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29/10/2009
Mercredi 28 octobre 2009
« Valérie, Olivier. Vois ces deux initiales : / L’une à l’autre accouplée, et voici qu’apparaît, / Ainsi qu’au cinéma sur un drap le reflet, / Le nom de mon amour : Version Originale. » Je ne sais pourquoi, tout à l’heure, en écoutant ce morceau d’un chanteur que m’avait fait découvrir la Valérie de ce piètre quatrain, dont j’étais chastement épris, à l’époque, je ne pouvais m’empêcher de penser à Callias. (Il est vrai que je pense un peu trop souvent à lui ces temps-ci.) Puis je me suis souvenu que le nom patronymique de Valérie, qui m’était sorti de l’esprit, était le même que celui de Callias. Même si c’était en toute chasteté, j’avais été sincèrement amoureux de Valérie. Je ne cessais d’imaginer de nouvelles façons de lui rendre hommage, sans jamais craindre le ridicule, comme un enfant. J’avais même réussi à faire croire à tout le monde, un jour, que j’avais cueilli une rose blanche de derrière son oreille. Aujourd’hui encore, je me demande comment j’avais réussi ce tour, auquel tous les témoins s’étaient laissé prendre. J’aimais Valérie comme on aime une vierge, comme Hippolyte, peut-être, aima la sauvage Artémis. Vierge est d’ailleurs l’épithète que je lui avais donnée dans la Ballade de mes petites amoureuses. (Beauté virginale de Callias ? Qu’il m’intimide tellement parce qu’il est une Artémis, comme Valérie, comme Sandrine F*** ? Il porte à son cou la menace du sort qui fut fait à Actéon : les suçons que lui fait son amant, qui sont pour moi des morsures. Callias m’a dit l’autre soir (j’avais oublié de le noter dans ce journal), sur le ton de la plaisanterie (mais il l’a dit tout de même…), que si je continuais à lui tourner ainsi autour (ce qu’il avait donc bien remarqué), il le rapporterait à son amant, qui viendrait me ‘‘casser la gueule’’. Se peut-il qu’il y ait un lien de parenté entre Callias et Valérie ? J’ai dit que Callias était le frère d’une célébrité locale, au sujet de laquelle j’ai encore lu, tout récemment, un article dans le journal. Peu après avoir relevé ce lien de parenté dans mon blogue, je me suis aperçu que le nom dudit frère avait disparu du ‘‘mur’’ de Callias, sur Facebook, dont l’une des indispensables fonctionnalités est justement de pouvoir dire de qui l’on est le frère ou la sœur. Je me suis demandé si ce dernier avait fait exprès de l’effacer. Etait-ce son frère qui lui avait demandé de le faire disparaître, parce qu’il ne voulait pas être associé à quelqu’un d’efféminé ? Cette disparition était-elle seulement liée aux récents changements opérés sur le site Facebook et qui n’ont pas été sans occasionner quelques bugs ? Je suis même allé jusqu’à imaginer que Callias avait lu mon journal, et que la gêne qu’il avait peut-être éprouvée en trouvant le nom de son frère dans ma prose l’avait poussé à le retirer de son ‘‘mur’’, pour effacer les traces. C’est dire si je suis déjà gravement atteint… Il n’est pas normal que je pense tellement à lui, que je me pose autant de questions, que sa pensée me fasse faire autant d’associations d’idées. D’ailleurs, ce ne sont pas des associations, ce sont des fantasmes. A l’heure où j’écris ces lignes, le nom du frère est miraculeusement réapparu sur Facebook. Lorsque Callias m’avait dit qu’il était le frère de quelqu’un d’assez connu dans le monde de la tauromachie (qui est ici, avec celui du rugby, presque tout le monde), ç’avait été sur un ton particulier, légèrement méprisant, comme s’il y avait de réelles tensions entre les deux garçons, comme s’ils n’approuvaient pas leurs modes de vie respectifs. D’ailleurs, toujours sur Facebook, Callias écrit qu’il aime toutes les ‘‘musiques’’, « sauf le métal (qu’est-ce donc ?) et les musiques de férias ». (A chaque fois qu’un garçon qui veut apprendre à me connaître davantage me demande quel est le genre de musique que j’aime, je ne puis m’empêcher de penser que je suis foutu, que je n’ai aucune chance, qu’il ne pourra rien y avoir de sérieux entre nous. Je ne sais jamais quoi répondre à sa question, non seulement parce que je ne suis pas assez versé dans la petite musique pour en connaître tous les genres, mais surtout parce que la néfaste lecture de Renaud Camus m’a fait prendre le parti, pourtant intenable dans le milieu complètement décervelé qui est le mien, de dire, par bravade, la musique tout court où le garçon qui m’interroge dirait comiquement la grande musique ou la musique classique. « Et toi alors, me demande le joli garçon, quelle musique aimes-tu ? – Comment ça, quelle musique j’aime ? J’aime la musique, voilà tout ! – Oui, mais quelle musique ? – Eh bien la musique ! » J’ai généralement l’air d’un fou, dans ces moments-là, ou de quelqu’un qui se moque. D’ailleurs je ne suis pas bien sûr, rinaldo-camusiennement parlant, que ce soit tout à fait la musique que j’aime. J’aime surtout cette partie de la musique ancienne, de la Renaissance et du Moyen Age, qui est essentiellement de la chanson. Evidemment, mes termes sont fort imprécis : ce sont ceux d’un inculte, car je ne suis guère plus savant en grande qu’en petite musique. N’est-ce pas sous la plume de Camus (mais je n’en jurerais pas, d’autant qu’il citait peut-être quelqu’un d’autre) que j’ai lu cette phrase que je cite à mon tour de mémoire, et sans doute fort imparfaitement : « La musique baroque, n’est-ce pas la musique qu’aiment ceux qui n’aiment pas la musique ? » ? Alors la musique de la Renaissance ou du Moyen Age…) Callias ne porte pas le même nom patronymique que ses frères, qui ne sont que des demi-frères. Il est le fils d’un autre père. Cela, plus le fait qu’il ne s’entende (peut-être) pas avec son frère célèbre, me fait croire (je dis bien croire, car je ne fais que supposer tout ce que j’écris, et encore, supposer est trop dire, je fantasme, voilà tout) qu’il est possible que Callias ait manqué d’un frère, ce qui me semble avoir été toujours aussi mon cas. L’attirance que j’ai pour Callias n’est pas tellement sexuelle : mais je me verrais bien devenir son ‘‘grand’’ frère, comme il ne faudrait pas dire dans un texte où Renaud Camus vient d’être évoqué. Cela dit, si Callias avait été mon frère, je ne sais pas si je l’aurais aimé comme un frère. Sans doute l’aurais-je aimé comme j’aime les garçons, l’inceste étant, dans mon ‘‘système’’, la quintessence de l’homosexualité. Mais peut-être aurait-il été le seul garçon que j’aurais aimé comme j’aime aujourd’hui les garçons. Parce que j’aurais trouvé en lui ce que je ne trouverai jamais entièrement auprès des autres garçons, c’est à savoir un frère, j’aurais pu, outre lui, me consacrer à l’amour des filles. J’ai appris qu’il se préparait au Brésil un film consacré à deux frères qui s’aiment plus qu’ils ne devraient, ou d’une façon qui n’est pas permise, bref, qui ont l’un pour l’autre, autant le dire, un amour incestueux. Je suis très curieux de voir ce film, s’il est un jour projeté sur les écrans. (Inutile de dire à mes délateurs et aux procureurs et policiers qui, les ayant écoutés, viendraient surveiller ce blogue, que je réprouve et condamne l’inceste avec autant de force que la prostitution ! Et, s’il a pu m’arriver de donner l’impression, dans ces pages, d’être tenté par l’un et l’autre, ou même d’avoir cédé à la tentation, je tiens à l’écrire de nouveau : je ne dirai jamais assez combien je me désapprouve et condamne, oh là là, non, jamais assez !) Le désordre du texte de ce jour sera sans doute la matière de ma séance demain chez Tirésias. Beaucoup d’éléments relatifs à Callias font remonter en moi de ces choses enfouies dont parle Tirésias, comme ç’avait déjà été le cas avec Camille, qu’il y aura tout juste un an, le deux novembre, qui m’a quitté. Camille, roux comme Sandrine F*** ; Callias, ‘‘vierge’’ comme Valérie. Callias me sera-t-il un second Camille ? Comme je le souhaiterais ! Pourvu que non !
