ravis d’ajouter qu’eux non plus n’avaient guère été satisfaits de leurs rapports sexuels avec moi… « Et vous croyez dire du mal de moi, en prétendant que je suis un mauvais coup ? Mair pour mal baiser, comme pour bien faire l’amour, il faut être au moins deux ! Et puis figurez-vous que vous n’êtes pas le centre du monde ! Ce n’est pas parce que je me conduis d’une certaine façon avec vous que j’ai nécessairement la même conduite avec d’autres ! Est-ce qu’il ne vous a jamais traversé l’esprit que si je vous avais paru un si mauvais coup, c’était peut-être tout simplement parce que je n’avais pas spécialement envie de baiser avec vous ? – Mais alors pourquoi, m’a demandé celui des deux autres pédés que je ne connaissais pas, pourquoi as-tu couché avec eux, si tu n’en avais pas vraiment envie ? – Mais c’est parce que je ne veux pas être contrariant ! – Dans ce cas, c’est bien ce que nous disions, tu es vraiment la dernière des salopes ! » A quoi n’ayant su que répondre, je me suis contenté de me resservir de vin. « Mais pourquoi donc m’invitez-vous à vos dîners, si vous me trouvez si détestable que vous le dites ? – C’est parce que tu rends bien sur les photos ! » Car, je l’ai peut-être déjà dit dans ce journal, le plus souvent, je passe aux yeux de ces messieurs pour un gentil écervelé, enfin, pour un méchant écervelé… « Je sais bien que vous me prenez pour un idiot. Mais moi, si je vous fréquente, c’est justement pour m’épargner d’avoir à penser ! Et si vous me souffrez si complaisamment, ce n’est pas parce que je rends bien sur vos photos, mais parce que vous vous croyez autorisés, pour me voir faire bonne figure, à rire de moi, à vous moquer, à être blessants. » Mais ce n’est pas parce que je gardais un sourire de façade, hier soir, que je n’étais pas profondément blessé par les paroles de mes convives. C’est pourquoi j’ai peut-être bu plus qu’à mon habitude (d’où l’ivresse que je me suis empressé de noter hier soir dans ce journal à mon retour chez moi) : afin de m’aider à entendre cet incessant persiflage ; c’est aussi pourquoi j’aurais voulu Mnasyle près de moi : pour continuer à flirter avec lui plutôt que d’écouter tous ces médisants si satisfaits d’avoir avec eux de qui médire. Je perds des heures à chatter sur MSN avec Mnasyle. J’ai déjà presque épuisé mon forfait téléphonique du mois, à force de l’appeler. Et j’ai dû consommer en quelques jours, à cause de mes allées et venues pour le voir, l’essence de deux ou trois mois ordinaires ! Je voudrais qu’il vienne ici pour les fêtes de la Madeleine, mais il n’est pas sûr de pouvoir se libérer, se libérer de son travail, de son amant, de sa vie d’avant moi. Après le dîner, nous sommes allés vider d’autres verres dans le bar tenu par ce petit pédé qui plaît tellement à tout le monde et qui m’a fait quelques jolis sourires. Puis à la fermeture, nous sommes allés au Dix bis écouter des gitans chanter du flamenco, dont c’est en ce moment le festival à Mont-de-Marsan. Là encore, j’aurais voulu que Mnasyle fût avec moi, parce que j’étais heureux d’écouter cette musique, et que mon bonheur aurait été plus complet avec lui près de moi : contre moi. Il y eut un moment où un vieux gitan, apparemment très respecté des autres, s’est mis à chanter à son tour. Mais il avait déjà tellement vécu, tellement fumé, tellement bu, tellement chanté dans sa vie de gitan, il était tellement usé d’être lui, que presque aucun son ne sortait plus de son corps, qui se tendait pourtant encore d’une ferveur impossible : on eût dit que les guitares accompagnaient le chant non pas du silence, mais des dernières angoisses d’une vie joyeuse d’être épuisée. Devant lui, dans son cri inaudible, dansait une jeunesse de sa race, belle et fière, d’un monde complètement autre, inquiétant, absolument étranger au mien, incompréhensible, impénétrable, inaccessible, quoique à portée de main. La musique de ces gitans envers qui j’ai souvent l’occasion d’éprouver la haine la plus viscérale est peut-être la plus belle du monde.

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07/01/2009

Mardi 6 janvier 2009

            L’espèce d’hilarité qui anime Camille lorsqu’il parle de cette crevure d’Ascylte a quelque chose de rassurant : elle tend a prouver que le garçon sait parfaitement ce qu’il fait et que j’avais tort de me faire tant de souci pour lui, que je croyais tombé sous la coupe du traitre manipulateur ; c’est le manipulateur qui est manipulé. J’étais chez Camille avant-hier qui, retour de Bordeaux, était en train de fouiller dans son sac de voyage. Le voici soudain qui s’écrie : « Mince ! J’ai oublié de rendre à Ascylte sa crème à 100 EUR ! Oh ! Et son gommage à 60 EUR aussi ! Tant pis pour lui. – Mais tu connais donc le prix de toutes les choses qui appartiennent à Ascylte ? » Eh bien oui ! Ascylte dit à Camille le prix de tout ce qu’il possède et de tout ce qu’il lui offre, pour l’émerveiller, sans doute ! Ce bouquet de rose, que Camille s’est empressé de mettre à la poubelle, parce qu’il l’encombrait dans son petit appartement, a coûté 30 ou 40 EUR, je ne sais plus exactement. Sa bague de fiançailles, comme il dit, qui est en réalité une alliance, 300 EUR. « C’est un peu bête d’avoir dépensé autant d’argent pour cette bague, a dit Camille, transi d’amour, parce que si je dois quitter Ascylte bientôt, ce seront 300 EUR de jetés par la fenêtre. – Mais jeter l’argent par les fenêtres, c’est tout ce qu’il sait faire, c’est sa façon d’exister : il a besoin d’acheter les choses les plus chères pour donner aux autres l’impression qu’il est quelqu’un ! Est-ce qu’il a toujours ses trois téléphones portables ? Et son téléphone plaqué or, il l’a encore ? – Plaqué or ? Non, je ne crois pas. Par contre, il m’a donné l’un des siens. Mais qu’est-ce qu’il veut que j’en fasse, de son téléphone ? » Il y avait avec nous un bel hétéro de Strasbourg et qui habite chez Camille en attendant de trouver où se loger à Mont-de-Marsan, où il veut s’installer, parce qu’il est amoureux de la fille-mère, celle qui voulait se faire épouser de Camille et qui veut à présent se marier avec le Strasbourgeois. Notre hétéro s’étonnait qu’Ascylte achète si cher des crèmes apparemment bien peu efficaces, du moins sur son épouvantable peau, qu’il a si sèche qu’elle pèle littéralement aux abords de ses cheveux, au point qu’on pourrait presque croire que ses pellicules ne lui viennent pas du cuir chevelu mais bien du front ! C’est dire s’il est beau. Il nous a fallu expliquer au Strasbourgeois que ce n’était pas pour leur efficacité qu’Ascylte achetait ces crèmes, mais seulement pour pouvoir en dire le prix… Camille m’a fort effrayé en disant qu’il voulait déménager. « Quoi ? Tu vas t’installer à Bordeaux. – Non, je vais déménager à Mont-de-Marsan. – Mais tu y habites déjà, à Mont-de-Marsan. – Oui, mais je voudrais un appartement plus grand. Celui-ci est trop petit. Mais je ne veux pas habiter à Bordeaux. C’est trop stressant. Il y a trop de monde, trop d’agitation. Je veux rester à Mont-de-Marsan, parce que c’est ici que sont mes amis », a-t-il dit en me regardant malicieusement, du coin de l’œil. Il ne m’en fallait pas plus pour être heureux. Mais je ne me fais aucune illusion. Camille est ce qu’on appelle une mauvaise langue. J’ai parfaitement conscience qu’il rit de moi dans mon dos, comme il le fait d’Ascylte, de la fille-mère, de Polémon (qui m’a rapporté une grande partie des moqueries que Camille faisait en sa présence à mon sujet), de ce gros porc de Corydon, bref : de tout le monde.

02:12 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Corydon, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

04/01/2009

Samedi 3 janvier 2009

            Xxxxxxx, dans son infinie bonté, a bien voulu me renvoyer la lettre que j’avais perdue, accompagnée d’une seconde : « Ah oui, m’écrit-il, j’oubliais, on ne peut plus répondre à sa guise sur ton blogue… Quel courage… Je t’assure que j’ai hésité avant de t’écrire ; visiblement, je n’aurais pas dû ; mon altruisme me perdra. Voici donc ce que je viens d’essayer de poster, il est important que toi au moins, tu puisses le lire : ‘‘Tu n’as rien compris, Olivier, cela n’avait rien d’un jugement. Tu dois me donner bien raison pour me répondre aussi vite, en public, et de façon si sauvage. Quelle détresse… Dommage que tu rapportes tout à moi, mes écrits, mes amours, cela n’a rien à voir ; et je ne parle même pas du reste. Pour éviter à ton ‘blond lecteur’ de dire n’importe quoi dorénavant, la voici donc, ma lettre que tu te lamentais d’avoir effacée : ‘Bonsoir Olivier. Avant tout, j’espère que tu ne me répondras pas, ou tout au moins sans agressivité ni dérision. Je suis bouleversé par ce que je viens de lire sur ton blogue, une nouvelle fois, mais comme jamais auparavant. Rassure-toi, je ne te lis plus que très rarement, je m’étais dit que, pour la nouvelle année, je jetterais juste un coup d’œil. Rassure-toi encore, l’heure n’est plus aux reproches ou aux jugements. Je viens de réaliser brutalement la misère qui t’entoure. La misère humaine en quelque sorte, mais qui nous touche hélas de façon bien inégale. Tu me croiras ou pas, mais je suis envahi par une tristesse intense. C’est sûrement un affront et tu essaieras de m’en excuser, mais je ne peux pas m’empêcher de te plaindre… Laisse-moi juste terminer par ce léger conseil : les cours de latin, c’est bien aussi…’ Tu me fais penser aux chiens accidentés qui nécessiteraient les plus grands soins et qui aboient sur tout le monde, voire mordent la main qui se tendait pour les soigner. Tu es une bête Olivier. Aussi raffiné que tu te croies, tu obéis aux instincts les plus primaires de l’espèce. Tu crois maîtriser le langage en vomissant chaque jour des flots de mots à n’en plus finir, mais tu es incapable du moindre véritable dialogue. Tes mots sont des cris sans distinction de sens. Adieu Olivier. PS : Combien de temps survivra ce message ? Seule ta couardise nous le dira…’’ » Comme on peut voir, il n’y a pas une goutte de fiel dans ces lettres. Il est même si évident, à lire la première, que l’heure n’est plus aux reproches ni aux jugements, que Xxxxxxx éprouve le besoin de l’écrire : même lui semble avoir deviné, à travers le brouillard qui lui sert de pensée, que sa lettre était, quoiqu’il en dise, pleine de reproches et de la mauvaise opinion qu’il a de moi. Mais non, il ne me juge pas ni ne me fait aucun reproche. Seulement, il ne peut pas s’empêcher de me plaindre ! Est-ce vraiment l’impression que je donne ? Ai-je vraiment l’air de quelqu’un qui veut se faire plaindre ? Mais il ne peut pas s’en empêcher, dit-il ! C’est un incontinent ! Il vient me pisser dessus et s’étonne ensuite que je le prenne si mal. Xxxx xxx ! Il n’y a pas d’autre mot. Il conclut en me disant qu’il vaut mieux, pour gagner sa vie, donner des cours de latin que des coups de bite à des messieurs. Ce n’est pas un jugement, bien sûr, c’est un conseil ! Xxx xx xx xxxx xxx xx xxxxxxxxxx xxxxxxxxxxxx xxxxx xx xxxx xx xxxxx xxxxxx xxx xxxxxxxxxxxx xxxx xx xxxx x xx xxxxxx, xxx xxxx xxxx xx xxx x xxx xxxx xx xx xxxxx xxxx xxxxx x xx xxxxxxxxxxx xx x xx xxxxx. C’est du pareil au même. A force de pratique, j’ai pu constater que c’était aussi de la merde qu’il y avait dans la tête de mes élèves. Il faut être profondément méchant pour venir se rappeler au bon souvenir de quelqu’un qui ne vous demande rien, en lui disant que vous ne pouvez pas vous empêcher de le plaindre, de trouver sa vie misérable et lui un couard. Il serait si simple de ne rien dire. Mais telle est l’inconsciente méchanceté des bonnes consciences : elle est bavarde. Nul fiel dans ces lettres, non, mais de la bonne conscience, oui, tellement de bonne conscience… Et ce xxx ose prétendre que je ne suis pas capable de dialoguer ! Encore faudrait-il que je le veuille. S’étonne-t-il donc vraiment que je ne veuille pas dialoguer avec quelqu’un qui me plaint, qui me méprise, qui a pitié de moi ? Evidemment que Xxxxxxx Xxxxxxx est devenu persona non grata dans les commentaires de mon blogue ! Et je vais m’empresser de faire en sorte de ne plus recevoir non plus ses lettres électroniques, si c’est possible. Faut-il vraiment que j’écoute quelqu’un qui ne cherche qu’à me blesser ou qui est trop bête pour se rendre compte que tout ce qu’il m’écrit est blessant ? Même avec don Esteban, qui avait une place si particulière dans ce blogue et dans mon estime, je n’ai plus envie de dialoguer, alors avec un Xxxxxxx XxxxxxxEsteban m’écrivait récemment qu’il trouvait que j’avais fini, avec mes préoccupations si basses, si triviales, par rejoindre la masse anonyme des pédés. Sans doute n’a-t-il pas complètement tort. Mais lui a fini par tomber à mes yeux au rang des méchants. Il sait que je ne vais pas bien, en ce moment, et ne trouve rien de mieux à faire que de me rapporter les paroles d’une connaissance à nous, qui lit ce blogue et lui a demandé de me faire passer ce message que j’aurais, selon lui, grand besoin ‘‘de me faire interner’’. Il est certain que de telles révélations me sont d’une grande aide. C’est l’évidence. Je ne parle plus du tout à cette connaissance commune depuis fort longtemps, elle n’est rien pour moi, je l’avais oubliée jusqu’à ce qu’Esteban m’en reparle. Il ne lui aurait pourtant rien coûté de se taire, de ne pas transmettre l’odieux message, qui ne pouvait que me blesser, à ce qu’il me semble. Mais il a fallu qu’Esteban le fasse. Lui aussi peut éprouver le besoin d’être blessant. Par mauvaise humeur, j’ai coupé court à notre conversation. Bien sûr, c’est moi qui vais passer pour un goujat, parce que ça ne se fait pas de raccrocher au nez des gens ! Mais Esteban est quasi tombé au niveau de Damis s’amusant à me rapporter ce que Corydon raconte sur ma vie par malveillance. Xxxxxxx Xxxxxxx, je te souhaite xx xxxxxx xxxx x xxxxx. Tu apprendras ainsi que ce n’est pas au paradis que vont les bonnes consciences xxxxx xx xxxxxx, mais dans les flammes de l’Enfer. Xxx xxxxxxxxxxx xx x x xxxx d’aucun secours. Xx xxxxx xxxx xx xxxxxx xxxxxx, tes bons sentiments ni tes larmes les plus pures n’éteindront pas les flammes xxx xx xxxxxxx. Va donc xxxxxx cette année, Xxxxxxx !

