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30/11/2008
Dimanche 30 novembre 2008
SMS de Camille daté d’hier : « Olivier, je t’écris pour te dire que j’ai trouvé le grand amour. Pour tout te dire, c’est Ascylte. Voilà. » Voilà…
10:59 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
28/11/2008
Vendredi 28 novembre 2008
Pauvre de moi, Encolpe plus à plaindre, dont les amis ne le sont pas vraiment ! J’avais dit que Damis, lors de la disparition de Camille, m’avait demandé de lui donner le numéro de téléphone de ce dernier, pour l’appeler et arranger les choses entre nous. Et comme je lui avais répondu que s’il voulait son numéro, c’était surtout pour tenter de le séduire, Damis m’avait dit que c’était probablement à cause de tant de suspicion de ma part que Camille avait préféré s’éloigner de moi. Mais Camille, dont je suis de nouveau très proche, m’a fait lire avant-hier les SMS que Damis lui avait envoyés. S’il est vrai que celui-ci a défendu ma cause dans deux d’entre eux, tous les autres sont consacrés à sa propre cause, comme je l’avais craint. Damis invite plusieurs fois Camille à venir le rejoindre dans la boulangerie, les nuits où il s’y trouve seul, et presque tous les jours, il lui pose cette question, si élégamment tournée : « Quand c’est qu’on baise ensemble ? ». Il est vrai qu’il me la pose aussi très fréquemment, ainsi qu’à Tityre. Quand j’ai dit à ce fourbe de Damis que je savais tout (« je sais tout » est une de mes phrases favorites), loin de se démonter, il a répondu qu’il n’avait fait que me rendre la monnaie de ma pièce ! Car il ne m’a toujours pas pardonné d’avoir couché avec le bel Alcide, alors même qu’il me l’avait interdit, à l’époque où nous étions en de meilleurs termes. « Mais moi, je n’ai pas fait mon coup en douce ! Je t’avais prévenu que je coucherais avec lui si l’opportunité se présentait à moi et je t’ai annoncé l’avoir fait dès le lendemain ! Toi, tu as trahi ma confiance et tu m’as menti. Tu es aussi faux-cul que tu l’as gros ! », ce qu’il a évidemment très mal pris, comme à chaque fois que je fais allusion à son poids. Pensant me rassurer, Camille, qui a juré qu’il n’avait pas cédé aux avances de Damis, m’a fait cet aveu, qui m’a fort surpris et légèrement contrarié, qu’il ne s’était laissé tenter qu’une fois par un autre que moi, depuis que nous nous connaissons, et que c’était par Tityre ! Quelques jours après que nous étions allés dîner chez lui, Camille l’avait en effet croisé dans la rue. Tityre l’avait invité à passer chez lui, dans la soirée, durant laquelle il l’avait sucé. « Ah bon ? Il t’a sucé ? Mais jusqu’au point de te faire jouir ? – Non, pas jusque là. – Ah bon ! Ça va alors, ce n’est pas si grave que ça. » J’ai dit que la disparition de Camille m’avait servi de leçon et que je tâchais désormais de lui cacher mes contrariétés. Mais ce qui me contrariait, ce n’était pas tant l’infidélité de Camille, qui n’en était d’ailleurs pas vraiment une, que la fausseté de Tityre, à qui je m’étais beaucoup confié, lors de ma peine de cœur, et qui n’avait rien laissé paraître de sa fourberie. Il y a des personnages de ce journal dont je voudrais changer les noms. La question que je me pose est si je dois me contenter de le faire à partir d’aujourd’hui (ou plus vraisemblablement de demain !) ou s’il faut aussi les changer dans tout le texte déjà écrit de ce journal, que je projette de relire entièrement depuis longtemps déjà, dans le but d’y apporter les innombrables corrections qui, probablement, s’imposent. Inutile de préciser que pour l’instant, j’ai toujours remis au lendemain ce travail fastidieux. Des noms comme celui de Fred, qui est l’ancien amoureux de ma sœur, se marient