01:40 Publié dans 2009, Callias, Camille, Journal, Musique et/ou musiquette, Renaud Camus, Sandrine F***, Tirésias, Valérie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27/10/2009
Lundi 26 octobre 2009
Je l’ai croisé par hasard hier dans l’immeuble de son ami. Aujourd’hui, c’était au tour de ma sœur de le croiser, qui me l’a dit tout à l’heure. Et j’ai lu dans le journal, cet après-midi, un article consacré à son frère, qui est une célébrité locale. Même si je le voulais, je ne pourrais pas me le sortir de la tête. Il le faudrait pourtant. Callias n’a probablement aucun sentiment pour moi. C’est l’évidence.
00:04 Publié dans 2009, Callias, Journal, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26/10/2009
Dimanche 25 octobre 2009
Le dîner chez ma sœur hier soir était annulé, Aribaze et Osman en ayant chacun donné chez soi. Tityre et moi sommes allés à celui d’Osman (ainsi que Cléomédon, mais sans son Clinias, qui n’a paraît-il pas du tout apprécié certaines choses que j’ai dites sur lui dans ce journal), ma sœur et Iolaos (qui est le meilleur ami d’Osman et, depuis peu, le chevalier servant de Julie) à celui d’Aribaze. Ceux du côté d’Aribaze nous ont plus tard rejoints chez Osman, d’où nous sommes ensuite allés dans le bar que tient le bel Ascagne et, de là, pour finir, à Parthénon. Une certaine Nidalie, qui est une grande habituée d’Ascagne, était également des nôtres. Bien que je ne la connusse pas vraiment avant hier soir, où je la voyais pour la première fois chez l’un de nous plutôt qu’en ville, j’ai pu constater, pour avoir longuement parlé avec elle, qu’elle me connaissait apparemment très bien, et en particulier, qu’elle savait déjà que c’était à cause de moi que Phidippide était tombé dans l’espèce de disgrâce d’où personne ne semble très désireux de le sortir, à l’exception de Tityre. Osman, qui était pourtant absent, le soir de notre rupture, m’a même fait remarquer qu’il ne lui avait pas du tout coûté de ne pas inviter Phidippide à son dîner. En m’assurant ainsi de leur soutien, mes amis ne se doutaient sans doute pas qu’ils ne faisaient qu’accroître ma mauvaise conscience. Pauvre Phidippide, après tout… D’autres personnes étaient encore chez Osman, dont je n’ai pas retenu les noms, trop aviné que j’étais sans doute, et surtout trop affairé à cultiver le sublime Callias, qui nous honora de son angélique présence. Il était soul et, durant tout le temps de son absence, ne cessa de me demander quand arriverait enfin ma sœur, qu’il aime passionnément, quoique d’un amour tout platonique évidemment. Il l’a pourtant embrassée (à ce que m’a dit Tityre, chez qui je suis allé dîner ce soir), ainsi qu’un autre des invités d’Osman, celui d’entre eux (encore un pédé) qui était célibataire et bien loin d’être un prix de beauté ! Il faut dire que Callias embrassait et caressait tout le monde. L’ivresse le rendait débordant d’amour. Plus d’une fois il s’est jeté dans mes bras ou m’a pris dans les siens, me serrant si fort que je pouvais à peine respirer ou lui répondre quand il m’a demandé pourquoi je le touchais ainsi, alors que c’était lui qui… De toute façon, je n’aurais rien su répondre d’intelligent, ni même d’idiot. Je continue de me demander si la relative indifférence que Callias me montre un peu trop ostensiblement n’est pas plutôt de l’intérêt péniblement dissimulé. Lors d’une fois précédence, il m’avait dit cette chose étrange : « Olivier, je n’oublie jamais un visage. Il me semblait bien que je t’avais déjà vu quelque part, mais je n’arrivais pas à me rappeler où. Et puis ça m’est revenu tout à coup. C’est chez Osman que je t’avais vu la première fois ! » C’était une remarque complètement absurde. Aux premiers temps de notre fréquentation actuelle (et qui n’a jamais été qu’actuelle), nous ne nous sommes toujours vus que chez Osman ou du moins en sa présence. Qu’Osman soit celui qui nous a présentés l’un à l’autre est une évidence. En bonne logique, Callias aurait dû me dire qu’il m’avait déjà vu avant de me rencontrer chez Osman, ailleurs que chez ce dernier (ce dont je me serais nécessairement souvenu, de toute façon, parce qu’il correspond parfaitement à mon type de garçons ; c’est d’ailleurs bien pourquoi il me fait perdre tous mes moyens : la peur de perdre ce que je désire le plus me paralyse. Je me demande si l’un des nœuds de ma névrose n’est pas que je ne me sente pas le droit de prétendre à ce qui serait le plus fait pour me combler. Je perds tous mes moyens devant le bel être que je voudrais séduire, parce que je ne m’en sens pas digne. Le sentiment que je serais un voleur, pour ne pas dire un violeur (violant quelque loi supérieure, qui m’interdirait d’y prétendre), m’empêche de seulement esquisser le plus petit geste pour séduire la personne qui m’inspire du désir. Il faudrait que j’en parle à Tirésias.) Je me demande donc si Callias n’a pas inventé cette invraisemblable réminiscence pour me dire à sa manière qu’il m’avait remarqué, qu’il avait pour moi un intérêt qu’il n’ose pas me dire trop explicitement, d’autant qu’il est déjà l’amant de quelqu’un, je ne sais plus si je l’avais dit : il s’agit d’un jeune homme de trente ans, avec qui j’ai paraît-il déjà chatté, avec qui j’avais même sympathisé, mais que je n’ai jamais rencontré physiquement. Le fait que Callias soit l’amant d’un garçon de trente ans m’affole complètement : je me dis qu’entre toutes les barrières qu’il y a entre nous, celle de l’âge n’en est pas une. Hier soir, il m’a fait une autre remarque, et précisément au sujet du tout premier jour de notre rencontre. Comme il me demandait si je ne voulais pas danser avec lui : « Ah ! Non ! C’est impossible, je ne danse jamais ! – Comment ça, tu ne danses jamais ? Je t’ai vu danser, une fois, je ne sais plus où. – Moi ? J’aurais dansé ? Ah oui ! Ce devait être avec Phédon, mais c’est uniquement parce qu’il m’y avait forcé et parce que j’étais soul. – Oui, et vous étiez allés faire des choses dans les toilettes aussi. – Euh… Oui, mais non… Là encore, c’est lui qui m’avait entraîné. De toute façon, moi, je ne fais jamais rien dans les toilettes. C’est bien simple, je n’y vais jamais ! Je suis au-dessus de ces choses-là ! Ç’avait été une très mauvaise soirée pour moi. J’aime autant ne pas en parler, d’ailleurs, je suis sûr que tu sais déjà tout, puisque tout finit toujours pas se savoir. » Callias, qui avait prétendu, quelques jours plus tôt, ne s’être rappelé que tout récemment le premier jour de notre rencontre, semblait donc s’en souvenir désormais très précisément. Mais le plus surprenant, c’est donc qu’il m’avait apparemment observé, ce premier jour, alors que j’avais été si affecté par son indifférence à mon égard. Aussi bien suis-je en train de me faire des idées. Il est tout à fait possible que j’interprète trop les choses. Ma sœur me dit que, Callias étant plus jeune que moi et donc le plus inexpérimenté, c’est à moi de mener la danse, c’est-à-dire de faire précisément ce que je ne sais pas. « Mais je n’y arriverai jamais ! Je ne sais même pas danser, au propre comme au figuré ! Alors mener la danse… Pourquoi crois-tu que je me saigne aux quatre veines pour m’offrir les services d’un Tirésias ? – Mais justement, est-ce que vous ne travaillez pas sur tes difficultés relationnelles, avec ce Tirésias ? – Si, bien sûr. Et j’ai fait beaucoup de progrès, mais uniquement dans mes relations avec les groupes. Avec les individus, je suis encore complètement incapable. – Tu te poses trop de questions au sujet de Callias. Tu devrais te contenter de jouir du plaisir d’avoir un beau garçon dans ton entourage et prendre le temps d’apprendre à le connaître, sans penser à autre chose. » Je le sais bien, mais c’était délicieusement affolant de sentir le corps enivré de Callias se presser contre moi. Comment donc penser à autre chose après cela ? J’ai de nouveau croisé Callias, par hasard, cet après-midi, pendant ma distribution hebdomadaire. Il avait dessoûlé et semblait fatigué et un peu gêné de me rencontrer (il faut dire que cette rencontre s’est passée dans le hall de l’immeuble où vit son amant (immeuble qui est également celui de la mère de Tityre)). Aucun produit cosmétique n’avait été mis dans ses cheveux, qui étaient tout propres. Il avait l’air plus blond et plus flou. C’était presque quelqu’un d’autre. Je me suis avisé que je ne l’avais vu jusqu’alors que de nuit. « Le jour et la nuit. » Je ne sais pourquoi m’est venue à l’esprit cette expression. Tout nous sépare. Il est le jour, je suis la nuit. Comment donc pourrions-nous vraiment nous rencontrer ?
