24/03/2009
Lundi 23 mars 2009
Voici deux compliments ‘‘à double tranchant’’ qu’on m’a faits ces jours-ci : « Tu es drôlement svelte pour un ancien fumeur. » « Tu vaux largement plus que 20 EUR, mais ce serait trop cher pour moi. » Quand je pense qu’un internaute qui m’assure respecter ma lecture des choses qu’a dites ce pauvre évêque de Rome au sujet du préservatif m’a demandé, tout à l’heure, dans son commentaire à l’article que j’ai récemment consacré au sujet, comment on pouvait se protéger du Sida quand on n’avait que la prostitution pour survivre ! C’était une question toute rhétorique, évidemment. Mon internaute avait trouvé là un argument de poids : il m’exhibait la veuve et l’orphelin ! Je recommande bien sûr l’usage du préservatif aux prostitué(e)s, et pas uniquement à celles et ceux qui pratiquent le plus vieux métier du monde pour survivre, comme dit cet internaute aux idées courtes, mais à ceux qui le font aussi pour mieux vivre seulement, pour mettre du beurre dans les épinards, comme c’est parfois mon cas. S’il ne s’agit que d’être celui qui a la plus grosse, je parle de la largeur d’esprit, bien sûr, ce pourrait bien être moi, car non seulement j’admets, comme tout le monde, que le préservatif protège du virus du Sida lors d’une relation sexuelle, mais je comprends aussi la position du pape, qui dit l’évidence, c’est à savoir qu’on n’attrape pas non plus le Sida en ne faisant pas l’amour du tout. Quant aux raisons qui poussent le pape à faire la promotion de l’abstinence plutôt que du préservatif, elles le regardent lui plutôt que moi, lui et les catholiques, dont je ne suis pas. Moi qui ne suis pas le pape, je recommande l’usage du préservatif à tous ceux qui tiennent absolument à baiser avec quelqu’un dont ils ne connaissent pas le statut sérologique, comme on dit quand on est romantique. Cela dit, on peut aussi ne pas baiser : ce n’est pas une obligation du tout, contrairement à ce qu’on pourrait croire, par les temps qui courent. « Par ailleurs, pour reprendre les termes d’un autre internaute, dans un commentaire laissé plus récemment à la suite du même article, de multiples pratiques sexuelles existent sans qu’on ait besoin de recourir à des préservatifs : s’embrasser, se caresser, se masturber mutuellement, se doigter… » C’est très juste, et cela me conforte dans l’idée que la lutte contre le Sida est devenue une religion bien peu tolérante. Non seulement, par le mépris de l’abstinence qu’elle promeut, elle n’est pas loin de faire honte à ceux de ces adeptes qui n’auraient pas de relations sexuelles, mais encore prétend-elle leur dicter la manière dont ils doivent faire l’amour ! Avant que l’homosexualité n’entre dans les mœurs, il n’était permis de faire l’amour qu’avec des personnes du sexe opposé. Mais à présent que les mœurs se sont si durement relâchées ou plutôt si sévèrement libérées, il n’y a toujours, selon la nouvelle religion, qu’une honnête façon de faire l’amour : il faut désormais qu’il y ait, nécessairement, pénétration d’un orifice. C’est sur ce terrain-là, celui de la pénétration, que s’est déplacée l’obligation. (Quel pédé ne s’est jamais entendu poser cette question : « Actif ou passif ? ». On peut être l’un ou l’autre. On peut être les deux. Mais si l’on n’est ni l’un ni l’autre, c’est déjà beaucoup plus suspect. Heureusement, il reste la pénétration de la bouche. Tout s’arrange.) On sait bien qu’il n’y a qu’en usant du préservatif qu’on peut se protéger du Sida : on nous le répète assez comme cela ! C’est donc que n’est pas très orthodoxe le safe sex, dont l’invention du terme coïncide pourtant, je crois (mais je n’en jurerais pas (après tout, ces pratiques sont vieilles comme le monde)), avec l’apparition du Sida et donc de la lutte contre lui, ce nouveau sacerdoce ! J’exagère, bien sûr. Tout est permis, plutôt que l’abstinence. Le safe sex est l’abstinence du nouveau dogme. Nos nouveaux prêtres nous le permettent évidemment, mais uniquement dans la mesure où il est préférable à l’absence de sexe.
02:32 Publié dans 2009, Hévrèse, Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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