vraiment très mal avec ceux de Damis ou de Tityre, ou même avec ceux de ma sœur Julie ou de son actuel amoureux Cyrille, qui sont on ne peut plus grec ou romain. Une autre question que je me pose : faut-il changer tous les noms, qui ne sont souvent que des prénoms ? Je veux dire par là que je me demande si je dois suivre un même principe dans ce journal et donner des pseudonymes à tous mes personnages, ce qui n’a pas toujours été le cas jusqu’alors, puisque mon amie Laurence, par exemple, porte ici son véritable nom. Le problème est que le prénom de Laurence a fait l’objet d’un sonnet, qui est également publié dans ce blogue. Comment maintenir la cohérence ? Il est vrai que je pourrais toujours conserver le prénom de Laurence, exceptionnellement, qui sonne après tout parfaitement romain. (Après une rapide vérification, je ne retrouve plus le sonnet sur le nom de Laurence. Je ne l’avais peut-être pas publié, finalement.) Une chose est sûre : je vais rebaptiser dès aujourd’hui mon ami (si c’est bien le mot) Laurent, le Ψ de Bordeaux, dont je n’ai jamais pensé beaucoup de bien. Dominique Autié, qui l’avait vu lors de notre unique rencontre chez lui, à Toulouse, avait d’abord cru que l’incroyable silence dont Laurent avait fait preuve était la signe d’une grande qualité d’écoute de sa part. J’avais dû le détromper dans une lettre que je recopie ici. Tout Laurent y tient : « Cher Dominique, vous me demandiez si mon petit séjour à Toulouse m’avait été agréable. Il ne l’a été que parce que nous nous sommes finalement rencontrés. Le reste fut assez pénible, dans l’ensemble, et justement parce que je n’étais pas très bien accompagné. Peut-être vous étonnerai-je, si je vous dis que je ne connais pas Laurent beaucoup plus que vous ! Mais les efforts que je fais pour le connaître davantage me le font découvrir toujours un peu moins aimable. Si j’étais d’abord un peu gêné de me montrer à vous si mal accompagné, ce n’était pas tant par crainte de vous infliger la présence de quelqu’un que j’estime chaque jour un peu moins, que par honte de vous faire voir ce que je m’inflige à moi-même en le fréquentant et qui aurait pu vous faire, vous, m’estimer moins. Mais vous m’avez un peu rassuré en me confiant que vous aviez été beaucoup plus mal accompagné que moi par le passé ! Et puis, d’une certaine façon, on pourrait aussi penser que ma persévérance à fréquenter toujours un Laurent est tout à mon honneur. En quelque sorte, l’espoir que je nourris encore, en dépit du bon sens, de découvrir en lui quelque chose qui mérite de l’être, révèlerait en moi une certaine forme de bonté : c’est le seul ‘‘humanisme’’ (au sens moderne) qui soit à ma portée ! Hélas, je suis de plus en plus convaincu qu’il n’y a absolument rien sous le silence de ce garçon, pas même la conscience de sa bêtise, qui pourrait expliquer qu’il se taise, mais il est vrai que ce serait une preuve, un début d’intelligence ! Le plus triste est sans doute que Laurent n’est pas même sauvé par une beauté dont il est, à mon goût, totalement dépourvu (car je puis pardonner beaucoup de choses à la beauté, même lorsqu’elle est l’enveloppe d’une pure inanité !). N’allez pas vous imaginer que j’accuse sans preuve ! Figurez-vous par exemple que pour cette petite escapade, Laurent n’avait pas apporté le moindre livre avec lui. Pendant tout le voyage de retour, qui a duré plus longtemps que prévu, il n’a pas cessé de suivre notre déplacement sur l’écran de son GPS : c’était toute sa lecture ! Comme je lui demandais un peu durement pourquoi il n’avait pas apporté de livre avec lui, il m’a répondu que c’était parce qu’il avait imaginé que je lui ferais la conversation ! Mensonge, évidemment, qui