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30/06/2009

Lundi 29 juin 2009

            Hier soir, dîner chez Tityre, qui fêtait son anniversaire. J’y ai vu pour la première fois Parthénie être soûle. Le terrible Cléomédon disait toujours aussi souvent « moi, je… » tandis que son ami le beau Clinias, frêle oisillon tombé du nid, ne pipait mot, sans jamais jeter le plus petit regard sur moi. Phidippide, qui n’avait pas compris de qui il s’agissait, draguait assez ostensiblement le nouvel amant de Tityre, contrariant fort ce dernier. « Phidippide, c’est moi qui t’ai introduit dans cette société, lui ai-je dit tout à l’heure. Pourrais-tu attendre que Tityre et sa conquête se séparent avant de la lui prendre ? Je ne voudrais pas passer pour celui qui a fait entrer le loup dans la bergerie. » Tout le monde se moquait de moi, parce que Tityre avait révélé à l’assemblée que j’avais couché, il y a quinze ans, avec le pauvre Damète, qui est fort méprisé dans ce cercle, parce qu’il est mauvaise langue, parce qu’il est laid, parce qu’il est gros, parce qu’il passe pour être sale et se droguer avec du poppers, qui lui brûlerait les narines et y laisserait des croûtes fort peu seyantes. J’étais le seul à prendre la défense de cette créature, dont toutes les peu ragoûtantes qualités qu’on lui prête sont peut-être vraies, je ne sais, pour l’avoir perdu de vue depuis belle lurette, mais qui a eu le mérite, au moins une fois dans sa vie, ai-je dit, de me sauver de Tityre qui, à l’époque, m’avait soûlé, lors d’un dîner qu’il avait organisé à cette seule fin, pour pouvoir coucher ensuite plus facilement avec le garçon fort inexpérimenté que j’étais alors. Cléomédon, prenant assez mal la défense de Tityre, m’a demandé si j’étais naïf au point de croire que Damète n’avait pas lui aussi quelque arrière-pensée en me sauvant. J’en étais bien évidemment conscient, ai-je reparti, comme je l’écrivais d’ailleurs en octobre dernier, en notant dans ce journal que je venais de retrouver Tityre après tant d’années, mais les mauvaises intentions ni les mauvaises actions de Damète ne changent rien à la bonne qu’il avait faite pour moi ce soir-là, dont je lui serai éternellement reconnaissant ! « La preuve que Damète n’est pas si gros que vous dites tous, c’est qu’il a été au moins une fois dans sa vie plus fin que Tityre, puisqu’il a su me cacher son piège, où je suis en effet tombé, en me faisant voir celui que m’avait grossièrement tendu ce dernier. Et dans l’intimité, Damète était loin d’être le grossier personnage que vous m’avez décrit. Peut-être l’est-il avec vous, qui ne vous cachez pas de l’aimer si peu, mais avec moi, il n’éprouvait apparemment pas le besoin de se montrer tel. » Au fond, l’horrible portrait qu’en ont fait les membres de cette médisante assemblée en dit plus long sur eux que sur Damète. La veille ou l’avant-veille de ce dîner d’anniversaire, j’ai rendu une courte visite à mon ami Osman, juste après de brèves retrouvailles avec une ancienne relation sexuelle, que je n’avais pas revue depuis bien six mois, mais qui ne devait pas être dans son bon jour (peut-être à cause de la récente naissance d’un premier enfant, qui doit tout de même un peu remuer son homme !), parce que le jeune père me faisait tellement sentir ses dents que j’ai préféré mettre un terme à tant de maladresse, pour aller donc voir mon petit Osman, qui habite tout près du lieu de ce rendez-vous raté. Il m’a rapporté qu’un certain barman avec qui il avait presque couché lui avait raconté que Nicancre et Phédon, qui se connaissent, ce que j’ignorais, avaient ‘‘fait les putes’’ tout récemment à Bordeaux, à l’occasion de la gaypride. Où donc crois-tu, mon blond lecteur, que travaille la mauvaise langue qui a fait cette révélation à Osman ? Dans le bar de ce vieux pédé qui m’est tellement antipathique et qui avait fait courir à mon sujet le bruit que j’allais moi aussi faire la pute, mais à Toulouse ! A Toulouse… C’est dire si la source est peu digne de foi ! Autre rumeur, encore plus absurde que la première, et rapportée du même endroit : le petit Phédon, encore lui, aurait violé un jeune homme dans la résidence étudiante où il loge ! Alors que ce garçon, il est vrai fort entreprenant, est dans le même temps la chose la plus passive qu’il m’ait été donné de rencontrer ! C’est vraiment absurde. Et c’est une honte de faire courir de tels bruits !

