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31/12/2008

Mardi 30 décembre 2008

            Quelle épouvantable journée ! Elle a fort mal commencé par un SMS de Damis, qui voulait savoir si je n’avais personne à lui présenter, puisque c’était moi, lui avait rapporté Corydon, qui avais permis à Camille de se ‘‘recaser’’ avec l’un de mes amis… A cause de ce gros porc de Corydon, je suis probablement la risée de tous ces cons de pédés, maintenant. Elle s’est terminée par un SMS de Polémon, qui m’annonçait qu’il annulait notre réveillon en tête à tête, parce qu’il préférait aller se goinfrer des fruits de mer que ses patrons, comme il dit, lui proposaient de partager avec eux. Quelle élégance ! Quelle classe ! Il me préfère des huîtres ! Sans doute sont-elles, il est vrai, plus fraîches, plus vives que moi, qui ne suis pas bien d’humeur à faire la fête, en ce moment. Mais ne devine-t-il pas qu’on peut trouver aussi des perles à l’intérieur de moi ? Quant à ce qui s’est passé entre la réception de ces deux SMS, je préfère ne pas en parler. C’était une de ces journées où les pensées, les soupçons et les craintes s’accélèrent dans ma tête et me font complètement dérailler, au point de dire à ceux qui m’abandonnent des choses insensées qui me font passer pour fou et justifient qu’on me fuie. Ma résolution pour 2009 : me faire aider, comme disent pudiquement tous ces cons de psys.

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29/12/2008

Dimanche 28 décembre 2008

            J’ai relu les conversations MSN que je disais hier vouloir recopier dans ce blogue. Mais finalement, je m’aperçois que leur publication ferait tomber un peu plus encore mon journal dans le bas et le sordide. J’ai longtemps cru qu’il m’aidait à regarder avec un peu plus de détachement ce qui n’allait pas dans ma vie, dans mon être. A présent je suis presque certain qu’il m’y enchaîne, au contraire, en nourrissant mes obsessions. Il faudrait que j’arrive à parler d’autre chose, c’est-à-dire de quelqu’un d’autre ! Je ne dirais pas que Camille m’a rendu fou, mais il m’a fait me rappeler que je l’étais. Je dois bien reconnaître qu’il n’est pas tout à fait normal de dépenser autant d’énergie à piéger Ascylte en le faisant parler à des personnages de mon invention. Si ce n’est pas de la folie, c’est tout de même très bête et probablement inutile. Ce qui est de la folie, c’est de vouloir empêcher Camille de se compromettre avec des Ascylte, de se fourvoyer, de se perdre. C’est vouloir l’empêcher de vivre et c’est à coup sûr l’éloigner de moi. C’est surtout mon ego blessé qui m’a fait réagir si violemment, car j’ai déjà dit que je n’aimais pas passionnément Camille. Mais s’il est vrai que je ne l’aime pas passionnément, je lui ai tout de même avoué avant-hier que je l’aimais à la fois comme un petit amoureux, comme un ami et comme un jeune frère : que je l’aimais donc énormément si ce n’est passionnément. Ce qu’il y a de passion en moi est tout autre. Il faudrait dire que je n’aime passionnément pas être abandonné. Et c’est toujours ce qui arrive, évidemment. Ma peur de l’être me fait me comporter de telle manière qu’on n’a généralement pas d’autre choix que de me fuir !

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27/12/2008

Samedi 27 décembre 2008

            J’écrivais mardi, au sujet de Polémon, que j’ai d’ailleurs eu l’occasion de connaître un peu plus en profondeur, hier soir, qu’il avait ‘‘fait la pute à Toulouse’’, à une époque. Mais que les gens sont mauvaises langues ! Cyrille, l’actuel amoureux de ma sœur, a travaillé pendant un certain temps comme serveur dans un bar de Mont-de-Marsan tenu par un vieux pédé à qui je n’ai jamais adressé la parole de ma vie, même si nous avons eu des connaissances en commun, avec lesquelles il a pu m’arriver d’entrer dans son établissement. J’ai toujours trouvé cet homme antipathique et lui moi. Or j’ai tout récemment appris de la bouche de Cyrille, au cours d’une petite soirée chez ma sœur donnée en l’honneur de Matio, qui se trouvait pour une fois à Mont-de-Marsan (c’était avant-hier), que ce patron de bar avait d’abord tenté de dissuader son employé de sortir avec elle en le prévenant qu’elle était séropositive. Et sans doute pour bien lui faire entendre que ma sœur était d’une famille vraiment peu fréquentable, il avait ajouté que le frère de celle-ci, c’est-à-dire moi, ‘‘faisait la pute à Toulouse’’, cela dit exactement dans les mêmes termes que ceux que j’ai utilisés à propos de Polémon. Comment diable les rumeurs se forment-elles donc, si précises et si vagues, si vraies et si fausses ? Sans doute y a-t-il une part de vérité dans toutes les rumeurs, mais pourquoi donc Toulouse, puisque c’est à Bordeaux que j’ai fait mes études ? Matio et moi sommes donc allés finir de nous soûler dans le bar de cette langue de vipère (l’un des seuls à être ouverts un vingt-cinq décembre à Mont-de-Marsan), pour lui dire que nous faisions des promotions pour Noël et qu’il pouvait avoir deux putes pour le prix d’une, s’il le souhaitait, ce vieux cochon ! Mais nous ne sommes pas restés longtemps dans cet endroit, qui était infesté de gitans, avec qui Matio a d’ailleurs eu des mots, et en espagnol, pour faire plus viril. En sortant du bar, nous avons croisé ce pauvre Trimalcion, qui n’est pas sans charme, finalement, ai-je d’ailleurs pu remarquer, à cette très brève occasion, parce que je n’ai pas pensé à m’arrêter pour le saluer, trop saoul et furieux que j’étais de la gitanerie ambiante. Je crois qu’il me prend pour un fou. Il avait l’air complètement abasourdi de me voir sortir de ce bar, ou peut-être était-il ébloui par ma nouvelle coiffure et par la fraîcheur de mon teint, même en pleine ivresse et si tard ! Sans doute allait-il rejoindre le beau Nicandre, qui était à l’intérieur. Je ne serai jamais heureux. Je sais déjà que ce que j’aime en Polémon, c’est qu’il m’aime, me trouve beau et me le dise. « Tu es beau même quand tu as les yeux fermés et que tu dors », me dit-il, sauf que je ne dors pas, bien sûr. « Même quand tu fais la grimace ! » Ce que j’aime aussi, c’est qu’il me dise sans doute les mêmes paroles qu’il a tenues à Camille, que Polémon a beaucoup aimé. Au fond, je ne me suis intéressé à lui que par esprit de symétrie et pour rétablir un certain équilibre. Un prétendu ami m’a volé Camille ? Il me fallait donc prendre possession d’un amant de ce dernier. Grâce à cela, Camille et moi nous parlons plus facilement désormais : nous nous parlons en égaux. J’ai même pu retrouver une certaine supériorité sur lui, car Polémon, en ne sachant pas tenir sa langue, a réussi à insinuer le doute en Camille, qui soupçonne fort les tromperies d’Ascylte. Camille a bien sûr parlé de ses soupçons au traitre, qui fait donc tout pour l’empêcher de me voir : il craint sans doute que je l’éloigne définitivement de lui. Pourquoi donc cette crainte, se demandera mon lecteur, puisqu’il n’est probablement pas très attaché à lui, s’il le trompe ? C’est sans doute parce qu’il n’a encore trouvé personne pour le remplacer, et qu’il ne veut pas aller tout seul ‘‘au ski’’ ! C’est tout ! Peut-être est-ce aussi parce qu’il a peur que j’attende que Camille et lui ne soient plus ensemble pour me venger. Je lui avais dit, en effet, que j’y renonçais non pas par bonté, mais par amour pour Camille, à qui ma vengeance aurait causé de la peine. Même si Ascylte n’a aucun scrupule, même s’il serait sans doute prêt à tout pour se défendre, il a peur, il a peur de moi, parce qu’il ne peut pas être entièrement sûr de remporter la victoire et parce que, finalement, il a bien plus à perdre que moi. Sa peur est manifeste, dans la deuxième grande conversation qu’il a eue avec le personnage que je me suis inventé de petit pédé candide pour le démasquer à Camille. Comme Polémon a parlé à Camille de la première conversation qu’Ascylte avait eue avec mon petit personnage, qui s’appelle Antoine, et que Camille en a parlé à son tour à Ascylte, pour avoir des explications, ce dernier est venu demander lui aussi des explications au pauvre Antoine : il voulait savoir comment Polémon pouvait avoir eu vent de leur conversation. La peur et la mauvaise foi d’Ascylte sont à peine croyables, à moins qu’il ne se joue à son tour de moi, comme m’a fait remarquer Polémon, ce que j’ai pourtant peine à croire. Mais il faut à présent que je recopie ces fameuses conversations, que je publierai sans doute demain, ou dans le courant de la semaine prochaine.