montre cependant qu’il a son intelligence à lui : en une phrase, il avait réussi à transformer son accusateur en accusé ! Mais la conversation avec lui est impossible ! Un seul exemple : Laurent m’a demandé, voyant que je lisais votre Galère espagnole, ‘‘quel style vous aviez’’ (« Quel style il a ? »). Pour lui, il y a tant de styles, aussi rigoureusement classés que les maladies de l’esprit qui sont sa seule passion. ‘‘Quels sont les symptômes ?’’, c’était à peu près la question qu’il me posait, pour se faire une idée de la maladie, pardon, du livre que vous aviez écrit ! Que voulez-vous répondre à cela ? Mais j’aurais mieux fait de commencer par vous dire que Laurent est psychologue et expert judiciaire : vous savez certainement quels dégâts peuvent faire ces deux là. Tout est dit ! La responsabilité qu’ils ont dans la dissolution de l’homme est terrible. Ils ne sont apparemment pas près d’en rendre compte. Ce n’est pas à nous de leur trouver des circonstances atténuantes. Mais assez parlé de Laurent ! J’ai beaucoup aimé votre maison. Le figuier et l’aile à aménager qu’il dissimule, la terrasse où nous fûmes sont un enchantement. J’espère que nous pourrons vivre ensemble d’autres heures conniventes. L’idée d’un dîner pour mon prochain passage par Toulouse me plaît beaucoup. Je n’ai pas pensé à vous demander où était votre compagne, pendant que nous nous trouvions chez vous. J’espère que ce n’est pas nous qui l’avons fait fuir ! » Il n’y eut jamais de dîner. Laurent portera mieux désormais le nom d’Ascylte. Il dînait chez moi hier soir. Nous en étions à l’apéritif quand Camille m’a envoyé ce SMS : « rappelle-moi vite, c’est urgent. » L’urgence était qu’il voulait m’inviter à dîner. « Je ne peux pas venir, Camille, je reçois mon ami Ascylte chez moi, ce soir. Mais tu peux te joindre à nous, si tu veux. » Nous dînâmes donc tous les trois ensemble, parlâmes beaucoup et, fait qui a son importance, Ascylte participa à la conversation bien plus qu’il n’avait fait chez Dominique Autié. J’ai vite compris, en le regardant mener cette conversation, à quoi il voulait en venir exactement. Et en effet, tout à coup, je vis qu’il avait glissé sa main sous le t-shirt de Camille et qu’il était en train de lui caresser le dos. Et ce giton de Camille le laissait faire… Il se retrouva rapidement entre nous deux sur le canapé, le pantalon sur les pieds, la bite dans la main d’Ascylte et les couilles dans la mienne, tandis que, de ma main restée libre, je filmais tant bien que mal cette petite scène improvisée. Je n’ai plus du tout trouvé cela amusant quand je me suis aperçu, agenouillé entre les cuisses de notre frère (comme dirait Pétrone), dont je suçais la bite, que ce porc d’Ascylte (ce parvenu à chemise rose qui veut toujours boire du martini blanc avec une rondelle de citron, mais qui l’aspire entre ses lèvres aussi bruyamment qu’un paysan qui laperait sa soupe) était en train de lui suçoter les lèvres. Je me suis relevé pour annoncer que la fête était terminée et qu’ils pouvaient aller se finir chez Camille s’ils le voulaient. Tout cela dit avec le sourire, bien sûr, puisque la disparition de Camille m’a bien servi de leçon. Moi qui n’ai plus rien fait ‘‘jusqu’au bout’’ avec Camille depuis notre première fois, je ne voulais pas l’amener à une sorte de seconde première fois en présence de qui que ce soit, et surtout pas de ce chien galeux d’Ascylte. Car malgré les apparences, je suis un grand romantique ! Je ne comprends pas très bien comment Ascylte s’est cru autorisé à tripoter mon Camille. Peut-être me croit-il un adepte des ‘‘plans à trois’’ depuis notre partie avec ce pauvre Christophe, qui est seul, en ce moment, dans une chambre