27/08/2009
Lundi 24 août 2009
Vingt-troisième séance chez Tirésias : Ces derniers jours ont été particulièrement durs pour moi, parce que, ayant organisé, avec le concours de ma sœur, une fête chez ma mère, j’ai dû constamment tout négocier avec cette dernière, jusqu’à l’utilisation des tabourets ! Sans doute avec cette fête étais-je en train de trop m’affirmer à son goût, comme j’ai dit à Tirésias, si bien que ma mère n’a cessé de m’opposer de ces non qui, depuis toujours, c’est-à-dire depuis son divorce d’avec mon père, me donnent l’impression d’être littéralement nié. Je ne suis plus capable d’entendre aucun refus de la part de ma mère, même lorsqu’il est justifié, parce que c’est à chaque fois le même mot de non qu’il lui faut prononcer, parce que, le prononçant, c’est le même visage, proprement monstrueux, qu’elle me fait voir. Je la hais tellement que, dans ces moments-là, je voudrais la tuer, mais ce n’est bien sûr qu’un fantasme. La fête s’est bien passée et a coïncidé avec l’arrivée de mon père, venu passer quelques jours à Mont-de-Marsan. Sa présence suffit à me faire mieux supporter ma mère. Peut-être son autorité naturelle la remet-elle à sa place de femme. Lui présent, ma mère, d’habitude si autoritaire, ne peut plus usurper la place de mon père. Cela ne change rien au fait que, par bien des aspects, mon père m’incommode au plus haut point. Je ne supporte pas sa bestialité. « Qu’appelez-vous sa bestialité ? », me demande Tirésias. J’appelle ainsi l’impossibilité dans laquelle est mon père de garder le contrôle de son corps. Il est affligé d’espèces de TOC qui l’agitent constamment, lorsqu’il marche ou parle, qui le rendent très bruyant, qui lui font prendre trop de place, envahir tout l’espace. « Vous avez un père envahissant et une mère rejetante… – Et les deux s’équilibrent et se neutralisent sans doute. » Paradoxalement, mon père, homme sévère, sait se faire aimer sincèrement par les personnes les plus inattendues, dont il aime être entouré. Outre ma sœur Laura, Artémise, la jeune amie de cette dernière et Stéphanie, il était accompagné de Sabylinthe, tout jeune homme travaillant non pas avec mais pour celui-ci, comme il a lui-même tenu à me dire. Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce pour une forme d’amour, peut-être d’amour filial. Laura m’avait raconté, lorsque nous nous sommes vus à Biarritz, il y a quelques jours, que ce garçon, dont elle avait fait la connaissance une semaine plus tôt en Tunisie (où vit son père, un homme apparemment très dur et qui est une relation du mien), était encore traité, lorsqu’il revenait dans ce pays (car il vit désormais à Paris, où son père l’a recommandé au mien) comme un enfant, à qui il n’était laissé aucune liberté. A vingt-deux ans, le garçon n’a toujours pas le droit, non seulement de fumer, mais même de boire du café ! Il me semble qu’il a reporté sur mon père, qui est pourtant un homme d’une grande sévérité, l’affection qu’il lui est difficile d’avoir pour le sien. Lorsque je lui ai tendu la main, samedi, pour le saluer, il l’a saisie, mais pour me prendre dans ses bras et baiser mes joues. Il m’a expliqué un peu plus tard qu’il ne pouvait s’empêcher d’embrasser ceux qu’aimaient ceux que lui-même aimait. « Est-ce que tu as cru que j’étais homosexuel, m’a-t-il demandé ? – Euh… Non, rassure-toi, je l’ai seulement fantasmé ! » Il faut dire que Sabylinthe est un garçon d’une grande douceur, à la voix fluette et qui parle lentement. Plus tard dans la soirée, car Sabylinthe était venu à Mont-de-Marsan avec Artémise et Laura pour participer à la fête que Julie et moi avions organisée chez ma mère, quelqu’un a voulu nous prendre en photo. J’ai passé mon bras autour de ses épaules et, pendant que le photographe faisait le cadrage, j’ai eu le temps de caresser sa nuque avec le pouce de la main que j’avais posée sur lui. Il m’a laissé faire. Plus tard encore, j’ai pu le voir en maillot de bain. « Quoi ? Tu gardes ton caleçon sous ton maillot de bain ? – Oui, m’a-t-il répondu, c’est comme ça qu’on se baigne en Tunisie, à cause des méduses. – Mais la seule méduse que tu trouveras ici, c’est Tityre ! Et ce n’est pas ton caleçon qui te protègera de lui… » Sabylinthe grelottait en sortant de la piscine. C’était charmant. Serais-je attiré par le type de garçons qu’attire et par qui est attiré mon père ? Déjà le jeune oncle de ma (demi-)sœur Laura, qui avait mon âge, il y a maintenant tant d’années… Je trouve étrange que Sabylinthe m’ait demandé, d’une voix légèrement inquiète, si j’avais cru qu’il était homosexuel, comme s’il avait voulu dire : « Cela se voit donc tant que je le suis ? ». Du coup, je ne puis m’empêcher de penser qu’il l’est peut-être un peu sur les bords en effet. Ou si tout cela n’est qu’un fantasme de plus ?
03:17 Publié dans 2009, Artémise, Journal, Laura, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Sabylinthe, Stéphanie, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note