01/05/2009

Vendredi 1er mai 2009

            Mes lecteurs les plus fidèles se souviennent peut-être de ce petit vétérinaire à cheveux longs dont je n’avais pas su reconnaître tout le génie poétique. Il m’est désormais interdit d’écrire son nom dans ce journal, puisque c’est lui qui a porté plainte contre moi pour injure. Pour préserver son anonymat, appelons-le donc désormais Monsieur Véto. J’ai relu les quelques sonnets de lui que j’avais conservés dans mes archives, et force m’est de constater que je m’étais trompé. Persevare diabolicum : je tiens donc absolument à faire savoir à mes quelques lecteurs, car je crois qu’il m’est encore permis de le faire publiquement, que j’ai révisé mon jugement sur ces vers, qui sont bien dignes des plus grands poètes. Monsieur Véto est sans conteste le Virgile qui manquait à notre siècle naissant. Je ne m’explique toujours pas comment je ne m’en étais pas rendu compte à ma première lecture. Qu’on en juge plutôt en lisant ce sonnet qu’il avait lui-même publié dans les commentaires de ce blogue, en juin 2008 : L’Intransigeant. Le David qui signait cette œuvre évidemment magistrale est bien notre Monsieur Véto : c’est de ce faux nom (David ou David Marso) qu’il signait encore ses commentaires à l’époque. C’est moi qui avais exhorté ce lâche, qui tenait tant à me faire connaître le mépris et le dégoût que je lui inspirais, à avoir au moins le courage, le tout petit courage (car il me semble qu’il n’en faut pas plus) de signer ses minables commentaires de son véritable nom. J’aurais mieux fait de me taire car il se laissa convaincre. Sans doute, pourtant, n’aurait-il jamais pu porter plainte contre l’auteur d’injures formulées à l’encontre d’un prénom ni d’un faux nom. Ce n’est que de ces injures que je veux parler ce soir. Je dois à la vérité de dire, d’une part, que je me suis bien rendu coupable de les avoir proférées et, d’autre part, que Monsieur Véto n’a porté plainte que contre ces injures. Ce n’est que parce que l’attention de la police a été attirée sur les deux ou trois textes où ces injures ont été proférées et dans lesquels il était question de prostitution qu’il peut m’être également reproché d’en avoir fait l’apologie. Je reviendrai sur cette question de l’apologie de la prostitution demain ou dans les jours suivants, quand j’en aurai le temps. Quant à l’accusation qui pourrait également m’être faite d’avoir incité à la haine et tenu des propos discriminatoires contre les homosexuels, qui vont évidemment avec celle d’injure, je ne tiens pas à en parler du tout, du moins pour l’instant. Je laisse ces délicates questions de haine et de discriminations aux illuminés qui veulent nous enterrer vivants. Qu’on ne me demande pas ce que j’entends par ce nous, je crois que j’ai déjà assez d’ennuis comme cela. Il me faut tout de même garder la tête froide : pour l’instant, on n’a fait que porter plainte contre moi et j’ai été entendu par la police. Je ne suis pas encore poursuivi et j’espère que ça n’arrivera pas. C’est volontairement que j’ai effacé le nom de Monsieur Véto des pages de ce journal ainsi que les phrases qui me sont ou pourraient m’être reprochées, pour montrer en quelque sorte ma bonne volonté. C’est d’ailleurs une chose qui m’a paru très étrange. Si je n’avais pas moi-même proposé d’effacer le nom de Monsieur Véto des pages de ce journal, les policiers ne m’auraient manifestement pas demandé de le faire. Ce ne semblait pas non plus être une revendication de ma malheureuse victime, qui ne paraissait que vouloir me reprocher les injures à son encontre, sans se soucier du tout de me faire mettre fin à leur publicité. Je vois dans ce fait une preuve évidente de sa mauvaise foi et de sa malveillance. Quand, à la fin de ma déposition, les policiers m’ont demandé si j’avais quelque chose à ajouter, j’ai donc insisté pour qu’il soit inscrit dans le procès verbal que je trouvais surprenant que Monsieur Véto, avant de porter plainte contre moi, n’ait pas même essayé, par ses propres moyens, c’est-à-dire en me le demandant par courriel, de me faire effacer les injures dont il était victime. Je voulais qu’il soit bien indiqué que je trouvais paradoxal qu’il soit porté plainte contre moi pour des injures qu’on ne se souciait absolument pas de me faire retirer de mon blogue. J’ai la conviction que tout ce qui importait à Monsieur Véto, c’était d’avoir un motif de porter plainte contre moi, pour pouvoir me faire du mal, pour avoir le dernier mot. S’il n’a pas songé à me faire effacer les injures qu’il me reprochait, c’était sans doute de peur de perdre la preuve du délit, indispensable pour me nuire. Cela ne change rien au fait qu’il est dans son bon droit. Légalement, il est indubitablement ma victime. Moralement, je suis la sienne. Je commence même à me demander s’il ne m’a pas tendu un piège dans lequel je suis bien bêtement tombé. J’ai déjà dit que j’étais bête. Je reproche à Monsieur Véto de ne pas m’avoir demandé de retirer de ce blogue mes injures. On pourrait cependant m’objecter qu’il ne pouvait plus le faire dans les commentaires, parce que j’avais bloquée son adresse IP. Il ne l’a pas pu beaucoup plus longtemps par courriel, parce que j’ai très rapidement fini par bloquer également son adresse électronique. Cela dit, si vraiment il lui avait été si insupportable d’être publiquement injurié (et pour qui ne le serait-ce pas ?), je reste convaincu qu’il aurait eu la présence d’esprit soit de se connecter depuis un ordinateur dont l’adresse IP n’était pas bloquée sur mon blogue, soit de m’envoyer un courriel depuis une autre adresse électronique (il est très simple et rapide d’en créer). Seulement, il ne voulait pas que ces injures disparussent de mon blogue. D’ailleurs, celle qui m’est le plus reprochée a été proférée le 2 janvier 2009. Ce jour-là, j’avais commencé par écrire que j’avais malencontreusement effacé le courrier électronique