12/11/2009

Mercredi 11 novembre 2009

            Dans le feu de l’action, avant-hier, Elithios m’a dit qu’il m’aimait. N’étant pas sûr de l’avoir bien entendu, je lui ai demandé de me le répéter, ce qu’il a fait avec une conviction déconcertante, pour une seconde rencontre. « Qu’avez-vous ressenti à ce moment », m’a demandé Tirésias, hier, lors de ma trentième séance avec lui. « J’aurais bien pris mes jambes à mon cou. Et pourtant je me sens bien avec lui. » J’aime le regarder dans les yeux sans rien dire. Je ne suis pas sûr d’avoir dit grand-chose pendant cette séance chez Tirésias. Je ne savais pas de quoi lui parler, parce qu’il s’est passé peu de choses ces derniers temps, exception faite de la cuite impressionnante d’Osman, le week-end dernier, qui avait appris la mort de son grand-père peu après nous avoir rejoints, Tityre, Aribaze, ma sœur et moi, au bar du bel Ascagne, et surtout de la longue conversation que j’ai eue sur Facebook, dans la nuit de vendredi à samedi, avec Callias, que j’avais vu plus tôt dans la soirée (avant l’effondrement d’Osman, qu’on a même pu croire un moment dans le coma), et qui s’est beaucoup confié à moi, sans que je sache vraiment s’il l’a fait précisément parce que c’était moi (parce que c’était lui !) ou parce qu’il avait seulement besoin de se confier. Son vieux chat de quinze ans, qu’il avait depuis sa plus tendre enfance, venait de mourir. Il pleurait, à cause de la mort de cet animal, à cause de la violence du deuil d’Osman, en comparaison duquel il trouvait le sien un peu ridicule, et à cause de l’indifférence de son amant (qui est d’ailleurs serveur dans le bar que tient Pharnace, celui-là même au sujet duquel le grand C*** prétendait (mais sans doute était-ce un mensonge) qu’il faisait courir sur moi le bruit que je faisais ‘‘la pute à Toulouse’’). Callias, qui avait fait bonne figure toute la soirée, cachait en réalité les idées les plus sombres derrière son lumineux sourire. Ma sœur dit qu’il est un ‘‘écorché vif’’. Il peut avoir des accès de violence, dont Osman a été une fois le témoin : Callias voulait battre son amant, dont il se sent mal aimé. Et donc, cette nuit-là, j’étais touché d’être celui à qui il confiait son mal-être. Le lendemain, Callias a prétendu que tout était oublié, qu’il allait beaucoup mieux, que c’était l’alcool ingurgité plus tôt dans la soirée qui l’avait fait s’épancher. Tirésias m’a dit que je n’étais pas obligé de lui parler de ce qui s’était passé entre cette séance et la précédente. « Je sais bien, lui ai-je répondu, mais c’est tout de même plus facile pour moi d’appuyer mon discours sur les faits qui se sont produits récemment, comme je fais d’habitude. – Mais justement, c’est peut-être trop facile. Parlez-moi plutôt de vous. » Voici donc ce que j’ai dit : que j’étais plutôt heureux, ces temps-ci, mais que je perdais beaucoup de temps dans la fréquentation de mes amis. Je ne lis plus ni n’écris autant que naguère encore, même si, sans doute, ce journal est devenu plus fourni depuis que j’ai commencé mon analyse ; non pas qu’il soit souvent question d’elle dans ce blogue, mais parce que ses heureuses conséquences sur ma vie sociale et peut-être même sentimentale font que j’ai désormais plus de choses à y raconter. Ma vie d’écrivain est un échec. N’était ce journal, je pourrais dire que j’ai quasi renoncé à écrire. Je n’ai jamais été capable de mener à son terme l’un des romans dont j’ai eu l’idée et commencé le travail. L’impossibilité dans laquelle je suis, pendant l’écriture, d’avoir simultanément à l’esprit l’ensemble de ce qui a déjà été écrit et de ce qui doit l’être encore, me donne une sensation de vertige que je trouve insoutenable. C’est comme si j’étais à la fois en train d’errer dans un immense désert, de chercher mon chemin dans un labyrinthe et de tenter de garder l’équilibre au bord d’un gouffre. Je suis devenu incapable de mener à bien tout travail qui aurait quelque ampleur. (Déjà, pendant mes études, je m’étais soudain trouvé dans l’impossibilité de terminer mes dissertations.) Plutôt que de subir ce vertige, je préfère détourner le regard et ne pas travailler. « Ne pas travailler… – Oui, ne pas travailler. Ah ! Vous pensez sans doute que c’est pour le même genre de raison que je n’ai pas de véritable travail… » De même que j’étais devenu incapable de terminer une dissertation en temps limité, de même, la pensée de mener un travail dans l’urgence, par exemple, ce qui peut arriver dans la vie professionnelle, me terrifie : j’aurais trop peur que la qualité de mon travail ne satisfasse pas mon employeur. L’organisation hiérarchique de tous les milieux professionnels me semble impossible à affronter. Si j’aime mon travail de distributeur de prospectus, c’est parce que je peux l’organiser à ma guise (du moment qu’il soit fait dans les temps) et l’effectuer en étant absolument seul. « Ce que vous n’aimez pas, me dit Tirésias, c’est que la volonté d’un autre s’impose à vous. – Oui, c’est possible, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup aimé qu’Elithios me dise, hier soir, qu’il était tombé amoureux de moi. Je n’aimais pas l’entendre m’imposer son amour. » Les garçons me reprochent souvent de leur préférer la chienne Pélagie, qui a le droit de dormir dans ma chambre, contrairement à eux. J’aime beaucoup les chiens. Ils sont comme des peluches vivantes qu’on peut aimer sans danger. L’amour de ces bêtes ne s’impose pas à leurs maîtres. Je dis que j’aime les chiens, mais c’est les chiennes que j’aime surtout, les femelles et non pas les mâles. « Ah ? Pourquoi donc les femelles ? – Pourquoi ? Je ne sais pas… – C’est probablement parce que vous aimez dominer et qu’il vous semble plus facile de dominer une femelle. – Oui, c’est possible. D’ailleurs, j’ai toujours aimé terroriser les chats. Or je vous avais dit, au début de cette analyse, que j’associais les chats à mon père, qui avait dessiné l’une de ces bêtes, un jour de ma plus tendre enfance, sur le mur de ma chambre. J’étais dans les bras de ma mère, et j’avais fait un caprice, parce que je ne comprenais pas pourquoi mon père avait sali mon mur. » (Avais-je interprété ce dessin comme une marque que mon père voulait m’imposer, une marque de sa volonté concurrente ?) Terroriser les chats, dans mon enfance, c’était sans doute, inconsciemment, me venger de mon père, le dominer enfin. Est-ce à dire que les chiennes sont le symbole de ma mère ? Je n’ai pas pensé à dire à Tirésias que Pélagie était le nom de ma chienne. Pélagie, c’est la mer. De la mer à la mère, il n’y a qu’un pas, que le psychanalyste franchirait aisément. « C’est vous qui venez de le franchir, m’aurait-il sans doute répliqué, puisque c’est vous qui l’avez dit. » J’ai écrit tout à l’heure que j’aimais regarder Elithios dans les yeux sans rien dire. C’est peut-être parce qu’il a le regard simple et franc d’un bon chien. J’aime aussi regarder Pélagie dans les yeux.

