04/07/2009

Vendredi 3 juillet 2009

            J’ai rencontré physiquement avant-hier le beau Mnasyle, dont j’avais fait la connaissance quelques jours plus tôt sur Internet. Comme il habite non loin du village où ma famille avait une maison dans laquelle nous passions les vacances, je suis passé le prendre en voiture (car il n’a pas le permis de conduire) et nous sommes allés (en passant par Uza et devant l’étang où nous allions piqueniquer, ma mère, ma sœur et moi, puis par Lit et devant le camping et le restaurant qui appartenaient à la famille d’Arthénice, qui fut une camarade de classe de ma mère, et qui avait un joli chien de berger, que j’aimais regarder) ; nous sommes allés faire l’amour au Cap de l’Homy, sur la plage de mon enfance, et sous la lune, qu’on apercevait parfois à travers les nuages. C’était orageux : il y avait de nombreux éclairs, qui nous faisaient un peu peur. Tityre, chez qui j’avais d’abord fait un saut pour annoncer la bonne nouvelle de ce rendez-vous avec Mnasyle, m’avait prêté un grand drap qu’il prétendait que j’aurais dû prévoir, si seulement j’avais une plus grande expérience de ces sortes d’aventures : pour nous protéger du sable. Il m’a recommandé, avant que je prenne la route, de le lui rendre sans le laver, dans l’espoir d’y trouver des traces de nos ébats ! Mnasyle et moi nous sommes vraiment très bien entendus, sexuellement. Je n’en reviens pas de la facilité avec laquelle il s’est mis à envisager, après une courte nuit d’amour, de quitter pour moi son ami de six ans ! Comment pourrais-je me fier à quelqu’un qui n’a pas hésité à tromper un ami de si longue date pour passer une nuit avec l’inconnu que je lui étais ? Mnasyle est déjà en train d’échafauder tout un plan pour laisser son ami à Pau, où il vit d’habitude (car, s’étant fait opérer du bras, il n’est en ce moment dans les Landes que pour sa convalescence, qu’il passe chez ses parents), et venir seul me voir à Mont-de-Marsan, dans une quinzaine de jours, pour les fêtes de la Madeleine. C’est un projet qui me plaît. Hier déjà, j’aurais voulu qu’il vienne au vernissage de la nouvelle exposition organisée au centre d’art contemporain, intitulée : Le Noir absolu et les Leçons de ténèbres. Mais il aurait fallu le reconduire chez lui dans la nuit, ce qui était impossible, car j’avais prévu de boire, ou ce matin très tôt, à cause d’un rendez-vous qu’il avait à la première heure avec un médecin de Bayonne, qui devait l’examiner avant de lui permettre de reprendre le travail. Or les lecteurs assidus de ce journal savent bien que ‘‘je ne suis pas du matin’’…  J’aurais pourtant beaucoup aimé me rendre à ce vernissage accompagné d’un si joli garçon. Car il est vraiment très beau, quoi qu’un peu grassouillet, et peut-être également un peu petit, le pauvre. Je crois bien que c’est le premier garçon de ma vie qui m’ait dit qu’il me trouvait grand ! L’un des tableaux de l’exposition s’intitulait Sola sub nocte. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram… » Ce vers, c’était nous, Mnasyle et moi, la veille, qui cheminions dans la nuit, sur la plage, pour nous éloigner le plus possible de l’escalier d’accès posé sur la dune, afin d’être sûrs que personne ne viendrait nous déranger. S’il avait été là, je le lui aurais expliqué, car il faut tout lui expliquer, et j’ai bien peur que nous ne soyons voués à ne nous entendre si bien que sexuellement… Nous sommes restés plus de deux heures à nous parler ce soir au téléphone en nous regardant ‘‘en cam’’ sur nos ordinateurs, et j’ai fini par le trouver pénible : puéril et bavard. Comment peut-on parler autant quand on a si peu de choses à dire ? Pourquoi se répéter à ce point ? Mais il est si joli, si tendre, si confiant déjà, si totalement offert ! C’est très plaisant. Pénible et plaisant. Cette aventure me rappelle pour l’instant celle que j’avais eue en 2008 avec mon si joli petit prince de Bidache.

04:09 Publié dans 2009, Arthénice, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