04:12 Publié dans 2009, Cléomédon, Clinias, Damète, Journal, Nicandre, Osman, Parthénie, Phédon, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

25/06/2009

Mercredi 24 juin 2009

            Hier, donc, dix-neuvième séance chez Tirésias, qui fut encore plus laborieuse que la dix-huitième, dont j’ai d’ailleurs trop tardé à faire le compte rendu dans mon autre journal, celui de mon analyse, si bien que j’ai fini par oublier tout ce que j’y avais dit. Je sortais du procès en correctionnelle où plaidait Phidippide, qui m’avait invité à venir l’écouter. J’ai donc commencé par parler à Tirésias de l’affaire qui était jugée et qui m’a fait repenser à Camille. La victime était en effet un jeune prisonnier, diabétique, comme ce dernier, qui avait subi des atteintes sexuelles de la part de deux de ses codétenus. Le malheureux avait fini par cesser le traitement de son diabète pour être envoyé à l’infirmerie, loin de ses bourreaux, qui avaient fait de lui un véritable esclave, chargé de toutes les tâches ménagères et à qui le ‘‘chef’’ de la cellule (où ils étaient cinq à loger) allait jusqu’à voler la nourriture et, donc, jusqu’à demander aussi, ou plutôt imposer de lui rendre des services d’ordre sexuel (ce qu’exigeait également l’autre accusé, qui était en quelque sorte le second de la cellule). C’est parce que le jeune homme, un peu simplet, s’est parfois contredit dans ses déclarations, qu’il n’a pu être établi de façon certaine, lors de l’instruction, qu’on l’avait forcé à pratiquer des fellations contre sa volonté, ce qui a évité les assises aux accusés, qui auraient sans doute mérité d’être jugés pour viol. (Ce qui leur était reproché, c’était donc d’avoir seulement mis leurs sexes devant la bouche du malheureux et d’avoir baissé son pantalon pour tenter de le sodomiser (sans y parvenir) sous la menace d’un couteau. « Ce n’était pas un couteau, mais un stylo, a répondu le ‘‘sous-chef’’, et c’était pour lui faire une farce ! » Telle était d’ailleurs aussi la ligne de défense du caïd de la cellule, qui était apparemment le plus farceur de tous. « On pouvait lui raconter n’importe quoi, disait-il à propos de sa victime, il le croyait ! Il a dix ans d’âge mental. » Car le caïd connaissait sa victime depuis l’école et la savait un peu simple d’esprit. La présidente a fait remarquer ironiquement que c’était sans doute parce qu’il avait dix ans d’âge mental que ce dernier n’était pas capable de prendre pour de simples plaisanteries les intrusions de ses codétenus dans son lit, venus le réveiller au milieu de la nuit en lui baissant le pantalon, en le menaçant avec un couteau ou un stylo, ou en l’étranglant. « Vous qui le connaissiez, vous auriez dû prendre sa défense au lieu de le terroriser. » Mais le pauvre garçon a vécu dans une terreur permanente : le caïd, surtout, menaçait constamment de le battre, de le violer, ou de le faire violer par les autres prisonniers. Il exigeait de se faire masturber par lui. Il le frappait s’il faisait le moindre bruit, comme lorsqu’il descendait de son lit, faisant sans doute ainsi grincer les ressors du matelas. Le plus étonnant dans tout cela est que le caïd était le plus jeune de la cellule. Je crois qu’il n’avait pas vingt ans : même sa victime était un peu plus âgée que lui (les autres étaient des hommes faits). C’est un ‘‘jeune’’, comme on dit pudiquement, c’est-à-dire un arabe, qui avait réussi à imposer sa loi aux autres prisonniers. Je crois d’ailleurs savoir que les arabes ont souvent le plus grand mal à reconnaître leurs penchants homosexuels s’ils en ont. Je ne sais si c’est parce que son père était dans la salle, comme me l’a fait remarquer Phidippide, et qu’il ne voulait pas passer pour un pédé devant lui, mais il ne cessait de dire qu’il n’avait commis aucune atteinte sexuelle : il ne voulait se reconnaître coupable que de harcèlement sexuel, puisque, prétendait-il, il n’avait voulu faire que des farces à son codétenu. En aucun cas il ne serait réellement passé à l’acte, disait-il : « Je ne fais pas ça, moi, c’est… c’est sale, madame la présidente ! ». Non, lui, il n’avait fait que des menaces, pour plaisanter. C’était les autres prisonniers qui avaient fait ce qui était sale. Mon ami Phidippide défendait l’une de ces crapules : celui qui n’était que le second de la cellule. J’ai trouvé tout cela fascinant. Au fond, cette affaire tournait autour de mon fantasme absolu, c’est-à-dire le grand absent du procès, la victime, le faible, le diabétique, l’être simple et qu’il faut protéger, l’être pur, mais non pas innocent, puisque au moment des faits, il purgeait une peine de prison pour des violences ou des vols, je ne sais plus. Bref, ce grand absent qui me fascinait, c’était un autre Camille : encore et toujours lui ; un Camille idéal, puisque la victime étant absente du procès, je ne pouvais qu’en imaginer l’apparence. Je ne sais plus par quelle transition j’en suis venu à parler ensuite à Tirésias de la difficulté que j’avais à trouver mes marques dans ‘‘ma nouvelle vie’’, dont le rythme a profondément changé en peu de temps. Je n’arrive pas encore à organiser un emploi du temps qui me satisfasse pleinement. Ma vie ‘‘sociale’’ étant beaucoup plus remplie qu’autrefois, je me retrouve avec bien moins de temps pour m’adonner à mes anciennes activités. Au fond, je reste insatisfait de mes sorties, et c’est sans doute pourquoi je sors tellement. Je me suis souvenu d’un article que j’avais lu dans l’exemplaire d’une quelconque revue pour bonnes femmes, chez ma mère, et qui traitait des régimes alimentaires. Pour ne pas grossir, était-il écrit, il ne faut pas se resservir et pour ne pas éprouver le besoin de se resservir, il faut que les plats dont on se nourrit soient délicieux, afin d’en tirer tout le plaisir possible en une seule fois. Pleinement satisfait, on ne doit alors plus éprouver le besoin de courir encore après des plaisirs qui, décevants, finiraient nécessairement par engraisser le mangeur frustré de régal. C’est d’ailleurs ainsi que je procède moi-même pour maintenir mon poids sous les 56 kilos : je me suis mis à cuisiner pour rester mince. L’hiver, je commence par préparer du potage, pour me donner l’illusion d’être à moitié rassasié quand vient la suite, qui doit être bonne, mais de petite quantité (c’est elle que je passe du temps à cuisiner). L’été, des légumes remplacent le potage. Enfin, je prends des fruits pour dessert. Mes soirées, mes amis, mes beuveries sont médiocres : c’est pourquoi, paradoxalement, je cours après ces nouveaux plaisirs qui me laissent toujours insatisfait. Je cherche une satisfaction qui ne vient pas. Puis (par quelle autre transition ?) : j’ai dit que je me sentais vieillir. Mes rides autour des yeux. Heureusement que ma sœur me donne tous ces produits de beauté que je n’aurais pas les moyens de me procurer sans elle. Mais je vois bien que le combat que je mène contre le vieillissement de mon corps et le délabrement de mon apparence est perdu d’avance. Ce vieillissement m’éloigne chaque jour un peu plus des garçons plus jeunes que moi et qui ont ma préférence. Je sors davantage pour faire des rencontres et trouver quelqu’un à aimer. Mais sortir me fatigue et accélère donc le vieillissement de ma personne, ce qui me rend moins séduisant et réduit mes chances de trouver mon bonheur. Il y a sans doute encore un équilibre à atteindre, avant que d’être définitivement emporté dans la chute. Dans quel état serais-je donc aujourd’hui si je n’avais pas dormi si longtemps ? Encore une fois, il me semble que rien n’a été dit lors de cette séance.

