09/10/2009

Jeudi 8 octobre 2009

            En dînant avec Alfred, mardi soir, chez ma sœur (car il est de nouveau possible à Julie de le fréquenter depuis qu’elle a quitté le grand con, qui était tellement jaloux qu’il avait voulu, découvrant qu’elle lui avait téléphoné, ‘‘casser les genoux’’, selon ses propres termes, à ce pauvre Alfred), j’en ai appris une autre bien bonne sur ledit grand con. Alfred connaît à peu près tout le monde à Mont-de-Marsan, et pas seulement à Mont-de-Marsan, d’ailleurs : ne s’est-il pas vanté, au cours du repas, d’avoir été longtemps l’amant de la fille d’un député du cru (l’autre grand amour de sa vie, paraît-il, avec ma sœur, que tout le monde semble d’ailleurs aimer, en ce moment, tant elle a de prétendants, dont le meilleur ami d’Osman, depuis peu, qui est fort beau…), ce qui lui donna l’occasion de rencontrer parfois tel ancien premier ministre ou tel président de conseil général dont Phidippide aime à dire qu’il le connaît assez bien lui aussi, depuis l’époque où il militait dans un certain parti politique. (Quelle déception, d’ailleurs, que ce Phidippide ! Je lui avais beaucoup confié les reproches que je faisais souvent à Tityre, par exemple, d’avoir couché avec Camille, alors qu’il m’en savait épris. Phidippide avait prétendu être aussi atterré que moi par la fausseté de Tityre, qui s’était longtemps comporté avec moi comme si de rien n’était, tentant de me cacher cette bassesse même après que je l’avais apprise, bien plus tard, de la bouche de Camille. Phidippide était différent, lui, c’est du moins ce qu’il m’assurait, et c’est pourquoi il avait également été scandalisé, sans en être surpris du tout, de la fausseté des déclarations d’amitié du terrible Cléomédon, qui venait tout juste, sans même attendre que mon odeur ait quitté la peau du beau Mnasyle, que j’avais un peu vite chassé hors de mon lit, de le prendre pour laisser à son tour sur lui sa salive, à côté de la mienne encore humide ! Ah ! Ce n’est pas Phidippide qui se serait si mal comporté avec moi, lui qui m’était un véritable ami, me jurait-il, contrairement à ces Tityre et ces Cléomédon, qui ne sont que des vieillards ou des lubriques ! Je suis tombé de bien haut quand Aribaze, sur lequel il était notoire que j’avais des vues, m’a confié que la veille d’une coucherie que j’avais eue avec Phidippide, c’était avec lui que ce dernier avait couché, lui faisant promettre de ne rien me dire, ce qu’Aribaze, en véritable ami, lui, s’était empressé de me rapporter, le plus naturellement du monde et pour notre plus grand rire, puisque nous nous étions aperçus que n’ayant pas pu tout faire avec l’un, qui n’avait été que passif avec lui ce soir-là, c’était par l’autre que Phidippide s’était fait enculer : le lendemain ! Moi qui avais cru pouvoir faire de lui un nouveau meilleur ami, maintenant que don Esteban n’est plus aussi près de moi que je le voudrais, je m’aperçois qu’il était en réalité le pire de tous ! C’est le plus faux, le plus immoral et surtout le moins excusable, parce qu’il se pique d’avoir un certain vernis de culture, grâce auquel il devrait donc être le mieux armé de mes amis pour se conduire le moins mal. Ce qui me fâche le plus n’est pas tant le fait que Phidippide ait couché avec un garçon sur lequel il savait que j’avais des vues que le secret qu’il a voulu m’en faire, alors que je lui avais dit d’abord combien j’avais été blessé que des amis ou prétendus tels m’aient délibérément laissé dans l’ignorance où j’étais de leur traitrise. (Ma sœur me demande comment il se fait que je ne cherche pas davantage à rencontrer l’âme sœur. C’est à cause de mes amis ! J’en suis à me demander s’il me faudra leur cacher ma prochaine conquête, pour être sûr de ne pas en être aussitôt dépouillé !) Je ne sais si c’est parce que j’ai le sentiment que le fruit que je convoitais a été gâté par l’avidité de Phidippide, comme j’ai dit un soir à ce dernier, mais Aribaze n’a plus sur moi l’attrait des premiers jours. Au contraire, j’ai désormais le plus grand mal à en supporter seulement la présence. Ma sœur m’a dit qu’elle avait été interloquée par mon comportement avec lui lors d’un dîner que donnait chez lui Tityre, samedi dernier, durant lequel je me serais montré un peu dur… J’aurais dit à Aribaze que je trouvais qu’il était une ‘‘agression permanente’’ et, comme il se demandait s’il resterait en France après avoir terminé sa formation d’élagueur (car il a de l’ambition et ne veut pas rester dans sa condition de bûcheron !), je lui aurais conseillé de retourner dans son