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28/01/2009

Mercredi 28 janvier 2009

            Ce qui me peine le plus, ce n’est pas que Camille n’ait pas eu d’amour, mais qu’il n’ait pas non plus beaucoup d’amitié pour moi. Cette douleur-ci est sans doute moins vive que celle-là (qui était plutôt de la colère, causée par la trahison de l’autre, Ascylte), mais elle est lancinante, persistante, faite pour durer. Je disais bien que j’étais un candide : je découvre que ce n’est pas parce que je fais en sorte de me montrer aimable, serviable, secourable, qu’on aura pour moi de l’amitié en retour. Ce n’est pas parce qu’on est nécessairement le centre de son petit monde qu’on exerce sur autrui tout l’attrait qu’on voudrait. Ce n’est pas parce que j’existe, ce n’est pas parce que je suis là, qu’il (peu importe qui, celui qu’on voudrait) me voit. Il faut vraiment que je manque d’amitiés pour vouloir de celle d’un Camille ! Après tout, ce Camille, c’est un garçon qui, quand je menaçais de dénoncer Ascylte en toute honnêteté, c’est-à-dire en ne disant que la vérité, n’a pas hésité un seul instant à menacer à son tour, pour me nuire, d’inventer de faux griefs à mon encontre, pour les dénoncer en représailles, au cas où ils n’auraient pas suffi à me dissuader ! Et pour si mal agir, Camille n’avait pas même l’excuse de l’amour, puisqu’il est évident qu’il n’a que du mépris pour Ascylte, qui le mérite bien, certes, mais là n’est pas la question. Voilà sur quoi j’aimerais fonder une nouvelle amitié ! Il faut dire que je suis quelqu’un de profondément fidèle. Bien sûr, comme n’importe qui, je puis simuler la fidélité auprès de quelqu’un à qui je ne me sens pas lié, par intérêt ou pour toute autre raison. Mais lorsque je me sens engagé envers quelqu’un, ma fidélité est sans doute indéfectible. Quant à savoir à quoi tient un tel sentiment d’engagement et presque de foi, je serais bien incapable de le dire. Cela ne relève pas de mon jugement et mes ‘‘choix’’, si je puis dire, sont probablement des plus injustes. La preuve en est que Camille ne m’a pas moins trahi qu’Ascylte, au fond. Mais il n’y a que sur ce dernier que se soit déchaînée ma haine. Camille, je n’ai cherché qu’à le retrouver au plus vite, pour pouvoir continuer d’avoir foi en lui, cet être sans foi ni loi. J’avais besoin d’avoir cette incompréhensible foi. Je ne pouvais pas faire autrement. Croire en Camille, c’est un peu comme avoir foi en ce dieu des jansénistes qui n’accorde la grâce qu’à ceux qu’il lui plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, comme d’ailleurs je n’accorde ma foi qu’à ceux qu’il me plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, et sans que je sache vraiment pourquoi. Bien sûr, Camille et moi, nous nous ressemblons, nous nous ressemblons par ce qu’il y a de mauvais en nous. Je me reconnais un peu en lui, peut-être beaucoup. Mais cela ne peut tout expliquer. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », disait Montaigne. Mais c’est bien plus mystérieux entre Camille et moi, bien plus terrible : Parce que c’était lui, c’est tout ce qu’il est possible de dire. Quelle amitié pourrait reposer sur la promesse d’une telle amputation ? Ce n’est pas une promesse, c’est une condamnation. La solitude en est la peine.

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26/01/2009

Dimanche 25 janvier 2009

            La tempête d’hier semble avoir été beaucoup plus forte que celle de 1999, qui n’avait duré que le temps d’un gros orage, disait ma mère ce soir, tandis que les éléments se sont déchaînés pendant des heures, hier matin. Je ne puis que la croire sur parole, puisque je dormais à ces heures-là. Mais à midi, et pendant toute la première partie de l’après-midi, le vent a continué de souffler très fort. Les dégâts sont apparemment très grands. Il paraît que le toit de l’internat du lycée Despiau s’est effondré. De nombreux arbres du parc Jean-Rameau, tout près de chez moi, sont tombés, ainsi qu’à Nahuque. Tityre, qui a passé quelques jours à Bordeaux, m’a dit tout à l’heure au téléphone qu’entre cette ville et Mont-de-Marsan, une grande partie de la forêt avait tout bonnement disparu. Il lui a fallu huit heures, cet après-midi, pour faire le trajet jusqu’ici, tant la circulation était rendue difficile par les arbres dont les routes étaient littéralement jonchées. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il avait entendu parler d’une femme qui, ayant été forcée d’accoucher chez elle pendant la tempête, avait ensuite passé une huitaine d’heures dans l’ambulance qui devait la conduire à l’hôpital, à quinze kilomètres seulement de son domicile. De nombreux arbres ont été abattus dans le parc de madame V***, la voisine de ma mère. Les parents d’une amie de ma sœur en ont perdu près d’une centaine chez eux. Pendant ma distribution dominicale de prospectus, cet après-midi, dans Mont-de-Marsan, j’ai vu quelques cheminées effondrées. La toiture de madame P***, qui vit non loin de chez ma mère et fut mon professeur de physique, lorsque j’étais au collège, a été en partie emportée par les vents. Il y avait des tuiles brisées sur tous les trottoirs de la ville. Dans un jardin, une voiture avait disparu sous un arbre. Je ne retrouvais plus la monotonie de mes itinéraires habituels : des quartiers entiers avaient changé d’aspect, parce que les arbres des jardins avaient disparu, laissant les maisons comme nues et livrées aux regards. Une partie du parking de la résidence de La Rotonde a sombré dans le Midou. Quant à la Midouze, elle a englouti toutes les voitures du parking qui se trouve sur l’un de ses quais. Elle a également noyé le quai Silguy, à l’endroit où, tout près de chez Tityre, il rejoint la rue Sarraute, qui disparaissait cet après-midi dans la rivière. Hier après-midi, Camille m’a dit au téléphone qu’il partait chez son père, où il allait aider à planter un arbre pour le quatre-vingtième anniversaire de son grand-père. Il ne semblait pas encore avoir pris conscience (ni moi d’ailleurs, à ce moment-là) qu’il y aurait sans doute plus d’un arbre à replanter ! Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis ce coup de téléphone. Peut-être s’est-il tué sur les routes, qui sont dangereuses et le seront sans doute encore pendant plusieurs jours, à cause des nombreux arbres qui menacent toujours de tomber et que la pluie va gorger d’eau et rendre plus lourds encore, me disait Cyrille, tout à l’heure, l’actuel amoureux de ma sœur. Peut-être Camille est-il resté chez son père pour aider à réparer les dégâts. Toutes les lignes téléphoniques ne sont pas rétablies dans les villages. Je me suis souvenu du discours très ému que nous avait fait M. Cambronne, l’un de mes professeurs de latin, à Bordeaux, lors de son premier cours de l’an 2000, juste après les vacances de fin d’année, pendant lesquelles avait eu lieu la tempête de 1999. Il avait demandé à ses élèves d’avoir une pensée pour les malheureux qui avaient été frappés par la catastrophe, pour les morts qu’elle avait faits, et plus particulièrement pour ceux dont la presse n’avait pas parlé, avait-il dit, et qui, poussés par le désespoir, s’étaient eux-mêmes ôtés la vie. Je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation avant d’entendre la voix légèrement tremblante de mon professeur. (Je dois avouer que j’avais toujours trouvé cet homme antipathique, à cause de sa constante gentillesse, de sa perpétuelle bonne humeur et du sourire qu’il affichait en permanence et jusque dans la mélodie de sa voix. J’étais si bête, à l’époque (bien plus encore qu’aujourd’hui, c’est dire…), que je trouvais indigne d’un homme (et révoltant) de faire montre d’une telle légèreté. Retrouver à la rentrée un professeur devenu tout à coup si grave m’avait donc fort impressionné. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que cet homme était infiniment plus homme que moi, puisqu’il avait écrit Chants d’exil.) Hier soir, j’étais de nouveau très loin de seulement penser à prendre le temps de cette pensée pour les victimes de la tempête qui venait d’avoir lieu, à laquelle M. Cambronne, déjà en 1999, m’avait invité, moi et mes camarades de classe. C’est parce que j’étais invité à tout autre chose, par le petit bouquetier, à qui je m’avise que je n’ai toujours pas donné de nom dans ce journal. Appelons-le donc Osman. Osman m’avait en effet convié à sa pendaison de crémaillère et la soirée que j’ai passée hier chez lui fut pour moi l’une des plus agréables depuis fort longtemps. Il n’y avait parmi les invités que fort peu d’homosexuels, ce qui explique d’ailleurs peut-être en grande partie la perfection du moment. Nous étions entourés de couples hétérosexuels et des frères et sœur d’Osman, qui sont nombreux et portent des noms appartenant aux trois grandes religions monothéistes. (Dieu merci, Osman, malgré son nom, n’est pas circoncis !) Il ne manquait que celui des frères qui habitait au-dessus de mon ancien appartement et qui s’était un jour amusé à pisser sur ma véranda depuis l’une de ses fenêtres. Les conséquences de la tempête l’empêchaient de quitter je ne sais plus quel village des environs. S’il avait été là, la soirée ne m’aurait probablement pas parue si réussie… Il y avait même un enfant, que sa mère semblait avoir confiée à la garde des deux seuls autres homosexuels (outre notre hôte et moi), un couple, qui semblait fort heureux de pouvoir jouer au papa et à la maman. La bonne humeur et la joie de vivre de tous ces gens, la sincérité de leurs sentiments et surtout ce qui m’a semblé être leur très grande aptitude pour la vie, avaient quelque chose de proprement incroyable pour quelqu’un qui, comme moi, ne fréquente plus, depuis quelque temps, que des homosexuels, qui sont par nature ce qui se trouve parmi les hommes de moins ondoyant et divers, de moins animé, et finalement de moins vivant, puisqu’ils n’ont d’intérêt que pour le même en général, comme leur nom l’indique : tous ces pédés se mordent la queue, c’est bien le cas de le dire, et moi le premier, sans doute. Diodore, le plus jeune frère d’Osman, qui n’a que seize ans, est le type même de l’adolescent réjouissant et facétieux. A cause de ses bouffonneries, l’hilarité générale n’est retombée qu’au bout de plusieurs heures. Je l’ai encore croisé cet après-midi, comme souvent, lors de ma distribution dominicale, puisqu’il habite dans l’une des rues que je dessers. Il a tout du bon garçon : poli, souriant et serviable, il est à peu près le contraire de mes élèves, qui avaient tout du mollusque, eux. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai cessé de leur donner des cours. Ils étaient vraiment trop cons, tous, sans exception. Ma vie est bien assez réduite comme cela, selon le mot de Tirésias, le psychanalyste. Je n’avais vraiment pas besoin de me faire réduire aussi la tête par ses petits sauvages, en essayant, bien en vain, d’élargir un peu les leurs. Mais à présent, je l’ai, cette pensée pour les malheureuses victimes de la tempête. Je suis inquiet pour Camille et pour sa famille. Peut-être la propriété de son père est-elle complètement dévastée, où vivaient les bêtes qu’il aime tant, ses chiens, ses cochons, ses chevaux. Peut-être sont-ils au désespoir, en ce moment-même. Je me suis également surpris à penser à Renaud Camus, tout à l’heure, qui écrivait dans le dernier volume de son journal, je crois, qu’il était heureux d’avoir enfin pu payer entièrement la réfection de la toiture du château de Plieux. Si ça se trouve, il n’en reste plus rien à l’heure actuelle !