24/04/2009

Jeudi 23 avril 2009

            Je n’ai reçu qu’aujourd’hui la convocation du commissariat pour hier, qui avait été pourtant postée le 17, comme l’indique le cachet de la poste. Ce soir, en rentrant du vernissage de l’exposition de Jean-Joseph Sanfourche, où j’avais beaucoup bu, avec Tityre et quelques-uns de ses amis, j’ai mangé l’un des meilleurs sandwiches américains de ma vie, préparé au 5 rue Armand-Dulamon par un futur marié, m’a-t-il dit, qui fait fabriquer spécialement par un boulanger le pain dont il se sert, s’approvisionne en tomates réellement goûteuses, cuit le steak haché dans de la crème fraîche et fait lui-même sa mayonnaise. Servi avec une grande barquette de frites et une boisson, le sandwich ne coûte que 3,50 EUR. C’était un plaisir que d’entendre ce petit commerçant parler avec passion de ses sandwiches et de leurs prix : « Mieux vaut vendre beaucoup de sandwiches à petits prix, m’expliquait-il, que pas du tout qui coûteraient cher ! » Il était souriant, enjoué, curieux de ses clients, et même parfois indiscret, mais comment ne pas pardonner son indiscrétion à quelqu’un de tellement plus agréable que tous ces marchands de Kebab, qui me sont le plus souvent très antipathiques ? L’artiste, comme je crois qu’il n’aime pas qu’on l’appelle, qui n’a pas une bonne santé, n’avait pas pu venir au vernissage de son exposition : il était hospitalisé depuis aujourd’hui. J’y ai croisé Patrick D***, l’ancien patron du ‘‘Dix-bis’’, ainsi que Léon, comme nous l’appellerons dans ce journal, s’il doit être de nouveau question de lui, parce qu’il est le sosie de Léon Trotski, ancien client de Patrick et bon copain de Tityre, à ce que j’ai cru comprendre ; et puis Monochire, ce brocanteur qui, bien que manchot, avait fait la cuisine au ‘‘Dix-bis’’ lors d’un festival flamenco, il y a quelques années ; Cléon qui, lors de la dernière élection municipale, fut le premier de la liste (perdante) sur laquelle s’étaient également présentés Tityre et Léon, ses amis ; Erythroprosope, qui est peut-être le frère de Cléon (il faudrait que je pose la question à Tityre), tant il lui ressemble, mais qui est toujours rubicond, d’où son nom ; Arthénice ; Parthénie ; et d’autres visages plus ou moins familiers, dont je ne connais pas les noms. (Je promets de rédiger bientôt cet index nominum dont je parlais l’autre jour et qui pourrait faciliter la lecture de ce journal à ceux qui ont du temps à perdre.) Sanfourche avait tenu à être exposé avec son ami Robert Aupetit, dont on pouvait voir un grand arbre de bronze, dont le tronc était recouvert d’inscriptions, non pas gravées, comme on en trouve sur les vrais arbres, mais en bas-reliefs.

02:53 Publié dans 2009, Arthénice, Cléon, Erythroprosope, Léon, Monochire, Parthénie, Patrick D***, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-joseph sanfourche, robert aupetit