00:39 Publié dans 2009, Corydon, Damis, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

31/12/2008

Mardi 30 décembre 2008

            Quelle épouvantable journée ! Elle a fort mal commencé par un SMS de Damis, qui voulait savoir si je n’avais personne à lui présenter, puisque c’était moi, lui avait rapporté Corydon, qui avais permis à Camille de se ‘‘recaser’’ avec l’un de mes amis… A cause de ce gros porc de Corydon, je suis probablement la risée de tous ces cons de pédés, maintenant. Elle s’est terminée par un SMS de Polémon, qui m’annonçait qu’il annulait notre réveillon en tête à tête, parce qu’il préférait aller se goinfrer des fruits de mer que ses patrons, comme il dit, lui proposaient de partager avec eux. Quelle élégance ! Quelle classe ! Il me préfère des huîtres ! Sans doute sont-elles, il est vrai, plus fraîches, plus vives que moi, qui ne suis pas bien d’humeur à faire la fête, en ce moment. Mais ne devine-t-il pas qu’on peut trouver aussi des perles à l’intérieur de moi ? Quant à ce qui s’est passé entre la réception de ces deux SMS, je préfère ne pas en parler. C’était une de ces journées où les pensées, les soupçons et les craintes s’accélèrent dans ma tête et me font complètement dérailler, au point de dire à ceux qui m’abandonnent des choses insensées qui me font passer pour fou et justifient qu’on me fuie. Ma résolution pour 2009 : me faire aider, comme disent pudiquement tous ces cons de psys.

01:42 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

08/12/2008

Dimanche 7 décembre 2008.

            Pour l’instant, j’ai beaucoup parlé de la trahison d’Ascylte. Mais Camille est loin de s’être très bien comporté avec moi. Depuis le jour où nous nous sommes séparés, à cause de l’impossibilité où nous étions de nous voir autant que nous le voulions, il n’a cessé de me faire croire que nous pourrions un jour nous remettre ensemble. J’ai eu la faiblesse de lui faire confiance. A chaque fois que je lui demandais s’il avait rencontré quelqu’un, s’il avait couché avec d’autres garçons, il me jurait que non, comme s’il n’en avait pas le droit, comme si nous nous étions juré fidélité, ce qui n’était pas formellement le cas. Camille m’a constamment fait croire que, même si nous n’étions plus en couple, comme dirait ce chien d’Ascylte, nous n’étions jamais loin de l’être de nouveau. En réalité, pendant tout ce temps, Camille n’a cessé de me ‘‘tromper’’, de coucher avec d’autres garçons, avec Tityre, par exemple, et même avec l’épouvantable Trimalcion, dont il aurait été l’amant pendant plusieurs jours, sans doute pendant toute la période où je n’ai plus eu de nouvelles de lui après sa disparition, le jour de mon anniversaire. Il me faut bien me rendre à l’évidence. Si Camille me mentait à ce point, c’est sans doute parce qu’il voulait me garder attaché à lui, pour des raisons qu’il est le seul à connaître vraiment, probablement parce qu’il n’est qu’un profiteur, comme disait je ne sais plus qui, peut-être le gros Corydon. Parce que j’ai cru Camille, parce que je lui ai fait confiance, je me sens à présent comme une femme que son mari n’aurait cessé de tromper. Camille a commis ce tour de force d’abuser de ma gentillesse, moi qui suis d’un naturel si méchant. Comme je disais à Pierre Driout, il m’a fait pousser de si grandes cornes, que c’est à peine si j’arrive encore à tenir la tête droite. Et certains des garçons qu’il m’a préférés sont d’une telle laideur que je n’ose plus me regarder dans une glace, tant je me sens devenu laid. J’ai d’ailleurs résolu de changer de coupe de cheveux. J’ai rendez-vous mercredi chez le coiffeur. Quelqu’un qui a vu une photo de moi datant de l’époque où j’avais les cheveux courts m’a dit que j’étais alors bien plus beau. J’ai besoin de changer d’aspect. Cela devrait m’aider à tourner la page. Je dois perdre l’apparence que j’avais quand Camille me regardait encore pour m’arracher au regard que, de toute façon, il n’a plus pour moi, si du moins il l’a jamais eu ! Il me faut trancher ces cheveux qui ont poussé pendant le temps de notre lamentable histoire. Ils sont devenus trop lourds pour ma pauvre tête. Je demanderai au coiffeur de m’en garder une mèche. Je la rangerai avec les reliques de Camille, parmi ses quelques cheveux, son poil pubien, ces petits mots manuscrits pleins de fautes d’orthographe, cette boîte d’aiguilles pour son stylo à insuline qu’il avait oubliée chez moi. Don Esteban est d’avis que je devrais en vouloir à Camille bien plus qu’au traître Ascylte. Je n’y arrive pas. Une part de moi continue de croire qu’il y avait peut-être un peu de sincérité dans l’amitié qu’il me montrait. Je crois qu’il me déteste, désormais. Il a deviné que j’étais pour quelque chose dans sa brève rupture avec Ascylte, ou peut-être ce dernier lui a-t-il révélé que je l’avais fait chanter. Quelle importance ? Il me déteste parce qu’il avait besoin d’une raison de me détester. J’ai beaucoup fait pour lui (je dis beaucoup parce que je ne suis pas le genre de personne à faire habituellement beaucoup pour qui que ce soit) et lui n’avait rien à me donner en retour qu’un amour que je ne lui inspirais pas. Ma supériorité lui pesait. Esteban croit que Camille a trouvé Ascylte plus impressionnant que moi, parce qu’il a un vrai métier et plus d’argent que j’en aurai sans doute jamais. Mais Ascylte est un parvenu, en qui tout est ridicule. Je suis persuadé que si Camille a pu s’en éprendre, c’est précisément pour son infériorité. Il ne se sent plus regardé de haut. Il s’est trouvé un égal à aimer. J’ai demandé à ce sinistre psy d’Ascylte s’il pouvait me dire la raison pour laquelle Camille m’avait fait croire que nous étions encore ensemble, même quand nous ne l’étions pas vraiment. « C’est parce que Camille ne sait pas dire non, m’a-t-il répondu. Si je n’avais pas été là, il serait sur le point de se marier avec cette fille qui vient d’avoir un enfant. Elle exigeait de lui qu’il l’épouse avant de reconnaître le petit. – Mais s’il ne sait pas dire non, comment peux-tu être sûr qu’à toi, il ose le dire, ce non, quand il le voudrait ? » Ce crétin n’a pas su quoi répondre. Il a probablement compris que je voyais clair dans son jeu et que je ne faisais pas grand cas de ses billevesées psy à la con de revues pour bonnes femmes. « Et qu’est-ce que c’est que ce non qu’il ose me dire enfin ? Est-ce bien le sien ? Ou est-ce le tien, Ascylte, crevard, traître, voleur ? Tu es un ogre, qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Tu me dégoûtes. Et tu oses me demander de rester ton ami ? Je sais que tu manipules ce pauvre Camille. Je n’ai pas cru en la sincérité du SMS que tu lui as fait m’envoyer, dans lequel il dit qu’il veut qu’on se réconcilie, qu’on se réconsile, comme il l’écrit ! Ce n’est pas un mot de lui ! C’est le tien ! Lui s’est mis à me détester. C’est toi qui veux nous réconcilier, pour m’adoucir, parce que tu as peur que je te dénonce. Tu n’es qu’un lâche !  » Voilà le genre de conversation que nous avons, Ascylte et moi, lorsque nous nous retrouvons sur MSN. Il est très conciliant et me laisse l’insulter autant que je veux. C’est parce qu’il a peur de moi. Et il faut bien dire qu’il y a de quoi avoir peur. Je crois en effet que je suis un peu effrayant, lorsque je me lance dans ces sortes de tirades, qui sont bien dignes des plus grandes tragédiennes ! Je suis plutôt froid, en temps normal, mais dans ces moments-là, Ascylte doit me trouver glaçant.

01:26 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal, Mon coiffeur, Pierre Driout, Tityre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