02:06 Publié dans 2009, Camille, Cyrille, Diodore, Journal, Ma mère, Ma soeur, Osman, Renaud Camus, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la tempête de 1999, la tempête de janvier 2009, patrice cambronne, renaud camus

22/01/2009

Mercredi 21 janvier 2009

            Je me sens abattu. Tout est rentré dans l’ordre depuis la grande catastrophe causée par Ascylte, qui est à présent si méprisé, si malmené par Camille, que je le plaindrais presque si je n’avais pas tant de haine pour lui. Bien sûr, il m’amuse beaucoup d’écouter Camille se jouer d’Ascylte au téléphone en inventant mille et une obligations, toutes plus fausses les unes que les autres, pour dissuader ce dernier de venir à Mont-de-Marsan. (Camille semble craindre une confrontation qu’il ne cesse de remettre à plus tard. Peut-être est-ce parce qu’il a beaucoup à se reprocher et qu’il s’est encore plus mal comporté avec Ascylte que je le soupçonnais. Pourtant, il ne se donne même plus la peine de donner l’apparence de la vérité à ses mensonges. Ascylte doit bien s’en rendre compte, ce qui ne fait sans doute qu’accroître ses griefs et rendra plus pénible la confrontation dont lui semble très désireux, si j’en juge par l’insistance avec laquelle il demande à Camille de pouvoir le revoir. Je soupçonne aussi Camille de vouloir presser encore un peu plus cet agrume à la fraîcheur plus que douteuse d’Ascylte, qui est déjà tout pelé, comme dit Flipote, au cas où il y resterait du jus. Quand celui-ci lui a demandé combien lui avait coûté sa nouvelle voiture, Camille a répondu 2500 EUR au lieu des 300 qu’il a vraiment payés. Je me suis dit qu’il espérait qu’Ascylte, pour lui plaire et le garder, voudrait finalement lui offrir cette voiture à ce prix-là et l’ai donc bien sûr encouragé à en tirer le plus d’argent possible, tant qu’il le pouvait encore. Après tout, il faut bien faire payer aux traîtres, d’une manière ou d’une autre.) Oui, je ris méchamment des méchancetés de Camille. J’aime passer du temps avec lui, j’aime dîner chez lui, j’aime le confit de canard de son père, dont nous nous sommes nourris ce soir, j’aime lui faire la vaisselle, pendant qu’il passe le balai et que le néanderthalien Alcidor, qui est toujours presque nu et que j’aime aussi, parce qu’il est dans l’intimité de Camille, est parti digérer sous les couvertures, dans le lit, comme une bête repue. Mais je ne puis m’empêcher d’être un peu abattu à cette pensée déplaisante : ce n’est donc que ça, mon bonheur ? Etait-ce bien d’avoir perdu si peu que ma douleur était si grande ? Mais non, c’était ma colère, qui était grande, la colère d’avoir été trahi par l’autre. Tirésias, le psychanalyste dont mon médecin m’avait donné l’adresse et que je voyais aujourd’hui pour la première fois, m’a demandé si j’étais amoureux de Camille. Non, je ne peux pas me dire amoureux de lui. J’ai déjà été amoureux, par le passé. Ce n’était pas cela. Camille est une amourette. Mais je l’ai déjà écrit dans ce journal : cette amourette, c’est tout l’amour dont je me sens capable désormais. Cette amourette, Camille, c’est toute ma vie. Toute ma vie est à l’échelle de cette amourette. D’ailleurs, Tirésias a eu ces mots : il a dit que je menais une vie réduite. Il a raison. (Mais, mais, mais : Camille n’est pas qu’une amourette. Cela aussi, je l’ai déjà dit dans ce journal : je ne l’aime pas seulement comme un amoureux, mais aussi comme un jeune frère et peut-être même comme un fils. Je l’aime d’une infinité de façons. C’est pourquoi je l’aime énormément.)