23:59 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Cyrille, Journal, Ma soeur, Matio, Nicandre, Polémon, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

24/12/2008

Mardi 23 décembre 2008

            J’ai téléphoné dimanche à Camille, que j’avais envie de voir, mais qui est à Bordeaux jusqu’à Noël. Il m’a dit qu’il savait déjà que j’allais peut-être sortir avec Polémon, qui le lui aurait répété. Polémon me jure qu’il n’a plus parlé à Camille depuis des jours. De qui Camille peut-il donc tenir cela ? Du petit Ilisos, son autre ancien amant, à qui il me faut bien finalement donner un nom ? De cette fille-mère qui est aussi l’amie de Polémon ? De ce journal, peut-être, dont je sais qu’Ascylte connaît l’existence ? Ayant en effet récemment demandé à celui-ci depuis quand il lui semblait que j’avais besoin des services d’un psychanalyste (comme il le prétend depuis que j’ai menacé de le dénoncer, ce qui ne serait pas une réaction des plus saines, selon lui), je me suis entendu répondre qu’il le pensait depuis bien longtemps déjà, depuis qu’un de ses amis, qui me lisait à l’époque, lui avait donné l’adresse de ce blogue, dont il avait lu une partie, mais une partie seulement, tant le contenu l’avait dérangé : il avait été en effet sur le point de s’évanouir, tant il avait ressenti d’ondes négatives émaner de cette lecture. Car j’avais oublié de dire que notre psy est également un peu voyant à ses heures, extralucide ! C’est dire le niveau du type, qui est pourtant expert en psychologie auprès de bien des tribunaux de France et de Navarre, et même du Luxembourg ! Camille m’a semblé être un peu troublé, au téléphone, par cette perspective d’une association entre Polémon et moi, dont il s’est immédiatement mis à me parler avec inquiétude. Il faut dire que nous sommes sans doute les deux garçons qui l’avons le plus aimé dernièrement, ou du moins ceux qui le lui avons le plus montré. Il s’aperçoit soudain que nous lui échappons peut-être, et que nous lui échappons ensemble et l’un grâce à l’autre. Maintenant qu’il sait que j’ai rencontré physiquement Polémon hier soir, Camille se montre avec moi très prévenant, dans nos conversations sur MSN. Il m’invite à me méfier de son ancien amant, sur lequel il ne tarit plus, mais non pas d’éloges, comme on s’en doute ! Et quand je lui demande pourquoi il se montre soudain si soucieux de mon bonheur, il me répond que c’est parce qu’il est attaché à moi, parce qu’il a peur pour moi, etc. Je l’ai remercié pour ses conseils, même si, comme je le lui ai expliqué, je risquais de ne pas plus l’écouter que lui moi lorsque je lui ai conseillé de se méfier de ce fourbe d’Ascylte, dont je sais qu’il ne tient pas plus à Camille qu’au minet qu’il est déjà en train de rechercher pour le remplacer. Je ne voulais pas en parler plus tôt dans ce journal, parce que je nourrissais encore l’espoir de me venger d’Ascylte, et que les moyens dont je me suis servi dans le but de prouver à Camille la fausseté de son amant sont les mêmes qu’une partie de ceux grâce auxquels j’espérais pouvoir prouver le parjure de cet homme assermenté ; mais après avoir longuement pesé la chose, conseillé par un ami qui est avocat, je me suis aperçu que toute l’affaire, au fond, consisterait à établir quelle serait la plus crédible de nos deux paroles : ce serait la sienne contre la mienne ! Autant dire que le combat est perdu d’avance contre cet individu sans aucun scrupule, qui a nécessairement la confiance des juges pour qui il travaille, et précisément parce qu’il est assermenté. Il aurait fallu que plusieurs personnes l’accusassent des mêmes faits pour pouvoir espérer le perdre. J’ai renoncé à ma vengeance et n’ai donc plus à cacher au traitre, qui lit peut-être ce blogue, que les conversations que nous avons sur MSN sont automatiquement enregistrées depuis plusieurs mois déjà sur le disque dur de mon ordinateur portable, comme je m’en suis aperçu tout récemment, au moment de faire justement en sorte de les enregistrer, dans l’espoir de lui faire répéter les aveux qu’il m’avait fait une première fois, mais sur mon autre ordinateur, la petite machine ‘‘ultra portable’’ que je me suis offerte à mon anniversaire, et sur laquelle les conversations MSN n’étaient hélas pas encore automatiquement enregistrées à ce moment-là, ce qui n’est désormais plus le cas. De toute façon, même si j’avais pu lui faire répéter ses aveux, mon ami avocat m’a dit qu’ils n’auraient pas eu bien grande valeur et qu’Ascylte n’aurait eu qu’à se rétracter. Je connais fort bien les goûts de ce dernier, pour le fréquenter depuis plus de quatre ans. Je me suis donc créé un personnage susceptible de lui plaire, pour le piéger sur l’un des chat de rencontre entre pédés que je le sais fréquenter. J’ai également créé une nouvelle adresse hotmail, pour pouvoir enregistrer toute la conversation que nous avons eue (car Ascylte est évidemment tombé dans mon piège) et dans le but de la faire lire au pauvre Camille, au moment opportun. Il ressort de cette conversation, que je recopierai tout à l’heure, qu’Ascylte n’est pas du tout amoureux de Camille, comme il me l’avait fait croire, pour  excuser la trahison de notre amitié, tant il est vrai que l’amour peut faire agir parfois en dépit du bon sens ou de la morale. Mais l’excuse était un mensonge et ce n’est pas par amour qu’Ascylte m’a trahi mais, comme je le soupçonnais déjà fort, uniquement parce qu’il avait envie d’enculer un joli garçon de plus. Le crime n’en est que plus grave. J’ai demandé à Camille s’il était amoureux d’Ascylte. Il me répond qu’il l’est, ce que j’ai bien du mal à croire. Je lui objecte que je ne crois pas en la sincérité de son amour. Ce qu’il aime en Ascylte, c’est… « Son argent ? Si c’est ce que tu crois, tu te trompes. – Non, pas seulement son argent, mais aussi les relations qu’il a dans les milieux médicaux, et qui pourraient te servir à mieux soigner ton diabète. Je suis tellement persuadé que tu n’es pas amoureux d’Ascylte que, même si je pouvais prouver qu’il te trompe, tu t’empresserais de lui pardonner, ou tu ferais celui qui ne me crois pas, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses libéralités. – Non, absolument pas, parce que je sais qu’Ascylte ne me tromperait jamais. Mais s’il le faisait, je le quitterais immédiatement. – Si tu le dis… » Je ne sais plus quoi faire. J’ai peur de causer de la peine à Camille, en lui apprenant qu’Ascylte le trompe et ne l’aime pas. Il doit aller ‘‘au ski’’ avec lui, en Suisse, peu avant le nouvel an. Autant l’y laisser aller. Ce sera toujours cela de gagné pour Camille. Il sera toujours temps de lui ouvrir les yeux, plus tard. Camille jure n’être pas intéressé par l’argent d’Ascylte, mais il est tout de même un peu pute sur les bords, comme tous les garçons de son âge (c’était aussi mon cas), et tout heureux à l’idée de se faire offrir bientôt par lui un nouvel ordinateur portable. « Et tu dis que l’argent ne compte pas ! Profites-en tant qu’il en est encore temps, Camille, et si tu veux que je te donne un conseil, fais-toi offrir par Ascylte le plus de choses possible. Ses libéralités pourraient ne pas durer. – Mais non, il m’aime. Regarde, il m’a offert une bague de fiançailles. On va se pacser, au mois de mars ! – Eh bien je souhaite sincèrement pour toi qu’Ascylte ne se joue pas de toi. » (Polémon aussi faisait la pute, lorsqu’il vivait à Toulouse. Il habitait chez des hommes qui le nourrissaient et le blanchissaient. Il sortait beaucoup la nuit, avait fini par boire énormément, et c’est pour se mettre au vert qu’il s’est retrouvé à Aire-sur-l’Adour, où il vit désormais. Je ne sais si mes lecteurs l’ont compris, car je ne suis pas toujours bien clair ni très explicite, mais tous les gens dont je parle dans ce journal ne sont le plus souvent que des roués.) Je suis presque sûr que ce projet de pacs est un mensonge de Camille si ce n’est d’Ascylte. J’ai dit que je m’étais aperçu récemment que les conversations MSN étaient automatiquement enregistrées sur le disque dur de mon ordinateur portable depuis des mois. J’ai donc pu lire toutes celles que Camille avait eues lorsqu’il habitait chez moi et qu’il se servait de mon ordinateur. C’est ainsi que j’ai pris conscience de son génie pour le mensonge et que j’ai appris bien des tours qu’il m’avait joués dans le dos. Si j’ai su que Ménécrate était déjà venu dans ma nouvelle maison, c’est grâce à la conversation enregistrée qu’il avait eue d’abord avec Camille, qui l’invitait à l’y rejoindre pour se faire baiser. J’ai pu constater que celui-ci avait très souvent ‘‘levé’’ des garçons, sur différents chat de rencontre, dans le but de coucher avec eux : avec eux plutôt qu’avec moi ! Bien sûr, Camille se défend en me rappelant qu’il s’était déjà souvent amusé à exciter des garçons en ma compagnie, pour rien, pour s’occuper, pour me faire rire, pour passer le temps, mais je suis sûr que parmi tous ces garçons, il y en a avec qui il a finalement baisé malgré tout. Il fallait voir la tête de Camille à l’écran de l’ordinateur, lorsque je lui ai révélé que j’avais lu toutes ses conversations ! C’était très amusant. Et je crois que cela nous a encore un peu plus rapprochés. Il sait désormais que j’ai pu lire en lui à livre ouvert. C’est grâce à cette lecture que j’ai également pu constater que Camille était réellement très remonté contre son père. Certaines conversations qu’il a eues avec l’une de ses cousines me le montrent assoiffé de vengeance et des mots épouvantables plein la bouche : il a dans ces passages-là quelque chose de proprement effrayant. Ce n’est plus mon Camille, c’est le Camille qu’il me cachait, et qu’il sait que j’ai vu désormais. Je l’ai vu si souvent mentir, dans toutes ces conversations, que j’ai presque la certitude que ce projet de pacs est une invention de lui. D’un autre côté, la candeur et la joie avec lesquelles il a rapproché son alliance de l’objectif de la caméra pour mieux me la faire voir étaient si saisissantes de vérité que j’hésite réellement à lui faire lire la conversation que j’ai enregistrée entre Ascylte et le personnage que j’ai inventé pour le lui démasquer : et si Camille était réellement amoureux ? Et s’il en avait le cœur brisé ? Je ne veux pas être celui qui lui fera verser des larmes. Je me suis aperçu, en relisant certains passages de ce journal, que je n’avais pas vraiment su faire passer dans ces pages l’horreur et l’effroi que m’inspire Ascylte. On pourrait croire que je le hais pour ce qu’il m’a fait, ce qui est d’ailleurs vrai en grande partie. Mais je le hais également parce qu’il est réellement détestable. Je le hais pour ce qu’il est, ce qu’il est réellement, indépendamment de mes petites et grande contrariétés, et que je vais tenter de dire à présent. Ascylte, c’est L’Imposteur de Molière, un nain posteur, comme écrit Polémon, pour me faire sourire. C’est l’air irrespirable du temps qui s’est engouffré dans ma maison pour tout empester et me voler ma femme et mon bien, c’est-à-dire mon mignon et mon bonheur déjà si précaire. L’air irrespirable du temps, c’est, de nos jours, l’inhumaine psychologie, dont Ascylte a fait son métier, c’est l’arrogante et froide expertise de parvenus assermentés, c’est l’impitoyable ‘‘humanisme’’ (celui des antiracistes, des ‘‘homophobophobes’’ et apparentés), qui n’hésite pas à censurer, à calomnier, à ruiner, à lyncher des hommes pour le bien de l’humanité. Qu’on songe par exemple qu’Ascylte, dans un récent procès, était le seul expert psychologue qui, dans son rapport, voulait faire passer l’accusé, qui reconnaissait d’ailleurs sa culpabilité dans une affaire d’assassinat et de tentative d’assassinat dont deux homosexuels avaient été les victimes, pour un homophobe, ce qui aurait sans doute considérablement alourdi sa peine, s’il avait été reconnu tel. En réalité, même si l’accusé était sans doute homophobe, c’est à cause d’une querelle de voisinage qui durait depuis plus de dix ans qu’il en était arrivé à commettre l’irréparable. L’on peut sans doute être homophobe et ne pas assassiner des homosexuels par homophobie, mais pour la même raison qu’on assassine parfois des hétérosexuels, raison sans doute universelle : parce qu’on n’aime pas ses voisins ! Pourquoi donc Ascylte est-il si acharné à débusquer l’homophobe, le pédophile, le tortionnaire ou le bourreau ? Parce qu’il prétend avoir été lui-même victime des attouchements ou du viol d’un pédiatre, lorsqu’il était un jeune adolescent. Nous voici au cœur de l’époque, c’est la pestilence même du temps : nous avons assisté depuis peu à l’avènement de l’empire des victimes. Ascylte, qui en a été une, s’est fait le champion de toutes. Comment donc, dans ces conditions, pourrait-il être objectif, impartial ? « Malheur à la ville dont le prince est un enfant », surtout si c’est un enfant maltraité ! C’est, pour commencer, une ville où il ne peut plus y avoir de justice. Mais Ascylte n’est pas qu’une victime ! Il est un monstre plus effrayant encore ! C’est un assuré social ! Sous prétexte qu’il était ‘‘en arrêt maladie’’ (pour cause d’épuisement !), Ascylte, dans le procès dont j’ai déjà parlé, ne s’était pas rendu à l’audience le jour prévu. C’est en entendant faire le compte rendu des débats, le soir, à la télévision, et en constatant que la thèse de l’homophobie semblait ne pas devoir être retenue, qu’il avait fait l’effort de se déplacer, le lendemain, pour être entendu. Mais le juge n’avait pas voulu l’écouter : Ascylte avait dû rester muet, dans la salle, au milieu du public, ce qui l’avait fort contrarié. « Quand même, elle aurait pu m’écouter, cette juge (c’était une femme). Elle aurait dû tenir compte du fait que je m’étais déplacé malgré mon arrêt maladie. C’était une preuve de ma bonne volonté, de mon souci d’aider la justice. – Oui, sans doute, mais je crois qu’elle aurait été encore plus impressionnée si tu avais fait l’effort de venir malgré ton ‘‘arrêt maladie’’ le jour prévu ! Surtout que tu n’as pas l’air si épuisé que cela… » Malheur à la ville dont le prince est un assuré social ! Comment donc un assuré social pourrait-il sérieusement aider à rendre une bonne justice ? Je me souviens tout à coup de ce qu’écrivait Céline : « Je voudrais voir un peu Louis XIV avec un ‘‘assuré social’’ !... Il verrait si l’Etat c’est lui ! » Je n’ai plus le courage de recopier la conversation que mon personnage inventé de petit pédé candide à eue avec ce satyre lubrique d’Ascylte. Je le ferai un autre jour.