00:43 Publié dans 2009, Camille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

24/06/2009

Mardi 23 juin 2009

            J’attendais désespérément des nouvelles de Camille, qui ne m’en a pas données depuis peut-être bien deux mois. Je voulais avoir une chance de lui montrer du dédain : ne pas décrocher le téléphone, s’il avait appelé ; ne pas répondre à son SMS, s’il m’en avait écrit ; ne pas aller à un rendez-vous qu’il m’aurait donné ; ne pas lui rendre un service qu’il m’aurait demandé. Ce fut chose faite cet après-midi. Mon ami Phidippide m’avait invité à venir l’écouter plaider tout à l’heure, dans une affaire en correctionnelle. Je ne l’ai hélas presque pas entendu, parce que j’ai dû m’absenter une grosse demi-heure, pour me rendre à ma dix-neuvième séance chez Tirésias, dont la maison est heureusement tout près du palais de justice. Phidippide concluait quand je suis revenu. Je ne sais donc toujours pas s’il est aussi talentueux que je voudrais croire mon futur avocat, si je dois recourir à ses services, au cas où l’on me jugerait pour les délits que j’ai moi-même commis et dont le pauvre Monsieur Véto, ce poète si délicat mais que j’ai maudit, fut l’innocente victime. L’autre jour, comme Phidippide se réjouissait d’avoir un nouveau client pour une  ‘‘très grosse affaire’’ au pénal, j’ai dit tout à coup pour moi-même, mais à voix haute : « Tiens ! Ça me rappelle quelque chose… Est-ce que ce ne serait pas cette sordide affaire dans laquelle un sinistre individu aurait fait ceci et cela, mais dans le but unique et planifié longtemps à l’avance de parvenir à faire cette troisième chose, plus répugnante encore ? – Mais si ! Comment peux-tu donc avoir entendu parler de tout cela ? – Ne me croyais-tu donc pas, lorsque je te disais qu’Ascylte ne pouvait s’empêcher de parler au premier venu des expertises dont il était chargé par les juges, violant ainsi allègrement le secret de l’instruction ? Si vraiment tu ne me croyais pas : la preuve est maintenant faite de ma bonne foi. Tu n’auras qu’à regarder les noms des experts qui figurent au dossier et tu trouveras sûrement celui d’Ascylte », ce que m’a confirmé tout à l’heure Phidippide, qui a vérifié la chose. C’est sans doute le soir où je l’ai présenté à Tityre qu’Ascylte a parlé de cette affaire. C’est dire s’il est con, tout de même. Après la frayeur que je lui avais faite au sujet des rapports d’expertise qu’il m’avait fait lire en toute illégalité, il continue donc de se mettre hors la loi, et devant un témoin cette fois ! Cela dit, je ne suis pas beaucoup moins imprudent que lui, moi qui rapporte tout cela dans ce journal, pour le publier aussitôt !