d’hôpital, à Bordeaux, en train de crever de son Sida, d’un cancer et de je ne sais quoi d’autre. Il n’a pas vingt-cinq ans. Comble du malheur : Ascylte est le seul à lui rendre encore visite. Je dois dire que je n’ai pas très bonne conscience de ne plus lui avoir donné de nouvelles. Mais c’est lui qui n’en voulait plus. Avant qu’Ascylte n’ait réussi à parvenir à ses fins, nous avions beaucoup parlé avec lui, qui n’est pas seulement psychologue et expert judiciaire, comme j’avais dit à Dominique Autié, mais aussi sexologue (et, on l’avait compris, obsédé sexuel), nous avions beaucoup parlé, disais-je, des relations sexuelles entre nous, Camille et moi, et surtout, de la difficulté que nous avions à nous faire comprendre à quel moment nous avions envie de coucher ensemble. Nous sommes tombés d’accord pour dire que la faute, si le mot n’est pas trop mal choisi, en revenait beaucoup à Camille qui, bien qu’il soit capable de se laisser tripoter sur mon canapé par un Ascylte, à d’étranges pudeurs, qui l’empêchent de dire toujours bien clairement son désir. Camille m’a confirmé ce que m’avait dit Tityre, c’est à savoir qu’il avait eu très souvent l’envie de faire l’amour avec moi quand il habitait ici mais qu’il n’avait pas su me le montrer. De mon côté, il y a beaucoup de signes que je n’osais pas reconnaître, par peur de le brusquer, depuis qu’il m’a dit ‘‘qu’il avait besoin de temps’’ avant de s’engager tout à fait. Camille a promis d’être plus explicite à l’avenir. Désormais, m’a-t-il dit, quand il aurait envie de plaisir, plutôt que de risquer de se laisser tenter par la bouche d’un Tityre, il me téléphonerait pour que nous nous retrouvions soit chez lui soit chez moi et que nous le prenions ensemble. Camille a dit encore qu’il n’était pas loin de m’aimer, ce qui veut dire qu’il ne m’aime pas, mais la ‘‘proximité’’ de son amour me convient déjà très bien ! C’est après cette conversation qu’Ascylte a voulu faire payer sa consultation en nature. Je dois dire que je ne savais pas qu’on pouvait passer par tant de doutes à cause d’un garçon dont on n’est pas follement amoureux.
22:51 Publié dans 2008, Alcide, Camille, Christophe, Cyrille, Damis, Dominique Autié, Fred, Laurence, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25/11/2008
Lundi 24 novembre 2008
Il y a déjà trois ou quatre jours que j’ai découvert l’appartement de Camille. Celui-ci avait posé bien en évidence, sur une étagère, le petit chien en peluche que je lui avais offert, orné du ruban de la chienne Pélagie, qui était de la même couleur que la tenue que portait Camille le soir de notre rencontre, et qu’il avait de nouveau sur lui ce jour-là (ce devait être vendredi). C’était une charmante attention, qui m’a beaucoup touché, une sorte d’invitation à renouer plus sereinement. Nous nous sommes allongés sur son lit. Il s’est mis dans la position d’un fœtus, de dos à moi, et je suis allé l’envelopper de mon corps et de mes bras, le nez dans sa nuque. Je lui ai redemandé si c’était à cause des méchantes paroles que je lui avais dites qu’il était parti, le jour de mon anniversaire. Il m’a répondu que non, mais qu’il en avait eu besoin, que moi aussi, et que cette séparation nous avait fait du bien. Tout cela était si vrai que je n’en suis toujours pas revenu de l’intelligence de Camille (que j’ai toujours pris pour une tête de linotte (ce qu’il est d’ailleurs en grande partie, malgré l’intelligence qu’il me faut bien lui reconnaître)), de sa parfaite connaissance de mon caractère, de sa profonde compréhension de ma souffrance et de mes peurs. L’appartement qu’il occupe n’est pas celui qui lui était réservé, dont il n’aurait dû avoir les clés que dans une semaine ou