02:18 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Callias, Cléomédon, Clinias, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nidalie, Osman, Parthénon, Phédon, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24/10/2009
Vendredi 23 octobre 2009
En plus de madame L***, mon ancien professeur de piano, qui est devenue presque aveugle, j’ai encore aperçu Sandrine F***, au concert donné ce soir au tout récent et horriblement nommé ‘‘Pôle culturel du Marsan’’. Et pourquoi pas le Pôle emploi pour les intermittents du spectacle, tant qu’on y est ? Dieu merci, c’est encore bien le Pôle culturel du Marsan qu’on dit, et non pas Pôle culturel tout court, comme se fait appeler Pôle emploi, justement, qui se prend peut-être pour une personne, à moins qu’il ne soit une espèce de dieu des temps post-modernes, qu’on prie pour avoir du travail. De même que je rebaptise les personnes dans ce journal, j’ai décidé de donner de nouveaux noms aux lieux les plus hideusement nommés de ma vie. Déjà Parthénon, la boîte de nuit où j’ai dit que mes amis préféraient aller ces temps-ci, ne s’appelle évidemment pas Parthénon, ni bien sûr tel repaire associatif de citoyens concernés la Quadrature du cercle. (Après une rapide recherche, je n’ai pas trouvé de trace de cette Quadrature du cercle dans mon journal… Il est assez fréquent que je croie avoir noté dans ce blogue des choses que je n’ai pourtant jamais écrites et, la plupart du temps, j’ai oublié presque tout ce qu’il a pu m’arriver d’y dire. D’où parfois (j’exagère : une fois seulement, pour l’instant) que je tombe littéralement des nues à cause de plaintes qu’un Monsieur Véto contrarié va déposer contre moi. Je m’avise à présent que j’ai moi-même dit Parthénon tout court (« mes invités avaient continué la nuit à Parthénon »), comme s’il s’agissait, non pas d’une personne, mais d’une petite ville, ou d’un quartier ; sans doute est-ce Somaize qui m’a fait parler ainsi, que j’aime entendre dire « à Léolie » pour « dans le Marais du Temple ». Je me sens aussi peu à ma place dans une discothèque que dans l’un de ces quartiers qui sont colonisés par les étrangers. Peut-être est-ce aussi pourquoi j’ai choisi de traiter, dans ce journal, le nom que j’ai donné à cette discothèque comme s’il s’agissait de celui d’un quartier. Mon ‘‘à Parthénon’’ oscille entre l’‘‘à Léolie’’ des précieuses de Somaize et l’‘‘à Pigale’’ des filles de joies. Mais au lieu du Pôle culturel du Marsan, c’est bien du temple de Pol…, de Pol…, disons de Polhymnie, que je parlerai désormais, ce qui est peut-être aussi ridicule que de parler de Pôle emploi comme d’une personne ou d’un dieu, mais est néanmoins beaucoup plus dans l’esprit… bucolique de ce journal. J’ai donc encore aperçu ce soir Sandrine F*** au temple de Polhymnie. Avec mon espèce de passion pour elle, je me fais un peu penser à ce pauvre Frédéric Mitterrand, dont j’avais lu La Mauvaise vie, que don Esteban m’avait demandé d’acheter pour lui : car vivant aux Marquises, il n’a guère souvent l’occasion d’entrer dans des librairies. Je ne sais pourquoi don Esteban avait voulu lire ce livre en particulier. Peut-être était-ce le fait que l’auteur vient d’un milieu assez semblable au sien qui l’avait attiré. Peut-être est-ce parce que tout deux, enfants, passaient leurs vacances au bord du Léman. Mais ce n’est pas mon sujet. Je disais que je me faisais penser à ce pauvre Frédéric Mitterrand, dont la passion pour Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni le rend à peu près aussi ridicule que moi. La scène dans laquelle, témoin d’un accident de la circulation, en pleine nuit, à Paris, l’auteur tombe nez à nez avec une Catherine Deneuve sortant, accompagnée de sa fille, d’une berline qui passait par-là et lui demandant, en l’appelant par son prénom, de prévenir les secours au lieu de rester planté sans rien faire (paralysé qu’il était par l’apparition de ces deux divinités) était réellement pathétique, ou comique, je ne me rappelle plus. Il faudrait que don Esteban, qui a le livre avec lui, me dise ce qu’il en est exactement. J’aurais d’ailleurs aimé qu’il écrive sur ‘‘l’affaire Frédéric Mitterrand’’. Je l’ai toujours trouvé meilleur lorsqu’il traitait, hélas si rarement, de questions d’économie (qui fut la matière de ses études), plutôt que lorsqu’il travaille à ses mémoires ! Il s’agit bien d’économie, après tout, même si ce n’est pas par le tourisme sexuel auquel on reproche à Mitterrand de s’être adonné que j’avais été le plus ‘‘choqué’’. A dire le vrai, je n’ai gardé aucun souvenir de cette partie du livre. Par contre, j’avais trouvé surprenant que Mitterrand aille acheter des enfants au Maghreb, ou plutôt les louer à des familles miséreuses, pour les élever seul en France. D’ailleurs, la première chose qui m’était venue à l’esprit quand Frédéric Mitterrand était devenu ministre de la culture, c’est précisément qu’il y aurait sûrement très vite une ‘‘affaire Mitterrand’’. Je m’étais demandé si le Président de la République et son premier ministre n’étaient pas un peu fous d’arrêter leur choix sur un homme à de si étranges pratiques. Mais je le répète, les pratiques que je trouvais étranges, ce n’était pas le tourisme sexuel, mais le tourisme de l’adoption, ou de la location d’enfants, pour être plus précis, que je n’étais pas loin de trouver foncièrement immorale. Mais qui suis-je pour juger mon prochain, moi qui loue mes sourires, mes soupirs, mes caresses et d’autres choses encore à des messieurs (pratique que je réprouve et condamne évidemment ! D’ailleurs, je ne dirai jamais assez combien je me désapprouve.) ? Pour le dire un peu grossièrement (mais c’est parce que je trouvais grossière sa démarche), je trouvais surprenant qu’on nomme ministre de la culture un homme qui louait à leurs familles de jeunes Maghrébins parce qu’il voulait faire des enfants ‘‘toute seule’’… Et c’est le tourisme sexuel qu’on lui reproche ! C’est dire si l’on marche