02:15 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Monsieur Véto, Phidippide, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

19/06/2009

Jeudi 18 juin 2009

            La scigalomachie sera sans fin. Je ne puis y participer, trop occupé que je suis à mener d’autres assauts, moins sanglants, quoique toujours virils et souvent plus substantiellement enrichissants. Mais je suis surpris que Madame de Véhesse reproche à Juan Asensio son manque de professionnalisme lors de la préparation du numéro spécial de La Presse Littéraire consacré aux écrivains ‘‘infréquentables’’. Je me rappelle avoir été surpris à l’époque, moi aussi, d’apprendre qu’Asensio se retrouvait avec trop de textes pour le nombre total de pages prévues. J’avais donc écrit à Dominique Autié, pour lui demander s’il pensait que la faute en revenait à Juan Asensio. Dominique Autié m’avait répondu qu’Asensio s’était au contraire montré irréprochable. Or l’avis de Dominique Autié était pour moi parole d’évangile. Voici la lettre électronique que je lui avais envoyée : « Cher Dominique, vous avez reçu les dernières (mauvaises) nouvelles de Juan Asensio. Voilà que les textes pour le numéro des infréquentables sont trop nombreux et prennent trop de place, ce que j’ai un peu de mal à comprendre, puisque nous devions chacun nous limiter à un nombre bien précis de pages, justement pour entrer tous dans les 160 que doit compter le numéro. Je ne sais si de tels imprévus sont fréquents, mais ils sont d’autant plus fâcheux que je les imaginais très prévisibles et donc évitables. Mais peut-être que je me trompe. Vous qui êtes éditeur, vous devez savoir cela mieux que moi. A présent, c’est à chacun de dire s’il se sent prêt à se ‘‘sacrifier’’. J’aurais pourtant cru que c’était au rédacteur en chef que revenait cette tâche ingrate : être juste ou injuste, mais faire des choix. Je suis bien ennuyé et ne sais trop quoi répondre à Juan. Olivier Bruley. » Et voici la réponse que m’avait faite Dominique Autié : « Vous me saisissez par la manche… Vous savez mes habitudes de lève-tôt, ce qui implique de se coucher avec les poules (expression fâcheuse s’il en est, surtout si l’on tient à se reposer !) Que vous dire sans vous accabler d’un roman fleuve ? Je vais essayer de lister tout cela, en suivant le fil de vos questions : oui, techniquement, c’était parfaitement prévisible ; c’est même l’un des ‘‘devoirs’’ de base de l’éditeur que de le prévoir, de la façon la plus rigoureuse qui soit ; on apprend cela en BTS édition, c’est la tarte à la crème de l’exercice de base, cela se nomme le calibrage ; si on ne sait pas (ou ne veut pas) faire, il faut faire chauffeur routier ou biologiste au CNRS ; ce genre de déconvenue, quand elle est le fait de l’éditeur, si l’éditeur est un éditeur professionnel, est rarissime, pour ne pas dire extravagante ; (en revanche, qu’un auteur ou un directeur de volume chargé de rassembler les contributions de plusieurs auteurs apporte à l’éditeur un volume de texte du double, du triple, du quintuple du volume convenu est d’une grande banalité – mais ici, ce n’est pas le cas, semble-t-il : Juan a mené son affaire avec un rigorisme dont j’ai tous les moyens de mesurer la rareté, je vous assure ! (C’est moi qui souligne.) ; la formule que Juan propose, dans un premier temps (l’autodétermination, pour utiliser un vocabulaire gaullien), me semble adroite ; elle lui évite de faire frontalement le sale boulot, si tant est d’ailleurs qu’il soit si sale que cela… car… : par retour, dans les cinq minutes, je me suis porté candidat pour l’édition en ligne, à la condition stricte, tyrannique, expresse, que ce soit sur SON site et non sur celui de Joseph Vebret, pour qui je n’ai jamais éprouvé la moindre empathie (sa façon de prendre la pose de l’écrivain-éditeur est insupportable… n’est pas Gide qui veut ! Et il a proféré quelques énormités, sur Quignard notamment, qui le classent à mes yeux ; car (pour reprendre le fil), je suis pour ma part convaincu que mon texte sera dix fois plus diffusé (et sans doute lu) en étant publié dans La Zone que dans un magazine (avez-vous vu passer la bordée de critiques, souvent terribles, que Vebret a essuyée avec sa revue sur le cinéma ?) ; mon éditeur (editor) est Juan Asensio, qu’il soit aussi, pour le même texte, mon publisher lève, pour ma part, les réserves assez lourdes que je gardais pour moi concernant ‘‘l’éditeur’’, dont nous vérifions donc l’inexistence ou à peu près… Ai-je un peu contribué à éclairer vos questions fort légitimes, ou ai-je épaissi le doute et la perplexité ? C’est terrible comme le travail éditorial, qui est chose techniquement assez simple (l’art d’éditeur est un étrange composé de technique et d’art de vivre, mais pour la partie technique, je vous assure que ce n’est qu’une affaire de tête bien faite !), comme notre métier, donc, continue à bénéficier d’une exorbitante franchise qui n’est fondée que sur l’ignorance entretenue du lecteur (c’est une évidence) mais aussi des auteurs ! Quand je m’apprêtais à faire affaire avec un nouvel auteur, chez Privat, je commençais par prendre le temps de lui expliquer mon métier : ce que j’allais faire, ne pas faire, ce qu’il pourrait attendre voire exiger de moi, ce qu’il ne pourrait en aucun cas me reprocher de n’avoir pas fait. Autre chose : ne vous précipitez surtout pas pour répondre, si vous ne tranchez pas tout de suite. Vous pouvez simplement écrire demain à Juan que vous lui faites confiance, qu’il vous propose, lui, la solution à laquelle il songe pour vous. Ne doutez pas qu’il va y avoir de la foire d’empoigne, de la part de ceux, notamment, qui n’ont pas eu l’occasion de mesurer l’efficacité d’Internet et pour qui une publication traditionnelle reste synonyme de prestige (ce qui l’est à mes yeux, par principe mais aussi sous bénéfice d’inventaire). N’hésitez pas à me poser d’autres questions. Je vous remercie de la confiance que vous me témoignez en m’exposant vos interrogations. Que cette affaire ne vous pourrisse pas la nuit. Bien fidèlement à vous. Dominique Autié. » Si quelqu’un a donc manqué de professionnalisme, ce n’est apparemment pas Juan Asensio, du moins selon Dominique Autié, qui en avait beaucoup, lui, entre autres qualités. Je m’étais d’ailleurs empressé de suivre le conseil qu’il m’avait (tacitement) donné de me proposer pour être publié sur Internet plutôt que dans la revue. Car Dominique Autié était à mes yeux un exemple à suivre, qui me manque beaucoup aujourd’hui. Je pense sincèrement que ma vie aurait pris un autre tour, depuis un an, s’il n’était pas mort : parce que j’aurais eu honte de me montrer à Dominique Autié tel que je me montre dans ce journal, je me serais très probablement interdit de vivre certaines choses. J’aurais eu peur de le décevoir ou de me montrer indigne de l’amitié qu’il me témoignait.

