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30/04/2009

Mercredi 29 avril 2009

            Je rentre à l’instant d’un petit dîner chez Tityre, avec Parthénie. Cet après-midi, comme j’étais au supermarché, coup de téléphone du petit Chrysanthe, qui voulait savoir si j’étais occupé, ce qui signifie qu’il avait envie de baiser. « Non, je suis dans tel supermarché, là. – Et moi, je ne suis pas loin, au dernier arrêt de bus avant la sortie de la ville. – Attends-moi, j’arrive. » J’aime beaucoup le petit Chrysanthe, je crois que c’est avec lui que je m’entends le mieux, sexuellement. Peut-être est-ce parce qu’il est très jeune (il a tout de même dix-huit ans, la morale est donc sauve !) et qu’il a en grande partie appris à baiser avec moi. Mais je crois que cela tient aussi à son caractère propre, à sa grande douceur, à ses sourires, à sa façon d’avoir presque toujours les yeux ouverts, et de regarder, de me regarder dans les yeux. D’habitude, quand j’embrasse (si j’embrasse, car il est très rare que j’aime embrasser, même si parfois, je consens à le faire, malgré mon dégoût), je le fais plutôt les yeux fermés. Mais non pas avec lui : même en nous embrassant, nous nous regardons dans les yeux. Il y a aussi quelque chose de rare, avec lui : c’est que j’en supporte la présence après avoir joui, et réciproquement. Il ne se rhabille pas tout de suite, continue de me caresser, de me regarder, de m’embrasser : et ça ne me gêne pas. Sans doute serais-je capable de dormir avec lui. Mais parce qu’il n’est libre que la journée, nous n’avons jamais baisé qu’en plein jour, dans ma chambre, qui est particulièrement lumineuse, contrairement à celle de la rue des Cordeliers. Chrysanthe est tout le contraire de Géronte, qui a peut-être bien trois ou quatre fois son âge et ne veut baiser que dans le noir complet, mais avec qui je m’entends également très bien sexuellement. J’ai également dîné chez Tityre, hier soir, avec Agathon, l’histrion rimailleur, et Polysarque, son énorme mignon. Pendant cette soirée, j’ai reçu un coup de téléphone de Didymias, l’énamouré de samedi, à qui il me faut bien donner un nom, puisque je suis amené à reparler de lui. Je n’ai pas décroché, puisque j’étais chez Tityre. Mais il m’a laissé un message sur mon répondeur, dans lequel il m’expliquait d’une voix d’outre-tombe que je n’avais rien compris, qu’il fallait que je fasse attention à ce que je dis, et à qui je le dis, et que j’en avais encore pour de nombreuses années d’analyse ! (C’est aussi la dernière trouvaille de ma mère : à chaque fois que je lui dis quelque chose qui lui déplaît, elle me dit que je suis loin d’en avoir terminé avec mon analyse !) Une fois rentré chez moi, je me suis donc connecté à MSN, pour savoir ce que me voulait exactement ce grand fou de Didymias, qui me fait un peu penser à ces femmes complètement hystériques que mon père prenait pour maîtresses. Il était furieux que j’aie rapporté à Géronte qu’il m’avait révélé qu’il était séropositif. Ce dernier, avec qui je continue de baiser une ou deux fois par mois, mais qui est apparemment dans le déni le plus complet et fait avec moi comme Hiéronymus avec ma sœur, me laissant entendre qu’il n’est pas contaminé sans jamais aller néanmoins jusqu’à me dire clairement qu’il est séronégatif, avait donné à Didymias, quelques heures plus tôt, également sur MSN, tous les noms d’oiseau qu’on peut imaginer, furieux qu’il était d’avoir été trahi par lui. Car Didymias était le premier à me dire qu’il était sûr que Géronte était séropositif. Tityre et Osman n’avaient fait que me dire que Géronte était réputé tel, ce qui n’est pas du tout la même chose. Didymias m’avait dit quant à lui qu’il le tenait de Géronte lui-même, qui s’était confié à lui. Je m’étais donc dit que, puisque la séropositivité de Géronte était avérée, c’était pour moi le moment de lui donner à mon tour l’occasion de se confier à moi. Car je trouvais injuste qu’il se soit confié à ce Didymias, avec qui il n’avait pas même désiré baiser, quand il le fait si volontiers avec moi, mais sans rien m’avoir dit. Bref ! Géronte se sentait trahi par Didymias et Didymias par moi. J’ai dit à Didymias qu’il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même et qu’il devrait apprendre à tenir sa langue, s’il ne veut pas que ses secrets soient trahis ; que Géronte avait toujours été très gentil pour moi, que je m’entendais très bien avec lui et que j’avais voulu lui donner l’occasion de me faire des confidences, sans pour autant penser que c’était trahir celui qui m’en avait donné l’occasion, à qui je ne me sens d’ailleurs pas lié pour m’être une fois glissé dans son lit. C’est aussi pendant l’acte, que Didymias devrait tenir sa langue, parce qu’il avait une fâcheuse tendance à m’en encombrer la bouche, samedi soir, c’était vraiment très pénible. Cet après-midi, Chrysanthe m’embrassait parce qu’il voulait s’offrir un peu plus à moi : Didymias le faisait l’autre jour parce qu’il croyait que je lui appartenais déjà !

