03/12/2009
Mercredi 2 décembre 2009
Hier : anniversaire de ma mère, qu’il a fallu inviter au restaurant. Dans ma famille, nous naissons à des dates symboliques, pour ne pas dire fatidiques. Ainsi l’anniversaire de ma sœur tombe-t-il le quatorze juillet ; le mien le deux novembre ; si bien que, tandis que ma sœur avait droit aux feux d’artifice pour sa fête, je me contentais des fleurs des tombes. Quant à ma mère, elle est née un jour qui est devenu depuis celui de la foire au Sida. Il n’y a pas de hasard. Sans doute la Providence a-t-elle voulu lui rappeler chaque année la grande part de responsabilité qu’elle avait dans la contamination de ma sœur. Si, d’après cette dernière, c’est à cause de sa mère (qui le traita toujours comme s’il n’était qu’hémophile et non pas également sidéen) que Hieronymus fut à ce point dans le déni de sa maladie, qu’il cacha donc à Julie, jusqu’à ce qu’elle se découvre un jour contaminée, l’inconscience de celle-ci fut, à l’évidence, encouragée par notre propre mère, qui l’exhortait à ne pas tenir compte de la rumeur selon laquelle le garçon était séropositif. Car dans ma famille, non seulement nous ne naissons pas à des dates ordinaires, mais encore mettons-nous un point d’honneur à ne pas partager le sens commun (qui nous paraît sans doute trop vulgaire), quitte à en perdre tout bon sens. C’est la raison pour laquelle, plutôt que d’ajouter foi à ce qui se peut dire sur eux, à ce dont on les suspecte, aux mauvaises intentions qu’on leur prête, nous laissons des Hieronymus nous empoisonner le sang ou des Cyrille détourner nos biens, pervertis que nous sommes par l’éducation que nous a donnée une mère complètement folle et qui, depuis, ne trouve plus paradoxal de détester néanmoins un Cyrille et toute sa famille, pour les raisons même que son enseignement nous incitait naguère encore à les aimer : lorsque j’étais enfant, ma mère était par exemple très fière de me savoir, à l’école, le seul ami d’une gitane plus vieille que moi de cinq bonnes années, incroyablement insolente, bagarreuse et probablement voleuse. Ce qui faisait sa fierté, c’était que je ne partageasse pas les mêmes aversions, pourtant légitimes, que mes petits camarades de classe. Une folle, disais-je ! C’est sans doute encore à cause de cette éducation (du moins en partie) que j’ai pu me laisser aller à tellement vouloir prendre sous mon aile le pauvre Camille, qui serait sans doute ce qui se fait de plus véreux et gâté en matière de garçons, n’était Ascylte, qui me le vola, et avec qui je n’ai toujours pas réussi à couper entièrement les ponts, sans doute encore pour les mêmes raisons. Julie nous a appris sur Hieronymus, lors du dîner que nous avons offert à notre mère hier soir, quelque chose qui m’a fait tomber des nues et qui, pourtant, avec le recul, me semble une évidence. Longtemps nous avions cru que le grand train que menait celui-ci lui était rendu possible par l’argent de l’indemnité qu’il avait reçue en compensation de sa contamination. S’il est bien vrai qu’il fut indemnisé, c’est à son activité de dealer que Hieronymus devait d’être si magnifique. J’avais toujours trouvé que la foule qui fréquentait la maison que ma mère lui louait était anormalement nombreuse et systématiquement de mauvais genre. Je savais bien que tous ces gens se droguaient, mais jamais il ne m’était venu à l’esprit que c’était Hieronymus qui leur vendait leur drogue (du shit ou de l’‘‘herbe’’ uniquement, car il était un dealer qui prétendait avoir des principes (nous a rapporté Julie), c’est à savoir, en l’occurrence, qu’il refusait de vendre de la cocaïne ou d’autres drogues réputées, à tort ou à raison, plus dangereuses…). Il paraît que son cousin (car le cousin s’adonnait au même genre de commerce) fut l’homme les plus heureux du monde lorsque des paquets entiers de drogue s’échouèrent comme par miracle, il y a quelques années, sur les plages des Landes, à moins que ce ne fût du Pays Basque. Hieronymus et lui eurent la peur de leur vie lorsqu’une de leurs connaissances communes, qui était dans la même branche qu’eux, fut arrêtée par la police à cause de son trafic. Ils cessèrent alors de fréquenter personne pendant un assez long temps. Je ne sais où ils en sont aujourd’hui de leurs activités. (Inutile d’écrire que je réprouve non seulement le commerce de la drogue, mais même sa seule consommation. Cela va d’autant plus sans dire qu’ils sont justement le fait de types comme Hieronymus. Moi qui suis respectueux des lois, je me contente parfaitement des litres de vodka et surtout de vin que le bel Ascagne veut bien me servir dans son bar, et en toute légalité, lui, au moins. J’ai d’ailleurs passé la fin de la soirée d’hier avec lui, n’ayant pas trouvé l’insatiable Elithios à son domicile, où j’avais espéré le rejoindre après le dîner. (Sans doute était-il encore à la rocade, même s’il pleuvait, je m’en avise à présent…) Il n’y avait pas foule chez Ascagne, et je l’avais donc à peu près pour moi seul, car Osman, qui a fait une apparition vers minuit, n’est pas resté bien longtemps. (Il m’a confié qu’il n’avait plus lu mon journal depuis le mois de juillet et que c’était donc pour plaisanter qu’il avait jusqu’alors prétendu continuer à le faire. En revanche, il avait récemment chatté avec le terrible Cléomédon, qui lui aurait dit qu’il me détestait, à cause de ce que j’avais écrit sur Clinias et lui dans ce blogue. J’ai eu l’occasion de revoir Cléomédon, il y a quelque temps, et je dois dire que je ne m’étais pas alors avisé de la détestation que je lui inspire désormais. Il est vrai que j’étais probablement soûl, ce soir-là, et que mon état ne me permettait donc pas d’interpréter avec beaucoup de bonheur les signes qui pouvaient m’être envoyés par les uns et les autres, moi qui le fais déjà si mal quand je suis sobre. Ascagne, qui a toujours une oreille qui traîne, comme tous les barmen, sais donc probablement désormais que je tiens un blogue sur Internet. (Voulait-il me faire comprendre qu’il n’aimerait pas savoir que je parle de lui dans ce journal quand il m’a dit qu’il n’aimait pas Facebook pour ce que c’était à ses yeux un site où la vie privée était constamment violée ?) Eryximaque, une autre des connaissances que Tityre voudrait me refourguer, a lui aussi entendu parler de ce journal. Quand je lui ai proposé de venir dîner un soir chez moi, il m’a répondu, un peu cavalièrement, tout de même, qu’il ne voulait pas figurer dans mon tableau de chasse ni que d’autres l’apprennent dans ce blogue. J’avais cru que c’était lui qui me tournait autour. J’avais apparemment encore fort mal interprété les signes. Pourquoi donc m’avait-il invité à dîner chez lui, l’autre jour, avec Tityre ? Pourquoi m’a-t-il demandé mon numéro de téléphone ? Pourquoi m’a-t-il écrit tous ces SMS ? Mystère ! Passons.) J’étais heureux d’entendre mon barman préféré me raconter un peu sa vie. J’avais l’impression d’avoir de l’importance pour lui, d’être son confident. Nous restions de longs instants à nous regarder dans les yeux, qu’il a très beaux, et j’essayais de relever de quel côté il finissait par détourner le regard, pour savoir s’il se pouvait qu’il fût attiré par moi, comme Cyrnos, un ami de ma sœur, prétend qu’on peut le deviner. Hélas, je ne me rappelais plus s’il aurait fallu qu’il tournât les yeux vers la gauche ou vers la droite… Et quand j’étais le premier à vouloir les détourner, je ne savais plus trop dans quelle direction le faire, de peur de révéler mes intentions, si jamais Ascagne avait entendu parler lui aussi de la théorie des regards insoutenables. Avec deux autres habitués, je suis encore resté une heure après la fermeture de l’endroit. Ascagne m’a alors demandé où j’habitais, ou plutôt s’il était vrai que j’habitais non loin de chez l’amant du sublime Callias. Comment pouvait-il savoir cela ? Sans doute Callias le lui avait-il dit. Cela veut donc dire qu’il arrive aux deux garçons de parler de moi en mon absence. Mais pourquoi le font-ils ? Est-ce à dire que l’un des deux au moins est intéressé par moi ? Je ne mens vraiment pas lorsque je dis que je suis incapable d’interpréter les signes. D’ailleurs, quelle interprétation faut-il donner à cet autre fait que Nicagoras, que j’avais salué plus tôt dans la soirée en l’apercevant à une autre table du restaurant, ait éprouvé le besoin (alors qu’il m’a fait tout récemment comprendre que je ne l’intéressait ni sexuellement, ni sentimentalement) de dire à Ascagne qu’il m’y avait vu à l’heure du dîner ? Comme il avait croisé ma sœur dans l’après-midi, Ascagne se vantait de savoir presque tout de la soirée que j’avais passée avant d’arriver dans son bar. « Alors, m’avait-il demandé à peine la porte refermée derrière moi, comment s’est passé l’anniversaire de ta mère ? Avez-vous bien dîné dans tel restaurant ? » Etaient-ce des paroles anodines ou leur but était-il de me faire entendre qu’Ascagne avait de la curiosité pour moi ? Je ne sais.) Je me demande si le bel Equalis, dont l’haleine chargée n’est pas sans évoquer les substances dont Hieronymus faisait commerce, était un client de celui-ci. Ma sœur m’a dit qu’elle avait bien remarqué, lors de la dernière soirée où nous sommes tombés sur lui, que nous nous étions beaucoup rapprochés l’un de l’autre, lui et moi, tellement qu’elle avait cru que nous finirions la nuit ensemble, ce que je n’avais pas été loin de croire moi-même, d’autant qu’il m’avait fait l’aveu, cette fois, qu’il n’était en effet pas sûr de ne pas aimer également les garçons pour d’autres raisons que purement sexuelles. Mais la rencontre dans je ne sais plus quelle boîte de nuit du sieur Alfred, l’ancien très grand ami auquel il avait volé ma sœur, a fini par le faire fuir. De toute façon, je crois que je n’aurais pas osé coucher avec un ancien amant de celle-ci, encore que j’aie cru comprendre qu’elle m’en avait donné la permission.
02:29 Publié dans 2009, Alfred, Ascagne, Ascylte, Callias, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Cyrnos, Elithios, Equalis, Eryximaque, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Nicagoras, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22/10/2009
Mercredi 21 octobre 2009
J’ai dîné hier soir chez Tityre. Je lui avais dit que je voulais lui reparler de Phidippide. Mon intention était de le prévenir contre lui. Je lui ai donc rapporté les choses épouvantables, vraies ou fausses, que ce dernier m’avait dites à son sujet. Il avait prétendu avoir entendu parler de Tityre bien avant que je le lui eusse présenté : il prétendait avoir lu plusieurs fois son nom dans les procès verbaux d’affaires qu’il avait eues à traiter. « J’ignore si ce qu’il m’a dit est vrai. Je me doute bien, Tityre, que tu vas me dire que c’est faux. Peu m’importe. Mais sache que, si ces faits sont vrais, Phidippide n’a pas hésité un seul instant à me les rapporter, alors qu’ils ne me regardaient en rien. Il voulait me faire avoir une mauvaise opinion de toi. Si, au contraire, ces faits sont faux, Phidippide, qui les aura donc inventés, n’en est que plus méprisable encore. Voilà quel est le genre d’individu avec qui tu ne veux pas te brouiller. Je ne comprends vraiment pas que tu veuilles rester son ami. » Ce qui n’est vrai qu’en partie. Sans doute, en effet, puis-je le comprendre, puisque je suis moi-même resté l’ami d’Ascylte, que j’ai toujours méprisé. Celui-ci m’a d’ailleurs récemment présenté des excuses. Il voulait se réconcilier avec moi. Il a prétendu regretter de m’avoir volé Camille. Je ne crois pas un instant en la sincérité de ses excuses. C’est parce qu’il se croyait atteint d’un cancer qu’il voulait se faire pardonner. La pensée de sa mort prochaine lui donnait mauvaise conscience. Il m’a dit depuis qu’il n’avait pas de cancer. Il n’en reste pas moins vrai que sa santé est très mauvaise et que les médecins ne savent pas vraiment ce dont il est atteint. A l’annonce de ce cancer qui n’en est finalement pas un, j’avais cru que la Providence avait voulu me rendre justice. A présent, je me dis que si la santé d’Ascylte est si mauvaise, c’est à cause de sa conscience, qui est pire encore. Il semblerait que c’est en pensant à Ascylte que Joseph de Maistre a écrit : « Le mal a tout souillé, et l’homme entier n’est qu’une maladie ». J’ignore si mon entreprise auprès de Tityre a porté ses fruits. Mais lorsque je lui ai demandé si je pouvais noter dans ce journal la nature des faits que Phidippide s’était permis de me faire savoir ou, pire encore, de me faire croire, Tityre m’a demandé d’être le plus vague possible, ce qui tendrait à prouver qu’il pense que Phidippide est allé trop loin, puisqu’il ne veut pas que j’en dise autant. Je me demande si je n’ai pas mal agi en dénonçant ainsi Phidippide à celui qui voudrait rester son ami. Après tout, Phidippide est un homme lui aussi. Il lui faut bien vivre, avec ses propres maladies, sa bipolarité, sa mythomanie, son aphrodisie ! J’essaie de me dire que c’est pour le bien de Tityre que j’ai agi ainsi. Mais si vraiment c’était son bien qui me tenait à cœur, c’est bien plus tôt que j’aurais dû le prévenir contre Phidippide, et non pas seulement hier. J’ai doublement mal agi : d’avoir tout dit à Tityre et de l’avoir dit si tard.
03:24 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10/09/2009
Jeudi 10 septembre 2009
(Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-cinquième séance chez Tirésias. Inconsciemment, j’avais décalé mon rendez-vous d’une heure, auquel je suis donc arrivé très en retard. « Pensez-vous que c’est un acte manqué, ai-je demandé à Tirésias. – Je ne sais pas. Dites-moi ce qui vous fait croire qu’il s’agit peut-être d’un acte manqué. – Depuis quelque temps, je me demande ce que je vais bien pouvoir vous raconter pendant ces séances. – Alors il s’agit bien d’un acte manqué. » Suis sorti hier avec ma sœur et des amies. Avons parlé de sexe. Les femmes sont vraiment très crues quand elles parlent de sexe. Vie sexuelle apparemment très active de ma sœur, contrairement à moi, qui n’ai pas très envie d’aventures depuis Mnasyle. (A cause de mes ‘‘amis’’, qui voudraient tous me voler les garçons sur lesquels j’ai des vues.) J’ai tout de même rencontré Aribaze, à qui je plais et qui me plaît aussi. Mais je remets à plus tard le début d’une éventuelle relation entre nous. (Nous n’avons pas même eu de relation sexuelle.) Aribaze pourrait me convenir parce qu’il a un très fort caractère, grâce auquel il est bien armé pour supporter le mien. Mais il me déplaît de l’avoir rencontré par l’intermédiaire de mes ‘‘amis’’. J’ai peur de me le faire voler. Je ne me sens pas à la hauteur d’une telle compétition. Dans le même temps, je trouve cette compétition indigne de moi. J’aime encore mieux laisser un garçon qui me plaît à ceux qui veulent me le prendre. C’est d’ailleurs ce que j’avais fait avec Camille et Mnasyle, le premier abandonné à ce chien d’Ascylte, le second abandonné à son sort, parce que les gens autour de moi m’avaient trop fait voir le désir qu’ils avaient pour lui. Tirésias : « ‘‘Laisser’’, ‘‘prendre’’… » Grand sourire de ma part : « Je me rends compte, en effet, que pour moi, ‘‘aimer’’, c’est posséder. » Et de fait, je ne suis sexuellement qu’actif, jamais passif. « Vous n’arrivez pas à vous faire posséder. – Non : je n’arrive pas à me donner entièrement. » Je ne supporte pas d’être sous quelque emprise que ce soit. L’emprise de ma mère a été absolue sur moi. Aribaze plaît beaucoup à cette dernière. Si Aribaze m’attire, c’est sans doute parce qu’il n’est pas attaché exclusivement à moi. Je sais qu’il a couché avec Phidippide et un garçon que nous avons rencontré à la fameuse plage des Casernes, à Seignosse, dont tous ne cessaient de me parler et que je ne connaissais pas. La saine ‘‘infidélité’’ d’Aribaze me rassure. Qu’il ne soit pas attaché exclusivement à moi me permet de ne pas me sentir trop lié à lui, trop sous son emprise. De même, son désir de retourner en Nouvelle-Calédonie, d’où il est, me fait penser qu’il ne risque pas de s’installer définitivement dans ma vie. Mon père était très infidèle. Ai-je le sentiment que ma mère attend de moi que je sois fidèle à Aribaze (qui lui plaît tellement, comme elle me l’a bien fait comprendre) ?
03:12 Publié dans 2009, Aribaze, Ascylte, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Mon père, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/07/2009
Vendredi 17 juillet 2009
Que je dise à présent avec quel genre d’individu ma sœur partage sa vie. Cyrille n’a pas voulu être du dîner que donnait Julie lundi dernier pour fêter son anniversaire : ne voulant pas voir l’une des invités, avec laquelle il est en froid, il a préféré aller passer la soirée chez l’un de ses frères. Mais comme ce frère s’est couché tôt, le grand C s’est retrouvé seul à attendre dans sa voiture (celle de ma sœur, en réalité, puisque la sienne est en panne) que cette dernière lui téléphone pour lui annoncer le départ de ses hôtes. A minuit, c’est lui qui a téléphoné, parce qu’il n’en pouvait plus d’attendre dans la voiture. Ma sœur l’a envoyé paître : il lui avait déjà gâché le jour où elle avait obtenu son diplôme, il n’allait pas non plus lui gâcher ses trente ans ! Vers une heure, il est entré dans l’appartement, sans avoir un regard pour personne. Il a seulement pris une cigarette dans le paquet de ma sœur, puis est allé s’enfermer dans la chambre. « Pourvu qu’il n’en ressorte pas avec son fusil », me suis-je dit. Le lendemain, mardi 14 juillet, c’était ma mère qui nous avait invités à dîner, pour fêter cette fois en famille l’anniversaire de ma sœur. Curieusement, il ne fut question à aucun moment du cadeau que lui avait fait Cyrille. Ayant revu Julie hier après-midi, je lui ai donc demandé ce que celui-ci lui avait offert. « Il doit m’offrir un CD, quand il aura de l’argent. Et autrement, il m’a offert il y a quelques jours une moto qui ne roule pas. Il devait la réparer, mais elle est toujours en panne. De toute façon, je lui ai demandé de la revendre, parce que je n’ai pas envie de payer ni le casque ni l’assurance. » Cyrille s’était offert il y a un peu plus d’un an une espèce d’épave roulante qu’il appelle une voiture de collection. Evidemment, il est impossible de faire un peu de route avec un tel véhicule, et encore moins d’y transporter le matériel nécessaire au fonctionnement de l’entreprise qu’il a créée il y a quelques mois. Il a donc acheté récemment un 4x4 d’occasion, mais qui est déjà en panne, comme je disais. Son entreprise bat de l’aile. Il a très rapidement employé trop de personnes. Je crois savoir qu’il ne pourra bientôt plus faire face aux nombreuses charges qu’impliquent pour son entreprise l’emploi de cinq bûcherons. Un ancien employé, qui ne travaille plus pour lui, le traîne déjà devant les prud’hommes. Un autre est prêt à témoigner en faveur du premier. Cyrille, qui est un vrai panier percé, a cruellement besoin d’argent. Il voudrait revendre sa ‘‘voiture de collection’’. Il en demande 3000 EUR. Comme elle ne les vaut pas, il ne trouve évidemment pas d’acheteur, pas même chez les amateurs, et il n’y a guère que des amateurs pour vouloir acheter de telles épaves. Peut-être Cyrille est-il un brave type (ce dont je dois dire que je doute beaucoup pour ma part, comme d’ailleurs la personne qu’il ne voulait pas voir lundi dernier, et précisément parce qu’elle nourrit de grands soupçons à son encontre, cause de leur brouille), mais il a tout d’un tocard ! Le plus attristant est qu’il est sans doute ce que sa famille a produit de plus évolué ! Il vit très clairement aux crochets de ma sœur. C’est un aventurier de bas étage, de province, sans aucune envergure, un menteur, un profiteur, probablement infidèle, et se permettant néanmoins d’être jaloux. Peut-être même est-il un peu pédé sur les bords, si j’en crois ce que m’avait dit Camille de l’épisode de la salle-de-bain. Cyrille me fait d’ailleurs parfois des descriptions un peu trop inspirées de tel de ses bûcherons, qui serait bisexuel et dans les bras duquel il voudrait me jeter… Tout cela est fort suspect. Mais je dois bien reconnaître à cet imposteur qu’abstraction faite de sa tête, il est plutôt bien fait. J’ai eu des nouvelles de ce chien d’Ascylte, autre grand imposteur devant l’éternel ! Il doit se faire opérer dans quelques jours de la vésicule biliaire, je crois, mais doit rester hospitalisé une bonne dizaine de jours, à cause du mauvais état général de sa santé. Le pauvre doit y subir aussi toute une série d’examens, dans l’espoir d’expliquer enfin l’inexplicable, c’est à savoir pourquoi, comment et peut-être aussi combien de temps peut exister, ou seulement tenir debout, une créature si évidemment peu viable que lui ! Il est malade. Tout dans son corps se dérègle, à ce qu’il me raconte. « J’ai peur », m’a-t-il dit, exactement en ces termes, qui ont l’impudeur du désespoir, « voudras-tu bien me rendre visite, pendant mon hospitalisation ? – Non, je n’ai pas assez d’argent pour venir à Bordeaux, et puis, de toute façon, j’ai rencontré quelqu’un. J’aime mieux passer du temps avec lui. » Je ne m’explique pas comment Ascylte peut croire encore à notre amitié, après tout ce qu’il m’a fait (le détournement de Camille), après les multiples déclarations de haine que je lui ai faites, après les menaces, le chantage, et surtout mon mépris, que je ne me donne même plus la peine de lui cacher. Quand je pense qu’il n’a pas seulement été capable de bander, la dernière fois qu’il est entré dans mon lit ! Et il ose se rappeler à mon souvenir, apparemment sans rougir du tout. Je ne le comprends vraiment pas. Peut-être est-il tout bêtement d’une connerie abyssale. Mon ami Phidippide, qui a été amené à le croiser quelquefois chez des amis d’amis, me dit que ce grotesque (il est d’accord avec moi sur ce point) est sans doute beaucoup plus vieux qu’il ne veut bien le reconnaître. Comment donc n’y ai-je pas pensé tout seul ? C’est pourtant l’évidence, et la preuve qu’Ascylte est, paradoxalement (c’est-à-dire malgré tout ce qu’il y a d’impuissance en lui), un imposteur de génie. (Il est vrai que Phidippide est une mauvaise langue : hier encore, il me disait avec un plaisir évident qu’il trouvait que j’avais beaucoup vieilli depuis un an que nous nous connaissons ! Il faisait plus particulièrement allusion à mes pattes d’oies, dont je ne saurais nier l’évidence, mais qu’il pourrait tout de même avoir la délicatesse d’ignorer… Plus je sors tard, plus je bois d’alcool, plus on fume autour de moi, et plus ces odieuses petites rides me paraissent voyantes le lendemain matin. Il faudrait que je ne rie plus du tout, ni même ne sourie ! Mais les occasions me semblent hélas justement chaque jour plus nombreuses de rire, non plus même de tous ces hommes auquel je me mêle de nouveau, mais de rire avec eux, parmi lesquels j’ai fini par trouver sans doute tout ce que je méritais d’amis ! C’est dire si je suis tombé bas !) C’est probablement parce qu’Ascylte a bien dix ans de plus qu’il ne le dit qu’il est déjà si décrépit ! Comme disait mon arrière-grand-mère, crois-le ou non, mon blond lecteur, mais Aschenbach agonisant dans le film de Visconti a encore l’air plus pimpant que mon Ascylte, qui se fait aux cheveux la même teinture d’un noir de jais, alors qu’il est déjà si pâle, puisque toujours malade ! C’est probablement la bonne humeur qui me fait écrire tant de méchancetés. Les fêtes de la Madeleine ont commencé aujourd’hui. Demain soir, après le dîner chez Tityre, je dois aller chercher à Pau le petit Mnasyle, pour le ramener avec moi à Mont-de-Marsan. Nous irons sans doute faire un tour à la fête, peut-être avec ma sœur, ou bien avec Phidippide, Osman, Tityre et compagnie. Dimanche, nous sommes invités à passer le début de la soirée chez Osman, où il devrait y avoir foule. (Je m’entends très bien avec Mnasyle. Il est une espèce de Damis que l’obésité de menacerait pas encore. Je perds un temps fou à parler avec lui sur MSN, à le regarder ‘‘en cam’’ me faire de grands sourires ou me montre sa queue. J’ai l’impression de le connaître depuis des lustres, alors qu’il ne doit pas y avoir plus de quinze jours.) A l’une de ses amies, qui lui conseillait de quitter son Cyrille pour quelqu’un de plus mûr, ma sœur, répondant que les hommes plus mûrs étaient généralement déjà mariés, a fait cette étrange confidence qu’elle avait depuis longtemps le pressentiment qu’elle terminerait sa carrière amoureuse en tant que la maîtresse d’un homme marié. Il me semble que c’est justement ce que je suis en train de devenir moi-même : la ‘‘maîtresse’’ d’un jeune homme (Mnasyle) déjà marié (c’est-à-dire lié à un autre homme depuis six ans déjà). Je m’amuse souvent à appeler l’amant de Phidippide ‘‘la légitime’’. La légitime refuse absolument de rencontrer personne et porte le même prénom que moi, ce qui excite encore un peu plus ma curiosité et mon désir de connaître un jour cette sorte d’alter ego, cette espèce de négatif de moi, qui ne suis, en l’occurrence, que ‘‘la favorite’’, condition qu’on pourrait croire préférable, mais dans laquelle je ne puis m’empêcher de finir par penser que, malgré tout ce qui fait mon charme, je suis apparemment entièrement dépourvu de ce qu’on recherche habituellement chez un homme pour en faire sa légitime épouse, si du moins mon lecteur veut bien me permettre de mélanger ainsi les genres, ce que, bien sûr, je ne fais que pour plaisanter, car il n’y a pas moins adepte que moi de la religion homosexualo-trans-genre et de toutes les bouffonneries conceptuelles que la fierté mal placée de ses disciples leur inspire. C’est simple, je crois bien que j’ai aussi peu d’affinités avec eux qu’avec les sectateurs de Mahomet. Si je ne craignais pas d’être encore convoqué par la police, qui est donc apparemment aussi une police de la pensée et lit peut-être toujours ces pages, j’écrirais à propos de ceux-ci comme de ceux-là que je ne comprends vraiment pas comment ils ne se sentent pas plus confus d’exposer si haut leurs fondements, que ce soit pour se soumettre davantage à leur Allah ou pour mieux se faire mettre après leur grand tralala. Parfois, je me dis que, si les mahométans se prosternent comme ils font, c’est pour enfouir leurs têtes dans le sol, pareils à des autruches qui auraient honte d’avoir la religion la plus conne du monde, comme je crois qu’avait dit Michel Houellebecq. Et d’autrefois, je souhaiterais presque aux plus fiers participants des défilés homosexuels d’adopter certain costume islamique, dont il a beaucoup été question dernièrement et dans lequel, finalement, ils me feraient sans doute moins honte. Mais bien sûr, tout cela, que je viens certes d’écrire, je ne le pense pas vraiment, cela dit (si du moins c’est suffisant) pour me mettre en conformité avec la loi !
04:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cyrille, Damis, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : michel houellebecq
24/06/2009
Mardi 23 juin 2009
J’attendais désespérément des nouvelles de Camille, qui ne m’en a pas données depuis peut-être bien deux mois. Je voulais avoir une chance de lui montrer du dédain : ne pas décrocher le téléphone, s’il avait appelé ; ne pas répondre à son SMS, s’il m’en avait écrit ; ne pas aller à un rendez-vous qu’il m’aurait donné ; ne pas lui rendre un service qu’il m’aurait demandé. Ce fut chose faite cet après-midi. Mon ami Phidippide m’avait invité à venir l’écouter plaider tout à l’heure, dans une affaire en correctionnelle. Je ne l’ai hélas presque pas entendu, parce que j’ai dû m’absenter une grosse demi-heure, pour me rendre à ma dix-neuvième séance chez Tirésias, dont la maison est heureusement tout près du palais de justice. Phidippide concluait quand je suis revenu. Je ne sais donc toujours pas s’il est aussi talentueux que je voudrais croire mon futur avocat, si je dois recourir à ses services, au cas où l’on me jugerait pour les délits que j’ai moi-même commis et dont le pauvre Monsieur Véto, ce poète si délicat mais que j’ai maudit, fut l’innocente victime. L’autre jour, comme Phidippide se réjouissait d’avoir un nouveau client pour une ‘‘très grosse affaire’’ au pénal, j’ai dit tout à coup pour moi-même, mais à voix haute : « Tiens ! Ça me rappelle quelque chose… Est-ce que ce ne serait pas cette sordide affaire dans laquelle un sinistre individu aurait fait ceci et cela, mais dans le but unique et planifié longtemps à l’avance de parvenir à faire cette troisième chose, plus répugnante encore ? – Mais si ! Comment peux-tu donc avoir entendu parler de tout cela ? – Ne me croyais-tu donc pas, lorsque je te disais qu’Ascylte ne pouvait s’empêcher de parler au premier venu des expertises dont il était chargé par les juges, violant ainsi allègrement le secret de l’instruction ? Si vraiment tu ne me croyais pas : la preuve est maintenant faite de ma bonne foi. Tu n’auras qu’à regarder les noms des experts qui figurent au dossier et tu trouveras sûrement celui d’Ascylte », ce que m’a confirmé tout à l’heure Phidippide, qui a vérifié la chose. C’est sans doute le soir où je l’ai présenté à Tityre qu’Ascylte a parlé de cette affaire. C’est dire s’il est con, tout de même. Après la frayeur que je lui avais faite au sujet des rapports d’expertise qu’il m’avait fait lire en toute illégalité, il continue donc de se mettre hors la loi, et devant un témoin cette fois ! Cela dit, je ne suis pas beaucoup moins imprudent que lui, moi qui rapporte tout cela dans ce journal, pour le publier aussitôt !
02:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Monsieur Véto, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26/05/2009
Lundi 25 mai 2009
J’ai sans doute trop tardé à rendre compte de ma quatorzième séance chez Tirésias, qui a eu lieu mardi dernier. Ce sera demain la quinzième, déjà. Ce n’est pas la première fois que je tarde à consigner dans ce journal ce qui se dit lors de mes séances sur le divan. Au début, si je remettais toujours au lendemain ce petit devoir que je me suis fixé de tenir à jour la chronique de mon analyse, c’est parce qu’il m’était pénible de faire une seconde fois ces sortes d’aveux qui touchent souvent à des choses qui me sont très personnelles. Il est parfois plus difficile de soutenir le propre regard qu’on a sur soi que celui qu’y porte autrui. J’ai souvent le même déplaisir (mais il y a dans ce déplaisir un plaisir ambigu) à écrire ces rapports sur mon analyse qu’à scruter dans le miroir l’apparition de nouvelles rides sur mon visage, au coin de mes yeux, encore si imperceptibles que je ne sais jamais si elles viennent tout juste de s’ajouter aux autres ou si elles étaient là depuis longtemps déjà. Je ressens, avant de me mettre à cet ordinateur pour faire la relation de la dernière séance chez mon analyste, la même angoisse, mais le mot est sans doute trop fort, disons la même inquiétude qu’avant de vérifier que n’ont pas poussé pendant la nuit d’autres de ces taches qui m’étaient venues juste après avoir failli baiser avec Phédon, qui est noir, et qui m’avait littéralement donné la nausée (je n’en reviens pas moi-même d’être ainsi fait (ou contrefait) qu’il me faille écrire de telles choses sur mes relations avec des Noirs !). C’est aussi ce genre d’inquiétude que j’ai avant de me peser et que je sais, pour avoir trop bu ou trop mangé dans la semaine, que le cadran de la balance indiquera un kilo de trop. Un kilo, sur un total de cinquante-six, ce n’est presque rien, bien sûr, et la silhouette ne s’en trouve pas changée du tout. Pourtant, ce petit rien, ce seul kilo devient obsédant, tellement qu’à lui seul, il semble peser plus lourd que les cinquante-cinq autres ! On n’est pas loin de ne plus songer qu’à ce kilo, qui est le signe écrit, la preuve qu’on a changé, qu’on a grossi, et que le risque est donc là, kilos après kilos, de devenir obèse. L’indication d’un simple kilo en trop fait prendre conscience de quelque chose qu’on ne voyait pas ni ne ressentait. Il n’y a donc pas de raison, après cette prise de conscience, de le voir davantage, ce kilo supplémentaire qui ne change rien à la silhouette. Et pourtant, on ne peut plus s’empêcher de le garder à l’esprit, il devient une gêne, petite mais constante. Ce dont je suis censé prendre conscience grâce aux libres associations que je fais au cours de mon analyse a de semblables conséquences. Je découvre des choses qui étaient invisibles, auxquelles j’ai du mal à croire moi-même et que je ne parviens pas à ressentir, à éprouver (même si je dois bien admettre que c’est à cause d’elles, précisément, que mes sentiments sont tels qu’ils sont). La découverte de ces choses ne me semble donc changer absolument rien en moi. Pour reprendre l’image de la pesée, ma silhouette est inchangée : mon caractère, mes qualités, mes défauts, ma pente, ont l’air d’être rigoureusement les mêmes. Et pourtant, Cyrille, l’ami de ma sœur, et certains lecteurs de ce blogue me disent qu’à leurs yeux, j’ai déjà changé, en deux ou trois mois d’analyse seulement. Et de fait, j’ai moi-même constaté en moi une espèce de meilleure humeur générale, mais sans parvenir à lier résolument cette amélioration à mon analyse. Je l’y lie parce que j’ai commencé cette analyse précisément dans le but d’aller mieux, mais, à strictement parler, je n’arrive pas à faire le lien, justement. Je ne vois pas plus de rapport entre mon amélioration et mon analyse que, par exemple, entre les marées et la lune. L’influence de mon analyse sur mon humeur m’est aussi imperceptible que l’attraction de la lune sur les océans. Je sais qu’elles existent, mais il m’est impossible de les éprouver. C’est comme si la prise de conscience, qui me semble d’ailleurs souvent toute relative, avait pour conséquence des changements inconscients à leur tour ! Il se passe quelque chose qui échappe à mon contrôle, alors même que c’est pour garder ou reprendre le contrôle de ma vie que j’ai décidé de faire cette psychanalyse ! Les relations dans ce journal de mes séances chez Tirésias sont comme le kilo de trop qui s’affiche sur le cadran de la balance. Il y a une part de moi qui me dit qu’il serait bien plus simple de ne pas me peser. Sans pesée, je n’aurais pas connaissance de ce kilo supplémentaire, qui n’existe pas vraiment, puisqu’il ne change rien à la vision que j’ai de ma silhouette, mais qui est pourtant d’un poids infiniment supérieur aux cinquante-cinq autres kilos, puisqu’il est le signe inquiétant que je change sans le voir, sans l’éprouver, et presque sans le savoir, n’était l’indication de la balance. Savoir, ou avoir conscience, c’est ici bien différent d’avoir le sentiment, ou d’avoir l’impression, la sensation. La balance m’indique que je change malgré moi, ou plutôt, sans moi, en mon absence ! Sentiment fort désagréable qui m’a donc fait souvent, disais-je, remettre au dernier moment la rédaction du compte rendu des séances chez Tirésias. Mais depuis quelques semaines, il me semble qu’il y a une autre raison à ces ajournements. Lors des deux ou trois dernières séances, j’ai l’impression de n’avoir dit que des choses dépourvues du moindre intérêt, même pour moi ! C’est plutôt parce que je trouve désormais la relation de ces séances d’un grand ennui que je répugne tant à la faire ! Que j’en sois pour l’instant à trouver tout cela sans intérêt ne signifie pas que Tirésias ne parvienne pas à me faire dire, comme lors de cette quatorzième séance, des choses qui me sont très pénibles. Mais preuve qu’il ne se passe décidément rien de nouveau, en ce moment, dans cette analyse : ces choses si pénibles, cette fois, il ne me les a pas fait dire, à strictement parler, mais répéter. Je les lui avais déjà dites lors de la énième séance ! Mais, je m’en avise à présent : non, c’est lui, cette fois, qui a formulé les choses à ma place, plutôt que vraiment moi : je me suis contenté d’acquiescer, furieux d’avoir à revenir sur des choses que j’avais dites dès le début de cette analyse, précisément pour ne plus avoir à les dire. Tout cela (je n’en dirai pas plus) est pour moi tellement indicible qu’il y a des mots que je ne peux absolument pas prononcer, même pour dire des choses tout autres ! Je me demande d’ailleurs si je les avais vraiment prononcés devant Tirésias, ces mots, je ne sais plus lors de quelle séance, l’une des premières, comme j’ai dit. Sans doute m’étais-je perdu dans d’interminables circonvolutions et c’est plus vraisemblablement Tirésias qui avait reformulé tout cela en une phrase, probablement assez courte, d’ailleurs. Ce sentiment que j’ai de m’ennuyer lors de ces dernières séances est peut-être la conséquence d’un sursaut du refoulement. J’imagine que c’est pour combattre ce refoulement que Tirésias m’a forcé à revenir sur des choses dont je ne veux pas parler. J’avais d’ailleurs prévu, pour cette séance, de parler de tout autre chose, de choses sans grand intérêt, donc. Voici ce que j’ai eu le temps de dire d’inintéressant, tout de même, avant que la séance n’échappe complètement à mon contrôle : Sophronie, une amie du lycée, a retrouvé ma trace, grâce à un site d’anciens élèves, sur Internet. Elle m’a dit, dans son courriel, qu’elle avait voulu reprendre contact avec moi après avoir retrouvé dans sa chambre de jeune fille les nombreuses lettres que je lui avais écrites. Il y a des pans entiers de ma vie que j’ai totalement oubliés. Je ne me souvenais plus du toute de cette correspondance. Ce n’est pas seulement le contenu de cette correspondance, que j’avais oublié, mais l’existence même d’une correspondance échangée avec elle. Depuis cette quatorzième séance, j’ai revu Sophronie, qui m’a prêté ces lettres, que je n’ai d’ailleurs pas encore pris le temps de lire (encore un ajournement qui, probablement, n’est pas sans rapport avec le refoulement), mais dont j’ai bien reconnu le papier ! La meilleure amie de Sophronie n’est autre qu’Hermione, l’une de mes petites amoureuses de l’école primaire, celle qui, sans doute, succéda immédiatement à « Florence, ma seconde ». Je me rappelais que nous avions été camarades de classe, Hermione et moi, mais j’avais complètement oublié que nous avions également pris des cours de piano ensemble. Sophronie m’a dit qu’Hermione se souvenait de moi comme d’un enfant qui inventait des contes de fées à faire pâlir de jalousie les Perrault et autres Andersen ! Lorsque j’étais en terminale, un certain Cléocrite, qui avait la passion du théâtre, était tombé amoureux de moi. Il m’avait écrit une lettre, lui aussi, dans laquelle il me déclarait sa flamme, mais comme il ne connaissait pas mon adresse, il avait demandé à la conseillère principale d’éducation de me la transmettre ! J’ai perdu cette lettre, comme d’ailleurs celles de Sophronie. Le pauvre Cléocrite ne pouvait pas tenter de m’aborder à plus mauvais moment ! L’année de terminale fut pour moi l’une des pires de ma vie, durant laquelle ma phobie sociale a atteint l’un de ses paroxysmes. Je n’ai donc jamais répondu à Cléocrite, mais ai beaucoup souffert d’avoir à passer tous les jours, pour me rendre aux cours de philosophie, non seulement devant lui, mais encore devant tous ses camarades de classes, à qui il ne faisait pas mystère de son homosexualité ni des vues qu’il avait sur moi. Je ne pouvais m’empêcher de penser que tout ce petit monde me dévisageait pendant toute ma traversée du couloir, fort long, qu’il me fallait emprunter pour me rendre en classe de philosophie qui, bien sûr, se trouvait tout au bout. Ce n’est pas parce que j’avais honte d’être homosexuel, comme me l’a demandé Tirésias, que j’avais peur d’aborder Cléocrite ou de me laisser aborder par lui (pas consciemment du moins ; quant à savoir ce qui se passait alors dans mon inconscient ! Mystère !) ; c’est parce que je ne supportais pas d’être regardé et que, bien sûr, un abordage n’aurait pas manqué de jeter sur moi tous les yeux, ne serait-ce que ceux des camarades de Cléocrite, dont il me semblait déjà surprendre constamment des regards réprobateurs (à eux inspirés, selon mon délire du moment, soit par ma pédérastie manifeste (car je n’étais pas bien viril à l’époque, ce qui suffit généralement à faire un pédé, au moins de réputation), soit par mon indifférence, qui causait beaucoup de peine au garçon qui s’était épris de moi, et qui était fort aimé dans sa classe). C’était déjà bien assez pénible, pour moi, de devoir subir les regards implorants de Cléocrite, qui semblait vouloir me dire en pensée : « Regarde-moi, Olivier ! Je suis le garçon qui t’a écrit cette lettre d’amour ! Tu me dois bien donner cet amour en retour, puisque tu es manifestement pédé, toi aussi ! ». Et la pensée m’était insupportable de la vraisemblable nouveauté des regards qu’en cas d’abordage, tous les autres auraient portés sur moi et que j’imaginais devoir se dire : « Ah ! Quand même ! Il se décide enfin à répondre à notre Cléocrite, ce petit pédé qui regarde tout le monde de haut ! » Car à cette époque, je n’avais pas le courage ni la force de regarder les gens dans les yeux : aussi les regardais-je généralement au-dessus de la tête, s’ils venaient me parler, faiblesse qu’on prenait généralement pour de la superbe, ce qui, d’ailleurs n’a jamais vraiment changé depuis lors ! J’étais complètement aliéné ! J’étais l’esclave du regard insensé que je portais sur les regards qu’il arrivait inévitablement qu’on portât sur moi ! Je vivais un cauchemar éveillé. J’étais en enfer et, donc, assez peu disposé à l’amour. C’est pourtant sans doute ce qui aurait pu me sauver. Quand je repense à Cléocrite, je ne puis m’empêcher de croire que tout aurait été différent, si je l’avais laissé entrer dans ma vie et m’aimer. J’aurais trouvé en lui un soutien dans cette épreuve qu’étaient pour moi tous ces regards insoutenables, ces averses d’yeux dont je me sentais littéralement lapidé ; car, paradoxalement, c’est d’un regard qu’on a besoin, dans ces sortes de phobies, pour se protéger des regards. Grâce à l’aide de Cléocrite, j’aurais sans doute abordé différemment la vie ; j’aurais probablement vécu autrement : j’aurais vécu, tout simplement, ce qui, pour l’instant, n’a jamais été vraiment le cas. Parfois je cherche la trace de Cléocrite en tapant son nom dans Google. C’est ainsi que j’ai appris qu’il était devenu comédien et metteur en scène. Sans doute est-il heureux, ce qui, peut-être, n’aurait pas été possible, s’il était tombé dans ma vie. C’est quand j’ai dit que l’année de terminale avait été pour moi l’une des pires de ma vie que Tirésias a pris le contrôle de la séance pour me faire parler de ce que je ne peux pas dire. « Pourquoi ? », m’a-t-il demandé, et de fil en aiguille… J’avais tout de même eu le temps de lui dire qu’il m’était également resté de cette terrible époque de paralysie un grand respect, une grande crainte de l’autorité. Quand j’étais enfant, ma mère, cette usurpatrice de l’autorité de mon père, me façonnait de ses paroles de femme, comme le Verbe qu’il y avait au commencement, comme Dieu créant le monde en le disant. Il avait fallu, par exemple, lorsque j’avais une dizaine d’années et qu’elle venait de me faire changer de coiffure, qu’elle me dise qu’elle préférait que les cheveux sur mes tempes tiennent derrière mes oreilles, pour que je fusse pris d’une espèce de TOC, qui me faisait passer constamment mes mains dans les cheveux, pour les passer derrière les oreilles, comme le voulait ma mère. C’est probablement à cause de ce geste éminemment viril que les autres enfants de l’école se sont mis à me traiter de tapette ! Merci maman ! Tirésias m’a dit que j’étais donc, encore aujourd’hui, complètement à la merci de la volonté d’autrui, comme, par exemple, lors de mon récent enlèvement des Sabines pendant Phédon ! Il m’a dit la même chose qu’Ascylte à propos de Camille : « Vous ne savez pas dire non ! ». Cette vérité surprendra mes lecteurs qui, à force de lire ce journal, où je suis le seul maître, doivent me prêter beaucoup de volonté. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, lorsque je recherchais des plans et que je tombais sur quelqu’un qui n’était pas à mon goût, que je trouvais trop vieux, trop gros, trop sale, que sais-je encore, je n’osais pas le renvoyer ou m’en aller sans avoir baisé avec lui : j’avais peur de me comporter mal en coupant court, de ne pas faire ce qu’il fallait ! En réalité, j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Par exemple, lorsque j’étais encore étudiant à Bordeaux, j’ai baisé une fois avec un garçon qui était beau, mais qui vivait manifestement dans la rue et puait comme clochard. J’avais l’estomac tellement retourné que j’ai failli lui vomir dessus. Et je m’étouffais à moitié, parce que l’odeur de ses pieds était tellement épouvantable que je devais m’interdire de respirer par le nez pendant que je lui suçais la queue ! J’aurais pu lui demander d’aller se doucher, m’objectera-t-on… Mais non ! Je ne le pouvais pas, parce que ç’aurait été manquer de savoir vivre ! J’ai écrit que j’étais complètement soumis à la volonté d’autrui. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Il serait plus juste de dire qu’il y a des volontés auxquelles je me soumets entièrement. Car c’est sans doute à l’époque où je me forçais à baiser avec ce puant SDF que je faisais, de la Poupotte, ou la Glotte, comme je l’avais appelée, ma tête de Turc, tout à fait volontairement, et précisément parce que je la trouvais malodorante et sale. C’est elle, l’héroïne du « grossier méchant conte » que j’avais imaginé pour l’anniversaire de mon amie Laurence. J’inventais souvent des phrases dont la Poupotte était le sujet et qui faisaient beaucoup rire Myriam et Laurence, qui en inventaient d’ailleurs elles aussi : « Glotte en bas-résilles : rôti prêt à cuir ! », « Savez-vous pourquoi Glotte à les yeux qui brillent ? Parce qu’elle est si grosse que son godemiché, c’est le Phare des Baleines ! », « Quand la Glotte a ses règles, ce n’est pas des tampons qu’il lui faut acheter, mais des rouleaux de Sopalin ! ». Car je disais les noms des marques, dans mes beaux discours d’alors. C’est dire si j’étais tombé bas. Finalement, l’ordurière inspiration qui me faisait m’en prendre à la Glotte n’était pas bien différente de celle qui m’a fait imaginer les injures adressées à Monsieur Véto. Peut-être cette veine-là de mon inspiration est-elle un symptôme, elle aussi. Sans doute d’ailleurs ne faut-il pas être un bien fin psychologue pour comprendre que, probablement, la facilité avec laquelle j’injurie les Glotte et les Messieurs Véto et celle avec laquelle je subis l’injure de certains hommes sont les deux extrémités d’un même nœud que je suis apparemment encore bien loin d’avoir défait.
