07/01/2009

Mardi 6 janvier 2009

            L’espèce d’hilarité qui anime Camille lorsqu’il parle de cette crevure d’Ascylte a quelque chose de rassurant : elle tend a prouver que le garçon sait parfaitement ce qu’il fait et que j’avais tort de me faire tant de souci pour lui, que je croyais tombé sous la coupe du traitre manipulateur ; c’est le manipulateur qui est manipulé. J’étais chez Camille avant-hier qui, retour de Bordeaux, était en train de fouiller dans son sac de voyage. Le voici soudain qui s’écrie : « Mince ! J’ai oublié de rendre à Ascylte sa crème à 100 EUR ! Oh ! Et son gommage à 60 EUR aussi ! Tant pis pour lui. – Mais tu connais donc le prix de toutes les choses qui appartiennent à Ascylte ? » Eh bien oui ! Ascylte dit à Camille le prix de tout ce qu’il possède et de tout ce qu’il lui offre, pour l’émerveiller, sans doute ! Ce bouquet de rose, que Camille s’est empressé de mettre à la poubelle, parce qu’il l’encombrait dans son petit appartement, a coûté 30 ou 40 EUR, je ne sais plus exactement. Sa bague de fiançailles, comme il dit, qui est en réalité une alliance, 300 EUR. « C’est un peu bête d’avoir dépensé autant d’argent pour cette bague, a dit Camille, transi d’amour, parce que si je dois quitter Ascylte bientôt, ce seront 300 EUR de jetés par la fenêtre. – Mais jeter l’argent par les fenêtres, c’est tout ce qu’il sait faire, c’est sa façon d’exister : il a besoin d’acheter les choses les plus chères pour donner aux autres l’impression qu’il est quelqu’un ! Est-ce qu’il a toujours ses trois téléphones portables ? Et son téléphone plaqué or, il l’a encore ? – Plaqué or ? Non, je ne crois pas. Par contre, il m’a donné l’un des siens. Mais qu’est-ce qu’il veut que j’en fasse, de son téléphone ? » Il y avait avec nous un bel hétéro de Strasbourg et qui habite chez Camille en attendant de trouver où se loger à Mont-de-Marsan, où il veut s’installer, parce qu’il est amoureux de la fille-mère, celle qui voulait se faire épouser de Camille et qui veut à présent se marier avec le Strasbourgeois. Notre hétéro s’étonnait qu’Ascylte achète si cher des crèmes apparemment bien peu efficaces, du moins sur son épouvantable peau, qu’il a si sèche qu’elle pèle littéralement aux abords de ses cheveux, au point qu’on pourrait presque croire que ses pellicules ne lui viennent pas du cuir chevelu mais bien du front ! C’est dire s’il est beau. Il nous a fallu expliquer au Strasbourgeois que ce n’était pas pour leur efficacité qu’Ascylte achetait ces crèmes, mais seulement pour pouvoir en dire le prix… Camille m’a fort effrayé en disant qu’il voulait déménager. « Quoi ? Tu vas t’installer à Bordeaux. – Non, je vais déménager à Mont-de-Marsan. – Mais tu y habites déjà, à Mont-de-Marsan. – Oui, mais je voudrais un appartement plus grand. Celui-ci est trop petit. Mais je ne veux pas habiter à Bordeaux. C’est trop stressant. Il y a trop de monde, trop d’agitation. Je veux rester à Mont-de-Marsan, parce que c’est ici que sont mes amis », a-t-il dit en me regardant malicieusement, du coin de l’œil. Il ne m’en fallait pas plus pour être heureux. Mais je ne me fais aucune illusion. Camille est ce qu’on appelle une mauvaise langue. J’ai parfaitement conscience qu’il rit de moi dans mon dos, comme il le fait d’Ascylte, de la fille-mère, de Polémon (qui m’a rapporté une grande partie des moqueries que Camille faisait en sa présence à mon sujet), de ce gros porc de Corydon, bref : de tout le monde.

Commentaires

Tout va donc pour le mieux dans ce monde où tous rient de tous ! Je rie donc avec toi de Camille ...

Ecrit par : iPidiblue légende dorée | 07/01/2009

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