15/05/2009

Jeudi 14 mai 2009

            Monsieur Véto a donc répondu à la lettre électronique dans laquelle je lui demandais de retirer sa plainte contre moi. Il m’a rappelé que j’avais mis en ligne sur mon blogue un texte nominatif extrêmement violent à son égard (c’est hélas entièrement vrai), et accessible à tous sur un simple clic (d’ailleurs, je constate qu’en lançant dans Google une recherche sur Monsieur Véto, des liens mènent toujours aux pages où je le nommais et l’injuriais, même si j’ai effacé son nom de mon blogue depuis une bonne quinzaine de jours, maintenant) ; il a ajouté qu’il m’avait demandé de retirer ce nom et que je n’en avais rien fait ; qu’il n’avait donc pas pu faire autrement que de porter plainte contre moi. « Le Web, concluait-il triomphalement, n’est pas une zone de non-droit. » J’ai mis en doute, vendredi 1er mai, la bonne foi de Monsieur Véto qui, pensais-je, m’avait tendu un piège dans lequel j’étais lamentablement tombé. Je ne croyais pas, je ne crois toujours pas, d’ailleurs, qu’il ait eu sincèrement le désir de me voir retirer de mon blogue son nom ni les injures que je lui avais adressées. Tant que ces preuves de ma culpabilité se trouvaient dans mon journal, Monsieur Véto avait en effet une bonne raison de porter plainte contre moi (puisque, je le répète, il est entièrement dans son bon droit), c’est-à-dire de me nuire. Cela dit, même si je ne crois pas en la sincérité de Monsieur Véto, je dois à la vérité de dire ce qu’il m’a lui-même rappelé, dans une autre lettre électronique, c’est à savoir que, contrairement à ce que j’avais dit dans ce journal, il m’avait envoyé un courriel, le 4 janvier 2009, dont voici la texte : « Cher Olivier, je vous demande de retirer toute référence à ma personne de votre blog. Cordialement, Monsieur Véto. » Il s’était mis à me voussoyer pour cette grave occasion, dans laquelle, néanmoins, je restais son ‘‘cher Olivier’’, qu’il saluait d’ailleurs cordialement ! N’est-ce pas délicieux ? C’est donc le 4 janvier qu’il m’avait envoyé cette lettre, c’est-à-dire, si ma mémoire est bonne, avant que je ne bloque son adresse électronique, pour ne plus avoir à subir l’irritante démangeaison de ce pou du pubis. Je n’ai aucun souvenir de ce courriel, dont je ne mets cependant pas en doute la réalité. Seulement, je ne me rappelle qu’à présent que l’exaspération m’avait fait effacer sans les lire certains des messages de Monsieur Véto. C’était d’ailleurs précisément pour ne plus les recevoir que j’avais bloqué aussitôt après son adresse électronique. Tout cela ne m’excuse en rien, puisque je suis responsable de ce qui est publié dans mon blogue. Mais ce courriel que j’avais donc bien reçu, sans pour autant le lire, montre, je le crains, à quel point je suis décidément indéfendable ! Même ma petite théorie de la mauvaise foi de Monsieur Véto, à laquelle je crois toujours autant et qui aurait pu être à mon bénéfice une circonstance atténuante, ne tient pas vraiment. Quelle admirable vérité que ce Web qui n’est pas une zone de non-droit ! Elle est de ces vérités qui font comme donner corps aux imbéciles, à la fois leur tenant lieu de profondeur (proprement abyssale) et d’indépendance d’esprit (quelle nouveauté, en effet, que cette idée si originale, si audacieuse, si courageuse, même, que le Web n’est pas etc.) ! Non, le Web n’est pas une zone de non-droit. C’est en vertu de telles lois que les Messieurs Véto peuvent sévir en toute impunité sur Internet : ils mettent tout leur art à pousser leurs ennemis dans les derniers retranchements de l’infraction, pour pouvoir ensuite les menacer de recourir à la justice, quand ils ne le font pas tout bonnement, sans crainte du ridicule. C’est ainsi qu’a procédé Monsieur Véto, qui a tout fait pour se faire injurier (ce qui, je le redis, ne m’excuse en rien, certes, mais peut tout de même expliquer la violence de ma réaction), pour affecter ensuite d’être tout étonné de l’avoir été ! Encore une fois : c’était un piège ; je suis tombé dedans. Après tout, c’est la pure vérité, et c’est une bonne chose pour la paix civile (cela dit sans aucune ironie) : le Web n’est pas ni ne doit être une zone de non-droit. Quant à moi, je voudrais faire entendre cette autre vérité, beaucoup plus petite, il est vrai, et qui n’a certes pas force de loi, que ma vie ni le récit que j’en fais ne sont des pissotières. Quel besoin Monsieur Véto avait-il donc de venir pisser sur moi la désapprobation, le mépris que lui inspiraient la façon que j’ai de mener ma vie, de la juger ou d’en faire étalage dans mon blogue ? J’ai déjà dit qu’il y avait un