01:55 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

17/01/2009

Samedi 17 janvier 2009

            Mon amie Myriam, qui lit ce blogue, m’écrivait tout à l’heure qu’elle n’aimait pas me voir évoluer dans un milieu aussi malsain que celui dont je parle depuis quelque temps dans ces pages. Pierre Driout lui-même faisait tout récemment ce commentaire : « J’abdique, écrivait-il, je suis comme un roi découronné devant l’art avec lequel Olivier nous retire tout espoir de nous élever en sa compagnie. O vous qui entrez dans son blog, quittez fierté, joie et espérance. Ici l’âme est désolée devant les sombres avenues de l’engeance humaine ! Rendez les armes, il n’y a que piperies sur Terre… Il nous reste à visiter le royaume des morts pour y retrouver nos frères défunts. » C’est que, suivant ma pente, je parle plus volontiers du mauvais que du bon. Mais tout n’est pas si mauvais dans ce qui m’arrive. Il y a aussi de bonnes choses, dont je pourrais aussi bien parler. C’est d’ailleurs à cause d’elles que je continue de fréquenter mon Camille. Que peut-il y avoir de meilleur au monde, par exemple, que de lui faire, comme hier soir, un massage avec le lait pour le corps à 100 EUR d’Ascylte qui est à la noix de coco et qu’il a fait venir de là-bas, comme dit Camille ? « De là-bas ? Comment ça ? D’où donc, exactement ? – Ah ça ! Je ne sais pas. De là-bas quoi… Il l’a commandé sur Internet. – Ah d’accord… » Quand tout le lait à pénétré dans la peau si pâle de Camille, il se met à rouler sous mes mains comme de petits lambeaux noirs d’une crasse dont tant de blancheur ne laissait pas soupçonner la présence. « Mais depuis quand ne t’es-tu pas lavé ? » Camille aime aussi se faire percer les boutons ‘‘quand ils sont murs’’, dit-il, et se faire enlever les points noirs qu’il a dans le dos. Parfois, après le pus, c’est du sang qui perle sous la pression de mes doigts. Polémon m’avait déjà parlé du plaisir que prenait Camille à se faire ainsi charcuter le dos. Il prétendait, avec un peu de dégoût dans la voix, que c’était à cause de sa mauvaise hygiène que Camille avait tant de comédons. C’est qu’il ne savait pas, « Muse, que cette crasse était tout le génie », « que c’était tout mon sacre » ! Il y a du bon dans Camille. Il est venu m’aider, cet après-midi, à scier de vieilles planches qu’il y avait chez ma mère et qui pourront servir de bois de chauffe. Il a commencé par me montrer comment on se servait d’une scie. « Regarde, m’expliquait-il, il faut laisser travailler la scie dans toute sa longueur et le bois se coupe presque tout seul. » Mais comme il sait que je suis un grand mou et que je n’ai pas oublié ce qu’il m’avait dit sur la force et les nerfs, lors de mon déménagement, c’est lui qui a fait presque tout le travail. Moi j’aidais à tenir en place la planche qu’il était en train de scier. Penchées l’une et l’autre sur elle, nos têtes se frôlaient sans cesse et quand, après un effort trop intense, son corps se relâchait un peu, Camille appuyait son front au mien, pour se reposer quelques secondes. (Le front, c’est un peu le genou de la tête, quand on est plus intime.) J’aime que Camille me téléphone, comme ce soir, alors qu’on était encore ensemble, deux heures plus tôt, à la recherche d’une voiture d’occasion dont il veut faire l’acquisition, pour me dire sa joie d’en avoir enfin trouvé une, grâce à l’un de ses amis, qui lui vend la sienne pour 300 EUR. « Je n’aurai même pas besoin de faire un emprunt. Elle a juste le contrôle technique à passer et si des réparations sont ordonnées, leur coût sera déduit des 300 EUR. » J’aime qu’il me dise que sa nouvelle voiture affiche 500000 km au compteur. Ça me paraît énorme, mais je ne connais rien aux voitures. Je ne suis pas bien sûr qu’il ait fait une bonne affaire. A moins qu’il n’ait mal lu le nombre en question. J’aime aussi cela, d’ailleurs : que Camille ne sache pas lire les grands nombres ! Pour lui, 15000, 50000, 150000 ou 500000, sont des nombres illisibles et qui se confondent dans son esprit. Je trouve cela charmant. J’aime encore les regards exaspérés qu’il me lance dans le dos d’Alcidor (l’amant de Flipote), qu’il héberge en ce moment et qui lui dévore tout ce qu’il y a de comestible dans ses placards. Je l’aime aussi pour les énormités qu’il peut dire : « Je croyais, m’avoua-t-il par exemple, cet après-midi, qu’Ascylte était un grand bourgeois » ! Ce sont exactement les mots qu’il  a prononcés ! (Je ne pense pas que Camille sache vraiment ce qu’ils signifient, parce que j’ai toujours dit qu’Ascylte avait l’air de ses origines, malgré les grands qu’il veut se donner : il a beau se parfumer, il empeste le caniveau !) « J’ai cru que c’était un grand bourgeois, disait-il donc, et puis j’ai vite compris, à force de le voir manger… » Et Camille d’imiter ce cochon d’Ascylte en train de mastiquer, avec force bruit, la bouche ouverte. « Et tu as vu comme il boit ? Le bruit qu’il fait aussi ? » S’il l’avait vu ! Ah ! S’il l’avait entendu ! J’aime rire avec Camille pour des bêtises et Ascylte nous fait beaucoup rire en ce moment. Il est devenu un véritable Aschenbach ! Il s’est fait couper les cheveux beaucoup plus courts et y met du gel, désormais ! Il avait confié à Camille vouloir se faire faire un piercing ou un tatouage. « Oh ! Oui, un tatouage ! Tu ne devrais pas le quitter tout de suite. Pousse-le d’abord à se faire tatouer quelque chose comme ‘‘Camille pour toujours’’ et ne le quitte qu’ensuite ! » C’est très bête, mais ça nous fait beaucoup rire.

22:13 Publié dans 2008, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Myriam, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