01:11 Publié dans 2009, Dominique Autié, Journal, Juan Asensio | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dominique autié, juan asensio, valérie scigala, joseph vebret

18/06/2009

Mercredi 17 juin 2009

            Heureusement que j’ai des lecteurs qui se sont donné pour devise quasi socratique de me connaître moi-même ! S’ils n’étaient pas là pour me relire, je me demande bien qui corrigerait mon portrait, lorsque je me laisse aller de bonne foi dans ce journal à me peindre meilleur que je ne suis, comme j’ai donc apparemment fait tout récemment en prétendant trouver que mon état s’était amélioré. Je ne puis aller mieux, m’a fait très justement remarquer un nouveau Monsieur Véto en puissance dont je tairai donc prudemment le nom, puisque j’ai bu comme un trou sans fond, lors du dîner que j’ai organisé la semaine dernière chez ma mère, au point d’avoir complètement effacé de ma mémoire plusieurs heures de la nuit, pendant lesquelles j’étais pourtant loin d’être endormi, m’a assuré Phidippide, entre les bras duquel j’ai passé lesdites heures, à lui montrer énormément d’affection, m’a-t-il dit, ce qui ne me ressemble guère. Si j’allais mieux, je ne boirais pas, me dit-on, c’est l’évidence ! Mais moi je prétends que c’est précisément parce que je ne bois pas que je ne tiens plus l’alcool et que quelques verres de vodka vidés cul sec m’anéantissent. En d’autres temps, ils seraient passés comme une lettre à la poste : mon amie Myriam, qui n’est pas la dernière, pourrait en témoigner. Mais mon lecteur a raison. Peut-être, en effet, ne vais-je pas tant mieux que cela. Hier ou avant-hier, je ne sais, n’ayant jamais eu la mémoire des dates, j’étais chez Tityre, où Phidippide nous a rejoints. Le parfait accord de ces deux sires apparemment si faits pour se rencontrer, leur mauvaise foi partagée, leur connivence, leur facétieuse entente contre moi, leur bêtise entièrement assumée, m’ont rendu leur conversation si pénible que j’ai encore une fois perdu patience : je les ai laissés entre eux, à la grande stupéfaction de Phidippide, auquel le fataliste Tityre s’est empressé d’expliquer mon caractère avant même que je sois sorti de la maison. « Il faut l’excuser, a-t-il dû lui dire, c’est un scorpion. Ce n’est pas sa faute, on n’y peut rien. » Car Tityre explique les êtres par les signes astraux ! C’est là toute sa psychologie ! Etre scorpion, selon lui, c’est n’être jamais maître de soi et vouloir constamment le devenir d’autrui (c’est être une femme, en somme, et il se trouve justement que j’ai grandi au milieu de femmes !). Je ne sais si c’est ainsi que sont en effet tous les scorpions, mais je dois reconnaître que c’est bien ainsi que, moi, je suis le plus souvent. J’aurais dû boire : l’alcool m’adoucit et me rend aimable. Cela dit, Phidippide et Tityre ont été bien heureux de se retrouver seuls, à ce que j’ai cru comprendre tout à l’heure, lors du coup de téléphone de ce dernier, car ils ont pu terminer en mon absence ce que ma présence avinée les avait empêché de commencer la semaine dernière. J’ai donc été tout excusé de mon petit éclat. L’étrange logique qu’a montrée Phidippide lors de l’interminable conversation qui m’a fait perdre patience, son refus de rien argumenter sérieusement, m’inquiètent tout de même un peu. Si, à cause de Monsieur Véto, je devais vraiment recourir aux services d’un avocat, je me demande si Phidippide serait bien apte à défendre ma cause d’ailleurs perdue d’avance ! Je ne sais comment, dans le courant de la conversation, nous en sommes venus à parler de viol. Phidippide nous a alors révélé qu’il avait pris l’habitude de garder pendant trois semaines au moins les préservatifs ou les mouchoirs dans lesquels avaient joui ses amants. C’était, disait-il, une précaution qu’il prenait, au cas où quelqu’un viendrait à lancer contre lui de fausses accusations de viol, comme il peut hélas arriver parfois. Il prétendait ainsi pouvoir démontrer que son accusateur avait joui, fait qui, dans sa logique, signifierait nécessairement le consentement du partenaire, ce qui, en soi, me paraît déjà douteux. Mais quand bien même cela prouverait effectivement son consentement à tel moment, en quoi donc cela le prouverait-il également à l’instant d’après ? Et d’ailleurs, comment dater l’éjaculat conservé ? Et si c’était possible, l’accusateur de mauvaise foi n’aurait qu’à prétendre avoir été violé à un autre moment ! Tout cela me paraît absurde. La seule chose que prouve la collection de Phidippide, à mon avis, c’est qu’il a d’étranges manies ! D’une certaine manière, elle l’accuserait elle aussi, parce qu’elle le rendrait suspect !