malentendu entre mes lecteurs et moi : ce n’est pas parce que je publie cette relation de ma vie, ce n’est pas non plus parce que la possibilité est laissée aux internautes d’écrire des commentaires dans mon blogue, qu’ils ont moralement le droit de m’y faire part (ou dans des lettres électroniques) de tout le mal qu’ils pensent de moi ; du bien qu’ils en pensent, à la rigueur, mais c’est tout ! Peut-être la crudité de certains de mes propos fait-elle croire aux plus ou aux moins sensibles de mes lecteurs, aux moins humains d’entre eux, serais-je tenté d’écrire, que j’ai le cœur particulièrement bien accroché, et que je puis donc tout entendre sur mon compte sans m’en émouvoir. Eh bien ! Je vais peut-être en décevoir beaucoup, mais il n’en est rien ! Ce n’est pas parce que je suis méchant, comme don Esteban le prétend, sans doute d’ailleurs à juste titre, ce n’est pas non plus parce que j’affecte parfois ou souvent, je ne sais, d’être un cynique (mais je dis bien que je l’affecte seulement), ce n’est pas enfin parce que je suis plus enclin à montrer la partie la plus dure, je veux dire la plus indurée et la plus endurcie, de mon cœur, que je suis pour autant dépourvu de cette tendresse, de cette fragilité, peut-être même de cette gentillesse qu’il y a dès la naissance au cœur de tout homme et qui en font d’ailleurs sans doute la force paradoxale, la densité, la teneur. (Par exemple, ce n’est pas parce que je ne me cache pas d’aller occasionnellement me prostituer, le plus souvent ‘‘pour arrondir les fins de mois’’, que je ne rêve pas aussi de l’amour le plus pur et de l’eau la plus fraîche ! Il me semblait évident que les putes pouvaient avoir les mêmes aspirations que les jeunes filles en fleur. Même en pratiquant ce métier qui passe pour honteux, il arrive qu’elles s’attendent, comme n’importe qui d’autre et tout simplement parce qu’elles en méritent autant, à du respect, pour écrire un mot à la mode. (Mais qu’on n’aille pas s’imaginer que je me considère réellement comme une pute. Je ne me définis en effet pas plus comme tel que comme un distributeur de prospectus, par exemple. Mes deux travails, purement alimentaires et prenant relativement peu de mon temps, ne constituent qu’une part marginale de mon mode de vie. Si j’osais, je dirais que je ne pratique pas assez assidûment le noble métier de pute pour pouvoir me prévaloir du si beau titre qu’il confère ! C’est tout de même le plus vieux métier du monde ! Mais j’imagine que qualifier de noble un tel métier est déjà condamnable ! Je m’empresse donc d’ajouter que je ne pense pas vraiment ce que je viens d’écrire…) Je le disais l’autre jour : je n’en suis pas moins homme ! C’est sur un homme que l’incontinent Monsieur Véto est venu se soulager de la mauvaise opinion qu’il avait de moi. Et c’est également un homme que j’ai honteusement injurié. Comment expliquer que je me sois laissé tomber si bas ? Les quelques phrases qui font l’objet du délit étaient réellement épouvantables et dignes d’être proférées par les pires canailles issues des ‘‘cités’’ les plus diverses ou les plus sensibles, je ne sais comment dire : dignes d’un assassin (cela dit sans vouloir faire d’amalgame, comme je crois qu’on appelle la chose, ni de généralisations abusives… Je crains que les amalgames ne soient aussi condamnés, ou du moins aussi condamnables, que les discriminations ou que certaines incitations ou apologies dont je me serais également rendu coupable et dont il me faudra reparler. (Fin de cette parenthèse écrite à l’attention de la police, qui veille et lit peut-être encore ce blogue.)) Pourquoi suis-je tombé si bas ? Probablement parce que c’est dans une mauvaise période de ma vie que Monsieur Véto est venu déverser sur moi la tiède urine qui lui sert de conscience. Je venais d’être trahi par Ascylte et Camille, et ceux qui me lisent vraiment savent sans doute combien j’en ai souffert. C’est cet événement, et la radicalité de la réaction qu’il a failli m’inspirer, qui m’ont finalement décidé à commencer mon analyse avec Tirésias. J’étais donc à ce moment dans un tel état que la haine, la violence, le mépris, les grossièretés, les noms d’oiseau qu’il y avait en moi ne demandaient qu’à en sortir. Il ne fallait qu’un mot pour me faire exploser, et ce sont des lettres que Monsieur Véto m’écrivait, des lettres qui, je crois l’avoir déjà dit, auraient tout eu de vulgaires lettres anonymes, si je n’avais pas connu l’identité de leur auteur… Evidemment, Monsieur Véto ne pouvait pas savoir dans quel état je me trouvais, puisqu’il n’était plus un lecteur régulier de mon blogue, comme