00:29 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Ilisos, Journal, Ménécrate, Polémon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

19/12/2008

Jeudi 18 décembre 2008

            J’ai parlé avec un autre ancien amant de Camille, à qui je ne suis pas sûr qu’il me faille déjà donner un nom, ne sachant pas si j’aurai l’occasion de reparler de lui dans ce journal, même s’il le mériterait fort, tant il est joli à regarder. Son jugement sur Camille n’est pas bien différent de celui de Polémon. Voici ce qu’il m’a dit de lui, en des termes que je m’efforce de reproduire aussi fidèlement que possible : « Non mais tu n’as rien à te reprocher, tu sais, et puis ce n’est pas ton ami qui te l’a piqué, c’est Camille qui a été voir ailleurs. C’est son trip de coucher avec tout le monde comme une pute. Alors, sérieux, ne souffre plus pour une tapette comme lui, tu te gâches la vie. » Mais il a beau dire, je souffre, et je souffre encore plus d’entendre parler si unanimement mal de Camille. Ce n’est pas à lui que j’en veux le plus, c’est à ces prétendus amis qui ont couché avec lui sans me le dire, qui m’ont laissé me confier à eux, lorsque ma peine était trop grande, sans me dire qu’ils avaient activement participé à ce qui l’avait causée, comme ce Tityre, avec qui je me dispute presque à chaque fois que je le vois, parce qu’il ne veut pas reconnaître que son comportement n’était pas digne d’un ami, ou comme ce Ménécrate, avec qui je baise occasionnellement, dont il me faudra d’ailleurs reparler dans ce journal, et qui affectait l’autre jour de ne pas savoir où se trouvait ma nouvelle maison, alors qu’il était déjà venu y coucher avec Camille, en mon absence, lorsque ce dernier habitait encore avec moi ! Tous ceux-là ont aussi mal agi que Camille, mais ils sont plus coupables que lui, parce que je sais que Camille, qui n’est pas quelqu’un d’équilibré, ne peut pas se comporter autrement que très mal, alors que mes prétendus amis, qui sont des gens bien portant, n’ont pas hésité un instant, en toute liberté, et au mépris des sentiments qu’ils me savaient avoir pour Camille, à participer aux mauvaises actions que celui-ci, par faiblesse, croyait n’avoir pas d’autre choix que de commettre : ils n’ont aucune morale, alors que Camille n’a plus tout son bon sens, lui qui se croit obligé de mentir, pour être aimé. Il manque à l’un son libre arbitre ; les autres ont choisi de me trahir. Polémon me conseille d’effacer Camille de ma vie. Je lui réponds que je ne peux pas, parce que je ne le veux pas. Je lui explique qu’à cause de ma névrose phobique, j’ai rarement eu beaucoup d’amis, j’ai toujours fait fuir la plupart des gens : Camille est venu vers moi, lui. Je ne peux pas lui en vouloir complètement, parce que je ne m’en sens pas tout à fait le droit. Malgré tout le mal qu’il m’a fait, je lui suis d’abord reconnaissant d’avoir bien voulu devenir mon ami, à sa mauvaise façon de pauvre être aussi tourmenté que moi, quoique bien différemment. Les Camille et les Olivier pourraient commettre les pires actions qui soient, ils ne seront jamais aussi mauvais que les Ascylte, les Ménécrate et les Tityre qui les subissent de trop bonne grâce !

02:17 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Ménécrate, Polémon, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

18/12/2008

Mercredi 17 décembre 2008

            Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis une plaie ouverte. Je suis plutôt une plaie qui ne se referme pas complètement, et qui suinte. Je ne peux pas dire non plus qu’un incendie me consume, mais il y a comme un feu qui couve dans mon ventre. Ce sont probablement les flammes autour du sexe de Camille qui l’y ont mis. On ne voit plus vraiment les braises rougeoyer sous la cendre, mais un jour, je serai peut-être entièrement consumé, je ne serai plus que de la poudre. Olivier brûlé, ou La Vengeance, ç’aurait dû être le titre de la tragédie que je n’ai pas su mettre en scène dans ma vie ni dans la leur, celle du traître et du faux amant.