01:26 Publié dans 2009, Agathon, Chrysanthe, Didymias, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma mère, Osman, Parthénie, Polysarque, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

26/04/2009

Samedi 25 avril 2009

            « Je pourrais te regarder pendant des heures », me disait-il de sa voix énamourée, entre deux plongeons de sa bouche au fond de la mienne. Mais le pire, c’est qu’il l’a fait ! Pendant des heures, il m’a littéralement dévoré des yeux, quand ce n’était pas de la bouche. Il enfonçait sa langue si loin dans ma gorge que j’ai l’impression que son haleine de fumeur y est restée ! Mon corps n’est plus qu’une plaie à vif, à cause de sa barbe de trois jours, dont il a fouillé chaque parcelle de ma peau. J’ai l’impression d’avoir fait l’amour avec une râpe à fromage. Il s’intéressait apparemment à la psychanalyse. « Crois-tu que tu pourrais devenir hétérosexuel, au terme de ton analyse ? », m’a-t-il demandé, l’air inquiet. Ce serait fort souhaitable, car l’homosexualité est du plus mauvais effet sur ma peau. « Quelle perte ce serait pour nous autres », a-t-il ajouté, ce qui n’était pas pour me déplaire. Il connaissait Osman, dont il se prétendait amoureux, jusqu’à ce que, jaloux, je me mette à faire le garçon qui s’offre entièrement. L’affectation d’un certain regard, le plus bleu possible, transparent et vert par instants, lancé par en-dessous, c’est-à-dire, le plus souvent, du creux du bras de celui qu’on veut captiver, un silence intense et fasciné suffisent généralement à donner cette illusion. Qu’on feigne alors de vouloir reprendre ses esprits en se redressant un peu, mais pour aussitôt laisser tomber une tête définitivement vaincue sur la poitrine de la victime : le nez dans mes cheveux, c’est alors sa propre défaite qu’elle respire, son propre abandon. A peine avait-il joui qu’il me parlait déjà de faire avec moi sa vie, ce grand fou ! « Mais tu m’as dit tout à l’heure que tu étais amoureux d’Osman ! C’est donc cela, ta technique ? Feindre l’amour avec les garçons dont tu veux venir à bout ? » J’ai prétexté d’être offensé pour m’en aller sans trop passer pour un salaud. Car je n’arrive toujours pas à dormir avec quelqu’un dans le même lit que moi : Camille était une exception. Il connaissait aussi Géronte et avait entendu parler du père de Camille, sans néanmoins savoir qu’il était aussi pédé que son fils.

05:35 Publié dans 2009, Camille, Didymias, Géronte, Journal, Osman | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

24/04/2009

Jeudi 23 avril 2009

            Je n’ai reçu qu’aujourd’hui la convocation du commissariat pour hier, qui avait été pourtant postée le 17, comme l’indique le cachet de la poste. Ce soir, en rentrant du vernissage de l’exposition de Jean-Joseph Sanfourche, où j’avais beaucoup bu, avec Tityre et quelques-uns de ses amis, j’ai mangé l’un des meilleurs sandwiches américains de ma vie, préparé au 5 rue Armand-Dulamon par un futur marié, m’a-t-il dit, qui fait fabriquer spécialement par un boulanger le pain dont il se sert, s’approvisionne en tomates réellement goûteuses, cuit le steak haché dans de la crème fraîche et fait lui-même sa mayonnaise. Servi avec une grande barquette de frites et une boisson, le sandwich ne coûte que 3,50 EUR. C’était un plaisir que d’entendre ce petit commerçant parler avec passion de ses sandwiches et de leurs prix : « Mieux vaut vendre beaucoup de sandwiches à petits prix, m’expliquait-il, que pas du tout qui coûteraient cher ! » Il était souriant, enjoué, curieux de ses clients, et même parfois indiscret, mais comment ne pas pardonner son indiscrétion à quelqu’un de tellement plus agréable que tous ces marchands de Kebab, qui me sont le plus souvent très antipathiques ? L’artiste, comme je crois qu’il n’aime pas qu’on l’appelle, qui n’a pas une bonne santé, n’avait pas pu venir au vernissage de son exposition : il était hospitalisé depuis aujourd’hui. J’y ai croisé Patrick D***, l’ancien patron du ‘‘Dix-bis’’, ainsi que Léon, comme nous l’appellerons dans ce journal, s’il doit être de nouveau question de lui, parce qu’il est le sosie de Léon Trotski, ancien client de Patrick et bon copain de Tityre, à ce que j’ai cru comprendre ; et puis Monochire, ce brocanteur qui, bien que manchot, avait fait la cuisine au ‘‘Dix-bis’’ lors d’un festival flamenco, il y a quelques années ; Cléon qui, lors de la dernière élection municipale, fut le premier de la liste (perdante) sur laquelle s’étaient également présentés Tityre et Léon, ses amis ; Erythroprosope, qui est peut-être le frère de Cléon (il faudrait que je pose la question à Tityre), tant il lui ressemble, mais qui est toujours rubicond, d’où son nom ; Arthénice ; Parthénie ; et d’autres visages plus ou moins familiers, dont je ne connais pas les noms. (Je promets de rédiger bientôt cet index nominum dont je parlais l’autre jour et qui pourrait faciliter la lecture de ce journal à ceux qui ont du temps à perdre.) Sanfourche avait tenu à être exposé avec son ami Robert Aupetit, dont on pouvait voir un grand arbre de bronze, dont le tronc était recouvert d’inscriptions, non pas gravées, comme on en trouve sur les vrais arbres, mais en bas-reliefs.

