29/03/2009
Samedi 28 mars 2009
Ils sont déjà deux, Tityre et Osman, pour ne pas les nommer, à me dire que Géronte est réputé sidéen, ce que celui-ci s’est bien gardé de me dire. Il y a une quinzaine de jours que j’ai rencontré ce dernier. Il est presque vieux, franchement laid, mais très gentil et, quand nous couchons ensemble, dans le noir complet, c’est un enchantement. C’est Pascal Quignard, je crois, qui dit, dans Le Sexe et l’Effroi, qu’il ne faut pas s’étonner de voir des courtisanes chevaucher des hommes, sur certaines fresques de Pompéi. Loin de les dominer, comme on pourrait croire, ces femmes sont au contraire tout au service des hommes, qui n’ont rien à faire que recevoir le plaisir que celles-ci s’efforcent de leur donner. En ce sens, ils restent bel et bien ‘‘actifs’’, malgré les apparences. Géronte et moi baisons à la romaine. C’est lui qui fait tout. Moi, je ne fais absolument rien que bander, et pourtant, à aucun moment je ne cesse de me sentir ‘‘actif’’, même si, souvent, je m’abandonne entièrement aux bons soins de Géronte, lui-même entièrement passif, mais un passif qui ne cesse de s’activer. A présent que je le soupçonne d’être séropositif, je ne suis plus très sûr de vouloir le revoir. J’ai beau savoir que l’évêque d’Orléans a probablement dit une sottise en prétendant que le préservatif n’était pas entièrement efficace contre le virus du Sida en cela que celui-ci étant infiniment plus petit qu’un spermatozoïde risquait de passer à travers le latex, prévu seulement pour empêcher le passage du sperme, (j’écris qu’il avait probablement dit cela, parce que je ne fais aucune confiance à la presse, qui est incompétente et partisane, et souvent prête à déformer les faits et les propos pour les rendre conformes à la réalité dont elle veut donner l’illusion), je sais aussi que le préservatif, pour d’autres raisons, n’est pas efficace à cent pour cent, ne serait-ce que parce qu’il peut se déchirer, et plus souvent qu’on croit. Depuis le 1er mars 2008, date à laquelle j’ai commencé à dresser la liste de mes partenaires (mes ‘‘clients’’ et ceux à qui je m’offre), soit depuis un peu plus d’un an, je me suis mis à avoir une vie sexuelle plus intense qu’auparavant. Sur les 72 relations sexuelles que j’ai eues depuis cette date (plus en réalité, parce que j’ai plusieurs fois oublié d’en noter sur ma liste), il est arrivé deux fois que le préservatif se déchire. En arrondissant à 100 le nombre de relations sexuelles que j’ai eues pendant cette période, je pourrais donc dire que le préservatif n’est efficace qu’à 98%, ce qui signifie qu’en une année seulement, en baisant un peu plus d’un jour sur trois, l’on risque de déchirer deux fois son préservatif, c’est-à-dire encore : une fois tous les six mois. Si donc j’avais Géronte pour partenaire unique, en baisant autant de fois avec lui seul pendant un même laps de temps, par deux fois je risquerais d’attraper le Sida. C’est pourquoi je ne suis plus très sûr de vouloir baiser encore avec lui. Autre exemple de l’efficacité toute relative du préservatif, pour ne pas dire de sa nocivité : c’est Hiéronymus, son ancien amant, qui a transmis le Sida à ma sœur, après plusieurs années de vie de couple. Pendant toutes ces années, deux ou trois, trois ou quatre, quatre ou cinq, je ne sais plus, Hiéronymus, comme Géronte, était réputé sidéen, parce qu’il était hémophile. Mais sa séropositivité n’était qu’une rumeur, qu’il n’a jamais voulu confirmer, pas même à ma sœur, qui l’invitait pourtant régulièrement à faire des tests, pour savoir ce qu’il en était. Jamais celui-ci n’accepta d’en faire. Il préférait laisser entendre, sans aller jusqu’à le dire explicitement, qu’il n’était qu’hémophile. Pendant toutes ces années, Hiéronymus utilisa des préservatifs lors de toutes les relations sexuelles qu’il eut avec ma sœur. Un jour pourtant, ma sœur, cette folle, lui présenta le dernier test qu’elle avait fait, négatif comme tous les autres, en lui lançant cette espèce d’ultimatum : « Vois, je ne suis pas séropositive. S’il en est de même pour toi, il ne nous est désormais plus nécessaire d’utiliser des préservatifs. Puisque tu me dis, depuis toutes ces années, que tu n’es pas contaminé, je veux bien te croire. J’ai confiance en toi. » Pourquoi douter en effet de l’honnêteté d’un garçon qui, pendant toutes ces années, avait utilisé des préservatifs lors de chaque relation sexuelle avec ma sœur ? N’était-ce pas une preuve éclatante du respect qu’il avait pour elle et du souci de sa bonne santé ? C’est ainsi qu’il lui donna le Sida. Je prétends que, dans cette sombre affaire, l’usage du préservatif ne servit qu’à rendre le crime possible en amadouant la victime. Il fut le fourreau dans lequel le poignard était resté glissé jusqu’à l’heure du crime. (Inutile de préciser, j’espère, que je suis de ceux qui pensent que le préservatif est en effet la meilleure protection contre le virus du Sida pour ceux qui tiennent absolument à baiser avec des gens dont ils ne connaissent pas le statut sérologique. Mais je pense aussi que baiser n’est pas une obligation, ou bien encore que l’on peut s’obliger à ne pas baiser, contrairement à ce que prétendent les sectateurs du ruban rouge, qui semblent en être encore à prendre les africains pour des nègres, c’est-à-dire pour des singes parfaitement incapables de réfréner les pulsions sexuelles qui les animent entre deux séances d’épouillage, ce qui n’est pas d’un antiracisme très orthodoxe… (Quel est donc ce curé, ou plutôt cette bête, qui disait que le sexe était le seul plaisir qui restait aux pauvres ? Ce n’est donc que cela, un pauvre, aux yeux des prêtres modernes ? Une bête ? Et quelle méconnaissance des pauvres, de la part de quelqu’un qui a fait vœu de pauvreté ! Le grand plaisir des pauvres, c’est évidemment de bouffer, de bouffer mal, mais copieusement ! Il suffit de regarder leurs caddies pour s’en convaincre.))
04:29 Publié dans 2009, Géronte, Hieronymus, Journal, Ma soeur, Osman, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal quignard, le sexe et l'effroi
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