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17/12/2008

Mardi 16 décembre 2008

            Je suis entré en relation avec cet ancien amant de Camille, que je croyais d’une grande bestialité pour avoir osé monter la fille-mère dans le lit de ce dernier, en sa présence et sans aucun égard pour sa pudeur, dont il est vrai qu’il est sans doute entièrement dépourvu. Appelons-le Polémon. C’est en réalité un garçon plein d’humanité, qui m’a beaucoup écouté, et surtout beaucoup appris sur Camille, qu’il connaît depuis bien plus longtemps que moi et contre lequel il est très remonté. Grâce à lui, je sais que Camille ne s’est pas comporté comme il a fait avec moi à cause de ma manière d’être, mais bien à cause de la sienne. Il se comporte ainsi, c’est-à-dire plutôt mal, avec tout le monde, avec son père, sa mère, sa sœur, Polémon et sans doute avec Ascylte, en ce moment. Cela ne change rien au fait que ma manière d’être ne me rend pas aimable  du tout, mais je suis soulagé d’apprendre que même si je l’avais été, Camille ne m’aurait pas plus ni moins aimé. Polémon m’a donné un nouvel éclairage sur une multitude de faits, qui en disent très longs sur Camille et sur le génie avec lequel il sait les tordre à sa convenance. Lors de mon récent dîner en tête à tête avec le traître Ascylte, celui-ci m’avait expliqué qu’il estimait que Polémon ne devait plus faire partie des amis de Camille, parce qu’il s’était rendu coupable de coucher avec le père en même temps qu’il était l’amant du fils ! Mais la version de Polémon est un peu plus développée que celle dont Camille a fait le récit à cet imbécile d’Ascylte, qui n’est pas un bien fin psychologue, j’en ai peur. En réalité, c’est Camille qui a jeté Polémon dans les bras de son père. Il a joué les rabatteurs. Après quoi, il s’est servi de ce prétexte pour quitter Polémon, dont il s’estimait trompé ! Ils finirent bien sûr par se remettre ensemble, puisqu’ils n’ont cessé de se séparer et de se réconcilier depuis qu’ils se connaissent. D’ailleurs, le soir où Camille a rencontré Ascylte chez moi, il était de nouveau avec Polémon depuis deux semaines, alors même qu’il était en train de jouer le jeu du fourbe psychologue, qui affectait de vouloir nous remettre ensemble, pour finalement me le voler. Le soir où Camille avait deviné que j’étais pour quelque chose dans la rupture inexpliquée d’Ascylte, il m’avait interdit, plein de fureur, de jamais revenir vers lui. D’ailleurs, avait-il ajouté, il s’était déjà remis avec Polémon, ce qui n’avait pas manqué de me surprendre beaucoup, puisqu’il était censé être follement amoureux d’Ascylte. En réalité, notre Camille, qui est un garçon prévoyant, n’avait pas encore prévenu le pauvre Polémon qu’il le quittait pour ce dernier : il attendait d’être sûr de la sincérité des sentiments du traître, ce qui est bien compréhensible… Quant aux sentiments de Camille à l’égard de ce pendard d’Ascylte, ils sont des plus bas : Camille aime son argent (il en a plus que moi, mais le premier venu en aurait plus) et ses relations médicales, grâce auxquelles il espère équilibrer enfin son diabète. Je sais qu’il n’aime pas du tout le corps d’Ascylte et qu’il daigne à peine baiser avec ce débauché, qui lui ne pense qu’à ça et qui est donc ces temps-ci tellement frustré que je l’ai surpris ce soir en train de traîner sur un site Internet de baise entre pédés, que je le sais fréquenter habituellement et où j’étais venu incognito le prendre sur le fait. (Ascylte passe en effet la semaine à Bordeaux, son jeune ami étant très pris ici par son travail de ‘‘ramassage’’ de volailles, les fêtes de fin d’année approchant. Il a dont tout le loisir de tromper le garçon dont il prétend être tombé follement amoureux.) Pour le malheur d’Ascylte, Camille est très peu porté sur le sexe. Il a des envies, bien sûr, qu’il ne s’est pas privé d’assouvir sans moi, lorsqu’il me laissait vainement espérer ce que je voulais pouvoir espérer, mais ce n’est pas du tout le genre de personne à baiser plusieurs fois dans la journée, ni même une fois par jour, comme me l’a confirmé Polémon, qui semble être lui-même très porté sur la chose et qui a été, lui aussi, accusé par Camille de lui faire l’amour contre sa volonté ! C’est dire si ce dernier est sujet à caution lorsqu’il me menace, sous l’influence d’Ascylte, qui ose prétendre qu’il veut rester mon ami, de m’accuser d’atteinte sexuelle sur sa personne ! (Mais il faudrait qu’il ait quinze ans ! Il en a vingt…) Polémon m’a dit que Camille pouvait être très violent. Il peut se mettre dans de telles colères qu’il l’a déjà vu soulever son père de ses maigres bras et le projeter à terre. Quant à sa mère, qui est une ancienne voisine de Polémon, c’est pour se protéger des coups que Camille lui donnait qu’elle se serait défendue avec un couteau. Jamais elle n’aurait voulu le tuer, comme il m’avait fait croire, et comme Ascylte le croit encore. Mais le plus grave n’est pas là. Toutes ces révélations que m’a faites Polémon et qui devraient m’ouvrir les yeux, me faire mépriser et détester Camille, ce demi-fou, ce menteur, ce profiteur, ce manipulateur et ce voleur (car il volait régulièrement son père, à qui il doit d’ailleurs beaucoup d’argent, ce qui est un comble, quand on sait qu’il le poursuit en justice pour en recevoir une pension), toutes ces révélations m’attendrissent et me font l’aimer davantage encore. Je me dis qu’il doit être bien malheureux et que c’est le besoin d’être aimé, la nécessité de se faire passer pour aimable, c’est-à-dire pour quelqu’un qu’il ne croit pas être, qui le poussent à mentir, et à changer d’amant dès qu’il se sait ou se croit découvert. Finalement nous nous ressemblons un peu lui et moi, par notre faille et par le gouffre qui s’ouvre sous nos pieds. Moi c’est dans la sincérité et la méchanceté que je suis tombé. Lui c’est dans le mensonge et la manipulation. Ni lui ni moi ne savons nous faire aimer pour ce que nous sommes. C’est une illusion qu’on aime en lui. On l’aime parce qu’il est pâle et roux, non parce qu’il est Camille. Il est seul.

12:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

13/12/2008

Samedi 13 décembre 2008

            J’écrivais avant-hier qu’Ascylte et Camille étaient meilleurs que moi, mais je l’écrivais tout de même un peu vite. Je ne suis pas sûr qu’ils vaillent beaucoup mieux que je le disais. Quand j’ai menacé Ascylte de le dénoncer à la justice, celui-ci s’est défendu en me menaçant à son tour de m’accuser d’avoir volé dans son ordinateur les documents qu’il n’avait pas le droit de me faire lire. Il est bien normal qu’il se défende. C’est de bonne guerre. Mais moi, je l’ai attaqué en menaçant de dire la vérité ; lui s’est défendu en menaçant de recourir au mensonge. Qui donc est le plus immoral de nous deux ? Celui qui veut dire la vérité par méchanceté, ou celui qui ment parce qu’il s’y sent acculé ? Il est normal que mon lecteur me trouve le plus immoral des deux, puisque c’est moi qui ai menacé le premier. Ascylte passant pour l’amant qu’on veut punir d’aimer attire nécessairement la sympathie. Mais c’est oublier un peu vite qu’il a trahi de lui-même le secret auquel il était soumis en me faisant lire ses rapports d’expertise. Et il l’a fait pour l’une des plus mauvaises raisons qui soient : par arrogance, pour m’éblouir de la qualité de son travail, comme si la prose d’un psychologue pouvait avoir un quelconque intérêt en dehors du cabinet d’un juge ou d’un avocat ! Ascylte n’est tout bonnement pas prêt à assumer ses actes, trop conscient qu’il est d’avoir mal agi en toute liberté et de n’avoir donc aucune excuse. Sa carrière est en jeu, sa réputation et peut-être même sa liberté. Pour les défendre, après avoir trahi le secret professionnel et le secret de l’instruction, il est prêt à mentir, pour me faire passer, moi, dont il a d’ailleurs également trahi l’amitié, pour le véritable menteur de l’affaire, pour un voleur et pour un maître-chanteur de longue date ! Car les plus anciens documents en question remontent à l’année 2006 et je me suis rendu chez Ascylte en une seule occasion, il doit y avoir plus d’un an. Selon ce dernier, j’aurais donc commis ce vol, dans l’éventualité d’avoir à faire chanter beaucoup plus tard quelqu’un que je considérais alors comme un ami… Il veut me faire passer pour un bien plus grand calculateur que je ne suis vraiment ! Si j’ai bien fait chanter ce traître d’Ascylte, c’était sous le coup de la colère, et pendant moins de vingt-quatre heures ! J’ai mis fin de moi-même à ce chantage indigne de ma personne, parce que je ne supportais pas de voir la douleur du pauvre Camille. Les documents les plus récents sont postérieurs à mon unique passage chez Ascylte à Bordeaux. Je me demande comment il expliquerait le fait qu’ils sont en ma possession. Comment m’y serais-je pris pour les voler ? Il est vrai que je ne sais pas comment je pourrais moi-même démontrer que je ne me suis jamais plus rendu chez lui après cette première fois… Et puis ces documents relèvent de la justice d’un pays étranger. Je ne crois pas qu’ils intéresseraient un juge français. Ce serait donc ma parole contre la sienne. Or on sait ce que vaut la parole d’un obscur citoyen en comparaison de celle d’un expert : qu’on songe donc à l’affaire d’Outreau ! Mais il y a pire. Ascylte, qui est un immonde manipulateur, comme je crois l’avoir déjà écrit dans ce journal, fait désormais dire à Camille, qui est sous son influence, que je me serais livré sur lui à des attouchements contre sa volonté. Ascylte parle d’atteinte sexuelle (pas de viol, tout de même !), exercée sans violence, contrainte, menace ni surprise, comme je crois que dit la loi, mais sur un garçon de vingt ans ! (Il me semble que l’atteinte sexuelle concerne habituellement des victimes mineures…) « Sans violence, contrainte, menace ni surprise, dis-tu ? Mais comment donc est-ce possible ? S’il n’y a rien de tout cela, c’est donc qu’il y a l’accord de la prétendue victime ? Ou bien parle-t-on de nécrophilie, les cadavres ayant généralement le plus grand mal à faire connaître leur volonté à leurs agresseurs, qui n’ont donc généralement pas à recourir à la violence, la contrainte, la menace ni la surprise ? Je sais bien que Camille n’a pas une très bonne santé. Mais il n’est tout de même pas déjà réduit à l’état de cadavre ! Tu vois bien qu’il bouge encore. Regarde-le donc se trémousser sur sa chaise, avec sa mauvaise conscience et son air coupable ! » Tout mon crime est de m’être parfois glissé dans le lit de Camille, le matin, quand il habitait encore chez moi, et de l’avoir caressé, lorsqu’il me laissait faire, c’est-à-dire lorsqu’il le voulait bien, car ce garçon qu’Ascylte prétend ne pas savoir dire non, pouvait pourtant me le dire très clairement et tout simplement : c’était quand il n’avait pas envie d’être touché ou quand il n’en avait pas le temps, à cause de ses obligations, qui étaient nombreuses à ce moment-là, puisqu’il venait d’être chassé de chez lui par son père, et qu’il avait à s’occuper de trouver du travail et un logement. Mais ce n’est pas tout, mon blond lecteur, je peux nous faire tomber encore plus bas dans le sordide. Ascylte m’a dit que Camille et lui avaient le plus grand mal à avoir des relations sexuelles équilibrées ! Il y aurait selon lui deux explications possibles à cela : soit c’est le diabète qui a les effets les plus néfastes sur la libido de Camille, soit ce dernier a été traumatisé par l’atteinte sexuelle dont il a été victime chez moi ! J’ai suggéré à ce fin psychologue d’Ascylte qu’il pouvait y avoir une troisième explication, tout aussi plausible : c’est que Camille a peut-être et depuis bien avant de nous avoir rencontrés, Ascylte et moi, certaines inhibitions sexuelles, parfaitement indépendantes de son diabète et de mes attouchements de vieux satyre lubrique ! Ascylte est tombé d’accord avec moi pour dire que c’était en effet possible. Le con ! Je n’ai pas osé dire que si Camille n’était pas très épanoui avec lui, sexuellement, c’était peut-être aussi parce que, plus simplement encore, il le trouvait laid ou le jugeait un ‘‘mauvais coup’’. Une telle remarque n’aurait fait qu’accroître inutilement la tension qu’il y avait dans la pièce à ce moment-là ! J’ai demandé à Ascylte comment il expliquait que Camille, qui prétend avoir été victime de mes attouchements, n’était pas plus dégoûté par moi ? « Pourquoi donc, Camille, es-tu revenu vers moi, deux semaines après m’avoir quitté, le jour de mon anniversaire ? Pourquoi donc veux-tu que nous restions amis, encore aujourd’hui, si j’ai abusé de toi ? Pourquoi voulais-tu m’inviter à dîner, le soir où tu as finalement rencontré Ascylte ? Et surtout, dis-moi pourquoi tu as eu plusieurs fois envie de coucher avec moi, entre ton départ et ta rencontre avec Ascylte, lorsque tu étais en manque de sexe ? C’est toi-même qui l’as reconnu devant Ascylte, lorsqu’il affectait de nous faire parler pour nous remettre ensemble, avant de te séduire et de t’enlever à moi. Pourquoi vouloir coucher avec moi ? Pourquoi pas avec un autre ? Moi je devrais te dégoûter, tu ne devrais penser qu’à me fuir ! » Intervention d’Ascylte : « Oui, ce n’est pas normal, cette réaction, ce n’est pas sain du tout, c’est pervers. Ça veut dire qu’il allait vraiment très mal. » (Je ne suis pas sûr qu’Ascylte ait bien dit pervers.) « Ah bon ? C’est ça, la conclusion de l’expert psychologue auprès des tribunaux ? Moi j’en ai une autre : c’est tout simplement que Camille n’a jamais été victime de moi ! Hein Camille ! Dis-moi pourquoi je ne te dégoûte pas, pourquoi tu ne penses pas qu’à me fuir. – C’est parce que je t’aime bien. Je veux qu’on reste amis. » Pauvre Camille, qui est devenu notre jouet, coincé qu’il est entre ce monstre de manipulation qu’est Ascylte et cet autre monstre que je suis : un monstre de sincérité. Ascylte et moi sommes à la merci l’un de l’autre. Je le tiens par la vérité ; lui par ses mensonges. Nous sommes contraints de rester bons amis. Je n’ai aucune confiance en lui. C’est pourquoi j’écris tout cela. Je veux que ma version des faits soit publiée, au cas où Ascylte voudrait me nuire. Nous avons dîné ensemble hier, sans Camille, finalement, qui as trouvé une espèce de travail, pour lequel il peut être appelé à tout moment du jour et de la nuit. C’était un dîner pénible. Nous n’avons plus rien à nous dire. En rentrant chez moi, vers une heure du matin, j’ai reçu ce SMS d’Ascylte : « Merci d’être passé. C’était une soirée sympa » ! Il faut dire qu’il était contrarié de voir Camille partir travailler juste au moment où lui rentrait de Bordeaux. Ascylte trouve que Camille ne sait pas dire non à son patron. C’est la grande explication d’Ascylte : « Camille ne sait pas dire non » ! Notre bon psy, qui a les pieds sur terre, voudrait que Camille, à qui son petit salaire est indispensable, tienne tête à un patron qui l’a embauché depuis moins d’un mois ! Quand je pense qu’Ascylte voudrait se faire passer pour quelqu’un d’entièrement dévoué à son prochain, pour une espèce de saint, mais très porté sur la chose, alors qu’il n’est qu’un monstre d’égoïsme ! Pendant notre conversation, hier soir, il m’a parlé de tous les amis de Camille qu’il avait rencontrés. Il dressait la liste de ceux qui lui paraissaient dignes d’être conservés et de ceux qu’il estimait ne pas l’être. Il y a beaucoup d’amis de Camille que je n’aime pas du tout moi non plus, mais je ne pense pas avoir jamais envisagé de l’en détourner. Au contraire, c’est moi qui m’éloignais d’eux, ce qui, dans le même temps, m’éloignait de Camille. J’ai dit que je n’étais pas un bon calculateur. Je suis ma pente, plutôt que mes intérêts. Par exemple, tout ce que j’ai écrit dans ce journal depuis quelques jours est très loin de les servir !

