21/09/2009
Dimanche 20 septembre 2009
Et si c’était parce que je suis dans mon âge du Christ que tout cela s’était passé, que tout cela se passait maintenant, c’est-à-dire depuis que Camille m’a quitté, le 2 novembre 2008, date anniversaire de ma naissance, jour des morts, où je suis donc entré en cet âge symbolique, l’âge de mourir et de renaître ? J’assistais hier au concert d’orgue qui était donné en l’église de Saint-Pierre-du-Mont. Comme c’étaient ce week-end les journées du patrimoine, des tableaux étaient exposés dans ladite église. L’un de ces tableaux, qui fait en réalité partie de la collection permanente, était intitulé Noli me tangere. J’ai reçu comme une gifle ce titre prononcé par le curé qui commentait les œuvres. Noli me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum. Tirésias m’avait dit que j’avais manqué d’un père pour me détacher de ma mère. C’est peut-être parce que j’ai atteint cet âge où l’on meurt et renaît que le contact physique avec ma mère, qui m’est pénible depuis si longtemps, m’est devenu cette année à ce point insupportable. Il me semble avoir remarqué, lors de sa récente visite, que mes sentiments pour mon père s’étaient beaucoup apaisés. J’ai infiniment moins de dégoût pour lui que naguère encore, comme si l’‘‘ascension’’ vers mon père était l’autre condition de ma renaissance (la première étant la séparation d’avec ma mère). C’est encore parce que je viens probablement d’atteindre la moitié de ma vie. Je suis retourné cet après-midi dans la même église, accompagné cette fois d’Osman, pour assister à la lecture du Chemin de Croix de Claudel, sur lequel Pierre Pincemaille improvisait à l’orgue. Il m’a semblé que presque tout le texte de la septième station parlait très précisément de moi ! « Ce n’est pas la pierre sous le pied, ni le licou tiré trop fort, c’est l’âme qui fait défaut tout à coup. Ô milieu de notre vie ! Ô chute que l’on fait spontanément ! Quand l’aimant n’a plus de pôle et la foi plus de firmament, parce que la route est longue et parce que le terme est loin, parce que l’on est tout seul et que la consolation n’est point ! Longueur du temps ! Dégoût en secret qui s’accroît de l’injonction inflexible et de ce compagnon de bois ! C’est pourquoi on étend les deux bras à la fois comme quelqu’un qui nage ! Ce n’est plus sur les genoux qu’on tombe, c’est sur le visage. Le corps tombe, il est vrai, et l’âme en même temps a consenti. Sauvez-nous de la seconde chute que l’on fait volontairement par ennui. » Camille a été ma croix. C’était un garçon d’une grande nervosité. La tension en lui était telle que son corps semblait chaque jour se raidir un peu plus, peut-être à cause de moi, qui ne savais pas y faire avec lui. Il était si passif, au lit, que je n’aurais sans doute pas été surpris de le voir les bras en croix ! Camille fut pour moi littéralement « ce compagnon de bois » dont parle Claudel. C’est lorsqu’il s’est échappé, croix tombant de mon épaule, à laquelle il était venu s’appuyer, que j’ai moi-même chuté. Mais tout cela était sans doute la condition de ma lente résurrection.
00:22 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mon père, Osman, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
...Est descendu aux enfers, est monté au ciel....
Ecrit par : RPH | 21/09/2009
Tel un phénix, vous avez la faculté de renaître de vos cendres.
Permettez-moi de saluer le style de vos dernières phrases : "C’est lorsqu’il s’est échappé, croix tombant de mon épaule, à laquelle il était venu s’appuyer, que j’ai moi-même chuté. Mais tout cela était sans doute la condition de ma lente résurrection". C'est assurément digne de Claudel.
Ecrit par : Racam | 23/09/2009
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