15/01/2009

Mercredi 14 janvier 2009

            Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre ! (Et je dois bien m’inclure, si je veux être honnête, dans ce lot de coquins et de crapules, même si j’en suis le plus candide, comme je disais récemment.) Je ne sais par où commencer. Je ne sais même pas s’il y a un quelconque intérêt à rapporter tout cela et risque fort d’en oublier beaucoup. Polémon me disait l’autre jour qu’il avait eu la visite d’un certain Philostrate, qui vit à Aire, comme lui. « Un Philostrate de vingt et un ans et qui vit à Aire, me suis-je dit, ce pourrait bien être celui avec qui je chatte depuis peu, et qui est d’Aire également. » Je me suis donc empressé d’aller demander à ce Philostrate s’il était bien celui dont m’avait parlé Polémon. C’était bien lui ! « Mais est-il vrai que vous êtes tombés passionnément amoureux l’un de l’autre et que vous avez échangé de fougueux baisers, comme Polémon le prétend ? – Quoi ? Il a dit ça ? Mais pas du tout. Nous ne nous sommes jamais embrassés et je lui ai d’ailleurs fait cette visite en toute amitié. » Quand j’ai demandé à Polémon pourquoi il m’avait fait ce mensonge, il m’a répondu que c’était pour ne pas me dire qu’il s’était remis avec Camille ! « Tu comprends, je me doutais que tu le prendrais mal. Mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour qu’il quitte Ascylte. » Comme si Camille avait besoin de personne pour quitter tout le monde ! Je préfère infiniment savoir Camille entre les bras de Polémon qu’entre ceux d’Ascylte. Mais il m’est pénible d’être pris pour un idiot par tous ces garçons. Polémon m’avait juré qu’il ne se remettrait plus jamais avec Camille, parce qu’il avait trop souffert à cause de lui. Bien sûr, je ne l’avais pas cru et le lui avais d’ailleurs fait remarquer : « Te remettre avec lui, peut-être pas, mais y remettre un petit coup pour tuer le temps, je suis sûr que tu le feras à la première occasion », ce dont il était convenu. Pourquoi donc m’avoir juré qu’il ne voulait pas se remettre avec lui, s’il ne le pensait pas ? Sans doute était-ce pour me mettre moi-même dans son lit, mais enfin, je n’avais pas besoin de ces sortes de promesses pour y entrer ! Lorsqu’il me disait que Camille avait quitté Ascylte et qu’il était déjà avec quelqu’un d’autre, c’était de lui-même que parlait Polémon. Et lorsque, je ne sais plus quel jour de la semaine dernière, Camille m’a dit qu’il ne pouvait pas venir me voir à telle heure, comme prévu, ce n’était pas parce qu’il avait été appelé pour son travail, mais parce qu’il était en sa compagnie. Le plus triste ou le plus amusant est que Polémon ne se rend pas compte que Camille n’est pas plus avec lui qu’il a jamais été avec Ascylte ou moi-même. Il n’est avec personne, ou avec tout le monde, si l’on préfère. Surtout, il ne cesse de mentir et s’emmêle dans ses mensonges. Par exemple, il m’avait dit que le nouvel amant de Flipote, la fille-mère, s’appelait Hermogène. En réalité, il s’appelle Alcidor. « Mais je croyais que l’amant de Flipote s’appelait Hermogène ! – Mais non, voyons, c’est Alcidor, son nom ! », m’a répondu Camille au téléphone, tout à l’heure, avec un aplomb incroyable, comme je l’appelais pour lui demander si je pouvais le retrouver chez lui. « Attends-moi à l’appartement, Alcidor t’ouvrira la porte, j’arrive le plus vite possible. » J’ai profité de ce que j’étais seul avec ce pauvre garçon, qui m’a accueilli presque nu, pour lui demander quel était son véritable nom : Alcidor, a-t-il reconnu, tout penaud, car Camille fait participer son entourage à tous ses mensonges. Encore cet après-midi, quand il fut enfin revenu dans son appartement, celui-ci s’est amusé à téléphoner à Ascylte, pour lui demander s’il avait des nouvelles de moi. Il voulait lui faire croire que lui n’en avait plus depuis longtemps. Flipote (qui nous avait rejoints tous les trois), Alcidor et moi, nous ne devions faire aucun bruit, parce que Camille, qui avait mis le haut-parleur de son téléphone, voulait faire croire au traitre qu’il était seul chez lui, pour mieux le faire parler. « Non, disait Ascylte, je n’ai pas de nouvelles de ce naze, etc. » Voilà comment Ascylte parle de moi ! (Alcidor et Flipote ne faisaient pas grand bruit, en effet : ils étaient en train de baiser aussi discrètement que possible dans le lit de Camille, non sans en avoir d’abord demandé la permission à Camille. « Moi, ça ne me dérange pas, avait-il répondu, c’est Olivier qui pourrait en être incommodé. – Ah mais pas du tout, faites donc comme chez vous ! » Que dire d’autre ? Ces créatures sont si bestiales ! Il fallait d’ailleurs voir la saleté de l’appartement de Camille. Je la lui ai fait remarquer et, comme si mon opinion avait pour lui quelque importance, il s’est mis à faire du rangement et à passer le balais, tandis que les deux parasites, qui sont sans doute ceux qui ont réellement sali l’endroit (car je n’ai pas souvenir que Camille était si salissant que cela lorsqu’il habitait chez moi) commençaient à se tripoter sous les couvertures.) Pendant une pause de leur conversation (car Ascylte, qui conduisait sa voiture, a dû poser son téléphone le temps de faire une manœuvre), Camille s’est moqué de lui devant nous : « Qu’il est bête, disait-il, il croit qu’on est encore ensemble… ». Camille voulait aussi savoir si, en son absence, l’abstinence n’était pas trop pénible à cet obsédé sexuel d’Ascylte, qui se croyait donc, ou plutôt affectait de se croire encore avec Camille. « Crois-tu vraiment qu’Ascylte ne va pas baiser à droite et à gauche en ton absence ? », ai-je ensuite demandé à Camille. « Oh ! Il ne m’a sûrement pas déjà remplacé, puisque j’ai toujours le double des clés de son appartement. S’il avait quelqu’un d’autre, il aurait voulu les reprendre. – Non, sans doute ne t’a-t-il pas encore remplacé, mais crois-moi, je le connais bien, et je suis sûr qu’il a déjà plus souvent baisé avec d’autres garçons qu’avec toi-même, depuis que vous vous êtes rencontrés ! » Je lui ai aussi rapporté ce qu’Ascylte raconte aux amis que nous avons en commun lui et moi. Christophe, le sidéen psychotique, m’a rapporté qu’Ascylte disait à qui voulait l’entendre que Camille lui avait volé 2000 EUR, ainsi qu’une espèce de lecteur MP3, ou quelque chose de ce genre. « Moi ? J’aurais volé 2000 EUR à Ascylte ? Et comment ça ? – Tu as dit toi-même, l’autre jour, que ce crétin t’avait donné le code de sa carte bancaire. – Oui, mais il l’a toujours avec lui… – Ce ne doit pas être bien difficile de la lui prendre sans qu’il s’en aperçoive. Mais tu sais, Camille, tu peux bien l’avoir volé, moi je m’en fiche complètement. Au contraire, je trouve qu’il l’a bien mérité. Et puis ça te ressemble bien, de voler les gens. Polémon m’avait déjà dit que tu étais un voleur et que tu avais volé ton propre père ! – Oui, mais c’était il y a longtemps ! Je ne sais pas ce que c’est que ces 2000 EUR. Peut-être que c’est le total de tout ce que je lui ai coûté, entre la bague, les bouquets, les vacances à la neige… » Camille ne voulait pas en démordre : il jurait n’avoir pas volé Ascylte. Je ne sais qui d’Ascylte ou de Camille dit la vérité. Et d’ailleurs, quelle importance ? Je sais bien, moi, qu’ils sont aussi perdus de vice l’un que l’autre, quoique différemment : l’un l’est comme en toute innocence, alors que le traître l’est par vice à proprement parler. Comme nous étions en train de parler de vol, et que Camille avait encore avec lui les clés de l’appartement de l’autre, il s’est mis à s’imaginer dépouillant vraiment ce pigeon d’Ascylte ! Je ne saurais dire s’il plaisantait ou s’il n’était pas un peu sérieux. Je crois surtout qu’il n’a aucun bon sens ni aucune morale. « Tu m’aiderais, Alcidor ! Il n’y aurait pas d’effraction, puisque j’ai les clés. Et puis le gardien de l’immeuble me connaît. – Mais justement, réfléchis, si le gardien te connaît et qu’il te voit, Ascylte saura que tu es le voleur ! Ne crois pas qu’il est aussi bête qu’il en a l’air. Tu sais qu’il serait prêt à tout pour se défendre. Méfie-toi de lui. Tu as bien vu qu’il a menacé de recourir aux pires mensonges pour se défendre de moi, quand j’ai menacé de le dénoncer à la justice, pour avoir violé le secret de l’instruction. – Oui, je sais, mais c’est parce qu’il avait peur. Tu lui as fait très peur, tu sais. » La pensée de la peur d’Ascylte m’est d’un très grand réconfort. Du coup, je n’ai pas résisté au plaisir de la raviver en lui envoyant des vœux pour la nouvelle année : « Mon cher Ascylte, / Ce n’est pas parce que tu essaies de te faire oublier de moi (comme en me bloquant sur MSN, par exemple), que je vais effectivement oublier de te souhaiter une bonne et heureuse année 2009. Je souhaite sincèrement que cette année ne soit pas la dernière à te voir exercer ce métier que tu aimes tant. J’espère de tout cœur que tu pourras encore trahir le secret de l’instruction aussi longtemps que tu le voudras et que des juges continueront à te donner de nombreuses missions d’expertise partout en France, pour que tu puisses encore te faire accompagner de ces jolis garçons que tu séduis à coups de voyages, de dîners et de chambres d’hôtel (sais-tu que tu es connu pour cela, dans le petit milieu de la justice ?). Puisse tout cela ne pas se terminer en 2009 ! / Ton ami, comme tu osais m’appeler encore tout récemment, / ‘‘ce naze’’, comme tu dis à notre jeune ami commun, / Olivier. » Je sais que le traitre m’a ‘‘bloqué’’ sur MSN, parce que, en me connectant sur le compte de Camille, dont je connais le code et où je vais régulièrement vérifier qui lui a écrit et qui se trouve parmi ses contacts, j’ai pu constater qu’Ascylte paraissait connecté quand, au même moment, mon propre compte m’indiquait qu’il était déconnecté. Preuve que je n’inventais rien, lorsque je parlais de la laideur d’Ascylte, l’autre jour : Camille a dit tout à l’heure qu’il avait l’air plus vieux que son père, qui n’a pourtant pas loin de vingt ans de plus ! « Il est tout ridé, tout chiffonné, tout pelé ! – C’est bien vrai qu’il est tout pelé », a confirmé Flipote. Je crois bien que je suis tombé sur un nid. J’ai passé presque ma vie entière à vaguer sur des chemins solitaires et suis finalement tombé sur un nid de guêpes. Ils sont tous aussi mauvais les uns que les autres.