04:40 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Cléocrite, Cyrille, Florence P***, Hermione, Journal, La Glotte, Laurence, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Monsieur Véto, Myriam, Phédon, Sophronie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15/05/2009
Jeudi 14 mai 2009
Monsieur Véto a donc répondu à la lettre électronique dans laquelle je lui demandais de retirer sa plainte contre moi. Il m’a rappelé que j’avais mis en ligne sur mon blogue un texte nominatif extrêmement violent à son égard (c’est hélas entièrement vrai), et accessible à tous sur un simple clic (d’ailleurs, je constate qu’en lançant dans Google une recherche sur Monsieur Véto, des liens mènent toujours aux pages où je le nommais et l’injuriais, même si j’ai effacé son nom de mon blogue depuis une bonne quinzaine de jours, maintenant) ; il a ajouté qu’il m’avait demandé de retirer ce nom et que je n’en avais rien fait ; qu’il n’avait donc pas pu faire autrement que de porter plainte contre moi. « Le Web, concluait-il triomphalement, n’est pas une zone de non-droit. » J’ai mis en doute, vendredi 1er mai, la bonne foi de Monsieur Véto qui, pensais-je, m’avait tendu un piège dans lequel j’étais lamentablement tombé. Je ne croyais pas, je ne crois toujours pas, d’ailleurs, qu’il ait eu sincèrement le désir de me voir retirer de mon blogue son nom ni les injures que je lui avais adressées. Tant que ces preuves de ma culpabilité se trouvaient dans mon journal, Monsieur Véto avait en effet une bonne raison de porter plainte contre moi (puisque, je le répète, il est entièrement dans son bon droit), c’est-à-dire de me nuire. Cela dit, même si je ne crois pas en la sincérité de Monsieur Véto, je dois à la vérité de dire ce qu’il m’a lui-même rappelé, dans une autre lettre électronique, c’est à savoir que, contrairement à ce que j’avais dit dans ce journal, il m’avait envoyé un courriel, le 4 janvier 2009, dont voici la texte : « Cher Olivier, je vous demande de retirer toute référence à ma personne de votre blog. Cordialement, Monsieur Véto. » Il s’était mis à me voussoyer pour cette grave occasion, dans laquelle, néanmoins, je restais son ‘‘cher Olivier’’, qu’il saluait d’ailleurs cordialement ! N’est-ce pas délicieux ? C’est donc le 4 janvier qu’il m’avait envoyé cette lettre, c’est-à-dire, si ma mémoire est bonne, avant que je ne bloque son adresse électronique, pour ne plus avoir à subir l’irritante démangeaison de ce pou du pubis. Je n’ai aucun souvenir de ce courriel, dont je ne mets cependant pas en doute la réalité. Seulement, je ne me rappelle qu’à présent que l’exaspération m’avait fait effacer sans les lire certains des messages de Monsieur Véto. C’était d’ailleurs précisément pour ne plus les recevoir que j’avais bloqué aussitôt après son adresse électronique. Tout cela ne m’excuse en rien, puisque je suis responsable de ce qui est publié dans mon blogue. Mais ce courriel que j’avais donc bien reçu, sans pour autant le lire, montre, je le crains, à quel point je suis décidément indéfendable ! Même ma petite théorie de la mauvaise foi de Monsieur Véto, à laquelle je crois toujours autant et qui aurait pu être à mon bénéfice une circonstance atténuante, ne tient pas vraiment. Quelle admirable vérité que ce Web qui n’est pas une zone de non-droit ! Elle est de ces vérités qui font comme donner corps aux imbéciles, à la fois leur tenant lieu de profondeur (proprement abyssale) et d’indépendance d’esprit (quelle nouveauté, en effet, que cette idée si originale, si audacieuse, si courageuse, même, que le Web n’est pas etc.) ! Non, le Web n’est pas une zone de non-droit. C’est en vertu de telles lois que les Messieurs Véto peuvent sévir en toute impunité sur Internet : ils mettent tout leur art à pousser leurs ennemis dans les derniers retranchements de l’infraction, pour pouvoir ensuite les menacer de recourir à la justice, quand ils ne le font pas tout bonnement, sans crainte du ridicule. C’est ainsi qu’a procédé Monsieur Véto, qui a tout fait pour se faire injurier (ce qui, je le redis, ne m’excuse en rien, certes, mais peut tout de même expliquer la violence de ma réaction), pour affecter ensuite d’être tout étonné de l’avoir été ! Encore une fois : c’était un piège ; je suis tombé dedans. Après tout, c’est la pure vérité, et c’est une bonne chose pour la paix civile (cela dit sans aucune ironie) : le Web n’est pas ni ne doit être une zone de non-droit. Quant à moi, je voudrais faire entendre cette autre vérité, beaucoup plus petite, il est vrai, et qui n’a certes pas force de loi, que ma vie ni le récit que j’en fais ne sont des pissotières. Quel besoin Monsieur Véto avait-il donc de venir pisser sur moi la désapprobation, le mépris que lui inspiraient la façon que j’ai de mener ma vie, de la juger ou d’en faire étalage dans mon blogue ? J’ai déjà dit qu’il y avait un malentendu entre mes lecteurs et moi : ce n’est pas parce que je publie cette relation de ma vie, ce n’est pas non plus parce que la possibilité est laissée aux internautes d’écrire des commentaires dans mon blogue, qu’ils ont moralement le droit de m’y faire part (ou dans des lettres électroniques) de tout le mal qu’ils pensent de moi ; du bien qu’ils en pensent, à la rigueur, mais c’est tout ! Peut-être la crudité de certains de mes propos fait-elle croire aux plus ou aux moins sensibles de mes lecteurs, aux moins humains d’entre eux, serais-je tenté d’écrire, que j’ai le cœur particulièrement bien accroché, et que je puis donc tout entendre sur mon compte sans m’en émouvoir. Eh bien ! Je vais peut-être en décevoir beaucoup, mais il n’en est rien ! Ce n’est pas parce que je suis méchant, comme don Esteban le prétend, sans doute d’ailleurs à juste titre, ce n’est pas non plus parce que j’affecte parfois ou souvent, je ne sais, d’être un cynique (mais je dis bien que je l’affecte seulement), ce n’est pas enfin parce que je suis plus enclin à montrer la partie la plus dure, je veux dire la plus indurée et la plus endurcie, de mon cœur, que je suis pour autant dépourvu de cette tendresse, de cette fragilité, peut-être même de cette gentillesse qu’il y a dès la naissance au cœur de tout homme et qui en font d’ailleurs sans doute la force paradoxale, la densité, la teneur. (Par exemple, ce n’est pas parce que je ne me cache pas d’aller occasionnellement me prostituer, le plus souvent ‘‘pour arrondir les fins de mois’’, que je ne rêve pas aussi de l’amour le plus pur et de l’eau la plus fraîche ! Il me semblait évident que les putes pouvaient avoir les mêmes aspirations que les jeunes filles en fleur. Même en pratiquant ce métier qui passe pour honteux, il arrive qu’elles s’attendent, comme n’importe qui d’autre et tout simplement parce qu’elles en méritent autant, à du respect, pour écrire un mot à la mode. (Mais qu’on n’aille pas s’imaginer que je me considère réellement comme une pute. Je ne me définis en effet pas plus comme tel que comme un distributeur de prospectus, par exemple. Mes deux travails, purement alimentaires et prenant relativement peu de mon temps, ne constituent qu’une part marginale de mon mode de vie. Si j’osais, je dirais que je ne pratique pas assez assidûment le noble métier de pute pour pouvoir me prévaloir du si beau titre qu’il confère ! C’est tout de même le plus vieux métier du monde ! Mais j’imagine que qualifier de noble un tel métier est déjà condamnable ! Je m’empresse donc d’ajouter que je ne pense pas vraiment ce que je viens d’écrire…) Je le disais l’autre jour : je n’en suis pas moins homme ! C’est sur un homme que l’incontinent Monsieur Véto est venu se soulager de la mauvaise opinion qu’il avait de moi. Et c’est également un homme que j’ai honteusement injurié. Comment expliquer que je me sois laissé tomber si bas ? Les quelques phrases qui font l’objet du délit étaient réellement épouvantables et dignes d’être proférées par les pires canailles issues des ‘‘cités’’ les plus diverses ou les plus sensibles, je ne sais comment dire : dignes d’un assassin (cela dit sans vouloir faire d’amalgame, comme je crois qu’on appelle la chose, ni de généralisations abusives… Je crains que les amalgames ne soient aussi condamnés, ou du moins aussi condamnables, que les discriminations ou que certaines incitations ou apologies dont je me serais également rendu coupable et dont il me faudra reparler. (Fin de cette parenthèse écrite à l’attention de la police, qui veille et lit peut-être encore ce blogue.)) Pourquoi suis-je tombé si bas ? Probablement parce que c’est dans une mauvaise période de ma vie que Monsieur Véto est venu déverser sur moi la tiède urine qui lui sert de conscience. Je venais d’être trahi par Ascylte et Camille, et ceux qui me lisent vraiment savent sans doute combien j’en ai souffert. C’est cet événement, et la radicalité de la réaction qu’il a failli m’inspirer, qui m’ont finalement décidé à commencer mon analyse avec Tirésias. J’étais donc à ce moment dans un tel état que la haine, la violence, le mépris, les grossièretés, les noms d’oiseau qu’il y avait en moi ne demandaient qu’à en sortir. Il ne fallait qu’un mot pour me faire exploser, et ce sont des lettres que Monsieur Véto m’écrivait, des lettres qui, je crois l’avoir déjà dit, auraient tout eu de vulgaires lettres anonymes, si je n’avais pas connu l’identité de leur auteur… Evidemment, Monsieur Véto ne pouvait pas savoir dans quel état je me trouvais, puisqu’il n’était plus un lecteur régulier de mon blogue, comme il me l’avait dit lui-même dans l’une de ses ‘‘lettres anonymes’’. Non, Monsieur Véto ne venait plus jeter un œil à mon journal que très occasionnellement, c’est-à-dire lorsqu’il ne pouvait plus se retenir de déverser les flots de sa bonne conscience ammoniaquée sur moi, de me pisser dessus, donc, ce qui me fait dire qu’il prenait ma vie et le récit que j’en faisais pour des pissotières. J’avais dit un jour que j’avais la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incitait à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. « On est sans doute moins tenté, poursuivais-je, de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Monsieur Véto et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom (car à ce moment-là, il n’écrivait pas encore ses commentaires sous sa véritable identité) ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! » J’ai donc fini par tomber aussi bas que Monsieur Véto, en l’injuriant fort, mais à un moment où il avait eu le petit courage de ne plus cacher sa véritable identité sur ce blogue. (Depuis, il semble avoir perdu ce courage, pourtant si petit, du nom. Car c’est bien de retirer de mon blogue toute référence à sa personne, qu’il m’avait demandé, dans sa lettre du 4 janvier, et non seulement les injures dont il était victime.) Dans la deuxième des lettres électroniques qu’il m’a tout récemment envoyées, Monsieur Véto m’écrit ceci : « Tu veux (car il s’est remis à me tutoyer), tu veux que je sorte de ta vie (Dieu sait que je ne demande pas mieux) et, à la fois, tu ne parles que de moi. Règle tes propres contradictions une bonne fois pour toutes. » Sans doute est-il vrai que je me contredis souvent dans ce blogue. Cela dit, je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de surprenant dans le fait que je parle beaucoup, dans mon journal intime, de l’homme qui, en portant plainte contre moi pour injures, a attiré l’attention de la police sur d’autres délits dont je pourrais être accusé, c’est à savoir la prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite dans une ou deux phrases qui, d’ailleurs, n’avaient sans doute pas échappées à Monsieur Véto, qui ne doit pas peu se réjouir, je pense, d’avoir fait d’une pierre deux coups ! (J’expliquerai un autre jour pourquoi cette accusation-là, au moins, ne tient pas debout, selon moi.) Il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce qu’un homme qui tient un journal intime y parle beaucoup de la personne qu’il juge responsable des deux heures qu’il a passées au commissariat de police, à débattre avec deux inspecteurs de littérature (je n’invente rien), d’homosexualité, de prostitution et de l’apologie que j’aurais donc faite de cette dernière. Je n’irai certes pas jusqu’à dire que l’expérience fut traumatisante, mais elle fut fort désagréable. Par contre, je pourrais probablement dire qu’il y a en effet quelque chose de traumatisant dans le fait de se sentir complètement à la merci d’un Monsieur Véto, c’est-à-dire de la bêtise la plus ordinaire, partagée, triomphante, et qui, non contente d’avoir raison, semble encore vouloir avoir raison de moi. C’est au procureur de la république que revient la décision de me poursuivre ou pas. Pour l’instant, je ne sais absolument pas quelle sera cette décision. J’imagine que je ne serais pas même informé du choix qu’il ferait de me laisser tranquille… Probablement n’est-on informé que si l’on est poursuivi. (Monsieur Véto, quant à lui, n’a pas daigné me dire s’il consentait à retirer sa plainte contre moi.) Mais quand donc cela se produira-t-il ? Il s’est tout de même écoulé presque la moitié d’une année entre le dépôt de plainte de Monsieur Véto et mon audition par les policiers. C’est donc comme s’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mais cette épée, pour moi, c’est l’épée de Monsieur Véto : c’est pourquoi je parle de lui dans ce journal. Il est tellement con qu’il y voit une contradiction. J’ajoute, mais je crois l’avoir déjà dit, que le Monsieur Véto de ce journal n’est plus tout à fait seulement le Monsieur Véto qui a porté plainte contre moi. C’est un type humain. C’est une allégorie de la bêtise humaine. Mais son ego est tellement démesuré qu’il croit que c’est uniquement de lui que je parle. A-t-il seulement compris pourquoi je m’étais mis à l’appeler Monsieur Véto ?
01:59 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Monsieur Véto, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08/05/2009
Jeudi 7 mai 2009
Lu cet après-midi dans le journal local : « L’experte était sans diplôme. Autodéclarée psychologue, cette femme de 53 ans a berné les tribunaux pendant plusieurs années, où elle avait la qualité d’expert. Elle a été mise en examen pour usage de faux et placée sous contrôle judiciaire. » Dans l’article consacré à cette affaire, il y a cette phrase : « Comment cette femme a-t-elle réussi a obtenir l’avis favorable du parquet général pour être inscrite sur la liste des experts ? » Je ne cesse de me poser la même question au sujet d’Acylte, qui est, comme cette dame, expert-psychologue près la cours d’appel de Bordeaux. Les enquêtes de moralité ni les vérifications ne doivent pas être menées bien loin dans cette ville ! L’honnêteté, la moralité, la compétence d’Ascylte me semblent plus que douteuses. Il a plusieurs fois trahi le secret professionnel et le secret de l’instruction. Christophe prétendait même qu’il n’avait pas les diplômes requis pour faire partie du collège des experts. Il m’avait dit que c’était Ascylte lui-même qui le lui avait confié, mais je ne l’avais pas cru. Je dois garder à l’esprit le mauvais exemple de Monsieur Véto et ne pas tomber aussi bas que lui. Cet après-midi, j’ai vendu mon appartement de la rue de Cordeliers. Il faudra que j’en reparle. Il y a beaucoup de choses dont je dois reparler dans ce journal. De la vente de mon appartement, de Monsieur Véto, qui a répondu à ma lettre électronique, de la raison pour laquelle il est consigné dans les archives du centre communal d’action social que j’ai été radié du ‘‘dispositif RMI’’ en décembre 2007, du RSA, de l’apologie que la police prétend que j’ai faite de la prostitution. Mais pas ce soir. Le petit Osman m’a fait trop boire.
02:45 Publié dans 2009, Ascylte, Christophe, Journal, Monsieur Véto, Osman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05/05/2009
Lundi 4 mai 2009
Je dois me rendre demain à ma douzième séance chez Tirésias et je m’aperçois que je n’ai pas encore parlé de ce dont il avait été question lors de la onzième, la semaine dernière. Quant à la semaine précédente, il n’y eut pas de séance du tout, Tirésias ayant dû s’absenter. Je sais déjà qu’il sera beaucoup question, demain, de ce que j’ai écrit dans ce journal, samedi 2 mai, à propos de Phédon, le petit Guyanais, de sa peau noire, de ma nausée, des tâches marron apparues sur ma peau le lendemain et de ma grande angoisse en les découvrant. J’avais d’ailleurs oublié de préciser, ce jour-là, pensant naïvement que c’était inutile, que l’espèce de dégoût que, très probablement, Phédon m’a inspiré, au point que j’en ai eu la nausée et que j’ai cru que toutes ces tâches étaient apparues sur ma peau dans mon sommeil, comme par contamination, trouve son origine dans mes entrailles. Je ne faisais que tirer les conséquences des associations que j’ai faites, et qui semblent indiquer que c’est parce que Phédon est noir qu’il m’a été impossible de coucher avec lui, c’est-à-dire parce qu’il est tout le contraire du roux et pâle Camille. Mais ces conclusions (ma préférence pour le blanc plutôt que pour le noir) que je me suis permis de tirer ne sont fondées qu’en psychanalyse ! Elles n’ont aucune valeur politique, sociale, intellectuelle, je ne sais comment dire. Il y a pourtant un internaute qui s’est permis de me faire remarquer (sur le site de pédé habituel) que ce que j’avais écrit était « à gerber », pour reprendre ses mots. Et il ne croyait pas si bien dire, car on peut être amené à beaucoup parler en effet des productions de ses entrailles, lors d’une analyse. Est-ce que l’antiracisme s’est déjà si totalement imposé que, même dans les psychanalyses, il faille faire comme si les races n’existaient pas, je veux dire ces différences de couleur qui sautent aux yeux et peuvent avoir une très grande importance pour l’inconscient ? Pourquoi serait-il choquant d’écrire que c’est parce qu’il avait la peau noire qu’on a eu du dégoût pour tel garçon, comme j’ai fait, s’il ne l’est pas de dire, comme ce semble être le cas, puisque personne ne m’en a fait la remarque, qu’on a eu du désir pour tel autre (Camille, en l’occurrence), parce qu’il était roux et qu’il avait la peau très blanche ? J’espère que l’antiracisme ne nous mènera pas si loin, je veux dire jusqu’au point de nous imposer des quotas de Noirs ou d’arabes dans nos relations sexuelles ! Cela dit, si vraiment il me fallait coucher avec un Noir pour prouver ma stricte orthodoxie antiraciste, je crois que je serais tout à fait capable de surmonter mon dégoût, quand une fois j’aurais résolu de le faire. Après tout, je n’ai que rarement du goût pour mes ‘‘clients’’ et je réussis pourtant assez facilement, d’habitude, à faire comme si j’en avais. Mais c’est précisément parce que je ne m’étais pas foncièrement avisé de ce dégoût que je me suis laissé submerger par lui, avec Phédon. J’avais pour ce garçon une curiosité non feinte, parce qu’il me semblait être très différent de l’idée que je m’étais faite jusqu’alors des Noirs, parce que le trouvais réellement attirant lorsqu’il était habillé, et que le désire qu’il m’avait inspiré était sincère. C’est parce que je ne m’attendais pas à ce dégoût qu’il m’a terrassé. D’autant que je n’en ai pris conscience que le lendemain, en tentant d’analyser ma réaction. Sur le moment, j’étais entièrement inconscient de la cause de ce dégoût, ce qui explique que j’y aie si totalement succombé. Tityre, à qui j’ai raconté ma débandade, me dit qu’il trouve surprenant que je parvienne, par instants, à avoir du désir pour des gens qui ne m’en inspirent pas d’ordinaire. (Peut-être devrais-je parler de ce désir paradoxal à Tirésias.) Ce n’est pas la première fois, en effet, que je confiais à Tityre avoir couché avec des gens qui me déplaisent. Je l’ai d’ailleurs encore fait récemment avec Ascylte, après l’avoir invité à nous rejoindre chez Tityre, le onze mars dernier. (Tant que j’en suis à parler d’Ascylte : il m’a rejoint hier soir, sur MSN, pour me dire qu’il avait retrouvé les vœux que je lui avais envoyés au mois de janvier. Il voulait savoir s’il avait pensé à m’en remercier ! J’ai beau tourner notre conversation dans tous les sens, il semble bien qu’Ascylte ait pris cette lettre, qui était pourtant odieuse, pour de véritables vœux de bonheur ! Il m’a parlé de nouveau de ses problèmes de santé et dit souffrir d’une insuffisance corticosurrénalienne. Je n’ai pas la moindre idée de ce que cela peut être. Tout ce que je sais, qu’Ascylte m’a appris, c’est que cette insuffisance a pour conséquence de lui rendre très difficile de bander, de jouir ou même d’avoir du désir. Mais je me demande si cette insuffisance n’a pas aussi de fâcheux effets sur ses capacités intellectuelles. Comment expliquer autrement qu’il ait cru que mes vœux partaient d’un bon sentiment ? « Comme un Romain d’une Sabine. » Comme j’avais repris à côté de mon nom, sur MSN, ces quelques mots, dont la tournure me plaisait, Ascylte m’a demandé ce qu’ils signifiaient pour moi ? Il voulait savoir si j’étais amoureux. (Sans doute y voyait-il, lui aussi, le nom de Camille, qui s’appelle Romain, en réalité, comme j’ai déjà dit.) Je lui ai donc expliqué que c’était une allusion à l’enlèvement des Sabines, parce qu’un garçon s’était récemment emparé de moi, dans une discothèque, ‘‘comme un Romain d’une Sabine’’, pour me faire tourner dans ses bras sur la piste de danse. « Ah ! m’a-t-il répondu, je n’ai jamais entendu parler de cet épisode. » Il ne voyait réellement pas à quoi je faisais allusion ! Est-ce que ce n’est pas effrayant, tout de même, de savoir que les juges d’instruction confient des expertises psychologiques à des hommes qui ne savent pas ce que c’est que l’enlèvement des Sabines ? On ne peut s’empêcher de se demander s’ils ont déjà entendu parler de ce prince de l’antiquité, qui s’appelait Œdipe, et qui avait tué son père et couché avec sa mère… Mais je crois avoir déjà dit dans ce journal qu’Ascylte était un imposteur. Ascylte, c’est Tartuffe à l’époque des cellules psychologiques ! Il voudrait me revoir, pour m’inviter à dîner… Alors qu’il n’a même pas été fichu de bander, lors de notre dernière entrevue !) Voici donc la relation de ma onzième séance avec Tirésias : Je lui ai parlé de ma relation sexuelle avec Didymias. Il m’embrassait trop. C’en était oppressant. (Est-ce qu’il ne me traitait pas comme une femme ?) Je ne supporte pas non plus que ma mère m’embrasse ni me touche. D’ailleurs, je lui ai demandé de ne plus le faire depuis une ou deux années. Elle avait en particulier l’habitude, en m’embrassant, de poser la main sur mon épaule ou de me toucher le cou, ce qui m’était particulièrement pénible. Pendant les relations sexuelles, je trouve angoissant qu’on m’embrasse dans le cou. Cette sorte de plaisir est pour moi une épreuve difficile à affronter. On ne peut pas me faire de suçons à cet endroit (n’ont plus qu’ailleurs, je m’en avise). Ils me donnent l’impression d’être vampirisé. C’est absolument insoutenable. J’ai lu que Freud expliquait en partie l’antisémitisme par le complexe de castration. Je ne suis pas antisémite, mais j’ai une certaine défiance envers l’Islam (circoncision/castration, comme pour l’antisémitisme ?). J’ai plusieurs fois regardé sur Internet des vidéos dans lesquelles des hommes se font trancher la tête par des islamistes (en Afghanistan, le plus souvent). Je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation. De là viendrait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Ma mère a tout d’une mère castratrice. Il m’était pénible de me faire toucher le cou par elle parce que je n’aimais pas la sensation qu’il en résultait d’être sous son emprise (et aussi : courber la tête). « Vous avez le sentiment d’être vampirisé par votre mère », me dit Tirésias. Un garçon circoncis est pour moi l’étranger par excellence. Or j’ai déjà dit que c’est aussi un frère que je voudrais trouver dans l’être aimé, c’est-à-dire quelqu’un de ma race, au sens de famille. Le sexe de mon père : j’ai toujours eu le sentiment que mon père et moi, d’après mon souvenir, avions des sexes de même forme et de même taille, comme s’ils étaient ce par quoi nous pouvons nous considérer de même race. A une époque, ma mère me laissait entendre que c’était à cause de moi qu’elle n’avait pas pu reprendre de vie sentimentale après son divorce d’avec mon père. Elle prétendait qu’à l’époque où elle fréquentait Jacob, le seul amant qu’elle ait eu, immédiatement après le divorce, je leur faisais des scènes terribles lorsqu’ils allaient s’enfermer dans la chambre de ma mère. Je suis presque sûr à présent qu’elle m’a menti. Je n’ai le souvenir d’avoir frappé qu’une fois à leur porte, parce que je ne comprenais pas pourquoi ils s’enfermaient dans la chambre. Ils m’expliquèrent alors qu’ils voulaient être seuls, et je n’ai plus refait de scène. J’imagine à présent que ma mère a inventé que j’avais été excessivement jaloux, pour me rendre responsable de son échec avec les hommes. Ou bien : le refoulement m’a fait oublier que ma mère a raison de me faire ces reproches ? Jacob était photographe. Ses photos, ainsi que celles qu’avaient faites l’un de ses amis, photographe lui aussi, montrent deux enfants malheureux : ma sœur et moi. Ma mère, qui a toujours aimé la beauté de ces photos, les faisait admirer à ses amies. Tout le monde ne voyait que la beauté des photos. Personne ne voyait les enfants malheureux qu’elles représentaient ! (Ma sœur me dit au contraire que c’est ce qui frappait ses propres amies, lorsqu’elles venaient chez nous : notre tristesse sur ces photos.) Maintenant que j’y repense, je me demande si Phédon n’était pas circoncis. J’ai vu sa queue, je l’ai sucée, mais j’avais tellement bu que je ne me souviens plus de ce détail crucial. C’est absurde d’écrire que je me demande si, inconsciemment, une connexion ne s’est pas faite entre le complexe de castration et ces images de décapitation, d’où s’expliquerait la difficulté que j’ai à me laisser toucher le cou. Cette difficulté est antérieure aux vidéos de décapitation. Sans doute ces dernières ne font-elles que renforcer, d’une part, la difficulté que je disais, et, d’autre part, la défiance que j’ai envers l’Islam, en redoublant en quelque sorte la peur de la castration.
03:45 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Didymias, Jacob, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Phédon, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23/04/2009
Mercredi 22 avril 2009
Tout à l’heure, coup de téléphone de la police, qui était fort étonnée de mon absence à un rendez-vous prévu depuis longtemps, m’assura-t-elle, mais auquel je n’ai jamais reçu la convocation, qui s’est peut-être perdue au milieu des prospectus de ma boîte aux lettres, à moins qu’elle n’ait été égarée par la poste, ce qui est tout de même plus vraisemblable. Un nouveau rendez-vous a été pris pour le jeudi 30 avril. « Cette convocation, puis-je vous demander à quel sujet ? – Non », me fut-il répondu par la policière, « on vous le dira quand vous serez venu. » Peut-être est-ce qu’on veut me confronter à ce basané qui m’avait rossé parce que j’avais osé traverser la rue sur les clous ; peut-être à l’excité qui avait arraché le rétroviseur de ma voiture. Peut-être, au contraire, est-ce moi qui ai commis un délit sans le savoir. Ou peut-être que quelqu’un, qui a lu quelque chose de répréhensible dans les pages de ce journal, a décidé de me dénoncer ? Ce chien d’Ascylte ? Camille, diabolique minet de gouttière ? Hiéronymus, l’empoisonneur ? Je verrai bien. Nous avons décidément les mêmes goûts en matière de garçons, ma sœur et moi : dînant avec moi, ce soir, Julie m’a fait en effet cette confidence qu’elle avait été fort ébranlée, le jour où je lui avais présenté Camille : non seulement il correspondait parfaitement à son type de garçons, mais encore lui rappelait-il énormément Hiéronymus ou cet autre jeune homme dont elle a été très amoureuse, qui s’appelait Julien, et qui me trouvait beau !
01:55 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Hieronymus, Journal, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12/03/2009
Mercredi 11 mars 2009
Il était prévu que je déjeune avec cette hyène d’Ascylte, aujourd’hui, qui devait ensuite comparaître, à deux heures, dans un procès qui se tient en ce moment à Mont-de-Marsan, hélas à huis-clos, à cause de quoi je n’ai pas pu l’aller voir sévir, comme j’aurais voulu. Ce crétin a annulé notre déjeuner au dernier moment, parce que, s’étant fait pirater une nouvelle fois sa carte bancaire sur Internet, il a dû prévenir sa banque et porter plainte, à Bordeaux, ce qui l’a fait prendre la route pour Mont-de-Marsan beaucoup plus tard que prévu. Il m’a proposé de dîner avec lui, ce que j’avais l’intention de faire avec Tityre, à qui j’ai donc demandé s’il accepterait d’inviter également à sa table cet ami dont je lui avais parlé, expert en psychologie mais certes pas en bonnes manières, puisqu’il ne sait pas se tenir à table, mâche les aliments en ayant la bouche ouverte et boit le vin qu’on lui sert comme un paysan laperait sa soupe, c’est-à-dire avec force bruit. « Tityre, je t’en conjure, c’est une occasion unique pour toi de voir le traître de tes yeux, celui qui n’a pas hésité à trahir son amitié pour moi pour me voler Camille. Tu vérifieras ainsi que je n’inventais rien, qu’il est réellement d’une laideur peu commune et d’une bêtise abyssale. » Comme à son habitude, Ascylte a voulu impressionner son nouveau public, auquel il tentait de faire croire que ses seules expertises suffisaient à faire basculer les procès, ce qui pourrait bien être vrai, d’ailleurs, et c’est bien le plus effrayant ! Il ne voulait pas rester trop tard, parce qu’il devait se lever tôt demain et qu’il aurait de la route à faire, jusqu’à Grenoble, où sa présence était indispensable, disait-il, dans un procès en appel, vendredi matin, à la première heure. « Si je n’y vais pas, le mis en cause pourrait bien être condamné à quinze ou vingt années d’emprisonnement. Alors que si j’y vais, il ne sera condamné qu’à cinq années. – Mais s’il doit être condamné dans tous les cas, c’est qu’il est coupable ! Laisse-le donc à son sort, il l’aura sans doute mérité. – Mais je suis le seul à avoir remarqué les lésions neurologiques du mis en cause… (Je crois que c’est ainsi qu’il l’a dit.) – Quoi ? Il est fou et tu veux le faire sortir plus tôt de sa prison ? » J’avais vraiment envie de baiser, et Ascylte était là, tout disponible, ou presque. « Ascylte, mon petit Ascylte, s’il te plaît, je t’en prie, reste avec moi, l’implorais-je de mes plus beaux yeux… – Mais pourquoi ? – Devine ! – Je resterais bien, mais ma conscience me l’interdit : c’est de la vie d’un homme qu’il s’agit. » Je me suis montré si convaincant qu’Ascylte, à la fin, nous tint ce beau discours : « Et puis merde, après tout, je suis censé être en arrêt maladie. Je ne vais pas me taper huit-cent kilomètres pour un arabe qui ne parle même pas français. J’aurai dans les 300 EUR de frais, on m’en remboursera peut-être 500. Ça ne fait un bénéfice que de 200 EUR, et qui me sera versé à une date indéterminée, comme à chaque fois. Pourquoi est-ce que je me ferais chier ? » Ah ! Elle est belle la conscience des experts ! Mais que mes lecteurs se rassurent. Maintenant que ma soif est étanchée, je jure de faire partir Ascylte à la première heure, demain, pour Bordeaux, où il doit récupérer ses dossiers. Et ensuite : à Grenoble ! J’avais dit l’autre jour que je voulais revoir Ascylte pour vérifier que j’avais toujours autant de haine pour lui. Hélas, il n’en est rien. Mais mon mépris n’en est que plus grand.