25/11/2008

Lundi 24 novembre 2008

            Il y a déjà trois ou quatre jours que j’ai découvert l’appartement de Camille. Celui-ci avait posé bien en évidence, sur une étagère, le petit chien en peluche que je lui avais offert, orné du ruban de la chienne Pélagie, qui était de la même couleur que la tenue que portait Camille le soir de notre rencontre, et qu’il avait de nouveau sur lui ce jour-là (ce devait être vendredi). C’était une charmante attention, qui m’a beaucoup touché, une sorte d’invitation à renouer plus sereinement. Nous nous sommes allongés sur son lit. Il s’est mis dans la position d’un fœtus, de dos à moi, et je suis allé l’envelopper de mon corps et de mes bras, le nez dans sa nuque. Je lui ai redemandé si c’était à cause des méchantes paroles que je lui avais dites qu’il était parti, le jour de mon anniversaire. Il m’a répondu que non, mais qu’il en avait eu besoin, que moi aussi, et que cette séparation nous avait fait du bien. Tout cela était si vrai que je n’en suis toujours pas revenu de l’intelligence de Camille (que j’ai toujours pris pour une tête de linotte (ce qu’il est d’ailleurs en grande partie, malgré l’intelligence qu’il me faut bien lui reconnaître)), de sa parfaite connaissance de mon caractère, de sa profonde compréhension de ma souffrance et de mes peurs. L’appartement qu’il occupe n’est pas celui qui lui était réservé, dont il n’aurait dû avoir les clés que dans une semaine ou deux. Seulement, la veille de l’heureux jour où on lui donna les clés de celui qu’il occupe aujourd’hui, il avait décidé de partir de chez l’amie d’enfance qui l’hébergeait depuis le jour où il m’avait quitté, et dont il ne supportait plus le petit ami. Il s’était retrouvé à la rue. L’association caritative qui s’occupe de lui avait dû le loger à l’hôtel pour une nuit. Cette nuit d’hôtel a permis d’accélérer les choses. Dès le lendemain, on lui donnait les clés de son appartement, un studio en réalité, beaucoup plus petit que celui qu’il était d’abord prévu de lui faire occuper. Camille m’a fait cet aveu que c’était aussi dans le but de faire accélérer les choses qu’il était parti une première fois de chez moi ; puis une seconde fois de chez son amie d’enfance. Il donnait ainsi de nouvelles preuves de la précarité de sa situation et de l’urgence qu’il y avait de lui trouver un logement. J’ai d’abord été contrarié de n’avoir été qu’un pion parmi d’autres sur le terrain de ses basses manœuvres. Puis je me suis dit qu’en effet, ce n’était pas à cause de moi ni de ma méchanceté que Camille était parti, mais parce qu’il est, lui aussi, quelqu’un d’incroyablement capricieux, au fond, et qu’il n’est pas possible de tenir en laisse. A propos de laisse : je ne pourrai plus offrir à Camille un collier et une laisse pour la chienne Violette, comme j’avais l’intention de le faire à Noël, puisque la pauvre bête a dû être ramenée chez le père de Camille, l’appartement occupé par son jeune maître étant trop petit pour qu’un dalmatien puisse y vivre heureux. C’était pourtant le cadeau idéal : Camille l’aurait tenu tous les jours dans sa belle main pâle éclaboussée de mille tâches de rousseur. Il va falloir que je trouve une autre idée de cadeau, maintenant. Je suis retourné chez lui hier soir, comme nous en étions convenus plus tôt dans la journée, au téléphone (il n’a jamais assez de crédit téléphonique devant lui ; aussi m’envoie-t-il à chaque fois des SMS dans lesquels il me demande de le rappeler). Quand je suis arrivé sur son palier (il m’a donné le code pour entrer dans l’immeuble), j’ai trouvé porte close. Il m’avait laissé un petit mot (que je conserve précieusement, comme tous ses petits mots), dans lequel il m’expliquait qu’il avait dû conduire à l’hôpital la mère vulgipecque de la place Saint-Roch, qui souffrait d’un mal que la décence m’interdit de rapporter dans ce journal. Il voulait que j’attende son retour. Je ne l’ai pas attendu mais suis revenu chez lui, vers minuit, après qu’il m’eut de nouveau envoyé un SMS dans lequel, etc. Vers une heure et demie du matin, son téléphone à sonné : il fallait aller chercher la grande malade, qui souffrait le martyre, et la reconduire chez elle, où nous sommes restés, pour lui tenir compagnie. En écoutant la conversation qui se tenait devant moi, j’ai appris des choses qui m’ont fort contrarié. Mais la disparition de Camille le jour de mon anniversaire m’a servi de leçon et je me suis bien gardé de montrer ma contrariété. J’ai laissé passer un peu de temps. Puis j’ai feint d’être fatigué et suis rentré chez moi. Je savais que Camille devait passer la soirée de la veille, samedi, avec la ‘‘fille mère’’ récemment accouchée et un ancien petit ami à lui. Je savais aussi que les trois dormiraient dans le même lit, chez Camille. Je savais encore que cet ancien amoureux aurait les mains baladeuses, dans le lit de Camille, comme celui-ci s’y attendait, et qu’il lui ferait des avances. Je savais enfin que Camille refuserait ces avances : il avait tenu à me le dire, comme s’il avait le sentiment de m’appartenir un peu. Mais je ne m’attendais absolument pas à ce que l’amoureux se rabatte sur la fille, et qu’il la monte devant Camille qui n’arrivait pas à dormir. La pensée que cette fille se soit laissé baiser par ce garçon dans le lit de mon Camille, et surtout en la présence de mon Camille, me remplit d’indignation. Cette révoltante promiscuité, cette indifférence à la pudeur de Camille, a vraiment tout de la bestialité. Mais ce qui m’afflige le plus, c’est que Camille n’en soit pas plus offensé : il en a ri au contraire, et moi, je me suis senti profondément blessé par ce sourire, par tant d’indulgence, par une telle complicité. Mais je n’en ai rien fait voir. Pendant que Camille laissait souiller le lieu de son sommeil par ces deux abjectes créatures, j’étais chez Tityre, qui recevait de ses amis (il semble s’être mis en tête de me présenter à tout ce qu’il connaît !). Il a fini par convaincre Damis, qui ne savait pas que j’étais chez lui, de nous y rejoindre. Celui-ci a semblé fort contrarié de me trouver là. Il faut dire qu’il m’en veut un peu d’avoir répondu à la question qu’il me posait l’autre jour, dans un SMS, que nous coucherions de nouveau ensemble quand il aurait enfin terminé son régime ! J’étais ivre, comme toujours, quand je suis chez Tityre. A un moment, Damis a fait exprès de me bousculer, et je suis tombé par terre de tout mon poids quasi mort, en me cognant d’abord le bras, que j’aurais pu me casser, contre un fauteuil. Je n’ai rien senti, grâce à l’alcool, du moins jusqu’au lendemain. Cet après-midi, j’ai croisé Féliciane, qui m’a regardé très froidement, sans me saluer. Quelqu’un a dû dire à l’abominable Trimalcion, dont elle est l’amie, tout le bien que je pensais de lui, ce ‘‘petit protégé’’ de Tityre, comme dit ce dernier, pour m’énerver. Qui donc a pu parler ? Est-ce Camille, ce grand muet, qui parle trop, et toujours pour ne rien dire ? Est-ce Corydon, qui ne m’aime plus et qui m’en veut ?

02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Féliciane, Journal, Pélagie, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

21/11/2008

Jeudi 20 novembre 2008

            J’ai parfois l’impression que la providence ou le hasard lisent ce journal ou l’écrivent à ma place. Il a suffi que je parle lundi de la disparition de Camille pour que celui-ci, dès le lendemain, réapparaisse dans ma vie. Il m’a d’abord envoyé un simple SMS, dans lequel il me demandait de mes nouvelles, mais comme si rien ne s’était passé, comme si je ne lui en avais pas écrit des dizaines, dans lesquels je lui disais tous les états par lesquels je passais : « Salut, a-t-il écrit. Ça va ? Moi, oui. Je bosse, alors je n’ai pas le temps de passer. Toi, quoi de neuf ? ». A suivi un échange de quelques messages, dans lesquels nous nous sommes donné de nos nouvelles. Le lendemain, c’est-à-dire avant-hier, il m’a téléphoné tandis que je me trouvais dans la boutique de Fred, l’ancien amoureux de ma sœur. Il était devant chez moi, étonné de ne pas m’y trouver. Je l’ai invité à venir me rejoindre. Il est arrivé les cheveux tout courts, avec un nouveau-né pendant à son cou. C’était le fils de l’amie qui l’accompagnait, et qui ne s’est rendu compte qu’elle était grosse qu’au huitième mois ! C’est dire le genre de filles que fréquente mon Camille… Il nous avait raconté, à Corydon et moi, lorsque nous l’avions croisé au supermarché, qu’il avait assisté à l’accouchement. A présent, il joue au papa et à la maman ! La mère, dont je n’aime pas du tout le genre ‘‘fille mère’’, voudrait faire reconnaître l’enfant à Camille, qui n’est pourtant pas le père… Il s’est assis sur les marches du perron de l’immeuble jouxtant la boutique de Fred et s’est allumé une cigarette dont il a recraché la fumée, pensant sans doute bien faire, par le nez et directement dans celui du nourrisson. J’ai déjà dit qu’il était un peu bête. Sans doute imaginait-il qu’ayant le nez au-dessus de la bouche (comme tout le monde), il faisait moins de mal à l’enfant en expirant la fumée par les narines, puisque celles-ci se trouvaient plus éloignées de l’innocente petite tête que ses lèvres si désirables. « Attention à ce que tu fais, Camille, tu souffles ta fumée dans le visage du bébé ! – Oh ! Il a l’habitude, tu sais. Sa mère a fumé pendant toute sa grossesse ! » Pauvre enfant. En voilà un qu’il aurait mieux valu tuer dans l’œuf ! Mais c’était impossible, puisque la mère n’a su qu’au terme de sa grossesse qu’elle était enceinte. C’est elle qu’il n’aurait jamais fallu mettre au monde ! Il y a des familles auxquelles on devrait mettre un terme. J’ai regardé la façon dont la mère s’occupait du fils (c’est un garçon) : on sait déjà qu’il ne donnera rien de bon ! Lorsqu’il pleure, elle lui crie dessus, comme on pourrait faire après un chien qui aboierait et qu’on voudrait faire taire. Elle a une façon très brutale de le prendre dans les bras. Même Camille le lui dit : « Attention à sa tête ! ». Il paraît qu’il y a un syndrome dit des ‘‘bébés secoués’’. Des mères à bout de nerfs secouent violemment leurs enfants qui, incapables encore de soutenir leur tête, peuvent avoir le cerveau gravement endommagé. L’enfant de l’amie de Camille n’était certes pas un ‘‘bébé secoué’’ (du moins pas à ma connaissance), mais je me suis dit que, vu la façon dont sa tête était ballotée au moment où sa mère le prenait dans ses bras, il devait avoir tant de neurones détruits que, plus tard, il serait probablement aussi limité qu’elle. Ce mépris des nouveau­-nés pourrait expliquer pourquoi les membres de certaines familles semblent être si constitutivement frustes et bêtes de pères en fils et de mères en filles. On nous dit toujours que c’est à cause du milieu social, de la mauvaise éducation. Peut-être bien. Mais qui n’a jamais aperçu de ces familles où c’est bien le cerveau qui  semble ne pas être normal ? Imaginons que l’enfant d’une de ces familles soit confié à des gens comme il faut quand il aurait déjà deux ans. Est-ce qu’il ne deviendrait pas malgré tout prodigieusement bête, à cause du mauvais traitement de son cerveau, lors des tout premiers mois de sa vie ? Peut-être que Camille a été un ‘‘bébé secoué’’, lui aussi ! Cela expliquerait bien des choses. Mais non ! Il n’est tout de même pas aussi bête. Je dirais plutôt qu’il est immature, affectivement immature. Il ne souffre pas tant d’un déficit de neurones que de sentiments. Du moins, il ne sait pas les montrer. Je le lui ai d’ailleurs écrit, dans l’un des SMS envoyés hier soir, après le départ de Tityre, que j’avais à dîner (il me faut bien un quart d’heure pour taper ces longs SMS sur le clavier de mon téléphone, en abrégeant au maximum, pour que l’envoie puisse être fait en une fois) : « Tu étais vraiment très mignon, tout à l’heure, avec tes cheveux tout courts. Ça m’a fait plaisir de te voir, même si je ne sais pas si toi tu étais content. Finalement, tu es quelqu’un dont il est impossible de connaître les sentiments. Je ne sais même pas si tu en as, des sentiments. Hier, avec Tityre, on a parlé de toi. Il m’a rappelé que tu avais dit chez lui, un soir, que j’avais toujours envie de coucher avec toi quand toi tu n’avais pas envie, mais que, quand toi tu en avais envie, c’était moi qui ne voulais pas… (Je ne me rappelais pas que tu avais dit ça, j’étais sûrement bourré). Peut-être que c’est Tityre qui a mal compris ce que tu disais, mais si c’était bien ça, moi, je ne me suis jamais rendu compte de rien. Je n’ai jamais vu que tu n’avais pas envie. Je n’ai pas vu non plus les fois où tu avais envie. Et j’aurais pourtant vraiment voulu te donner du plaisir au moment où tu le voulais. J’ai décidément tout raté avec toi. Mais tu ne me facilitais pas la tâche. Tu ne communiquais vraiment pas beaucoup. Même encore maintenant. Tu étais si distant, tout à l’heure. J’aurais voulu te toucher, mais je n’ai pas osé. Tu sais, si je te caressais si souvent, c’est parce que je t’aime, c’est tout. » Résultat, il a sonné à ma porte cet après-midi, tout sourire, pour me montrer sa bonne humeur, sa joie et, finalement, son drôle d’attachement à moi. Je doutais qu’il eût des sentiments : il venait me les montrer ! Il pensait, en effet, avoir enfin les clefs de son appartement, ce soir ou demain. D’où sa bonne humeur. J’ai pu le serrer dans mes bras. Nous ne sommes pas restés longtemps ensemble, parce que j’avais plusieurs rendez-vous importants.

01:31 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Fred, Journal, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

12/11/2008

Mardi 11 novembre 2008

            Je crois bien que je me suis définitivement brouillé avec ce gros con de Corydon, Corrida, comme l’appellent Tityre et les gens que j’ai croisés chez lui ! (J’ai transposé du mieux que je pouvais le sobriquet qu’ils ont formé à partir du véritable nom de Corydon ; le mot obtenu est encore meilleur, à mon goût, que l’original !) Toute notre brouille s’est faite lors d’un échange de SMS. Corydon, qui est toujours à la recherche de trois sous, pour pouvoir remettre de l’essence dans le réservoir de sa voiture et se transporter ainsi à l’autre bout du département pour y baiser des types encore plus gros et laids que lui, voulait savoir si j’allais lui acheter, comme je le lui avais laissé espérer, cet objet dont il veut se séparer et qu’il vend pour 20 EUR. Je lui ai répondu que je ne pouvais vraiment pas me défaire d’une telle somme en ce moment. « Ah ! Mais je comptais sur toi, moi ! – Je te signale que tu gagnais déjà plus d’argent que moi lorsque tu touchais le RMI, alors maintenant que tu as ton allocation pour handicapés ! (Plus de 600 EUR, tout de même…) – Ah d’accord, bonjour l’esprit… Tu sais bien que je ne peux pas faire ce que je veux de mon argent ! (Je ne me rappelle plus si j’ai déjà dit dans ce journal que Corydon était un tel incapable qu’il s’était fait volontairement mettre sous tutelle, pour ne plus dépenser son argent aussi inconsidérément qu’il faisait autrefois.) – Ah ! Parce que tu crois que je dépense mon argent comme je veux, moi, avec toutes les charges que j’ai à payer ? Redescends sur terre ! – Blablabla, espèce de sale merde, blablabla, oublie-moi, blablabla. » Je me suis tout de même demandé, en lisant son dernier SMS, si les antidépresseurs de Corydon étaient bien efficaces. Je ne devais pas avoir beaucoup d’amitié pour lui, parce que sa désaffection m’est complètement indifférente. Il faut dire qu’elle tombe mal : que peut me faire le désamour de ce gros balourd après celui de mon petit Camille ? Et puis, en me montrant avec lui si détestablement moi, j’ai réellement blessé Camille, ce jeune être qui le méritait si peu, chose que je n’arriverai jamais à me pardonner ! Tandis que je n’ai fait que froisser la susceptibilité de Corydon, de qui je n’ai pas le plus petit désir de me faire pardonner ! Camille était venu trouver refuge auprès de moi, mais, le plus souvent sans m’en rendre compte, je me suis si mal comporté avec lui qu’il n’a pas pu faire autrement que de me fuir moi aussi ! Je m’en veux à un point qu’il n’est pas possible de dire. J’ai perdu un petit amoureux, mais j’ai sans doute aussi perdu l’ami qu’il aurait pu devenir. Je m’en rends compte à présent que je nourris l’espoir d’une nouvelle amourette. Malgré cet espoir inespéré, je regrette encore Camille, sa bonne humeur, sa maladie, ses maladresses, tous ces petits défauts qui lui donnaient tant de charme. Et j’aurais aimé pouvoir parler avec lui de ce nouveau garçon qui me plaît et à qui je ne déplais pas. Bien sûr, je n’ai pas très bonne conscience de vouloir si vite remplacer Camille. Mais on ne remplace pas plus un Camille qu’une Coccymèle. Simplement, la venue de la chienne Pélagie avait considérablement adouci, en m’en détournant, le deuil où j’étais de la chienne qui l’avait précédée. C’était trop dur de rester sur l’échec total de ma courte histoire avec Camille, dont je suis presque certainement le seul responsable, pensée qui m’est intolérable. C’est pourquoi je projette une nouvelle amourette avec cet autre garçon de vingt ans, qui est peut-être encore plus beau que Camille, qui ressemble d’ailleurs un peu au bel Alexis et qui porte le même nom que Damis. Si j’avais à reparler de lui dans ce journal, ce que j’espère, je pourrais l’appeler Daphnis.