00:41 Publié dans 2009, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Philostrate, Polémon | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

13/01/2009

Lundi 12 janvier 2009

            J’ai beaucoup parlé de ma méchanceté dans ce journal, souvent avec complaisance. Don Esteban me disait encore tout récemment qu’il bénissait la crise immobilière, financière, économique et mondiale d’avoir rendu impossible la vente de ce terrain des Baléares qui devait le remettre à flot : grâce à la crise, il n’a pas eu les moyens de commettre ce qui, estime-t-il, aurait sans doute été la plus grande erreur de sa vie : se rapprocher du monstre d’égoïsme et de méchanceté qui se donne à lire dans les pages de ce journal ! Je n’ai pas de raison de douter de la sincérité de son soulagement. Mais je me demande si mes lecteurs les plus attentifs ont remarqué cet autre trait de mon caractère, dont je n’ai peut-être jamais parlé ici, mais qui se laisse probablement voir à chaque ligne que j’écris : je parle de ma naïveté, de la très grande candeur qui, sans doute, fait paraître encore plus sombre tout ce qui n’est pas elle, c’est-à-dire tout le reste de moi. Je suis un candide : je n’ai découvert que ces tout derniers mois certaines hideurs des hommes et de la vie dont je savais l’existence, bien sûr, mais dont je n’avais aucune connaissance personnelle, faute d’expérience. Je suis tombé de très haut. La phobie qui m’empêchait de connaître le meilleur de la vie et des hommes m’avait aussi préservé du pire. Ma candeur est telle que je suis encore tout étonné de constater que ce pire était si près de moi et si fait pour moi, que non seulement il a pu entrer du jour au lendemain dans ma vie, dans mon lit, dans ma bouche, mais encore que c’est moi qui ai voulu l’y faire entrer, dans l’espoir il est vrai de trouver le meilleur, c’est moi qui ai voulu y goûter, y mettre la main. A présent, j’aurais beau me laver, comme après l’amour : je sais que l’odeur à la fois délicieuse et dégoûtante qui reste sur ces doigts que j’ai moi-même glissés à l’intérieur de Camille, ce trou béant, je sais que le goût qui reste dans cette bouche que j’avais moi-même mise autour du braquemart d’Ascylte, pour mon malheur, des années avant Camille, je sais que tout cela ne partira pas. La rencontre de Camille et d’Ascylte ne pouvait mener qu’à ma perte. Camille, c’est une poche où tout peut se loger, une béance qui ne tient à rien ; Ascylte, lui, voudrait tout pénétrer, tout posséder. Le premier a tout naturellement servi de fourreau au second. Mais trop lâche, aussitôt le poignard glissé en elle, cette gaine informe est tombée par terre, où d’autres viendront la ramasser (Polémon déjà) pour se fourrer dedans à leur tour. Il fallait donc que la lame restât dégainée : elle voulait d’une victime. J’étais si candide que je me suis littéralement jeté sur elle. Ascylte et Camille m’ont poignardé, non pas dans le dos, non, mais dans les yeux : ils m’ont mis au monde.

03:23 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Don Esteban, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

11/01/2009

Samedi 10 janvier 2009

            Ils tombent tous amoureux de Camille, ce qui est parfaitement incompréhensible. Je viens de finir le livre qu’a publié Michel del Castillo sur Le Temps de Franco (l’un des livres les plus mal écrits qu’il m’ait été donné de lire (c’est dire si je lis peu de ce qui se publie de nos jours). Pas une phrase qui soit bien construite ! J’en prends une au hasard, c’est-à-dire deux, page 117 : « A son retour en Espagne [le retour de Ramón Franco], il est reçu et décoré par Alphonse XIII. Fêté, acclamé dans tout le pays, la municipalité de sa ville natale, El Ferrol, décide d’apposer une plaque devant la maison des Franco » (c’est moi qui souligne). Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Evidemment, je comprends ce que l’auteur veut dire, mais il le dit tout de même très mal, et, à strictement parler, il ne le dit pas du tout : le lecteur le devine. Et c’est tout le livre qui ne se lit pas, mais se devine ainsi !) : il y a un mystère de Camille comme il y en a du Généralissime ou du Dalaï-lama, ces petits bonshommes sans aucune envergure et capables de susciter l’enthousiasme des foules espagnoles ou des défenseurs de la cause tibétaine. Le charme de Camille est inexplicable, mais il est indéniable. Cet être frêle et maladif, dont on ne saurait dire s’il est beau ou s’il est laid, qui ne sait que mentir et manipuler, qui n’a pas un sentiment qui lui soit propre, pas un mot de vrai, qui n’a tout bonnement pas de parole, et peut-être pas de cœur, cet être qui n’en est pas un déchaîne les passions autour de lui. Moi qui l’aime, comme tous les autres, je serais bien incapable de dire pourquoi je l’aime. Ceux qui ne l’aiment pas le détestent. Mais l’aimer ou le détester, c’est du pareil au même. J’ai pour lui autant de haine que j’ai d’amour. Je voudrais ne jamais l’avoir rencontré. J’ai l’impression de le connaître depuis toujours. Lui qui n’est que du vent, que vide, qu’absence, lui qui ne tient pas en place, qui n’est jamais tout à fait là, qui est toujours déjà ailleurs, il est d’une telle présence, si imposante, si écrasante, que tout le reste est occulté. Il s’est imposé à moi comme une évidence et comme un mystère absolu. J’ai beau ne pas l’aimer passionnément, il a réussi à me mettre hors de moi. Il m’a littéralement chassé, exproprié de moi-même ! A cause de lui, j’ai perdu, sans passion, toute espèce d’amour propre.