que m’avait envoyé Monsieur Véto, que j’aurais voulu recopier dans mon journal et qui m’avait mis dans une colère telle que j’avais fini par proférer ladite injure. Le lendemain, je pouvais enfin recopier la lettre perdue, ainsi que la seconde qui l’accompagnait : c’était Monsieur Véto lui-même qui me les avait envoyées, preuve qu’il pouvait encore m’écrire à ce moment-là. On peut les retrouver et lire à leur place dans ce journal : je n’y trouve aucun souci de voir disparaître cette première injure censée l’avoir tellement blessé ! Il conclut sa lettre par un adieu peu sincère, puisque, quelques jours plus tard, il allait donc porter plainte contre moi. J’avais très vite fini par complètement l’oublier, jusqu’à ce qu’hier, au commissariat, le beau policier me dise : « Est-ce que vous savez pourquoi vous êtes ici ? – Non, je n’en ai aucune idée. – Monsieur Véto, ça vous dit quelque chose ? » C’est donc ainsi que les messieurs Véto font leurs adieux. Je le répète, moralement, la victime de Monsieur Véto, c’est moi, même si, bien sûr, il n’est pas question de nier les injures dont je suis l’auteur. Elles sont même d’une violence rare dans ce blogue, à la mesure de l’exaspération dans laquelle il m’avait mise. Il y avait longtemps déjà que nous n’étions plus du tout en bons termes. Je ne désirais rien tant que de ne plus avoir aucune nouvelle de lui, de le voir sortir enfin complètement de ma vie. Pourtant, il continuait occasionnellement à se rappeler à mon bon souvenir, en versant son fiel dans des commentaires ou des courriers électroniques pleins de la pire des méchancetés : celle des bonnes consciences ! Déjà, en juillet 2008, j’avais bien des griefs contre Monsieur Véto. Suite à leur énoncé, ce pénible avait laissé deux commentaires que je m’étais empressé d’effacer. C’est dans ces commentaires qu’il s’était mis à signer de son vrai nom, nom que j’avais effacé dès cette époque, mais que j’avais naturellement utilisé en janvier 2009, lors de l’épisode où furent proférées les injures qui me sont reprochées, puisque je savais qu’il n’en faisait plus mystère. Du second commentaire, je n’avais lu que le mot connard, écrit en lettres capitales. Ce seul gros mot m’avait suffi, je n’avais pas pris la peine de lire le reste, effacé aussitôt. Je le regrette un peu, parce qu’un autre internaute, qui avait signé du nom de Pierre, m’avait alors écrit ceci : « Quel dommage d’avoir caviardé le commentaire du futur vétérinaire, qui montrait qu’il a, non seulement une plume, mais aussi des couilles. » En réalité, si je regrette d’avoir effacé ce commentaire, c’est surtout parce que Monsieur Véto, en utilisant ce mot de connard, y proférait vraisemblablement lui aussi au moins une injure à mon encontre. Je ne puis néanmoins pas en jurer, puisque je n’avais pas lu ledit commentaire à l’époque. Il est donc également possible que ce mot de connard fut appliqué à un autre que moi, même si cela me paraît peu vraisemblable. Si je n’avais pas effacé ce commentaire, j’aurais peut-être eu une autre preuve de la malveillance et de la mauvaise foi de Monsieur Véto, qui prétendrait donc me reprocher de lui avoir fait publiquement ce que lui aussi des mois plus tôt. Il est vrai que connard est une bien plus petite injure que celles qui me sont reprochées. Mais bon… J’ai encore l’adresse électronique de l’internaute qui regrettait que j’aie effacé le ‘‘couillu’’ commentaire de Monsieur Véto. Peut-être pourrais-je lui écrire pour lui demander s’il se souvient de son contenu, de ce bel adjectif qui m’était peut-être destiné, et si, en cas de nécessité, je pourrais compter sur son témoignage. Mais c’est peut-être beaucoup demander, beaucoup espérer, et même craindre plus qu’il ne faut, sans doute, car la situation me semble loin d’être si grave qu’on pourrait le croire, pour l’instant. D’ailleurs, aux lecteurs qui disent être consternés par ce qu’il m’arrive, il me faut dire qu’à strictement parler : il ne m’est rien arrivé. Et j’espère qu’il ne se passera rien d’autre. J’ai l’intention d’écrire à Monsieur Véto pour lui demander de retirer sa plainte, si c’est possible. Peut-être a-t-il une conscience, après tout, et non pas seulement bonne conscience. On peut toujours rêver. De toute façon, je le remercie au moins pour une chose : j’espère pouvoir me souvenir toute ma vie de son mauvais exemple. Moi aussi, pour d’autres raisons, j’ai été très tenté de dénoncer quelqu’un que je n’aime pas. J’espère sincèrement ne jamais tomber aussi bas, aussi bas que Monsieur Véto, même si la tentation en est grande, parfois. J’ai plusieurs fois déjà failli le faire. Je m’éviterai aussi le ridicule. Car Monsieur Véto n’est que cela, un ridicule. Les policiers eux-mêmes, qui m’ont confié traiter une telle affaire pour la première fois de leur carrière, en semblaient embarrassés. Je ne veux pas donner l’impression de me défiler en me faisant passer pour la victime, au moins moralement, de Monsieur Véto. J’écrivais hier que ce journal était d’un ironique. Je crois que j’ai toujours pensé que l’homme était foncièrement mauvais. Monsieur Véto, qui est un type humain désormais, et non plus seulement ma victime, en est la preuve vivante. Mais parce que je suis des hommes celui que je connais le mieux, même si je me connais fort peu, finalement, je me suis choisi pour sujet, afin de donner à voir toute cette malignité, toute cette crasse humaine, d’où il peut tout de même arriver, par bonheur, que perce un brin de muguet, comme hier soir celui de Tityre, que se dessine un sourire, que s’entrouvrent des lèvres, que se ferment des bras ou que s’écrivent des phrases. C’est hier que j’étais abattu. Ce soir, je suis tout joyeux d’avoir trouvé de nouveaux aliments pour ce journal. Osman m’attend qui doit retrouver un possible plan dans un bar. Je continuerai donc demain, si l’alcool  ingurgité cette nuit ne me terrasse pas dans la journée.

