18/05/2009

Dimanche 17 mai 2009

            Je crois que c’était aujourd’hui ‘‘la journée contre l’homophobie’’, ou quelque chose comme cela. Je me sens évidemment très concerné par ce douloureux problème, surtout depuis que j’ai appris que j’étais moi-même homophobe ! Les policiers qui m’ont entendu au début du mois m’ont en effet prévenu que je pourrais être inquiété non seulement pour les injures que j’avais adressées à Monsieur Véto, mais aussi pour leur caractère discriminatoire, si j’ai bien compris ce qu’on m’a dit, et pour l’incitation à la haine des homosexuels qu’elles constituaient… Bref, mes injures avaient un caractère indubitablement homophobe, ce que je n’envisage certes pas de nier, puisque je les avais tournées de la sorte précisément dans le but de blesser davantage ma victime, dont je connaissais l’orientation sexuelle. Si Monsieur Véto avait été noir ou arabe, mes injures auraient probablement été cette fois ‘‘à caractère raciste’’, et j’aurais alors été bon pour le bagne ou pour la bascule ! Je l’ai finalement échappé belle et il me faut reconnaître que je suis tout de même bien chanceux dans mon malheur. Ce sont mes injures qui étaient homophobes et non pas moi ! Mais même si je l’avais été, Dieu merci, ce n’était aujourd’hui que la journée contre l’homophobie et non pas contre les homophobes : quand on est dans ma délicate situation, on apprécie ces sortes de nuances… De toute façon, l’un des deux policiers m’a dit lui-même, pour me rassurer, qu’il était peu vraisemblable, en admettant que le procureur de la république décide de me poursuivre (ce qui, en soi, est déjà très improbable), qu’il m’accuse également d’homophobie, en raison de ma propre homosexualité, qui, selon la logique du bel inspecteur (car il était beau), empêcherait que je sois homophobe, suivant ce même principe qui empêche les étrangers d’être xénophobes, les noirs ou les arabes d’être racistes, les femmes de harceler ou de battre les maris, et les pauvres d’être cupides ou bling-bling, puisqu’ils sont pauvres (ce qui est d’ailleurs absurde : il suffit en effet d’ouvrir les yeux pour voir qu’il y a des pauvres qui sont bling-bling. Qu’on songe par exemple à ces jeunes des quartiers dits défavorisés, qui passent pour pauvres et arborent néanmoins de vraies ou fausses casquettes Vuitton sur la tête et des polos, des baskets ou des lunettes de soleil appartenant aux marques les plus chères. Il y a rarement plus m’as-tu-vu que les pauvres congénitaux, dont le mauvais goût tape-à-l’œil n’a souvent d’égal que celui de ceux qu’on appelait autrefois les nouveaux riches, et qu’on croirait être aujourd’hui tous les ‘‘riches’’ : les parvenus mais aussi les rejetons des plus anciennes familles. « Un homosexuel traitant un autre homosexuel de sale pédé, m’expliqua mon policier, c’est un peu comme si moi, je traitais quelqu’un de sale con ! » Je n’ai pu m’empêcher de rire de bon cœur à l’humour involontaire de ce charmant inspecteur, qui disait donc, sans vraiment s’en rendre compte, soit qu’il était un con, soit, pire encore, que c’étaient tous les policiers qui étaient des cons ! Mais j’exagère : il a tout de même dû se rendre compte de la bêtise de sa remarque, parce qu’il s’est ensuite repris : « Enfin, a-t-il dit alors, c’est plutôt comme si je traitais quelqu’un de sale hétérosexuel ! » Il était donc hétérosexuel… Mon homosexualité, comme on dit, qui semblait m’innocenter au moins d’un crime, ne faisait donc aucun doute. Puisque je ne me cachais pas de me prostituer, c’était donc que j’étais un pédé. Mais cette rapide conclusion était tout de même un peu vexante. Pourquoi ne pensait-on pas que je me prostituais avec des femmes ? Il est vrai que mon journal, dans lequel étaient publiées les injures à cause desquelles j’ai été convoqué au commissariat, ne laisse pas vraiment de doute quant au sexe de ma clientèle ! Cela dit, peut-être devrais-je songer à vendre mes charmes à ces dames. Je m’avise que ce serait sans doute bien plus commode. Rien ne me rend la bandaison plus difficile que la fâcheuse rencontre de certaines matières qui se trouvent parfois dans les fondements ! Or, ces matières, on ne les trouve pas dans les sexes des