04:44 Publié dans 2009, Aribaze, Callias, Cyrille, Elithios, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Osman, Pélagie, Pharnace, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

26/10/2009

Dimanche 25 octobre 2009

            Le dîner chez ma sœur hier soir était annulé, Aribaze et Osman en ayant chacun donné chez soi. Tityre et moi sommes allés à celui d’Osman (ainsi que Cléomédon, mais sans son Clinias, qui n’a paraît-il pas du tout apprécié certaines choses que j’ai dites sur lui dans ce journal), ma sœur et Iolaos (qui est le meilleur ami d’Osman et, depuis peu, le chevalier servant de Julie) à celui d’Aribaze. Ceux du côté d’Aribaze nous ont plus tard rejoints chez Osman, d’où nous sommes ensuite allés dans le bar que tient le bel Ascagne et, de là, pour finir, à Parthénon. Une certaine Nidalie, qui est une grande habituée d’Ascagne, était également des nôtres. Bien que je ne la connusse pas vraiment avant hier soir, où je la voyais pour la première fois chez l’un de nous plutôt qu’en ville, j’ai pu constater, pour avoir longuement parlé avec elle, qu’elle me connaissait apparemment très bien, et en particulier, qu’elle savait déjà que c’était à cause de moi que Phidippide était tombé dans l’espèce de disgrâce d’où personne ne semble très désireux de le sortir, à l’exception de Tityre. Osman, qui était pourtant absent, le soir de notre rupture, m’a même fait remarquer qu’il ne lui avait pas du tout coûté de ne pas inviter Phidippide à son dîner. En m’assurant ainsi de leur soutien, mes amis ne se doutaient sans doute pas qu’ils ne faisaient qu’accroître ma mauvaise conscience. Pauvre Phidippide, après tout… D’autres personnes étaient encore chez Osman, dont je n’ai pas retenu les noms, trop aviné que j’étais sans doute, et surtout trop affairé à cultiver le sublime Callias, qui nous honora de son angélique présence. Il était soul et, durant tout le temps de son absence, ne cessa de me demander quand arriverait enfin ma sœur, qu’il aime passionnément, quoique d’un amour tout platonique évidemment. Il l’a pourtant embrassée (à ce que m’a dit Tityre, chez qui je suis allé dîner ce soir), ainsi qu’un autre des invités d’Osman, celui d’entre eux (encore un pédé) qui était célibataire et bien loin d’être un prix de beauté ! Il faut dire que Callias embrassait et caressait tout le monde. L’ivresse le rendait débordant d’amour. Plus d’une fois il s’est jeté dans mes bras ou m’a pris dans les siens, me serrant si fort que je pouvais à peine respirer ou lui répondre quand il m’a demandé pourquoi je le touchais ainsi, alors que c’était lui qui… De toute façon, je n’aurais rien su répondre d’intelligent, ni même d’idiot. Je continue de me demander si la relative indifférence que Callias me montre un peu trop ostensiblement n’est pas plutôt de l’intérêt péniblement dissimulé. Lors d’une fois précédence, il m’avait dit cette chose étrange : « Olivier, je n’oublie jamais un visage. Il me semblait bien que je t’avais déjà vu quelque part, mais je n’arrivais pas à me rappeler où. Et puis ça m’est revenu tout à coup. C’est chez Osman que je t’avais vu la première fois ! » C’était une remarque complètement absurde. Aux premiers temps de notre fréquentation actuelle (et qui n’a jamais été qu’actuelle), nous ne nous sommes toujours vus que chez Osman ou du moins en sa présence. Qu’Osman soit celui qui nous a présentés l’un à l’autre est une évidence. En bonne logique, Callias aurait dû me dire qu’il m’avait déjà vu avant de me rencontrer chez Osman, ailleurs que chez ce dernier (ce dont je me serais nécessairement souvenu, de toute façon, parce qu’il correspond parfaitement à mon type de garçons ; c’est d’ailleurs bien pourquoi il me fait perdre tous mes moyens : la peur de perdre ce que je désire le plus me paralyse. Je me demande si l’un des nœuds de ma névrose n’est pas que je ne me sente pas le droit de prétendre à ce qui serait le plus fait pour me combler. Je perds tous mes moyens devant le bel être que je voudrais séduire, parce que je ne m’en sens pas digne. Le sentiment que je serais un voleur, pour ne pas dire un violeur (violant quelque loi supérieure, qui m’interdirait d’y prétendre), m’empêche de seulement esquisser le plus petit geste pour séduire la personne qui m’inspire du désir. Il faudrait que j’en parle à Tirésias.) Je me demande donc si Callias n’a pas inventé cette invraisemblable réminiscence pour me dire à sa manière qu’il m’avait remarqué, qu’il avait pour moi un intérêt qu’il n’ose pas me dire trop explicitement, d’autant qu’il est déjà l’amant de quelqu’un, je ne sais plus si je l’avais dit : il s’agit d’un jeune homme de trente ans, avec qui j’ai paraît-il déjà chatté, avec qui j’avais même sympathisé, mais que je n’ai jamais rencontré physiquement. Le fait que Callias soit l’amant d’un garçon de trente ans m’affole complètement : je me dis qu’entre toutes les barrières qu’il y a entre nous, celle de l’âge n’en est pas une. Hier soir, il m’a fait une autre remarque, et précisément au sujet du tout premier jour de notre rencontre. Comme il me demandait si je ne voulais pas danser avec lui : « Ah ! Non ! C’est impossible, je ne danse jamais ! – Comment ça, tu ne danses jamais ? Je t’ai vu danser, une fois, je ne sais plus où. – Moi ? J’aurais dansé ? Ah oui ! Ce devait être avec Phédon, mais c’est uniquement parce qu’il m’y avait forcé et parce que j’étais soul. – Oui, et vous étiez allés faire des choses dans les toilettes aussi. – Euh… Oui, mais non… Là encore, c’est lui qui m’avait entraîné. De toute façon, moi, je ne fais jamais rien dans les toilettes. C’est bien simple, je n’y vais jamais ! Je suis au-dessus de ces choses-là ! Ç’avait été une très mauvaise soirée pour moi. J’aime autant ne pas en parler, d’ailleurs, je suis sûr que tu sais déjà tout, puisque tout finit toujours pas se savoir. » Callias, qui avait prétendu, quelques jours plus tôt, ne s’être rappelé que tout récemment le premier jour de notre rencontre, semblait donc s’en souvenir désormais très précisément. Mais le plus surprenant, c’est donc qu’il m’avait apparemment observé, ce premier jour, alors que j’avais été si affecté par son indifférence à mon égard. Aussi bien suis-je en train de me faire des idées. Il est tout à fait possible que j’interprète trop les choses. Ma sœur me dit que, Callias étant plus jeune que moi et donc le plus inexpérimenté, c’est à moi de mener la danse, c’est-à-dire de faire précisément ce que je ne sais pas. « Mais je n’y arriverai jamais ! Je ne sais même pas danser, au propre comme au figuré ! Alors mener la danse… Pourquoi crois-tu que je me saigne aux quatre veines pour m’offrir les services d’un Tirésias ? – Mais justement, est-ce que vous ne travaillez pas sur tes difficultés relationnelles, avec ce Tirésias ? – Si, bien sûr. Et j’ai fait beaucoup de progrès, mais uniquement dans mes relations avec les groupes. Avec les individus, je suis encore complètement incapable. – Tu te poses trop de questions au sujet de Callias. Tu devrais te contenter de jouir du plaisir d’avoir un beau garçon dans ton entourage et prendre le temps d’apprendre à le connaître, sans penser à autre chose. » Je le sais bien, mais c’était délicieusement affolant de sentir le corps enivré de Callias se presser contre moi. Comment donc penser à autre chose après cela ? J’ai de nouveau croisé Callias, par hasard, cet après-midi, pendant ma distribution hebdomadaire. Il avait dessoûlé et semblait fatigué et un peu gêné de me rencontrer (il faut dire que cette rencontre s’est passée dans le hall de l’immeuble où vit son amant (immeuble qui est également celui de la mère de Tityre)). Aucun produit cosmétique n’avait été mis dans ses cheveux, qui étaient tout propres. Il avait l’air plus blond et plus flou. C’était presque quelqu’un d’autre. Je me suis avisé que je ne l’avais vu jusqu’alors que de nuit. « Le jour et la nuit. » Je ne sais pourquoi m’est venue à l’esprit cette expression. Tout nous sépare. Il est le jour, je suis la nuit. Comment donc pourrions-nous vraiment nous rencontrer ?