03:28 Publié dans 2009, Journal, Ma mère, Monsieur Véto, Myriam, Phidippide, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

16/06/2009

Lundi 15 juin 2009

            Demain : dix-huitième séance chez Tirésias. Voici le compte rendu de la dix-septième, qui a eu lieu mardi 9 juin dernier. J’ai demandé à Tirésias s’il avait remarqué, comme moi, que j’avançais beaucoup moins vite depuis quelques semaines. (Car j’imagine que c’est de cela qu’il s’agit, que c’est cela qu’il faut : avancer…) Cela s’explique probablement par le fait qu’étant beaucoup moins atteint, sans doute d’ailleurs grâce à cette analyse, par ce que j’appelle ma phobie sociale, je mène une vie sociale, justement, beaucoup plus intense que naguère. La conséquence est que j’ai beaucoup moins de temps pour me retrouver seul avec moi et, donc, pour rechercher entre les séances les diverses associations qui pourraient en faire ensuite la matière. D’une manière générale, je me sens beaucoup mieux et, ressentant donc moins la nécessité d’‘‘avancer’’, je ne cherche pas non plus spécialement à faire ces associations censées me permettre d’aller encore plus loin. Paradoxalement : mieux je me trouve et moins je suis dans de bonnes dispositions pour faire en sorte d’aller mieux ! J’ai parlé des rêves faits dans les nuits du trois au quatre et du huit au neuf juin, que je vois bien qui ne sont pas sans rapport entre eux (dans l’un meurt Camille ; dans l’autre Nicandre ; les deux m’ont rejeté) mais que je peine à interpréter. Pour une fois, Tirésias a peut-être parlé plus que moi, en me donnant une interprétation possible, a-t-il précisé, de ces rêves. Dans l’un comme dans l’autre, il est important qu’un doute plane sur la réalité de la mort de mes amis. J’ai ce doute, parce que j’ai constamment peur d’être manipulé. C’est particulièrement frappant dans le premier rêve, où la pensée me vient que Camille a pu mettre sa mort en scène pour me faire chanter. Ce qui est plus frappant dans le second rêve, lors de l’enquête que je mène auprès de gens que manifestement j’importune, c’est ma crainte d’être rejeté, méprisé, abandonné. Rien donc que je ne sache déjà… Tirésias a conclu cette séance en m’exhortant à tenter de découvrir pourquoi j’allais mieux. Je n’en ai pas la moindre idée ! Au fond, rien n’a été dit lors de cette dix-septième séance.