02:53 Publié dans 2009, Arthénice, Cléon, Erythroprosope, Léon, Monochire, Parthénie, Patrick D***, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-joseph sanfourche, robert aupetit

23/04/2009

Mercredi 22 avril 2009

            Tout à l’heure, coup de téléphone de la police, qui était fort étonnée de mon absence à un rendez-vous prévu depuis longtemps, m’assura-t-elle, mais auquel je n’ai jamais reçu la convocation, qui s’est peut-être perdue au milieu des prospectus de ma boîte aux lettres, à moins qu’elle n’ait été égarée par la poste, ce qui est tout de même plus vraisemblable. Un nouveau rendez-vous a été pris pour le jeudi 30 avril. « Cette convocation, puis-je vous demander à quel sujet ? – Non », me fut-il répondu par la policière, « on vous le dira quand vous serez venu. » Peut-être est-ce qu’on veut me confronter à ce basané qui m’avait rossé parce que j’avais osé traverser la rue sur les clous ; peut-être à l’excité qui avait arraché le rétroviseur de ma voiture. Peut-être, au contraire, est-ce moi qui ai commis un délit sans le savoir. Ou peut-être que quelqu’un, qui a lu quelque chose de répréhensible dans les pages de ce journal, a décidé de me dénoncer ? Ce chien d’Ascylte ? Camille, diabolique minet de gouttière ? Hiéronymus, l’empoisonneur ? Je verrai bien. Nous avons décidément les mêmes goûts en matière de garçons, ma sœur et moi : dînant avec moi, ce soir, Julie m’a fait en effet cette confidence qu’elle avait été fort ébranlée, le jour où je lui avais présenté Camille : non seulement il correspondait parfaitement à son type de garçons, mais encore lui rappelait-il énormément Hiéronymus ou cet autre jeune homme dont elle a été très amoureuse, qui s’appelait Julien, et qui me trouvait beau !

01:55 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Hieronymus, Journal, Ma soeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