sur la tête ! La preuve est faite qu’il est parfaitement entré dans les mœurs d’acheter des enfants à l’étranger pour les élever en France. C’est ce que font déjà la plupart des parents français qui adoptent des enfants. Sans doute sont-ils plus à plaindre qu’à blâmer. Le concert de ce soir était donné en hommage à Francis Planté, qui est le grand homme du pays. Il a vécu à Mont-de-Marsan. Une partie du Conseil général des Landes est d’ailleurs installée dans l’hôtel Planté. La grande place qui se trouve devant mon ancien Lycée, tout près de chez moi, porte son nom. Il a été le maire de Saint-Avit, un village tout proche, pendant près de vingt ans. Sa carrière pianistique a duré plus de quatre-vingts ans. Né à Orthez, il fut un enfant virtuose et est mort en 1938 à quatre-vingt-quinze ans, dans les Landes, qu’il aima passionnément, parce qu’il avait la passion de la chasse, qu’il y pouvait pratiquer tout à loisir. Parce qu’il était l’un des rares à en avoir la capacité technique, il fut parmi les premiers à interpréter de nouveau Franz Liszt (que beaucoup trouvaient injouable), du vivant de ce dernier, et même, avec lui, des transcriptions pour deux pianos d’œuvres pour orchestres. Il fut aussi l’un des premiers pianistes à être enrigistrés. Un enregistrement de lui a d’ailleurs été réédité et joint à la biographie du pianiste (que j’ai acquise tout à l’heure, après le concert) écrite par Roseline Kassap-Riefenstahl. Je me contente de répéter ce qu’elle avait probablement déjà dit lors d’une récente conférence à laquelle je n’ai malheureusement pas eu le temps d’assister, et de nouveau ce soir, pendant l’entracte. « Ayant pris le flambeau pianistique des mains d’artistes nés au XVIIIe siècle, écrit madame Kassap-Riefenstahl dans son livre (et Philerme ne devrait pas être insensible à la synchronie ici relevée), avant de le tendre à son tour à ceux qui tissèrent le XXe siècle, il [Planté] traversa un siècle de piano en y rencontrant tous les acteurs de la vie musicale et artistique. Il eut pour partenaires tous les grands chefs d’orchestre, violonistes, violoncellistes, pianistes et autres musiciens de son temps. Témoin remarquable des transformations qui s’opérèrent à la fois sur les instruments, sur la musique elle-même, sur l’interprétation pianistique en France et à l’étranger, Francis Planté rayonna sur plusieurs générations de musiciens […] ». Ecouter cet enregistrement de Francis Planté, c’est un peu comme regarder certaine photo que Philerme a récemment publiée sur son blogue. Ici, Planté est à Liszt ce qu’à Mozart la Constance de la photo : on se prend à rêver à de possibles enregistrements d’un autre.
03:35 Publié dans 2009, Don Esteban, Journal, La Quadrature du cercle, Le temple de Polhymnie, Madame L***, Monsieur Véto, Parthénon, Philerme, Sandrine F*** | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
22/10/2009
Mercredi 21 octobre 2009
J’ai dîné hier soir chez Tityre. Je lui avais dit que je voulais lui reparler de Phidippide. Mon intention était de le prévenir contre lui. Je lui ai donc rapporté les choses épouvantables, vraies ou fausses, que ce dernier m’avait dites à son sujet. Il avait prétendu avoir entendu parler de Tityre bien avant que je le lui eusse présenté : il prétendait avoir lu plusieurs fois son nom dans les procès verbaux d’affaires qu’il avait eues à traiter. « J’ignore si ce qu’il m’a dit est vrai. Je me doute bien, Tityre, que tu vas me dire que c’est faux. Peu m’importe. Mais sache que, si ces faits sont vrais, Phidippide n’a pas hésité un seul instant à me les rapporter, alors qu’ils ne me regardaient en rien. Il voulait me faire avoir une mauvaise opinion de toi. Si, au contraire, ces faits sont faux, Phidippide, qui les aura donc inventés, n’en est que plus méprisable encore. Voilà quel est le genre d’individu avec qui tu ne veux pas te brouiller. Je ne comprends vraiment pas que tu veuilles rester son ami. » Ce qui n’est vrai qu’en partie. Sans doute, en effet, puis-je le comprendre, puisque je suis moi-même resté l’ami d’Ascylte, que j’ai toujours méprisé. Celui-ci m’a d’ailleurs récemment présenté des excuses. Il voulait se réconcilier avec moi. Il a prétendu regretter de m’avoir volé Camille. Je ne crois pas un instant en la sincérité de ses excuses. C’est parce qu’il se croyait atteint d’un cancer qu’il voulait se faire pardonner. La pensée de sa mort prochaine lui donnait mauvaise conscience. Il m’a dit depuis qu’il n’avait pas de cancer. Il n’en reste pas moins vrai que sa santé est très mauvaise et que les médecins ne savent pas vraiment ce dont il est atteint. A l’annonce de ce cancer qui n’en est finalement pas un, j’avais cru que la Providence avait voulu me rendre justice. A présent, je me dis que si la santé d’Ascylte est si mauvaise, c’est à cause de sa conscience, qui est pire encore. Il semblerait que c’est en pensant à Ascylte que Joseph de Maistre a écrit : « Le mal a tout souillé, et l’homme entier n’est qu’une maladie ». J’ignore si mon entreprise auprès de Tityre a porté ses fruits. Mais lorsque je lui ai demandé si je pouvais noter dans ce journal la nature des faits que Phidippide s’était permis de me faire savoir ou, pire encore, de me faire croire, Tityre m’a demandé d’être le plus vague possible, ce qui tendrait à prouver qu’il pense que Phidippide est allé trop loin, puisqu’il ne veut pas que j’en dise autant. Je me demande si je n’ai pas mal agi en dénonçant ainsi Phidippide à celui qui voudrait rester son ami. Après tout, Phidippide est un homme lui aussi. Il lui faut bien vivre, avec ses propres maladies, sa bipolarité, sa mythomanie, son aphrodisie ! J’essaie de me dire que c’est pour le bien de Tityre que j’ai agi ainsi. Mais si vraiment c’était son bien qui me tenait à cœur, c’est bien plus tôt que j’aurais dû le prévenir contre Phidippide, et non pas seulement hier. J’ai doublement mal agi : d’avoir tout dit à Tityre et de l’avoir dit si tard.