09/02/2009

Dimanche 8 février 2009

            Les yeux me brûlent. Il ne m’arrive que des malheurs, depuis quelque temps. Les enceintes dont je me servais pour écouter les mp3 de mon ordinateur portable semblent avoir rendu l’âme. Les nombreuses coupures d’électricité qui ont suivi la tempête ont complètement déréglé mon réfrigérateur, qui s’est transformé en congélateur. Je dois faire le contrôle technique de ma voiture avant la fin du mois, mais il faut d’abord que je change les plaquettes de frein et les miroirs des rétroviseurs. Parce que j’étais en retard pour le vernissage au Centre d’art contemporain, jeudi soir, dans ma précipitation, j’ai cassé le flacon de ce merveilleux parfum que m’avait offert ma sœur, qui m’allait si bien, mais qui est absolument au-dessus de mes moyens. Ma mère ne veut pas comprendre que je ne peux plus inviter à mon tour les membres de ma famille à dîner le dimanche soir, chez moi, parce que cela me revient trop cher. (C’est nouveau, depuis quelques mois : elle a décidé que nous devions nous inviter à tour de rôle.) Elle prétend que je ne suis pas obligé de faire un festin. Certes. Mais il ne restait, à la fin du mois de janvier, que 2,70 EUR sur celui de mes comptes en banque où sont versées mes rares entrées d’argent. Même la cuisine la plus simple coûterait plus de 2,70 EUR ! Mais elle ne comprend pas. D’ailleurs, elle n’a jamais rien compris. L’autre soir, il était prévu que je dîne chez elle, mais j’ai dû partir soudain, parce que j’avais envie de la tuer. Pas exactement de la tuer, mais de la battre si violemment qu’elle en serait sûrement morte. Depuis que je me suis lancé dans cette psychanalyse avec Tirésias, je me suis remis à éprouver de la haine pour ma mère. Ce ne peut pourtant pas être déjà un effet de l’analyse, qui vient à peine de commencer. Mais, pour l’instant, je ne puis m’empêcher de me rendre aux séances chez Tirésias en me disant (peut-être à tort) que, probablement, me soigner et guérir, c’est me soigner et guérir de ma mère. D’où mes accès de haine. Hier soir, au dîner chez Tityre, son amie Parthénie, dont je m’étais sans doute mal fait comprendre, m’a demandé depuis combien de temps ma mère était membre de l’association du Centre d’art contemporain. J’ai dû lui expliquer qu’Arthénice, la présidente de l’association, qui est une connaissance de ma mère depuis le lycée, ne cessait de me demander quand cette dernière finirait par se décider à devenir adhérente ; mais qu’elle ne le deviendrait sans doute jamais, parce qu’elle était une personne qui n’aimait pas la vie en société et que, n’étaient ses deux lesbiennes, elle ne fréquenterait sans doute personne. A quoi Parthénie a répondu que ma mère ne perdait pas grand-chose. Sans doute. Mais ce m’était pénible d’avoir à dire cela à Parthénie, parce que j’avais l’impression de me justifier, d’expliquer pourquoi, moi, j’étais comme je suis, c’est-à-dire comme ma mère. La grande phobique sociale de la famille, c’est elle. Elle nous a transmis ses névroses, à ma sœur et moi. Le pire est qu’elle s’en lave les mains. D’où mon fantasme de les lui voir tranchées. Il y avait la voix de la sagesse à la télévision, cet après-midi : le grand Robert Badinter, qui nous expliquait encore une fois que la peine de mort était une abomination, au cas où nous ne l’aurions pas compris, depuis le temps. Mais bien sûr qu’il y a des mères qui méritent la peine de mort ! Moi, je rêverais que le bourreau couche la mienne sur la bascule et la coupe en deux, encore vivante, blablabla, pour enfin ne plus jamais voir sa maudite tête de mère, sa tête de Méduse, de Clytemnestre de banlieue pavillonnaire. Je donnerais un dernier grand coup de pied dedans, comme dans le ballon que va chercher et me rapporte la chienne Pélagie, quand je joue avec elle. La tête volerait par-dessus la clôture et les chiens de la voisine se feraient une joie de la bouffer. Au lieu de quoi c’est moi qui devais faire la bouffe à ma mère, ce soir, pour moins de 2,70 EUR, donc ! Mais c’était la dernière fois. Enfin ! J’exagère. Tout n’est pas si noir. Sappho, sa chienne, a peut-être un cancer. On attend les résultats de la biopsie. Mais tout de même, c’est un peu dur de ne plus pouvoir me réchauffer à la rousseur de Camille, pour m’apaiser. Il y aura bientôt trois semaines que je ne l’ai pas vu. Polémon dit qu’il aide chez son père, où la tempête a fait beaucoup de dégâts. Il n’en partirait que pour se rendre à son travail. Mais c’est de Polémon que je le tiens. Camille n’a même pas pensé à me le dire lui-même, si seulement il se souvient que j’existe. Je tiens moins de place dans sa vie que les poulets qu’il va ramasser la nuit dans les fermes des Landes. J’ai dit qu’il avait hébergé Alcidor, l’amant de Flipote, pendant quelque temps. Ça ne le dérangeait pas de dormir dans le même lit que ce grand hétéro malpropre qui allait se coucher sans même se laver, encore tout couvert de fientes et de plumes. Lorsque c’était moi qui l’hébergeais, Camille préférait dormir dans le salon, sur le canapé, loin de moi, qui sens pourtant l’éclair au chocolat, aux dires de Tityre. Il aimait mieux baiser avec Ascylte, ce déjà vieil accroupi, avec Tityre, cette brute qui ne sent pas sa force, ou avec Polémon, qui est presque aussi gros que Damis et qui vient d’attraper la gale ! Mais moi ? Moi, je suis un garçon compliqué. « C’est un garçon compliqué », voilà ce qu’il avait dit à sa cousine, je crois, qui lui demandait, dans l’une de ses conversations sur MSN, dont j’ai pu lire la sauvegarde, pourquoi il n’était plus mon amant, alors que je l’hébergeais pourtant, au mois de septembre ou d’octobre 2008. Il semblait embarrassé, il ne savait trop quoi répondre. « Parce que c’est un garçon compliqué », avait-il finalement expliqué à sa cousine. Ça m’avait touché de trouver sous la plume de Camille cette expression qui veut tout et rien dire. Il me semble qu’en disant cela, il avait compris que ce n’était pas contre lui que j’étais comme j’étais. Il avait compris que mon intention n’était pas de le heurter, mais que je ne cessais de me heurter à moi, plus encore qu’à lui, sans le vouloir, sans pouvoir faire autrement. Camille est bête, mais il comprend les choses, parfois. Peut-être même a-t-il reconnu le gouffre dans lequel je m’efforce de ne pas tomber, aussi profond que le sien, par quoi nous nous ressemblons, lui et moi, je l’ai déjà dit. Mais contrairement à moi, Camille n’a pas le vertige. Il joue les funambules au-dessus de l’abîme. C’est en quoi nous sommes si différents. A lui la grâce, à moi la gravité. Pas étonnant qu’il m’ait fui. Je l’aurais fait tomber.

02:27 Publié dans 2009, Alcidor, Arthénice, Ascylte, Camille, Damis, Flipote, Journal, Ma mère, Ma soeur, Parthénie, Pélagie, Polémon, Sappho, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : robert badinter