18/04/2009

Vendredi 17 avril 2009

            Hier soir, dixième séance chez Tirésias, durant laquelle il ne fut question presque que de ma sœur. Dimanche 12 avril, lors du dîner, Julie a dit qu’elle enviait l’étroitesse du lien qu’il y avait entre notre mère et moi. Selon ma sœur, nous serions parfois capables de nous comprendre sans même nous parler. Il y a certains de nos silences qu’elle ne comprend pas du tout, mais qu’elle voit bien qui sont parlants pour nous. Comme Cyrille n’était pas présent à ce dîner, parce qu’il avait, ce week-end, la garde de son fils, dont la présence nous est insupportable, à ma mère et moi, qui avons l’agitation des enfants en horreur, je me suis fait la réflexion que nous étions bien égoïstes de ne pas faire l’effort de tolérer davantage le père et le fils. Je me suis également demandé si notre insistance à exhorter Julie à quitter son amant n’avait pas quelque chose de malsain. En quoi cela nous regarde-t-il donc ? Après tout, ma sœur est libre de mener sa vie comme elle l’entend. Il est décidément bien vrai que je ressemble énormément à ma mère, par mon intolérance et mes dégoûts, et cette réalité m’est pénible, car ma mère est une femme à qui je n’aime(rais) vraiment pas ressembler ! Ce m’est d’autant plus pénible que je ne puis m’empêcher de penser que c’est à cause d’elle, et précisément de ses dégoûts, que je suis devenu cet être névrotique qui va s’allonger toutes les semaines sur un divan chez Tirésias. Ce dernier me demande quel type de relation j’entretiens avec ma sœur. Je lui réponds qu’elle est présente dans ma vie comme une évidence : c’est comme si elle avait toujours été là. Peut-être aussi ai-je le sentiment qu’elle m’appartient, puisqu’il me déplaît tant qu’elle ait un Cyrille pour amant. Je ne suis pourtant pas amoureux d’elle, même si j’ai déjà eu l’occasion de parler à Tirésias d’une espèce d’éphémère inceste entre elle et moi, il y a fort longtemps. Comme Cyrille n’était pas là, dimanche dernier, Julie a profité de son absence pour nous faire quelques nouvelles révélations sur lui, grâce auxquelles ma mauvaise conscience n’a pas duré bien longtemps. Au contraire, ce qu’elle nous a appris n’a fait que nous conforter, ma mère et moi, dans la mauvaise opinion que nous avons de lui. Pour commencer, ma sœur nous a redit les forts soupçons que lui avaient inspirés certaines confidences de l’ex-femme de Cyrille sur le cancer des poumons dont il leur avait dit qu’il était atteint. Non seulement personne ne l’a jamais vu se soigner, mais encore serait-il malgré tout presque guéri… Ce n’est pas la première fois qu’un amant de ma sœur lui ment sur des sujets aussi graves. Déjà Hiéronymus lui avait caché qu’il était séropositif. « L’ami de votre sœur serait donc un affabulateur », me dit Tirésias. C’est cela : un affabulateur, qui profite de la crédulité de Julie, crédulité qui n’est d’ailleurs pas loin de me laisser pantois. Pour avoir avec elle des relations sexuelles sans préservatif, celui-ci a en effet réussi à lui faire croire, je ne sais comment, qu’il se faisait prescrire un traitement préventif contre le Sida ! Ce n’est qu’en parlant de ce prétendu traitement au médecin qui la suit que ma sœur, cette sotte, a compris que Cyrille s’était probablement fichu d’elle. Si ce dernier faisait allusion au traitement prophylactique prescrit en cas d’urgence après une exposition au virus, son docteur a expliqué à ma sœur qu’aucun médecin digne de ce nom ne le prescrirait à quelqu’un qui ne cacherait pas qu’il voudrait le recevoir dans le but d’avoir des relations sexuelles non protégées avec une personne séropositive, ne serait-ce que parce que son efficacité n’est pas assurée (aux dernières nouvelles, lui a rappelé son docteur, il n’y a toujours pas de vaccin contre le Sida !). D’autre part, ce traitement coûte une fortune, et ce serait une aberration économique que de le prescrire dans un tel but, surtout avec tant de risques. Soit Cyrille a menti à ma sœur, soit il ment régulièrement à des médecins pour se faire prescrire ledit traitement, soit enfin il a trouvé un médecin véreux qui a bien voulu entrer dans son jeu. Autrement dit : soit il ment, soit il vole, soit il ment et vole. Au cas où il serait bien un voleur, ce qui ne m’étonnerait guère, ma sœur lui a montré ses propres feuilles de remboursement, pour qu’il ait une idée de l’importance des sommes qu’il détourne et cesse de le faire, parce qu’elle croit sans doute qu’il a une conscience… Apparemment, Cyrille et ma sœur ont déjà ‘‘pris des risques’’, comme on dit pudiquement, parce que celle-ci semble craindre de l’avoir contaminé. Elle nous a en effet parlé, à ma mère et moi, de son désir de lui faire signer un document dans lequel il reconnaîtrait avoir toujours été conscient de la séropositivité de ma sœur et n’avoir donc pu être contaminé, le cas échéant, qu’en connaissance de cause… Elle craint en effet qu’en cas de séparation (et de contamination), Cyrille l’attaque en justice, influencé par sa mère et sa sœur, qui la détestent et seraient ‘‘deux vraies connes’’, à ce que dit ma sœur, ce qui n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elles sont du même moule que le grand C. Il me paraît évident que ma sœur, qui n’a jamais été éprise de Cyrille, comme je l’ai toujours dit, n’ose pas le quitter pour plusieurs raisons, dont cette peur de l’avoir contaminé et d’être inquiétée pour cela. Julie semble d’autre part être entièrement sous l’emprise de Cyrille, qui est un affabulateur, comme j’ai déjà dit, et un manipulateur, comme l’était d’ailleurs Camille. Pour l’instant, ma sœur n’admet pas qu’elle est manipulée : elle croit naïvement être celle des deux qui porte la ceinture, parce qu’elle a littéralement entretenu Cyrille pendant plus d’un an et que c’est encore elle qui tient les cordons de leurs deux bourses, parce qu’elle estime que l’argent qu’il gagne pour l’instant lui revient en remboursement des dépenses