03:24 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19/10/2009
Dimanche 18 octobre 2009
J’en suis encore tout retourné. Hier soir, en sortant du bar que tient le bel Ascagne, à la suite d’Aribaze et de ma sœur, qui voulaient fumer dehors leurs cigarettes, comme c’est désormais l’usage, juste après avoir encore une fois failli me prendre la porte (qui se referme toujours trop vite) dans la figure, j’ai trouvé entre mes deux fumeurs, qui venait d’arriver, le sublime Callias, tout sourire et dont les invraisemblables paroles, me faisant l’effet d’un coup de poing, m’ont presque fait tomber à la renverse, ou dans ses bras, ou à ses pieds, je ne sais plus : « Je suis ravi de te revoir, Olivier ! », m’a-t-il dit, sincèrement enthousiaste, réellement ravi. Peu de temps après, ma sœur m’a demandé si elle n’avait pas rêvé, ou si le petit Callias, dont elle a su se faire un ami bien plus vite que moi, si l’adorable Callias, dont je me plaignais d’avoir été oublié les deux récentes fois où nous nous étions vus et que, sur le départ, il avait salué tout le monde, sauf moi, si donc Callias avait bien dit qu’il était ravi de me revoir. « Oui, c’est bien ce qu’il semble avoir dit. Peut-être le fait que je sois passé dignement devant lui sans un mot, la dernière fois, alors que tout le monde était en train de le saluer, l’a-t-il fait réfléchir et comprendre que j’avais été blessé qu’il m’ait ignoré plusieurs fois si ostensiblement. » Quand ensuite, prenant mon courage à deux mains, j’ai dit à Callias que, par deux fois, il avait oublié de me saluer, lorsque nous nous étions vus, les semaines précédentes, il a prétendu ne pas s’en être rendu compte, ce qui, lui ai-je fait remarquer (ne sachant trop s’il me fallait le croire), était encore plus vexant ! Plus tard, dans la soirée, comme j’étais en train de parler avec le gros et rubicond Léonard, un Allemand de Pologne venu se réfugier avec ses parents dans les Landes après la guerre et devenu, depuis, cultivateur le jour et, le soir, un habitué du bar du bel Ascagne, j’ai senti la main de Callias me caresser doucement le dos, puis, quelques instants après, les cheveux, pour attirer gracieusement mon attention. Je lui ai répondu par des sourires. Il a demandé à son ami Nicagoras de nous prendre en photo l’un à côté de l’autre et presque tête contre tête. J’ai fait inviter Callias au dîner chez ma sœur, samedi prochain. Il en était encore une fois ravi. « Ravissant et ravi » pourrait être sa devise. Puisque j’ai parlé de Nicagoras (peut-être d’ailleurs l’ai-je déjà évoqué dans ce journal, mais probablement sans être allé jusqu’à lui donner de nom), je vais en dire un peu plus sur lui : c’est un ancien ‘‘plan cul’’, comme on dit, avec qui je m’étais très bien entendu sexuellement, et réciproquement, comme il me l’avait lui-même assuré, mais qui, pour une raison que j’ignore (sans doute à cause d’une parole maladroite ou déplacée de ma part (c’est du moins le sentiment que j’en ai)) n’avait plus voulu me revoir. Lui aussi est un habitué du bar du bel Ascagne. Ce dernier m’avait d’ailleurs demandé, il y a quelque temps, s’il n’y avait pas eu quelque chose entre ce Nicagoras et moi. « Si, lui avais-je répondu. C’est un ancien ‘‘plan’’. Mais pourquoi me poses-tu cette question ? – J’en étais sûr ! Lorsqu’il lui arrive de venir seul ici, après son travail, il reste toujours au moins une petite heure, à parler avec moi ou avec des clients. Mais si tu arrives à ton tour, alors il se dépêche de boire son verre et s’en va… – Oui, je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais, soudain, il n’a plus du tout voulu me revoir, sans raison, alors que nous nous étions pourtant mis d’accord pour remettre le couvert. » Quelque chose a dû se passer, tout récemment, qui a permis mon retour en grâce, parce que Nicagoras me parle de nouveau. Peut-être est-ce seulement parce qu’il ne peut pas faire autrement, s’étant avisé que je connaissais Callias, qu’il connaît et fréquente lui aussi. C’est aussi une connaissance de Tityre, qui fut hier soir le premier témoin de ce qui sera probablement une rupture définitive entre Phidippide et moi. Quand je pense que j’ai encore tout récemment écrit que j’avais espéré me faire de lui un nouveau meilleur ami ! Il y a quelque temps déjà que je le soupçonnais de nous cacher son véritable visage, qu’il a donc fini par nous faire voir hier soir. Avant de rejoindre Aribaze, Thessalonice, Bérélise et ma sœur dans le bar du bel Ascagne, j’étais allé faire un saut chez Phidippide, où se trouvait également Tityre. Je les ai écoutés me raconter la fin de la soirée précédente, à laquelle je n’ai pas participé jusqu’au bout, trop fatigué que j’étais par les efforts que m’avait demandé la préparation du dîner que j’avais donné chez moi et qui s’est d’ailleurs très bien passé. J’avais préféré rentrer me coucher, quand Ascagne, chez qui nous étions allés après dîner, avait fermé son bar. Ce dernier et mes invités avaient continué la nuit à Parthénon, qui est l’endroit qui a leur préférence, depuis qu’il a rouvert. Ils étaient ensuite presque tous allés se coucher chez Osman, Aribaze dans le même lit que Phidippide. Or ce dernier s’est vanté de l’avoir encore une fois possédé, ce qui m’a un peu contrarié, non pas tant le fait qu’Aribaze se laisse posséder par Phidippide que le fait que ce dernier s’en vante, en grande partie pour m’être désagréable, s’imaginant sans doute que j’enrage de ne pas avoir ce que lui croit (bien à tort, comme on va voir) pouvoir prendre quand bon lui semble. Craignant d’être de mauvaise compagnie, j’ai préféré rejoindre les autres chez le bel Ascagne, où Phidippide et Tityre ne sont arrivés que bien plus tard. Là, j’ai rapporté à Aribaze, qui en est tombé des nues, les vantardises de Phidippide. S’il est bien arrivé à Aribaze de coucher quelques fois avec ce dernier, nous nous sommes vite aperçus, en comparant la réalité aux vanteries dont j’avais été le témoin, que Phidippide était bien le vaniteux que je soupçonnais, car Aribaze m’affirme n’avoir couché avec lui que trois ou quatre fois tout au plus. J’ai été à mon tour atterré de ce que Phidippide avait pu dire sur moi à Aribaze. Il a prétendu que je me rendais souvent chez lui, le soir, avec l’envie de le baiser ou de me faire sucer, et qu’il consentait à me satisfaire parce qu’il était pris de pitié pour moi, comme si je ne pouvais pas trouver de ‘‘plan’’ tout seul, alors que je suis objectivement beaucoup plus beau, beaucoup plus jeune et bien moins con que lui ! Si je me suis en effet laissé sucer par Phidippide, ce n’est arrivé qu’une fois, parce qu’il le fait aussi bien que Tityre, c’est-à-dire très mal ! Phidippide, qui est bipolaire, du moins à ce qu’il prétend (car il est tellement vantard qu’il serait même capable de s’enorgueillir d’avoir des maladies !), ne semble pas avoir compris, sans doute parce qu’il est dans une période de manie, que si des garçons comme Aribaze et moi daignent coucher avec des hommes tels que lui, c’est-à-dire bedonnants et dégarnis, c’est uniquement par commodité : faute de temps ou d’énergie, plutôt que de chercher mieux, il arrive qu’on préfère aller se vider, comme dirait Damis, au plus