04:02 Publié dans 2009, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : dalaï-lama, francisco franco, michel del castillo

07/01/2009

Mercredi 7 janvier 2009

            C’est tout de même un drôle de personnage que cet Ascylte. Il a donné le code de sa carte de crédit à Camille, alors qu’il s’était déjà fait voler de plus de 1000 EUR par l’un de ses anciens amants, à qui il avait aussi donné ce code. Il a besoin de forcer les choses, pour se donner l’illusion d’un amour total et fusionnel, j’imagine. D’où cette ‘‘bague de fiançailles’’, si tôt, et des projets de Pacs, déjà. Mais Polémon me rapportait tout à l’heure que Camille lui avait confié hier soir qu’il avait l’intention de quitter Ascylte et qu’il avait d’ailleurs déjà rencontré quelqu’un pour le remplacer. J’ai sans doute déjà dit que Camille racontait presque toujours n’importe quoi. Ce quelqu’un existe peut-être, bien sûr. Mais ce pourrait être aussi bien le bel hétéro de Strasbourg, qu’il héberge en ce moment chez lui. Rien ne me ferait plus plaisir, pour commencer l’année, que de voir Ascylte abandonné. Ce ne serait que justice. Un début de justice. Presque rien, en vérité, parce que j’ai toujours su que ni Camille ni Ascylte n’étaient vraiment amoureux l’un de l’autre. Etre abandonné ne devrait donc pas beaucoup affecter le traitre, d’autant plus traitre que la trahison de notre amitié n’avait pas même l’excuse de l’amour, contre lequel j’aurais pu comprendre qu’il lui était difficile de lutter. Il m’a volé, voilà tout. Il est entré dans ma maison, y a trouvé un objet qui lui plaisait, et s’en est emparé, sans même se cacher. Mais il le paiera, d’une manière ou d’une autre.

21:03 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

Mardi 6 janvier 2009

            L’espèce d’hilarité qui anime Camille lorsqu’il parle de cette crevure d’Ascylte a quelque chose de rassurant : elle tend a prouver que le garçon sait parfaitement ce qu’il fait et que j’avais tort de me faire tant de souci pour lui, que je croyais tombé sous la coupe du traitre manipulateur ; c’est le manipulateur qui est manipulé. J’étais chez Camille avant-hier qui, retour de Bordeaux, était en train de fouiller dans son sac de voyage. Le voici soudain qui s’écrie : « Mince ! J’ai oublié de rendre à Ascylte sa crème à 100 EUR ! Oh ! Et son gommage à 60 EUR aussi ! Tant pis pour lui. – Mais tu connais donc le prix de toutes les choses qui appartiennent à Ascylte ? » Eh bien oui ! Ascylte dit à Camille le prix de tout ce qu’il possède et de tout ce qu’il lui offre, pour l’émerveiller, sans doute ! Ce bouquet de rose, que Camille s’est empressé de mettre à la poubelle, parce qu’il l’encombrait dans son petit appartement, a coûté 30 ou 40 EUR, je ne sais plus exactement. Sa bague de fiançailles, comme il dit, qui est en réalité une alliance, 300 EUR. « C’est un peu bête d’avoir dépensé autant d’argent pour cette bague, a dit Camille, transi d’amour, parce que si je dois quitter Ascylte bientôt, ce seront 300 EUR de jetés par la fenêtre. – Mais jeter l’argent par les fenêtres, c’est tout ce qu’il sait faire, c’est sa façon d’exister : il a besoin d’acheter les choses les plus chères pour donner aux autres l’impression qu’il est quelqu’un ! Est-ce qu’il a toujours ses trois téléphones portables ? Et son téléphone plaqué or, il l’a encore ? – Plaqué or ? Non, je ne crois pas. Par contre, il m’a donné l’un des siens. Mais qu’est-ce qu’il veut que j’en fasse, de son téléphone ? » Il y avait avec nous un bel hétéro de Strasbourg et qui habite chez Camille en attendant de trouver où se loger à Mont-de-Marsan, où il veut s’installer, parce qu’il est amoureux de la fille-mère, celle qui voulait se faire épouser de Camille et qui veut à présent se marier avec le Strasbourgeois. Notre hétéro s’étonnait qu’Ascylte achète si cher des crèmes apparemment bien peu efficaces, du moins sur son épouvantable peau, qu’il a si sèche qu’elle pèle littéralement aux abords de ses cheveux, au point qu’on pourrait presque croire que ses pellicules ne lui viennent pas du cuir chevelu mais bien du front ! C’est dire s’il est beau. Il nous a fallu expliquer au Strasbourgeois que ce n’était pas pour leur efficacité qu’Ascylte achetait ces crèmes, mais seulement pour pouvoir en dire le prix… Camille m’a fort effrayé en disant qu’il voulait déménager. « Quoi ? Tu vas t’installer à Bordeaux. – Non, je vais déménager à Mont-de-Marsan. – Mais tu y habites déjà, à Mont-de-Marsan. – Oui, mais je voudrais un appartement plus grand. Celui-ci est trop petit. Mais je ne veux pas habiter à Bordeaux. C’est trop stressant. Il y a trop de monde, trop d’agitation. Je veux rester à Mont-de-Marsan, parce que c’est ici que sont mes amis », a-t-il dit en me regardant malicieusement, du coin de l’œil. Il ne m’en fallait pas plus pour être heureux. Mais je ne me fais aucune illusion. Camille est ce qu’on appelle une mauvaise langue. J’ai parfaitement conscience qu’il rit de moi dans mon dos, comme il le fait d’Ascylte, de la fille-mère, de Polémon (qui m’a rapporté une grande partie des moqueries que Camille faisait en sa présence à mon sujet), de ce gros porc de Corydon, bref : de tout le monde.

02:12 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Corydon, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

