26/10/2009
Dimanche 25 octobre 2009
Le dîner chez ma sœur hier soir était annulé, Aribaze et Osman en ayant chacun donné chez soi. Tityre et moi sommes allés à celui d’Osman (ainsi que Cléomédon, mais sans son Clinias, qui n’a paraît-il pas du tout apprécié certaines choses que j’ai dites sur lui dans ce journal), ma sœur et Iolaos (qui est le meilleur ami d’Osman et, depuis peu, le chevalier servant de Julie) à celui d’Aribaze. Ceux du côté d’Aribaze nous ont plus tard rejoints chez Osman, d’où nous sommes ensuite allés dans le bar que tient le bel Ascagne et, de là, pour finir, à Parthénon. Une certaine Nidalie, qui est une grande habituée d’Ascagne, était également des nôtres. Bien que je ne la connusse pas vraiment avant hier soir, où je la voyais pour la première fois chez l’un de nous plutôt qu’en ville, j’ai pu constater, pour avoir longuement parlé avec elle, qu’elle me connaissait apparemment très bien, et en particulier, qu’elle savait déjà que c’était à cause de moi que Phidippide était tombé dans l’espèce de disgrâce d’où personne ne semble très désireux de le sortir, à l’exception de Tityre. Osman, qui était pourtant absent, le soir de notre rupture, m’a même fait remarquer qu’il ne lui avait pas du tout coûté de ne pas inviter Phidippide à son dîner. En m’assurant ainsi de leur soutien, mes amis ne se doutaient sans doute pas qu’ils ne faisaient qu’accroître ma mauvaise conscience. Pauvre Phidippide, après tout… D’autres personnes étaient encore chez Osman, dont je n’ai pas retenu les noms, trop aviné que j’étais sans doute, et surtout trop affairé à cultiver le sublime Callias, qui nous honora de son angélique présence. Il était soul et, durant tout le temps de son absence, ne cessa de me demander quand arriverait enfin ma sœur, qu’il aime passionnément, quoique d’un amour tout platonique évidemment. Il l’a pourtant embrassée (à ce que m’a dit Tityre, chez qui je suis allé dîner ce soir), ainsi qu’un autre des invités d’Osman, celui d’entre eux (encore un pédé) qui était célibataire et bien loin d’être un prix de beauté ! Il faut dire que Callias embrassait et caressait tout le monde. L’ivresse le rendait débordant d’amour. Plus d’une fois il s’est jeté dans mes bras ou m’a pris dans les siens, me serrant si fort que je pouvais à peine respirer ou lui répondre quand il m’a demandé pourquoi je le touchais ainsi, alors que c’était lui qui… De toute façon, je n’aurais rien su répondre d’intelligent, ni même d’idiot. Je continue de me demander si la relative indifférence que Callias me montre un peu trop ostensiblement n’est pas plutôt de l’intérêt péniblement dissimulé. Lors d’une fois précédence, il m’avait dit cette chose étrange : « Olivier, je n’oublie jamais un visage. Il me semblait bien que je t’avais déjà vu quelque part, mais je n’arrivais pas à me rappeler où. Et puis ça m’est revenu tout à coup. C’est chez Osman que je t’avais vu la première fois ! » C’était une remarque complètement absurde. Aux premiers temps de notre fréquentation actuelle (et qui n’a jamais été qu’actuelle), nous ne nous sommes toujours vus que chez Osman ou du moins en sa présence. Qu’Osman soit celui qui nous a présentés l’un à l’autre est une évidence. En bonne logique, Callias aurait dû me dire qu’il m’avait déjà vu avant de me rencontrer chez Osman, ailleurs que chez ce dernier (ce dont je me serais nécessairement souvenu, de toute façon, parce qu’il correspond parfaitement à mon type de garçons ; c’est d’ailleurs bien pourquoi il me fait perdre tous mes moyens : la peur de perdre ce que je désire le plus me paralyse. Je me demande si l’un des nœuds de ma névrose n’est pas que je ne me sente pas le droit de prétendre à ce qui serait le plus fait pour me combler. Je perds tous mes moyens devant le bel être que je voudrais séduire, parce que je ne m’en sens pas digne. Le sentiment que je serais un voleur, pour ne pas dire un violeur (violant quelque loi supérieure, qui m’interdirait d’y prétendre), m’empêche de seulement esquisser le plus petit geste pour