03/06/2009
Mercredi 3 juin 2009
C’est dans l’ordre des choses : mes pratiques ont généralement déjà beaucoup vécu. Non seulement elles ont connu bien des lits, mais il arrive aussi qu’elles soient déjà passées plusieurs fois sur le billard. C’était le cas de celle de ce matin, qui ne semblait pas arriver à jouir. J’avais beau l’astiquer, jusques à en avoir des crampes : rien ne venait. (Il est vrai que je ne suis pas du matin : peut-être cela s’en ressentait-il dans mon travail.) « Mais j’ai déjà joui », m’a-t-elle dit à la fin ! « Plaît-il ? Qu’est-ce à dire ? Comment donc est-ce possible ? Je n’ai rien vu s’écouler ni jaillir ! – C’est que j’ai joui intérieurement… – Ça par exemple ! Je ne me savais pas doué au point de faire jouir intérieurement de la queue. Par derrière, je veux bien le croire, mais par là ! – Mais non, tu n’y es pas. Je me suis fait opérer de la prostate, et maintenant, quand je jouis, ça s’écoule dans la vessie. – Ouah ! On ne m’avait jamais rien dit d’aussi romantique ! » Tityre vient de quitter son amant. Car il avait un amant régulier, à qui il avait plus ou moins juré fidélité, ce qui ne l’a d’ailleurs jamais empêché de se servir de moi au dessert, lorsqu’il m’invitait à dîner. Cet amant, qui vivait à plus de cent kilomètres et était alcoolique, d’après Tityre, ce qui doit vouloir dire qu’il boit vraiment énormément, car j’ai moi-même toujours pensé que Tityre était trop porté sur la bouteille (et pour qu’un grand buveur juge qu’un autre boit excessivement, il faut vraiment que cet autre écluse abondamment !), cet amant, disais-je donc, ne s’était pas caché, lors d’une visite de Tityre, de vouloir baiser d’autres garçon, un soir qu’ils étaient en boîte, comme on dit. Tityre l’ayant fort mal pris avait donc décidé de se séparer de cet amant indélicat, après tout de même plus de cinq années de vie commune à distance, si je puis dire ! Son ami Cléomédon voyant que Tityre hésitait à quitter tout à fait l’ivrogne lui a dit que c’était au contraire une excellente occasion que cette petite infidélité : « Il ne te reste qu’une dizaine d’années encore à vivre de belles choses, profites-en ! ». Tels furent les mots de Cléomédon, que Tityre m’a rapportés. Mais Tityre n’a qu’un peu plus de cinquante ans ! Tout ce qui m’arrive, tout ce que je vois, tout ce que j’entends me sont comme un interminable memento mori.
16:34 Publié dans 2009, Cléomédon, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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