il me l’avait dit lui-même dans l’une de ses ‘‘lettres anonymes’’. Non, Monsieur Véto ne venait plus jeter un œil à mon journal que très occasionnellement, c’est-à-dire lorsqu’il ne pouvait plus se retenir de déverser les flots de sa bonne conscience ammoniaquée sur moi, de me pisser dessus, donc, ce qui me fait dire qu’il prenait ma vie et le récit que j’en faisais pour des pissotières. J’avais dit un jour que j’avais la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incitait à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. « On est sans doute moins tenté, poursuivais-je, de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Monsieur Véto et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom (car à ce moment-là, il n’écrivait pas encore ses commentaires sous sa véritable identité) ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! » J’ai donc fini par tomber aussi bas que Monsieur Véto, en l’injuriant fort, mais à un moment où il avait eu le petit courage de ne plus cacher sa véritable identité sur ce blogue. (Depuis, il semble avoir perdu ce courage, pourtant si petit, du nom. Car c’est bien de retirer de mon blogue toute référence à sa personne, qu’il m’avait demandé, dans sa lettre du 4 janvier, et non seulement les injures dont il était victime.) Dans la deuxième des lettres électroniques qu’il m’a tout récemment envoyées, Monsieur Véto m’écrit ceci : « Tu veux (car il s’est remis à me tutoyer), tu veux que je sorte de ta vie (Dieu sait que je ne demande pas mieux) et, à la fois, tu ne parles que de moi. Règle tes propres contradictions une bonne fois pour toutes. » Sans doute est-il vrai que je me contredis souvent dans ce blogue. Cela dit, je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de surprenant dans le fait que je parle beaucoup, dans mon journal intime, de l’homme qui, en portant plainte contre moi pour injures, a attiré l’attention de la police sur d’autres délits dont je pourrais être accusé, c’est à savoir la prétendue apologie de la prostitution que j’aurais faite dans une ou deux phrases qui, d’ailleurs, n’avaient sans doute pas échappées à Monsieur Véto, qui ne doit pas peu se réjouir, je pense, d’avoir fait d’une pierre deux coups ! (J’expliquerai un autre jour pourquoi cette accusation-là, au moins, ne tient pas debout, selon moi.) Il n’y a vraiment rien d’étonnant à ce qu’un homme qui tient un journal intime y parle beaucoup de la personne qu’il juge responsable des deux heures qu’il a passées au commissariat de police, à débattre avec deux inspecteurs de littérature (je n’invente rien), d’homosexualité, de prostitution et de l’apologie que j’aurais donc faite de cette dernière. Je n’irai certes pas jusqu’à dire que l’expérience fut traumatisante, mais elle fut fort désagréable. Par contre, je pourrais probablement dire qu’il y a en effet quelque chose de traumatisant dans le fait de se sentir complètement à la merci d’un Monsieur Véto, c’est-à-dire de la bêtise la plus ordinaire, partagée, triomphante, et qui, non contente d’avoir raison, semble encore vouloir avoir raison de moi. C’est au procureur de la république que revient la décision de me poursuivre ou pas. Pour l’instant, je ne sais absolument pas quelle sera cette décision. J’imagine que je ne serais pas même informé du choix qu’il ferait de me laisser tranquille… Probablement n’est-on informé que si l’on est poursuivi. (Monsieur Véto, quant à lui, n’a pas daigné me dire s’il consentait à retirer sa plainte contre moi.) Mais quand donc cela se produira-t-il ? Il s’est tout de même écoulé presque la moitié d’une année entre le dépôt de plainte de Monsieur Véto et mon audition par les policiers. C’est donc comme s’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mais cette épée, pour moi, c’est l’épée de Monsieur Véto : c’est pourquoi je parle de lui dans ce journal. Il est tellement con qu’il y voit une contradiction. J’ajoute, mais je crois l’avoir déjà dit, que le Monsieur Véto de ce journal n’est plus tout à fait seulement le Monsieur Véto qui a porté plainte contre moi. C’est un type humain. C’est une allégorie de la bêtise humaine. Mais son ego est tellement démesuré qu’il croit que c’est uniquement de lui que je parle. A-t-il seulement compris pourquoi je m’étais mis à l’appeler Monsieur Véto ?

Commentaires

Je n'ai pas compris non plus...Je dois être con.....

Ecrit par : RPH | 15/05/2009

C'est vous qui l'avez dit ! Mais si vraiment vous n'avez pas compris, je crains de ne rien pouvoir pour vous...

Ecrit par : Olivier Bruley | 15/05/2009

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