02:20 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27/02/2009
Jeudi 26 février 2009
J’ai revu cet après-midi le jeune Chrysanthe, à qui je n’avais pas encore donné de nom dans ce journal. C’est un garçon qui sourit en baisant, ce qui n’est pas très fréquent, pour ne pas dire fort rare. Quand je fais des pauses pour le regarder, il me fait de grands sourires, comme un nouveau-né. Violette, la chienne de Camille, était en train de faire des petits quand j’ai téléphoné à son maître tout à l’heure. Bien sûr, ma sœur a dit non au grand C qui l’avait demandée en mariage. Ascylte est convoqué à une audience au tribunal de Mont-de-Marsan le mercredi 11 mars. Il veut que nous déjeunions ensemble à cette occasion ! J’ai accepté son invitation, pour vérifier que je le haïssais toujours autant.
00:08 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Chrysanthe, Cyrille, Journal, Ma soeur, Violette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25/02/2009
Mardi 24 février 2009
J’avais dit que je voulais me détourner de Camille mais, bien sûr, c’est impossible. J’ai assez de volonté pour rester des jours et des jours sans lui donner de nouvelles, mais à la fin, constatant que lui non plus ne m’en donne pas, je ne peux pas m’empêcher de lui téléphoner, pour lui dire tout le mal que je pense de lui, pour lui dire que je ne lui téléphonerai plus jamais et que tout est fini entre nous. En général, je le rappelle dès le lendemain, pour m’excuser, pour lui dire qu’il me manque, qu’il sera toujours dans mon cœur, que je veux le revoir. Il ne m’en veut pas, parce qu’il sait ‘‘que je suis un garçon compliqué’’. Depuis la tempête, il passe énormément de temps chez son père. Il y dort d’ailleurs très souvent, comme ce soir. En lui téléphonant tout à l’heure, vers onze heures, je l’ai réveillé. Il venait de s’endormir. Je pensais qu’il serait tout juste rentré de son travail, mais il n’en était rien : il ne travaillait pas ce soir. C’est merveilleux de le surprendre dans son sommeil. Sa voix encore endormie est pleine d’une douceur qui lui manque d’habitude : il semble plus affectueux, plus proche, plus offert. Je donne un sens qui n’a peut-être pas vraiment lieu d’être au fait qu’il ait répondu à un coup de téléphone si tardif alors qu’il avait déjà sombré dans le sommeil. Je me dis qu’il a lu mon nom sur l’écran de son téléphone portable et qu’il a voulu me répondre. Il ne me reproche pas de l’avoir réveillé. J’y vois une preuve d’amitié. Je me dis qu’il est sans doute permis aux véritables amis de se téléphoner à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Nous nous sommes donné des nouvelles l’un de l’autre. Il m’a dit qu’Ascylte lui avait téléphoné : celui-ci voulait le voir pour lui rendre quelques affaires à lui qu’il avait encore en sa possession. J’aimerais que Camille lui dise qu’il ne veut plus le revoir et qu’il préfèrerait que ce soit moi qui récupère ses affaires : pour mon plaisir, pour le plaisir d’être désagréable à cette belle enflure, pour lui montrer que c’est moi qui l’emporte, à la fin, malgré tout. A moi aussi, Ascylte a fait signe plusieurs fois, sur MSN, le plus souvent pour me parler de sa mauvaise santé, qui s’est encore dégradée. Mais qui sait s’il ne l’a pas prétendu pour m’attendrir ? Il en serait bien capable. A l’en croire, il serait actuellement ‘‘en arrêt maladie longue durée’’. Il ne manquerait plus qu’il crève avant que j’aie pu me venger de lui ! C’est curieux, ce besoin que Camille semble encore avoir de son père, au point d’aller dormir si souvent chez lui, ces temps-ci. Il est vrai qu’il n’a que vingt ans et que, par bien des aspects, il n’est encore qu’un enfant, ne serait-ce que par le faible développement de son intelligence, dont on se demande parfois s’il en a. Mais bien sûr qu’il en a ! Il suffit d’entendre de quelle façon il me répond au téléphone. Sans même dire « allo » en décrochant, il me demande directement comment je vais : « Comment ça va ? », « Tu vas bien ? », « Comment tu vas ? », en le disant très vite, comme s’il était sincèrement inquiet pour moi ! Il me prend ainsi au dépourvu et me laisse le plus souvent complètement désarmé. J’ai l’impression d’être pour lui comme une évidence, comme si j’étais justement dans ses pensées avant même de l’appeler, comme s’il avait deviné que je n’allais pas bien, et que, sachant que j’aurais besoin de le lui dire, il m’invitait à le faire aussitôt, sans aucun préambule, sans détour, comme s’il allait de soi qu’il y avait urgence et que j’étais sur le point d’exploser ou de m’effondrer. Même quand je le surprends dans son sommeil, comme tout à l’heure, il a la présence d’esprit, l’intelligence de me répondre de cette astucieuse façon. Il est vrai que, me considérant comme ‘‘un garçon compliqué’’, il doit se dire que je suis constamment dans un genre d’état appelant cette façon de me prendre. C’est comme s’il y avait une compassion de son indifférence. Il a donc bien son intelligence, oui : j’ai d’ailleurs sûrement déjà dit dans ce journal que Camille était un grand manipulateur : il fait de moi ce qu’il veut, ou presque. Avant de raccrocher, il m’a demandé d’embrasser pour lui la chienne Pélagie. Ça n’a l’air de rien, mais c’est prodigieusement intelligent. En quelques mots, il me fait comprendre que l’espèce d’intimité à laquelle nous étions parvenus à l’époque où, chassé de chez lui par son père, il était venu trouver refuge chez moi est restée la même. Et c’est tout ce que je souhaite, au fond : être l’intime de quelqu’un. Il sait que Pélagie est un autre moi, un prolongement de moi, plutôt, le plus souvent prolongement de ma main, quand je la caresse, et qui obéit au son de ma voix comme mon corps aux ordres de mon cerveau. En embrassant ma chienne, il m’embrasse une seconde fois. Plus précisément, il me montre qu’il pense à embrasser une part de moi qu’il est l’un des seuls à connaître, pour l’avoir vue lorsqu’il partageait mon quotidien et mon intimité. Tirésias voudrait que je lui parle de mon père, dont je me passe très bien, moi, contrairement à Camille. Je suis bien embêté. Je n’ai encore rien trouvé d’intéressant à dire sur le sujet…
01:38 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Mon père, Pélagie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09/02/2009
Dimanche 8 février 2009
Les yeux me brûlent. Il ne m’arrive que des malheurs, depuis quelque temps. Les enceintes dont je me servais pour écouter les mp3 de mon ordinateur portable semblent avoir rendu l’âme. Les nombreuses coupures d’électricité qui ont suivi la tempête ont complètement déréglé mon réfrigérateur, qui s’est transformé en congélateur. Je dois faire le contrôle technique de ma voiture avant la fin du mois, mais il faut d’abord que je change les plaquettes de frein et les miroirs des rétroviseurs. Parce que j’étais en retard pour le vernissage au Centre d’art contemporain, jeudi soir, dans ma précipitation, j’ai cassé le flacon de ce merveilleux parfum que m’avait offert ma sœur, qui m’allait si bien, mais qui est absolument au-dessus de mes moyens. Ma mère ne veut pas comprendre que je ne peux plus inviter à mon tour les membres de ma famille à dîner le dimanche soir, chez moi, parce que cela me revient trop cher. (C’est nouveau, depuis quelques mois : elle a décidé que nous devions nous inviter à tour de rôle.) Elle prétend que je ne suis pas obligé de faire un festin. Certes. Mais il ne restait, à la fin du mois de janvier, que 2,70 EUR sur celui de mes comptes en banque où sont versées mes rares entrées d’argent. Même la cuisine la plus simple coûterait plus de 2,70 EUR ! Mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, elle n’a jamais rien compris. L’autre soir, il était prévu que je dîne chez elle, mais j’ai dû partir soudain, parce que j’avais envie de la tuer. Pas exactement de la tuer, mais de la battre si violemment qu’elle en serait sûrement morte. Depuis que je me suis lancé dans cette psychanalyse avec Tirésias, je me suis remis à éprouver de la haine pour ma mère. Ce ne peut pourtant pas être déjà un effet de l’analyse, qui vient à peine de commencer. Mais, pour l’instant, je ne puis m’empêcher de me rendre aux séances chez Tirésias en me disant (peut-être à tort) que, probablement, me soigner et guérir, c’est me soigner et guérir de ma mère. D’où mes accès de haine. Hier soir, au dîner chez Tityre, son amie Parthénie, dont je m’étais sans doute mal fait comprendre, m’a demandé depuis combien de temps ma mère était membre de l’association du Centre d’art contemporain. J’ai dû lui expliquer qu’Arthénice, la présidente de l’association, qui est une connaissance de ma mère depuis le lycée, ne cessait de me demander quand cette dernière finirait par se décider à devenir adhérente ; mais qu’elle ne le deviendrait sans doute jamais, parce qu’elle était une personne qui n’aimait pas la vie en société et que, n’étaient ses deux lesbiennes, elle ne fréquenterait sans doute personne. A quoi Parthénie a répondu que ma mère ne perdait pas grand-chose. Sans doute. Mais ce m’était pénible d’avoir à dire cela à Parthénie, parce que j’avais l’impression de me justifier, d’expliquer pourquoi, moi, j’étais comme je suis, c’est-à-dire comme ma mère. La grande phobique sociale de la famille, c’est elle. Elle nous a transmis ses névroses, à ma sœur et moi. Le pire est qu’elle s’en lave les mains. D’où mon fantasme de les lui voir tranchées. Il y avait la voix de la sagesse à la télévision, cet après-midi : le grand Robert Badinter, qui nous expliquait encore une fois que la peine de mort était une abomination, au cas où nous ne l’aurions pas compris, depuis le temps. Mais bien sûr qu’il y a des mères qui méritent la peine de mort ! Moi, je rêverais que le bourreau couche la mienne sur la bascule et la coupe en deux, encore vivante, blablabla, pour enfin ne plus jamais voir sa maudite tête de mère, sa tête de Méduse, de Clytemnestre de banlieue pavillonnaire. Je donnerais un dernier grand coup de pied dedans, comme dans le ballon que va chercher et me rapporte la chienne Pélagie, quand je joue avec elle. La tête volerait par-dessus la clôture et les chiens de la voisine se feraient une joie de la bouffer. Au lieu de quoi c’est moi qui devais faire la bouffe à ma mère, ce soir, pour moins de 2,70 EUR, donc ! Mais c’était la dernière fois. Enfin ! J’exagère. Tout n’est pas si noir. Sappho, sa chienne, a peut-être un cancer. On attend les résultats de la biopsie. Mais tout de même, c’est un peu dur de ne plus pouvoir me réchauffer à la rousseur de Camille, pour m’apaiser. Il y aura bientôt trois semaines que je ne l’ai pas vu. Polémon dit qu’il aide chez son père, où la tempête a fait beaucoup de dégâts. Il n’en partirait que pour se rendre à son travail. Mais c’est de Polémon que je le tiens. Camille n’a même pas pensé à me le dire lui-même, si seulement il se souvient que j’existe. Je tiens moins de place dans sa vie que les poulets qu’il va ramasser la nuit dans les fermes des Landes. J’ai dit qu’il avait hébergé Alcidor, l’amant de Flipote, pendant quelque temps. Ça ne le dérangeait pas de dormir dans le même lit que ce grand hétéro malpropre qui allait se coucher sans même se laver, encore tout couvert de fientes et de plumes. Lorsque c’était moi qui l’hébergeais, Camille préférait dormir dans le salon, sur le canapé, loin de moi, qui sens pourtant l’éclair au chocolat, aux dires de Tityre. Il aimait mieux baiser avec Ascylte, ce déjà vieil accroupi, avec Tityre, cette brute qui ne sent pas sa force, ou avec Polémon, qui est presque aussi gros que Damis et qui vient d’attraper la gale ! Mais moi ? Moi, je suis un garçon compliqué. « C’est un garçon compliqué », voilà ce qu’il avait dit à sa cousine, je crois, qui lui demandait, dans l’une de ses conversations sur MSN, dont j’ai pu lire la sauvegarde, pourquoi il n’était plus mon amant, alors que je l’hébergeais pourtant, au mois de septembre ou d’octobre 2008. Il semblait embarrassé, il ne savait trop quoi répondre. « Parce que c’est un garçon compliqué », avait-il finalement expliqué à sa cousine. Ça m’avait touché de trouver sous la plume de Camille cette expression qui veut tout et rien dire. Il me semble qu’en disant cela, il avait compris que ce n’était pas contre lui que j’étais comme j’étais. Il avait compris que mon intention n’était pas de le heurter, mais que je ne cessais de me heurter à moi, plus encore qu’à lui, sans le vouloir, sans pouvoir faire autrement. Camille est bête, mais il comprend les choses, parfois. Peut-être même a-t-il reconnu le gouffre dans lequel je m’efforce de ne pas tomber, aussi profond que le sien, par quoi nous nous ressemblons, lui et moi, je l’ai déjà dit. Mais contrairement à moi, Camille n’a pas le vertige. Il joue les funambules au-dessus de l’abîme. C’est en quoi nous sommes si différents. A lui la grâce, à moi la gravité. Pas étonnant qu’il m’ait fui. Je l’aurais fait tomber.
02:27 Publié dans 2009, Alcidor, Arthénice, Ascylte, Camille, Damis, Flipote, Journal, Ma mère, Ma soeur, Parthénie, Pélagie, Polémon, Sappho, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : robert badinter
28/01/2009
Mercredi 28 janvier 2009
Ce qui me peine le plus, ce n’est pas que Camille n’ait pas eu d’amour, mais qu’il n’ait pas non plus beaucoup d’amitié pour moi. Cette douleur-ci est sans doute moins vive que celle-là (qui était plutôt de la colère, causée par la trahison de l’autre, Ascylte), mais elle est lancinante, persistante, faite pour durer. Je disais bien que j’étais un candide : je découvre que ce n’est pas parce que je fais en sorte de me montrer aimable, serviable, secourable, qu’on aura pour moi de l’amitié en retour. Ce n’est pas parce qu’on est nécessairement le centre de son petit monde qu’on exerce sur autrui tout l’attrait qu’on voudrait. Ce n’est pas parce que j’existe, ce n’est pas parce que je suis là, qu’il (peu importe qui, celui qu’on voudrait) me voit. Il faut vraiment que je manque d’amitiés pour vouloir de celle d’un Camille ! Après tout, ce Camille, c’est un garçon qui, quand je menaçais de dénoncer Ascylte en toute honnêteté, c’est-à-dire en ne disant que la vérité, n’a pas hésité un seul instant à menacer à son tour, pour me nuire, d’inventer de faux griefs à mon encontre, pour les dénoncer en représailles, au cas où ils n’auraient pas suffi à me dissuader ! Et pour si mal agir, Camille n’avait pas même l’excuse de l’amour, puisqu’il est évident qu’il n’a que du mépris pour Ascylte, qui le mérite bien, certes, mais là n’est pas la question. Voilà sur quoi j’aimerais fonder une nouvelle amitié ! Il faut dire que je suis quelqu’un de profondément fidèle. Bien sûr, comme n’importe qui, je puis simuler la fidélité auprès de quelqu’un à qui je ne me sens pas lié, par intérêt ou pour toute autre raison. Mais lorsque je me sens engagé envers quelqu’un, ma fidélité est sans doute indéfectible. Quant à savoir à quoi tient un tel sentiment d’engagement et presque de foi, je serais bien incapable de le dire. Cela ne relève pas de mon jugement et mes ‘‘choix’’, si je puis dire, sont probablement des plus injustes. La preuve en est que Camille ne m’a pas moins trahi qu’Ascylte, au fond. Mais il n’y a que sur ce dernier que se soit déchaînée ma haine. Camille, je n’ai cherché qu’à le retrouver au plus vite, pour pouvoir continuer d’avoir foi en lui, cet être sans foi ni loi. J’avais besoin d’avoir cette incompréhensible foi. Je ne pouvais pas faire autrement. Croire en Camille, c’est un peu comme avoir foi en ce dieu des jansénistes qui n’accorde la grâce qu’à ceux qu’il lui plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, comme d’ailleurs je n’accorde ma foi qu’à ceux qu’il me plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, et sans que je sache vraiment pourquoi. Bien sûr, Camille et moi, nous nous ressemblons, nous nous ressemblons par ce qu’il y a de mauvais en nous. Je me reconnais un peu en lui, peut-être beaucoup. Mais cela ne peut tout expliquer. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », disait Montaigne. Mais c’est bien plus mystérieux entre Camille et moi, bien plus terrible : Parce que c’était lui, c’est tout ce qu’il est possible de dire. Quelle amitié pourrait reposer sur la promesse d’une telle amputation ? Ce n’est pas une promesse, c’est une condamnation. La solitude en est la peine.
16:33 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
22/01/2009
Mercredi 21 janvier 2009
Je me sens abattu. Tout est rentré dans l’ordre depuis la grande catastrophe causée par Ascylte, qui est à présent si méprisé, si malmené par Camille, que je le plaindrais presque si je n’avais pas tant de haine pour lui. Bien sûr, il m’amuse beaucoup d’écouter Camille se jouer d’Ascylte au téléphone en inventant mille et une obligations, toutes plus fausses les unes que les autres, pour dissuader ce dernier de venir à Mont-de-Marsan. (Camille semble craindre une confrontation qu’il ne cesse de remettre à plus tard. Peut-être est-ce parce qu’il a beaucoup à se reprocher et qu’il s’est encore plus mal comporté avec Ascylte que je le soupçonnais. Pourtant, il ne se donne même plus la peine de donner l’apparence de la vérité à ses mensonges. Ascylte doit bien s’en rendre compte, ce qui ne fait sans doute qu’accroître ses griefs et rendra plus pénible la confrontation dont lui semble très désireux, si j’en juge par l’insistance avec laquelle il demande à Camille de pouvoir le revoir. Je soupçonne aussi Camille de vouloir presser encore un peu plus cet agrume à la fraîcheur plus que douteuse d’Ascylte, qui est déjà tout pelé, comme dit Flipote, au cas où il y resterait du jus. Quand celui-ci lui a demandé combien lui avait coûté sa nouvelle voiture, Camille a répondu 2500 EUR au lieu des 300 qu’il a vraiment payés. Je me suis dit qu’il espérait qu’Ascylte, pour lui plaire et le garder, voudrait finalement lui offrir cette voiture à ce prix-là et l’ai donc bien sûr encouragé à en tirer le plus d’argent possible, tant qu’il le pouvait encore. Après tout, il faut bien faire payer aux traîtres, d’une manière ou d’une autre.) Oui, je ris méchamment des méchancetés de Camille. J’aime passer du temps avec lui, j’aime dîner chez lui, j’aime le confit de canard de son père, dont nous nous sommes nourris ce soir, j’aime lui faire la vaisselle, pendant qu’il passe le balai et que le néanderthalien Alcidor, qui est toujours presque nu et que j’aime aussi, parce qu’il est dans l’intimité de Camille, est parti digérer sous les couvertures, dans le lit, comme une bête repue. Mais je ne puis m’empêcher d’être un peu abattu à cette pensée déplaisante : ce n’est donc que ça, mon bonheur ? Etait-ce bien d’avoir perdu si peu que ma douleur était si grande ? Mais non, c’était ma colère, qui était grande, la colère d’avoir été trahi par l’autre. Tirésias, le psychanalyste dont mon médecin m’avait donné l’adresse et que je voyais aujourd’hui pour la première fois, m’a demandé si j’étais amoureux de Camille. Non, je ne peux pas me dire amoureux de lui. J’ai déjà été amoureux, par le passé. Ce n’était pas cela. Camille est une amourette. Mais je l’ai déjà écrit dans ce journal : cette amourette, c’est tout l’amour dont je me sens capable désormais. Cette amourette, Camille, c’est toute ma vie. Toute ma vie est à l’échelle de cette amourette. D’ailleurs, Tirésias a eu ces mots : il a dit que je menais une vie réduite. Il a raison. (Mais, mais, mais : Camille n’est pas qu’une amourette. Cela aussi, je l’ai déjà dit dans ce journal : je ne l’aime pas seulement comme un amoureux, mais aussi comme un jeune frère et peut-être même comme un fils. Je l’aime d’une infinité de façons. C’est pourquoi je l’aime énormément.)
01:55 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17/01/2009
Samedi 17 janvier 2009
Mon amie Myriam, qui lit ce blogue, m’écrivait tout à l’heure qu’elle n’aimait pas me voir évoluer dans un milieu aussi malsain que celui dont je parle depuis quelque temps dans ces pages. Pierre Driout lui-même faisait tout récemment ce commentaire : « J’abdique, écrivait-il, je suis comme un roi découronné devant l’art avec lequel Olivier nous retire tout espoir de nous élever en sa compagnie. O vous qui entrez dans son blog, quittez fierté, joie et espérance. Ici l’âme est désolée devant les sombres avenues de l’engeance humaine ! Rendez les armes, il n’y a que piperies sur Terre… Il nous reste à visiter le royaume des morts pour y retrouver nos frères défunts. » C’est que, suivant ma pente, je parle plus volontiers du mauvais que du bon. Mais tout n’est pas si mauvais dans ce qui m’arrive. Il y a aussi de bonnes choses, dont je pourrais aussi bien parler. C’est d’ailleurs à cause d’elles que je continue de fréquenter mon Camille. Que peut-il y avoir de meilleur au monde, par exemple, que de lui faire, comme hier soir, un massage avec le lait pour le corps à 100 EUR d’Ascylte qui est à la noix de coco et qu’il a fait venir de là-bas, comme dit Camille ? « De là-bas ? Comment ça ? D’où donc, exactement ? – Ah ça ! Je ne sais pas. De là-bas quoi… Il l’a commandé sur Internet. – Ah d’accord… » Quand tout le lait à pénétré dans la peau si pâle de Camille, il se met à rouler sous mes mains comme de petits lambeaux noirs d’une crasse dont tant de blancheur ne laissait pas soupçonner la présence. « Mais depuis quand ne t’es-tu pas lavé ? » Camille aime aussi se faire percer les boutons ‘‘quand ils sont murs’’, dit-il, et se faire enlever les points noirs qu’il a dans le dos. Parfois, après le pus, c’est du sang qui perle sous la pression de mes doigts. Polémon m’avait déjà parlé du plaisir que prenait Camille à se faire ainsi charcuter le dos. Il prétendait, avec un peu de dégoût dans la voix, que c’était à cause de sa mauvaise hygiène que Camille avait tant de comédons. C’est qu’il ne savait pas, « Muse, que cette crasse était tout le génie », « que c’était tout mon sacre » ! Il y a du bon dans Camille. Il est venu m’aider, cet après-midi, à scier de vieilles planches qu’il y avait chez ma mère et qui pourront servir de bois de chauffe. Il a commencé par me montrer comment on se servait d’une scie. « Regarde, m’expliquait-il, il faut laisser travailler la scie dans toute sa longueur et le bois se coupe presque tout seul. » Mais comme il sait que je suis un grand mou et que je n’ai pas oublié ce qu’il m’avait dit sur la force et les nerfs, lors de mon déménagement, c’est lui qui a fait presque tout le travail. Moi j’aidais à tenir en place la planche qu’il était en train de scier. Penchées l’une et l’autre sur elle, nos têtes se frôlaient sans cesse et quand, après un effort trop intense, son corps se relâchait un peu, Camille appuyait son front au mien, pour se reposer quelques secondes. (Le front, c’est un peu le genou de la tête, quand on est plus intime.) J’aime que Camille me téléphone, comme ce soir, alors qu’on était encore ensemble, deux heures plus tôt, à la recherche d’une voiture d’occasion dont il veut faire l’acquisition, pour me dire sa joie d’en avoir enfin trouvé une, grâce à l’un de ses amis, qui lui vend la sienne pour 300 EUR. « Je n’aurai même pas besoin de faire un emprunt. Elle a juste le contrôle technique à passer et si des réparations sont ordonnées, leur coût sera déduit des 300 EUR. » J’aime qu’il me dise que sa nouvelle voiture affiche 500000 km au compteur. Ça me paraît énorme, mais je ne connais rien aux voitures. Je ne suis pas bien sûr qu’il ait fait une bonne affaire. A moins qu’il n’ait mal lu le nombre en question. J’aime aussi cela, d’ailleurs : que Camille ne sache pas lire les grands nombres ! Pour lui, 15000, 50000, 150000 ou 500000, sont des nombres illisibles et qui se confondent dans son esprit. Je trouve cela charmant. J’aime encore les regards exaspérés qu’il me lance dans le dos d’Alcidor (l’amant de Flipote), qu’il héberge en ce moment et qui lui dévore tout ce qu’il y a de comestible dans ses placards. Je l’aime aussi pour les énormités qu’il peut dire : « Je croyais, m’avoua-t-il par exemple, cet après-midi, qu’Ascylte était un grand bourgeois » ! Ce sont exactement les mots qu’il a prononcés ! (Je ne pense pas que Camille sache vraiment ce qu’ils signifient, parce que j’ai toujours dit qu’Ascylte avait l’air de ses origines, malgré les grands qu’il veut se donner : il a beau se parfumer, il empeste le caniveau !) « J’ai cru que c’était un grand bourgeois, disait-il donc, et puis j’ai vite compris, à force de le voir manger… » Et Camille d’imiter ce cochon d’Ascylte en train de mastiquer, avec force bruit, la bouche ouverte. « Et tu as vu comme il boit ? Le bruit qu’il fait aussi ? » S’il l’avait vu ! Ah ! S’il l’avait entendu ! J’aime rire avec Camille pour des bêtises et Ascylte nous fait beaucoup rire en ce moment. Il est devenu un véritable Aschenbach ! Il s’est fait couper les cheveux beaucoup plus courts et y met du gel, désormais ! Il avait confié à Camille vouloir se faire faire un piercing ou un tatouage. « Oh ! Oui, un tatouage ! Tu ne devrais pas le quitter tout de suite. Pousse-le d’abord à se faire tatouer quelque chose comme ‘‘Camille pour toujours’’ et ne le quitte qu’ensuite ! » C’est très bête, mais ça nous fait beaucoup rire.
