12/03/2009

Mercredi 11 mars 2009

            Il était prévu que je déjeune avec cette hyène d’Ascylte, aujourd’hui, qui devait ensuite comparaître, à deux heures, dans un procès qui se tient en ce moment à Mont-de-Marsan, hélas à huis-clos, à cause de quoi je n’ai pas pu l’aller voir sévir, comme j’aurais voulu. Ce crétin a annulé notre déjeuner au dernier moment, parce que, s’étant fait pirater une nouvelle fois sa carte bancaire sur Internet, il a dû prévenir sa banque et porter plainte, à Bordeaux, ce qui l’a fait prendre la route pour Mont-de-Marsan beaucoup plus tard que prévu. Il m’a proposé de dîner avec lui, ce que j’avais l’intention de faire avec Tityre, à qui j’ai donc demandé s’il accepterait d’inviter également à sa table cet ami dont je lui avais parlé, expert en psychologie mais certes pas en bonnes manières, puisqu’il ne sait pas se tenir à table, mâche les aliments en ayant la bouche ouverte et boit le vin qu’on lui sert comme un paysan laperait sa soupe, c’est-à-dire avec force bruit. « Tityre, je t’en conjure, c’est une occasion unique pour toi de voir le traître de tes yeux, celui qui n’a pas hésité à trahir son amitié pour moi pour me voler Camille. Tu vérifieras ainsi que je n’inventais rien, qu’il est réellement d’une laideur peu commune et d’une bêtise abyssale. » Comme à son habitude, Ascylte a voulu impressionner son nouveau public, auquel il tentait de faire croire que ses seules expertises suffisaient à faire basculer les procès, ce qui pourrait bien être vrai, d’ailleurs, et c’est bien le plus effrayant ! Il ne voulait pas rester trop tard, parce qu’il devait se lever tôt demain et qu’il aurait de la route à faire, jusqu’à Grenoble, où sa présence était indispensable, disait-il, dans un procès en appel, vendredi matin, à la première heure. « Si je n’y vais pas, le mis en cause pourrait bien être condamné à quinze ou vingt années d’emprisonnement. Alors que si j’y vais, il ne sera condamné qu’à cinq années. – Mais s’il doit être condamné dans tous les cas, c’est qu’il est coupable ! Laisse-le donc à son sort, il l’aura sans doute mérité. – Mais je suis le seul à avoir remarqué les lésions neurologiques du mis en cause… (Je crois que c’est ainsi qu’il l’a dit.) – Quoi ? Il est fou et tu veux le faire sortir plus tôt de sa prison ? » J’avais vraiment envie de baiser, et Ascylte était là, tout disponible, ou presque. « Ascylte, mon petit Ascylte, s’il te plaît, je t’en prie, reste avec moi, l’implorais-je de mes plus beaux yeux… –  Mais pourquoi ? – Devine ! – Je resterais bien, mais ma conscience me l’interdit : c’est de la vie d’un homme qu’il s’agit. » Je me suis montré si convaincant qu’Ascylte, à la fin, nous tint ce beau discours : « Et puis merde, après tout, je suis censé être en arrêt maladie. Je ne vais pas me taper huit-cent kilomètres pour un arabe qui ne parle même pas français. J’aurai dans les 300 EUR de frais, on m’en remboursera peut-être 500. Ça ne fait un bénéfice que de 200 EUR, et qui me sera versé à une date indéterminée, comme à chaque fois. Pourquoi est-ce que je me ferais chier ? » Ah ! Elle est belle la conscience des experts ! Mais que mes lecteurs se rassurent. Maintenant que ma soif est étanchée, je jure de faire partir Ascylte à la première heure, demain, pour Bordeaux, où il doit récupérer ses dossiers. Et ensuite : à Grenoble ! J’avais dit l’autre jour que je voulais revoir Ascylte pour vérifier que j’avais toujours autant de haine pour lui. Hélas, il n’en est rien. Mais mon mépris n’en est que plus grand.

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