02:37 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Coccymèle, Corydon, Damis, Journal, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

05/11/2008

Mercredi 5 novembre 2008

            Au courrier d’aujourd’hui, j’ai trouvé une lettre du tribunal de grande instance adressée à Camille que j’ai ouverte par mégarde, ayant lu mon nom sur l’enveloppe, puisqu’il est apparemment censé vivre encore chez moi. L’aide juridictionnelle lui est accordée. Je lui ai écrit un SMS, pour lui dire que cette lettre était arrivée, mais évidemment, il ne m’a pas répondu. J’irai donc sans doute la porter chez son avocat, qui se chargera de la lui transmettre. J’ai également retrouvé trois des cheveux de Camille, légèrement moins roux que ce poil pubien qui restait encore dans la salle de bain, parce qu’il les avait un peu éclaircis récemment, lors d’une séance ‘‘entre copines’’, chez ses amies vulgipecques de la place Saint-Roch. Accompagné de Corydon, j’avais fait exprès de ne faire les courses qu’hier dans ce supermarché où les produits sont moins chers, pour ne pas risquer de rencontrer Camille, qui devait les faire lundi. Evidemment, il a fallu que nous tombions sur lui, qui avait sans doute fait le même mauvais calcul que moi. Je l’ai invité à venir boire du thé ou du café chez moi, le soir. « Tu verras, je serai tout beau, j’ai rendez-vous chez le coiffeur, à six heures et demie. » Il a répondu très froidement qu’il passerait vers neuf heures. Il n’est pas venu. Cette rencontre au supermarché fut pour moi une nouvelle gifle. C’est à peine si Camille m’a regardé. Il s’adressait presque uniquement à Corydon, comme si je n’avais pas été là. Mon coiffeur m’a dit qu’il me trouvait une mauvaise mine. C’est parce que je suis enrhumé et que je pleure beaucoup. Si je ne pleure pas, c’est que je suis au bord des larmes, tout à l’effort absurde de les retenir. J’ai la gorge nouée et cette espèce de poids dans le ventre. Je suis devenu laid. Personne n’est étonné du départ de Camille. Ce qui étonne Corydon, c’est qu’il soit resté si longtemps avec moi. Mon coiffeur m’a dit que si Camille avait été chassé par son père, je n’avais pas été très avisé d’avoir avec lui la dureté d’un second père. Damis m’a demandé de lui donner le numéro de téléphone de Camille, pour l’appeler et essayer d’arranger les choses entre nous. Comme je lui répondais qu’il voulait surtout son numéro pour tenter de le séduire, Damis m’a dit que c’était sans doute aussi à cause de telles réactions de ma part qu’il avait préféré s’éloigner de moi. Les bécasses de Saint-Roch m’ont rapporté que Camille n’arrivait pas à se sentir chez moi comme chez lui, qu’il avait le sentiment de me déranger, de constamment mal faire les choses. Pire : elles trouvaient que cet être si foncièrement gai, toujours de si bonne humeur, avait un peu perdu de sa joie de vivre depuis qu’il s’était installé chez moi. Il s’était refermé sur lui-même et se confiait moins à elles. Apprendre tout cela m’est insupportable. M’a douleur ne cesse de croître. Je me découvre plus monstrueux encore que j’imaginais, plus sourd et plus aveugle que je croyais. Je n’avais absolument pas vu le mal-être de Camille, obnubilé que j’étais par le mien. Se peut-il que j’aie été si méchant avec un être aussi profondément gentil ? Comment ce garçon si jeune et si simple aurait-il pu me tenir tête ? Que pouvait-il faire d’autre que fuir ? Mais c’est un sentiment atroce que de se découvrir uniquement capable d’inspirer même à ceux qu’on voudrait garder près de soi ce dernier recours : prendre la fuite ! Savoir que Camille ne se sentait pas chez moi comme chez lui m’a brisé le cœur. Moi qui considérais comme la sienne autant que la mienne cette maison qu’il a habitée avec moi dès le premier jour et qu’il a contribué à aménager peut-être même plus que moi ! Lui se sentait de trop ! Je lui écris tout cela dans mes SMS, mais il n’y répond pas. Je ne sais même pas s’il les lit. Je suis désespéré de ne pouvoir m’expliquer, m’excuser de vive voix, désespéré de ne pas avoir une chance de me racheter. Je suis pourtant sûr de pouvoir être meilleur, plus doux, plus vivable. Mon seul crime est d’avoir trop parlé, trop dit mes sentiments, qui étaient parfois violents. Mais je le faisais précisément dans le but de m’en purger. Je croyais arranger les choses, faciliter nos relations. Le problème est que les être simples, même lorsqu’ils parlent fort, comme bien des êtres simples, ont de petites voix. Celle de Camille était inaudible, entièrement recouverte par la mienne. Mais je suis sûr que j’aurais su me taire, si j’avais su qu’il le fallait, que j’aurais su l’écouter, et l’entendre. C’est probablement trop tard, maintenant.

17:56 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal, Mon coiffeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

31/10/2008

Jeudi 30 octobre 2008

            J’ai probablement déjà dit dans ce journal que Camille n’était pas très vif d’esprit. Corydon nous parlait tout à l’heure de godemichets : Camille participait à cette conversation en disant ‘‘gode Michelin’’ !

05:45 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

18/10/2008

Vendredi 17 octobre 2008

            Nous avons eu hier soir, Camille et moi, la visite de Corydon et du marchand de couronnes (il faudrait vraiment que je lui trouve un nom, à celui-là). Tout le monde doit donc savoir désormais que Camille est installé chez moi. Corydon m’a confié qu’il s’attendait à cette situation, même si, dans le même temps, il ne pensait pas que le père de Camille mettrait ses menaces à exécution ! Il se dit très déçu du père mais me conseille de me méfier du fils, qui n’est selon lui qu’un profiteur. C’est bien possible. D’ailleurs je n’ai pas une grande confiance en Camille, que je soupçonne de me mentir encore parfois. Mais il est vrai que j’ai pour habitude de soupçonner tout homme d’être aussi faux qu’il peut m’arriver d’être. Quand bien même Camille profiterait de ma trop grande bienveillance, de ma crédulité, de ma gentillesse (enfin quelqu’un me donne l’occasion d’être gentil, de bien agir !), est-ce que les profiteurs, les sans scrupules, ne peuvent pas avoir besoin d’être aidés, eux aussi, d’être secourus ? Que Camille abuse de ma naïveté ou qu’il en ait appelé sincèrement à ma générosité, cela change-t-il quelque chose à la nature de l’aide, du secours que j’ai voulus lui porter ? C’est plutôt moi qui dois veiller à ne pas profiter de la situation. Je ne me sens plus trop le droit de lui faire de nouvelles avances, même si je ne puis m’empêcher de lui toucher la nuque, de le caresser, de scruter chaque pore de sa peau. Il veut être seul pour dormir. Je dors donc seul dans mon lit. Mais le matin, je vais le rejoindre dans le sien, avec cette peur absurde de l’y trouver mort, comme j’avais toujours la crainte que Coccymèle ou Pélagie ne mourussent dans leur sommeil, quand elles étaient encore des chiots. Et d’ailleurs, ce matin, comme j’avais dit quelque chose d’incroyable et que l’incrédulité de Camille, qui s’était comme figé, le faisait me fixer du regard, j’ai cru l’espace d’une seconde qu’il venait de mourir sous mes yeux, sans un bruit ! La journée, nous vaquons chacun à nos occupations. Il me laisse des petits mots remplis de fautes d’orthographes, quand il a dû s’absenter plus longtemps que prévu, dans lesquels il écrit souvent des « merci » ou « merci à toi » qui sont presque toujours hors sujet ! Je les prends pour des preuves soit de sa sincérité, soit de sa mauvaise conscience ! Il fait mes cartons et aidera au déménagement, qui est prévu pour dimanche. Et il a fait cet après-midi de grandes courses : avec son propre argent ! Pourtant, il mange très peu, c’en est même inquiétant. Hier, par exemple, il ne s’est nourri que de deux tartines de pain brioché à la confiture de myrtille, au petit déjeuner, et d’un croissant le soir ! Et pourtant, ce matin, il avait une glycémie à plus de trois ! C’est à n’y rien comprendre !

02:29 Publié dans 2008, Camille, Coccymèle, Corydon, Journal, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