près, c’est-à-dire dans cet ami entre deux âges qu’on sait disponible, parce qu’il ne laisserait jamais passer une telle occasion, non pas de coucher avec des garçons (ce qu’il peut faire encore), mais de coucher avec des garçons qui le connaissent et qu’il connaît, et surtout qu’il trouve désirables. Aribaze était si furieux qu’il a immédiatement envoyé un SMS à Phidippide pour lui demander ‘‘de l’oublier’’ ! Quant à moi, un peu plus tard, quand enfin Phidippide nous eut rejoints, je me suis entendu traiter par lui (qui était sans doute contrarié d’avoir été si sèchement congédié par Aribaze) de « putasse » (je le cite) devant Tityre qui l’accompagnait : « T’as encore fait ta putasse, hein, tu peux pas t’en empêcher, sale putasse ! ». Je ne sais si ce mot de putasse peut s’appliquer aux personnes ayant fait ce que Phidippide me reprochait (c’est-à-dire d’avoir cherché à confondre, il est vrai, quelqu’un que je soupçonnais fort de n’être qu’une canaille, absolument malhonnête, fausse et probablement dangereuse) ou s’il a choisi ce mot pour me blesser davantage, par allusion à l’origine peu reluisante d’une partie de mes revenus. Dans tous les cas, sans bien sûr vouloir défendre la prostitution, que je réprouve absolument et condamne de toutes mes forces, cela devrait aller sans dire et ce n’est pas moi qu’on prendra en train d’en faire l’apologie, ah ça non ! plutôt crever (même si, bien sûr, je suis contre le meurtre ou le suicide, oh là ! attention, on ne plaisante pas avec ces choses-là), je préfère infiniment me laisser aimer à vil prix plutôt que de recevoir le mépris de Phidippide en paiement de tout ce que j’ai fait pour lui, c’est à savoir lui présenter toutes les personnes grâce auxquelles il n’est pas totalement seul dans cette ville, seul avec cet amant qui porte le même nom que moi, qu’il n’a jamais voulu nous présenter (si jamais il existe vraiment) et qui ne voudrait plus coucher avec lui depuis plus d’un an, nous dit-il ! Phidippide affecte de ne pas comprendre pourquoi cet Olivier qui n’est pas moi, cet alter ego, ai-je parfois pensé, à cause des confidences que me faisait sur lui Phidippide, qui s’amusait de la curiosité qu’il excitait en moi, ne veut pas coucher avec lui… Mais c’est parce qu’il est complètement fou, parce qu’il est profondément mauvais et parce que, malgré toute l’application qu’il met à s’attacher ce garçon qu’il prétend qu’il l’aime, il n’a pas encore su détruire en lui l’instinct de conservation ! Connaissant Tityre, qui était le seul témoin des insultes que m’adressait Phidippide, mais qui ne veut jamais se brouiller avec personne, je suis allé chercher les autres à l’intérieur du bar (car cette scène se passait encore une fois dehors, pendant que Phidippide et Tityre fumaient des cigarettes), pour les prendre tous à témoin : « Regardez le vrai visage de Phidippide. C’est moi qui vous l’ai présenté, je le sais bien, mais je le regrette infiniment. Si vraiment vous êtes mes amis, je vous demande de ne plus être le sien. ». Je n’ai pas eu beaucoup à insister (sauf, bien sûr, avec Tityre, pour la raison que j’ai dite), parce que tous les présents (Osman mis à part, qui n’était pas des nôtres hier soir) m’ont dit que la fourberie de Phidippide se voyait de loin, qu’il la portait pour ainsi dire sur la figure. Thessalonice a même ajouté que nous n’avions vraiment pas besoin d’un second Cyrille, autre grand menteur et manipulateur devant l’Eternel, mais dont c’est ma sœur qui a eu à souffrir.
04:15 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Bérélise, Callias, Damis, Journal, Léonard, Ma soeur, Nicagoras, Osman, Phidippide, Thessalonice, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14/10/2009
Mardi 13 octobre 2009
O rem ridiculam, mon journal, et iocosam ! Voici la charmante scène, mais qui m’a paru fort étrange, dont je fus cet après-midi le témoin. Sans doute est-ce l’époque qui me la fait trouver étrange. J’étais en train de décharger de ma voiture, qui était honteusement garée sur un trottoir, une partie de ma cargaison de prospectus, pour les distribuer dans le quartier. Quand arrive une colonne d’écoliers, précédée de l’instituteur. En passant devant moi, certains enfants me saluent poliment. Je leur réponds le plus indifféremment possible, de peur, sans doute, par les temps qui courent, de passer pour un pédophile ! Il me suffit largement d’être raciste, homophobe, incitateur de haine et promoteur de la prostitution. Je laisse aux ministres et autres cinéastes la pédophilie (que je condamne évidemment, comme d’ailleurs la prostitution, le racisme, l’homophobie et ainsi de suite !). Mais voici ce que j’ose à peine écrire qui m’a ému, dont je fus le témoin. Deux garçons semblaient fermer volontairement la colonne, pour pouvoir se tenir enlacés comme des amoureux, sans être vus du reste des élèves, ai-je pensé. Car je me suis souvenu de ma propre enfance : à l’âge de ces garçons, qui n’avaient que dix ou onze ans, jamais je ne me serais permis d’enlacer ainsi un camarade de classe. J’étais déjà trop conscient de ma ‘‘différence’’, pour parler comme tous ces pédés, pour risquer de la faire découvrir aux autres en ayant de tels gestes. Mais je me suis demandé si ces autres, de mon temps, ceux qui n’avaient pas de ‘‘différence’’, ou du moins pas de différence de cet ordre, se laissaient aller à de telles démonstrations d’amitié entre eux, comme il paraît qu’il est fréquent dans certains pays, du Maghreb en particulier, et jusque bien au-delà de l’enfance. Ces deux garçons n’étaient-ils que de bons camarades, des frères, peut-être, qui ne cherchaient absolument pas à se cacher, mais que le hasard avait fait fermer la marche de cette classe ; ou s’ils étaient bien de petits amants profitant du retour vers l’école toute proche pour se donner des marques d’affection ? Le fait que je me pose de telles questions me classe-t-il parmi ces malheureux parias que l’époque abhorre ? Se servira-t-on du texte que je viens d’écrire pour briser ma carrière politique, dans vingt ans, quand je serai ministre du prince qui règnera sur une France devenue plus schizophrène encore, peut-être même carrément musulmane ? (Cela dit sans vouloir offenser les musulmans, bien sûr, pour lesquels je m’empresse d’ajouter que j’ai beaucoup de respect, pour ne pas dire le plus grand amour, et même la plus folle passion : c’est leur religion que je n’aime pas, si du moins il est encore permis de ne pas l’aimer, ce qui n’est peut-être déjà plus le cas, comme m’a laissé récemment entendre un internaute complice de l’islam, c’est à savoir Dorante, comme je crois qu’il m’est arrivé de le nommer dans ce journal. Si vraiment il n’est plus permis de ne pas l’aimer, soyons prudent, et disons plutôt que je ne la connais pas encore assez intimement pour m’être avisé de tout ce qu’elle recélait de si aimable, de si désirable, de si préférable, pour nous autres Français qui nous étions jusqu’alors si bien passé d’elle. Délire franchouillard, dirait Félicité-Coupable, qui a probablement raison. Ah ! Vivement que j’emprunte mon propre chemin de Damas, un chemin de Damas mahométan, ce qui, d’un point de vue strictement géographique, devrait aller sans dire.)