 

18:41 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note

12/12/2008

Jeudi 11 décembre 2008

            Je considérais comme un outrage supplémentaire le fait qu’Ascylte m’ait demandé de rester son ami malgré sa trahison. C’était montrer beaucoup de mépris pour mes sentiments, c’était me rire au nez, pensais-je. Mais j’ai vu les deux amants ce soir, je les ai vus physiquement, ayant passé une heure ou deux en leur compagnie. Et maintenant, je ne sais plus quoi penser. Leur amour semble sincère. Ascylte, du moins, semble l’être. Quant à Camille, je me demande de plus en plus s’il est capable d’amour au sens où nous l’entendons. Il me paraît de plus en plus évident qu’il a de sérieux déséquilibres affectifs. Il n’y a pas que moi à qui il manque une case, par quoi Ascylte prétend tout expliquer de la démesure de mes réactions depuis une quinzaine de jours ! Et je me demande s’il n’a pas raison, car il m’a semblé que le plus triste était que l’amour d’Ascylte et de Camille ne les transfigurait même pas : ils n’ont rien d’émouvant, ils ne sont pas plus beaux, mais presque hideusement assortis. En un mot : leur amour ne paraît pas du tout à la mesure de la peine qu’il m’a causée. Le plus incroyable est leur bonté. Je suis loin d’avoir tout rapporté de mes agissements dans ce journal, mais disons que je me suis comporté avec eux comme ces salauds de cinéma, qu’on se réjouit de voir crever comme des chiens à la fin du film. Eh bien les deux amants étaient sincèrement désireux de me voir apaisé et de me pardonner ! Revoir Camille m’a aidé à me souvenir que je n’étais pas vraiment amoureux de lui avant qu’Ascylte me le vole en s’en éprenant. J’aimais surtout croire qu’il m’aimait. En trouvant son amitié absolument inchangée, j’ai compris qu’il n’en avait jamais vraiment eue beaucoup pour moi, puisqu’il en garde autant pour le beau salaud que j’ai été que pour celui qui s’était d’abord efforcé d’être aimable. La vérité est que s’il n’y a personne pour m’aimer vraiment, c’est parce que je ne suis pas quelqu’un d’aimable du tout, je veux dire par là que je suis très loin d’être digne d’amour. J’ai beau tenter de remonter ma pente, elle est si prononcée que je retombe toujours tout en bas, dans mon état le plus mauvais. Avec Camille, j’avais cru m’être amélioré. C’est parce qu’il m’a détrompé que ma peine a été si grande. Et pourtant, malgré ce que je viens d’écrire, qui est la pure vérité, il y a ces deux amants, Ascylte et Camille, à qui j’ai fait beaucoup de mal et qui veulent rester mes amis, malgré moi, qui voulais absolument m’en faire des ennemis, par pure méchanceté. Ils m’ont invité à dîner avec eux demain soir. Je ne m’explique même pas comment ils arrivent à soutenir ma vue ! Même moi je n’y arrive pas, puisque je ne dis pas tout à ce journal. Peut-être est-ce grâce à ma nouvelle coiffure que j’ai pu les attendrir ? Les cheveux courts mon énormément rajeuni et me donnent un air presque angélique ! (J’aurais bien montré des photos de ma nouvelle tête, mais Tityre, à qui j’ai demandé de me tirer le portrait, hier soir, n’a su que me photographier à demi nu !) La mauvaise part de moi, qui ne se tait jamais complètement, me dit que je suis si peu aimable qu’il n’y a que ces deux là, le traître et le profiteur, pour m’aimer comme je suis, c’est-à-dire comme ils croient que je suis, car je ne pense pas qu’ils aient réellement pris la mesure de ma méchanceté, comme ils ne semblent pas avoir vraiment pris celle de ma peine, puisqu’ils n’ont même pas daigné montrer entre eux un amour digne de la douleur qu’il a inspirée. A moins qu’ils n’aient été discrets pour me ménager. Je crois que je leur suis reconnaissant d’être meilleurs que moi. Heureusement que de telles créatures existent. Même les plus méchantes, comme moi, ont droit à l’amour et à l’amitié. Notre époque l’a oublié, qui ne sait que mépriser ceux qu’elle condamne, les lyncher, les tuer socialement, si ce n’est physiquement. Je crois qu’elle appelle ça de l’humanisme ! Moi je ne sais pas ce que c’est que l’humanisme, surtout pas au sens moderne du mot, mais je crois savoir à peu près ce qu’est un homme. Et il n’y a qu’un homme qui soit capable d’être mauvais ! Mais c’est précisément parce qu’il est homme qu’il a droit à de la bonté, lui aussi.

12:08 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

08/12/2008

Dimanche 7 décembre 2008.

