28/01/2009

Mercredi 28 janvier 2009

            Ce qui me peine le plus, ce n’est pas que Camille n’ait pas eu d’amour, mais qu’il n’ait pas non plus beaucoup d’amitié pour moi. Cette douleur-ci est sans doute moins vive que celle-là (qui était plutôt de la colère, causée par la trahison de l’autre, Ascylte), mais elle est lancinante, persistante, faite pour durer. Je disais bien que j’étais un candide : je découvre que ce n’est pas parce que je fais en sorte de me montrer aimable, serviable, secourable, qu’on aura pour moi de l’amitié en retour. Ce n’est pas parce qu’on est nécessairement le centre de son petit monde qu’on exerce sur autrui tout l’attrait qu’on voudrait. Ce n’est pas parce que j’existe, ce n’est pas parce que je suis là, qu’il (peu importe qui, celui qu’on voudrait) me voit. Il faut vraiment que je manque d’amitiés pour vouloir de celle d’un Camille ! Après tout, ce Camille, c’est un garçon qui, quand je menaçais de dénoncer Ascylte en toute honnêteté, c’est-à-dire en ne disant que la vérité, n’a pas hésité un seul instant à menacer à son tour, pour me nuire, d’inventer de faux griefs à mon encontre, pour les dénoncer en représailles, au cas où ils n’auraient pas suffi à me dissuader ! Et pour si mal agir, Camille n’avait pas même l’excuse de l’amour, puisqu’il est évident qu’il n’a que du mépris pour Ascylte, qui le mérite bien, certes, mais là n’est pas la question. Voilà sur quoi j’aimerais fonder une nouvelle amitié ! Il faut dire que je suis quelqu’un de profondément fidèle. Bien sûr, comme n’importe qui, je puis simuler la fidélité auprès de quelqu’un à qui je ne me sens pas lié, par intérêt ou pour toute autre raison. Mais lorsque je me sens engagé envers quelqu’un, ma fidélité est sans doute indéfectible. Quant à savoir à quoi tient un tel sentiment d’engagement et presque de foi, je serais bien incapable de le dire. Cela ne relève pas de mon jugement et mes ‘‘choix’’, si je puis dire, sont probablement des plus injustes. La preuve en est que Camille ne m’a pas moins trahi qu’Ascylte, au fond. Mais il n’y a que sur ce dernier que se soit déchaînée ma haine. Camille, je n’ai cherché qu’à le retrouver au plus vite, pour pouvoir continuer d’avoir foi en lui, cet être sans foi ni loi. J’avais besoin d’avoir cette incompréhensible foi. Je ne pouvais pas faire autrement. Croire en Camille, c’est un peu comme avoir foi en ce dieu des jansénistes qui n’accorde la grâce qu’à ceux qu’il lui plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, comme d’ailleurs je n’accorde ma foi qu’à ceux qu’il me plaît, indépendamment de leurs qualités et de leurs efforts, et sans que je sache vraiment pourquoi. Bien sûr, Camille et moi, nous nous ressemblons, nous nous ressemblons par ce qu’il y a de mauvais en nous. Je me reconnais un peu en lui, peut-être beaucoup. Mais cela ne peut tout expliquer. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », disait Montaigne. Mais c’est bien plus mystérieux entre Camille et moi, bien plus terrible : Parce que c’était lui, c’est tout ce qu’il est possible de dire. Quelle amitié pourrait reposer sur la promesse d’une telle amputation ? Ce n’est pas une promesse, c’est une condamnation. La solitude en est la peine.

Commentaires

Tu n'as que le payer ... quand tu en auras marre de le payer tu t'en dégoûteras !

Ecrit par : iPidiblue vive la sociale ! | 28/01/2009

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