16/10/2008

Mercredi 15 octobre 2008

            Alexis et Ménalque se sont offert une très grosse voiture, il y a quelques mois, la plus grosse qui se puisse trouver dans la marque qu’ils ont choisie. Mais parce qu’elle leur coûtait une fortune en essence, ils ont décidé d’en acheter une seconde, beaucoup plus petite et d’une autre marque, qu’on fabriquait il y a sans doute plus de cinquante ans et qui était, je crois, souvent conduite par des bonnes sœurs. Il fallait aller chercher cette deuxième voiture à l’autre bout de la France. Or Alexis n’ayant pas le permis de conduire, tout passionné qu’il est de mécanique et d’automobile, on avait besoin d’un second conducteur pour ramener à Mont-de-Marsan la plus grosse des voitures, tandis que le premier serait au volant de la plus petite. Corydon était ce second chauffeur. J’ai remarqué qu’il était toujours partant pour conduire la voiture des autres ! Mais sachant qu’Alexis préférerait faire le voyage du retour avec Ménalque, Corydon voulait qu’un quatrième fût de la partie, pour ne pas se retrouver seul dans la grosse voiture au moment de faire le trajet dans le sens inverse. Je ne me sentais vraiment pas la force pour un tel voyage. J’ai l’impression de n’avoir pas eu une minute à moi ces derniers temps, à cause des travaux de la maison, qu’il me fallait organiser et surveiller, mais qui devraient justement être enfin terminés ce soir. J’aurais eu le temps d’accompagner Corydon, mais je préférais le passer à ne voir personne et me reposer. Paradoxalement, j’ai remarqué que mon besoin de solitude était devenu plus grand depuis que j’ai pris goût à la fréquentation d’un plus grand nombre de gens. Comme je n’étais pas disponible, Corydon s’est dit qu’il pourrait peut-être se faire accompagner de Camille. Il lui téléphone donc, pour lui demander s’il peut se libérer. Camille lui dit qu’il le peut, qu’il lui faut juste prévenir ses infirmières de ne pas venir inutilement chez lui le jour prévu pour le voyage. A ce moment, je le tiens de Camille et de Corydon, qui m’ont rapporté tous deux des versions concordantes de leur entretien, celui-ci a décidé qu’il serait sans doute plus sage de demander d’abord la permission au père de celui-là, un garçon qui a tout de même déjà vingt ans ! Et sans doute parce qu’il n’a pas confiance en la parole de Camille, Corydon, s’en rendant ainsi le complice à mes yeux, s’est chargé lui-même de téléphoner au père, dont il est vrai qu’il est un ami ou, si ce n’est un ami, du moins une relation sexuelle. C’est dire s’ils sont étroitement liés ! Les propos qu’a tenus le père sur le fils étaient si durs et si inquiétants que Corydon a renoncé de lui-même à demander la permission de se faire accompagner de Camille. Pire, il n’a pas voulu rapporter à ce dernier la teneur de la conversation qu’il avait eue avec son père, pour ne pas l’inquiéter, m’a-t-il dit ! Pourtant, ce méchant père avait confié à Corydon qu’il envisageait de chasser son fils de chez lui, si celui-ci ne changeait pas son comportement, qu’il jugeait fort mauvais. Le fait qu’un père qui aimerait cloîtrer chez lui son fils pense à l’en chasser prouve assez, me semble-t-il, que la situation est plus grave que Corydon veut bien le croire ! C’est pourquoi j’ai pris sur moi de dire à Camille ce que Corydon m’avait rapporté des intentions de son père, pour lui permettre, en s’amendant, de s’éviter de tomber dans une situation qui pourrait lui sembler plus pénible que celle où il est en ce moment. Car le confort d’une prison peut être parfois préférable aux misères de la liberté. J’ai pu dire tout cela de vive voix à Camille hier, dans l’après-midi, que nous avons passé ensemble. Il m’avait en effet écrit le matin, dans une lettre électronique, qu’il avait absolument besoin de me voir, pour me demander si je pouvais lui rendre un service de la plus grande importance. Comme je me lève rarement avant onze heures ou midi, il s’était un peu affolé de ne pas recevoir de réponse de ma part et avait envoyé plusieurs SMS, avant de se résoudre à me téléphoner et laisser un message très poignant sur mon répondeur, dans lequel il me disait, comme avait fait avant lui ce fourbe de Damis, que j’étais le seul à m’être montré si gentil avec lui, qu’il ne savait pas vers qui se tourner et qu’il n’avait que moi ! Sa sœur lui avait en effet emprunté sa voiture quelques jours plus tôt, mais l’avait laissée en panne à Saint-Paul-lès-Dax. La voiture était enfin réparée, mais personne ne voulait conduire Camille jusqu’à Dax pour la récupérer. Il avait donc besoin de moi pour aller retrouver sa voiture et recouvrer ainsi sa liberté déjà si précaire, disait-il dans son message. Heureux de m’être un peu fait désirer, j’ai fini par le retrouver vers deux heures sur MSN. « Mais bien sûr que je vais t’aider, Camille. – Merci beaucoup de ta part, me répondit-il. En plus, il faut que je te parle. » Ah ! Il fallait qu’il me parle… Cela m’inquiétait un peu, mais je me suis vite aperçu qu’il avait besoin de me parler de lui. Il en avait gros sur le cœur et me raconta donc ses misères, toujours de ce ton plein de joie qui lui est propre. Il ne s’entend pas du tout avec sa grand-mère ni sa sœur, qui est revenue s’installer chez eux depuis peu, avec son jeune fils de deux ans. Ces deux femmes auraient une grande influence sur le père, qu’elles pousseraient à être si dur avec Camille. Tous semblent passer leur temps à crier sur lui, à lui jouer de mauvais tour. Ils font tout pour lui être le plus désagréable possible. Sa sœur est même allée jusqu’à résilier leur abonnement à Internet, uniquement parce qu’elle trouvait que Camille passait trop de temps derrière l’écran de son ordinateur au lieu de s’occuper de son neveu, comme elle voudrait. Il était prévu que l’abonnement prenne fin hier soir, à minuit, et c’est en effet ce qui s’est passé, comme je m’en suis aperçu ce matin, en me réveillant (c’est-à-dire à midi), puisque Camille, qui n’éteint jamais son ordinateur, est d’habitude toujours connecté à MSN, même s’il est le plus souvent inactif, comme il est généralement indiqué à côté de son nom. Cette fois, Camille était hors-ligne. Avant de nous conduire à Dax, j’avais pu constater par moi-même qu’il n’inventait rien et qu’on ne lui rendait vraiment pas la vie facile. Il fallait en effet qu’il passe d’abord par sa banque, pour retirer l’argent nécessaire au paiement de la réparation de la voiture. A cette banque, on ne voulut bien lui donner que l’argent qu’il avait prévenu plut tôt qu’il lui fallait pour cette réparation, ni plus ni moins, comme s’il était un enfant, ou sous la tutelle de son père, qui était d’ailleurs peut-être celui qui avait téléphoné. Je lui ai demandé s’il était conscient qu’il n’était pas normal qu’à son âge, on ne le laisse pas disposer librement de son argent. Il m’a répondu que c’était ainsi dans les campagnes, où tout le monde se connaît, où chaque personne est un parent plus ou moins éloigné. Son banquier devait être un cousin de son père, dont il suivait les instructions ! Après s’être épanché (nous nous étions installés à la terrasse d’un café de Dax), Camille est rentré chez lui au volant de sa propre voiture. Il m’a téléphoné deux heures plus tard, pour me demander s’il pouvait venir me voir de nouveau, à Mont-de-Marsan cette fois, parce que l’accueil qu’on lui avait fait chez lui avait été si mauvais qu’il avait besoin de s’échapper, comme il me dit. Nous sommes d’abord allés à l’hôpital, dans le service de diabétologie, où Camille voulait demander à son médecin si l’état de son cœur et de son diabète permettait de mettre fin aux nombreuses visites des infirmières à son domicile (trois ou quatre fois par jour entre six heures du matin et huit ou neuf heures du soir), qui lui sont très pénibles et l’empêchent de vivre au rythme qu’il voudrait. Bien sûr, il était trop tard pour espérer trouver encore un docteur dans le service. Une infirmière a bien voulu l’écouter et jeter un œil aux relevés de sa glycémie, qui n’étaient pas complets, parce que Camille, qui ne tient pas en place, est souvent absent lors du passage des infirmières, dont l’une des missions est précisément de relever correctement ces données dont lui ne se soucie pas assez. J’ai donc compris, en écoutant sa conversation avec l’infirmière, que Camille n’était pas si cloîtré que cela ! Quant à l’état de son cœur, celle-ci ne pouvait rien dire. Il fallait que Camille revienne plus tôt le lendemain, pour prendre l’avis du docteur, une petite femme toute jolie, mais avec laquelle il est un peu en froid, parce que, lors du dernier passage de Camille dans le service, ai-je également appris en écoutant ce qui se disait devant moi, il avait été question de l’hospitaliser, probablement pour plusieurs semaines, et que Camille avait si mal pris cette nouvelle qu’il avait préféré signer une décharge pour ne pas avoir à rester plus longtemps dans les lieux. Evidemment, la doctoresse était furieuse. Nous sommes ensuite allés voir l’état de la maison, dont les travaux de peinture étaient presque terminés. Puis nous avons dîné ensemble. Il est reparti vers dix heures, un peu fatigué. Je l’ai revu cet après-midi. Il revenait de l’hôpital, où il avait vu ses médecins, la diabétologue et le cardiologue. Ce dernier ne savait pas vraiment s’il était guéri (guéri du cœur) et voulait donc arrêter le traitement, pour voir si la machine arriverait à fonctionner normalement sans cela. Hier soir, en s’apercevant qu’il ne pouvait plus se connecter à Internet, Camille, qui était furieux qu’elle ait effectivement résilié l’abonnement, a parlé un peu durement à sa sœur. Celle-ci l’a si mal pris qu’elle en est venue aux mains : le père a dû s’interposer entre eux pour les séparer ! Sa sœur avait eu le temps de mettre en pièce le t-shirt de Camille. Il m’a confié que s’il l’aime si peu, c’est parce qu’elle est aussi violence que leur mère, qui a tout de même tenté de le tuer quand il était adolescent. Tout le monde était d’accord, dans le service de diabétologie, où Camille est assez connu, pour dire qu’il ferait mieux de quitter sa famille, m’a-t-il rapporté tout à l’heure, dont l’influence sur son humeur est des plus mauvaises, ce qui n’est bon ni pour son cœur ni pour son diabète. « Elles sont marrantes, les infirmières ! Quitter ma famille ? Et pour aller où ? – Chez moi, si tu veux. Je suis là, si tu as besoin d’aide. – Oui, je sais que tu es là pour moi. » (Quand nous nous voyons, je m’arrange toujours pour lui dire que je suis là pour lui, en cas de besoin.) Il est reparti de chez moi vers sept heures, en retard pour la visite de l’infirmière. J’étais tout heureux d’avoir pu si bien effacer, en l’aidant hier, en l’écoutant aujourd’hui, la désastreuse impression que je pensais lui avoir faite en lui jouant l’autre jour ce mauvais tour. Il ne m’en tenait pas du tout rigueur. Au contraire, il était plutôt amusé, même s’il avait d’abord été furieux de ne trouver personne au faux rendez-vous du parking, auquel, d’ailleurs, il prétendait n’être pas allé, car il n’est pas à une contradiction près ! Pendant que je faisais ce récit, Camille à encore une fois sonné chez moi, à plus d’une heure du matin. Il était à la rue. Son père vient de le chasser de chez lui. Il a été obligé de prévenir la gendarmerie pour qu’on force sa famille à lui ouvrir la porte, le temps pour lui de prendre quelques affaires. Je l’ai installé dans le salon, où il est en train de dormir avec la chienne Pélagie.

02:40 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Ménalque, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

11/10/2008

Samedi 11 octobre 2008

            « Camille se défend des entreprises amoureuses d’un certain Olivier qui lui colle au cul », m’écrivait hier Pierre Driout. Je me demande d’où peut connaître de telles expressions un homme au fondement de qui ne doit pourtant pas adhérer grand monde ! J’essaie bien de me détacher de Camille, mais comment faire, quand tout le monde veut que je sois toujours avec lui ? Tout à l’heure encore, Corydon me téléphonait pour m’avertir qu’il l’avait surpris sur un site de rencontre, qui refusait coupablement de reconnaître qu’il était bien notre Camille ! De quoi donc Corydon se mêle-t-il ? A cause de lui, Camille va croire que je continue de l’espionner, alors même que j’ai fait l’effort de m’excuser hier de lui avoir joué ce mauvais tour, l’autre jour. Même si tout avait bien commencé entre nous, Camille aura désormais un mauvais souvenir de moi ! Le meilleur moyen de laisser un Camille en paix, c’est encore d’en trouver un autre, même si ce n’est que pour la nuit. J’ai fait mieux qu’en trouver, hier soir : j’en ai retrouvé un, que je pensais ne plus jamais revoir. C’était le garçon dont je parlais le 27 mai dernier, celui qui faisait l’amour comme si c’était la dernière fois pour lui. « Mais je m’avise maintenant, écrivais-je alors, que c’était bien la dernière fois : la première et la dernière fois avec moi. » Eh bien non. Il y eut une seconde fois ! Je connais maintenant le nom du garçon, pour l’avoir lu sur la sonnette de sa porte, ayant préféré cette fois aller moi chez lui, plutôt que lui chez moi. Donnons-lui le nom qu’il s’était inventé pour notre première rencontre : appelons-le Maxime, même si je doute qu’il y en ait une troisième, c’est-à-dire une nouvelle occasion de parler de lui dans ce journal. Je ne sais comment il a fait pour me verser un peu de sa semence dans l’œil. Ce serait tout de même amusant d’avoir attrapé le Sida par les yeux, cette autre paire de couilles, comme je crois que racontent les psychanalystes !

20:58 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal, Maxime, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

30/09/2008

Mardi 30 septembre 2008

            Enterrement, ce matin, de M. B***, un voisin de ma mère et surtout le père de Katia, une amie de jeunesse, l’amoureuse de Matio du temps qu’il ne pratiquait pas encore l’homosexualité. Aperçu la petite Céline D***, une autre amie de la même époque, qui est toujours aussi jolie. Il y avait une telle foule à cette cérémonie que nous n’avons pas pu tous entrer dans la salle du funérarium où étaient prononcés les différents éloges funèbres, qui ne parvenaient donc à nos oreilles que par bribes. C’étaient, déjà, les paroles des vivants qu’on n’entendait presque plus. Je ne m’attendais pas à être si surpris et ému de trouver à Katia, après tant d’années, une voix manifestement plus assurée, malgré les nombreux sanglots qui la faisaient trembler. C’était la voix d’une jeune femme. J’avais gardé le souvenir d’une grande enfant. Elle a conclu son discours par ce lieu commun qu’il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour-même. Ces paroles ont ravivé la douleur que j’ai de n’avoir pu donner à Camille le cadeau que je voulais lui faire le jour où je pensais pouvoir le retrouver à l’hôpital. J’avais demandé à Corydon quelle sorte de présent il pensait pouvoir faire plaisir à Camille. « Une peluche, m’avait-il répondu sans rire du tout, une peluche : c’est neutre, et ça fait toujours plaisir » ! Je m’étais vite rendu à cette évidence que Camille était en effet le genre de personne à se trouver heureuse de recevoir un tel cadeau. J’avais donc acheté un petit chien en peluche, noir comme Pélagie, au cou duquel j’avais noué du même ruban bleu que portait ma chienne le jour où Camille et moi nous étions vus pour la première fois, d’un bleu qui est devenu notre couleur, parce que c’était aussi celle que mon ami portait ce jour-là, et celle enfin, depuis toujours, de mes yeux pleins de son souvenir. La peluche est encore chez moi, dans les mains de personne. C’est une espèce de petit cadavre, un jardin d’Adonis d’un genre nouveau, inspiré par un amour qui n’est pas vraiment mort, mais qui ne renaîtra peut-être jamais. Camille me dit qu’il passe ses journées à dormir et se reposer, à cause de son mauvais cœur et de sa mélancolie. Je ne sais absolument pas quand nous pourrons nous revoir, lui et moi, sa maladie l’ayant apparemment fort affaibli et son père étant depuis le début contre notre liaison. C’est à la mort de Dominique Autié, je crois, que, par une espèce de sursaut vital, je m’étais mis à connaître plus de garçons, pour me distraire d’un chagrin plus grand que ce à quoi je m’étais attendu, pour vivre davantage, pour ne pas penser à la mort. Finalement, je la sens qui rôde autour de mon amour et je suis plus malheureux que je ne l’étais auparavant. Se peut-il que Camille se repose en vain, et que sa maladie, dont il n’est même pas fichu de me dire le nom, si elle en a, ou l’exacte gravité, s’il en est conscient, finisse par l’emporter malgré tout ? Un cancer a emporté M. B***, dont la fin fut, paraît-il, des plus pénibles. C’est le destin de l’homme de ne connaître jamais de repos, puisque l’épuisement le tue, puisque la maladie le laisse à bout de forces au seuil de la mort, qui ne peut être le dernier repos, puisqu’on ne sera plus là pour en jouir. Moi qui ne souffrais jusqu’alors de dormir avec personne, aujourd’hui je donnerais ma vie pour pouvoir reposer une nuit entière contre le grand corps pâle de mon petit Camille.