qu’elle a faites auparavant pour lui. Mais elle ne comprend pas que l’espèce de confort matériel qu’elle a donné à Cyrille et que les ‘‘facilités de caisse’’ qu’elle lui permet encore sont l’heureuse conséquence pour lui d’une manipulation à laquelle elle ne veut pas croire justement parce qu’elle lui donne l’illusion d’être celle qui manie l’argent. Mais encore récemment, elle a vu sa facture de téléphone multipliée par quatre parce que Cyrille avait passé des appels professionnels vers des téléphones portables depuis la ligne fixe de ma sœur. Parce qu’il ne lui avait rien dit, celle-ci ne s’en est aperçue qu’en recevant sa facture. Comme elle a pu lui faire une mercuriale, elle croit être celle qui mène la barque mais, en attendant, c’est bien Cyrille qui a profité de l’espèce d’avance que ma sœur lui a faite et dont la dette s’ajoute à toutes les autres, dont il a tout le loisir de remettre le remboursement aux calendes grecques. Il semblerait enfin que Cyrille garde ma sœur sous son emprise par la terreur. Il y a eu en effet une suite au grotesque épisode de juillet 2008 durant lequel Cyrille avait voulu, par jalousie, ‘‘casser les genoux’’ de Fred, l’ancien amant de julie, suite que cette dernière ne nous a donc apprise que dimanche. Une fois rentrée chez elle, ce soir-là, celle-ci a retrouvé un Cyrille qui, toujours aussi furieux, a sorti de sous leur lit un fusil de chasse avec lequel il est allé s’asseoir dans le salon, laissant dans leur chambre, dont il avait refermé la porte, ma sœur complètement terrorisée, qui se demandait s’il préparait son suicide ou son meurtre… Quand enfin ma sœur a trouvé le courage de sortir de la chambre et de demander à ce furieux ce qu’il comptait faire avec son fusil, celui-ci, qui s’était apparemment un peu calmé, lui a répondu qu’il était tout simplement en train de nettoyer l’arme, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, à une heure si tardive, après avoir passé la plus grande partie de la soirée à errer dans les rues de Mont-de-Marsan à la recherche du pauvre Fred, dont il voulait tout de même casser les genoux, comme j’ai dit… Il me semble évident que Cyrille a voulu menacer ma sœur et que celle-ci garde désormais à l’esprit qu’elle dort au-dessus d’un fusil qui pourrait servir un jour à l’assassiner ou à repeindre en rouge les murs de son salon, si le grand C choisissait plutôt de mettre fin à ses propres jours, ce qui serait un moindre mal et aurait le mérite de régler le problème que constitue cet encombrant amant dont ma sœur ne sait comment se défaire. « Vous êtes donc inquiet pour votre sœur », me dit Tirésias. Je lui réponds que je le suis en effet, mais que mon inquiétude pour elle n’est pas aussi grande que l’indignation que m’inspire le comportement de Cyrille. J’imagine que si j’étais quelqu’un de normal, ce serait la peur pour elle qui l’emporterait. Mais il n’y a rien à faire, c’est l’indignation qui prend le plus de place dans mes pensées, et ma colère contre ce sinistre individu, dont je n’aime ni l’extraction (il faut voir le père et la mère, qui sont réellement plouquissimes), ni les manières (dormir avec un fusil sous son lit, c’est d’un goût !), et qui s’est introduit dans ma famille, pour en détourner ma sœur, qui m’appartient, oui, c’est bien le sentiment que j’ai, ce qui n’est sans doute pas normal, je veux bien en convenir. Je me sens personnellement humilié que ma propre sœur puisse s’abaisser à frayer avec ce ressortissant de Franche-Comté qui est surtout franchement con, comme je dis souvent à ma mère. C’est paradoxal, puisque je me suis moi-même laissé chavirer par un Camille, qui est un peu l’équivalent Landais et pédé de l’amant de ma sœur, il faut bien le dire. Il se peut donc qu’elle et moi nous ressemblions beaucoup par nos amants, comme ma mère et moi par nos dégoûts. Nous avons tous les deux un goût prononcé pour les grands minces et de santé fragile comme sont ou sont censés l’être Hiéronymus, Cyrille ou Camille. Nous nous prenons d’affection pour des menteurs et des manipulateurs. Hiéronymus et Cyrille se ressemblent en effet en cela qu’ils ont fait de très graves mensonges à ma sœur, le premier sur son Sida, qu’il lui cachait, le second sur son cancer, qu’il a sans doute inventé ! Tous les deux en sont venus à se passer du préservatif dans leurs relations sexuelles avec elle, quoique, sans doute, pour des raisons différentes. C’est probablement le déni de sa propre maladie qui a fait agir si mal Hiéronymus, au point de donner le Sida à ma sœur. Quant à Cyrille, il ne m’étonnerait pas qu’il ait l’intention de l’attraper, sans doute dans le but de se lier encore plus ma sœur, par la mauvaise conscience et la culpabilité que la contamination du garçon ne manquerait pas de causer à celle-ci. Peut-être aussi manœuvre-t-il pour la faire tomber enceinte, là encore dans le but de l’enchaîner à lui. Camille aussi m’a menti, quoique que sur des sujets moins graves. Il m’a également beaucoup manipulé. Il est amusant de noter que Cyrille a sans doute été séduit, lui aussi, par ce Camille dans lequel il s’est peut-être reconnu, le fameux soir où il l’a tripoté dans la salle-de-bain, chez ma sœur. Mais comme c’est précisément de Camille, autre grand affabulateur, que je tiens cela, il se peut fort bien que tout soit faux. Je comprends d’autant moins la réticence de ma sœur à quitter son amant qu’elle semble être bien consciente que Cyrille est quelqu’un de fort peu recommandable, puisqu’elle le soupçonne déjà d’être capable de lui faire les pires ennuis si, l’ayant laissé se faire contaminer par elle (ce qui est en soi une folie), elle se décidait enfin à quitter cet illuminé. Sinon, pourquoi donc voudrait-elle lui faire signer ce papier qui n’aurait probablement pas bien grande valeur aux yeux d’un juge ? Tout cela sent la névrose plein nez et d’ailleurs ma sœur m’a elle-même prié de demander à Tirésias s’il n’avait pas un confrère à lui recommander.