04/01/2009

Samedi 3 janvier 2009

            Xxxxxxx, dans son infinie bonté, a bien voulu me renvoyer la lettre que j’avais perdue, accompagnée d’une seconde : « Ah oui, m’écrit-il, j’oubliais, on ne peut plus répondre à sa guise sur ton blogue… Quel courage… Je t’assure que j’ai hésité avant de t’écrire ; visiblement, je n’aurais pas dû ; mon altruisme me perdra. Voici donc ce que je viens d’essayer de poster, il est important que toi au moins, tu puisses le lire : ‘‘Tu n’as rien compris, Olivier, cela n’avait rien d’un jugement. Tu dois me donner bien raison pour me répondre aussi vite, en public, et de façon si sauvage. Quelle détresse… Dommage que tu rapportes tout à moi, mes écrits, mes amours, cela n’a rien à voir ; et je ne parle même pas du reste. Pour éviter à ton ‘blond lecteur’ de dire n’importe quoi dorénavant, la voici donc, ma lettre que tu te lamentais d’avoir effacée : ‘Bonsoir Olivier. Avant tout, j’espère que tu ne me répondras pas, ou tout au moins sans agressivité ni dérision. Je suis bouleversé par ce que je viens de lire sur ton blogue, une nouvelle fois, mais comme jamais auparavant. Rassure-toi, je ne te lis plus que très rarement, je m’étais dit que, pour la nouvelle année, je jetterais juste un coup d’œil. Rassure-toi encore, l’heure n’est plus aux reproches ou aux jugements. Je viens de réaliser brutalement la misère qui t’entoure. La misère humaine en quelque sorte, mais qui nous touche hélas de façon bien inégale. Tu me croiras ou pas, mais je suis envahi par une tristesse intense. C’est sûrement un affront et tu essaieras de m’en excuser, mais je ne peux pas m’empêcher de te plaindre… Laisse-moi juste terminer par ce léger conseil : les cours de latin, c’est bien aussi…’ Tu me fais penser aux chiens accidentés qui nécessiteraient les plus grands soins et qui aboient sur tout le monde, voire mordent la main qui se tendait pour les soigner. Tu es une bête Olivier. Aussi raffiné que tu te croies, tu obéis aux instincts les plus primaires de l’espèce. Tu crois maîtriser le langage en vomissant chaque jour des flots de mots à n’en plus finir, mais tu es incapable du moindre véritable dialogue. Tes mots sont des cris sans distinction de sens. Adieu Olivier. PS : Combien de temps survivra ce message ? Seule ta couardise nous le dira…’’ » Comme on peut voir, il n’y a pas une goutte de fiel dans ces lettres. Il est même si évident, à lire la première, que l’heure n’est plus aux reproches ni aux jugements, que Xxxxxxx éprouve le besoin de l’écrire : même lui semble avoir deviné, à travers le brouillard qui lui sert de pensée, que sa lettre était, quoiqu’il en dise, pleine de reproches et de la mauvaise opinion qu’il a de moi. Mais non, il ne me juge pas ni ne me fait aucun reproche. Seulement, il ne peut pas s’empêcher de me plaindre ! Est-ce vraiment l’impression que je donne ? Ai-je vraiment l’air de quelqu’un qui veut se faire plaindre ? Mais il ne peut pas s’en empêcher, dit-il ! C’est un incontinent ! Il vient me pisser dessus et s’étonne ensuite que je le prenne si mal. Xxxx xxx ! Il n’y a pas d’autre mot. Il conclut en me disant qu’il vaut mieux, pour gagner sa vie, donner des cours de latin que des coups de bite à des messieurs. Ce n’est pas un jugement, bien sûr, c’est un conseil ! Xxx xx xx xxxx xxx xx xxxxxxxxxx xxxxxxxxxxxx xxxxx xx xxxx xx xxxxx xxxxxx xxx xxxxxxxxxxxx xxxx xx xxxx x xx xxxxxx, xxx xxxx xxxx xx xxx x xxx xxxx xx xx xxxxx xxxx xxxxx x xx xxxxxxxxxxx xx x xx xxxxx. C’est du pareil au même. A force de pratique, j’ai pu constater que c’était aussi de la merde qu’il y avait dans la tête de mes élèves. Il faut être profondément méchant pour venir se rappeler au bon souvenir de quelqu’un qui ne vous demande rien, en lui disant que vous ne pouvez pas vous empêcher de le plaindre, de trouver sa vie misérable et lui un couard. Il serait si simple de ne rien dire. Mais telle est l’inconsciente méchanceté des bonnes consciences : elle est bavarde. Nul fiel dans ces lettres, non, mais de la bonne conscience, oui, tellement de bonne conscience… Et ce xxx ose prétendre que je ne suis pas capable de dialoguer ! Encore faudrait-il que je le veuille. S’étonne-t-il donc vraiment que je ne veuille pas dialoguer avec quelqu’un qui me plaint, qui me méprise, qui a pitié de moi ? Evidemment que Xxxxxxx Xxxxxxx est devenu persona non grata dans les commentaires de mon blogue ! Et je vais m’empresser de faire en sorte de ne plus recevoir non plus ses lettres électroniques, si c’est possible. Faut-il vraiment que j’écoute quelqu’un qui ne cherche qu’à me blesser ou qui est trop bête pour se rendre compte que tout ce qu’il m’écrit est blessant ? Même avec don Esteban, qui avait une place si particulière dans ce blogue et dans mon estime, je n’ai plus envie de dialoguer, alors avec un Xxxxxxx XxxxxxxEsteban m’écrivait récemment qu’il trouvait que j’avais fini, avec mes préoccupations si basses, si triviales, par rejoindre la masse anonyme des pédés. Sans doute n’a-t-il pas complètement tort. Mais lui a fini par tomber à mes yeux au rang des méchants. Il sait que je ne vais pas bien, en ce moment, et ne trouve rien de mieux à faire que de me rapporter les paroles d’une connaissance à nous, qui lit ce blogue et lui a demandé de me faire passer ce message que j’aurais, selon lui, grand besoin ‘‘de me faire interner’’. Il est certain que de telles révélations me sont d’une grande aide. C’est l’évidence. Je ne parle plus du tout à cette connaissance commune depuis fort longtemps, elle n’est rien pour moi, je l’avais oubliée jusqu’à ce qu’Esteban m’en reparle. Il ne lui aurait pourtant rien coûté de se taire, de ne pas transmettre l’odieux message, qui ne pouvait que me blesser, à ce qu’il me semble. Mais il a fallu qu’Esteban le fasse. Lui aussi peut éprouver le besoin d’être blessant. Par mauvaise humeur, j’ai coupé court à notre conversation. Bien sûr, c’est moi qui vais passer pour un goujat, parce que ça ne se fait pas de raccrocher au nez des gens ! Mais Esteban est quasi tombé au niveau de Damis s’amusant à me rapporter ce que Corydon raconte sur ma vie par malveillance. Xxxxxxx Xxxxxxx, je te souhaite xx xxxxxx xxxx x xxxxx. Tu apprendras ainsi que ce n’est pas au paradis que vont les bonnes consciences xxxxx xx xxxxxx, mais dans les flammes de l’Enfer. Xxx xxxxxxxxxxx xx x x xxxx d’aucun secours. Xx xxxxx xxxx xx xxxxxx xxxxxx, tes bons sentiments ni tes larmes les plus pures n’éteindront pas les flammes xxx xx xxxxxxx. Va donc xxxxxx cette année, Xxxxxxx !

00:39 Publié dans 2009, Corydon, Damis, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