22:13 Publié dans 2008, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Myriam, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15/01/2009
Mercredi 14 janvier 2009
Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre ! (Et je dois bien m’inclure, si je veux être honnête, dans ce lot de coquins et de crapules, même si j’en suis le plus candide, comme je disais récemment.) Je ne sais par où commencer. Je ne sais même pas s’il y a un quelconque intérêt à rapporter tout cela et risque fort d’en oublier beaucoup. Polémon me disait l’autre jour qu’il avait eu la visite d’un certain Philostrate, qui vit à Aire, comme lui. « Un Philostrate de vingt et un ans et qui vit à Aire, me suis-je dit, ce pourrait bien être celui avec qui je chatte depuis peu, et qui est d’Aire également. » Je me suis donc empressé d’aller demander à ce Philostrate s’il était bien celui dont m’avait parlé Polémon. C’était bien lui ! « Mais est-il vrai que vous êtes tombés passionnément amoureux l’un de l’autre et que vous avez échangé de fougueux baisers, comme Polémon le prétend ? – Quoi ? Il a dit ça ? Mais pas du tout. Nous ne nous sommes jamais embrassés et je lui ai d’ailleurs fait cette visite en toute amitié. » Quand j’ai demandé à Polémon pourquoi il m’avait fait ce mensonge, il m’a répondu que c’était pour ne pas me dire qu’il s’était remis avec Camille ! « Tu comprends, je me doutais que tu le prendrais mal. Mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour qu’il quitte Ascylte. » Comme si Camille avait besoin de personne pour quitter tout le monde ! Je préfère infiniment savoir Camille entre les bras de Polémon qu’entre ceux d’Ascylte. Mais il m’est pénible d’être pris pour un idiot par tous ces garçons. Polémon m’avait juré qu’il ne se remettrait plus jamais avec Camille, parce qu’il avait trop souffert à cause de lui. Bien sûr, je ne l’avais pas cru et le lui avais d’ailleurs fait remarquer : « Te remettre avec lui, peut-être pas, mais y remettre un petit coup pour tuer le temps, je suis sûr que tu le feras à la première occasion », ce dont il était convenu. Pourquoi donc m’avoir juré qu’il ne voulait pas se remettre avec lui, s’il ne le pensait pas ? Sans doute était-ce pour me mettre moi-même dans son lit, mais enfin, je n’avais pas besoin de ces sortes de promesses pour y entrer ! Lorsqu’il me disait que Camille avait quitté Ascylte et qu’il était déjà avec quelqu’un d’autre, c’était de lui-même que parlait Polémon. Et lorsque, je ne sais plus quel jour de la semaine dernière, Camille m’a dit qu’il ne pouvait pas venir me voir à telle heure, comme prévu, ce n’était pas parce qu’il avait été appelé pour son travail, mais parce qu’il était en sa compagnie. Le plus triste ou le plus amusant est que Polémon ne se rend pas compte que Camille n’est pas plus avec lui qu’il a jamais été avec Ascylte ou moi-même. Il n’est avec personne, ou avec tout le monde, si l’on préfère. Surtout, il ne cesse de mentir et s’emmêle dans ses mensonges. Par exemple, il m’avait dit que le nouvel amant de Flipote, la fille-mère, s’appelait Hermogène. En réalité, il s’appelle Alcidor. « Mais je croyais que l’amant de Flipote s’appelait Hermogène ! – Mais non, voyons, c’est Alcidor, son nom ! », m’a répondu Camille au téléphone, tout à l’heure, avec un aplomb incroyable, comme je l’appelais pour lui demander si je pouvais le retrouver chez lui. « Attends-moi à l’appartement, Alcidor t’ouvrira la porte, j’arrive le plus vite possible. » J’ai profité de ce que j’étais seul avec ce pauvre garçon, qui m’a accueilli presque nu, pour lui demander quel était son véritable nom : Alcidor, a-t-il reconnu, tout penaud, car Camille fait participer son entourage à tous ses mensonges. Encore cet après-midi, quand il fut enfin revenu dans son appartement, celui-ci s’est amusé à téléphoner à Ascylte, pour lui demander s’il avait des nouvelles de moi. Il voulait lui faire croire que lui n’en avait plus depuis longtemps. Flipote (qui nous avait rejoints tous les trois), Alcidor et moi, nous ne devions faire aucun bruit, parce que Camille, qui avait mis le haut-parleur de son téléphone, voulait faire croire au traitre qu’il était seul chez lui, pour mieux le faire parler. « Non, disait Ascylte, je n’ai pas de nouvelles de ce naze, etc. » Voilà comment Ascylte parle de moi ! (Alcidor et Flipote ne faisaient pas grand bruit, en effet : ils étaient en train de baiser aussi discrètement que possible dans le lit de Camille, non sans en avoir d’abord demandé la permission à Camille. « Moi, ça ne me dérange pas, avait-il répondu, c’est Olivier qui pourrait en être incommodé. – Ah mais pas du tout, faites donc comme chez vous ! » Que dire d’autre ? Ces créatures sont si bestiales ! Il fallait d’ailleurs voir la saleté de l’appartement de Camille. Je la lui ai fait remarquer et, comme si mon opinion avait pour lui quelque importance, il s’est mis à faire du rangement et à passer le balais, tandis que les deux parasites, qui sont sans doute ceux qui ont réellement sali l’endroit (car je n’ai pas souvenir que Camille était si salissant que cela lorsqu’il habitait chez moi) commençaient à se tripoter sous les couvertures.) Pendant une pause de leur conversation (car Ascylte, qui conduisait sa voiture, a dû poser son téléphone le temps de faire une manœuvre), Camille s’est moqué de lui devant nous : « Qu’il est bête, disait-il, il croit qu’on est encore ensemble… ». Camille voulait aussi savoir si, en son absence, l’abstinence n’était pas trop pénible à cet obsédé sexuel d’Ascylte, qui se croyait donc, ou plutôt affectait de se croire encore avec Camille. « Crois-tu vraiment qu’Ascylte ne va pas baiser à droite et à gauche en ton absence ? », ai-je ensuite demandé à Camille. « Oh ! Il ne m’a sûrement pas déjà remplacé, puisque j’ai toujours le double des clés de son appartement. S’il avait quelqu’un d’autre, il aurait voulu les reprendre. – Non, sans doute ne t’a-t-il pas encore remplacé, mais crois-moi, je le connais bien, et je suis sûr qu’il a déjà plus souvent baisé avec d’autres garçons qu’avec toi-même, depuis que vous vous êtes rencontrés ! » Je lui ai aussi rapporté ce qu’Ascylte raconte aux amis que nous avons en commun lui et moi. Christophe, le sidéen psychotique, m’a rapporté qu’Ascylte disait à qui voulait l’entendre que Camille lui avait volé 2000 EUR, ainsi qu’une espèce de lecteur MP3, ou quelque chose de ce genre. « Moi ? J’aurais volé 2000 EUR à Ascylte ? Et comment ça ? – Tu as dit toi-même, l’autre jour, que ce crétin t’avait donné le code de sa carte bancaire. – Oui, mais il l’a toujours avec lui… – Ce ne doit pas être bien difficile de la lui prendre sans qu’il s’en aperçoive. Mais tu sais, Camille, tu peux bien l’avoir volé, moi je m’en fiche complètement. Au contraire, je trouve qu’il l’a bien mérité. Et puis ça te ressemble bien, de voler les gens. Polémon m’avait déjà dit que tu étais un voleur et que tu avais volé ton propre père ! – Oui, mais c’était il y a longtemps ! Je ne sais pas ce que c’est que ces 2000 EUR. Peut-être que c’est le total de tout ce que je lui ai coûté, entre la bague, les bouquets, les vacances à la neige… » Camille ne voulait pas en démordre : il jurait n’avoir pas volé Ascylte. Je ne sais qui d’Ascylte ou de Camille dit la vérité. Et d’ailleurs, quelle importance ? Je sais bien, moi, qu’ils sont aussi perdus de vice l’un que l’autre, quoique différemment : l’un l’est comme en toute innocence, alors que le traître l’est par vice à proprement parler. Comme nous étions en train de parler de vol, et que Camille avait encore avec lui les clés de l’appartement de l’autre, il s’est mis à s’imaginer dépouillant vraiment ce pigeon d’Ascylte ! Je ne saurais dire s’il plaisantait ou s’il n’était pas un peu sérieux. Je crois surtout qu’il n’a aucun bon sens ni aucune morale. « Tu m’aiderais, Alcidor ! Il n’y aurait pas d’effraction, puisque j’ai les clés. Et puis le gardien de l’immeuble me connaît. – Mais justement, réfléchis, si le gardien te connaît et qu’il te voit, Ascylte saura que tu es le voleur ! Ne crois pas qu’il est aussi bête qu’il en a l’air. Tu sais qu’il serait prêt à tout pour se défendre. Méfie-toi de lui. Tu as bien vu qu’il a menacé de recourir aux pires mensonges pour se défendre de moi, quand j’ai menacé de le dénoncer à la justice, pour avoir violé le secret de l’instruction. – Oui, je sais, mais c’est parce qu’il avait peur. Tu lui as fait très peur, tu sais. » La pensée de la peur d’Ascylte m’est d’un très grand réconfort. Du coup, je n’ai pas résisté au plaisir de la raviver en lui envoyant des vœux pour la nouvelle année : « Mon cher Ascylte, / Ce n’est pas parce que tu essaies de te faire oublier de moi (comme en me bloquant sur MSN, par exemple), que je vais effectivement oublier de te souhaiter une bonne et heureuse année 2009. Je souhaite sincèrement que cette année ne soit pas la dernière à te voir exercer ce métier que tu aimes tant. J’espère de tout cœur que tu pourras encore trahir le secret de l’instruction aussi longtemps que tu le voudras et que des juges continueront à te donner de nombreuses missions d’expertise partout en France, pour que tu puisses encore te faire accompagner de ces jolis garçons que tu séduis à coups de voyages, de dîners et de chambres d’hôtel (sais-tu que tu es connu pour cela, dans le petit milieu de la justice ?). Puisse tout cela ne pas se terminer en 2009 ! / Ton ami, comme tu osais m’appeler encore tout récemment, / ‘‘ce naze’’, comme tu dis à notre jeune ami commun, / Olivier. » Je sais que le traitre m’a ‘‘bloqué’’ sur MSN, parce que, en me connectant sur le compte de Camille, dont je connais le code et où je vais régulièrement vérifier qui lui a écrit et qui se trouve parmi ses contacts, j’ai pu constater qu’Ascylte paraissait connecté quand, au même moment, mon propre compte m’indiquait qu’il était déconnecté. Preuve que je n’inventais rien, lorsque je parlais de la laideur d’Ascylte, l’autre jour : Camille a dit tout à l’heure qu’il avait l’air plus vieux que son père, qui n’a pourtant pas loin de vingt ans de plus ! « Il est tout ridé, tout chiffonné, tout pelé ! – C’est bien vrai qu’il est tout pelé », a confirmé Flipote. Je crois bien que je suis tombé sur un nid. J’ai passé presque ma vie entière à vaguer sur des chemins solitaires et suis finalement tombé sur un nid de guêpes. Ils sont tous aussi mauvais les uns que les autres.
00:41 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Philostrate, Polémon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13/01/2009
Lundi 12 janvier 2009
J’ai beaucoup parlé de ma méchanceté dans ce journal, souvent avec complaisance. Don Esteban me disait encore tout récemment qu’il bénissait la crise immobilière, financière, économique et mondiale d’avoir rendu impossible la vente de ce terrain des Baléares qui devait le remettre à flot : grâce à la crise, il n’a pas eu les moyens de commettre ce qui, estime-t-il, aurait sans doute été la plus grande erreur de sa vie : se rapprocher du monstre d’égoïsme et de méchanceté qui se donne à lire dans les pages de ce journal ! Je n’ai pas de raison de douter de la sincérité de son soulagement. Mais je me demande si mes lecteurs les plus attentifs ont remarqué cet autre trait de mon caractère, dont je n’ai peut-être jamais parlé ici, mais qui se laisse probablement voir à chaque ligne que j’écris : je parle de ma naïveté, de la très grande candeur qui, sans doute, fait paraître encore plus sombre tout ce qui n’est pas elle, c’est-à-dire tout le reste de moi. Je suis un candide : je n’ai découvert que ces tout derniers mois certaines hideurs des hommes et de la vie dont je savais l’existence, bien sûr, mais dont je n’avais aucune connaissance personnelle, faute d’expérience. Je suis tombé de très haut. La phobie qui m’empêchait de connaître le meilleur de la vie et des hommes m’avait aussi préservé du pire. Ma candeur est telle que je suis encore tout étonné de constater que ce pire était si près de moi et si fait pour moi, que non seulement il a pu entrer du jour au lendemain dans ma vie, dans mon lit, dans ma bouche, mais encore que c’est moi qui ai voulu l’y faire entrer, dans l’espoir il est vrai de trouver le meilleur, c’est moi qui ai voulu y goûter, y mettre la main. A présent, j’aurais beau me laver, comme après l’amour : je sais que l’odeur à la fois délicieuse et dégoûtante qui reste sur ces doigts que j’ai moi-même glissés à l’intérieur de Camille, ce trou béant, je sais que le goût qui reste dans cette bouche que j’avais moi-même mise autour du braquemart d’Ascylte, pour mon malheur, des années avant Camille, je sais que tout cela ne partira pas. La rencontre de Camille et d’Ascylte ne pouvait mener qu’à ma perte. Camille, c’est une poche où tout peut se loger, une béance qui ne tient à rien ; Ascylte, lui, voudrait tout pénétrer, tout posséder. Le premier a tout naturellement servi de fourreau au second. Mais trop lâche, aussitôt le poignard glissé en elle, cette gaine informe est tombée par terre, où d’autres viendront la ramasser (Polémon déjà) pour se fourrer dedans à leur tour. Il fallait donc que la lame restât dégainée : elle voulait d’une victime. J’étais si candide que je me suis littéralement jeté sur elle. Ascylte et Camille m’ont poignardé, non pas dans le dos, non, mais dans les yeux : ils m’ont mis au monde.
03:23 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07/01/2009
Mercredi 7 janvier 2009
C’est tout de même un drôle de personnage que cet Ascylte. Il a donné le code de sa carte de crédit à Camille, alors qu’il s’était déjà fait voler de plus de 1000 EUR par l’un de ses anciens amants, à qui il avait aussi donné ce code. Il a besoin de forcer les choses, pour se donner l’illusion d’un amour total et fusionnel, j’imagine. D’où cette ‘‘bague de fiançailles’’, si tôt, et des projets de Pacs, déjà. Mais Polémon me rapportait tout à l’heure que Camille lui avait confié hier soir qu’il avait l’intention de quitter Ascylte et qu’il avait d’ailleurs déjà rencontré quelqu’un pour le remplacer. J’ai sans doute déjà dit que Camille racontait presque toujours n’importe quoi. Ce quelqu’un existe peut-être, bien sûr. Mais ce pourrait être aussi bien le bel hétéro de Strasbourg, qu’il héberge en ce moment chez lui. Rien ne me ferait plus plaisir, pour commencer l’année, que de voir Ascylte abandonné. Ce ne serait que justice. Un début de justice. Presque rien, en vérité, parce que j’ai toujours su que ni Camille ni Ascylte n’étaient vraiment amoureux l’un de l’autre. Etre abandonné ne devrait donc pas beaucoup affecter le traitre, d’autant plus traitre que la trahison de notre amitié n’avait pas même l’excuse de l’amour, contre lequel j’aurais pu comprendre qu’il lui était difficile de lutter. Il m’a volé, voilà tout. Il est entré dans ma maison, y a trouvé un objet qui lui plaisait, et s’en est emparé, sans même se cacher. Mais il le paiera, d’une manière ou d’une autre.
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Mardi 6 janvier 2009
L’espèce d’hilarité qui anime Camille lorsqu’il parle de cette crevure d’Ascylte a quelque chose de rassurant : elle tend a prouver que le garçon sait parfaitement ce qu’il fait et que j’avais tort de me faire tant de souci pour lui, que je croyais tombé sous la coupe du traitre manipulateur ; c’est le manipulateur qui est manipulé. J’étais chez Camille avant-hier qui, retour de Bordeaux, était en train de fouiller dans son sac de voyage. Le voici soudain qui s’écrie : « Mince ! J’ai oublié de rendre à Ascylte sa crème à 100 EUR ! Oh ! Et son gommage à 60 EUR aussi ! Tant pis pour lui. – Mais tu connais donc le prix de toutes les choses qui appartiennent à Ascylte ? » Eh bien oui ! Ascylte dit à Camille le prix de tout ce qu’il possède et de tout ce qu’il lui offre, pour l’émerveiller, sans doute ! Ce bouquet de rose, que Camille s’est empressé de mettre à la poubelle, parce qu’il l’encombrait dans son petit appartement, a coûté 30 ou 40 EUR, je ne sais plus exactement. Sa bague de fiançailles, comme il dit, qui est en réalité une alliance, 300 EUR. « C’est un peu bête d’avoir dépensé autant d’argent pour cette bague, a dit Camille, transi d’amour, parce que si je dois quitter Ascylte bientôt, ce seront 300 EUR de jetés par la fenêtre. – Mais jeter l’argent par les fenêtres, c’est tout ce qu’il sait faire, c’est sa façon d’exister : il a besoin d’acheter les choses les plus chères pour donner aux autres l’impression qu’il est quelqu’un ! Est-ce qu’il a toujours ses trois téléphones portables ? Et son téléphone plaqué or, il l’a encore ? – Plaqué or ? Non, je ne crois pas. Par contre, il m’a donné l’un des siens. Mais qu’est-ce qu’il veut que j’en fasse, de son téléphone ? » Il y avait avec nous un bel hétéro de Strasbourg et qui habite chez Camille en attendant de trouver où se loger à Mont-de-Marsan, où il veut s’installer, parce qu’il est amoureux de la fille-mère, celle qui voulait se faire épouser de Camille et qui veut à présent se marier avec le Strasbourgeois. Notre hétéro s’étonnait qu’Ascylte achète si cher des crèmes apparemment bien peu efficaces, du moins sur son épouvantable peau, qu’il a si sèche qu’elle pèle littéralement aux abords de ses cheveux, au point qu’on pourrait presque croire que ses pellicules ne lui viennent pas du cuir chevelu mais bien du front ! C’est dire s’il est beau. Il nous a fallu expliquer au Strasbourgeois que ce n’était pas pour leur efficacité qu’Ascylte achetait ces crèmes, mais seulement pour pouvoir en dire le prix… Camille m’a fort effrayé en disant qu’il voulait déménager. « Quoi ? Tu vas t’installer à Bordeaux. – Non, je vais déménager à Mont-de-Marsan. – Mais tu y habites déjà, à Mont-de-Marsan. – Oui, mais je voudrais un appartement plus grand. Celui-ci est trop petit. Mais je ne veux pas habiter à Bordeaux. C’est trop stressant. Il y a trop de monde, trop d’agitation. Je veux rester à Mont-de-Marsan, parce que c’est ici que sont mes amis », a-t-il dit en me regardant malicieusement, du coin de l’œil. Il ne m’en fallait pas plus pour être heureux. Mais je ne me fais aucune illusion. Camille est ce qu’on appelle une mauvaise langue. J’ai parfaitement conscience qu’il rit de moi dans mon dos, comme il le fait d’Ascylte, de la fille-mère, de Polémon (qui m’a rapporté une grande partie des moqueries que Camille faisait en sa présence à mon sujet), de ce gros porc de Corydon, bref : de tout le monde.
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02/01/2009
Jeudi 1er janvier 2009
Pour 20 EUR seulement, j’ai baisé tout à l’heure avec un vieux grand maigre de la campagne, fort mal dégrossi, et qui doit beaucoup aimer les animaux, parce que les perruches qu’il avait installées dans sa chambre la faisait sentir aussi mauvais que lui ! 20 EUR, certains trouveraient que c’est peu. Mais ce peut être aussi beaucoup d’argent. C’était par exemple tout ce que mon homme avait pu économiser durant le mois qui vient de se terminer. « J’ai réussi à économiser 20 EUR ce mois-ci, m’a-t-il dit, c’est pourquoi je peux m’offrir ce petit cadeau avec toi, ce soir. – Oui, les temps sont durs, et Noël et les fêtes de fin d’année n’arrangent rien… » J’étais donc un cadeau supplémentaire pour le Noël de ce rustre, un petit cadeau secret, qu’il ne pouvait pas déballer devant sa femme, qui vit dans une autre maisonnette, juste à côté de la sienne. A moi aussi, il arrive de n’avoir pu sauver que 20 EUR du peu d’argent que j’ai gagné dans le mois ! C’est pourquoi j’exerce parfois ce métier qu’on dit le plus vieux du monde. Dans ces Landes presque désertes, où la demande est donc fort rare, on n’a pas d’autre choix que d’adapter ses tarifs aux moyens des payeurs éventuels. Si l’on s’entête à demander 100 EUR à quelqu’un qui n’en a que trente à donner, l’on est assuré de ne pas toucher un centime. X xxx x xxxxxxxx xx xxxxxxx xxx xx xxxxx xxx xxxxxx xxxxxxxxx xxx xxxxxxxx xxxxxxx x xxxxxx xxx xxxxx xxxxx xxxxxxxx, pour des sommes souvent exorbitantes : « Xxxxxx xxxx xxxxxxxx xxxxx à ceux qui ont peu à donner. Peu, c’est toujours mieux que rien du tout ! » Evidemment, cela demande d’avoir un peu de flair. Il faut savoir faire d’abord parler le payeur, pour se faire une idée des moyens qui sont les siens. A s’entendre demander trop, certains se ferment à toute négociation du prix. Ils ont tort, car ils passent à côté de plaisirs qui étaient à leur portée, comme d’autres se privent de 30 EUR pour en avoir demandé cent. C’est un métier qui se pratique par charité peut-être autant que par intérêt. 30 EUR, c’est un petit trésor. C’est par exemple le prix d’une séance chez le psychanalyste que m’a conseillé mon médecin généraliste. Mais avec 30 EUR, je pourrais également acheter trente paires de lentilles de contact et en porter une par jour pendant un mois ! Quand je veux en racheter, je pars donc à la recherche d’un client ou deux, selon les moyens qui sont les leurs. Et je fais ainsi pour financer une grande partie de ce qu’il y a de superflu dans mes dépenses ; et parfois même, dans les mois difficiles, pour payer le nécessaire, pour acheter de quoi manger ou de quoi faire le plein de la voiture. Je trouve cela xxxx xxxxxxxxx xxx xx xxxxxx xxx xxxxx xxxxxxxxxxxx xx xxxxxxxx xx xx xxxxx x xxxx xxx xxxxxxx que j’ai en horreur et que je trouve de plus en plus obscènes. Et c’est beaucoup moins éprouvant pour mes nerfs, qui sont très sensibles. Mais ce n’est pas d’argent que je voulais parler ce soir. En rentrant de chez mon rustre, je me suis fait cette réflexion qu’il avait à peu près la même corpulence que Camille. J’en fus comme saisi d’effroi : cet homme, ce pourrait être Camille dans trente-cinq ans ! Pour l’instant, sa beauté, sa jeunesse, sa fraîcheur, rendent son hygiène douteuse ou sa maladie supportables, et même désirables, mais qu’en sera-t-il dans seulement dix années ? La maladie l’aura sans doute prématurément vieilli. Ce ne sera plus qu’un homme malade et qui pue. Qui sera donc encore là pour le désirer ? Je me demande s’il n’y a pas une loi secrète de l’amour, qui fait se reconnaître entre eux les hommes malades et ceux qui sont destinés à l’être. Cela pourrait expliquer que Camille soit tombé amoureux d’Ascylte, cet homme encore jeune et déjà rendu dégoûtant par sa très mauvaise santé. Je commence à croire en la sincérité de l’amour de Camille et je trouve qu’il n’y a rien de plus triste qu’un tel amour. C’est moi qu’il aurait dû aimer, ma fraîcheur et ma bonne santé ! Mais je commence à croire que c’est précisément à cause d’elles qu’il ne l’a pas pu. Je suis tombé tout à l’heure, chez ma sœur, sur des photos qu’elle avait faites de lui au tout début de notre histoire. Il a beaucoup maigri depuis, lui qui était déjà si mince. J’ai recherché des photos plus récentes et j’ai cru, en les trouvant, pouvoir deviner dans les traits de son visage, dans sa nudité, qu’il m’avait laissé photographier, quel serait l’aspect de son cadavre, le jour de sa mort. Ce bouffon d’Ascylte se vantait l’autre jour de lui avoir sauvé la vie. « A cause de cet imbécile de médecin, m’a-t-il dit, qui croyait à une simple crise de foi (c’était le lendemain du réveillon de Noël), Camille a failli mourir. Il était en ‘‘acidocétose’’ et tout près du coma diabétique. Si je ne l’avais pas conduit aux urgences, il serait sûrement mort ! – Et toi qui disais avoir une bonne influence sur lui, sur son humeur, sur sa santé… Apparemment, il n’en est rien ! Si tu ne le trompais pas dès qu’il a le dos tourné, peut-être serait-il moins anxieux, plus serein. C’est toi qui le fais tomber dans le coma, pauvre con ! » J’ai cet horrible sentiment qu’en laissant entrer Ascylte dans sa jeune vie, Camille a choisi de se fiancer avec la mort.