02:18 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Callias, Cléomédon, Clinias, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nidalie, Osman, Parthénon, Phédon, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

19/10/2009

Dimanche 18 octobre 2009

            J’en suis encore tout retourné. Hier soir, en sortant du bar que tient le bel Ascagne, à la suite d’Aribaze et de ma sœur, qui voulaient fumer dehors leurs cigarettes, comme c’est désormais l’usage, juste après avoir encore une fois failli me prendre la porte (qui se referme toujours trop vite) dans la figure, j’ai trouvé entre mes deux fumeurs, qui venait d’arriver, le sublime Callias, tout sourire et dont les invraisemblables paroles, me faisant l’effet d’un coup de poing, m’ont presque fait tomber à la renverse, ou dans ses bras, ou à ses pieds, je ne sais plus : « Je suis ravi de te revoir, Olivier ! », m’a-t-il dit, sincèrement enthousiaste, réellement ravi. Peu de temps après, ma sœur m’a demandé si elle n’avait pas rêvé, ou si le petit Callias, dont elle a su se faire un ami bien plus vite que moi, si l’adorable Callias, dont je me plaignais d’avoir été oublié les deux récentes fois où nous nous étions vus et que, sur le départ, il avait salué tout le monde, sauf moi, si donc Callias avait bien dit qu’il était ravi de me revoir. « Oui, c’est bien ce qu’il semble avoir dit. Peut-être le fait que je sois passé dignement devant lui sans un mot, la dernière fois, alors que tout le monde était en train de le saluer, l’a-t-il fait réfléchir et comprendre que j’avais été blessé qu’il m’ait ignoré plusieurs fois si ostensiblement. » Quand ensuite, prenant mon courage à deux mains, j’ai dit à Callias que, par deux fois, il avait oublié de me saluer, lorsque nous nous étions vus, les semaines précédentes, il a prétendu ne pas s’en être rendu compte, ce qui, lui ai-je fait remarquer (ne sachant trop s’il me fallait le croire), était encore plus vexant ! Plus tard, dans la soirée, comme j’étais en train de parler avec le gros et rubicond Léonard, un Allemand de Pologne venu se réfugier avec ses parents dans les Landes après la guerre et devenu, depuis, cultivateur le jour et, le soir, un habitué du bar du bel Ascagne, j’ai senti la main de Callias me caresser doucement le dos, puis, quelques instants après, les cheveux, pour attirer gracieusement mon attention. Je lui ai répondu par des sourires. Il a demandé à son ami Nicagoras de nous prendre en photo l’un à côté de l’autre et presque tête contre tête. J’ai fait inviter Callias au dîner chez ma sœur, samedi prochain. Il en était encore une fois ravi. « Ravissant et ravi » pourrait être sa devise. Puisque j’ai parlé de Nicagoras (peut-être d’ailleurs l’ai-je déjà évoqué dans ce journal, mais probablement sans être allé jusqu’à lui donner de nom), je vais en dire un peu plus sur lui : c’est un ancien ‘‘plan cul’’, comme on dit, avec qui je m’étais très bien entendu sexuellement, et réciproquement, comme il me l’avait lui-même assuré, mais qui, pour une raison que j’ignore (sans doute à cause d’une parole maladroite ou déplacée de ma part (c’est du moins le sentiment que j’en ai)) n’avait plus voulu me revoir. Lui aussi est un habitué du bar du bel Ascagne. Ce dernier m’avait d’ailleurs demandé, il y a quelque temps, s’il n’y avait pas eu quelque chose entre ce Nicagoras et moi. « Si, lui avais-je répondu. C’est un ancien ‘‘plan’’. Mais pourquoi me poses-tu cette question ? – J’en étais sûr ! Lorsqu’il lui arrive de venir seul ici, après son travail, il reste toujours au moins une petite heure, à parler avec moi ou avec des clients. Mais si tu arrives à ton tour, alors il se dépêche de boire son verre et s’en va… – Oui, je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais, soudain, il n’a plus du tout voulu me revoir, sans raison, alors que nous nous étions pourtant mis d’accord pour remettre le couvert. » Quelque chose a dû se passer, tout récemment, qui a permis mon retour en grâce, parce que Nicagoras me parle de nouveau. Peut-être est-ce seulement parce qu’il ne peut pas faire autrement, s’étant avisé que je connaissais Callias, qu’il connaît et fréquente lui aussi. C’est aussi une connaissance de Tityre, qui fut hier soir le premier témoin de ce qui sera probablement une rupture définitive entre Phidippide et moi. Quand je pense que j’ai encore tout récemment écrit que j’avais espéré me faire de lui un nouveau meilleur ami ! Il y a quelque temps déjà que je le soupçonnais de nous cacher son véritable visage, qu’il a donc fini par nous faire voir hier soir. Avant de rejoindre Aribaze, Thessalonice, Bérélise et ma sœur dans le bar du bel Ascagne, j’étais allé faire un saut chez Phidippide, où se trouvait également Tityre. Je les ai écoutés me raconter la fin de la soirée précédente, à laquelle je n’ai pas participé jusqu’au bout, trop fatigué que j’étais par les efforts que m’avait demandé la préparation du dîner que j’avais donné chez moi et qui s’est d’ailleurs très bien passé. J’avais préféré rentrer me coucher, quand Ascagne, chez qui nous étions allés après dîner, avait fermé son bar. Ce dernier et mes invités avaient continué la nuit à Parthénon, qui est l’endroit qui a leur préférence, depuis qu’il a rouvert. Ils étaient ensuite presque tous allés se coucher chez Osman, Aribaze dans le même lit que Phidippide. Or ce dernier s’est vanté de l’avoir encore une fois possédé, ce qui m’a un peu contrarié, non