23:51 Publié dans 2008, Camille, Céline D***, Corydon, Dominique Autié, Journal, Katia B***, Matio, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

24/09/2008

Mardi 23 septembre 2008

            Les dernières nouvelles de Camille ne sont pas très bonnes. Quand j’ai voulu lui téléphoner ce soir, j’ai eu la mauvaise surprise d’entendre Barthénoïde me répondre, qui m’a dit que Camille lui avait tout bonnement donné son téléphone portable, plus tôt dans la journée, avant de se rendre à l’hôpital, où il croyait n’avoir que quelques examens à subir, mais dont les résultats étaient si mauvais qu’on n’a pas voulu le laisser repartir. Barthénoïde a ajouté qu’elle était surprise de me voir m’inquiéter encore pour Camille, qui lui avait dit quelques jours plus tôt que nous n’étions plus ensemble, lui et moi ! J’étais atterré de l’apprendre dans de telles conditions, comme par accident, et surtout de la bouche de pareille créature, qui semble vraiment n’avoir aucun cœur, aucune âme, aucune conscience : elle était toute à la joie d’avoir enfin son propre téléphone, la pauvre méchante fille… Pourquoi donc Camille n’avait-il pas conservé son téléphone avec lui ? Répugnait-il tant à me voir l’appeler ? Son père lui avait-il ordonné de s’en défaire ? Et pourquoi donc Barthénoïde savait-elle avant moi que je n’étais plus l’amant de Camille ? Etait-ce un mensonge de celui-ci à celle-là ? Ou bien était-ce lâcheté de sa part ? Mon angoisse était à son comble quand j’ai vu mon Camille se connecter à MSN, tout à l’heure. Il m’a dit qu’il était à l’hôpital et qu’il m’écrivait avec son ordinateur portable. C’est de nouveau son cœur qui prend l’eau ! S’il a fait croire à Barthénoïde que nous n’étions plus ensemble, c’est parce qu’elle ne cessait de lui demander de la conduire à Mont-de-Marsan (car elle n’a pas de moyen de locomotion non plus) : comme il renâclait, elle pensait le décider en lui suggérant de venir chez moi pendant qu’elle vaquerait à ses occupations. Pour couper court, il lui a donc fait ce mensonge. Mais je croyais que la voiture de Camille était en panne ! N’était-ce pas une raison suffisante pour ne pas conduire Barthénoïde en ville ? Et si la voiture n’était pas en panne, la pensée de me voir était-elle donc si pénible à Camille ? Je sais qu’il me ment et me cache bien des choses, mais j’ignore sur quels points portent exactement ses mensonges et quelles en sont les vraies raisons. Est-ce qu’il ne sait pas comment me dire qu’il ne veut plus de l’amitié que j’ai pour lui ? Est-ce qu’il craint la jalousie et la colère de son père ? Corydon commence à croire lui aussi que, peut-être, père et fils ont entre eux des relations coupables. Il pense comme moi, qu’il est malsain qu’un fils doive accompagner son père à la rocade, ce baisodrome en plein air. Mais si cela était ce qu’il y a de moins malsain dans leurs rapports ? J’ai conscience d’être probablement complètement égaré par mes sentiments, et surtout par cette peur d’être abandonné qui, paraît-il, me caractérise. Peut-être ai-je trop d’imagination. Qui sait si, en confiant trop mes soupçons à Corydon, je ne suis pas à l’origine d’épouvantables rumeurs, dont je devrais avoir honte… Camille veut bien que je vienne le voir à l’hôpital, demain, s’il s’y trouve toujours. J’en suis donc réduit à espérer qu’il soit encore assez malade pour ne pas être rendu trop tôt à la liberté ! J’ai le sentiment qu’il me faut le voir physiquement pour faire la lumière sur tous ces mystères. Ou est-ce que j’ai besoin de boire encore à la source de mon délire ? Tout cela m’inquiète un peu. Je ne suis plus le maître de moi.

02:11 Publié dans 2008, Barthénoïde, Camille, Corydon, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

22/09/2008

Dimanche 21 septembre 2008

            On se croirait dans un roman ! Camille est bel et bien enfermé chez lui. Il a le droit de sortir, à condition de rester à l’intérieur de la ferme, m’a-t-il chuchoté tout à l’heure, car son père ne veut pas non plus qu’il abuse du téléphone ou d’Internet ! Un garçon de vingt ans est puni comme un enfant de quinze ! Je lui ai demandé s’il était conscient que la situation n’était pas tout à fait normale, mais il ne semble pas s’en rendre vraiment compte. J’ai d’abord cru que c’était parce qu’il avait honte que Camille m’avait fait promettre de ne rien raconter de tout cela à Corydon, notre ami commun, mais j’ai fini par comprendre que c’était plutôt par crainte que ce dernier ne rapporte à son père, dont il est un intime, les confidences qu’il m’avait faites, trahissant ainsi le secret de notre liaison, que le méchant homme croit terminée. Il y a quelque chose comme cela dans La Princesse de Clèves, que Nicolas Sarkozy etc. Don Esteban me demande si je suis certain que Camille me dit bien la vérité. Ma foi, non, je n’en suis pas sûr. Mais nous avons prévu de nous retrouver en secret, Camille et moi, mardi ou mercredi, vers les minuit, quand son père sera couché. Camille devra se rendre à l’entrée de la ferme, sur le bord de la route, où je passerai le prendre en voiture. Il habite en pleine campagne, quelque part après Saint-Sever. Il faudra que je le ramène avant que son père ne se réveille !

02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

19/09/2008

Vendredi 19 septembre 2008

            J’étais très inquiet de n’avoir plus de nouvelles de Camille depuis hier soir. Je craignais que Nicandre, par jeu, n’ait réussi à se mettre entre nous, ou même l’abominable Trimalcion, qui doit avoir plus de qualités que je veux bien le croire pour être capable de jouer comme il fait les chefs de meute. Mais c’est encore pire que tout ce que je redoutais. Camille, que j’ai enfin retrouvé tout à l’heure sur MSN, m’a dit que son père n’était pas favorable à notre jeune histoire ! Il me trouve trop vieux pour son fils, l’hypocrite ! Car c’est un hypocrite ! Il est lui-même homosexuel et a déjà couché plusieurs fois avec Corydon, qui se trouve être plus jeune que lui de plus d’années que Camille l’est de moi ! Et si la situation était plus grave encore que je le crois ? Peut-être que Camille n’a pas osé m’avouer qu’il était l’amant de son père… Il y a de tels dégénérés dans les campagnes ! La mère de Camille le battait lorsqu’il était enfant et, quand il était adolescent, elle aurait tenté de le tuer : j’ai vu les marques du couteau sur les bras de mon ami. Ce serait depuis cette tentative que Camille souffrirait du diabète qui est, selon Corydon, une maladie causée parfois (mais je ne sais si c’est vrai) par une très violente émotion. Qui sait si le père, qui ne se cache plus que depuis tout récemment, n’assouvissait pas jusqu’alors ses besoins avec le fils ? Je me fais sûrement des idées, mais il est tout de même étrange que ce soit Camille qui ait si souvent à conduire son père à la rocade, comme on dit ici, c’est-à-dire en un lieu de débauche à ciel ouvert ! Comme si celui-ci ne pouvait pas s’y rendre seul ! Et pourquoi donc refuse-t-il de lui prêter sa voiture pour que Camille, qui a la sienne en panne, puisse venir me voir ? J’ai dit à ce dernier que je pouvais aller le chercher avec la mienne. Il m’a répondu qu’il en était bien conscient, mais sans me demander de le faire ! Est-il la proie, le prisonnier de son père ? Le craint-il tellement ? L’aime-t-il tant qu’il le préfère à moi ? Le fait que son père me le refuse me le rend encore plus désirable. L’amertume que nous éprouvons de ne pouvoir être ensemble en ce moment, Camille et moi, est d’une étrange douceur : elle est comme la promesse de retrouvailles plus délicieuses encore. Et j’aime cette idée, qui n’est probablement qu’un fantasme, d’être peut-être un refuge pour Camille.

22:34 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal, Nicandre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

Jeudi 18 septembre 2008

            Camille nous a rejoints chez moi, mardi soir, Corydon et moi, accompagné d’une certaine Barthénoïde (donnons-lui ce nom-là), une proche amie de lui, la fille la plus étrange, peut-être la plus détestable, qu’il m’ait été donné de rencontrer. Barthénoïde est dépressive depuis le collège. Ses bras sont recouverts des cicatrices qu’elle s’est faites. Cette pauvre fille est si bonne à rien que même après plusieurs tentatives, elle n’a toujours pas réussi à se donner la mort ! Et je devine que je serai donc obligé de la subir toutes les fois que Camille, qui recueille tous les oiseaux tombés du nid et l’a donc prise sous son aile, décidera d’en être accompagné. C’est à peine si elle a plus de présence qu’un moineau. Corydon la trouve jolie. Quant à moi, je ne suis pas sûr que je la reconnaîtrais dans la rue ! Elle est bête et mal élevée. Elle m’a dit hier, car j’ai dû la subir hier aussi, que j’étais beaucoup moins beau avec mes lunettes que sans. En regardant sans les voir les livres qu’il y avait autour d’elle, comme elle constatait qu’il n’y avait pas de télévision chez moi, elle m’a demandé si je ne m’ennuyais pas sans cela ! Hier, après m’en avoir demandé la permission, d’une voix dont la puérilité met franchement mal à l’aise,  elle a passé le plus clair de son temps à chatter avec des hommes de plus de cinquante ans qui se font passer pour des mignons de l’âge de mon Camille et lui envoient des photos censées être d’eux et qu’elle n’est pas même capable de reconnaître comme ayant été probablement téléchargées sur des sites pornographiques. Quelle pitié ! C’est bien simple : Barthénoïde est si insignifiante que si, par miracle, elle réussissait enfin à se supprimer, je ne suis pas sûr qu’il y aurait quelqu’un pour s’apercevoir de sa disparition ! Sans Camille, elle n’existerait pas ! Barthénoïde, Corydon, Camille et moi, nous sommes allés, mardi soir, dans un bar où devait se trouver Trimalcion, qui voulait enfin rencontrer physiquement mon ami, à qui il avait donc donné rendez-vous, dans l’espoir de pouvoir le connaître ensuite plus bibliquement. L’idée plaisait à Camille de se montrer à ce lubrique orné de ma désagréable présence et des suçons que je lui avais laissés dans le cou pour faire voir à l’autre qu’il était bien à moi. C’était amusant de voir ce pauvre Trimalcion danser avec mon Camille : on aurait dit un caniche se frottant à la jambe de sa maîtresse ! J’ai cru que j’allais avoir un orgasme lorsque Trimalcion, un peu perdu, est venu me demander si ça ne me dérangeait pas de voir mon ami danser avec d’autres que moi, ou même de savoir qu’il avait regardé l’autre soir le grotesque spectacle de sa nudité gigotant derrière la caméra numérique. Je lui ai répondu que je ne le considérais pas comme un bien grand danger pour moi. J’ai revu une partie de la clique qui accompagne toujours notre Trimalcion, comme cette Mélanire, qui profitait de ce que son amant, un étranger, musulman et néanmoins joli garçon, était parti faire son ramadan au Maroc pour faire une autre sorte de ramadan de son côté : elle voulait aller au ramdam (ce n’est pas moi qui l’en blâmerai) mais peinait quelque peu à trouver son bonheur, la pauvre, entourée qu’elle était de tous ces pédés ! Il y avait aussi Féliciane, une lesbienne, qui passe pour être belle et qui n’est pas laide, en effet. Et d’autres personnes encore, que je ne connaissais pas et dont j’ai oublié les noms. Inutile, donc, de leur en trouver de nouveaux. Je ne sais pourquoi, peut-être est-ce parce que j’étais mieux disposé que la dernière fois que j’avais rencontré ces gens, mais j’ai trouvé tout ce petit monde très agréable, même Trimalcion, qui est plus à plaindre qu’à détester. Camille n’est pas resté dormir avec moi, cette nuit-là. Il avait à faire dans la ferme (cela se dit-il encore ?), disons dans ou sur l’exploitation de son père, très tôt le lendemain. Il m’a raconté hier soir qu’une fois de retour dans sa chambre, il s’était connecté à MSN, où l’attendait Trimalcion, qu’avait rejoint chez lui le beau Nicandre, lequel aurait demandé de mes nouvelles… La terreur s’est alors abattue sur moi. S’il est vrai que je n’ai rien à craindre d’un Trimalcion, qui n’est jamais qu’un bouffon de plus, je ne puis en dire autant de Nicandre, cet ange odieux et manipulateur. Qu’a-t-il bien pu dire sur moi ? Camille m’assure qu’il n’a fait que s’enquérir, mais comment en être sûr ? Depuis que le nom de Nicandre est passé par sa bouche, j’ai acquis la certitude que je ne saurai pas retenir Camille bien longtemps. Il y aura toujours cette ombre sur nous, l’ombre d’un Nicandre, qui sera plus jeune, plus gai, moins inquiet, moins dur, moins méchant que moi, ou disons : plus plaisamment mauvais.