03:27 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
29/12/2008
Dimanche 28 décembre 2008
J’ai relu les conversations MSN que je disais hier vouloir recopier dans ce blogue. Mais finalement, je m’aperçois que leur publication ferait tomber un peu plus encore mon journal dans le bas et le sordide. J’ai longtemps cru qu’il m’aidait à regarder avec un peu plus de détachement ce qui n’allait pas dans ma vie, dans mon être. A présent je suis presque certain qu’il m’y enchaîne, au contraire, en nourrissant mes obsessions. Il faudrait que j’arrive à parler d’autre chose, c’est-à-dire de quelqu’un d’autre ! Je ne dirais pas que Camille m’a rendu fou, mais il m’a fait me rappeler que je l’étais. Je dois bien reconnaître qu’il n’est pas tout à fait normal de dépenser autant d’énergie à piéger Ascylte en le faisant parler à des personnages de mon invention. Si ce n’est pas de la folie, c’est tout de même très bête et probablement inutile. Ce qui est de la folie, c’est de vouloir empêcher Camille de se compromettre avec des Ascylte, de se fourvoyer, de se perdre. C’est vouloir l’empêcher de vivre et c’est à coup sûr l’éloigner de moi. C’est surtout mon ego blessé qui m’a fait réagir si violemment, car j’ai déjà dit que je n’aimais pas passionnément Camille. Mais s’il est vrai que je ne l’aime pas passionnément, je lui ai tout de même avoué avant-hier que je l’aimais à la fois comme un petit amoureux, comme un ami et comme un jeune frère : que je l’aimais donc énormément si ce n’est passionnément. Ce qu’il y a de passion en moi est tout autre. Il faudrait dire que je n’aime passionnément pas être abandonné. Et c’est toujours ce qui arrive, évidemment. Ma peur de l’être me fait me comporter de telle manière qu’on n’a généralement pas d’autre choix que de me fuir !
02:41 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27/12/2008
Samedi 27 décembre 2008
J’écrivais mardi, au sujet de Polémon, que j’ai d’ailleurs eu l’occasion de connaître un peu plus en profondeur, hier soir, qu’il avait ‘‘fait la pute à Toulouse’’, à une époque. Mais que les gens sont mauvaises langues ! Cyrille, l’actuel amoureux de ma sœur, a travaillé pendant un certain temps comme serveur dans un bar de Mont-de-Marsan tenu par un vieux pédé à qui je n’ai jamais adressé la parole de ma vie, même si nous avons eu des connaissances en commun, avec lesquelles il a pu m’arriver d’entrer dans son établissement. J’ai toujours trouvé cet homme antipathique et lui moi. Or j’ai tout récemment appris de la bouche de Cyrille, au cours d’une petite soirée chez ma sœur donnée en l’honneur de Matio, qui se trouvait pour une fois à Mont-de-Marsan (c’était avant-hier), que ce patron de bar avait d’abord tenté de dissuader son employé de sortir avec elle en le prévenant qu’elle était séropositive. Et sans doute pour bien lui faire entendre que ma sœur était d’une famille vraiment peu fréquentable, il avait ajouté que le frère de celle-ci, c’est-à-dire moi, ‘‘faisait la pute à Toulouse’’, cela dit exactement dans les mêmes termes que ceux que j’ai utilisés à propos de Polémon. Comment diable les rumeurs se forment-elles donc, si précises et si vagues, si vraies et si fausses ? Sans doute y a-t-il une part de vérité dans toutes les rumeurs, mais pourquoi donc Toulouse, puisque c’est à Bordeaux que j’ai fait mes études ? Matio et moi sommes donc allés finir de nous soûler dans le bar de cette langue de vipère (l’un des seuls à être ouverts un vingt-cinq décembre à Mont-de-Marsan), pour lui dire que nous faisions des promotions pour Noël et qu’il pouvait avoir deux putes pour le prix d’une, s’il le souhaitait, ce vieux cochon ! Mais nous ne sommes pas restés longtemps dans cet endroit, qui était infesté de gitans, avec qui Matio a d’ailleurs eu des mots, et en espagnol, pour faire plus viril. En sortant du bar, nous avons croisé ce pauvre Trimalcion, qui n’est pas sans charme, finalement, ai-je d’ailleurs pu remarquer, à cette très brève occasion, parce que je n’ai pas pensé à m’arrêter pour le saluer, trop saoul et furieux que j’étais de la gitanerie ambiante. Je crois qu’il me prend pour un fou. Il avait l’air complètement abasourdi de me voir sortir de ce bar, ou peut-être était-il ébloui par ma nouvelle coiffure et par la fraîcheur de mon teint, même en pleine ivresse et si tard ! Sans doute allait-il rejoindre le beau Nicandre, qui était à l’intérieur. Je ne serai jamais heureux. Je sais déjà que ce que j’aime en Polémon, c’est qu’il m’aime, me trouve beau et me le dise. « Tu es beau même quand tu as les yeux fermés et que tu dors », me dit-il, sauf que je ne dors pas, bien sûr. « Même quand tu fais la grimace ! » Ce que j’aime aussi, c’est qu’il me dise sans doute les mêmes paroles qu’il a tenues à Camille, que Polémon a beaucoup aimé. Au fond, je ne me suis intéressé à lui que par esprit de symétrie et pour rétablir un certain équilibre. Un prétendu ami m’a volé Camille ? Il me fallait donc prendre possession d’un amant de ce dernier. Grâce à cela, Camille et moi nous parlons plus facilement désormais : nous nous parlons en égaux. J’ai même pu retrouver une certaine supériorité sur lui, car Polémon, en ne sachant pas tenir sa langue, a réussi à insinuer le doute en Camille, qui soupçonne fort les tromperies d’Ascylte. Camille a bien sûr parlé de ses soupçons au traitre, qui fait donc tout pour l’empêcher de me voir : il craint sans doute que je l’éloigne définitivement de lui. Pourquoi donc cette crainte, se demandera mon lecteur, puisqu’il n’est probablement pas très attaché à lui, s’il le trompe ? C’est sans doute parce qu’il n’a encore trouvé personne pour le remplacer, et qu’il ne veut pas aller tout seul ‘‘au ski’’ ! C’est tout ! Peut-être est-ce aussi parce qu’il a peur que j’attende que Camille et lui ne soient plus ensemble pour me venger. Je lui avais dit, en effet, que j’y renonçais non pas par bonté, mais par amour pour Camille, à qui ma vengeance aurait causé de la peine. Même si Ascylte n’a aucun scrupule, même s’il serait sans doute prêt à tout pour se défendre, il a peur, il a peur de moi, parce qu’il ne peut pas être entièrement sûr de remporter la victoire et parce que, finalement, il a bien plus à perdre que moi. Sa peur est manifeste, dans la deuxième grande conversation qu’il a eue avec le personnage que je me suis inventé de petit pédé candide pour le démasquer à Camille. Comme Polémon a parlé à Camille de la première conversation qu’Ascylte avait eue avec mon petit personnage, qui s’appelle Antoine, et que Camille en a parlé à son tour à Ascylte, pour avoir des explications, ce dernier est venu demander lui aussi des explications au pauvre Antoine : il voulait savoir comment Polémon pouvait avoir eu vent de leur conversation. La peur et la mauvaise foi d’Ascylte sont à peine croyables, à moins qu’il ne se joue à son tour de moi, comme m’a fait remarquer Polémon, ce que j’ai pourtant peine à croire. Mais il faut à présent que je recopie ces fameuses conversations, que je publierai sans doute demain, ou dans le courant de la semaine prochaine.
23:59 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Cyrille, Journal, Ma soeur, Matio, Nicandre, Polémon, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24/12/2008
Mardi 23 décembre 2008
J’ai téléphoné dimanche à Camille, que j’avais envie de voir, mais qui est à Bordeaux jusqu’à Noël. Il m’a dit qu’il savait déjà que j’allais peut-être sortir avec Polémon, qui le lui aurait répété. Polémon me jure qu’il n’a plus parlé à Camille depuis des jours. De qui Camille peut-il donc tenir cela ? Du petit Ilisos, son autre ancien amant, à qui il me faut bien finalement donner un nom ? De cette fille-mère qui est aussi l’amie de Polémon ? De ce journal, peut-être, dont je sais qu’Ascylte connaît l’existence ? Ayant en effet récemment demandé à celui-ci depuis quand il lui semblait que j’avais besoin des services d’un psychanalyste (comme il le prétend depuis que j’ai menacé de le dénoncer, ce qui ne serait pas une réaction des plus saines, selon lui), je me suis entendu répondre qu’il le pensait depuis bien longtemps déjà, depuis qu’un de ses amis, qui me lisait à l’époque, lui avait donné l’adresse de ce blogue, dont il avait lu une partie, mais une partie seulement, tant le contenu l’avait dérangé : il avait été en effet sur le point de s’évanouir, tant il avait ressenti d’ondes négatives émaner de cette lecture. Car j’avais oublié de dire que notre psy est également un peu voyant à ses heures, extralucide ! C’est dire le niveau du type, qui est pourtant expert en psychologie auprès de bien des tribunaux de France et de Navarre, et même du Luxembourg ! Camille m’a semblé être un peu troublé, au téléphone, par cette perspective d’une association entre Polémon et moi, dont il s’est immédiatement mis à me parler avec inquiétude. Il faut dire que nous sommes sans doute les deux garçons qui l’avons le plus aimé dernièrement, ou du moins ceux qui le lui avons le plus montré. Il s’aperçoit soudain que nous lui échappons peut-être, et que nous lui échappons ensemble et l’un grâce à l’autre. Maintenant qu’il sait que j’ai rencontré physiquement Polémon hier soir, Camille se montre avec moi très prévenant, dans nos conversations sur MSN. Il m’invite à me méfier de son ancien amant, sur lequel il ne tarit plus, mais non pas d’éloges, comme on s’en doute ! Et quand je lui demande pourquoi il se montre soudain si soucieux de mon bonheur, il me répond que c’est parce qu’il est attaché à moi, parce qu’il a peur pour moi, etc. Je l’ai remercié pour ses conseils, même si, comme je le lui ai expliqué, je risquais de ne pas plus l’écouter que lui moi lorsque je lui ai conseillé de se méfier de ce fourbe d’Ascylte, dont je sais qu’il ne tient pas plus à Camille qu’au minet qu’il est déjà en train de rechercher pour le remplacer. Je ne voulais pas en parler plus tôt dans ce journal, parce que je nourrissais encore l’espoir de me venger d’Ascylte, et que les moyens dont je me suis servi dans le but de prouver à Camille la fausseté de son amant sont les mêmes qu’une partie de ceux grâce auxquels j’espérais pouvoir prouver le parjure de cet homme assermenté ; mais après avoir longuement pesé la chose, conseillé par un ami qui est avocat, je me suis aperçu que toute l’affaire, au fond, consisterait à établir quelle serait la plus crédible de nos deux paroles : ce serait la sienne contre la mienne ! Autant dire que le combat est perdu d’avance contre cet individu sans aucun scrupule, qui a nécessairement la confiance des juges pour qui il travaille, et précisément parce qu’il est assermenté. Il aurait fallu que plusieurs personnes l’accusassent des mêmes faits pour pouvoir espérer le perdre. J’ai renoncé à ma vengeance et n’ai donc plus à cacher au traitre, qui lit peut-être ce blogue, que les conversations que nous avons sur MSN sont automatiquement enregistrées depuis plusieurs mois déjà sur le disque dur de mon ordinateur portable, comme je m’en suis aperçu tout récemment, au moment de faire justement en sorte de les enregistrer, dans l’espoir de lui faire répéter les aveux qu’il m’avait fait une première fois, mais sur mon autre ordinateur, la petite machine ‘‘ultra portable’’ que je me suis offerte à mon anniversaire, et sur laquelle les conversations MSN n’étaient hélas pas encore automatiquement enregistrées à ce moment-là, ce qui n’est désormais plus le cas. De toute façon, même si j’avais pu lui faire répéter ses aveux, mon ami avocat m’a dit qu’ils n’auraient pas eu bien grande valeur et qu’Ascylte n’aurait eu qu’à se rétracter. Je connais fort bien les goûts de ce dernier, pour le fréquenter depuis plus de quatre ans. Je me suis donc créé un personnage susceptible de lui plaire, pour le piéger sur l’un des chat de rencontre entre pédés que je le sais fréquenter. J’ai également créé une nouvelle adresse hotmail, pour pouvoir enregistrer toute la conversation que nous avons eue (car Ascylte est évidemment tombé dans mon piège) et dans le but de la faire lire au pauvre Camille, au moment opportun. Il ressort de cette conversation, que je recopierai tout à l’heure, qu’Ascylte n’est pas du tout amoureux de Camille, comme il me l’avait fait croire, pour excuser la trahison de notre amitié, tant il est vrai que l’amour peut faire agir parfois en dépit du bon sens ou de la morale. Mais l’excuse était un mensonge et ce n’est pas par amour qu’Ascylte m’a trahi mais, comme je le soupçonnais déjà fort, uniquement parce qu’il avait envie d’enculer un joli garçon de plus. Le crime n’en est que plus grave. J’ai demandé à Camille s’il était amoureux d’Ascylte. Il me répond qu’il l’est, ce que j’ai bien du mal à croire. Je lui objecte que je ne crois pas en la sincérité de son amour. Ce qu’il aime en Ascylte, c’est… « Son argent ? Si c’est ce que tu crois, tu te trompes. – Non, pas seulement son argent, mais aussi les relations qu’il a dans les milieux médicaux, et qui pourraient te servir à mieux soigner ton diabète. Je suis tellement persuadé que tu n’es pas amoureux d’Ascylte que, même si je pouvais prouver qu’il te trompe, tu t’empresserais de lui pardonner, ou tu ferais celui qui ne me crois pas, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses libéralités. – Non, absolument pas, parce que je sais qu’Ascylte ne me tromperait jamais. Mais s’il le faisait, je le quitterais immédiatement. – Si tu le dis… » Je ne sais plus quoi faire. J’ai peur de causer de la peine à Camille, en lui apprenant qu’Ascylte le trompe et ne l’aime pas. Il doit aller ‘‘au ski’’ avec lui, en Suisse, peu avant le nouvel an. Autant l’y laisser aller. Ce sera toujours cela de gagné pour Camille. Il sera toujours temps de lui ouvrir les yeux, plus tard. Camille jure n’être pas intéressé par l’argent d’Ascylte, mais il est tout de même un peu pute sur les bords, comme tous les garçons de son âge (c’était aussi mon cas), et tout heureux à l’idée de se faire offrir bientôt par lui un nouvel ordinateur portable. « Et tu dis que l’argent ne compte pas ! Profites-en tant qu’il en est encore temps, Camille, et si tu veux que je te donne un conseil, fais-toi offrir par Ascylte le plus de choses possible. Ses libéralités pourraient ne pas durer. – Mais non, il m’aime. Regarde, il m’a offert une bague de fiançailles. On va se pacser, au mois de mars ! – Eh bien je souhaite sincèrement pour toi qu’Ascylte ne se joue pas de toi. » (Polémon aussi faisait la pute, lorsqu’il vivait à Toulouse. Il habitait chez des hommes qui le nourrissaient et le blanchissaient. Il sortait beaucoup la nuit, avait fini par boire énormément, et c’est pour se mettre au vert qu’il s’est retrouvé à Aire-sur-l’Adour, où il vit désormais. Je ne sais si mes lecteurs l’ont compris, car je ne suis pas toujours bien clair ni très explicite, mais tous les gens dont je parle dans ce journal ne sont le plus souvent que des roués.) Je suis presque sûr que ce projet de pacs est un mensonge de Camille si ce n’est d’Ascylte. J’ai dit que je m’étais aperçu récemment que les conversations MSN étaient automatiquement enregistrées sur le disque dur de mon ordinateur portable depuis des mois. J’ai donc pu lire toutes celles que Camille avait eues lorsqu’il habitait chez moi et qu’il se servait de mon ordinateur. C’est ainsi que j’ai pris conscience de son génie pour le mensonge et que j’ai appris bien des tours qu’il m’avait joués dans le dos. Si j’ai su que Ménécrate était déjà venu dans ma nouvelle maison, c’est grâce à la conversation enregistrée qu’il avait eue d’abord avec Camille, qui l’invitait à l’y rejoindre pour se faire baiser. J’ai pu constater que celui-ci avait très souvent ‘‘levé’’ des garçons, sur différents chat de rencontre, dans le but de coucher avec eux : avec eux plutôt qu’avec moi ! Bien sûr, Camille se défend en me rappelant qu’il s’était déjà souvent amusé à exciter des garçons en ma compagnie, pour rien, pour s’occuper, pour me faire rire, pour passer le temps, mais je suis sûr que parmi tous ces garçons, il y en a avec qui il a finalement baisé malgré tout. Il fallait voir la tête de Camille à l’écran de l’ordinateur, lorsque je lui ai révélé que j’avais lu toutes ses conversations ! C’était très amusant. Et je crois que cela nous a encore un peu plus rapprochés. Il sait désormais que j’ai pu lire en lui à livre ouvert. C’est grâce à cette lecture que j’ai également pu constater que Camille était réellement très remonté contre son père. Certaines conversations qu’il a eues avec l’une de ses cousines me le montrent assoiffé de vengeance et des mots épouvantables plein la bouche : il a dans ces passages-là quelque chose de proprement effrayant. Ce n’est plus mon Camille, c’est le Camille qu’il me cachait, et qu’il sait que j’ai vu désormais. Je l’ai vu si souvent mentir, dans toutes ces conversations, que j’ai presque la certitude que ce projet de pacs est une invention de lui. D’un autre côté, la candeur et la joie avec lesquelles il a rapproché son alliance de l’objectif de la caméra pour mieux me la faire voir étaient si saisissantes de vérité que j’hésite réellement à lui faire lire la conversation que j’ai enregistrée entre Ascylte et le personnage que j’ai inventé pour le lui démasquer : et si Camille était réellement amoureux ? Et s’il en avait le cœur brisé ? Je ne veux pas être celui qui lui fera verser des larmes. Je me suis aperçu, en relisant certains passages de ce journal, que je n’avais pas vraiment su faire passer dans ces pages l’horreur et l’effroi que m’inspire Ascylte. On pourrait croire que je le hais pour ce qu’il m’a fait, ce qui est d’ailleurs vrai en grande partie. Mais je le hais également parce qu’il est réellement détestable. Je le hais pour ce qu’il est, ce qu’il est réellement, indépendamment de mes petites et grande contrariétés, et que je vais tenter de dire à présent. Ascylte, c’est L’Imposteur de Molière, un nain posteur, comme écrit Polémon, pour me faire sourire. C’est l’air irrespirable du temps qui s’est engouffré dans ma maison pour tout empester et me voler ma femme et mon bien, c’est-à-dire mon mignon et mon bonheur déjà si précaire. L’air irrespirable du temps, c’est, de nos jours, l’inhumaine psychologie, dont Ascylte a fait son métier, c’est l’arrogante et froide expertise de parvenus assermentés, c’est l’impitoyable ‘‘humanisme’’ (celui des antiracistes, des ‘‘homophobophobes’’ et apparentés), qui n’hésite pas à censurer, à calomnier, à ruiner, à lyncher des hommes pour le bien de l’humanité. Qu’on songe par exemple qu’Ascylte, dans un récent procès, était le seul expert psychologue qui, dans son rapport, voulait faire passer l’accusé, qui reconnaissait d’ailleurs sa culpabilité dans une affaire d’assassinat et de tentative d’assassinat dont deux homosexuels avaient été les victimes, pour un homophobe, ce qui aurait sans doute considérablement alourdi sa peine, s’il avait été reconnu tel. En réalité, même si l’accusé était sans doute homophobe, c’est à cause d’une querelle de voisinage qui durait depuis plus de dix ans qu’il en était arrivé à commettre l’irréparable. L’on peut sans doute être homophobe et ne pas assassiner des homosexuels par homophobie, mais pour la même raison qu’on assassine parfois des hétérosexuels, raison sans doute universelle : parce qu’on n’aime pas ses voisins ! Pourquoi donc Ascylte est-il si acharné à débusquer l’homophobe, le pédophile, le tortionnaire ou le bourreau ? Parce qu’il prétend avoir été lui-même victime des attouchements ou du viol d’un pédiatre, lorsqu’il était un jeune adolescent. Nous voici au cœur de l’époque, c’est la pestilence même du temps : nous avons assisté depuis peu à l’avènement de l’empire des victimes. Ascylte, qui en a été une, s’est fait le champion de toutes. Comment donc, dans ces conditions, pourrait-il être objectif, impartial ? « Malheur à la ville dont le prince est un enfant », surtout si c’est un enfant maltraité ! C’est, pour commencer, une ville où il ne peut plus y avoir de justice. Mais Ascylte n’est pas qu’une victime ! Il est un monstre plus effrayant encore ! C’est un assuré social ! Sous prétexte qu’il était ‘‘en arrêt maladie’’ (pour cause d’épuisement !), Ascylte, dans le procès dont j’ai déjà parlé, ne s’était pas rendu à l’audience le jour prévu. C’est en entendant faire le compte rendu des débats, le soir, à la télévision, et en constatant que la thèse de l’homophobie semblait ne pas devoir être retenue, qu’il avait fait l’effort de se déplacer, le lendemain, pour être entendu. Mais le juge n’avait pas voulu l’écouter : Ascylte avait dû rester muet, dans la salle, au milieu du public, ce qui l’avait fort contrarié. « Quand même, elle aurait pu m’écouter, cette juge (c’était une femme). Elle aurait dû tenir compte du fait que je m’étais déplacé malgré mon arrêt maladie. C’était une preuve de ma bonne volonté, de mon souci d’aider la justice. – Oui, sans doute, mais je crois qu’elle aurait été encore plus impressionnée si tu avais fait l’effort de venir malgré ton ‘‘arrêt maladie’’ le jour prévu ! Surtout que tu n’as pas l’air si épuisé que cela… » Malheur à la ville dont le prince est un assuré social ! Comment donc un assuré social pourrait-il sérieusement aider à rendre une bonne justice ? Je me souviens tout à coup de ce qu’écrivait Céline : « Je voudrais voir un peu Louis XIV avec un ‘‘assuré social’’ !... Il verrait si l’Etat c’est lui ! » Je n’ai plus le courage de recopier la conversation que mon personnage inventé de petit pédé candide à eue avec ce satyre lubrique d’Ascylte. Je le ferai un autre jour.
00:29 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Ilisos, Journal, Ménécrate, Polémon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19/12/2008
Jeudi 18 décembre 2008
J’ai parlé avec un autre ancien amant de Camille, à qui je ne suis pas sûr qu’il me faille déjà donner un nom, ne sachant pas si j’aurai l’occasion de reparler de lui dans ce journal, même s’il le mériterait fort, tant il est joli à regarder. Son jugement sur Camille n’est pas bien différent de celui de Polémon. Voici ce qu’il m’a dit de lui, en des termes que je m’efforce de reproduire aussi fidèlement que possible : « Non mais tu n’as rien à te reprocher, tu sais, et puis ce n’est pas ton ami qui te l’a piqué, c’est Camille qui a été voir ailleurs. C’est son trip de coucher avec tout le monde comme une pute. Alors, sérieux, ne souffre plus pour une tapette comme lui, tu te gâches la vie. » Mais il a beau dire, je souffre, et je souffre encore plus d’entendre parler si unanimement mal de Camille. Ce n’est pas à lui que j’en veux le plus, c’est à ces prétendus amis qui ont couché avec lui sans me le dire, qui m’ont laissé me confier à eux, lorsque ma peine était trop grande, sans me dire qu’ils avaient activement participé à ce qui l’avait causée, comme ce Tityre, avec qui je me dispute presque à chaque fois que je le vois, parce qu’il ne veut pas reconnaître que son comportement n’était pas digne d’un ami, ou comme ce Ménécrate, avec qui je baise occasionnellement, dont il me faudra d’ailleurs reparler dans ce journal, et qui affectait l’autre jour de ne pas savoir où se trouvait ma nouvelle maison, alors qu’il était déjà venu y coucher avec Camille, en mon absence, lorsque ce dernier habitait encore avec moi ! Tous ceux-là ont aussi mal agi que Camille, mais ils sont plus coupables que lui, parce que je sais que Camille, qui n’est pas quelqu’un d’équilibré, ne peut pas se comporter autrement que très mal, alors que mes prétendus amis, qui sont des gens bien portant, n’ont pas hésité un instant, en toute liberté, et au mépris des sentiments qu’ils me savaient avoir pour Camille, à participer aux mauvaises actions que celui-ci, par faiblesse, croyait n’avoir pas d’autre choix que de commettre : ils n’ont aucune morale, alors que Camille n’a plus tout son bon sens, lui qui se croit obligé de mentir, pour être aimé. Il manque à l’un son libre arbitre ; les autres ont choisi de me trahir. Polémon me conseille d’effacer Camille de ma vie. Je lui réponds que je ne peux pas, parce que je ne le veux pas. Je lui explique qu’à cause de ma névrose phobique, j’ai rarement eu beaucoup d’amis, j’ai toujours fait fuir la plupart des gens : Camille est venu vers moi, lui. Je ne peux pas lui en vouloir complètement, parce que je ne m’en sens pas tout à fait le droit. Malgré tout le mal qu’il m’a fait, je lui suis d’abord reconnaissant d’avoir bien voulu devenir mon ami, à sa mauvaise façon de pauvre être aussi tourmenté que moi, quoique bien différemment. Les Camille et les Olivier pourraient commettre les pires actions qui soient, ils ne seront jamais aussi mauvais que les Ascylte, les Ménécrate et les Tityre qui les subissent de trop bonne grâce !
