08/11/2009

Samedi 7 novembre 2009

            Je me suis aperçu d’une chose étrange hier soir, c’est-à-dire dans la nuit de vendredi à samedi, à mon retour du bar du bel Ascagne. Sur le site de pédés habituel, un internaute s’était permis de citer in extenso, sans même en dire le titre ni l’auteur, mon conte du Petit Pédophile. Mais dans le même temps que j’étais en train de constater la liberté qui avait été prise avec mon texte (très mal édité par ledit internaute), j’étais trop accaparé par la conversation que j’avais sur Facebook avec le sublime Callias (que j’avais vu plus tôt dans la soirée), pour m’en formaliser vraiment. (Je rapporterai quand je serai plus sobre cette conversation et la soirée qu’elle a close. Ce n’est pas que je n’aie pas encore dessoûlé d’hier, mais j’ai beaucoup bu de nouveau ce soir…) L’internaute introduisait le conte en ces termes, que je me sens le droit de citer à mon tour in extenso : « Il y a de ça un peu plus d’un an, je me baladais sur le JDI (c’est-à-dire le ‘‘journal des inscrits’’, une page qui reprend tous les textes parus sur les blogues des membres du site)… Et je tombai sur une histoire qui m’avait tellement plu que hop ! un copier-coller, et je l’enregistre dans mon PC… Aujourd’hui, j’ai fait le tour de mon PC et je l’ai retrouvée. Donc la voilà. » Suivait mon texte, sans son titre, donc. Puis, à la place du nom de l’auteur, il y avait cette mention : « Si l’auteur se reconnaît, qu’il fasse signe ! » Quelle époque, tout de même ! Alors que de plus en plus d’auteurs se cherchent des lecteurs, un phénomène parallèle et comme inverse semble se produire sur Internet, où ce sont donc désormais les lecteurs qui cherchent à retrouver les auteurs des textes qui leur ont tellement plu ! Pourtant, ces textes qui leur ont tellement plu, ils ne les apprécient pas au point de les considérer comme des textes à part entière, c’est-à-dire d’abord comme des textes fixés par leurs auteurs, dont le droit est absolument bafoué et dont l’identité ne semble guère compter. Il ne vient pas à l’esprit de ces internautes, que la pensée de l’inénarrable monsieur de Prêchi-Prêcha a sans doute trop influencés, qui prétendait qu’il ne pouvait y avoir de littérature sur Internet, puisque Internet serait par définition, selon lui, le lieu de la plus absolue médiocrité (comme si la littérature ne pouvait pas être médiocre ou même mauvaise !), que ces textes en sont pourtant également, et que, même médiocres ou mauvais, ils en ont la dignité et méritent donc le respect qui lui est dû, à commencer par le respect du texte. (Où j’avais écrit : « Eugène rassembla donc son courage et l’alla voir au milieu de la cour », mon éditeur sauvage a récrit : « et alla la voir au milieu de la cour » !)  Qu’une telle idée (republier mon texte) puisse traverser l’esprit d’un internaute à trois heures du matin (heure approximative de la réédition sauvage), que les quelques internautes qui ont laissé des commentaires à la suite de ladite réédition n’y trouvent rien à redire, me semble être un signe évident du recul de la culture et du progrès de la barbarie chez ces pauvres Français, qui sont donc, soit dit en passant, manifestement devenus trop cons pour définir, comme on les invite pourtant à faire en dépit du bon sens, ce que c’est que leur identité nationale ! Si l’identité des auteurs leur est tellement indifférente, que peuvent-ils donc bien avoir à faire de la leur propre ? Et pourtant, dans le même temps, je suis très touché que quelqu’un ait eu l’envie, au cours de la nuit, de partager avec d’autres internautes le plaisir qu’il avait pris à lire un texte de moi (mais qu’il soit de moi importe sans doute assez peu, en l’occurrence). Paradoxalement, cet élan, si sauvage dans ses façons, me semble être de la plus belle humanité. C’est pourquoi je laisse libre cours à cette liberté prise à mon insu, à mes dépens, à mon grand dam et pour ma plus grande joie. Elle m’a donné l’occasion de relire le court avant-propos que j’avais écrit en mai 2005. « Si le maître des lieux estime qu’il pourrait être ennuyé par la justice à cause d’une photo parue dans l’un des blogues publiés sur son site, écrivais-je alors, il me semble que sa censure est légitime. » J’ai bien révisé mon jugement depuis lors, pour avoir eu à subir l’arbitraire du webmestre du site de pédés habituel, qui n’est qu’un lâche soumis à des délateurs anonymes, manifestement ignorant de la loi, ou la méprisant honteusement. Un webmestre n’a que fort peu de droits et beaucoup de devoirs, en particulier envers les internautes dont il permet les publications. La censure de textes ou d’images qui lui sembleraient illicites n’est aucunement de son bon droit. L’illégalité des textes et images doit être avérée (la loi n° 2004-575 exige, entre autres choses, « la description des faits litigieux et leur localisation précise ») et la censure doit se faire en respectant certaines formes très précisément décrites par la loi, qui ne furent aucunement respectées lorsqu’avait été censuré mon texte du 19 août 2009 sur l’honneur des musulmans. Je me demande tout de même si l’aimable commentateur de l’éditeur sauvage de mon conte du Petit Pédophile, qui écrit qu’il s’agit d’un texte sur les « dégâts collatéraux de la bêtise humaine », est bien conscient que l’auteur en est le même que celui de L’honneur des musulmans, que le webmestre du site qui en a vu les publications, n’écoutant que le cœur ou le chœur des délateurs et sycophantes qui y sont légions, s’est cru permis de censurer pour son racisme et l’incitation à la haine que sa prose constituait. Il me semble que la bêtise qui conduit à la mort d’Eugène et de Louis est la même, terriblement humaine, que celle qui me fit censurer. C’est cette même bêtise qui me fait boire avec mes amis, le week-end, pour oublier, et dont la terrifiante évocation dans ce journal, ce soir, retour de beuverie, m’a complètement dessoûlé ! Il est finalement bien vrai qu’à quelque chose malheur est bon.

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