Commentaires

Bonjour,

J'ai découvert votre blog il y a quelques jours, au hasard des courants qui agitent les mers du web.

Je voudrais d'abord vous dire un mot d'amitié et de soutien virtuel dans la passe difficile que vous traversez et que vous évoquez dans votre dernier texte.

Et puis vous dire aussi le plaisir que j'ai à vous lire, au gré des pages feuilletées un peu au hasard. Vous êtes un merveilleux écrivain, subtil et émouvant, ironique et sans indulgence parfois, mêlant au fil autobiographique la trame d'une forme de comédie humaine, entre Pétrone et La Bruyère, où se disent les peines, les joies, les je-ne-sais quoi et presque rien qui se glissent dans l'écume des jours.

Nombre de vos textes m'ont beaucoup touché: l'évocation d'un déjeûner delphique sur une terrasse astrale et la belle méditation qu'elle vous inspire, la magnifique rêverie "Tu puer aeternus", publiée sur le blog de Dominique Autié, vos belles pages sur les bibliothèques... J'aime aussi les libres associations qui relient Catulle à Alexandrie, Yourcenar à l'Anthologie Palatine, Antinous à Peter Greenway. Je crois que je ne relirai plus le début du Phèdre de la même façon, lorsque le jeune Lysias a sa main gauche enfouie dans sa tunique...

J'espère que vous poursuivrez ce beau travail d'écriture et d'introspection, ainsi que votre rêverie autour du désir des garçons et de la mémoire des livres.

Amitiés d'un voyageur qui est passé par là

Philip

Ecrit par : Philip | 02/05/2009

Merci pour ce commentaire. Entre Pétrone et La Bruyère, ça me plaît beaucoup, même si c'est excessivement flatteur. Mais attendez peut-être d'en avoir lu davantage avant de vous emballer. Il paraît que je me montre souvent détestable dans les pages de ce journal. Et je le fais exprès, en plus !

Ecrit par : Olivier Bruley | 03/05/2009

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