02:17 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Ménécrate, Polémon, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
17/12/2008
Mardi 16 décembre 2008
Je suis entré en relation avec cet ancien amant de Camille, que je croyais d’une grande bestialité pour avoir osé monter la fille-mère dans le lit de ce dernier, en sa présence et sans aucun égard pour sa pudeur, dont il est vrai qu’il est sans doute entièrement dépourvu. Appelons-le Polémon. C’est en réalité un garçon plein d’humanité, qui m’a beaucoup écouté, et surtout beaucoup appris sur Camille, qu’il connaît depuis bien plus longtemps que moi et contre lequel il est très remonté. Grâce à lui, je sais que Camille ne s’est pas comporté comme il a fait avec moi à cause de ma manière d’être, mais bien à cause de la sienne. Il se comporte ainsi, c’est-à-dire plutôt mal, avec tout le monde, avec son père, sa mère, sa sœur, Polémon et sans doute avec Ascylte, en ce moment. Cela ne change rien au fait que ma manière d’être ne me rend pas aimable du tout, mais je suis soulagé d’apprendre que même si je l’avais été, Camille ne m’aurait pas plus ni moins aimé. Polémon m’a donné un nouvel éclairage sur une multitude de faits, qui en disent très longs sur Camille et sur le génie avec lequel il sait les tordre à sa convenance. Lors de mon récent dîner en tête à tête avec le traître Ascylte, celui-ci m’avait expliqué qu’il estimait que Polémon ne devait plus faire partie des amis de Camille, parce qu’il s’était rendu coupable de coucher avec le père en même temps qu’il était l’amant du fils ! Mais la version de Polémon est un peu plus développée que celle dont Camille a fait le récit à cet imbécile d’Ascylte, qui n’est pas un bien fin psychologue, j’en ai peur. En réalité, c’est Camille qui a jeté Polémon dans les bras de son père. Il a joué les rabatteurs. Après quoi, il s’est servi de ce prétexte pour quitter Polémon, dont il s’estimait trompé ! Ils finirent bien sûr par se remettre ensemble, puisqu’ils n’ont cessé de se séparer et de se réconcilier depuis qu’ils se connaissent. D’ailleurs, le soir où Camille a rencontré Ascylte chez moi, il était de nouveau avec Polémon depuis deux semaines, alors même qu’il était en train de jouer le jeu du fourbe psychologue, qui affectait de vouloir nous remettre ensemble, pour finalement me le voler. Le soir où Camille avait deviné que j’étais pour quelque chose dans la rupture inexpliquée d’Ascylte, il m’avait interdit, plein de fureur, de jamais revenir vers lui. D’ailleurs, avait-il ajouté, il s’était déjà remis avec Polémon, ce qui n’avait pas manqué de me surprendre beaucoup, puisqu’il était censé être follement amoureux d’Ascylte. En réalité, notre Camille, qui est un garçon prévoyant, n’avait pas encore prévenu le pauvre Polémon qu’il le quittait pour ce dernier : il attendait d’être sûr de la sincérité des sentiments du traître, ce qui est bien compréhensible… Quant aux sentiments de Camille à l’égard de ce pendard d’Ascylte, ils sont des plus bas : Camille aime son argent (il en a plus que moi, mais le premier venu en aurait plus) et ses relations médicales, grâce auxquelles il espère équilibrer enfin son diabète. Je sais qu’il n’aime pas du tout le corps d’Ascylte et qu’il daigne à peine baiser avec ce débauché, qui lui ne pense qu’à ça et qui est donc ces temps-ci tellement frustré que je l’ai surpris ce soir en train de traîner sur un site Internet de baise entre pédés, que je le sais fréquenter habituellement et où j’étais venu incognito le prendre sur le fait. (Ascylte passe en effet la semaine à Bordeaux, son jeune ami étant très pris ici par son travail de ‘‘ramassage’’ de volailles, les fêtes de fin d’année approchant. Il a dont tout le loisir de tromper le garçon dont il prétend être tombé follement amoureux.) Pour le malheur d’Ascylte, Camille est très peu porté sur le sexe. Il a des envies, bien sûr, qu’il ne s’est pas privé d’assouvir sans moi, lorsqu’il me laissait vainement espérer ce que je voulais pouvoir espérer, mais ce n’est pas du tout le genre de personne à baiser plusieurs fois dans la journée, ni même une fois par jour, comme me l’a confirmé Polémon, qui semble être lui-même très porté sur la chose et qui a été, lui aussi, accusé par Camille de lui faire l’amour contre sa volonté ! C’est dire si ce dernier est sujet à caution lorsqu’il me menace, sous l’influence d’Ascylte, qui ose prétendre qu’il veut rester mon ami, de m’accuser d’atteinte sexuelle sur sa personne ! (Mais il faudrait qu’il ait quinze ans ! Il en a vingt…) Polémon m’a dit que Camille pouvait être très violent. Il peut se mettre dans de telles colères qu’il l’a déjà vu soulever son père de ses maigres bras et le projeter à terre. Quant à sa mère, qui est une ancienne voisine de Polémon, c’est pour se protéger des coups que Camille lui donnait qu’elle se serait défendue avec un couteau. Jamais elle n’aurait voulu le tuer, comme il m’avait fait croire, et comme Ascylte le croit encore. Mais le plus grave n’est pas là. Toutes ces révélations que m’a faites Polémon et qui devraient m’ouvrir les yeux, me faire mépriser et détester Camille, ce demi-fou, ce menteur, ce profiteur, ce manipulateur et ce voleur (car il volait régulièrement son père, à qui il doit d’ailleurs beaucoup d’argent, ce qui est un comble, quand on sait qu’il le poursuit en justice pour en recevoir une pension), toutes ces révélations m’attendrissent et me font l’aimer davantage encore. Je me dis qu’il doit être bien malheureux et que c’est le besoin d’être aimé, la nécessité de se faire passer pour aimable, c’est-à-dire pour quelqu’un qu’il ne croit pas être, qui le poussent à mentir, et à changer d’amant dès qu’il se sait ou se croit découvert. Finalement nous nous ressemblons un peu lui et moi, par notre faille et par le gouffre qui s’ouvre sous nos pieds. Moi c’est dans la sincérité et la méchanceté que je suis tombé. Lui c’est dans le mensonge et la manipulation. Ni lui ni moi ne savons nous faire aimer pour ce que nous sommes. C’est une illusion qu’on aime en lui. On l’aime parce qu’il est pâle et roux, non parce qu’il est Camille. Il est seul.
12:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
13/12/2008
Samedi 13 décembre 2008
J’écrivais avant-hier qu’Ascylte et Camille étaient meilleurs que moi, mais je l’écrivais tout de même un peu vite. Je ne suis pas sûr qu’ils vaillent beaucoup mieux que je le disais. Quand j’ai menacé Ascylte de le dénoncer à la justice, celui-ci s’est défendu en me menaçant à son tour de m’accuser d’avoir volé dans son ordinateur les documents qu’il n’avait pas le droit de me faire lire. Il est bien normal qu’il se défende. C’est de bonne guerre. Mais moi, je l’ai attaqué en menaçant de dire la vérité ; lui s’est défendu en menaçant de recourir au mensonge. Qui donc est le plus immoral de nous deux ? Celui qui veut dire la vérité par méchanceté, ou celui qui ment parce qu’il s’y sent acculé ? Il est normal que mon lecteur me trouve le plus immoral des deux, puisque c’est moi qui ai menacé le premier. Ascylte passant pour l’amant qu’on veut punir d’aimer attire nécessairement la sympathie. Mais c’est oublier un peu vite qu’il a trahi de lui-même le secret auquel il était soumis en me faisant lire ses rapports d’expertise. Et il l’a fait pour l’une des plus mauvaises raisons qui soient : par arrogance, pour m’éblouir de la qualité de son travail, comme si la prose d’un psychologue pouvait avoir un quelconque intérêt en dehors du cabinet d’un juge ou d’un avocat ! Ascylte n’est tout bonnement pas prêt à assumer ses actes, trop conscient qu’il est d’avoir mal agi en toute liberté et de n’avoir donc aucune excuse. Sa carrière est en jeu, sa réputation et peut-être même sa liberté. Pour les défendre, après avoir trahi le secret professionnel et le secret de l’instruction, il est prêt à mentir, pour me faire passer, moi, dont il a d’ailleurs également trahi l’amitié, pour le véritable menteur de l’affaire, pour un voleur et pour un maître-chanteur de longue date ! Car les plus anciens documents en question remontent à l’année 2006 et je me suis rendu chez Ascylte en une seule occasion, il doit y avoir plus d’un an. Selon ce dernier, j’aurais donc commis ce vol, dans l’éventualité d’avoir à faire chanter beaucoup plus tard quelqu’un que je considérais alors comme un ami… Il veut me faire passer pour un bien plus grand calculateur que je ne suis vraiment ! Si j’ai bien fait chanter ce traître d’Ascylte, c’était sous le coup de la colère, et pendant moins de vingt-quatre heures ! J’ai mis fin de moi-même à ce chantage indigne de ma personne, parce que je ne supportais pas de voir la douleur du pauvre Camille. Les documents les plus récents sont postérieurs à mon unique passage chez Ascylte à Bordeaux. Je me demande comment il expliquerait le fait qu’ils sont en ma possession. Comment m’y serais-je pris pour les voler ? Il est vrai que je ne sais pas comment je pourrais moi-même démontrer que je ne me suis jamais plus rendu chez lui après cette première fois… Et puis ces documents relèvent de la justice d’un pays étranger. Je ne crois pas qu’ils intéresseraient un juge français. Ce serait donc ma parole contre la sienne. Or on sait ce que vaut la parole d’un obscur citoyen en comparaison de celle d’un expert : qu’on songe donc à l’affaire d’Outreau ! Mais il y a pire. Ascylte, qui est un immonde manipulateur, comme je crois l’avoir déjà écrit dans ce journal, fait désormais dire à Camille, qui est sous son influence, que je me serais livré sur lui à des attouchements contre sa volonté. Ascylte parle d’atteinte sexuelle (pas de viol, tout de même !), exercée sans violence, contrainte, menace ni surprise, comme je crois que dit la loi, mais sur un garçon de vingt ans ! (Il me semble que l’atteinte sexuelle concerne habituellement des victimes mineures…) « Sans violence, contrainte, menace ni surprise, dis-tu ? Mais comment donc est-ce possible ? S’il n’y a rien de tout cela, c’est donc qu’il y a l’accord de la prétendue victime ? Ou bien parle-t-on de nécrophilie, les cadavres ayant généralement le plus grand mal à faire connaître leur volonté à leurs agresseurs, qui n’ont donc généralement pas à recourir à la violence, la contrainte, la menace ni la surprise ? Je sais bien que Camille n’a pas une très bonne santé. Mais il n’est tout de même pas déjà réduit à l’état de cadavre ! Tu vois bien qu’il bouge encore. Regarde-le donc se trémousser sur sa chaise, avec sa mauvaise conscience et son air coupable ! » Tout mon crime est de m’être parfois glissé dans le lit de Camille, le matin, quand il habitait encore chez moi, et de l’avoir caressé, lorsqu’il me laissait faire, c’est-à-dire lorsqu’il le voulait bien, car ce garçon qu’Ascylte prétend ne pas savoir dire non, pouvait pourtant me le dire très clairement et tout simplement : c’était quand il n’avait pas envie d’être touché ou quand il n’en avait pas le temps, à cause de ses obligations, qui étaient nombreuses à ce moment-là, puisqu’il venait d’être chassé de chez lui par son père, et qu’il avait à s’occuper de trouver du travail et un logement. Mais ce n’est pas tout, mon blond lecteur, je peux nous faire tomber encore plus bas dans le sordide. Ascylte m’a dit que Camille et lui avaient le plus grand mal à avoir des relations sexuelles équilibrées ! Il y aurait selon lui deux explications possibles à cela : soit c’est le diabète qui a les effets les plus néfastes sur la libido de Camille, soit ce dernier a été traumatisé par l’atteinte sexuelle dont il a été victime chez moi ! J’ai suggéré à ce fin psychologue d’Ascylte qu’il pouvait y avoir une troisième explication, tout aussi plausible : c’est que Camille a peut-être et depuis bien avant de nous avoir rencontrés, Ascylte et moi, certaines inhibitions sexuelles, parfaitement indépendantes de son diabète et de mes attouchements de vieux satyre lubrique ! Ascylte est tombé d’accord avec moi pour dire que c’était en effet possible. Le con ! Je n’ai pas osé dire que si Camille n’était pas très épanoui avec lui, sexuellement, c’était peut-être aussi parce que, plus simplement encore, il le trouvait laid ou le jugeait un ‘‘mauvais coup’’. Une telle remarque n’aurait fait qu’accroître inutilement la tension qu’il y avait dans la pièce à ce moment-là ! J’ai demandé à Ascylte comment il expliquait que Camille, qui prétend avoir été victime de mes attouchements, n’était pas plus dégoûté par moi ? « Pourquoi donc, Camille, es-tu revenu vers moi, deux semaines après m’avoir quitté, le jour de mon anniversaire ? Pourquoi donc veux-tu que nous restions amis, encore aujourd’hui, si j’ai abusé de toi ? Pourquoi voulais-tu m’inviter à dîner, le soir où tu as finalement rencontré Ascylte ? Et surtout, dis-moi pourquoi tu as eu plusieurs fois envie de coucher avec moi, entre ton départ et ta rencontre avec Ascylte, lorsque tu étais en manque de sexe ? C’est toi-même qui l’as reconnu devant Ascylte, lorsqu’il affectait de nous faire parler pour nous remettre ensemble, avant de te séduire et de t’enlever à moi. Pourquoi vouloir coucher avec moi ? Pourquoi pas avec un autre ? Moi je devrais te dégoûter, tu ne devrais penser qu’à me fuir ! » Intervention d’Ascylte : « Oui, ce n’est pas normal, cette réaction, ce n’est pas sain du tout, c’est pervers. Ça veut dire qu’il allait vraiment très mal. » (Je ne suis pas sûr qu’Ascylte ait bien dit pervers.) « Ah bon ? C’est ça, la conclusion de l’expert psychologue auprès des tribunaux ? Moi j’en ai une autre : c’est tout simplement que Camille n’a jamais été victime de moi ! Hein Camille ! Dis-moi pourquoi je ne te dégoûte pas, pourquoi tu ne penses pas qu’à me fuir. – C’est parce que je t’aime bien. Je veux qu’on reste amis. » Pauvre Camille, qui est devenu notre jouet, coincé qu’il est entre ce monstre de manipulation qu’est Ascylte et cet autre monstre que je suis : un monstre de sincérité. Ascylte et moi sommes à la merci l’un de l’autre. Je le tiens par la vérité ; lui par ses mensonges. Nous sommes contraints de rester bons amis. Je n’ai aucune confiance en lui. C’est pourquoi j’écris tout cela. Je veux que ma version des faits soit publiée, au cas où Ascylte voudrait me nuire. Nous avons dîné ensemble hier, sans Camille, finalement, qui as trouvé une espèce de travail, pour lequel il peut être appelé à tout moment du jour et de la nuit. C’était un dîner pénible. Nous n’avons plus rien à nous dire. En rentrant chez moi, vers une heure du matin, j’ai reçu ce SMS d’Ascylte : « Merci d’être passé. C’était une soirée sympa » ! Il faut dire qu’il était contrarié de voir Camille partir travailler juste au moment où lui rentrait de Bordeaux. Ascylte trouve que Camille ne sait pas dire non à son patron. C’est la grande explication d’Ascylte : « Camille ne sait pas dire non » ! Notre bon psy, qui a les pieds sur terre, voudrait que Camille, à qui son petit salaire est indispensable, tienne tête à un patron qui l’a embauché depuis moins d’un mois ! Quand je pense qu’Ascylte voudrait se faire passer pour quelqu’un d’entièrement dévoué à son prochain, pour une espèce de saint, mais très porté sur la chose, alors qu’il n’est qu’un monstre d’égoïsme ! Pendant notre conversation, hier soir, il m’a parlé de tous les amis de Camille qu’il avait rencontrés. Il dressait la liste de ceux qui lui paraissaient dignes d’être conservés et de ceux qu’il estimait ne pas l’être. Il y a beaucoup d’amis de Camille que je n’aime pas du tout moi non plus, mais je ne pense pas avoir jamais envisagé de l’en détourner. Au contraire, c’est moi qui m’éloignais d’eux, ce qui, dans le même temps, m’éloignait de Camille. J’ai dit que je n’étais pas un bon calculateur. Je suis ma pente, plutôt que mes intérêts. Par exemple, tout ce que j’ai écrit dans ce journal depuis quelques jours est très loin de les servir !
18:41 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
12/12/2008
Jeudi 11 décembre 2008
Je considérais comme un outrage supplémentaire le fait qu’Ascylte m’ait demandé de rester son ami malgré sa trahison. C’était montrer beaucoup de mépris pour mes sentiments, c’était me rire au nez, pensais-je. Mais j’ai vu les deux amants ce soir, je les ai vus physiquement, ayant passé une heure ou deux en leur compagnie. Et maintenant, je ne sais plus quoi penser. Leur amour semble sincère. Ascylte, du moins, semble l’être. Quant à Camille, je me demande de plus en plus s’il est capable d’amour au sens où nous l’entendons. Il me paraît de plus en plus évident qu’il a de sérieux déséquilibres affectifs. Il n’y a pas que moi à qui il manque une case, par quoi Ascylte prétend tout expliquer de la démesure de mes réactions depuis une quinzaine de jours ! Et je me demande s’il n’a pas raison, car il m’a semblé que le plus triste était que l’amour d’Ascylte et de Camille ne les transfigurait même pas : ils n’ont rien d’émouvant, ils ne sont pas plus beaux, mais presque hideusement assortis. En un mot : leur amour ne paraît pas du tout à la mesure de la peine qu’il m’a causée. Le plus incroyable est leur bonté. Je suis loin d’avoir tout rapporté de mes agissements dans ce journal, mais disons que je me suis comporté avec eux comme ces salauds de cinéma, qu’on se réjouit de voir crever comme des chiens à la fin du film. Eh bien les deux amants étaient sincèrement désireux de me voir apaisé et de me pardonner ! Revoir Camille m’a aidé à me souvenir que je n’étais pas vraiment amoureux de lui avant qu’Ascylte me le vole en s’en éprenant. J’aimais surtout croire qu’il m’aimait. En trouvant son amitié absolument inchangée, j’ai compris qu’il n’en avait jamais vraiment eue beaucoup pour moi, puisqu’il en garde autant pour le beau salaud que j’ai été que pour celui qui s’était d’abord efforcé d’être aimable. La vérité est que s’il n’y a personne pour m’aimer vraiment, c’est parce que je ne suis pas quelqu’un d’aimable du tout, je veux dire par là que je suis très loin d’être digne d’amour. J’ai beau tenter de remonter ma pente, elle est si prononcée que je retombe toujours tout en bas, dans mon état le plus mauvais. Avec Camille, j’avais cru m’être amélioré. C’est parce qu’il m’a détrompé que ma peine a été si grande. Et pourtant, malgré ce que je viens d’écrire, qui est la pure vérité, il y a ces deux amants, Ascylte et Camille, à qui j’ai fait beaucoup de mal et qui veulent rester mes amis, malgré moi, qui voulais absolument m’en faire des ennemis, par pure méchanceté. Ils m’ont invité à dîner avec eux demain soir. Je ne m’explique même pas comment ils arrivent à soutenir ma vue ! Même moi je n’y arrive pas, puisque je ne dis pas tout à ce journal. Peut-être est-ce grâce à ma nouvelle coiffure que j’ai pu les attendrir ? Les cheveux courts mon énormément rajeuni et me donnent un air presque angélique ! (J’aurais bien montré des photos de ma nouvelle tête, mais Tityre, à qui j’ai demandé de me tirer le portrait, hier soir, n’a su que me photographier à demi nu !) La mauvaise part de moi, qui ne se tait jamais complètement, me dit que je suis si peu aimable qu’il n’y a que ces deux là, le traître et le profiteur, pour m’aimer comme je suis, c’est-à-dire comme ils croient que je suis, car je ne pense pas qu’ils aient réellement pris la mesure de ma méchanceté, comme ils ne semblent pas avoir vraiment pris celle de ma peine, puisqu’ils n’ont même pas daigné montrer entre eux un amour digne de la douleur qu’il a inspirée. A moins qu’ils n’aient été discrets pour me ménager. Je crois que je leur suis reconnaissant d’être meilleurs que moi. Heureusement que de telles créatures existent. Même les plus méchantes, comme moi, ont droit à l’amour et à l’amitié. Notre époque l’a oublié, qui ne sait que mépriser ceux qu’elle condamne, les lyncher, les tuer socialement, si ce n’est physiquement. Je crois qu’elle appelle ça de l’humanisme ! Moi je ne sais pas ce que c’est que l’humanisme, surtout pas au sens moderne du mot, mais je crois savoir à peu près ce qu’est un homme. Et il n’y a qu’un homme qui soit capable d’être mauvais ! Mais c’est précisément parce qu’il est homme qu’il a droit à de la bonté, lui aussi.
12:08 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08/12/2008
Dimanche 7 décembre 2008.
Pour l’instant, j’ai beaucoup parlé de la trahison d’Ascylte. Mais Camille est loin de s’être très bien comporté avec moi. Depuis le jour où nous nous sommes séparés, à cause de l’impossibilité où nous étions de nous voir autant que nous le voulions, il n’a cessé de me faire croire que nous pourrions un jour nous remettre ensemble. J’ai eu la faiblesse de lui faire confiance. A chaque fois que je lui demandais s’il avait rencontré quelqu’un, s’il avait couché avec d’autres garçons, il me jurait que non, comme s’il n’en avait pas le droit, comme si nous nous étions juré fidélité, ce qui n’était pas formellement le cas. Camille m’a constamment fait croire que, même si nous n’étions plus en couple, comme dirait ce chien d’Ascylte, nous n’étions jamais loin de l’être de nouveau. En réalité, pendant tout ce temps, Camille n’a cessé de me ‘‘tromper’’, de coucher avec d’autres garçons, avec Tityre, par exemple, et même avec l’épouvantable Trimalcion, dont il aurait été l’amant pendant plusieurs jours, sans doute pendant toute la période où je n’ai plus eu de nouvelles de lui après sa disparition, le jour de mon anniversaire. Il me faut bien me rendre à l’évidence. Si Camille me mentait à ce point, c’est sans doute parce qu’il voulait me garder attaché à lui, pour des raisons qu’il est le seul à connaître vraiment, probablement parce qu’il n’est qu’un profiteur, comme disait je ne sais plus qui, peut-être le gros Corydon. Parce que j’ai cru Camille, parce que je lui ai fait confiance, je me sens à présent comme une femme que son mari n’aurait cessé de tromper. Camille a commis ce tour de force d’abuser de ma gentillesse, moi qui suis d’un naturel si méchant. Comme je disais à Pierre Driout, il m’a fait pousser de si grandes cornes, que c’est à peine si j’arrive encore à tenir la tête droite. Et certains des garçons qu’il m’a préférés sont d’une telle laideur que je n’ose plus me regarder dans une glace, tant je me sens devenu laid. J’ai d’ailleurs résolu de changer de coupe de cheveux. J’ai rendez-vous mercredi chez le coiffeur. Quelqu’un qui a vu une photo de moi datant de l’époque où j’avais les cheveux courts m’a dit que j’étais alors bien plus beau. J’ai besoin de changer d’aspect. Cela devrait m’aider à tourner la page. Je dois perdre l’apparence que j’avais quand Camille me regardait encore pour m’arracher au regard que, de toute façon, il n’a plus pour moi, si du moins il l’a jamais eu ! Il me faut trancher ces cheveux qui ont poussé pendant le temps de notre lamentable histoire. Ils sont devenus trop lourds pour ma pauvre tête. Je demanderai au coiffeur de m’en garder une mèche. Je la rangerai avec les reliques de Camille, parmi ses quelques cheveux, son poil pubien, ces petits mots manuscrits pleins de fautes d’orthographe, cette boîte d’aiguilles pour son stylo à insuline qu’il avait oubliée chez moi. Don Esteban est d’avis que je devrais en vouloir à Camille bien plus qu’au traître Ascylte. Je n’y arrive pas. Une part de moi continue de croire qu’il y avait peut-être un peu de sincérité dans l’amitié qu’il me montrait. Je crois qu’il me déteste, désormais. Il a deviné que j’étais pour quelque chose dans sa brève rupture avec Ascylte, ou peut-être ce dernier lui a-t-il révélé que je l’avais fait chanter. Quelle importance ? Il me déteste parce qu’il avait besoin d’une raison de me détester. J’ai beaucoup fait pour lui (je dis beaucoup parce que je ne suis pas le genre de personne à faire habituellement beaucoup pour qui que ce soit) et lui n’avait rien à me donner en retour qu’un amour que je ne lui inspirais pas. Ma supériorité lui pesait. Esteban croit que Camille a trouvé Ascylte plus impressionnant que moi, parce qu’il a un vrai métier et plus d’argent que j’en aurai sans doute jamais. Mais Ascylte est un parvenu, en qui tout est ridicule. Je suis persuadé que si Camille a pu s’en éprendre, c’est précisément pour son infériorité. Il ne se sent plus regardé de haut. Il s’est trouvé un égal à aimer. J’ai demandé à ce sinistre psy d’Ascylte s’il pouvait me dire la raison pour laquelle Camille m’avait fait croire que nous étions encore ensemble, même quand nous ne l’étions pas vraiment. « C’est parce que Camille ne sait pas dire non, m’a-t-il répondu. Si je n’avais pas été là, il serait sur le point de se marier avec cette fille qui vient d’avoir un enfant. Elle exigeait de lui qu’il l’épouse avant de reconnaître le petit. – Mais s’il ne sait pas dire non, comment peux-tu être sûr qu’à toi, il ose le dire, ce non, quand il le voudrait ? » Ce crétin n’a pas su quoi répondre. Il a probablement compris que je voyais clair dans son jeu et que je ne faisais pas grand cas de ses billevesées psy à la con de revues pour bonnes femmes. « Et qu’est-ce que c’est que ce non qu’il ose me dire enfin ? Est-ce bien le sien ? Ou est-ce le tien, Ascylte, crevard, traître, voleur ? Tu es un ogre, qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Tu me dégoûtes. Et tu oses me demander de rester ton ami ? Je sais que tu manipules ce pauvre Camille. Je n’ai pas cru en la sincérité du SMS que tu lui as fait m’envoyer, dans lequel il dit qu’il veut qu’on se réconcilie, qu’on se réconsile, comme il l’écrit ! Ce n’est pas un mot de lui ! C’est le tien ! Lui s’est mis à me détester. C’est toi qui veux nous réconcilier, pour m’adoucir, parce que tu as peur que je te dénonce. Tu n’es qu’un lâche ! » Voilà le genre de conversation que nous avons, Ascylte et moi, lorsque nous nous retrouvons sur MSN. Il est très conciliant et me laisse l’insulter autant que je veux. C’est parce qu’il a peur de moi. Et il faut bien dire qu’il y a de quoi avoir peur. Je crois en effet que je suis un peu effrayant, lorsque je me lance dans ces sortes de tirades, qui sont bien dignes des plus grandes tragédiennes ! Je suis plutôt froid, en temps normal, mais dans ces moments-là, Ascylte doit me trouver glaçant.