00:21 Publié dans 2008, Barthénoïde, Camille, Corydon, Féliciane, Journal, Mélanire, Nicandre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

15/09/2008

Dimanche 14 septembre 2008

            Camille m’a rapporté que le grand C était allé le retrouver dans la salle de bain, hier soir, chez ma sœur… Il voulait lui faire admirer ses muscles abdominaux et pectoraux, et les comparer à ceux de mon ami, qu’il est allé jusqu’à toucher ! Puis il a fait cette confidence à Camille que si ma sœur était avec lui, c’était uniquement parce qu’il avait une grosse bite ! Pendant que ma sœur était en train de s’occuper de ses invités, Cyrille a donc réussi à tripoter mon Camille, à lui faire voir une partie de sa nudité et à lui parler de la taille de sa bite… Il est tout de même inquiétant qu’il me faille protéger mes mignons même des amants de ma sœur ! Je ne sais si je suis amoureux de Camille, mais je me suis aperçu que j’arrivais à dormir avec lui, au grand dam de la chienne Pélagie, dont il occupe au lit la place qu’elle avait pris l’habitude de prendre, à mon insu, une fois que je suis endormi. J’ignore si c’est parce qu’il est roux ou diabétique, mais je trouve parfois qu’il pue. Or je m’accommode aussi bien de son odeur que de sa présence dans mon lit. C’est lui qui s’est occupé de préparer le dîner ce soir, pour Corydon, notre invité, et moi. Il avait apporté des produits de la ferme de son père : des escalopes de foie gras, du magret de canard, des pâtes assaisonnées d’une excellente sauce de sa grand-mère, le tout précédé de tartines de fromage de Brie légèrement fondu. Pour finir, ma mère, qui s’est retrouvée seule pour le repas dominical, ma sœur ayant eu elle aussi d’autres obligations, m’avait donné de sa salade de pêches à la menthe, un dessert sans doute beaucoup trop sucré pour Camille, à cause du sirop de canne dont cette salade est accommodée, mais dont il ne s’est pas privé non plus. Je lui ai demandé un peu plus tard de se faire un dextro, pour voir quel était le retentissement d’un tel repas sur sa glycémie : 3,34 gramme, ce qui, je crois, n’est pas un bon résultat du tout. Une espèce d’angoisse s’est emparée de moi. Je ne sais si je suis amoureux de Camille, mais je me fais du souci pour lui, sa mauvaise santé m’inquiète. Je ne puis m’empêcher d’associer tous ses défauts à sa maladie. Est-ce à cause du diabète qu’il a de mauvaises dents et qu’il pue ? Est-ce à cause du diabète qu’il a toujours si chaud et qu’il transpire tellement ? Est-ce à cause du diabète qu’il a tous ces boutons sur la figure ? Est-ce à cause du diabète que ses petites plaies semblent ne jamais devoir guérir ? Est-ce à cause du diabète que les ongles de ses mains sont comme recouverts d’un vernis qui aurait sauté par endroits ? Est-ce à cause du diabète que les ongles de ses pieds… Mon Dieu ! Les ongles de ses pieds ! Est-ce à cause du diabète qu’il peine à jouir ? Etait-ce à cause du diabète qu’il était tout desséché, la nuit de notre première rencontre, et que j’avais l’impression d’embrasser un cendrier, avec les mégots et la cendre ? Deviendra-t-il laid ? Mourra-t-il jeune ? A-t-il peur ? Est-il inquiet ? Corydon et lui sont restés longtemps à surfer sur Internet et j’essayais de photographier les mains de Camille.

02:43 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

11/09/2008

Mercredi 10 septembre 2008

            J’ai pris tant de retard dans le récit des derniers événements de ma vie que la relation que je veux en faire risque fort d’être incomplète, l’oubli s’étant déjà emparé de ma tête de linotte. Il y a quelques jours que Damis m’a envoyé plusieurs SMS, dont le premier était bien loin d’augurer du dernier ! « J’ai un service à te demander, avait-il commencé par m’écrire. Mais ne te sens surtout pas obligé de me le rendre. Si tu ne veux pas, je ne t’en voudrai pas. » Il voulait que je lui fasse un chèque de caution, pour pouvoir emprunter une voiture, en attendant que la sienne soit réparée, laquelle ne le sera finalement jamais, ai-je appris par la suite, pour être bien trop abîmée : il lui faudra en acheter une autre. Comme j’hésitais à lui rendre ce service, « tu es mon seul véritable ami », m’écrivait-il, « blablabla, blablabla… », pensant sans doute que de telles paroles feraient pencher la balance du côté qu’il voulait. Elles m’aidèrent au contraire à ne pas avoir trop mauvaise conscience de la voir pencher de l’autre ! Me prend-il donc pour un tel crétin ? J’ai vraiment bien fait de ne pas lui rendre ce service que je répugnais à seulement envisager tant la pensée de perdre de l’argent en cas de nouvel accident de voiture m’était douloureuse, car son dernier SMS fut odieux : il osait dire qu’il avait eu des ‘‘sentiments forts’’ pour moi (le con !), qu’il le regrettait beaucoup et ne voulait plus jamais me revoir ! Evidemment, deux jours plus tard, il me téléphonait de nouveau, parce qu’il avait besoin que quelqu’un le conduise de son travail à l’autre bout de la ville, où son cousin lui avait donné rendez-vous pour le ramener chez lui. Si je suis sûr d’une chose, c’est que Damis a toujours eu des sentiments forts pour ma voiture ! Grand seigneur, je me suis empressé de lui rendre ce service-là, pour regarder le fourbe dans les yeux ! Sans doute avais-je sur mon misérable compte en banque de quoi courir le risque insensé de perdre de l’argent par la faute et pour le bénéfice d’un autre, mais je m’efforce de gérer mes affaires en bon père de famille et de ne dépenser dans le mois jamais plus que ce que j’ai gagné. Ayant de très petits revenus, je suis donc obligé d’être pingre. Et puis le proverbe est bien vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Mais j’ai un cœur, moi aussi, et la proposition que je lui avais faite de le loger chez moi, pour le rapprocher du lieu de son travail, tient toujours… J’avais oublié de dire que j’ai enfin les clefs de ma nouvelle maison, que je n’habiterai sans doute pas avant la fin du mois. Le serrurier (nous eûmes besoin de ses services) était charmant, avec son léger strabisme convergent. Il fallait le voir s’affairer, s’agenouiller, s’accroupir devant moi ! Et pendant que je le regardais faire, depuis le trottoir, devant ma nouvelle demeure, j’ai pu apercevoir le fils des voisins qui rentrait du lycée. Je l’ai revu quelques jours plus tard, en faisant visiter les lieux à Corydon : il était devant chez lui et parlait avec un camarade de classe. Tout cela était charmant. Ce brave Corydon a joué les entremetteurs avec cet autre garçon sur lequel j’avais des vues, dont je parlais l’autre jour. Appelons-le Camille. Samedi soir, Corydon, qui était venu me rendre visite, voulut se connecter à MSN, où se trouvait déjà Camille. Corydon lui demanda d’allumer sa caméra. Nous eûmes rapidement droit à un strip-tease intégral du garçon peu farouche. « Je crois qu’il a envie de tirer son coup, me dit Corydon, c’est le moment de vous présenter l’un à l’autre ! ». Nous l’invitâmes donc à venir boire le thé. Plus tard, Corydon ayant discrètement consulté Camille (pendant que je m’affairais dans la cuisine) m’envoya un SMS pour me confirmer que je pouvais y aller, que c’était dans la poche. Il finit par nous laisser seuls, Camille et moi, et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je lui fis tant d’effet qu’il en tomba malade ! Dès le lendemain, il était hospitalisé : sa glycémie était sens dessus dessous (il est diabétique). Et son cœur lui jouait des tours : on lui a trouvé un souffle en l’auscultant. Il y aurait du liquide, si j’ai bien compris, sous le péricarde. « Te voilà bien, si ton cœur prend l’eau ! » Depuis, je vais le voir tous les jours à l’hôpital. Il se trouve dans l’ancien service de ma mère, où travaille encore l’une de ses copines lesbiennes. Je reste affalé pendant des heures contre lui dans son lit à écouter battre son cœur, à le regarder se faire engueuler par l’infirmière parce qu’il n’a pas changé le code de son appareil à dextro, faussant ainsi tous les derniers relevés de sa glycémie, à l’entendre répondre mal à cette dernière, comme un adolescent ferait avec sa mère. Nous parlons de nos connaissances communes. Bien sûr, il connaît Alexis. Evidemment, il a vu les photos de la nudité d’Alexandre, qui ont fait le tour de la ville. Il connaît Damis, qui est son ancien voisin. Il a même chatté récemment avec l’horrible Trimalcion, qui se trémoussait nu devant sa caméra, et qui aurait une petite bite, selon les dires de Camille, ce qui ne m’étonne pas du tout. Nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus, parce qu’il partage sa chambre avec un pauvre vieux à qui l’on a coupé les doigts de pied. Mais je peux caresser son ventre, qu’il a si plat qu’on le croirait presque creux, tant il est maigre ! Et je ne me lasse pas de regarder ses tétons, qui sont à peine rosés, presque blancs. J’ai oublié de dire que Camille était roux. Il est recouvert de taches de rousseur et ses poils font comme des flammes autour de sa bite. Il est perfusé dans le bras, et je ne suis pas loin de m’évanouir à chaque fois que je touche ou vois sans le faire exprès le petit tuyau qui lui entre dans la veine ! J’ai la tête qui tourne en l’écrivant. Nous ne nous sommes rencontrés que samedi, mais nous avons déjà l’impression de nous connaître depuis des mois. Hier, en rentrant d’Oloron, où j’étais allé gagner quelque argent d’une façon que, je crois, la morale réprouve, cette bonne femme, et peut-être aussi sa commère la police, je n’avais de pensée que pour lui, j’avais le cœur léger, je me sentais comme ces hommes laborieux, heureux de retrouver leur femme et leurs enfants après une dure journée de travail ! Ma journée de travail à moi, qui n’avait pas duré deux heures, avait été fort douce, j’avais de l’argent dans ma poche, et pour me remettre de si peu de peine, il y avait Camille, qui m’attendait impatiemment sur son lit d’hôpital. J’étais le plus heureux des hommes. Cet après-midi, vers les quatre heures, comme je voulais m’en retourner chez ma mère, pour profiter un peu de la piscine et des derniers jours de beau temps, Camille m’a invité à le rejoindre pour le dîner. A mon retour dans sa chambre, j’eus la surprise de trouver mon repas déjà servi : il était descendu l’acheter dans la cafétéria de l’hôpital avant mon arrivée. Il y avait de quoi manger pour trois hommes ! « Mais je ne pourrai jamais avaler tout ça ! – Ce n’est pas grave, il en restera pour demain. » Cette charmante attention m’a beaucoup touché. Je crois pouvoir dire que ce fut l’un des meilleurs repas de ma vie. C’est Pierre Driout qui va rire. Il me demandait l’autre jour si, après les boulangers et garagistes, j’envisageais d’aller jusqu’aux antiquaires et brocanteurs. J’ai bien peur que mes amours ne volent toujours aussi bas, puisque Camille est boucher, charcutier, traiteur de profession ! Comme je me moquais de lui, si maigre, si frêle d’apparence, qui proposait de m’aider lors de mon prochain déménagement, dont je n’ai toujours pas commencé la préparation, il m’a dit que les énormes pièces de bœuf qu’il avait l’habitude de soulever pesaient plus lourd que moi !