pas tant le fait qu’Aribaze se laisse posséder par Phidippide que le fait que ce dernier s’en vante, en grande partie pour m’être désagréable, s’imaginant sans doute que j’enrage de ne pas avoir ce que lui croit (bien à tort, comme on va voir) pouvoir prendre quand bon lui semble. Craignant d’être de mauvaise compagnie, j’ai préféré rejoindre les autres chez le bel Ascagne, où Phidippide et Tityre ne sont arrivés que bien plus tard. Là, j’ai rapporté à Aribaze, qui en est tombé des nues, les vantardises de Phidippide. S’il est bien arrivé à Aribaze de coucher quelques fois avec ce dernier, nous nous sommes vite aperçus, en comparant la réalité aux vanteries dont j’avais été le témoin, que Phidippide était bien le vaniteux que je soupçonnais, car Aribaze m’affirme n’avoir couché avec lui que trois ou quatre fois tout au plus. J’ai été à mon tour atterré de ce que Phidippide avait pu dire sur moi à Aribaze. Il a prétendu que je me rendais souvent chez lui, le soir, avec l’envie de le baiser ou de me faire sucer, et qu’il consentait à me satisfaire parce qu’il était pris de pitié pour moi, comme si je ne pouvais pas trouver de ‘‘plan’’ tout seul, alors que je suis objectivement beaucoup plus beau, beaucoup plus jeune et bien moins con que lui ! Si je me suis en effet laissé sucer par Phidippide, ce n’est arrivé qu’une fois, parce qu’il le fait aussi bien que Tityre, c’est-à-dire très mal ! Phidippide, qui est bipolaire, du moins à ce qu’il prétend (car il est tellement vantard qu’il serait même capable de s’enorgueillir d’avoir des maladies !), ne semble pas avoir compris, sans doute parce qu’il est dans une période de manie, que si des garçons comme Aribaze et moi daignent coucher avec des hommes tels que lui, c’est-à-dire bedonnants et dégarnis, c’est uniquement par commodité : faute de temps ou d’énergie, plutôt que de chercher mieux, il arrive qu’on préfère aller se vider, comme dirait Damis, au plus près, c’est-à-dire dans cet ami entre deux âges qu’on sait disponible, parce qu’il ne laisserait jamais passer une telle occasion, non pas de coucher avec des garçons (ce qu’il peut faire encore), mais de coucher avec des garçons qui le connaissent et qu’il connaît, et surtout qu’il trouve désirables. Aribaze était si furieux qu’il a immédiatement envoyé un SMS à Phidippide pour lui demander ‘‘de l’oublier’’ ! Quant à moi, un peu plus tard, quand enfin Phidippide nous eut rejoints, je me suis entendu traiter par lui (qui était sans doute contrarié d’avoir été si sèchement congédié par Aribaze) de « putasse » (je le cite) devant Tityre qui l’accompagnait : « T’as encore fait ta putasse, hein, tu peux pas t’en empêcher, sale putasse ! ». Je ne sais si ce mot de putasse peut s’appliquer aux personnes ayant fait ce que Phidippide me reprochait (c’est-à-dire d’avoir cherché à confondre, il est vrai, quelqu’un que je soupçonnais fort de n’être qu’une canaille, absolument malhonnête, fausse et probablement dangereuse) ou s’il a choisi ce mot pour me blesser davantage, par allusion à l’origine peu reluisante d’une partie de mes revenus. Dans tous les cas, sans bien sûr vouloir défendre la prostitution, que je réprouve absolument et condamne de toutes mes forces, cela devrait aller sans dire et ce n’est pas moi qu’on prendra en train d’en faire l’apologie, ah ça non ! plutôt crever (même si, bien sûr, je suis contre le meurtre ou le suicide, oh là ! attention, on ne plaisante pas avec ces choses-là), je préfère infiniment me laisser aimer à vil prix plutôt que de recevoir le mépris de Phidippide en paiement de tout ce que j’ai fait pour lui, c’est à savoir lui présenter toutes les personnes grâce auxquelles il n’est pas totalement seul dans cette ville, seul avec cet amant qui porte le même nom que moi, qu’il n’a jamais voulu nous présenter (si jamais il existe vraiment) et qui ne voudrait plus coucher avec lui depuis plus d’un an, nous dit-il ! Phidippide affecte de ne pas comprendre pourquoi cet Olivier qui n’est pas moi, cet alter ego, ai-je parfois pensé, à cause des confidences que me faisait sur lui Phidippide, qui s’amusait de la curiosité qu’il excitait en moi, ne veut pas coucher avec lui… Mais c’est parce qu’il est complètement fou, parce qu’il est profondément mauvais et parce que, malgré toute l’application qu’il met à s’attacher ce garçon qu’il prétend qu’il l’aime, il n’a pas encore su détruire en lui l’instinct de conservation ! Connaissant Tityre, qui était le seul témoin des insultes que m’adressait Phidippide, mais qui ne veut jamais se brouiller avec personne, je suis allé chercher les autres à l’intérieur du bar (car cette scène se passait encore une fois dehors, pendant que Phidippide et Tityre fumaient des cigarettes), pour les prendre tous à témoin : « Regardez le vrai visage de Phidippide. C’est moi qui vous l’ai présenté, je le sais bien, mais je le regrette infiniment. Si vraiment vous êtes mes amis, je vous demande de ne plus être le sien. ». Je n’ai pas eu beaucoup à insister (sauf, bien sûr, avec Tityre, pour la raison que j’ai dite), parce que tous les présents (Osman mis à part, qui n’était pas des nôtres hier soir) m’ont dit que la fourberie de Phidippide se voyait de loin, qu’il la portait pour ainsi dire sur la figure. Thessalonice a même ajouté que nous n’avions vraiment pas besoin d’un second Cyrille, autre grand menteur et manipulateur devant l’Eternel, mais dont c’est ma sœur qui a eu à souffrir.