01:26 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal, Mon coiffeur, Pierre Driout, Tityre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
07/12/2008
Samedi 6 décembre 2008
Ça devait bien finir par arriver : cette fois-ci, je n’étais pas à l’intérieur de ma voiture et le chauffard qui ne voulait pas me laisser traverser sur le passage pour piétons, n’ayant pas très bien pris le geste d’exaspération que je lui ai adressé en réponse à son geste de mépris, a fait demi-tour, est descendu de son véhicule, m’a fait tomber par terre et m’a roué de coups. Je ne sais si c’est parce que je suis plus solide que je pensais ou si l’individu à retenu ses coups, mais je n’ai pas d’hématomes. Je me sens juste plein de courbatures. J’aurais aimé que Camille soit à Mont-de-Marsan. Je serais allé le voir, pour trouver chez lui un peu de réconfort. Mais il a passé la semaine à Bordeaux, chez le traître Ascylte. Je me rends compte que je n’ai pas d’amis à ce que je ne trouve personne à qui confier mes peines. La plupart de mes prétendus amis sont indifférents à ma douleur. Il ne s’en trouve aucun pour reconnaître qu’Ascylte a trahi ma confiance, qu’il est entré chez moi comme un voleur et m’a dépouillé de ce que j’aimais le plus. Au lieu de me confier, de trouver une oreille compréhensive, je suis obligé de défendre ma cause, de démontrer qu’il y a bien eu trahison. Personne ne comprend non plus que je refuse de rester l’ami d’Ascylte, comme il me le demande. Mais comment donc pourrais-je lui faire encore confiance ? Je suis sûr que s’il veut rester mon ami, c’est parce qu’il a peur et veut pouvoir garder un œil sur moi. Il craint que je ne le dénonce. Et il fait bien de le craindre. Il m’explique donc que c’est parce que je ne suis pas quelqu’un d’équilibré que je l’ai fait chanter, l’autre jour. Et sans doute est-ce vrai. Mais il veut me faire croire que c’est également à cause de mon mauvais état psychique que je ne veux pas rester son ami ! Quel manipulateur ! J’ai failli le croire. Il n’y a pour ce charlatan de psy que des réalités psychologiques : il n’a tout bonnement aucune morale. On pourrait croire que c’est moi qui n’en ai aucune, pour avoir seulement nourri l’idée de ma vengeance. Mais c’est tout le contraire : c’est parce que je suis un être moral que j’ai voulu commettre cet acte apparemment hautement immoral qu’aurait été sa dénonciation. Je voulais le faire pour me rendre justice. Ce qu’il y aurait peut-être eu d’immoral, c’est la disproportion entre la trahison d’Ascylte et ma vengeance, qui aurait probablement détruit sa vie. Hélas, il est des pensées d’une telle noirceur qu’on ne peut plus s’en décrasser la tête, dès lors qu’on les a nourries même un instant. Plusieurs fois par jour, j’entends une petite voix, ma voix, ma voix la plus profonde, la plus vraie, la plus mienne, qui me chuchote que je pourrai toujours le dénoncer, plus tard. Et je suis sûr que la seule façon de faire taire cette voix, ce serait de l’écouter, de suivre son conseil. A cause d’Ascylte, je suis tombé dans des sentiments bien bas, ou bien hauts pour moi, je ne sais plus trop. Mes amis, mes faux amis, refusent de l’admettre, et je suis sûr qu’il en va de même pour l’immense majorité de mes quelques lecteurs, qui doivent me lire avec un air amusé, en me prenant pour un original, mais je vis en ce moment une vraie tragédie. Je me sens déchiré entre la bonne et la mauvaise part de moi, entre mon amour pour Camille et ma haine d’Ascylte. Entre mon désir effréné de vengeance et la crainte de déchoir définitivement dans l’estime que j’ai de moi. Et je suis seul, absolument seul. Il n’y a personne dont je puisse prendre le conseil. Parce que tout le monde s’en fout, Camille et Ascylte les premiers, ces inconscients, qui me jettent leur bonheur à la figure, un bonheur qui m’a été volé par la traîtrise de ce dernier. Comment me sortir de cet état ? Où que j’aille, tout me rappelle Camille. Hier soir, Tityre m’avait invité à un vernissage au centre d’art contemporain. J’y ai sympathisé avec une jeune femme qui s’appelle Camille et dont le fiancé, d’ailleurs fort joli garçon, porte le véritable nom de mon Camille !
00:27 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
05/12/2008
Jeudi 4 décembre 2008
Pendant qu’Ascylte était en train d’être heureux à ma place, j’ai relu hier soir la Médée de Sénèque. J’étais furieusement installé dans mon lit, en train de brailler le texte, devant le public médusé que constituait la chienne Pélagie. Moi aussi, je pourrais faire ma Médée. Pierre Driout, ce vil flatteur, dit qu’il me trouve doué pour écrire des pièces de théâtre ! Je pourrais écrire une tragédie qui s’appellerait La Vengeance. Dans le premier acte, chez moi, on verrait Ascylte me trahir en détournant de moi le petit Camille. Au second acte, dans le cabinet d’un avocat, l’un de mes anciens amants, de qui je suis venu prendre conseil, on me voit mûrir ma vengeance et, au téléphone, menacer finalement Ascylte, qui s’est rendu coupable de violer le secret de l’instruction en me faisant lire ses rapports d’expertise, de le dénoncer à la justice s’il ne quitte pas immédiatement le pauvre Camille. Dans le troisième acte, chez Camille, je viens repaître mes regards du désespoir du petit amoureux abandonné, plein de haine contre moi. Il a deviné que j’étais responsable de son malheur. Au quatrième acte, dans le cabinet d’Ascylte, je fais croire, dans un premier temps, n’être venu que pour repaître encore ma vue du désespoir de ce dernier. Mais ayant eu pitié de celui de Camille, dans un second temps, je rends sa liberté au traître, sans lui pardonner, mais par amour pour celui qu’il m’a pris. Dans le dernier acte, qui se passe de nouveau dans le cabinet de l’ami avocat, l’on apprend que n’ayant pas supporté de voir les amants heureux à ma place et sans moi, j’ai dénoncé Ascylte, qui s’est suicidé en prison. Camille est mort après être tombé dans un coma diabétique causé par le désespoir. L’avocat, qui m’aime encore, menace de dénoncer à la justice le chantage que j’avais d’abord fait à Ascylte, si je refuse de l’aimer de nouveau. Qu’il me dénonce donc ! Qu’on me jette en prison ! Qu’on rétablisse la peine de mort et me tranche la tête. A quoi me serviraient mes yeux, maintenant que Camille n’est plus là pour être vu ? A quoi me servirait ma bouche, si je n’ai plus ses lèvres à baiser ni son sexe à sucer ?
02:31 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Pélagie, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01/12/2008
Lundi 1er décembre 2008
Mon blond lecteur, si tu m’aimes, ne lis pas ces lignes : tu serais profondément déçu et peut-être même blessé ; mais si tu ne m’aimes pas, fais à ta guise : elles ne feront que renforcer tes sentiments à mon égard. Et vous, Mesdames, qui me regardez parfois avec les yeux d’une mère ou d’une grand-mère, ne lisez surtout pas ce qui va suivre : vous en seriez horrifiées. Ma propre mère, qui est pourtant une belle salope, même si je suis le seul à le savoir, serait atterrée de me découvrir si mauvais. Il n’y a peut-être qu’Esteban qui n’en sera pas étonné. Il est le seul à me connaître vraiment et à m’aimer encore. Autant dire qu’il est le seul à m’aimer vraiment pour ce que je suis, car nous savons tous, intimement, même si nous l’admettons rarement, que notre véritable moi est cette part de méchanceté que nous nous efforçons de garder enfouie la plupart du temps. Voici le tout premier SMS que j’ai écrit à cette enflure d’Ascylte après m’être réveillé plus tôt que de coutume, hier matin, plein du désir de vengeance qui avait grossi pendant mon sommeil et animé mes rêves, au cours desquels je me suis souvenu que j’avais, par bonheur, les moyens d’assouvir cette vengeance : « Ascylte, je t’en conjure, pour ton propre bien, quitte immédiatement Camille et fais-lui comprendre que tout est fini entre vous. Je suis en possession de rapports d’expertise ordonnés par des juges des tribunaux de ***, de *** et de ***, qui ne devraient absolument pas être entre mes mains, je crois, si du moins le secret de l’instruction et le secret professionnel ont bien un sens, comme je le pense. Si je n’ai pas de réponse de toi avant ce soir minuit ou si tu parles de ce SMS à Camille, j’écrirai dès demain aux présidents des tribunaux de grande instance et aux procureurs de la République de ***, de *** et de ***, pour te dénoncer. Je contacterai aussi la presse, qui devrait être intéressée par la probité plus que douteuse d’un des experts dans l’affaire ***, qui vient tout juste d’être jugée. Sois raisonnable et pense à ton avenir. » Ce crétin d’Ascylte avait en effet pris l’habitude de me faire lire certains des rapports d’expertise qu’il était en train de rédiger. Il en reste quelques copies sur le disque dur de mon ordinateur portable, ainsi que sur un disque dur externe, dans une sauvegarde de mon ordinateur réalisée avant son reformatage. Je n’ai eu de réponse d’Ascylte qu’hier soir. Nous avons échangé quelques SMS. Puis nous nous sommes téléphoné à dix heures et demie. Il est resté très calme et m’a parlé comme un psy à une femelle hystérique, ce que je suis peut-être, là n’est pas la question. Mais bien sûr, à la fin, il a choisi de protéger sa réputation d’expert auprès des tribunaux plutôt que son histoire d’amour avec Camille, ce qui ne m’a pas étonné du tout. Je lui ai tout de même clairement répété tout ce que je ferais s’il me trahissait de nouveau. Nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard sur MSN. Je recopie notre conversation : « Tu es toujours là ? – Oui, j’écris un courriel à ma tante infirmière (tant il était désespéré...) – Je te conseille quand même d’appeler Camille dès maintenant ou de lui envoyer un SMS tout de suite. Inutile de remettre à demain. – D’accord, je vais lui écrire ça maintenant. – Dis-moi ensuite ce que tu lui as écrit et bloque son numéro, pour qu’il ne puisse pas t’appeler. – Je peux faire ça avec mon téléphone fixe, mais pas avec mon téléphone portable. – Ce n’est pas grave. Mais s’il t’appelle sur ton téléphone portable, ne lui réponds pas. Ne lui donne plus de nouvelles pendant quinze jours. Alors, tu pourras lui organiser le rendez-vous avec l’endocrinologue dont tu nous as parlé. – Il avait une glycémie à six grammes aujourd’hui. Il est vital pour lui qu’il voie le médecin comme prévu à onze heures, mardi. – Figure-toi que je le connais depuis un petit moment déjà, il n’est pas rare qu’il ait une glycémie si élevée. C’est sûrement de ta faute. L’amour ne lui vaut rien de bon. Le lendemain de notre rencontre, il avait dû être hospitalisé ! – D’accord. ‘‘C’est fini entre nous. Désolé.’’ Voilà ce que je viens de lui envoyer. – Très bien. Ça me plaît, c’est sobre. – Pour sa glycémie, ce n’était pas à cause de moi. Il s’était disputé avec une de ses amies. – Laquelle ? – Je ne sais plus son nom. Celle qui vient d’avoir un enfant. – Ah oui, je vois. Moi non plus, je ne me souviens jamais de son nom. Bien. Si Camille t’envoie des SMS, garde-les, pour que je puisse les lire, mais n’y réponds pas. Est-ce que tu es malheureux ? Est-ce que tu souffres ? – Actuellement, oui, évidemment. J’ai de plus appris vendredi par mon médecin que j’avais une insuffisance hépatocellulaire. Il m’a dit que mes reins et mon foie ne fonctionnaient plus assez et que les acides aminés n’étaient plus métabolisés. Je suis en vrac quant à ma santé, et je souffre évidemment quant à Camille. – De toute façon, ce n’aurait pas été charitable de faire subir ta mauvaise santé à Camille. Il a bien assez de problèmes comme ça ! Est-ce que vous avez fait l’amour tous les deux ? – Oui, nous avons fait l’amour, mais ça, c’est évident. – Qu’est-ce que vous avez fait ? – C’est trop intime. Je ne serais pas sûr de répondre à cette question si mon psychanalyste me la posait. Déjà, ‘‘faire l’amour’’, ce n’est pas pour moi la même chose que ‘‘baiser’’. – Mais moi, je suis plus que ton psychanalyste, je suis ton ami blessé, ça devrait nous rapprocher énormément. Comment était-il, quand il a joui avec toi ? – Comme tous les hommes avec qui je faisais l’amour quand j’étais en couple : tendre et fiévreux. – Au fait, j’ai oublié de te dire que j’avais envoyé un courriel à ton Américain (Ascylte est censé être en couple, comme il dit, avec un Américain à Paris rédigeant une thèse sur les chansons de geste !) pour lui dire que tu avais couché avec Camille. Je n’ai pas réfléchi, sur le moment, j’étais furieux. – Je me suis douté que tu ferais ça. J’ai souvent des prémonitions. J’y ai pensé cet après-midi. – Est-ce que tu me détestes, maintenant ? – Non. – Dis-moi, il y a quelque chose qui m’intrigue. Préfères-tu donc ta vie professionnelle à ce pauvre Camille ? – Non… J’ai été violé par un pédiatre à trois reprises quand j’étais enfant et préadolescent. Je m’épanouis dans mes expertises, qui sont presque exclusivement en lien avec des affaires de mœurs. C’est pour moi un moyen de me guérir de maux qui ne partent pas. Je n’aime donc pas ma situation professionnelle plus que Camille. Simplement, ma situation professionnelle est ma raison de vivre ici-bas. – Ce qui fait de moi quelqu’un d’encore plus atroce… Toi qui es psy, comment expliques-tu ma réaction ? – Tu te sens seul et tu es triste. L’un de tes seuls amis t’a déçu et tu fais donc quelque chose d’idiot et d’extrême pour continuer à tenir le coup, à vivre et à t’aimer. (Comme si je m’aimais, en agissant ainsi !) – Oui. Quelqu’un m’a demandé pourquoi je voulais me venger. Je lui ai répondu que la mise en œuvre de ma vengeance m’aidait à oublier ma peine, plutôt que de la subir et de me morfondre. – Camille m’a dit qu’il ne t’aimait pas, qu’il t’aimait bien, mais qu’il n’était pas amoureux de toi. – Je le sais bien, mais cela me suffit. De toute façon, je ne crois plus vraiment à l’amour. Il n’arrive que deux ou trois fois dans une vie. J’ai épuisé mon lot. – Oui, après tout, c’est ta vérité. Si ça te convient, ça ne regarde que toi. Je ne connais pas encore la vérité de Camille, peut-être a-t-il besoin d’aimer et d’être aimé. – Moi, en tout cas, je ne crois pas du tout en la sincérité de ton amour pour lui. Tu tombes beaucoup trop souvent amoureux. Comment donc as-tu pu croire qu’un coup de foudre se produisait pendant que j’étais en train de le sucer ? Ça me dépasse ! – Il s’est produit quelque chose. D’ailleurs, quand nous faisions l’amour, il y avait bien peu de sexe, comparé aux baisers et à la tendresse. – Mais est-ce que toutes tes amourettes n’ont pas commencé de la même façon ? – Non, même s’il est vrai que j’ai peut-être eu trop d’amourettes. – Je suis sûr que tu iras beaucoup mieux dès que ton regard de prédateur croisera celui d’un autre agneau sans défense. Même si c’est l’égoïsme qui me pousse à agir ainsi, je suis persuadé de rendre service à Camille. Tu l’aurais trompé dans le mois suivant votre rencontre, j’en suis sûr ! Je te l’ai dit, je ne crois absolument pas en la sincérité de ton amour. – Non, je ne l’aurais jamais trompé ni ne lui aurais fait le moindre mal, en aucune façon. J’étais prêt à quitter ma vie actuelle pour faire en sorte de vivre avec lui. – Et pourtant, tu ne fais rien de tout cela, mais tu choisis de préserver ta réputation d’expert et ta situation sociale. Tu ne vis que pour elles, que pour le paraître. Il suffit de te regarder pour s’en convaincre, avec tous tes gadgets et tes téléphones portables ! – Non, mon travail est ma raison de vivre. Je te l’ai dit, c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais enfant. Je ne peux vivre sans faire ce métier. – Oui, je le comprends bien. C’est tragique. Sunt lacrimae rerum, comme dit Virgile. La vie est rarement aussi belle qu’on voudrait. C’est une tragédie. Mais sa laideur fait la beauté de l’homme. – Peut-être… – Je sais que ce n’est pas d’un bien grand réconfort ! – En tout cas, je ne peux pas te laisser dire que je n’aime pas Camille. Je l’aime intensément et véritablement. Il a réussi à me faire oublier J***-C***, que je n’ai même pas appelé aujourd’hui, alors que c’était son anniversaire. – Oh ! Je sais que tu l’aimes. Tu l’aimes même sûrement plus que moi. Mais tu l’aimes autant que celui qui l’a précédé et que celui qui lui succèdera ! Moi je l’aime plus que je me croyais encore capable d’aimer quelqu’un, même si c’est peu. Et puis ça me plaît de dire que je ne crois pas en la sincérité de ton amour. Ça me fait du bien. Finalement, vous vous étiez bien trouvés, tous les deux. Je crois que vous êtes plus ou moins du même milieu. Moi, il ne m’aimera jamais, parce que je serai toujours pour lui comme un chat pour un chien, ou comme un chien pour un minet, si tu préfères ! Toi, tu as réussi à t’élever ; pas lui. Mais on n’échappe pas à ses origines. C’est peut-être ce qui explique votre prétendu coup de foudre. – Je ne sais pas. Oui, peut-être y a-t-il effectivement de cela. – Mais je nous trouve bien sentimentaux. N’oublions pas que l’affaire que nous traitons est des plus sordides. – C’est toi qui as décidé de cela. – Oui, et j’espère que j’ai été assez clair. Je peux être quelqu’un d’impitoyable et d’inflexible. Mais je crois que tu commences à le comprendre. Je ne sais pas dans quel état je suis exactement. Je me sens à la fois anéanti par la méchanceté de mes actes, dont il est vrai que tu es le seul responsable, et profondément soulagé de pouvoir me venger de toi. – Non, c’est toi qui es seul responsable de tes actes. – Oui, bien sûr, je me fais justice. Mais pour se faire justice, il faut bien que quelqu’un se soit rendu coupable ! Bien, je vais aller me coucher. Je dois me lever tôt, demain, à cause de toi, encore. Il faut que j’aille voir l’ami avocat dont je t’ai parlé. Rassure-toi, je ne vais faire que lui demander ce que tu encours, si jamais je te dénonce. – Moi, je suis fatigué. Je vais aller me coucher aussi. – Très bien. Retrouve-moi demain à la même heure sur MSN. – D’accord. – Bonne nuit. A demain. – Oui, à demain. » – J’avais écrit tout cela hier soir, dans le but de le publier aujourd’hui dans ce blogue, sans rien ajouter. Mais entre temps, j’ai pu constater la peine immense de Camille. Il a l’instinct d’une bête. Ascylte a juré ne lui avoir rien dit de notre petit marché, mais Camille a pressenti que j’étais pour quelque chose dans le SMS de rupture qu’il avait reçu. Il m’a écrit plusieurs messages pour me dire qu’il me détestait et que nous n’étions plus amis. L’ayant pris en pitié, j’ai de nouveau téléphoné à Ascylte, pour lui rendre Camille, en lui expliquant bien que c’était par amour pour ce dernier uniquement que je lui redonnais sa liberté. Je continue de penser qu’Ascylte est un prédateur et un manipulateur sans scrupule. L’ami avocat que j’ai consulté tout à l’heure et qui connaît un peu Ascylte est du même avis que moi. Il m’a dit que notre homme était connu pour s’entourer de jeunes gens dont il fait tourner la tête en les emmenant dans les villes de ses expertises, où il réserve des chambres dans les plus beaux hôtels. Typique d’un parvenu ! Mais c’est après tout la liberté de Camille que d’aimer les mauvaises personnes. J’ai demandé à Ascylte d’avoir la bonté de ne pas dire à Camille que j’étais à l’origine de toute cette sordide affaire et d’essayer de l’en détromper. Nous avons imaginé ensemble l’histoire qu’il raconterait au garçon : il l’avait quitté parce qu’il ne voulait pas trahir mon amitié pour lui ni blesser son Américain. J’ai fait croire à Camille que c’était moi qui avais essayé de lui ramener Ascylte, avec qui nous sommes convenus d’un SMS que je lui ai envoyé une heure ou deux avant qu’il ne le rappelle enfin. En voici le texte : « Camille, je me suis permis d’écrire à Ascylte, pour lui dire que s’il t’avait quitté pour ne pas trahir mon amitié avec lui, ça ne servait à rien, parce que je ne le considère plus comme un ami. Et je ne veux pas que tu sois malheureux à cause de moi. J’espère que tout va s’arranger entre vous. Je ne fais ça que pour toi, pas pour lui. Je suis persuadé qu’Ascylte n’est pas quelqu’un de bien. C’est un manipulateur sans aucun scrupule. Sois prudent. J’espère que tu seras heureux. Je n’ai pas compris pourquoi tu m’en voulais tellement. Peut-être qu’on redeviendra amis, mais je ne me fais plus trop d’illusions. » Non, je ne m’en fais guère, en effet… De toute façon, j’avais renoncé à dénoncer Ascylte une fois que mon ami avocat m’eut informé de la peine qu’il encourait : quinze ans d’emprisonnement pour m’avoir envoyé des rapports d’expertise que je faisais semblant de lire, tant je les trouvais barbant, c’eût été cher payé. C’était l’arrogance qui le faisait m’envoyer ses chefs-d’œuvre : il voulait que je voie comme il était brillant. Sans doute me prenait-il pour l’un de ses minets, pour un Camille ! J’ai eu d’abord l’impression d’avoir moins mal de m’être fait volontairement détester de Camille plutôt que d’avoir été abandonné malgré moi, mais finalement, je me sens comme lorsque quelqu’un vient de mourir. J’ai le sentiment d’avoir tué deux amitiés, celle qu’il y avait entre Camille et moi et celle qu’il y avait entre Ascylte et moi. C’est tout de même moins grave que si j’avais tué deux amitiés et un amour. Allons ! La tristesse me fait écrire des sottises : c’est bien sûr Ascylte qui as tué l’amitié que j’avais pour lui, qui n’était pas bien grande, il est vrai. Mais même si ce n’est pas moi qui l’ai tuée, c’est une amitié qui est morte. Je suis certain qu’il croit m’avoir attendri par ses pleurnicheries. Il s’imagine m’avoir manipulé, comme tant des impressionnables victimes de ses poudres de perlimpinpin psy, alors que je n’ai voulu que faire le bonheur de Camille, qui n’était que la pauvre victime de nous deux. Hélas, faire son bonheur aujourd’hui, c’est faire son malheur pour demain, j’en suis persuadé. Il me semble qu’Ascylte n’a pas hésité plus d’un instant avant de choisir son métier plutôt que Camille. Il préférait se soigner, comme il le prétend (puisqu’il paraît que son métier lui est une thérapie), plutôt que de faire le bonheur de Camille. Bel amour ! Il aime surtout sa minable situation, qui lui paraît enviable, tant il vient de loin ! Mais il y a pire. Je connais assez Ascylte pour savoir qu’il n’hésitera pas non plus bien longtemps avant de trahir Camille pour la première nouveauté venue. Je l’ai vu faire avec ce pauvre Christophe, qu’il trompait avec moi dès qu’il avait le dos tourné. A-t-il d’ailleurs beaucoup hésité avant de trahir notre amitié ? Pas une seconde. Je l’ai vu de mes yeux ! Cela s’est passé ici, dans ce salon, il y a quelques jours à peine.
19:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Christophe, Don Esteban, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
30/11/2008
Dimanche 30 novembre 2008
SMS de Camille daté d’hier : « Olivier, je t’écris pour te dire que j’ai trouvé le grand amour. Pour tout te dire, c’est Ascylte. Voilà. » Voilà…
10:59 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note