13:41 Publié dans 2009, Dorante, Félicité-Coupable, Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09/10/2009
Jeudi 8 octobre 2009
En dînant avec Alfred, mardi soir, chez ma sœur (car il est de nouveau possible à Julie de le fréquenter depuis qu’elle a quitté le grand con, qui était tellement jaloux qu’il avait voulu, découvrant qu’elle lui avait téléphoné, ‘‘casser les genoux’’, selon ses propres termes, à ce pauvre Alfred), j’en ai appris une autre bien bonne sur ledit grand con. Alfred connaît à peu près tout le monde à Mont-de-Marsan, et pas seulement à Mont-de-Marsan, d’ailleurs : ne s’est-il pas vanté, au cours du repas, d’avoir été longtemps l’amant de la fille d’un député du cru (l’autre grand amour de sa vie, paraît-il, avec ma sœur, que tout le monde semble d’ailleurs aimer, en ce moment, tant elle a de prétendants, dont le meilleur ami d’Osman, depuis peu, qui est fort beau…), ce qui lui donna l’occasion de rencontrer parfois tel ancien premier ministre ou tel président de conseil général dont Phidippide aime à dire qu’il le connaît assez bien lui aussi, depuis l’époque où il militait dans un certain parti politique. (Quelle déception, d’ailleurs, que ce Phidippide ! Je lui avais beaucoup confié les reproches que je faisais souvent à Tityre, par exemple, d’avoir couché avec Camille, alors qu’il m’en savait épris. Phidippide avait prétendu être aussi atterré que moi par la fausseté de Tityre, qui s’était longtemps comporté avec moi comme si de rien n’était, tentant de me cacher cette bassesse même après que je l’avais apprise, bien plus tard, de la bouche de Camille. Phidippide était différent, lui, c’est du moins ce qu’il m’assurait, et c’est pourquoi il avait également été scandalisé, sans en être surpris du tout, de la fausseté des déclarations d’amitié du terrible Cléomédon, qui venait tout juste, sans même attendre que mon odeur ait quitté la peau du beau Mnasyle, que j’avais un peu vite chassé hors de mon lit, de le prendre pour laisser à son tour sur lui sa salive, à côté de la mienne encore humide ! Ah ! Ce n’est pas Phidippide qui se serait si mal comporté avec moi, lui qui m’était un véritable ami, me jurait-il, contrairement à ces Tityre et ces Cléomédon, qui ne sont que des vieillards ou des lubriques ! Je suis tombé de bien haut quand Aribaze, sur lequel il était notoire que j’avais des vues, m’a confié que la veille d’une coucherie que j’avais eue avec Phidippide, c’était avec lui que ce dernier avait couché, lui faisant promettre de ne rien me dire, ce qu’Aribaze, en véritable ami, lui, s’était empressé de me rapporter, le plus naturellement du monde et pour notre plus grand rire, puisque nous nous étions aperçus que n’ayant pas pu tout faire avec l’un, qui n’avait été que passif avec lui ce soir-là, c’était par l’autre que Phidippide s’était fait enculer : le lendemain ! Moi qui avais cru pouvoir faire de lui un nouveau meilleur ami, maintenant que don Esteban n’est plus aussi près de moi que je le voudrais, je m’aperçois qu’il était en réalité le pire de tous ! C’est le plus faux, le plus immoral et surtout le moins excusable, parce qu’il se pique d’avoir un certain vernis de culture, grâce auquel il devrait donc être le mieux armé de mes amis pour se conduire le moins mal. Ce qui me fâche le plus n’est pas tant le fait que Phidippide ait couché avec un garçon sur lequel il savait que j’avais des vues que le secret qu’il a voulu m’en faire, alors que je lui avais dit d’abord combien j’avais été blessé que des amis ou prétendus tels m’aient délibérément laissé dans l’ignorance où j’étais de leur traitrise. (Ma sœur me demande comment il se fait que je ne cherche pas davantage à rencontrer l’âme sœur. C’est à cause de mes amis ! J’en suis à me demander s’il me faudra leur cacher ma prochaine conquête, pour être sûr de ne pas en être aussitôt dépouillé !) Je ne sais si c’est parce que j’ai le sentiment que le fruit que je convoitais a été gâté par l’avidité de Phidippide, comme j’ai dit un soir à ce dernier, mais Aribaze n’a plus sur moi l’attrait des premiers jours. Au contraire, j’ai désormais le plus grand mal à en supporter seulement la présence. Ma sœur m’a dit qu’elle avait été interloquée par mon comportement avec lui lors d’un dîner que donnait chez lui Tityre, samedi dernier, durant lequel je me serais montré un peu dur… J’aurais dit à Aribaze que je trouvais qu’il était une ‘‘agression permanente’’ et, comme il se demandait s’il resterait en France après avoir terminé sa formation d’élagueur (car il a de l’ambition et ne veut pas rester dans sa condition de bûcheron !), je lui aurais conseillé de retourner dans son pays, tant me paraissait évidente son inadaptation au nôtre. « Mais le problème, a-t-il répondu, c’est qu’il n’y a pas d’arbres à élaguer là-bas », ce qui, je crois, n’est pas vrai. Plus tard dans la soirée, mais chez Osman, cette fois, où nous étions allés continuer à boire, Aribaze m’a mis tellement hors de moi, que j’ai préféré partir avant d’imploser où de me jeter par la fenêtre. Mon humeur s’était déjà passablement dégradée depuis que le sublime Callias, qui nous avait rejoints avec un sien ami chez Osman, était reparti sans me dire au revoir, une fois de plus, alors qu’il l’avait fait même à ma sœur, qu’il avait pourtant rencontrée pour la première fois ce soir-là. Cette contrariété et les pitreries incessantes d’Aribaze ont fini par m’achever. Mes amis sont habitués à ces départs soudains dont ils ont fait un sujet de plaisanterie : « Arrêtez, disent-ils souvent, sinon Olivier va s’en aller ! », « Attention ! Taisez-vous, ou Olivier va partir ! »… (Telle pourrait être ma définition : Olivier, celui qui s’en va… Aphanisme est le sous-titre de ce blogue.) J’aurais d’ailleurs mieux fait de rester, parce que le bel Ascagne, peu après avoir fermé son bar, a rejoint la compagnie que je venais de quitter pour passer avec elle le reste de la nuit. Tout le monde, sauf peut-être Tityre, a finalement couché chez Osman, dont Ascagne, donc, qui est beau comme… comme… comme un barman, et près de qui j’aurais peut-être pu dormir, moi aussi, quoique sans doute assez inconfortablement, puisqu’il m’a rapporté hier soir qu’il avait tout de même vomi trois fois cette courte nuit-là. Je crois savoir que c’est au cours de cette soirée que ma sœur est devenue l’amante du meilleur ami d’Osman.) Alfred donc, qui connaît tout le monde, nous disait qu’il avait entendu dire à un agent immobilier que le grand con, environ deux semaines avant d’être quitté, avait cherché à savoir si les propriétaires ne voulaient pas vendre l’appartement que venait de quitter son frère et qui se trouve à côté de celui de ma sœur. (C’est d’ailleurs à cause de ce voisinage que tout a commencé pour cette dernière. Le grand con l’avait aperçue depuis le balcon de l’appartement de son frère. Il avait vite appris qu’elle était propriétaire du sien, ce qui signifiait dans son cervelet gigolétique qu’elle était solvable, et c’est ainsi qu’il lui a mis le grappin dessus, entrant du jour au lendemain dans sa vie et réussissant vite, grâce à quelques bouquets de fleurs et coups de bite bien envoyés, à se faire entretenir par elle pendant deux ans.) Si le grand con s’était informé de l’intention des propriétaires de l’appartement qu’avait occupé son frère, c’était parce que ma sœur, a-t-il prétendu, envisageait de le racheter, pour agrandir le sien ! Que tramait-il encore ? Telle était sa façon de procéder : il semait le trouble dans les esprits, en prêchant souvent le faux, pour s’assurer de nouveaux appuis. Il est ainsi plus que probable qu’il a imaginé que Pharnace, ce patron de bar qui m’est tellement antipathique, lui avait dit que je faisais la pute à Toulouse. C’était simplement pour me faire croire que je pouvais compter sur lui, ce grand con qui n’hésitait pas à me rapporter ce qui se disait de pire sur moi. On est toujours tenté de croire davantage ce dont on est le plus blessé. Ce faisant, il se rendait indispensable, car je fais partie de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de chercher à savoir ce qu’on pense d’elles… De même a-t-il très probablement inventé que des gens qui savaient ma sœur séropositive changeaient de trottoir lorsqu’ils la croisaient dans la rue. Une telle révélation, contribuant à ébranler l’une, consolidait d’autant le soutien que voulait lui être l’autre : non seulement il ne changeait pas de trottoir, lui, mais encore dormait-il tout contre elle ! Prétendre que Julie était assez prospère pour vouloir agrandir son appartement, c’était faire croire au monde que lui-même ne manquait pas d’argent, et qu’on pouvait donc lui faire confiance en affaires, qu’il menait pourtant de façon désastreuse. Tous autant que nous sommes, nous avons été pigeonnés par ce remarquable imposteur et néanmoins minuscule escroc.