02:35 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Fred, Hieronymus, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

16/04/2009

Mercredi 15 avril 2009

            Je rentre à l’instant de chez Tityre, où le beau Clinias et le terrible Cléomédon passent quelques jours de vacances. Je les avais déjà vus, lundi soir dernier, lors d’un dîner chez le même, auquel participait également Anaximandre ‘‘de Paris’’, comme dit Tityre, pour le distinguer du cinquième convive, qui porte le même nom, mais qui, se faisant appeler de celui d’un célèbre cardinal français, sera nommé ‘‘Richelieu’’ dans ce journal, si jamais il doit en être de nouveau question. Don Esteban et d’autres avant lui m’ont dit qu’ils se perdaient dans les noms de tous mes personnages et souhaiteraient donc que je crée un index pour les aider dans leur lecture. Peut-être devrais-je suivre leur conseil. M’y perdant moi-même, j’ai d’ailleurs déjà créé depuis longtemps, pour mon usage personnel, une tabula nominum qui m’aide à retrouver à qui appartiennent les invraisemblables noms que je donne aux personnes évoquées dans ces pages. J’ai appris de Cléomédon, lundi soir, que son Clinias était circoncis ! Je devrais peut-être parler à Tirésias de mon aversion pour les sexes circoncis, aversion toute relative, il est vrai, car je n’arrêtais pas de penser, une fois cette révélation faite, qu’il me plairait fort de voir celui du beau Clinias, que je trouvais d’ailleurs encore plus beau rougissant de l’indiscrétion de son terrible amant. En l’observant ce soir, je me suis tout de même demandé pourquoi je le trouvais si attirant. Quelque chose dans sa façon de se tenir et de se taire, son accent quand il parlait, le col relevé de son polo rentré dans le pantalon, me faisaient penser qu’il avait quelque chose et d’un plouc et d’un demeuré. Mais dans le même temps, je me disais que sa réserve était peut-être une démonstration d’intelligence faite aux intarissables Tityre et Cléomédon qui, plus âgés que nous, n’apprécient guère qu’on leur réponde : ils préfèrent qu’on acquiesce à ce qu’ils disent, quand ils entendent qu’on acquiesce, car le plus souvent, ils sont tout à leurs dialogues de sourds et, même, ils ne s’entendent pas eux-mêmes, préférant se contredire plutôt que de ne pas avoir le dernier mot ! Sans doute Clinias n’est-il pour moi qu’un fantasme, comme l’était déjà Camille, cette autre créature indéfinissable, incompréhensible, inexistante et pourtant l’obsession de mes pensées. Mais il est peu probable que j’aie le temps de parler demain de mon aversion tout relative pour les sexes circoncis. J’aurai sans doute bien trop à dire sur ce que ma sœur nous a confié, à ma mère et moi, dimanche dernier à propos du grand C, qui est apparemment quelqu’un de beaucoup plus inquiétant que j’aurais cru.

03:32 Publié dans ''Richelieu'', 2009, Anaximandre, Camille, Cléomédon, Clinias, Cyrille, Don Esteban, Journal, Ma mère, Ma soeur, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

09/04/2009

Mercredi 8 avril 2009

            J’ai dit dans ma relation de la septième séance chez Tirésias que je n’avais d’abord pas su formuler aussi nettement que dans le récit que j’en faisais ensuite dans ce journal certaines des choses que j’avais dites à mon analyste. C’est de ces choses qu’il fut de nouveau question lors de la huitième séance. Inutile, donc, de les récrire ici. Quant aux choses qui n’avaient pas déjà été dites lors de cette septième séance, elles le furent de nouveau lors de la neuvième, hier matin. Autant donc en faire directement la relation. J’ai commencé par parler de la soirée du samedi 4 avril à Montfort avec Tityre. Lors de la séance précédente, la huitième, je m’étais arrêté sur une expression qu’avait relevée Tirésias : « J’ai peur, avais-je dit, de ne pas être à la hauteur ». Cette peur s’est sans doute fait ressentir lors de ladite soirée à Montfort, où étaient présents plusieurs couples, membres d’une association d’homosexuels à Mimizan. J’avais le sentiment de ne pas pouvoir intéresser tous ces garçons dont le cœur était déjà pris. Je me sentais un peu honteux de ne pas être dans la même heureuse situation qu’eux. Il est vrai que je pouvais passer pour l’amant de Tityre, mais, d’une part, je gardais à l’esprit que ce n’était qu’une apparence, et, d’autre part, le fait que ce dernier soit mon aîné de plus de vingt ans ne me valorisait pas. J’avais l’impression d’être dans la position de quelqu’un qui n’avait pas trouvé mieux. J’ai redit à Tirésias que je n’avais jamais eu de véritable histoire avec un garçon de mon âge. Quand ma préférence ne va pas, comme d’habitude, aux garçons plus jeunes que moi, c’est que j’ai des aventures avec des hommes plus âgés, pour me trouver à mon tour dans la position du plus jeune. Ce dernier point s’explique, je pense, par le fait que la jeunesse est sans doute la seule valeur sûre ayant cours dans le milieu des homosexuels : aux yeux de plus vieux que moi, je me sens donc valorisé. Quant au premier point, il peut s’expliquer par cet autre fait que, vraisemblablement, j’ai fait miennes ces valeurs homosexuelles que je déplore pourtant. Mais j’ai pu constater, samedi soir, à Montfort, que bon nombre des trentenaires présents étaient fort à mon goût. Beaucoup étaient beaux, et d’une beauté assez proche de celle à laquelle je suis sensible chez les garçons plus jeunes que moi. Parce que, probablement, les générations se sont mises à vieillir plus lentement qu’autrefois, et peut-être aussi du fait du jeunisme, les trentenaires sont encore très souvent des garçons plutôt que des hommes tels qu’on pouvait se le représenter naguère encore. La barrière qu’il y a entre eux et moi n’est donc pas physique, puisque je suis sensible à leur beauté, mais bien morale : je ne me sens pas à la hauteur de ce que j’imagine être leurs attentes, parce que je n’ai pas de revenus ni de statut social digne du leur. Avec les garçons de vingt ans, il me semble, peut-être à tort, d’ailleurs, que ces questions de moyens et de statut ne se posent pas encore. Avec de plus âgés, mon infériorité est dans l’ordre des choses et constitue même ma supériorité, puisque c’est alors ma jeunesse qui fait ma valeur : je me fais d’ailleurs souvent payer (ce que je n’ai pas encore dit à Tirésias, de peur qu’il n’augmente ses prix s’il apprend que j’ai ces revenus supplémentaires !). Depuis la séance précédente, j’ai l’impression de me répéter. J’avance moins vite. D’ailleurs, lors de cette neuvième séance, il y a eu de très longs moments de silence. Je ne savais pas quoi dire.