pays, tant me paraissait évidente son inadaptation au nôtre. « Mais le problème, a-t-il répondu, c’est qu’il n’y a pas d’arbres à élaguer là-bas », ce qui, je crois, n’est pas vrai. Plus tard dans la soirée, mais chez Osman, cette fois, où nous étions allés continuer à boire, Aribaze m’a mis tellement hors de moi, que j’ai préféré partir avant d’imploser où de me jeter par la fenêtre. Mon humeur s’était déjà passablement dégradée depuis que le sublime Callias, qui nous avait rejoints avec un sien ami chez Osman, était reparti sans me dire au revoir, une fois de plus, alors qu’il l’avait fait même à ma sœur, qu’il avait pourtant rencontrée pour la première fois ce soir-là. Cette contrariété et les pitreries incessantes d’Aribaze ont fini par m’achever. Mes amis sont habitués à ces départs soudains dont ils ont fait un sujet de plaisanterie : « Arrêtez, disent-ils souvent, sinon Olivier va s’en aller ! », « Attention ! Taisez-vous, ou Olivier va partir ! »… (Telle pourrait être ma définition : Olivier, celui qui s’en va… Aphanisme est le sous-titre de ce blogue.) J’aurais d’ailleurs mieux fait de rester, parce que le bel Ascagne, peu après avoir fermé son bar, a rejoint la compagnie que je venais de quitter pour passer avec elle le reste de la nuit. Tout le monde, sauf peut-être Tityre, a finalement couché chez Osman, dont Ascagne, donc, qui est beau comme… comme… comme un barman, et près de qui j’aurais peut-être pu dormir, moi aussi, quoique sans doute assez inconfortablement, puisqu’il m’a rapporté hier soir qu’il avait tout de même vomi trois fois cette courte nuit-là. Je crois savoir que c’est au cours de cette soirée que ma sœur est devenue l’amante du meilleur ami d’Osman.) Alfred donc, qui connaît tout le monde, nous disait qu’il avait entendu dire à un agent immobilier que le grand con, environ deux semaines avant d’être quitté, avait cherché à savoir si les propriétaires ne voulaient pas vendre l’appartement que venait de quitter son frère et qui se trouve à côté de celui de ma sœur. (C’est d’ailleurs à cause de ce voisinage que tout a commencé pour cette dernière. Le grand con l’avait aperçue depuis le balcon de l’appartement de son frère. Il avait vite appris qu’elle était propriétaire du sien, ce qui signifiait dans son cervelet gigolétique qu’elle était solvable, et c’est ainsi qu’il lui a mis le grappin dessus, entrant du jour au lendemain dans sa vie et réussissant vite, grâce à quelques bouquets de fleurs et coups de bite bien envoyés, à se faire entretenir par elle pendant deux ans.) Si le grand con s’était informé de l’intention des propriétaires de l’appartement qu’avait occupé son frère, c’était parce que ma sœur, a-t-il prétendu, envisageait de le racheter, pour agrandir le sien ! Que tramait-il encore ? Telle était sa façon de procéder : il semait le trouble dans les esprits, en prêchant souvent le faux, pour s’assurer de nouveaux appuis. Il est ainsi plus que probable qu’il a imaginé que Pharnace, ce patron de bar qui m’est tellement antipathique, lui avait dit que je faisais la pute à Toulouse. C’était simplement pour me faire croire que je pouvais compter sur lui, ce grand con qui n’hésitait pas à me rapporter ce qui se disait de pire sur moi. On est toujours tenté de croire davantage ce dont on est le plus blessé. Ce faisant, il se rendait indispensable, car je fais partie de ces personnes qui ne peuvent s’empêcher de chercher à savoir ce qu’on pense d’elles… De même a-t-il très probablement inventé que des gens qui savaient ma sœur séropositive changeaient de trottoir lorsqu’ils la croisaient dans la rue. Une telle révélation, contribuant à ébranler l’une, consolidait d’autant le soutien que voulait lui être l’autre : non seulement il ne changeait pas de trottoir, lui, mais encore dormait-il tout contre elle ! Prétendre que Julie était assez prospère pour vouloir agrandir son appartement, c’était faire croire au monde que lui-même ne manquait pas d’argent, et qu’on pouvait donc lui faire confiance en affaires, qu’il menait pourtant de façon désastreuse. Tous autant que nous sommes, nous avons été pigeonnés par ce remarquable imposteur et néanmoins minuscule escroc.

 

Commentaires

Cher Olivier,
j'arrive toujours à suivre, et cette entrée est un excellent récapitulatif des personnages. Mais faut s'accrocher !
(Petite remarque pour signaler que votre lecteur le plus ancien... le restait !)

Ecrit par : Pierre Tombale | 09/10/2009

Oui, quelquefois on s'y perd...

Ecrit par : RPH | 10/10/2009

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