 

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09/10/2009

Jeudi 8 octobre 2009

            En dînant avec Alfred, mardi soir, chez ma sœur (car il est de nouveau possible à Julie de le fréquenter depuis qu’elle a quitté le grand con, qui était tellement jaloux qu’il avait voulu, découvrant qu’elle lui avait téléphoné, ‘‘casser les genoux’’, selon ses propres termes, à ce pauvre Alfred), j’en ai appris une autre bien bonne sur ledit grand con. Alfred connaît à peu près tout le monde à Mont-de-Marsan, et pas seulement à Mont-de-Marsan, d’ailleurs : ne s’est-il pas vanté, au cours du repas, d’avoir été longtemps l’amant de la fille d’un député du cru (l’autre grand amour de sa vie, paraît-il, avec ma sœur, que tout le monde semble d’ailleurs aimer, en ce moment, tant elle a de prétendants, dont le meilleur ami d’Osman, depuis peu, qui est fort beau…), ce qui lui donna l’occasion de rencontrer parfois tel ancien premier ministre ou tel président de conseil général dont Phidippide aime à dire qu’il le connaît assez bien lui aussi, depuis l’époque où il militait dans un certain parti politique. (Quelle déception, d’ailleurs, que ce Phidippide ! Je lui avais beaucoup confié les reproches que je faisais souvent à Tityre, par exemple, d’avoir couché avec Camille, alors qu’il m’en savait épris. Phidippide avait prétendu être aussi atterré que moi par la fausseté de Tityre, qui s’était longtemps comporté avec moi comme si de rien n’était, tentant de me cacher cette bassesse même après que je l’avais apprise, bien plus tard, de la bouche de Camille. Phidippide était différent, lui, c’est du moins ce qu’il m’assurait, et c’est pourquoi il avait également été scandalisé, sans en être surpris du tout, de la fausseté des déclarations d’amitié du terrible Cléomédon, qui venait tout juste, sans même attendre que mon odeur ait quitté la peau du beau Mnasyle, que j’avais un peu vite chassé hors de mon lit, de le prendre pour laisser à son tour sur lui sa salive, à côté de la mienne encore humide ! Ah ! Ce n’est pas Phidippide qui se serait si mal comporté avec moi, lui qui m’était un véritable ami, me jurait-il, contrairement à ces Tityre et ces Cléomédon, qui ne sont que des vieillards ou des lubriques ! Je suis tombé de bien haut quand Aribaze, sur lequel il était notoire que j’avais des vues, m’a confié que la veille d’une coucherie que j’avais eue avec Phidippide, c’était avec lui que ce dernier avait couché, lui faisant promettre de ne rien me dire, ce qu’Aribaze, en véritable ami, lui, s’était empressé de me rapporter, le plus naturellement du monde et pour notre plus grand rire, puisque nous nous étions aperçus que n’ayant pas pu tout faire avec l’un, qui n’avait été que passif avec lui ce soir-là, c’était par l’autre que Phidippide s’était fait enculer : le lendemain ! Moi qui avais cru pouvoir faire de lui un nouveau meilleur ami, maintenant que don Esteban n’est plus aussi près de moi que je le voudrais, je m’aperçois qu’il était en réalité le pire de tous ! C’est le plus faux, le plus immoral et surtout le moins excusable, parce qu’il se pique d’avoir un certain vernis de culture, grâce auquel il devrait donc être le mieux armé de mes amis pour se conduire le moins mal. Ce qui me fâche le plus n’est pas tant le fait que Phidippide ait couché avec un garçon sur lequel il savait que j’avais des vues que le secret qu’il a voulu m’en faire, alors que je lui avais dit d’abord combien j’avais été blessé que des amis ou prétendus tels m’aient délibérément laissé dans l’ignorance où j’étais de leur traitrise. (Ma sœur me demande comment il se fait que je ne cherche pas davantage à rencontrer l’âme sœur. C’est à cause de mes amis ! J’en suis à me demander s’il me faudra leur cacher ma prochaine conquête, pour être sûr de ne pas en être aussitôt dépouillé !) Je ne sais si c’est parce que j’ai le sentiment que le fruit que je convoitais a été gâté par l’avidité de Phidippide, comme j’ai dit un soir à ce dernier, mais Aribaze n’a plus sur moi l’attrait des premiers jours. Au contraire, j’ai désormais le plus grand mal à en supporter seulement la présence. Ma sœur m’a dit qu’elle avait été interloquée par mon comportement avec lui lors d’un dîner que donnait chez lui Tityre, samedi dernier, durant lequel je me serais montré un peu dur… J’aurais dit à Aribaze que je trouvais qu’il était une ‘‘agression permanente’’ et, comme il se demandait s’il resterait en France après avoir terminé sa formation d’élagueur (car il a de l’ambition et ne veut pas rester dans sa condition de bûcheron !), je lui aurais conseillé de retourner dans son pays, tant me paraissait évidente son inadaptation au nôtre. « Mais le problème, a-t-il répondu, c’est qu’il n’y a pas d’arbres à élaguer là-bas », ce qui, je crois, n’est pas vrai. Plus tard dans la soirée, mais chez Osman, cette fois, où nous étions allés continuer à boire, Aribaze m’a mis tellement hors de moi, que j’ai préféré partir avant d’imploser où de me jeter par la fenêtre. Mon humeur s’était déjà passablement dégradée depuis que le sublime Callias, qui nous avait rejoints avec un sien ami chez Osman, était reparti sans me dire au revoir, une fois de plus, alors qu’il l’avait fait même à ma sœur, qu’il avait pourtant rencontrée pour la première fois ce soir-là. Cette contrariété et les pitreries incessantes d’Aribaze ont fini par m’achever. Mes amis sont habitués à ces départs soudains dont ils ont fait un sujet de plaisanterie : « Arrêtez, disent-ils souvent, sinon Olivier va s’en aller ! », « Attention ! Taisez-vous, ou Olivier va partir ! »… (Telle pourrait être ma définition : Olivier, celui qui s’en va… Aphanisme est le sous-titre de ce blogue.) J’aurais d’ailleurs mieux fait de rester, parce que le bel Ascagne, peu après avoir fermé son bar, a rejoint la compagnie que je venais de quitter pour passer avec elle le reste de la nuit. Tout le monde, sauf peut-être Tityre, a finalement couché chez Osman, dont Ascagne, donc, qui est beau comme… comme… comme un barman, et près de qui j’aurais peut-être pu dormir, moi aussi, quoique sans doute assez inconfortablement, puisqu’il m’a rapporté hier soir qu’il avait tout de même vomi trois fois cette courte nuit-là. Je crois savoir que c’est au cours de cette soirée que ma sœur est devenue l’amante du meilleur ami d’Osman.) Alfred donc, qui connaît tout le monde, nous disait qu’il avait entendu dire à un agent immobilier que le grand con, environ deux semaines avant d’être quitté, avait cherché à savoir si les propriétaires ne voulaient pas vendre l’appartement que venait de quitter son frère et qui se trouve à côté de celui de ma sœur. (C’est d’ailleurs à cause de ce voisinage que tout a commencé pour cette dernière. Le grand con l’avait aperçue depuis le balcon de l’appartement de son frère. Il avait vite appris qu’elle était propriétaire du sien, ce qui signifiait dans son cervelet gigolétique qu’elle était solvable, et c’est ainsi qu’il lui a mis le grappin dessus, entrant du jour au lendemain dans sa vie et réussissant vite, grâce à quelques bouquets de fleurs et coups de bite bien envoyés, à se faire entretenir par elle pendant deux ans.) Si le grand con s’était informé de l’intention des propriétaires de l’appartement qu’avait occupé son frère, c’était parce que ma sœur, a-t-il prétendu, envisageait de le racheter, pour agrandir le sien ! Que tramait-il encore ? Telle était sa façon de procéder : il semait le trouble dans les esprits, en prêchant souvent le faux, pour s’assurer de nouveaux appuis. Il est ainsi plus que probable qu’il a imaginé que Pharnace, ce patron de bar qui m’est tellement antipathique, lui avait dit que je faisais la pute à Toulouse. C’était simplement pour me faire croire que je pouvais compter sur lui, ce grand con qui n’hésitait pas à me rapporter ce qui se disait de pire sur moi. On est toujours tenté de croire davantage ce dont on est le plus blessé. Ce faisant, il se rendait indispensable, car je fais partie de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de chercher à savoir ce qu’on pense d’elles… De même a-t-il très probablement inventé que des gens qui savaient ma sœur séropositive changeaient de trottoir lorsqu’ils la croisaient dans la rue. Une telle révélation, contribuant à ébranler l’une, consolidait d’autant le soutien que voulait lui être l’autre : non seulement il ne changeait pas de trottoir, lui, mais encore dormait-il tout contre elle ! Prétendre que Julie était assez prospère pour vouloir agrandir son appartement, c’était faire croire au monde que lui-même ne manquait pas d’argent, et qu’on pouvait donc lui faire confiance en affaires, qu’il menait pourtant de façon désastreuse. Tous autant que nous sommes, nous avons été pigeonnés par ce remarquable imposteur et néanmoins minuscule escroc.