séduire la personne qui m’inspire du désir. Il faudrait que j’en parle à Tirésias.) Je me demande donc si Callias n’a pas inventé cette invraisemblable réminiscence pour me dire à sa manière qu’il m’avait remarqué, qu’il avait pour moi un intérêt qu’il n’ose pas me dire trop explicitement, d’autant qu’il est déjà l’amant de quelqu’un, je ne sais plus si je l’avais dit : il s’agit d’un jeune homme de trente ans, avec qui j’ai paraît-il déjà chatté, avec qui j’avais même sympathisé, mais que je n’ai jamais rencontré physiquement. Le fait que Callias soit l’amant d’un garçon de trente ans m’affole complètement : je me dis qu’entre toutes les barrières qu’il y a entre nous, celle de l’âge n’en est pas une. Hier soir, il m’a fait une autre remarque, et précisément au sujet du tout premier jour de notre rencontre. Comme il me demandait si je ne voulais pas danser avec lui : « Ah ! Non ! C’est impossible, je ne danse jamais ! – Comment ça, tu ne danses jamais ? Je t’ai vu danser, une fois, je ne sais plus où. – Moi ? J’aurais dansé ? Ah oui ! Ce devait être avec Phédon, mais c’est uniquement parce qu’il m’y avait forcé et parce que j’étais soul. – Oui, et vous étiez allés faire des choses dans les toilettes aussi. – Euh… Oui, mais non… Là encore, c’est lui qui m’avait entraîné. De toute façon, moi, je ne fais jamais rien dans les toilettes. C’est bien simple, je n’y vais jamais ! Je suis au-dessus de ces choses-là ! Ç’avait été une très mauvaise soirée pour moi. J’aime autant ne pas en parler, d’ailleurs, je suis sûr que tu sais déjà tout, puisque tout finit toujours pas se savoir. » Callias, qui avait prétendu, quelques jours plus tôt, ne s’être rappelé que tout récemment le premier jour de notre rencontre, semblait donc s’en souvenir désormais très précisément. Mais le plus surprenant, c’est donc qu’il m’avait apparemment observé, ce premier jour, alors que j’avais été si affecté par son indifférence à mon égard. Aussi bien suis-je en train de me faire des idées. Il est tout à fait possible que j’interprète trop les choses. Ma sœur me dit que, Callias étant plus jeune que moi et donc le plus inexpérimenté, c’est à moi de mener la danse, c’est-à-dire de faire précisément ce que je ne sais pas. « Mais je n’y arriverai jamais ! Je ne sais même pas danser, au propre comme au figuré ! Alors mener la danse… Pourquoi crois-tu que je me saigne aux quatre veines pour m’offrir les services d’un Tirésias ? – Mais justement, est-ce que vous ne travaillez pas sur tes difficultés relationnelles, avec ce Tirésias ? – Si, bien sûr. Et j’ai fait beaucoup de progrès, mais uniquement dans mes relations avec les groupes. Avec les individus, je suis encore complètement incapable. – Tu te poses trop de questions au sujet de Callias. Tu devrais te contenter de jouir du plaisir d’avoir un beau garçon dans ton entourage et prendre le temps d’apprendre à le connaître, sans penser à autre chose. » Je le sais bien, mais c’était délicieusement affolant de sentir le corps enivré de Callias se presser contre moi. Comment donc penser à autre chose après cela ? J’ai de nouveau croisé Callias, par hasard, cet après-midi, pendant ma distribution hebdomadaire. Il avait dessoûlé et semblait fatigué et un peu gêné de me rencontrer (il faut dire que cette rencontre s’est passée dans le hall de l’immeuble où vit son amant (immeuble qui est également celui de la mère de Tityre)). Aucun produit cosmétique n’avait été mis dans ses cheveux, qui étaient tout propres. Il avait l’air plus blond et plus flou. C’était presque quelqu’un d’autre. Je me suis avisé que je ne l’avais vu jusqu’alors que de nuit. « Le jour et la nuit. » Je ne sais pourquoi m’est venue à l’esprit cette expression. Tout nous sépare. Il est le jour, je suis la nuit. Comment donc pourrions-nous vraiment nous rencontrer ?
02:18 Publié dans 2009, Aribaze, Ascagne, Callias, Cléomédon, Clinias, Iolaos, Journal, Ma soeur, Nidalie, Osman, Parthénon, Phédon, Phidippide, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ecrire un commentaire