            Pour l’instant, j’ai beaucoup parlé de la trahison d’Ascylte. Mais Camille est loin de s’être très bien comporté avec moi. Depuis le jour où nous nous sommes séparés, à cause de l’impossibilité où nous étions de nous voir autant que nous le voulions, il n’a cessé de me faire croire que nous pourrions un jour nous remettre ensemble. J’ai eu la faiblesse de lui faire confiance. A chaque fois que je lui demandais s’il avait rencontré quelqu’un, s’il avait couché avec d’autres garçons, il me jurait que non, comme s’il n’en avait pas le droit, comme si nous nous étions juré fidélité, ce qui n’était pas formellement le cas. Camille m’a constamment fait croire que, même si nous n’étions plus en couple, comme dirait ce chien d’Ascylte, nous n’étions jamais loin de l’être de nouveau. En réalité, pendant tout ce temps, Camille n’a cessé de me ‘‘tromper’’, de coucher avec d’autres garçons, avec Tityre, par exemple, et même avec l’épouvantable Trimalcion, dont il aurait été l’amant pendant plusieurs jours, sans doute pendant toute la période où je n’ai plus eu de nouvelles de lui après sa disparition, le jour de mon anniversaire. Il me faut bien me rendre à l’évidence. Si Camille me mentait à ce point, c’est sans doute parce qu’il voulait me garder attaché à lui, pour des raisons qu’il est le seul à connaître vraiment, probablement parce qu’il n’est qu’un profiteur, comme disait je ne sais plus qui, peut-être le gros Corydon. Parce que j’ai cru Camille, parce que je lui ai fait confiance, je me sens à présent comme une femme que son mari n’aurait cessé de tromper. Camille a commis ce tour de force d’abuser de ma gentillesse, moi qui suis d’un naturel si méchant. Comme je disais à Pierre Driout, il m’a fait pousser de si grandes cornes, que c’est à peine si j’arrive encore à tenir la tête droite. Et certains des garçons qu’il m’a préférés sont d’une telle laideur que je n’ose plus me regarder dans une glace, tant je me sens devenu laid. J’ai d’ailleurs résolu de changer de coupe de cheveux. J’ai rendez-vous mercredi chez le coiffeur. Quelqu’un qui a vu une photo de moi datant de l’époque où j’avais les cheveux courts m’a dit que j’étais alors bien plus beau. J’ai besoin de changer d’aspect. Cela devrait m’aider à tourner la page. Je dois perdre l’apparence que j’avais quand Camille me regardait encore pour m’arracher au regard que, de toute façon, il n’a plus pour moi, si du moins il l’a jamais eu ! Il me faut trancher ces cheveux qui ont poussé pendant le temps de notre lamentable histoire. Ils sont devenus trop lourds pour ma pauvre tête. Je demanderai au coiffeur de m’en garder une mèche. Je la rangerai avec les reliques de Camille, parmi ses quelques cheveux, son poil pubien, ces petits mots manuscrits pleins de fautes d’orthographe, cette boîte d’aiguilles pour son stylo à insuline qu’il avait oubliée chez moi. Don Esteban est d’avis que je devrais en vouloir à Camille bien plus qu’au traître Ascylte. Je n’y arrive pas. Une part de moi continue de croire qu’il y avait peut-être un peu de sincérité dans l’amitié qu’il me montrait. Je crois qu’il me déteste, désormais. Il a deviné que j’étais pour quelque chose dans sa brève rupture avec Ascylte, ou peut-être ce dernier lui a-t-il révélé que je l’avais fait chanter. Quelle importance ? Il me déteste parce qu’il avait besoin d’une raison de me détester. J’ai beaucoup fait pour lui (je dis beaucoup parce que je ne suis pas le genre de personne à faire habituellement beaucoup pour qui que ce soit) et lui n’avait rien à me donner en retour qu’un amour que je ne lui inspirais pas. Ma supériorité lui pesait. Esteban croit que Camille a trouvé Ascylte plus impressionnant que moi, parce qu’il a un vrai métier et plus d’argent que j’en aurai sans doute jamais. Mais Ascylte est un parvenu, en qui tout est ridicule. Je suis persuadé que si Camille a pu s’en éprendre, c’est précisément pour son infériorité. Il ne se sent plus regardé de haut. Il s’est trouvé un égal à aimer. J’ai demandé à ce sinistre psy d’Ascylte s’il pouvait me dire la raison pour laquelle Camille m’avait fait croire que nous étions encore ensemble, même quand nous ne l’étions pas vraiment. « C’est parce que Camille ne sait pas dire non, m’a-t-il répondu. Si je n’avais pas été là, il serait sur le point de se marier avec cette fille qui vient d’avoir un enfant. Elle exigeait de lui qu’il l’épouse avant de reconnaître le petit. – Mais s’il ne sait pas dire non, comment peux-tu être sûr qu’à toi, il ose le dire, ce non, quand il le voudrait ? » Ce crétin n’a pas su quoi répondre. Il a probablement compris que je voyais clair dans son jeu et que je ne faisais pas grand cas de ses billevesées psy à la con de revues pour bonnes femmes. « Et qu’est-ce que c’est que ce non qu’il ose me dire enfin ? Est-ce bien le sien ? Ou est-ce le tien, Ascylte, crevard, traître, voleur ? Tu es un ogre, qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Tu me dégoûtes. Et tu oses me demander de rester ton ami ? Je sais que tu manipules ce pauvre Camille. Je n’ai pas cru en la sincérité du SMS que tu lui as fait m’envoyer, dans lequel il dit qu’il veut qu’on se réconcilie, qu’on se réconsile, comme il l’écrit ! Ce n’est pas un mot de lui ! C’est le tien ! Lui s’est mis à me détester. C’est toi qui veux nous réconcilier, pour m’adoucir, parce que tu as peur que je te dénonce. Tu n’es qu’un lâche !  » Voilà le genre de conversation que nous avons, Ascylte et moi, lorsque nous nous retrouvons sur MSN. Il est très conciliant et me laisse l’insulter autant que je veux. C’est parce qu’il a peur de moi. Et il faut bien dire qu’il y a de quoi avoir peur. Je crois en effet que je suis un peu effrayant, lorsque je me lance dans ces sortes de tirades, qui sont bien dignes des plus grandes tragédiennes ! Je suis plutôt froid, en temps normal, mais dans ces moments-là, Ascylte doit me trouver glaçant.

01:26 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal, Mon coiffeur, Pierre Driout, Tityre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

07/12/2008

Samedi 6 décembre 2008

            Ça devait bien finir par arriver : cette fois-ci, je n’étais pas à l’intérieur de ma voiture et le chauffard qui ne voulait pas me laisser traverser sur le passage pour piétons, n’ayant pas très bien pris le geste d’exaspération que je lui ai adressé en réponse à son geste de mépris, a fait demi-tour, est descendu de son véhicule, m’a fait tomber par terre et m’a roué de coups. Je ne sais si c’est parce que je suis plus solide que je pensais ou si l’individu à retenu ses coups, mais je n’ai pas d’hématomes. Je me sens juste plein de courbatures. J’aurais aimé que Camille soit à Mont-de-Marsan. Je serais allé le voir, pour trouver chez lui un peu de réconfort. Mais il a passé la semaine à Bordeaux, chez le traître Ascylte. Je me rends compte que je n’ai pas d’amis à ce que je ne trouve personne à qui confier mes peines. La plupart de mes prétendus amis sont indifférents à ma douleur. Il ne s’en trouve aucun pour reconnaître qu’Ascylte a trahi ma confiance, qu’il est entré chez moi comme un voleur et m’a dépouillé de ce que j’aimais le plus. Au lieu de me confier, de trouver une oreille compréhensive, je suis obligé de défendre ma cause, de démontrer qu’il y a bien eu trahison. Personne ne comprend non plus que je refuse de rester l’ami d’Ascylte, comme il me le demande. Mais comment donc pourrais-je lui faire encore confiance ? Je suis sûr que s’il veut rester mon ami, c’est parce qu’il a peur et veut pouvoir garder un œil sur moi. Il craint que je ne le dénonce. Et il fait bien de le craindre. Il m’explique donc que c’est parce que je ne suis pas quelqu’un d’équilibré que je l’ai fait chanter, l’autre jour. Et sans doute est-ce vrai. Mais il veut me faire croire que c’est également à cause de mon mauvais état psychique que je ne veux pas rester son ami ! Quel manipulateur ! J’ai failli le croire. Il n’y a pour ce charlatan de psy que des réalités psychologiques : il n’a tout bonnement aucune morale. On pourrait croire que c’est moi qui n’en ai aucune, pour avoir seulement nourri l’idée de ma vengeance. Mais c’est tout le contraire : c’est parce que je suis un être moral que j’ai voulu commettre cet acte apparemment hautement immoral qu’aurait été sa dénonciation. Je voulais le faire pour me rendre justice. Ce qu’il y aurait peut-être eu d’immoral, c’est la disproportion entre la trahison d’Ascylte et ma vengeance, qui aurait probablement détruit sa vie. Hélas, il est des pensées d’une telle noirceur qu’on ne peut plus s’en décrasser la tête, dès lors qu’on les a nourries même un instant. Plusieurs fois par jour, j’entends une petite voix, ma voix, ma voix la plus profonde, la plus vraie, la plus mienne, qui me chuchote que je pourrai toujours le dénoncer, plus tard. Et je suis sûr que la seule façon de faire taire cette voix, ce serait de l’écouter, de suivre son conseil. A cause d’Ascylte, je suis tombé dans des sentiments bien bas, ou bien hauts pour moi, je ne sais plus trop. Mes amis, mes faux amis, refusent de l’admettre, et je suis sûr qu’il en va de même pour l’immense majorité de mes quelques lecteurs, qui doivent me lire avec un air amusé, en me prenant pour un original, mais je vis en ce moment une vraie tragédie. Je me sens déchiré entre la bonne et la mauvaise part de moi, entre mon amour pour Camille et ma haine d’Ascylte. Entre mon désir effréné de vengeance et la crainte de déchoir définitivement dans l’estime que j’ai de moi. Et je suis seul, absolument seul. Il n’y a personne dont je puisse prendre le conseil. Parce que tout le monde s’en fout, Camille et Ascylte les premiers, ces inconscients, qui me jettent leur bonheur à la figure, un bonheur qui m’a été volé par la traîtrise de ce dernier. Comment me sortir de cet état ? Où que j’aille, tout me rappelle Camille. Hier soir, Tityre m’avait invité à un vernissage au centre d’art contemporain. J’y ai sympathisé avec une jeune femme qui s’appelle Camille et dont le fiancé, d’ailleurs fort joli garçon, porte le véritable nom de mon Camille !

