05/02/2009

Mercredi 4 février 2009

            Hier soir, Laurent Belkacem m’a écrit sur le site Facebook, pour me signaler une coquille dans le texte que je venais de publier dans mon blogue. « Il m’a expliqué, avais-je écrit dans mon journal, que c’étaient ses amis qui préféraient se servir de son second prénom, qu’ils trouvaient plus moderne, mon vieilli ! » Même en relisant ce texte, je n’ai d’abord pas vu la coquille, mais ai bien lu moins, comme il le fallait, au lieu de mon. Ce n’est qu’en découvrant la suite du message de Laurent Belkacem que je me suis enfin aperçu de mon lapsus calami : « Je suppose que c’est un ‘‘mon’’ pour un ‘‘moins’’ », me disait-il. Les deux lettres que je n’avais pas écrites, i et s, ont, en lettres capitales, IS, une forme assez semblable à celle du nombre 15. Or la veille, à propos d’un texte que j’avais écrit sur Facebook encore, pour répondre à l’invitation de Raphaël Juldé, qui m’avait taggué pour que je participe à un jeu qui consistait à écrire ce texte en 25 points, puis à inviter 25 ‘‘amis’’ à en écrire un à leur tour, celui-ci m’avait fait remarquer que j’avais, par erreur, écrit deux n°15. Mon texte était en grande partie consacré à l’amitié et au fait que j’ai fort peu d’amis. « Tu n’as pas 25 amis, m’avait écrit Raphaël Juldé, en commentaire, par contre tu as deux 15… » Ce n’est peut-être pas un hasard, si j’ai omis d’écrire ce 15, I et S, en réalité, dans un mot, moins, qui est particulièrement approprié pour dire le nombre de mes amis : j’en ai moins que la plupart des gens. Si l’on peut juger de la qualité, de la valeur d’un homme au nombre de ses amis, force m’est de reconnaître que j’ai peu de valeur, en effet, comme Tirésias m’avait fait remarquer que je le pensais. Le texte écrit pour Facebook avait trop de 15, puisqu’il en avait deux. Or ces deux points 15 se situaient à l’endroit d’une rupture dans le texte. Dans le premier n°15, je disais qu’une soirée à laquelle j’avais été invité par mon ami Tityre se déroulait dans la joie et la bonne humeur. « Nous avons beaucoup ri et bu », avais-je écrit. Mais dans le second n°15, j’écrivais qu’il fallait absolument que je raconte la scène de bagarre à laquelle j’avais assisté ensuite, ce que je faisais dans le reste du texte, sur le ton de la moquerie, de la dérision et presque du mépris, comme si je voulais absolument signifier que moi, je n’étais décidément pas comme ceux dont je me moquais, que je n’appartenais pas vraiment à leur groupe. (Mais : et si c’était moi qui avais moins de prix qu’eux, et qui étais le plus digne de mépris ?) Après m’être particulièrement bien amusé parmi eux, je m’étais soudain senti en trop. D’ailleurs, je n’ai pas voulu aider à séparer les pugilistes, comme si je ne me sentais pas concerné, comme si leur sort m’indifférait : après tout, ce n’étaient pas vraiment mes amis, mais ceux de Tityre. Un autre garçon n’a pas voulu s’interposer entre les bagarreurs, ce soir-là, et c’était précisément celui qui me plaisait, avec qui j’aurais aimé devenir ami, mais qui m’était interdit, parce qu’il avait déjà un amant, un amant qui plus est très jaloux, et très violent, puisque c’était justement celui qui en était venu le premier aux mains. Ce moins dont j’ai retiré les deux lettres qui veulent dire trop aurait donc bien pu vouloir dire trop lui aussi. Or, dans mon journal, ce trop que je ne voulais pas écrire se trouvait juste devant le mot vieilli : sans doute ne voulais-je pas admettre que j’étais trop vieux, trop vieux pour le garçon dont je parlais à ce moment-là dans mon journal, avec qui j’avais déjà couché, mais dont j’aimerais me faire un véritable ami. (Si j’aime un prénom que les garçons de son âge jugent trop vieilli, c’est bien que j’ai des goûts de vieux !) Je ne voulais pas reconnaître que son amitié m’était probablement inaccessible, du fait de mon âge, comme m’était interdit le garçon de la soirée chez Tityre. Je préférais écrire un mot qui dise mon désir, qui est de voir le garçon de mon journal devenir mon, c’est-à-dire mien, pour oublier Camille. (Vraiment ? Oublier Camille ? Ou seulement le remplacer, ou plutôt m’en libérer ? Tityre m’avait dit que le garçon qui me plaisait, lors de la soirée chez lui, aimait beaucoup les rouquins comme Camille. N’avais-je pas plutôt le désir de plaire à ce garçon pour me sentir aussi désirable que Camille, c’est-à-dire pour avoir le sentiment d’avoir autant de valeur que lui ?) Mon lapsus a-t-il vraiment le sens qu’il me semble lui avoir trouvé, ou si je viens de l’inventer à mesure que je l’écrivais ? Après tout, c’est un peu tiré par les cheveux et, d’ailleurs, i et s en lettres capitales ne ressemblent pas tant que cela au nombre 15, comme je le prétends. Une chose est sûre, cependant : j’ai relu le texte de mon journal une bonne dizaine de fois avant de le publier, comme je fais d’habitude. J’y ai corrigé plusieurs fautes de toutes sortes, mais à aucun moment je n’ai été capable de relever ce lapsus, jusqu’à ce que Laurent Belkacem me le signale.

Commentaires

Nous vous pardonnons votre lapsus calami et vos autres fautes (pour parodier Frédéric II dans Lettre à Voltaire) !

Ecrit par : racam | 05/02/2009

Vous êtes bien indulgent, cher Racam...

Ecrit par : Olivier Bruley | 06/02/2009

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