deux. Seulement, la veille de l’heureux jour où on lui donna les clés de celui qu’il occupe aujourd’hui, il avait décidé de partir de chez l’amie d’enfance qui l’hébergeait depuis le jour où il m’avait quitté, et dont il ne supportait plus le petit ami. Il s’était retrouvé à la rue. L’association caritative qui s’occupe de lui avait dû le loger à l’hôtel pour une nuit. Cette nuit d’hôtel a permis d’accélérer les choses. Dès le lendemain, on lui donnait les clés de son appartement, un studio en réalité, beaucoup plus petit que celui qu’il était d’abord prévu de lui faire occuper. Camille m’a fait cet aveu que c’était aussi dans le but de faire accélérer les choses qu’il était parti une première fois de chez moi ; puis une seconde fois de chez son amie d’enfance. Il donnait ainsi de nouvelles preuves de la précarité de sa situation et de l’urgence qu’il y avait de lui trouver un logement. J’ai d’abord été contrarié de n’avoir été qu’un pion parmi d’autres sur le terrain de ses basses manœuvres. Puis je me suis dit qu’en effet, ce n’était pas à cause de moi ni de ma méchanceté que Camille était parti, mais parce qu’il est, lui aussi, quelqu’un d’incroyablement capricieux, au fond, et qu’il n’est pas possible de tenir en laisse. A propos de laisse : je ne pourrai plus offrir à Camille un collier et une laisse pour la chienne Violette, comme j’avais l’intention de le faire à Noël, puisque la pauvre bête a dû être ramenée chez le père de Camille, l’appartement occupé par son jeune maître étant trop petit pour qu’un dalmatien puisse y vivre heureux. C’était pourtant le cadeau idéal : Camille l’aurait tenu tous les jours dans sa belle main pâle éclaboussée de mille tâches de rousseur. Il va falloir que je trouve une autre idée de cadeau, maintenant. Je suis retourné chez lui hier soir, comme nous en étions convenus plus tôt dans la journée, au téléphone (il n’a jamais assez de crédit téléphonique devant lui ; aussi m’envoie-t-il à chaque fois des SMS dans lesquels il me demande de le rappeler). Quand je suis arrivé sur son palier (il m’a donné le code pour entrer dans l’immeuble), j’ai trouvé porte close. Il m’avait laissé un petit mot (que je conserve précieusement, comme tous ses petits mots), dans lequel il m’expliquait qu’il avait dû conduire à l’hôpital la mère vulgipecque de la place Saint-Roch, qui souffrait d’un mal que la décence m’interdit de rapporter dans ce journal. Il voulait que j’attende son retour. Je ne l’ai pas attendu mais suis revenu chez lui, vers minuit, après qu’il m’eut de nouveau envoyé un SMS dans lequel, etc. Vers une heure et demie du matin, son téléphone à sonné : il fallait aller chercher la grande malade, qui souffrait le martyre, et la reconduire chez elle, où nous sommes restés, pour lui tenir compagnie. En écoutant la conversation qui se tenait devant moi, j’ai appris des choses qui m’ont fort contrarié. Mais la disparition de Camille le jour de mon anniversaire m’a servi de leçon et je me suis bien gardé de montrer ma contrariété. J’ai laissé passer un peu de temps. Puis j’ai feint d’être fatigué et suis rentré chez moi. Je savais que Camille devait passer la soirée de la veille, samedi, avec la ‘‘fille mère’’ récemment accouchée et un ancien petit ami à lui. Je savais aussi que les trois dormiraient dans le même lit, chez Camille. Je savais encore que cet ancien amoureux aurait les mains baladeuses, dans le lit de Camille, comme celui-ci s’y attendait, et qu’il lui ferait des avances. Je savais enfin que Camille refuserait ces avances : il avait tenu à me le dire, comme s’il avait le sentiment de m’appartenir un peu. Mais je ne m’attendais absolument pas à ce que l’amoureux se rabatte sur la fille, et