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06/04/2009

Dimanche 5 avril 2009

            Suis allé hier soir à Montfort, pour assister, avec Tityre, à la pièce de théâtre qu’a écrite et dans laquelle jouait Agathon, ce courageux efféminé qui s’était presque battu avec le terrible Cléomédon, l’autre soir, pour prendre la défense de son mignon obèse, que Tityre appelle entre nous ‘‘la grosse loche’’, mais que nous nommerons ici plus charitablement Polysarque. Agathon, Tityre et Polysarque font partie d’une association de pédés dont d’autres membres étaient venus assister au spectacle, attirés sans doute par le buffet qui était prévu ensuite. Comme dit le charmant Apollodote, qui est le président de ladite association, installée à Mimizan : « Nous ne sommes pas un groupe de rencontre ». Et en effet, tous ces garçons étaient en couple. Ils étaient presque tous de ma génération, souvent beaux, et apparemment heureux, ce qui m’a plongé dans une tristesse que, fort heureusement, je n’ai pas eu trop de mal à dissimuler : ils m’exhibaient inconsciemment ce bonheur à deux qui m’est encore inaccessible, du fait de mes nombreuses névroses. J’en parlais justement à Tirésias, lors de notre dernière séance : je n’ai jamais pu avoir de relation vraiment sérieuse avec quelqu’un de mon âge. Physiquement, je préfère les garçons plus jeunes ; je puis assez facilement coucher avec des hommes plus vieux que moi, desquels je me fais généralement payer ; mais il m’est presque impossible de me lancer dans une véritable histoire avec quelqu’un de ma génération. Ils étaient pourtant beaux à regarder ces garçons de mon âge, hier soir, et d’ailleurs, pour la plupart, c’étaient bien encore des garçons au sens large où je l’entends : je les trouvais fort attirants, attirants, mais inaccessibles. Je n’ai pas le courage ni les ressources nécessaires pour m’engager avec de tels garçons. Je devrais être comme eux, je veux dire dans la force de l’âge et plein de toutes les ressources possibles, mais c’est tout le contraire : je n’ai aucun revenu, aucune situation sociale. Je ne pourrais tout bonnement pas être à la hauteur. « Bien ! a conclu Tirésias. Etre à la hauteur. Nous nous arrêterons sur cette expression pour aujourd’hui : ‘‘Etre - à - la - hauteur’’. » Tirésias a raison : je me suis arrêté de grandir. Je suis resté coincé à l’âge d’adolescent ou de tout jeune homme : d’où ma préférence pour les garçons plus jeunes que moi ; d’où la facilité avec laquelle je me prostitue à des personnes plus âgées : pour vivre comme quand j’avais vingt ans, à l’époque où Augustin et moi vendions nos charmes, lui parce qu’il avait toujours plus de vêtements à acheter, et moi parce que c’est lui que je voulais acheter.