 

02:46 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Callias, Camille, Cléomédon, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Pharnace, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

28/09/2009

Dimanche 27 septembre 2009

            (Ceci n’est pas une lecture pour la jeunesse, et surtout pas pour les enfants (comme si les enfants lisaient, ou même la jeunesse, d’ailleurs !). Mais enfin, je préfère l’écrire, à cause de la police, qui m’a naguère convoqué dans ses locaux pour m’exhorter à me rendre compte (« Non mais vous vous rendez-compte ? », s’était écriée la policière) qu’il pouvait y avoir des enfants parmi mes lecteurs, idée qui me paraît complètement saugrenue, pour ne pas dire grotesque, étant donné que le bachelier moyen ne connait pas assez sa langue pour lire et comprendre le simple avertissement que je suis en train de lui adresser. Enfant, donc, si tu me lis, va plutôt réviser ta grammaire. Ainsi, quand tu en auras l’âge, peut-être seras-tu capable de comprendre par toi-même que ma prose n’était pas très recommandée, en effet, à l’être innocent que tu n’es probablement déjà plus, si tu le fus jamais, ce dont je doute, prévenu que je suis contre toi par La Bruyère ou le souvenir que j’ai de ceux de tes semblables qui ont peuplé mon enfance et en ont fait un désert.) Jeudi soir, c’est moi que sont venus visiter les fantômes qui devraient plutôt hanter ma sœur ! En sortant du bar que tient le bel Ascagne, comme j’attendais Aribaze qui pissait contre un mur, j’ai vu venir vers moi le bel Equalis, qui fut le grand amour de Julie. Attirés par la beauté du garçon, Osman, Aribaze et Tityre sont évidemment venus graviter autour du couple que nous formions, dans l’espoir d’obtenir une part de ce que, quant à moi, je ne songeais alors pas même à prendre. Irrité par le caquetage de ces poules, Equalis a fini par les convaincre, un peu rudement, de nous laisser en paix. Il voulait me parler de ma sœur, qui fut, m’assura-t-il, l’amour et la femme de sa vie. Jamais il ne pourrait en aimer d’autre autant qu’elle, jamais il n’en rencontrerait qui la lui ferait oublier. Plus tôt dans la soirée, j’avais aperçu Alfred, qui ne manque jamais de me dire, lui aussi, toutes les fois que nous nous voyons, que Julie est la femme de sa vie et qu’il l’aime encore. Equalis et Alfred étaient autrefois les meilleurs amis du monde. C’est à cause de ma sœur que leur amitié n’est plus. Elle avait quitté l’un pour l’autre… J’ai été fort étonné du portrait qu’Equalis a fait de Julie. « Ta sœur est une mangeuse d’hommes. Elle s’amusait de mon amour. C’est parce que je souffrais trop que je l’ai quittée. Mais je l’aimais. Je ne sais si c’est à cause de sa maladie, mais elle ne voulait pas me croire, lorsque je lui disais que je l’aimais. A la fin, je ne pouvais plus supporter qu’elle ne me croie pas. J’ai préféré partir. – Est-ce que je pourrai lui répéter ce que tu m’as dit ? Toi aussi, tu as été l’amour de sa vie. Elle me le dit souvent. – Oui, tu peux le lui dire. Mais je ne reviendrai pas avec elle. C’est trop tard. Je suis avec une fille depuis deux ans. Elle a quitté son pays pour vivre avec moi. Je l’aime, elle aussi, même si ce n’est pas comme avec ta sœur. Je ne peux pas me permettre de quitter une fille qui a quitté son pays pour moi… » Tout ce qu’il me disait était d’une grande tristesse. Il m’a encore parlé de la peur qu’il avait de la maladie de Julie. « Nous avons eu très souvent des accidents de capotes. Dans l’attente des résultats des tests que je faisais, je lui disais que je n’avais pas peur. Mais c’était faux. J’avais très peur. Je pense que ç’aurait été plus facile pour moi, si j’avais été malade, comme elle. Si j’avais eu la maladie, je n’aurais sûrement pas quitté Julie. Mais comme je ne l’avais pas, la peur de l’attraper était toujours là, entre elle et moi. C’est sûrement pour cette raison que l’autre salaud lui a fait ça. – Qui ça ? – Hieronymus, c’est sûrement pour la garder qu’il l’a contaminée. Julie, c’était l’amour de sa vie, à lui aussi. » Hieronymus, troisième fantôme, sorti de la bouche du second, de ce bel Equalis qui, Mont-de-Marsan étant petit, a très bien connu, lui aussi, pour avoir été son ami, le spectre qu’il venait d’évoquer, spectre d’ailleurs toujours bien vivant, que mes lecteurs se rassurent : Hieronymus est apparemment increvable. J’ai été très ébranlé par cette remarque d’Equalis. Jamais je ne m’étais avisé que Hieronymus avait peut-être en effet contaminé ma sœur par amour. L’espace d’un instant, l’alcool ingurgité pendant la soirée aidant tout de même sans doute un peu, je me suis trouvé saisi de pitié pour ce Hieronymus honni, qui, lui aussi, a donc connu l’amour, et qui l’a perdu, en tentant de le garder. J’avais les larmes aux yeux en entendant Equalis. Je les avais encore hier en rapportant tout à Julie. Je les ai toujours ce soir en écrivant ces lignes. Pendant un instant, Equalis est vraiment devenu le fantôme que je disais, en évoquant devant moi Hieronymus : parce qu’il a la même corpulence que lui, la même taille (l’un et l’autre ayant été coulés dans un moule fabriqué, semble-t-il, pour satisfaire entièrement aux goûts de ma sœur, qui a les mêmes que moi, dans cette délicate matière que sont les garçons), j’avais l’impression d’apercevoir dans celle du présent la silhouette de l’absent. Je ne savais plus si je me sentais attiré par l’un ou par l’autre. J’aurais voulu prendre dans mes bras cette idée du garçon miraculeusement offerte à ma vue, mais on ne touche pas les apparitions. Jamais personne ne m’a dit que j’avais été l’amour de sa vie. Tout au plus a-t-on parfois prétendu m’aimer. Donnons au dernier qui l’ait fait, tout récemment, le nom d’Evelpide. « Pourquoi crois-tu que tu es mon P.C.R. (id est mon plan cul régulier), m’écrivait-il romantiquement, il y a peu ? Parce que je suis amoureux de toi. » Ce jeune homme, qui est un naïf, semblait avoir bon espoir d’être aimé en retour. Hélas, il n’en est rien. Mais je ne veux être contrariant pour personne. C’est pourquoi je lui ai fait cette réponse : « Moi, je ne suis pas amoureux de toi. Mais si tu le souhaites, tu pourras désormais coucher avec moi autant de fois qu’il te plaira, à condition de me payer. » Sa réponse n’a pas tardé : « Tu es sûr que ce dernier message m’était destiné ? – Evidemment, tu ne crois tout de même pas que j’aurais proposé une telle chose à quelqu’un d’autre ? – Ça m’embête un peu de payer pour me faire enculer. Mais c’est d’accord. Peut-on se voir aujourd’hui ? Je te paierai dès que j’aurai reçu ma paye. – Tu me prends pour un idiot ou quoi ? – Ah d’accord ! La confiance règne. Oublie-moi ! Et tu peux effacer mon numéro de ton répertoire. » Alors que depuis deux ou trois années que nous nous connaissons, pas une seule fois c’est moi qui lui ai téléphoné ou envoyé d’SMS le premier ! J’ai bon espoir de faire d’Evelpide la plus jeune de mes pratiques. D’ailleurs, vendredi, en allant chercher ma cargaison hebdomadaire de prospectus, le petit nouveau que j’ai vu sortir du bureau du chef, comme on dit dans le jargon de ce métier qui n’est pas exactement pratiqué par le haut du panier n’était autre que mon Evelpide qui, me suis-je dit, s’était peut-être trouvé ce second travail pour se donner les moyens de ses amours ! Ou si c’est pour mieux subvenir aux besoins du fils que sa femme a récemment mis au monde ? J’ai tout de même été fort contrarié, et même un peu effrayé, de voir sur les lieux du travail que je fais le jour une personne qui a connaissance de celui que j’ai la nuit, travail indigne, d’ailleurs, et que je ne saurais trop déconseiller à nos chères têtes blondes, cela dit pour me mettre en conformité avec la loi : moi vivant, jamais il ne sera fait l’apologie dans ce blogue de ce métier tellement dégradant (quelle honte !) que de tout temps il a été plus pratiqué par des femmes que par des hommes, c’est dire !