03/01/2009

Vendredi 2 janvier 2009

            Mais que je suis maladroit ! Sans le faire exprès, j’ai effacé l’espèce de carte de vœux que Xxxxxxx Xxxxxxx m’a envoyée tout à l’heure par courriel. Mon blond lecteur se souvient sûrement des jérémiades de ce xxxx xxxx vétérinaire et chevelu qui ne m’a jamais pardonné de ne pas goûter davantage ces petits vers si péniblement xxxxxxxxx ! J’aurais aimé publier sa lettre dans ce blogue. Il m’y disait qu’il ne me lisait plus depuis belle lurette, bien sûr, mais que pour commencer l’année, il avait voulu jeter un coup d’œil à ce journal. Il ne voulait pas que je lui réponde, mais tenait absolument à me faire connaître la pitié que lui inspirait la médiocrité de ma vie, si mesquine et si vide. Car il va de soi que, même s’il ne daigne pas me lire, il connaît tout de ma vie. Sans doute la connaît-il même infiniment mieux que moi. Je ne sais plus si c’est exactement ce mot de pitié qu’il a employé, mais le mot n’a pas vraiment d’importance, puisque c’est bien évidemment son mépris qu’il voulait me montrer, et rien d’autre ! Je crois aussi qu’il n’a pas beaucoup aimé me voir évoquer dans ces pages l’origine d’une partie de mes revenus, parce qu’il a conclu sa lettre en m’assurant que les cours de latin n’étaient pas un si mauvais moyen de gagner ma vie ! Pour quelqu’un qui doit avoir toutes les peines du monde à trouver quelqu’un qui veuille bien baiser avec lui, il est sans doute difficilement supportable d’apprendre que d’autres réussissent à le faire en se faisant payer ! Que pourrais-je bien répondre à ce salaud qui prétend me connaître, alors que je ne sais pas moi-même si je suis quelqu’un de mauvais ou de bon, d’aimable ou de détestable ? Pourquoi ne pas répondre comme font les enfants dans les cours d’école ? Mais ‘‘toi-même’’, espèce de xxxx xxxx ! ‘‘Connais-toi toi-même’’ et fous-moi donc la paix ! Qu’il doit avoir de merde dans le cœur, ce Xxxxxxx Xxxxxxx, pour éprouver le besoin de me dire des choses qu’il ne lui coûterait pourtant rien de garder pour lui ! Et il se croit meilleur que moi ! Mais c’est par son indécrottable bonne conscience qu’il est foncièrement mauvais ! Quand je pense à Xxxxxxx Xxxxxxx, j’en arriverais presque à comprendre que certains hommes éprouvent le besoin de ‘‘xxxxxx xx xxxx’’. Il faut reconnaître que certains de ces xxxxx xxxxxxxxxxxx xxxx xx xx xxxx xxxxx xx xxxxxx x xxxx xx xxxxx xx xxx xxxx xx xxxxxx xx x xxxxxx xx xx xxxx xxxxx xx xxx xx xxxxx xxxx xxxxx, xxxxx xx xxxx xxx xxxxxxx xx xxxxxxx : ça les calmerait peut-être un peu.

00:25 Publié dans 2009, Journal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

02/01/2009

Jeudi 1er janvier 2009

            Pour 20 EUR seulement, j’ai baisé tout à l’heure avec un vieux grand maigre de la campagne, fort mal dégrossi, et qui doit beaucoup aimer les animaux, parce que les perruches qu’il avait installées dans sa chambre la faisait sentir aussi mauvais que lui ! 20 EUR, certains trouveraient que c’est peu. Mais ce peut être aussi beaucoup d’argent. C’était par exemple tout ce que mon homme avait pu économiser durant le mois qui vient de se terminer. « J’ai réussi à économiser 20 EUR ce mois-ci, m’a-t-il dit, c’est pourquoi je peux m’offrir ce petit cadeau avec toi, ce soir. – Oui, les temps sont durs, et Noël et les fêtes de fin d’année n’arrangent rien… » J’étais donc un cadeau supplémentaire pour le Noël de ce rustre, un petit cadeau secret, qu’il ne pouvait pas déballer devant sa femme, qui vit dans une autre maisonnette, juste à côté de la sienne. A moi aussi, il arrive de n’avoir pu sauver que 20 EUR du peu d’argent que j’ai gagné dans le mois ! C’est pourquoi j’exerce parfois ce métier qu’on dit le plus vieux du monde. Dans ces Landes presque désertes, où la demande est donc fort rare, on n’a pas d’autre choix que d’adapter ses tarifs aux moyens des payeurs éventuels. Si l’on s’entête à demander 100 EUR à quelqu’un qui n’en a que trente à donner, l’on est assuré de ne pas toucher un centime. X xxx x xxxxxxxx xx xxxxxxx xxx xx xxxxx xxx xxxxxx xxxxxxxxx xxx xxxxxxxx xxxxxxx x xxxxxx xxx xxxxx xxxxx xxxxxxxx, pour des sommes souvent exorbitantes : « Xxxxxx xxxx xxxxxxxx xxxxx à ceux qui ont peu à donner. Peu, c’est toujours mieux que rien du tout ! » Evidemment, cela demande d’avoir un peu de flair. Il faut savoir faire d’abord parler le payeur, pour se faire une idée des moyens qui sont les siens. A s’entendre demander trop, certains se ferment à toute négociation du prix. Ils ont tort, car ils passent à côté de plaisirs qui étaient à leur portée, comme d’autres se privent de 30 EUR pour en avoir demandé cent. C’est un métier qui se pratique par charité peut-être autant que par intérêt. 30 EUR, c’est un petit trésor. C’est par exemple le prix d’une séance chez le psychanalyste que m’a conseillé mon médecin généraliste. Mais avec 30 EUR, je pourrais également acheter trente paires de lentilles de contact et en porter une par jour pendant un mois ! Quand je veux en racheter, je pars donc à la recherche d’un client ou deux, selon les moyens qui sont les leurs. Et je fais ainsi pour financer une grande partie de ce qu’il y a de superflu dans mes dépenses ; et parfois même, dans les mois difficiles, pour payer le nécessaire, pour acheter de quoi manger ou de quoi faire le plein de la voiture. Je trouve cela xxxx xxxxxxxxx xxx xx xxxxxx xxx xxxxx xxxxxxxxxxxx xx xxxxxxxx xx xx xxxxx x xxxx xxx xxxxxxx que j’ai en horreur et que je trouve de plus en plus obscènes. Et c’est beaucoup moins éprouvant pour mes nerfs, qui sont très sensibles. Mais ce n’est pas d’argent que je voulais parler ce soir. En rentrant de chez mon rustre, je me suis fait cette réflexion qu’il avait à peu près la même corpulence que Camille. J’en fus comme saisi d’effroi : cet homme, ce pourrait être Camille dans trente-cinq ans ! Pour l’instant, sa beauté, sa jeunesse, sa fraîcheur, rendent son hygiène douteuse ou sa maladie supportables, et même désirables, mais qu’en sera-t-il dans seulement dix années ? La maladie l’aura sans doute prématurément vieilli. Ce ne sera plus qu’un homme malade et qui pue. Qui sera donc encore là pour le désirer ? Je me demande s’il n’y a pas une loi secrète de l’amour, qui fait se reconnaître entre eux les hommes malades et ceux qui sont destinés à l’être. Cela pourrait expliquer que Camille soit tombé amoureux d’Ascylte, cet homme encore jeune et déjà rendu dégoûtant par sa très mauvaise santé. Je commence à croire en la sincérité de l’amour de Camille et je trouve qu’il n’y a rien de plus triste qu’un tel amour. C’est moi qu’il aurait dû aimer, ma fraîcheur et ma bonne santé ! Mais je commence à croire que c’est précisément à cause d’elles qu’il ne l’a pas pu. Je suis tombé tout à l’heure, chez ma sœur, sur des photos qu’elle avait faites de lui au tout début de notre histoire. Il a beaucoup maigri depuis, lui qui était déjà si mince. J’ai recherché des photos plus récentes et j’ai cru, en les trouvant, pouvoir deviner dans les traits de son visage, dans sa nudité, qu’il m’avait laissé photographier, quel serait l’aspect de son cadavre, le jour de sa mort. Ce bouffon d’Ascylte se vantait l’autre jour de lui avoir sauvé la vie. « A cause de cet imbécile de médecin, m’a-t-il dit, qui croyait à une simple crise de foi (c’était le lendemain du réveillon de Noël), Camille a failli mourir. Il était en ‘‘acidocétose’’ et tout près du coma diabétique. Si je ne l’avais pas conduit aux urgences, il serait sûrement mort ! – Et toi qui disais avoir une bonne influence sur lui, sur son humeur, sur sa santé… Apparemment, il n’en est rien ! Si tu ne le trompais pas dès qu’il a le dos tourné, peut-être serait-il moins anxieux, plus serein. C’est toi qui le fais tomber dans le coma, pauvre con ! » J’ai cet horrible sentiment qu’en laissant entrer Ascylte dans sa jeune vie, Camille a choisi de se fiancer avec la mort.

03:27 Publié dans 2009, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note