00:27 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

05/12/2008

Jeudi 4 décembre 2008

            Pendant qu’Ascylte était en train d’être heureux à ma place, j’ai relu hier soir la Médée de Sénèque. J’étais furieusement installé dans mon lit, en train de brailler le texte, devant le public médusé que constituait la chienne Pélagie. Moi aussi, je pourrais faire ma Médée. Pierre Driout, ce vil flatteur, dit qu’il me trouve doué pour écrire des pièces de théâtre ! Je pourrais écrire une tragédie qui s’appellerait La Vengeance. Dans le premier acte, chez moi, on verrait Ascylte me trahir en détournant de moi le petit Camille. Au second acte, dans le cabinet d’un avocat, l’un de mes anciens amants, de qui je suis venu prendre conseil, on me voit mûrir ma vengeance et, au téléphone, menacer finalement Ascylte, qui s’est rendu coupable de violer le secret de l’instruction en me faisant lire ses rapports d’expertise, de le dénoncer à la justice s’il ne quitte pas immédiatement le pauvre Camille. Dans le troisième acte, chez Camille, je viens repaître mes regards du désespoir du petit amoureux abandonné, plein de haine contre moi. Il a deviné que j’étais responsable de son malheur. Au quatrième acte, dans le cabinet d’Ascylte, je fais croire, dans un premier temps, n’être venu que pour repaître encore ma vue du désespoir de ce dernier. Mais ayant eu pitié de celui de Camille, dans un second temps, je rends sa liberté au traître, sans lui pardonner, mais par amour pour celui qu’il m’a pris. Dans le dernier acte, qui se passe de nouveau dans le cabinet de l’ami avocat, l’on apprend que n’ayant pas supporté de voir les amants heureux à ma place et sans moi, j’ai dénoncé Ascylte, qui s’est suicidé en prison. Camille est mort après être tombé dans un coma diabétique causé par le désespoir. L’avocat, qui m’aime encore, menace de dénoncer à la justice le chantage que j’avais d’abord fait à Ascylte, si je refuse de l’aimer de nouveau. Qu’il me dénonce donc ! Qu’on me jette en prison ! Qu’on rétablisse la peine de mort et me tranche la tête. A quoi me serviraient mes yeux, maintenant que Camille n’est plus là pour être vu ? A quoi me servirait ma bouche, si je n’ai plus ses lèvres à baiser ni son sexe à sucer ?

02:31 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Pélagie, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