03:58 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Equalis, Evelpide, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

25/09/2009

Jeudi 24 septembre 2009

            Tityre, qui n’a toujours pas de connexion Internet digne de ce nom mais envisage sérieusement d’en acquérir, ne serait-ce que pour trouver plus facilement de quoi baiser (« je suis de la vieille école, moi, dit-il encore, mais sans plus vraiment y croire, je vais donc dans les bois et les saunas ! »), a profité de son séjour à Bordeaux, ce week-end, chez le terrible Cléomédon, pour lire en partie ce journal. « J’ai lu ton journal, Olivier. Ce Tityre, c’est moi, n’est-ce pas ? – Ah ? Je ne sais pas, c’est possible… – Tout de même, tu y vas fort ! A un moment, tu écris que Clinias est un paysan et un demeuré. Non, pas un paysan, mais quelque chose comme ça. » J’en suis moi-même tombé des nues. J’aurais donc médit du beau Clinias ? J’en ai peur. Voici ce que j’écrivais en effet le quinze avril dernier : « Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. » Mais j’ajoutais aussitôt : « dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! » Je veux bien croire que ma plume semble un peu acérée à ceux de mes amis qui me lisent. « C’est que ce journal, ai-je dit à Tityre, pour ma défense (molle défense, j’en conviens, mais il est vrai que celui-ci ne m’accusait de rien, ce qui m’a d’ailleurs un peu surpris, car je l’aurais cru plus contrarié du portrait peu reluisant qu’il a pu m’arriver de faire de lui), c’est que ce journal est un ‘‘défouloir’’ pour moi. » La vérité est que s’il est un sujet dont je n’ai pas la moindre envie de parler avec mes amis, c’est bien ce journal. Libre à eux de le lire, s’ils connaissent son existence, mais libre à moi de ne pas répondre à ce qu’ils ont à m’en dire. Cette attitude est d’ailleurs peu défendable, puisqu’elle revient finalement à ne pas vouloir assumer entièrement la responsabilité de ce que j’écris… En portant plainte contre moi, Monsieur Véto ne s’est pourtant pas privé de me rappeler cette responsabilité ! Tout récemment encore, mais sur mon autre blogue, des internautes, membres du site de pédés habituel, ont manœuvré pour me faire effacer un texte qu’ils considéraient comme raciste (selon une certaine Félicité-Coupable (dont je prends soin, pour ne pas la froisser (car il faut se méfier de ces bêtes-là) de changer le faux nom derrière lequel elle se cache) et incitant à la haine, selon un autre internaute, que nous appellerons prudemment Dorante. Le webmestre du site sur lequel je publie mon autre blogue, écoutant évidemment ces délateurs, s’est empressé d’exiger que j’efface le texte en question, de façon tout à fait arbitraire, puisque tout cela s’est passé sans qu’aucune forme légale soit respectée. La loi n° 2004-575 stipule, en effet, dans son article 6-I-5 : « La connaissance des faits litigieux est présumée acquise par les personnes désignées au 2 [en l’occurrence, le webmestre] lorsqu’il leur est notifié les éléments suivants : - la date de la notification ; - si le notifiant est une personne physique : ses nom, prénoms, profession, domicile, nationalité, date et lieu de naissance ; si le requérant est une personne morale : sa forme, sa dénomination, son siège social et l’organe qui la représente légalement ; - les nom et domicile du destinataire ou, s’il s’agit d’une personne morale, sa dénomination et son siège social ; - la description des faits litigieux et leur localisation précise ; - les motifs pour lesquels le contenu doit être retiré, comprenant la mention des dispositions légales et des justifications de faits ; - la copie de la correspondance adressée à l’auteur ou à l’éditeur des informations ou activités litigieuses demandant leur interruption, leur retrait ou leur modification, ou la justification de ce que l’auteur ou l’éditeur n’a pu être contacté. » Comme je n’ai pas été contacté par mes délateurs, je doute que le webmestre ait reçu copie de la correspondance qui aurait dû m’être adressée, dans laquelle etc. A strictement parler, le webmestre n’avait pas connaissance des faits litigieux. Il n’avait donc pas à exiger de moi le retrait du texte qu’il m’était reproché d’avoir écrit. D’un autre côté, puisque j’ai effacé ledit texte malgré le caractère pour le moins irrégulier de la demande qui m’en était faite, sans doute pourrait-on considérer que je me suis censuré de mon plein gré ! Enfin, non pas tout à fait de mon plein gré, car le message électronique du webmestre n’était pas sans me menacer des foudres de la loi, même si, paradoxalement et comme j’ai dit, il le faisait sans respecter aucune forme légale… J’ai demandé à mes délateurs de me dire très précisément ce qui, dans mon texte (je dis bien dans le texte et non pas dans leur esprit), était répréhensible. Soit ils en ont été incapables, soit ils ne l’ont pas voulu, tout simplement parce qu’ils n’y trouvaient réellement rien de répréhensible. C’est la raison pour laquelle j’estime qu’ils pourraient eux aussi « faire l’objet de poursuites », pour reprendre les mots qu’a utilisés le webmestre, mais au sujet de mon texte. La même loi, dans son article 6-I-4, prévoit en effet que « Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2 [toujours le webmestre ici] un contenu ou une activité comme étant illicite dans le but d’en obtenir le retrait ou d’en faire cesser la diffusion, alors qu’elle sait cette information inexacte, est puni d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 15000 EUR d’amende ». Mais je suis bien trop pauvre, moi qui gagne moins de 600 EUR par mois, pour recourir aux services d’un avocat et faire valoir mes droits. J’envierais presque Juan Asensio, qui semble avoir les moyens, lui, de se défendre en ce moment contre des ennemis pourtant bien plus déterminés que les miens ! (La scigalomachie fait rage.) L’argent est toujours le nerf de la guerre, et c’est précisément parce que je n’en ai pas que des internautes sous pseudonymes, c’est-à-dire des corbeaux, de vulgaires auteurs de lettres anonymes (car je doute qu’ils aient donné au webmestre, comme l’exigerait pourtant la loi, leurs nom, prénoms, profession et domicile !), sont parvenus une fois à me museler, ce qui me semble être une grave atteinte, paraît-il fréquente sur Internet, à la liberté d’expression, conséquence immédiate de la liberté de penser, qui est, avec celui de vivre, l’un des plus grands droits de l’homme. Tout cela faute de moyens ! C’est vraiment rageant. Et c’est dire si cet imbécile d’Aribaze me met hors de moi lorsqu’il s’amuse à dire à tout le monde que je ne suis qu’un faignant qui vit des rentes de ses parents ! Quel con ! (Même s’il est vrai que je ne suis pas toujours très vaillant, la preuve…) Plus que jamais, ces temps-ci, je ressens la précarité de ce blogue, qui pourrait disparaître du jour au lendemain, sans laisser aucune trace. Peut-être faudrait-il que j’envisage d’être mon propre hébergeur, si c’est possible, ou d’acheter un ‘‘nom de domaine’’, comme je crois qu’on dit. Mais évidemment, tout cela doit coûter de l’argent, dont je suis fort dépourvu. A cause des misères qui m’ont été faites, j’en viendrais presque à souhaiter une liberté d’expression totale pour tous, sans aucune espèce de limitation, non pas parce que je suis indifférent aux souffrances réelles que peuvent causer à certaines personnes des affirmations choquantes (la négation de crimes contre l’humanité, par exemple, ou même, plus simplement, les injures), mais parce que le risque d’être aveuglé par ses propres opinions pour juger des opinions d’autrui est trop grand, parce qu’on ne peut pas juger des idées comme des faits. Mon argument en faveur d’une liberté d’expression totale serait à peu près le même que peuvent avancer ceux qui sont contre la peine de mort : s’il y a toujours un risque de condamner à mort un innocent, le risque me semble infiniment plus grand (parce qu’il est doublé d’une tentation évidente) de faire taire quelqu’un dont l’opinion heurte, choque ou inquiète, alors que c’est pourtant son droit d’avoir une telle opinion. C’est le propre de la pensée, surtout de la pensée en cours, que de ‘‘flirter’’ avec les idées dangereuses ou interdites. L’époque est tellement ennemie de la pensée que la seule expression de ‘‘flirter avec une idée’’ peut servir à faire condamner celui dont l’opinion déplaît. Pourtant, penser, ce n’est peut-être que cela : flirter, tourner autour, chercher, s’approcher, risquer d’être séduit… Je ne connais pas grand-chose à la loi, dont je trouve la matière peu attrayante, mais il me semble qu’au sujet des délits d’opinion, on marche sur la tête. Par exemple, mes délateurs ont prétendu que j’avais tenu des propos illicites (racistes ou incitant à la haine) et pouvant donc faire l’objet de poursuites. Mais justement, s’ils peuvent faire l’objet de poursuites, c’est donc bien que c’est à un juge de dire s’ils sont illicites ou s’ils ne le sont pas. Tant qu’un juge n’a pas rendu de jugement relatif à ces propos litigieux, leur auteur devrait donc être présumé innocent, c’est-à-dire les propos présumés licites… Comment donc peuvent-ils être censurés avant qu’il y ait eu jugement ? Et est-ce que les accusateurs (mes délateurs) n’ont pas à rendre des comptes pour ne pas avoir respecté la présomption d’innocence et pour avoir diffamé (tant qu’il n’a pas été reconnu coupable) celui qu’ils accusent ? Il me semble évident qu’une Félicité-Coupable, en me traitant de raciste, me diffame. Mais, si je veux être en accord avec moi-même, c’est-à-dire avec le principe d’une liberté d’expression totale et entière, cette même Félicité-Coupable ne devrait pas plus être inquiétée par la justice pour cette diffamation que moi pour mes prétendus propos racistes. Cela dit, le principe de liberté entière n’ayant pas cours en France, quelle conduite morale devrais-je adopter (si j’avais les moyens de toutes) ? Rester en accord avec le principe que ‘‘j’appelle de mes vœux’’ (malgré que j’en aie, faute de mieux, par ‘‘principe de précaution’’, comme on dit) et ne pas poursuivre ceux qui m’ont nui ? Ou me défendre, puisque le régime sous lequel on est ne protège pas des attaques ? Heureusement, la question ne se pose pas, puisque je suis pauvre.

02:49 Publié dans 2009, Aribaze, Cléomédon, Clinias, Dorante, Félicité-Coupable, Journal, Juan Asensio, Monsieur Véto, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

