08/07/2009
Mardi 7 juillet 2009
Vingt et unième séance chez Tirésias. J’ai parlé de ma rencontre avec Mnasyle. Nous nous sommes d’abord très bien entendus sexuellement, lui et moi. Mais en le revoyant plus longuement une seconde fois, j’ai pu constater que, si je m’étais beaucoup amélioré ‘‘socialement’’, je n’avais guère progressé sentimentalement. Mnasyle est un garçon très affectueux et surtout très démonstratif de son affection. Il ne cesse, lorsque nous sommes ensemble, de se tenir tout contre moi, de me prendre la main, de me toucher, de me caresser, de me regarder. J’ai l’impression d’étouffer lorsque je suis près de lui et finis par ressentir un irrépressible besoin de fuir. J’ai dû mettre un terme à notre relation sexuelle, la dernière fois que nous avons couché ensemble, parce que je ne supportais plus ses baisers ! Je l’ai même fait dormir sur le canapé ! Bref ! Sur le terrain des sentiments et de l’amour, j’en suis toujours au même point. Je commence à comprendre que, pour l’instant, je ne puis m’attacher vraiment qu’à quelqu’un qui ne l’est à moi que très relativement, comme c’était par exemple le cas de Camille. Par contre, j’ai le plus grand mal à me donner entièrement à quelqu’un que je me sais si totalement attaché que l’est Mnasyle. Je ne puis m’empêcher de ressentir son attachement et les preuves physiques qu’il m’en donne comme les chaînes d’une nouvelle emprise. Alors que je m’efforce de me libérer de l’emprise qu’a toujours eue ma mère sur moi, je ne me sens pas prêt à me mettre sous celle d’un autre. Je suis attiré par ce que je sens qui me fuit ; je fuis ce que je trouve attirer trop. C’est à cause de l’emprise de ma mère et de la terreur qu’elle m’a inspiré dans l’enfance et plus tard que je suis devenu le monstre que je suis : j’ai grandi en tâchant de devancer constamment les reproches qu’elle pourrait me faire, pour ne pas avoir à subir son mépris, ses colères, ses silences ensuite. En m’efforçant de penser comme elle, d’agir comme elle, pour me faire oublier d’elle en en devenant comme le prolongement, l’alter ego, ou plutôt en me transformant en une excroissance de son être, j’ai fini par devenir comme elle, et même par être pire qu’elle : par être un elle cancéreux.
03:00 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Mnasyle, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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