femmes. Un garçon, avec qui il m’arrive de chatter et qui lit parfois ce blogue, me demandait l’autre jour comment j’arrivais à bander quand je couchais avec des hommes pour qui je n’ai le plus souvent aucune attirance. Eh bien ! Je n’y arrive pas toujours, justement ! On pourrait penser que de telles déconvenues sont des plus fâcheuses, dans l’exercice d’un pareil métier. Sans doute l’est-ce d’ailleurs parfois, je ne sais, ne pratiquant pour ma part ce métier qu’occasionnellement, et en amateur, si je puis dire, car je ne suis pas bien certain de l’aimer vraiment, sans pour autant pourvoir dire que je le déteste ! Mais il n’en est rien : aussi surprenant que cela paraisse, ces déconvenues me servent. Elles m’humanisent aux yeux de mes ‘‘clients’’ qui, pour la plupart, ne cherchent pas tant à combler d’une queue qu’ils achètent pour une instant leurs pauvres culs désertés qu’un vide d’une tout autre nature et qu’emplissent momentanément ma compagnie, ma présence, mon contact, mon oreille, ma voix, mon regard. Ce sont bien plus souvent mes autres plans, ceux de ma vie de pédé célibataire lambda, qui ne voient en moi qu’une queue qui ne doit pas mollir un instant ! C’était par exemple le cas du petit Phédon, que j’ai croisé hier soir, en ville, après le concert à l’église de la Madeleine. Je lui ai proposé de m’accompagner dans tel bar, où j’allais vider quelques verres avec mon ami Tityre. Mais Phédon m’a seulement souhaité une bonne soirée : sans doute ne m’a-t-il pas pardonné de ne pas l’avoir enculé l’autre soir. Il me semble souvent que les relations que j’ai avec les gens qui me paient sont plus simple, plus saines et, paradoxalement, plus humaines qu’autrement. Cela dit sans vouloir faire l’apologie de la prostitution, bien sûr. C’est plutôt l’amour bénévole que je veux dénigrer en faisant une telle comparaison : je ne vois pas une once de bienveillance dans les rapports que la pratique d’un tel amour implique. Je me sens plus respecté par les malheureux qui me paient que par les garçons qui m’abusent, en me faisant croire que je leur plais, pour parvenir à leurs fins, qui sont de se servir de moi comme d’un vulgaire godemiché. De même, lorsque j’écrivais, le 3 janvier de cette année, que je ne voyais pas de différence fondamentale entre le fait de faire entrer des déclinaisons dans la tête d’un enfant, une bite dans le cul d’un homme ou un doigt dans celui d’un prostatique ou d’un chien, ce n’était évidemment pas l’apologie de la prostitution que je voulais faire, comme on pourrait donc m’en accuser, aux dires de la police ! (« C’est du pareil au même, avais-je ajouté. A force de pratique, j’ai pu constater que c’était aussi de la merde qu’il y avait dans la tête de mes élèves. ») Mon intention était seulement (je le dis dès à présent, puisque je pourrais être amené à m’expliquer sur ce fait) de dénigrer le métier de professeur particulier de français ou de latin, qu’il m’est arrivé de pratiquer également à l’occasion. Je ne voulais évidemment pas dire qu’il valait mieux se prostituer qu’enseigner le latin à nos chères têtes blondes, mais qu’enseigner quoi que ce soit à ces têtes le plus souvent entièrement satisfaites de leur vide abyssal était encore pire, encore plus éprouvant, encore plus dégradant que de se prostituer ! C’est pourquoi il me semble que l’accusation qui pourrait m’être faite d’avoir fait l’apologie de la prostitution ne me semble pas tenir debout. Ce dont on pourrait m’accuser, à l’extrême limite, c’est d’être injurieux envers les professeurs et d’avoir tenu des propos diffamatoires ou même discriminatoires à leur encontre ! Je m’empresse donc d’ajouter ici que j’ai le plus grand respect pour leur noble corporation, qui fait tant pour la civilisation dans les colonies de ‘‘défavorisés’’ qu’on trouve autour de nos villes. (Ce me semble tout de même avoir plus de sens de parler de colonies plutôt que de ‘‘cités’’, comme on dit abusivement à la télévision. Il ne devrait d’ailleurs y avoir en France qu’une cité, c’est à savoir la République, avec laquelle sont très loin d’être compatibles ces zones de non-droit, ou de droit parallèle, sans doute islamique, ces émirats, on ne sait comment dire, bref, ces