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03/04/2009

Jeudi 2 avril 2009

            Huitième séance avec Tirésias aujourd’hui. Mais je me rends compte que je n’avais pas encore rapporté ce que j’avais dit lors de la septième séance. Je recopie donc ici ce que j’écrivais dans mon autre journal, celui de mon analyse, le jeudi 26 mars dernier : Suis revenu sur les deux traits physiques qui ont rendu Camille si attirant pour moi. Premièrement, sa rousseur, qui est un élément féminin, si vraiment c’est à Anja ou à Sandrine F*** qu’elle renvoie. Peut-être suis-je une espèce d’hétérosexuel refoulé. Je n’ai jamais eu de dégoût sexuel pour les filles, comme il paraît qu’il arrive à certains homosexuels. D’ailleurs, j’ai été l’amant d’Anne D*** pendant trois années. (Le prénom d’Anne était-il un vestige de celui d’Anja ?) Ce qui me sépare des filles, c’est plutôt la peur que j’ai de leur inspirer moi du dégoût, à cause de ma mère, qui m’a toujours fait ressentir personnellement celui qu’elle avait pour les hommes. J’ai raconté à Tirésias la soirée du samedi 28 février, avec Tityre et Lydie, durant laquelle je m’étais fait draguer par cette dernière, qui avait très ostensiblement envie que je la baise. Elle ne cessait de me passer la main dans les cheveux, comme aurait fait une mère, et c’est sans doute parce que cette mère, qui n’était certes pas la mienne, me faisait voir que, loin d’être dégoûtée, elle était au contraire très attirée par moi, que, pour une fois, je ne me suis pas senti trop mal parmi la foule au milieu de laquelle je ne puis, d’habitude, me défaire de l’espèce de raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me paralyse littéralement. Tirésias m’a demandé si j’avais ressenti de l’excitation sexuelle au moment où Lydie, qui avait voulu que je l’accompagne au petit coin, s’est mise à uriner devant moi. Non, ce n’a pas été le cas. Pendant l’enfance, j’étais attiré sexuellement (d’une sexualité d’enfant) par les filles dont je tombais déjà amoureux (Florence P***, par exemple, qui est évoquée dans la Ballade de mes petites amoureuses. Je m’aperçois, en relisant cette ballade, que la petite Virginie, « De toutes elles ma première/Aux tâches rousses infinies », avait donc déjà de la rousseur en elle). Mais j’étais également attiré par les garçons dès cette époque. En revanche, à partir de l’adolescence, je n’ai plus été attiré sexuellement par des filles dont je continuais pourtant à tomber amoureux (par exemple la belle Sabine au lycée, Valérie à la faculté) et d’ailleurs, je n’ai jamais été amoureux d’Anne D***, avec qui j’ai donc été capable de coucher pendant trois ans. Excepté pour cette dernière, que j’ai beaucoup méprisée, non pas intellectuellement, mais sentimentalement, et physiquement, j’avais pour ces filles une sorte d’amour courtois qui excluait toute relation charnelle. Il s’agissait pour moi de rendre comme un hommage à leur beauté, à leur pureté. Il n’était d’ailleurs pas rare que ces filles soient lesbiennes, comme l’était Valérie, et comme était réputée l’être Sandrine F***, dont il est vrai que je ne fus pas à proprement parler amoureux. Le fait qu’elles fussent lesbiennes réglait ainsi le problème des relations sexuelles avec elles : il n’en était tout simplement pas question. Pour décrire à Tirésias la beauté foudroyante de Sandrine F***, j’ai d’abord comparé celle-ci à une biche, puis, aussitôt après, à Artémis. Le fait même que je parle de beauté foudroyante n’est sans doute pas anodin. Cette beauté de déesse qui tue les hommes, c’est probablement ce que ma mère m’a fait comprendre qu’il m’était interdit de souiller, à force de me faire ressentir le dégoût qu’elle avait des hommes et de moi. Il ne m’était permis que de rendre hommage à cette beauté, par des regards (contrairement au pauvre Actéon qui en meurt), par des mots (des poèmes, souvent) ou des cadeaux, des offrandes, comme à la blonde Sabine. Mais quant à honorer physiquement ces filles, je n’y pensais même pas. L’autre trait qui m’a séduit en Camille, c’est sa faiblesse physique, sa maladie. Je me suis récemment aperçu de ce fait, que j’ai rapporté à Tirésias : toutes les fois que, à la télévision, j’entends qu’il y a ou apprends qu’il y aura une émission ou un reportage consacré à un adolescent ou à un jeune homme malade ou physiquement affaibli, je cesse toute activité ou prévois de me libérer pour pouvoir regarder l’émission ou le reportage. Si c’est à une fille que le reportage est consacré : ça ne m’intéresse plus du tout. Pourquoi, me demande Tirésias, la faiblesse, la fragilité du garçon revêt-elle une telle importance à mes yeux ? « Je ne sais pas du tout. – Mais si, vous savez. » Je n’ai d’abord pas su le formuler aussi nettement qu’à présent : mais c’est sans doute encore à cause de ma mère, qui m’a tout bonnement transmis son dégoût des hommes. Un garçon qui est physiquement faible, fragile ou malade, c’est un garçon qui n’est pas vraiment viril, même s’il le reste dans sa manière de se tenir, de parler, de se déplacer, etc. Sa virilité devient acceptable, selon les critères de ma mère et qui sont devenus les miens : elle est tempérée par sa faiblesse. C’est sans doute aussi pourquoi j’ai plutôt le goût des garçons grands et maigres, grands, parce qu’ils paraissent encore plus maigres : c’est-à-dire fragiles et, donc, d’une virilité incomplète, inachevée. Peut-être même recherché-je, dans les garçons, une part de féminin qu’il me soit permis d’honorer cette fois physiquement. Les garçons tels que je les aime, ce seraient des filles avec lesquelles il me serait permis de coucher. Je trouve cette idée profondément dérangeante. Mon amour des garçons a toujours été pour moi d’une telle évidence que je n’ai jamais douté jusqu’alors que je les aimais pour ce qu’ils étaient, c’est-à-dire précisément des garçons, dont je trouve que le nom est l’un des mots les plus beau de la langue française, qui sert à désigner cette race si particulière, rare parce que, éphémère, elle semble en perpétuelle voie de disparition, cette espèce de troisième sexe qui n’est certes pas les hommes, mais qui n’est évidemment pas pour autant les femmes, ni les filles ! Et pourtant, c’est ce que semble indiquer mon analyse, au stade où j’en suis : les garçons seraient des filles qui ne me sont pas défendues.

00:40 Publié dans 2009, Anja, Anne D***, Camille, Florence P***, Journal, Lydie, Ma mère, Sabine, Sandrine F***, Tirésias, Tityre, Valérie, Virginie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note