02:45 Publié dans 2008, Alexandre, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

02/09/2008

Mardi 2 septembre 2008

            Hier, vers midi, visite impromptue de Damis, qui m’a surpris en train de prendre le petit déjeuner (car je ne serai sans doute jamais de cette France qui, paraît-il, se lève tôt). Il avait du temps à tuer en attendant l’ouverture de sa banque, dans laquelle il voulait déposer l’argent de la prime pour l’emploi à laquelle il a eu droit cette année, afin d’avoir sur son compte de quoi établir un chèque de caution pour emprunter une voiture au garage où il a laissé la sienne à réparer (si du moins elle est réparable, ce dont il n’est pas encore sûr). « Qu’est-ce que tu as encore fait avec cette voiture ? – J’ai écrasé un blaireau. – Mais c’est affreux ! C’est mignon comme tout, les blaireaux ! Et il est mort ? – J’aurais pu me tuer, moi aussi. – Oui, enfin ce n’est pas comme si tu étais rentré dans un sanglier ou dans un chevreuil ! Si tu habitais en ville, ça n’arriverait pas. Il n’y a pas de blaireaux, dans les rues de la ville. Tu serais bien le seul ! » J’ai cru que Damis allait me demander de le reconduire chez lui ou de lui rendre quelque autre service du même ordre. Je l’en ai vite dissuadé, en lui reparlant de l’argent qu’il me devait et qu’il ne m’a toujours pas remboursé. Il m’a dit qu’il le ferait peut-être à la fin de la semaine. « Tout ce que je peux faire pour toi, c’est t’héberger chez moi, si tu ne trouves pas de moyen de locomotion. Tu n’auras qu’à aller à ton travail à pied, ce soir. – Mais non, je ne travaille pas ce soir ni demain. Il faut que je rentre chez moi. – Alors il ne te reste plus qu’à espérer que la banque soit ouverte », ce qui est loin d’être assuré, un lundi à Mont-de-Marsan, où tout est fermé ! En entendant mon ivrogne de voisin descendre les escaliers, je me suis précipité vers le judas, comme à mon habitude, pour voir dans quel état il s’était mis, ‘‘de si bon matin’’ (et sans doute un peu pour l’admirer aussi, car il est bien beau, tout alcoolique qu’il soit ! Et il s’appelle Tristan, vraiment Tristan : ce n’est pas un nom que je viens de lui inventer pour ce journal…). Mais lesté du corps de Damis qui, sans doute émoustillé par ma tenue si légère qu’elle n’était pas loin d’être celle d’Adam, m’avait suivi et s’était agrippé à moi pour mimer le geste de m’enculer, je me suis fort peu discrètement écrasé contre la porte, sur laquelle le faux enculeur me faisait rebondir, en produisant les sons caractéristiques du coït, ce qui a eu l’air d’amuser mon voisin, que le judas m’a montré souriant, avec l’air de penser quelque chose comme : « Eh bien, mon salaud, tu ne t’emmerdes pas ! ». J’étais furieux et suffocant sous le poids de Damis, qui n’est décidément pas léger ! Tout à l’heure, sur MSN, Corydon m’a envoyé un message pour me donner, de sa part, la nouvelle adresse électronique de Damis. Je l’avais fort contrarié, hier, en lui faisant l’aveu que j’avais découvert le mot de passe de son ancienne adresse. Sa grande crainte n’était pas vraiment que je lise son courrier, mais plutôt que je séduise les quelques garçons parmi ses ‘‘contacts’’ qu’il voudrait mettre dans son lit ! Il craint que je ne recommence avec eux ce que j’avais fait avec Alcide, un soir d’ivresse. Mais pour qui me prend-il donc ? Il est vrai que certains desdits ‘‘contacts’’ sont plus que consommables. J’ai été amusé de voir que Damis était abonné à une espèce de site qui publie des recettes de cuisine. Il ne pense vraiment qu’à bouffer ! Je me demande parfois si Damis n’est pas un peu simplet… Comme il ne sait pas comment s’y prendre pour changer le mot de passe de son adresse hotmail, il s’en crée une nouvelle ! Et quelle idée, quand on joue au basket et que c’est une des premières choses qu’on m’a dites, de choisir le nom de ce sport comme mot de passe ! Cela dit, je n’ai aucune leçon à donner en matière d’informatique. Pendant très longtemps, je me suis servi d’une seule et même adresse pour toutes mes correspondances, si bien que le jour où je me suis retrouvé victime d’une attaque de spam, les destinataires des messages pirates pouvaient voir que, sur la liste d’envoi (qui n’était pas masquée), à côté d’adresses électroniques très dignes, comme par exemple renaud.camus@etc., s’en trouvaient de beaucoup plus exotiques, comme pipasse@etc. ou cularemplir@etc.  

22:36 Publié dans 2008, Alcide, Corydon, Damis, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

23/08/2008

Samedi 23 août 2008

            Je crois que je n’ai plus tellement de désir pour Damis. Il est venu me voir l’autre jour, directement de son travail, tout sale et puant. La farine, qui s’insinue partout dans ses vêtements, lui cause des irruptions de plaques rouges en de certains endroits du corps qu’on n’a plus très envie d’explorer. « Mon Dieu ! Mais c’est affreux ! On croirait que le cul te démange tellement qu’il y vient des croûtes ! » De son côté, Damis ne supporte plus très bien mes sarcasmes. C’est la fin. Et l’argent que je lui ai prêté ne m’a toujours pas été rendu ! J’ai des vues sur un autre garçon. Vingt ans, fin de corps (et d’esprit !), imberbe, et peut-être un peu court, selon Corydon, qui a fricoté quelquefois avec lui. Corydon connaît mieux le père du garçon, qui est pédé lui aussi. Père et fils vont parfois ensemble à la rocade ! (J’ai déjà dit ce qu’‘‘aller à la rocade’’ signifiait.) Le père pourrait donc surprendre le fils dans une position délicate, et vice versa. C’est tout de même un peu étrange. On peut également imaginer leurs deux queues passant sans le savoir par la même bouche ou le même cul. Corydon me dit avoir sucé les deux, mais pas le même jour. Encore heureux ! Est-ce que ce n’est pas une forme d’inceste, que le père et le fils connaissent la même femme ? Le même homme, c’est encore pire, à moins que ce ne soit moins grave, je n’en sais trop rien… Si l’inceste du père et du fils me dérange un peu (je parle bien d’inceste et non de viol), celui des frères me semble une chose charmante et comme allant de soi ! Deux frères couchant ensemble pratiquent sans doute l’homosexualité la plus pure qui soit.

23:50 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

13/08/2008

Mercredi 13 août 2008

            Hier soir, acheté pour dîner un sandwich chez les arabes de la place du commissariat. Comme je faisais la queue, deux jeunes, complètement ivres, me sont passés devant sans vergogne. Le patron des lieux leur ayant demandé d’attendre leur tour, tout cela a failli se terminer en bagarre. En reculant pour éviter d’être bousculé par tout ce petit monde qui sortait dans la rue pour ne finalement pas s’y battre vraiment, c’est moi qui ai bousculé un très joli garçon, dans le parfum duquel je me suis retrouvé comme par enchantement. Plus tard, nouvelle visite de Corydon, qui croit que je m’entends très bien avec ma mère pour passer tant de mon temps chez elle ! J’ai dû lui expliquer qu’il n’en était rien et que, d’ailleurs, ma mère était une méchante femme qui ne m’avait jamais vraiment supporté. Si je vais si souvent chez elle, c’est uniquement pour profiter de la piscine et pour faire quelques économies d’argent sur les repas. « Mais enfin, il faut bien que ta mère soit gentille avec toi, puisqu’elle t’a offert l’appartement dans lequel tu vis en ce moment. – Oui, c’est ce qu’on croit toujours, qu’elle est bien brave et bien gentille, comme si tout cela n’était qu’une question d’argent. Suffit-il donc d’en donner pour passer pour quelqu’un de généreux ? En vérité, ma mère m’a donné cet argent par méchanceté ! Elle ne supportait plus de me voir, de me voir exister, chez elle, de me voir prendre le petit déjeuner à la même table qu’elle, de me voir me laver dans la même salle-de-bain qu’elle. Elle ne supportait plus de voir mon visage, d’entendre les intonations de ma voix, de sentir mon odeur. Elle ne m’a jamais pardonné mon rythme particulier, mon pouls. Me voir vivre lui était intolérable. » J’ai beau dire, je suis sûr qu’il y en a parmi mes lecteurs qui continueront de croire que ma mère est gentille, que c’est une brave femme ! Les hommes, mais ce n’en sont plus, disons plutôt les gens, sont de tels gagne-petit, de si petits-bourgeois, qu’ils croient que quelques dizaines de milliers d’euros sont un trésor et que c’est être d’une grande générosité que d’en faire don. Les cons ! Ma mère n’a rien donné. Elle s’est acheté une bonne conscience, et en me prostituant ! On me trouve généralement méchant de parler si mal de ma mère. C’est vrai. Je suis méchant. Mais ma mère est la personne au monde à qui je ressemble le plus ! Corydon et moi sommes allés faire un tour à la rocade. ‘‘Aller à la rocade’’, cela veut dire aller baiser sur une certaine aire de repos particulièrement fréquentée par les pédés renifleurs de culs dans les buissons. N’ayant pas ces mœurs de chiens errants, je ne vais à la rocade qu’escorté de Corydon, et uniquement pour vérifier que Damis, ce petit bâtard, n’est pas en train de s’y faire mettre par des inconnus. Il n’y était pas. Pourquoi ne me donne-t-il plus de nouvelles ?

23:21 Publié dans 2008, Corydon, Damis, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

11/08/2008

Dimanche 10 août 2008

            J’ai dîné hier soir avec cet ami que je disais l’autre jour n’avoir pas été gâté par la nature. Appelons-le Corydon. Il aurait pu dire, comme celui de Virgile : nuper me in litore vidi. Car la nature, en vérité, n’a rien à voir avec la disgrâce de mon Corydon, qui n’était d’ailleurs pas loin d’être beau, il y a quelques années encore, comme j’ai pu le constater sur des photos qu’il m’a montrées. Mais il a pris beaucoup, énormément de poids depuis qu’il est dépressif (encore un !). Le pauvre a trop d’appétit depuis qu’il n’en a plus pour la vie. Corydon est le genre de personne qui connaît tout le monde, mais jamais bibliquement ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne baise pas, mais il le fait uniquement avec des inconnus, à quelques exceptions près, dont je suis. (Je commence à croire que je suis de toutes les exceptions ! Est-ce à dire que je suis exceptionnel ?) Corydon m’a confié qu’il avait une crainte : si mon aventure avec Damis devenait sérieuse, celui-ci pourrait ne plus vouloir que nous continuions de nous voir, comme dit pudiquement mon anxieux, que je soupçonne d’être tombé amoureux de moi. Je ne m’explique pas pourquoi ces deux là se détestent tellement. Après dîner, nous sommes allés rendre visite au bel Alexis, que nous avons trouvé les mains dans le moteur de la voiture de son frère Alexandre qui l’aidait. Tout le monde s’accorde à dire qu’Alexandre est infiniment plus beau qu’Alexis, qui passe pour être laid. Mais c’est Ménalque qui est laid, l’amant d’Alexis ! Je ne comprends pas pourquoi, lorsqu’on parle du couple, on fait toujours allusion à la prétendue laideur d’Alexis, sans jamais évoquer celle de Ménalque, qui ne fait pourtant aucun doute, elle. Peut-être considère-t-on qu’elle va justement trop de soi pour être seulement relevée. Mais moi, je trouve Alexis charmant. Je le trouve même aussi beau que son frère, auquel il ressemble d’ailleurs beaucoup, contrairement à ce qu’on a l’habitude de prétendre là encore. Les pédés n’ont aucun goût. Parce qu’ils sont, pour la plupart, d’indécrottables conformistes, et dépourvus de toute imagination, ils ne savent reconnaître que la beauté manifeste, évidente, indéniable, et ne sont aucunement sensibles aux beautés plus subtiles. Le problème d’élocution d’Alexis est un enchantement et je suis émerveillé de voir qu’un petit pédé de ‘‘stricte obédience’’, comme disait Dominique Autié, puisse avoir la passion de la mécanique. Alexandre, quant à lui, n’est pas de cette stricte obédience… C’est un ancien bisexuel, qui ne se consacrerait plus qu’aux filles, au grand dam de tout ce petit monde dans lequel m’introduit peu à peu Corydon. A vrai dire, je rencontrais Alexandre pour la première fois hier soir. Mais j’avais bien sûr déjà entendu parler de lui, puisque tout le monde le trouve très beau ; je l’avais même déjà vu en photo, et dans le plus simple appareil, lors du cômos solitaire d’Alcide, qui nous avait fait voir, à Damis et moi, certaines photographies qu’avait prises Ménalque, la veille, d’Alexis, d’Alexandre et d’Alcide se baignant. Sur l’une des images, on pouvait voir Alexandre complètement nu, et presque complètement raide, ce qui, bien sûr, fait dire à tout le monde qu’il doit être tout de même encore un peu pédé sur les bords pour bander au milieu d’autres garçons. Comme si l’on ne pouvait pas bander sans raison ! Corydon, qui avait participé à cette soirée, m’a donné les photos, que je conserve précieusement dans les archives de mon ordinateur. Je me demande si les deux frères ont déjà couché ensemble. J’ai appris de Corydon qu’avant d’être avec Alexis, Ménalque était sorti avec Alcide. Comme Ménalque et Alexis sont ensemble depuis quatre ans et qu’Alcide en a dix-neuf, j’en déduis que ce dernier n’avait que quinze ans à l’époque où il était avec Ménalque. Alexis en avait seize au début de sa relation avec lui. On peut dire que Ménalque les aime jeunes, et qu’il est un pédéraste au sens le plus stricte, le plus étymologique du terme. Quittera-t-il Alexis, lorsqu’il le trouvera trop vieux à son goût ? Ou l’amour sera-t-il assez fort pour transformer un amoureux des garçons en l’amoureux d’un homme ? Ce que me dit Corydon d’Alcide, qu’il connaît depuis plus longtemps que moi, ne correspond pas du tout à l’idée que je m’étais faite de lui. A l’en croire, ce serait quelqu’un d’intéressé. Il œuvrerait d’ailleurs pour se remettre avec Ménalque, qui vient de s’offrir une grosse voiture. Alexis est-il conscient du danger ? Mais est-ce que tous les garçons ne sont pas intéressés à dix-neuf ans ? C’est dans l’ordre des choses, puisqu’on ne possède rien à cet âge.

03:41 Publié dans 2008, Alcide, Alexandre, Alexis, Corydon, Damis, Journal, Ménalque | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note