03:38 Publié dans 2009, Camille, Journal, Nicandre, Rêves, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

13/06/2009

Vendredi 12 juin 2009

            J’ai profité de l’absence de ma mère, qui est partie en vacances avec ses lesbiennes, pour organiser chez elle un petit dîner au bord de la piscine, où j’avais invité mes amis Osman, Phidippide qui, à cause de Monsieur Véto, sera peut-être bientôt mon avocat, et Tityre, qui s’est déjà trouvé un nouvel amant ‘‘attitré’’. (Mais comment fait-il donc ? Moi, il me semble avoir toujours été célibataire…) La soirée fut tellement arrosée que j’en ai oublié toute la fin. C’est Phidippide qui me l’a dit tout à l’heure, quand je suis passé chez lui pour lui rendre son maillot de bain et lui faire prendre des photos de mon dos, qui porte les traces de la chute que j’ai faite, peu de temps avant de sombrer dans le noir complet. Apparemment, j’aurais passé plusieurs heures dans ses bras, à me montrer très tendre avec lui, même si, m’a-t-il dit, je ne savais plus qui il était, à me laisser tripoter et rouler des pelles, et à tenir des propos complètement incohérents en réclamant la présence de Tityre, qui était reparti. J’ai tout oublié. A cause de moi, ce dernier, qui semblait s’intéresser beaucoup à Phidippide, et réciproquement, a dû rentrer sans lui, qui a préféré rester pour garder un œil sur moi en attendant que je recouvre un peu mes esprits : ce que j’ai fait en vomissant au pied d’un canapé, juste avant de me traîner jusqu’au lit le plus proche. La chienne Pélagie, que j’avais oublié de nourrir hier soir, a vraiment les façons d’une bête : elle a mangé ce matin tout ce que j’avais rendu cette nuit avant de me coucher. J’ai encore vomi toute la journée et j’arrivais à peine à me tenir debout, tant mes jambes tremblaient, ainsi que mes bras. Maintenant, je vais mieux. Tout cela, c’est à cause de l’eau un peu fraîche de la piscine. Pour me réchauffer, j’ai vidé cul sec trop de verres de vodka. Je suis resté si longtemps sans vivre que je tombe à présent dans l’excès inverse. Osman a pris quelques photos, où l’on me voit hélas fort peu vêtu, pour ne pas dire complètement nu, et sur lesquelles j’ai l’air d’être plein de vie. Je me demande s’il va les publier sur son Facebook.

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10/06/2009

Mardi 9 juin 2009

            Voici le rêve que j’ai fait cette nuit : J’apprends que Nicandre s’est tué à moto. Je veux savoir si ce n’est qu’une rumeur ou si c’est vrai. Je me rends d’abord à Saint-Sever, chez Chrysanthe, pour savoir s’il sait ce qu’il en est. Il est furieux de me voir arriver chez lui après dix heures et demie du soir, qui est, selon lui, l’heure après laquelle on ne peut plus venir chez quelqu’un à l’improviste. Il est pourtant loin d’être seul, mais avec sa petite amie et de nombreux amis : je sens bien qu’en réalité, s’il est furieux, c’est parce qu’il ne veut pas qu’on apprenne qu’il a couché avec moi. Je m’excuse et m’en vais. Je vais ensuite chez Alfred, l’ancien amant de ma sœur, où il y a foule. Les gens sont dans une conversation de haute tenue, à laquelle je ne me sens pas capable de prendre part. Je m’éclipse en m’excusant.

03:24 Publié dans 2009, Alfred, Chrysanthe, Journal, Ma soeur, Nicandre, Rêves | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

07/06/2009

Dimanche 7 juin 2009

            Je suis allé voter cet après-midi pour le vicomte et ses piqueurs, non pas seulement pour le plaisir de la formule, mais aussi contre le Turc, qui est à nos portes, c’est le cas de le dire, puisqu’il veut entrer. Chemin faisant vers le bureau de vote, j’ai croisé Alfred, ci-devant Fred, mais dont le nom dans ce journal jurait trop avec ceux de mes autres personnages. Lui-même répond parfois plaisamment à ceux qui lui disent qu’il faut qu’il s’appelle Frédéric pour être surnommé Fred, que son nom est en réalité Alfred ! C’est donc comme s’il avait lui-même choisi son nouveau pseudonyme dans ces pages. Il vient d’ouvrir au même endroit un nouveau magasin, dans lequel ce sont cette fois ses propres deniers qu’il a investis, ainsi que ceux d’un associé. Il avait installé tout à l’heure près de la mairie un stand dans lequel il vendait des vêtements aux jeunes gens qui étaient fort nombreux sur la place, cet après-midi. Une espèce de concours était en effet organisé, auquel participaient de jeunes skateurs venus apparemment de toute la France. Ces skateurs ont un style capillaire et vestimentaire que je trouve irrésistible. Alfred me disait qu’il y avait encore plus de beaux garçons qu’avant dans sa boutique. Il est donc temps que je reprenne les visites que j’avais pris l’habitude de lui rendre.