02:46 Publié dans 2009, Alfred, Aribaze, Ascagne, Callias, Camille, Cléomédon, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma soeur, Mnasyle, Osman, Pharnace, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03/10/2009
Vendredi 2 octobre 2009
Vingt-huitième séance chez Tirésias : Il m’est arrivé une chose étrange, mercredi après-midi, à la bibliothèque. J’y ai aperçu Sandrine F***. Elle avait laissé sa sublime rousseur lui tomber jusqu’aux hanches. Nous ne nous sommes salués que d’un signe de nos têtes. J’aurais voulu me lever de ma chaise pour aller jusqu’à elle, mais au moment de le faire, je me suis trouvé comme cloué à mon siège. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Mes bras et mes jambes tremblaient. J’ai dû poser sur la table de lecture le crayon que j’ai toujours à la main, que je n’arrivais plus à tenir. Je me suis senti littéralement foudroyé par cette divinité, dont le passage en ces livres m’a fait le même effet que certaines de ces fulgurances dont on est parfois saisi au détour d’une page, qui empêchent la poursuite de la lecture, le temps qu’il faut pour se remettre de leur pénétration, à moins que ce ne soit précisément le temps qu’elles mettent à se frayer dans la chair une plaie jusqu’aux tréfonds… En même temps est arrivé celui que j’ai appelé le jeune dieu tutélaire de cette bibliothèque. Il s’est assis face à moi, mais à une autre table. Il était tard et le soleil, bas et peut-être un peu roux lui aussi, illuminait les genoux, les mollets, les chevilles du garçon, dont la chair, splendide, radieuse, me semblait presque inhumaine, adorable, proprement divine. Je ne pouvais plus lire. Je ne pouvais plus rien. Sabine, en Allemagne, et Frédéric P***, que j’aimais tous deux, m’avaient fait croire un jour, par jeu, qu’ils étaient épris l’un de l’autre. Déjà cette fois, j’avais perdu le contrôle de moi-même : exactement comme mercredi, devant Sandrine F***, pure idée jaillie des livres, et le garçon, son page entre les pages. Il est tout de même curieux que ces deux êtres, étrangers l’un à l’autre, m’aient causé le même accablement qu’avaient fait Sabine et Frédéric, qui se connaissaient entre eux. Mes deux divinités avaient pourtant bien une chose en commun, c’était le regard indifférent ; le regard sans chaleur de Sandrine, qui ne semblait pas même joyeuse, pas même surprise (preuve de sa divinité ?), de retrouver un ancien camarade de classe, comme si nous nous étions quittés la veille ; quant au jeune dieu tutélaire, son regard était celui de quelqu’un qui lève un instant le nez de son livre pour y replonger aussitôt les yeux : c’était un regard presque absent. J’étais regardé sans être vu. « ‘‘Divinité’’, ‘‘dieu tutélaire’’ », me dit Tirésias. « Bien sûr : tout cela me renvoie à ma propre condition d’être bassement humain. » Je ne suis que cette boue toujours indigne de ce qui m’inspire du désir. Et ma mère, qui m’a interdit de toucher les femmes, trop sacrées pour que j’aie le droit d’y porter la main. Non seulement je ne me sens pas le droit de toucher, mais même de regarder ce que je trouve beau. Ma grande peur est que mon regard soit surpris par ce que je regarde. Dans le même temps, je prends plaisir à regarder ce que je sais ne pas être conscient de mon regard. Je suis un peu voyeur. Paradoxe : je ne supporte pas d’être regardé, mais c’était précisément les ‘‘regards sans me voir’’ de Sandrine F*** et du garçon qui m’accablaient. C’est peut-être de ne pas être vu tel que je suis ou tel que je voudrais être qui m’accable. « Le regard, le regaaaard ! Dites-moi les pensées qui vous viennent à ce sujet, m’a demandé Tirésias. – Ce qui me vient à ce sujet ? Je ne sais pas, moi… C’est ce que je viens de vous dire, qui me vient à l’esprit ! (Un silence.) Là, par exemple, ce qui vient de me traverser l’esprit, c’est mon reflet dans la glace. Il me semble que depuis que j’ai commencé cette analyse, je me vois vieillir. Ou plutôt, je suis en train de m’apercevoir que j’avais commencé de vieillir avant de vous consulter, car je ne peux pas croire que toutes les rides que je me découvre, toutes ces petites imperfections de la peau, me soient venues en moins de six mois ! En me regardant dans le miroir, je me vois désormais tel que je suis sans doute. – Oui, c’est tout à fait normal. Commencer une analyse, c’est accepter de regarder en soi, et donc de se regarder en face. » Pourtant, nombreux sont ceux qui me disent qu’ils me croyaient beaucoup plus jeune ou qui, connaissant mon âge, trouvent que je ne le fais pas. A dire le vrai, les avis sont fort partagés quant à cette question des plus délicates. Phidippide, par exemple, se moque de moi lorsque je lui dis que je fais croire, sur Internet, que je n’ai que vingt-sept ans. « Tu dois en décevoir beaucoup, me dit-il, si tu leur annonce cet âge. Tu fais beaucoup plus vieux ! » Mais don Esteban, qui a regardé dernièrement les photos de moi que j’ai publiées sur Facebook, me disait encore tout récemment que je semblais avoir trouvé une seconde jeunesse. Un garçon beaucoup plus jeune que moi prétendait hier encore, en toute bonne foi, qu’il avait cru que je n’avais pas vingt-trois ans ! Je ne sais plus quel est mon âge. Quand je me regarde dans le miroir, je commence à voir en effet quelqu’un qui pourrait avoir l’âge du Christ. Mais celui que j’aperçois dans les yeux de mon prochain, ou du moins le reflet que j’apprête spécialement pour ses yeux, à grand renfort de crèmes cosmétiques, de repos et de sommeil (qui est le secret de la fraîcheur), est encore un tout jeune homme. En revanche, si je ferme les yeux, pour mieux considérer ma solitude et mon inadaptation dans le monde où je suis, j’ai l’impression d’avoir mille ans. Ou plutôt, j’ai l’impression d’être un tout petit enfant de mille ans. Je n’avais rien dit de plus, lors de la vingt-septième séance, jeudi 24 septembre, que ce que j’avais noté dans ce journal le dimanche 20. Mais Tirésias a cru bon d’ajouter que noli me tangere, « ne me touche pas », signifiait peut-être aussi : « ne m’émeus pas, ne m’atteins pas, ne me blesse pas, ne me fais pas souffrir ». Je ne voudrais plus souffrir à cause de cette femme, ma mère, qui me l’a déjà fait tant.
03:31 Publié dans 2009, Don Esteban, Frédéric P***, Journal, Ma mère, Phidippide, Sabine, Sandrine F***, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01/10/2009
Mercredi 30 septembre 2009
J’ai revu cet après-midi le jeune dieu tutélaire de la bibliothèque, jambes nues encore, jusqu’aux genoux, dont le soleil déjà bas illuminait sous la table de lecture la rondeur encore juvénile. Il m’a regardé plusieurs fois. N’arrivant plus à lire, j’ai tenté d’écrire ce mauvais distique : Revu, tout de lumière et d’or éclaboussé, / Des livres le garçon : ses cheveux ont poussé. « Mon pauvre cœur souspire incessament. »
04:04 Publié dans 2009, Distiques, Journal, Musique et/ou musiquette, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note