colonies, c’est encore le mot le plus approprié, qu’on appelle absurdement les ‘‘cités’’, alors qu’il leur manque justement tout ce qui fait une cité digne de ce nom.) Sans l’œuvre civilisatrice de ces admirables professeurs exerçant courageusement leur quasi sacerdoce, souvent au péril de leur vie (comme on l’apprend parfois dans les journaux télévisés, comme encore tout récemment), non seulement dans les colonies que je viens de dire et qui se trouvent dans la périphérie de nos villes, mais aussi dans ces autres colonies que, par mimétisme, par contagion, je ne sais trop pour quelle raison, par malheur, tout simplement, semblent être devenues les écoles partout en France, l’Ecole avec une majuscule, parce qu’elle est le lieu de cette race barbare entre toutes : celle de la jeunesse française du XXIe siècle ; sans l’œuvre civilisatrice de ces saints missionnaires, disais-je, les ‘‘faits divers’’ qui ne semblent se produire à l’école qu’une petite dizaine de fois par ans seraient tellement plus nombreux qu’on parlerait sans doute de phénomènes de société ; sans eux, ce n’est pas d’un gang des barbares qu’on entendrait parler, mais de centaines de gangs des barbares ; ce n’est pas un Ilan Halimi qui serait assassiné, mais des milliers de juifs. Heureusement qu’ils sont là, ces professeurs, terrorisés par les bêtes sauvages qu’ils ont pour élèves mais surmontant leur terreur, heureusement qu’ils sont là pour caresser dans le sens du poil ces animaux qui ont curieusement besoin de caresses, pour flatter cette barbarie qui, malgré sa violence, malgré sa bêtise, veut être respectée et qui, même, veut être respectée pour sa violence et sa bêtise ! S’ils n’étaient pas là, ces sages gardiens d’un beau songe, pour continuer de jouer la comédie de l’école républicaine, alors on verrait bien que la France n’est déjà plus la France, puisque son école, son origine, sa racine, son avenir, sont aux mains des barbares. C’est probablement parce qu’on croit encore majoritairement à cette illusion pieusement et mensongèrement entretenue que la France existe toujours : elle n’existe que parce qu’on s’y croit. Et c’est grâce à la corporation des professeurs et à quelques autres, comme celle des journalistes, celle des politiques, celle des travailleurs sociaux, celle des juges pour enfants, qu’on peut continuer de croire qu’il y a toujours la paix civile en France et l’état de droit, malgré les coups de poignards dans les collèges, malgré les zones de non-droit dans les colonies périphériques, dans les universités bloquées, dans les usines aux patrons séquestrés. S’il n’y avait pas tous ces illusionnistes pour nous aveugler, nous nous apercevrions que la France est sur le point de devenir l’Espagne des années trente, cette Espagne où, contrairement à ce que prétendent d’ailleurs ces mêmes illusionnistes, la république n’existait plus dès avant le coup d’état des militaires. Non, je ne voulais pas plus faire l’apologie de la prostitution que je n’avais l’intention d’injurier les professeurs, en écrivant la phrase qui pourrait donc me valoir des ennuis avec la justice, si tant est qu’il y ait un procureur assez désœuvré pour s’en prendre à moi, qui ne suis au fond que la victime de ma victime, comme je l’ai déjà dit l’autre jour, plutôt qu’à de vrais coupables. Tout ce que je voulais dire, c’était tout bêtement ma détestation des enfants, des adolescents, de la jeunesse, de cette barbarie haineuse et souriante, qui voudrait qu’on se laisse assassiner dans la joie et la bonne humeur. Mon Dieu ! Avec la police qui veille, je ne sais plus trop si j’ai le droit de dire ma détestation des enfants… Qu’on me comprenne bien : j’aime évidemment les enfants, tendrement, passionnément, enfin, de la façon qui est prescrite par les censeurs de nos mœurs ! Mais a-t-on le droit de les aimer, au fait, ces enfants ? Je ne voudrais pas qu’on m’accuse aussi de faire l’apologie de la pédophilie ! Il ne manquerait plus que ça ! Le mieux est encore de ne rien dire. En ne disant rien, en restant sur son quant-à-soi, on ne risque pas d’être inquiété, en principe. Au début, du moins. Je me tairai donc pour ce soir.

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