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06/06/2009

Vendredi 5 juin 2009

            Rêvé, dans la nuit du 3 au 4 juin, que Camille était mort, ainsi que son père et sa sœur. Dans une lettre d’adieu, écrite avant son suicide, il parlerait d’une somme de quatre millions d’euros que je l’aurais dissuadé de toucher dans un héritage : j’aurais prétendu qu’on aurait pu l’accuser d’avoir détourné cet argent. Ayant renoncé à cet héritage, Camille se retrouve donc sans ressource à la mort (accidentelle ?) de son père et de sa sœur, et, se sentant seul au monde, il décide de se tuer. Quelqu’un, qui a lu la lettre de Camille, m’envoie des SMS anonymes pour me demander des comptes. Il m’accuse d’être responsable du suicide de Camille et me fait chanter en menaçant de dénoncer au monde ma responsabilité dans cette affaire. Désespoir d’avoir peut-être en effet une part de responsabilité. Je pleure. Puis je reprends espoir : peut-être toute cette histoire n’est-elle qu’un coup monté par Camille pour me faire chanter et me soutirer de l’argent, ce qui signifierait qu’il est en vie. Je me dis alors que Camille tient encore à avoir quelque chose de moi, même si c’est par ce moyen du chantage…

03:21 Publié dans 2009, Camille, Journal, Rêves | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

05/06/2009

Jeudi 4 juin 2009

            Ce soir, pour la première fois de ma vie, je me suis rendu seul au concert. J’ai toujours eu du mal à me rendre à ce genre d’événement même accompagné. Aussi le fait que j’y sois allé seul, c’est-à-dire, dans mon esprit, sans le soutien de personne, est-il le signe d’un grand changement, d’une grande amélioration de mon état. C’était à Peyrehorade, décidément « fatidique bourgade », où était donné le premier concert du quarantième festival dit des abbayes. J’étais même assis tout devant, au troisième rang. Il y avait donc des centaines de regards potentiellement braqués sur ma nuque, mais auxquels je ne pensais presque pas : j’écoutais la musique. Evidemment, je ne serais pas encore capable d’aller seul à ce qu’on appelle aussi des concerts, mais de musique populeuse, dont le public braillard et débraillé m’évoque celui des boîtes de nuit, qui sont pour moi le lieu où je me sens le moins à ma place, même s’il est vrai qu’il m’est devenu beaucoup moins pénible de m’y rendre depuis peu, évidemment accompagné et fortement alcoolisé. Mais quelle importance ? Pourquoi donc irais-je dans de tels ‘‘concerts’’, écouter de la musiquette, comme l’appelle le grand écrivain ?

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03/06/2009

Mercredi 3 juin 2009

            C’est dans l’ordre des choses : mes pratiques ont généralement déjà beaucoup vécu. Non seulement elles ont connu bien des lits, mais il arrive aussi qu’elles soient déjà passées plusieurs fois sur le billard. C’était le cas de celle de ce matin, qui ne semblait pas arriver à jouir. J’avais beau l’astiquer, jusques à en avoir des crampes : rien ne venait. (Il est vrai que je ne suis pas du matin : peut-être cela s’en ressentait-il dans mon travail.) « Mais j’ai déjà joui », m’a-t-elle dit à la fin ! « Plaît-il ? Qu’est-ce à dire ? Comment donc est-ce possible ? Je n’ai rien vu s’écouler ni jaillir ! – C’est que j’ai joui intérieurement – Ça par exemple ! Je ne me savais pas doué au point de faire jouir intérieurement de la queue. Par derrière, je veux bien le croire, mais par là ! – Mais non, tu n’y es pas. Je me suis fait opérer de la prostate, et maintenant, quand je jouis, ça s’écoule dans la vessie. – Ouah ! On ne m’avait jamais rien dit d’aussi romantique ! » Tityre vient de quitter son amant. Car il avait un amant régulier, à qui il avait plus ou moins juré fidélité, ce qui ne l’a d’ailleurs jamais empêché de se servir de moi au dessert, lorsqu’il m’invitait à dîner. Cet amant, qui vivait à plus de cent kilomètres et était alcoolique, d’après Tityre, ce qui doit vouloir dire qu’il boit vraiment énormément, car j’ai moi-même toujours pensé que Tityre était trop porté sur la bouteille (et pour qu’un grand buveur juge qu’un autre boit excessivement, il faut vraiment que cet autre écluse abondamment !), cet amant, disais-je donc, ne s’était pas caché, lors d’une visite de Tityre, de vouloir baiser d’autres garçon, un soir qu’ils étaient en boîte, comme on dit. Tityre l’ayant fort mal pris avait donc décidé de se séparer de cet amant indélicat, après tout de même plus de cinq années de vie commune à distance, si je puis dire ! Son ami Cléomédon voyant que Tityre hésitait à quitter  tout à fait l’ivrogne lui a dit que c’était au contraire une excellente occasion que cette petite infidélité : « Il ne te reste qu’une dizaine d’années encore à vivre de belles choses, profites-en ! ». Tels furent les mots de Cléomédon, que Tityre m’a rapportés. Mais Tityre n’a qu’un peu plus de cinquante ans ! Tout ce qui m’arrive, tout ce que je vois, tout ce que j’entends me sont comme un interminable memento mori.

16:34 Publié dans 2009, Cléomédon, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note