18/09/2009

Jeudi 17 septembre 2009

            La vingt-sixième séance chez Tirésias aujourd’hui fut sans doute celle où j’ai le moins parlé. Mes phrases, dont je peinais à trouver l’‘‘inspiration’’, étaient séparées par de très longs silences. Je n’ai absolument rien dit de nouveau mais n’ai fait que répéter, me semble-t-il, des choses que j’avais déjà dites. J’ai commencé par raconter que je suis sorti hier soir avec Thessalonice, Bérélise et ma sœur. Nous sommes allés dans le bar que tient le bel Ascagne. (Long silence.) Il y avait dans ce bar un jeune-homme qui me plaisait. (Long silence.) Pourtant, depuis Mnasyle, j’ai rarement envie d’avoir des relations physiques. Je ne vais même plus chatter, comme il m’arrivait parfois, pour faire des rencontres sexuelles. (Long silence.) Je supporte toujours aussi mal la proximité physique de ma mère. Quand elle est à côté de moi, j’ai toujours peur qu’elle m’effleure par inadvertance. Dans ces moments-là, toute mon attention est focalisée sur les moindres gestes de ma mère, à cause desquels elle pourrait me toucher sans le vouloir (car je le lui ai bien sûr interdit). Tirésias me demande d’en dire plus sur ce que je ressens dans ces cas-là. (Long silence.) « J’éprouve à la fois le besoin de prendre la fuite…et… et une sensation de dégoût… (Dit dans cet ordre : fuite, dégoût.) – Oui, à la fois du dégoût et quoi d’autre ? – Du dégoût et le besoin de fuir. – Vous ressentez à la fois le besoin de fuir, dites-vous, et quoi d’autre ? – Vous avez raison, je me suis mal exprimé. Le besoin de fuir est la conséquence de mon dégoût. Je n’aurais pas dû dire ‘‘à la fois’’, qui vous a fait croire que j’allais ajouter quelque chose en balancement de ce que j’avais déjà dit. » Suit encore un silence pour le coup réellement à la fois buté et gêné de ma part. Puis Tirésias me délivre en disant ceci : « Vous éprouvez à la fois le besoin de fuir votre mère et la sensation d’être happé par elle. » Je réprime alors difficilement un rire nerveux. « Vous devez avoir raison. D’ailleurs, j’ai les mêmes sortes de sentiments avec mes relations amoureuses. J’ai tendance à fuir ceux qui m’attirent, comme je fuis en ce moment Aribaze. – Ouiiii ! Ouiiii, très bien ! Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. » Ouf ! Je ne comprends pas pourquoi j’ai tellement peiné à dire cette chose que j’ai déjà plusieurs fois écrite dans ce journal et même dite à Tirésias lors d’autres séances. Se peut-il que des choses dont l’analyse a permis de prendre conscience (en l’occurrence, le fait que je ne supporte d’être sous l’emprise de personne, ni de ma mère, ni d’un Aribaze) soient de nouveau refoulées au cours même de l’analyse ? Et pourquoi cela ? Est-ce que cela signifie quelque chose ? Il faudrait que je pose la question à Tirésias la prochaine fois. Cela me fera au moins une chose à lui dire. Ou si je ne veux pas admettre que je suis, horresco referens, attiré, mais oui, ce doit être ça, je m’en rends compte en l’écrivant, que je suis attiré par ma mère ? Quelle horreur ! J’avais d’abord parlé de mon besoin de fuir. La tournure commençant par les mots ‘‘à la fois’’ annonçait en balancement du premier, un second élément, paradoxal. Or j’ai parlé de dégoût, qui ne peut être, en bonne logique, que la cause du besoin que j’éprouve de prendre la fuite. Ce qui aurait dû venir en balancement des premiers termes, c’est quelque chose comme leur contraire. Mais qu’est-ce que ce peut bien être que le contraire de fuir ? Se réfugier ? Est-ce que j’aurais aussi le désir de trouver refuge dans les bras de ma mère, ces bras dont je ne supporte pas le contact ? Je n’arrive pas à croire que, même inconsciemment, j’éprouve un désir si contraire à mes instincts. Comment pourrais-je désirer d’être embrassé par ma mère (pris dans ses bras), alors que je ne supporte pas son emprise, pas même un simple baiser sur la joue ? Par contre, il est possible que, pour avoir eu une telle mère, j’aie manqué d’une mère, c’est-à-dire d’une véritable mère, dans les jupes de laquelle j’aurais pu trouver refuge.

01:35 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Bérélise, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Thessalonice, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

10/09/2009

Jeudi 10 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-cinquième séance chez Tirésias. Inconsciemment, j’avais décalé mon rendez-vous d’une heure, auquel je suis donc arrivé très en retard. « Pensez-vous que c’est un acte manqué, ai-je demandé à Tirésias. – Je ne sais pas. Dites-moi ce qui vous fait croire qu’il s’agit peut-être d’un acte manqué. – Depuis quelque temps, je me demande ce que je vais bien pouvoir vous raconter pendant ces séances. – Alors il s’agit bien d’un acte manqué. » Suis sorti hier avec ma sœur et des amies. Avons parlé de sexe. Les femmes sont vraiment très crues quand elles parlent de sexe. Vie sexuelle apparemment très active de ma sœur, contrairement à moi, qui n’ai pas très envie d’aventures depuis Mnasyle. (A cause de mes ‘‘amis’’, qui voudraient tous me voler les garçons sur lesquels j’ai des vues.) J’ai tout de même rencontré Aribaze, à qui je plais et qui me plaît aussi. Mais je remets à plus tard le début d’une éventuelle relation entre nous. (Nous n’avons pas même eu de relation sexuelle.) Aribaze pourrait me convenir parce qu’il a un très fort caractère, grâce auquel il est bien armé pour supporter le mien. Mais il me déplaît de l’avoir rencontré par l’intermédiaire de mes ‘‘amis’’. J’ai peur de me le faire voler. Je ne me sens pas à la hauteur d’une telle compétition. Dans le même temps, je trouve cette compétition indigne de moi. J’aime encore mieux laisser un garçon qui me plaît à ceux qui veulent me le prendre. C’est d’ailleurs ce que j’avais fait avec Camille et Mnasyle, le premier abandonné à ce chien d’Ascylte, le second abandonné à son sort, parce que les gens autour de moi m’avaient trop fait voir le désir qu’ils avaient pour lui. Tirésias : « ‘‘Laisser’’, ‘‘prendre’’… » Grand sourire de ma part : « Je me rends compte, en effet, que pour moi, ‘‘aimer’’, c’est posséder. » Et de fait, je ne suis sexuellement qu’actif, jamais passif. « Vous n’arrivez pas à vous faire posséder. – Non : je n’arrive pas à me donner entièrement. » Je ne supporte pas d’être sous quelque emprise que ce soit. L’emprise de ma mère a été absolue sur moi. Aribaze plaît beaucoup à cette dernière. Si Aribaze m’attire, c’est sans doute parce qu’il n’est pas attaché exclusivement à moi. Je sais qu’il a couché avec Phidippide et un garçon que nous avons rencontré à la fameuse plage des Casernes, à Seignosse, dont tous ne cessaient de me parler et que je ne connaissais pas. La saine ‘‘infidélité’’ d’Aribaze me rassure. Qu’il ne soit pas attaché exclusivement à moi me permet de ne pas me sentir trop lié à lui, trop sous son emprise. De même, son désir de retourner en Nouvelle-Calédonie, d’où il est, me fait penser qu’il ne risque pas de s’installer définitivement dans ma vie. Mon père était très infidèle. Ai-je le sentiment que ma mère attend de moi que je sois fidèle à Aribaze (qui lui plaît tellement, comme elle me l’a bien fait comprendre) ?

03:12 Publié dans 2009, Aribaze, Ascylte, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mnasyle, Mon père, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

03/09/2009

Jeudi 3 septembre 2009

            (Je ne recopie que le 14 septembre 2009 ces notes (prises un peu rapidement), que je publie néanmoins dans ce blogue à la date où je les avais écrites (le jour-même) dans le journal de mon analyse.) Vingt-quatrième séance chez Tirésias. Ai parlé des ennuis que Julie a eus avec Cyrille. Une fois de plus, j’avais raison : raison de me méfier de lui. Une fois de plus, elle avait tort. Sentiment que ma sœur sera toujours mineure (parce qu’elle est ma cadette ?). Grandes tensions entre ma mère et moi, atténuées par la mauvaise opinion que nous avons toujours eue de Cyrille, dont il est souvent question entre nous, maintenant qu’il cause tant d’ennuis à ma sœur. Je ne supporte pas, non seulement que ma mère me dise non, mais encore qu’elle me face la moindre remarque. Rencontre d’Aribaze (dont je m’avise que je n’avais encore jamais parlé dans ce journal). Ma mère l’apprécie. Me trompais-je sur le regard qu’elle porte sur les hommes ? Tous ne la dégoûtent apparemment pas. Il est vrai qu’Aribaze n’est pas exactement le prototype des hommes tels que les conçoit et déteste ma mère. C’est un véritable boute-en-train, qui se moque souvent de lui-même et qui, donc, en un sens, se moque des hommes : d’où que ma mère l’apprécie ; elle l’apprécie en tant qu’elle ressent qu’il a la même opinion des hommes qu’elle… Quel est le type d’hommes de ma mère ? Les efféminés tels que celui qu’elle m’a fait devenir ou les véritables hommes, tels mon père, celui qu’elle avait épousé, après tout ? Les admirateurs de mon père plus jeunes que lui (comme Sabylinthe). Est-ce que ma mère pourrait être une lesbienne et mon père un pédé ? Tirésias m’a demandé quels étaient mes rapports avec mon père, durant mon enfance. Il me semble qu’ils étaient ‘‘normaux’’. Nous jouions souvent ensemble, aux jeux que les pères ont avec les fils. Mais sans doute préférais­-je ma mère, comme c’est souvent le cas des petits garçons. Tirésias voudrait que j’analyse mes souvenirs de cette époque (l’enfance) où la personnalité se forme.

03:08 Publié dans 2009, Aribaze, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Sabylinthe, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note