01/12/2008

Lundi 1er décembre 2008

            Mon blond lecteur, si tu m’aimes, ne lis pas ces lignes : tu serais profondément déçu et peut-être même blessé ; mais si tu ne m’aimes pas, fais à ta guise : elles ne feront que renforcer tes sentiments à mon égard. Et vous, Mesdames, qui me regardez parfois avec les yeux d’une mère ou d’une grand-mère, ne lisez surtout pas ce qui va suivre : vous en seriez horrifiées. Ma propre mère, qui est pourtant une belle salope, même si je suis le seul à le savoir, serait atterrée de me découvrir si mauvais. Il n’y a peut-être qu’Esteban qui n’en sera pas étonné. Il est le seul à me connaître vraiment et à m’aimer encore. Autant dire qu’il est le seul à m’aimer vraiment pour ce que je suis, car nous savons tous, intimement, même si nous l’admettons rarement, que notre véritable moi est cette part de méchanceté que nous nous efforçons de garder enfouie la plupart du temps. Voici le tout premier SMS que j’ai écrit à cette enflure d’Ascylte après m’être réveillé plus tôt que de coutume, hier matin, plein du désir de vengeance qui avait grossi pendant mon sommeil et animé mes rêves, au cours desquels je me suis souvenu que j’avais, par bonheur, les moyens d’assouvir cette vengeance : « Ascylte, je t’en conjure, pour ton propre bien, quitte immédiatement Camille et fais-lui comprendre que tout est fini entre vous. Je suis en possession de rapports d’expertise ordonnés par des juges des tribunaux de ***, de *** et de ***, qui ne devraient absolument pas être entre mes mains, je crois, si du moins le secret de l’instruction et le secret professionnel ont bien un sens, comme je le pense. Si je n’ai pas de réponse de toi avant ce soir minuit ou si tu parles de ce SMS à Camille, j’écrirai dès demain aux présidents des tribunaux de grande instance et aux procureurs de la République de ***, de *** et de ***, pour te dénoncer. Je contacterai aussi la presse, qui devrait être intéressée par la probité plus que douteuse d’un des experts dans l’affaire ***, qui vient tout juste d’être jugée. Sois raisonnable et pense à ton avenir. » Ce crétin d’Ascylte avait en effet pris l’habitude de me faire lire certains des rapports d’expertise qu’il était en train de rédiger. Il en reste quelques copies sur le disque dur de mon ordinateur portable, ainsi que sur un disque dur externe, dans une sauvegarde de mon ordinateur réalisée avant son reformatage. Je n’ai eu de réponse d’Ascylte qu’hier soir. Nous avons échangé quelques SMS. Puis nous nous sommes téléphoné à dix heures et demie. Il est resté très calme et m’a parlé comme un psy à une femelle hystérique, ce que je suis peut-être, là n’est pas la question. Mais bien sûr, à la fin, il a choisi de protéger sa réputation d’expert auprès des tribunaux plutôt que son histoire d’amour avec Camille, ce qui ne m’a pas étonné du tout. Je lui ai tout de même clairement répété tout ce que je ferais s’il me trahissait de nouveau. Nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard sur MSN. Je recopie notre conversation : « Tu es toujours là ? – Oui, j’écris un courriel à ma tante infirmière (tant il était désespéré...) – Je te conseille quand même d’appeler Camille dès maintenant ou de lui envoyer un SMS tout de suite. Inutile de remettre à demain. – D’accord, je vais lui écrire ça maintenant. – Dis-moi ensuite ce que tu lui as écrit et bloque son numéro, pour qu’il ne puisse pas t’appeler. – Je peux faire ça avec mon téléphone fixe, mais pas avec mon téléphone portable. – Ce n’est pas grave. Mais s’il t’appelle sur ton téléphone portable, ne lui réponds pas. Ne lui donne plus de nouvelles pendant quinze jours. Alors, tu pourras lui organiser le rendez-vous avec l’endocrinologue dont tu nous as parlé. – Il avait une glycémie à six grammes aujourd’hui. Il est vital pour lui qu’il voie le médecin comme prévu à onze heures, mardi. – Figure-toi que je le connais depuis un petit moment déjà, il n’est pas rare qu’il ait une glycémie si élevée. C’est sûrement de ta faute. L’amour ne lui vaut rien de bon. Le lendemain de notre rencontre, il avait dû être hospitalisé ! – D’accord. ‘‘C’est fini entre nous. Désolé.’’ Voilà ce que je viens de lui envoyer. – Très bien. Ça me plaît, c’est sobre. – Pour sa glycémie, ce n’était pas à cause de moi. Il s’était disputé avec une de ses amies. – Laquelle ? – Je ne sais plus son nom. Celle qui vient d’avoir un enfant. – Ah oui, je vois. Moi non plus, je ne me souviens jamais de son nom. Bien. Si Camille t’envoie des SMS, garde-les, pour que je puisse les lire, mais n’y réponds pas. Est-ce que tu es malheureux ? Est-ce que tu souffres ? – Actuellement, oui, évidemment. J’ai de plus appris vendredi par mon médecin que j’avais une insuffisance hépatocellulaire. Il m’a dit que mes reins et mon foie ne fonctionnaient plus assez et que les acides aminés n’étaient plus métabolisés. Je suis en vrac quant à ma santé, et je souffre évidemment quant à Camille. – De toute façon, ce n’aurait pas été charitable de faire subir ta mauvaise santé à Camille. Il a bien assez de problèmes comme ça ! Est-ce que vous avez fait l’amour tous les deux ? – Oui, nous avons fait l’amour, mais ça, c’est évident. – Qu’est-ce que vous avez fait ? – C’est trop intime. Je ne serais pas sûr de répondre à cette question si mon psychanalyste me la posait. Déjà, ‘‘faire l’amour’’, ce n’est pas pour moi la même chose que ‘‘baiser’’. – Mais moi, je suis plus que ton psychanalyste, je suis ton ami blessé, ça devrait nous rapprocher énormément. Comment était-il, quand il a joui avec toi ? – Comme tous les hommes avec qui je faisais l’amour quand j’étais en couple : tendre et fiévreux. – Au fait, j’ai oublié de te dire que j’avais envoyé un courriel à ton Américain (Ascylte est censé être en couple, comme il dit, avec un Américain à Paris rédigeant une thèse sur les chansons de geste !) pour lui dire que tu avais couché avec Camille. Je n’ai pas réfléchi, sur le moment, j’étais furieux. – Je me suis douté que tu ferais ça. J’ai souvent des prémonitions. J’y ai pensé cet après-midi. – Est-ce que tu me détestes, maintenant ? – Non. – Dis-moi, il y a quelque chose qui m’intrigue. Préfères-tu donc ta vie professionnelle à ce pauvre Camille ? – Non… J’ai été violé par un pédiatre à trois reprises quand j’étais enfant et préadolescent. Je m’épanouis dans mes expertises, qui sont presque exclusivement en lien avec des affaires de mœurs. C’est pour moi un moyen de me guérir de maux qui ne partent pas. Je n’aime donc pas ma situation professionnelle plus que Camille. Simplement, ma situation professionnelle est ma raison de vivre ici-bas. – Ce qui fait de moi quelqu’un d’encore plus atroce… Toi qui es psy, comment expliques-tu ma réaction ? – Tu te sens seul et tu es triste. L’un de tes seuls amis t’a déçu et tu fais donc quelque chose d’idiot et d’extrême pour continuer à tenir le coup, à vivre et à t’aimer. (Comme si je m’aimais, en agissant ainsi !) – Oui. Quelqu’un m’a demandé pourquoi je voulais me venger. Je lui ai répondu que la mise en œuvre de ma vengeance m’aidait à oublier ma peine, plutôt que de la subir et de me morfondre. – Camille m’a dit qu’il ne t’aimait pas, qu’il t’aimait bien, mais qu’il n’était pas amoureux de toi. – Je le sais bien, mais cela me suffit. De toute façon, je ne crois plus vraiment à l’amour. Il n’arrive que deux ou trois fois dans une vie. J’ai épuisé mon lot. – Oui, après tout, c’est ta vérité. Si ça te convient, ça ne regarde que toi. Je ne connais pas encore la vérité de Camille, peut-être a-t-il besoin d’aimer et d’être aimé. – Moi, en tout cas, je ne crois pas du tout en la sincérité de ton amour pour lui. Tu tombes beaucoup trop souvent amoureux. Comment donc as-tu pu croire qu’un coup de foudre se produisait pendant que j’étais en train de le sucer ? Ça me dépasse ! – Il s’est produit quelque chose. D’ailleurs, quand nous faisions l’amour, il y avait bien peu de sexe, comparé aux baisers et à la tendresse. – Mais est-ce que toutes tes amourettes n’ont pas commencé de la même façon ? – Non, même s’il est vrai que j’ai peut-être eu trop d’amourettes. – Je suis sûr que tu iras beaucoup mieux dès que ton regard de prédateur croisera celui d’un autre agneau sans défense. Même si c’est l’égoïsme qui me pousse à agir ainsi, je suis persuadé de rendre service à Camille. Tu l’aurais trompé dans le mois suivant votre rencontre, j’en suis sûr ! Je te l’ai dit, je ne crois absolument pas en la sincérité de ton amour. – Non, je ne l’aurais jamais trompé ni ne lui aurais fait le moindre mal, en aucune façon. J’étais prêt à quitter ma vie actuelle pour faire en sorte de vivre avec lui. – Et pourtant, tu ne fais rien de tout cela, mais tu choisis de préserver ta réputation d’expert et ta situation sociale. Tu ne vis que pour elles, que pour le paraître. Il suffit de te regarder pour s’en convaincre, avec tous tes gadgets et tes téléphones portables ! – Non, mon travail est ma raison de vivre. Je te l’ai dit, c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais enfant. Je ne peux vivre sans faire ce métier. – Oui, je le comprends bien. C’est tragique. Sunt lacrimae rerum, comme dit Virgile. La vie est rarement aussi belle qu’on voudrait. C’est une tragédie. Mais sa laideur fait la beauté de l’homme. – Peut-être… – Je sais que ce n’est pas d’un bien grand réconfort ! – En tout cas, je ne peux pas te laisser dire que je n’aime pas Camille. Je l’aime intensément et véritablement. Il a réussi à me faire oublier J***-C***, que je n’ai même pas appelé aujourd’hui, alors que c’était son anniversaire. – Oh ! Je sais que tu l’aimes. Tu l’aimes même sûrement plus que moi. Mais tu l’aimes autant que celui qui l’a précédé et que celui qui lui succèdera ! Moi je l’aime plus que je me croyais encore capable d’aimer quelqu’un, même si c’est peu. Et puis ça me plaît de dire que je ne crois pas en la sincérité de ton amour. Ça me fait du bien. Finalement, vous vous étiez bien trouvés, tous les deux. Je crois que vous êtes plus ou moins du même milieu. Moi, il ne m’aimera jamais, parce que je serai toujours pour lui comme un chat pour un chien, ou comme un chien pour un minet, si tu préfères ! Toi, tu as réussi à t’élever ; pas lui. Mais on n’échappe pas à ses origines. C’est peut-être ce qui explique votre prétendu coup de foudre. – Je ne sais pas. Oui, peut-être y a-t-il effectivement de cela. – Mais je nous trouve bien sentimentaux. N’oublions pas que l’affaire que nous traitons est des plus sordides. – C’est toi qui as décidé de cela. – Oui, et j’espère que j’ai été assez clair. Je peux être quelqu’un d’impitoyable et d’inflexible. Mais je crois que tu commences à le comprendre. Je ne sais pas dans quel état je suis exactement. Je me sens à la fois anéanti par la méchanceté de mes actes, dont il est vrai que tu es le seul responsable, et profondément soulagé de pouvoir me venger de toi. – Non, c’est toi qui es seul responsable de tes actes. – Oui, bien sûr, je me fais justice. Mais pour se faire justice, il faut bien que quelqu’un se soit rendu coupable ! Bien, je vais aller me coucher. Je dois me lever tôt, demain, à cause de toi, encore. Il faut que j’aille voir l’ami avocat dont je t’ai parlé. Rassure-toi, je ne vais faire que lui demander ce que tu encours, si jamais je te dénonce. – Moi, je suis fatigué. Je vais aller me coucher aussi. – Très bien. Retrouve-moi demain à la même heure sur MSN. – D’accord. – Bonne nuit. A demain. – Oui, à demain. » – J’avais écrit tout cela hier soir, dans le but de le publier aujourd’hui dans ce blogue, sans rien ajouter. Mais entre temps, j’ai pu constater la peine immense de Camille. Il a l’instinct d’une bête. Ascylte a juré ne lui avoir rien dit de notre petit marché, mais Camille a pressenti que j’étais pour quelque chose dans le SMS de rupture qu’il avait reçu. Il m’a écrit plusieurs messages pour me dire qu’il me détestait et que nous n’étions plus amis. L’ayant pris en pitié, j’ai de nouveau téléphoné à Ascylte, pour lui rendre Camille, en lui expliquant bien que c’était par amour pour ce dernier uniquement que je lui redonnais sa liberté. Je continue de penser qu’Ascylte est un prédateur et un manipulateur sans scrupule. L’ami avocat que j’ai consulté tout à l’heure et qui connaît un peu Ascylte est du même avis que moi. Il m’a dit que notre homme était connu pour s’entourer de jeunes gens dont il fait tourner la tête en les emmenant dans les villes de ses expertises, où il réserve des chambres dans les plus beaux hôtels. Typique d’un parvenu ! Mais c’est après tout la liberté de Camille que d’aimer les mauvaises personnes. J’ai demandé à Ascylte d’avoir la bonté de ne pas dire à Camille que j’étais à l’origine de toute cette sordide affaire et d’essayer de l’en détromper. Nous avons imaginé ensemble l’histoire qu’il raconterait au garçon : il l’avait quitté parce qu’il ne voulait pas trahir mon amitié pour lui ni blesser son Américain. J’ai fait croire à Camille que c’était moi qui avais essayé de lui ramener Ascylte, avec qui nous sommes convenus d’un SMS que je lui ai envoyé une heure ou deux avant qu’il ne le rappelle enfin. En voici le texte : « Camille, je me suis permis d’écrire à Ascylte, pour lui dire que s’il t’avait quitté pour ne pas trahir mon amitié avec lui, ça ne servait à rien, parce que je ne le considère plus comme un ami. Et je ne veux pas que tu sois malheureux à cause de moi. J’espère que tout va s’arranger entre vous. Je ne fais ça que pour toi, pas pour lui. Je suis persuadé qu’Ascylte n’est pas quelqu’un de bien. C’est un manipulateur sans aucun scrupule. Sois prudent. J’espère que tu seras heureux. Je n’ai pas compris pourquoi tu m’en voulais tellement. Peut-être qu’on redeviendra amis, mais je ne me fais plus trop d’illusions. » Non, je ne m’en fais guère, en effet… De toute façon, j’avais renoncé à dénoncer Ascylte une fois que mon ami avocat m’eut informé de la peine qu’il encourait : quinze ans d’emprisonnement pour m’avoir envoyé des rapports d’expertise que je faisais semblant de lire, tant je les trouvais barbant, c’eût été cher payé. C’était l’arrogance qui le faisait m’envoyer ses chefs-d’œuvre : il voulait que je voie comme il était brillant. Sans doute me prenait-il pour l’un de ses minets, pour un Camille ! J’ai eu d’abord l’impression d’avoir moins mal de m’être fait volontairement détester de Camille plutôt que d’avoir été abandonné malgré moi, mais finalement, je me sens comme lorsque quelqu’un vient de mourir. J’ai le sentiment d’avoir tué deux amitiés, celle qu’il y avait entre Camille et moi et celle qu’il y avait entre Ascylte et moi. C’est tout de même moins grave que si j’avais tué deux amitiés et un amour. Allons ! La tristesse me fait écrire des sottises : c’est bien sûr Ascylte qui as tué l’amitié que j’avais pour lui, qui n’était pas bien grande, il est vrai. Mais même si ce n’est pas moi qui l’ai tuée, c’est une amitié qui est morte. Je suis certain qu’il croit m’avoir attendri par ses pleurnicheries. Il s’imagine m’avoir manipulé, comme tant des impressionnables victimes de ses poudres de perlimpinpin psy,  alors que je n’ai voulu que faire le bonheur de Camille, qui n’était que la pauvre victime de nous deux. Hélas, faire son bonheur aujourd’hui, c’est faire son malheur pour demain, j’en suis persuadé. Il me semble qu’Ascylte n’a pas hésité plus d’un instant avant de choisir son métier plutôt que Camille. Il préférait se soigner, comme il le prétend (puisqu’il paraît que son métier lui est une thérapie), plutôt que de faire le bonheur de Camille. Bel amour ! Il aime surtout sa minable situation, qui lui paraît enviable, tant il vient de loin ! Mais il y a pire. Je connais assez Ascylte pour savoir qu’il n’hésitera pas non plus bien longtemps avant de trahir Camille pour la première nouveauté venue. Je l’ai vu faire avec ce pauvre Christophe, qu’il trompait avec moi dès qu’il avait le dos tourné. A-t-il d’ailleurs beaucoup hésité avant de trahir notre amitié ? Pas une seconde. Je l’ai vu de mes yeux ! Cela s’est passé ici, dans ce salon, il y a quelques jours à peine.

19:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Christophe, Don Esteban, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note