qu’il la monte devant Camille qui n’arrivait pas à dormir. La pensée que cette fille se soit laissé baiser par ce garçon dans le lit de mon Camille, et surtout en la présence de mon Camille, me remplit d’indignation. Cette révoltante promiscuité, cette indifférence à la pudeur de Camille, a vraiment tout de la bestialité. Mais ce qui m’afflige le plus, c’est que Camille n’en soit pas plus offensé : il en a ri au contraire, et moi, je me suis senti profondément blessé par ce sourire, par tant d’indulgence, par une telle complicité. Mais je n’en ai rien fait voir. Pendant que Camille laissait souiller le lieu de son sommeil par ces deux abjectes créatures, j’étais chez Tityre, qui recevait de ses amis (il semble s’être mis en tête de me présenter à tout ce qu’il connaît !). Il a fini par convaincre Damis, qui ne savait pas que j’étais chez lui, de nous y rejoindre. Celui-ci a semblé fort contrarié de me trouver là. Il faut dire qu’il m’en veut un peu d’avoir répondu à la question qu’il me posait l’autre jour, dans un SMS, que nous coucherions de nouveau ensemble quand il aurait enfin terminé son régime ! J’étais ivre, comme toujours, quand je suis chez Tityre. A un moment, Damis a fait exprès de me bousculer, et je suis tombé par terre de tout mon poids quasi mort, en me cognant d’abord le bras, que j’aurais pu me casser, contre un fauteuil. Je n’ai rien senti, grâce à l’alcool, du moins jusqu’au lendemain. Cet après-midi, j’ai croisé Féliciane, qui m’a regardé très froidement, sans me saluer. Quelqu’un a dû dire à l’abominable Trimalcion, dont elle est l’amie, tout le bien que je pensais de lui, ce ‘‘petit protégé’’ de Tityre, comme dit ce dernier, pour m’énerver. Qui donc a pu parler ? Est-ce Camille, ce grand muet, qui parle trop, et toujours pour ne rien dire ? Est-ce Corydon, qui ne m’aime plus et qui m’en veut ?
02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Féliciane, Journal, Pélagie, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21/11/2008
Jeudi 20 novembre 2008
J’ai parfois l’impression que la providence ou le hasard lisent ce journal ou l’écrivent à ma place. Il a suffi que je parle lundi de la disparition de Camille pour que celui-ci, dès le lendemain, réapparaisse dans ma vie. Il m’a d’abord envoyé un simple SMS, dans lequel il me demandait de mes nouvelles, mais comme si rien ne s’était passé, comme si je ne lui en avais pas écrit des dizaines, dans lesquels je lui disais tous les états par lesquels je passais : « Salut, a-t-il écrit. Ça va ? Moi, oui. Je bosse, alors je n’ai pas le temps de passer. Toi, quoi de neuf ? ». A suivi un échange de quelques messages, dans lesquels nous nous sommes donné de nos nouvelles. Le lendemain, c’est-à-dire avant-hier, il m’a téléphoné tandis que je me trouvais dans la boutique de Fred, l’ancien amoureux de ma sœur. Il était devant chez moi, étonné de ne pas m’y trouver. Je l’ai invité à venir me rejoindre. Il est arrivé les cheveux tout courts, avec un nouveau-né pendant à son cou. C’était le fils de l’amie qui l’accompagnait, et qui ne s’est rendu compte qu’elle était grosse qu’au huitième mois ! C’est dire le genre de filles que fréquente mon Camille… Il nous avait raconté, à Corydon et moi, lorsque nous l’avions croisé au supermarché, qu’il avait assisté à l’accouchement. A présent, il joue au papa et à la maman ! La mère, dont je n’aime pas du tout le genre ‘‘fille mère’’, voudrait faire reconnaître l’enfant à Camille, qui n’est pourtant pas le père… Il s’est assis sur les marches du perron de l’immeuble jouxtant la boutique de Fred et s’est allumé une cigarette dont il a recraché la fumée, pensant sans doute bien faire, par le nez et directement dans celui du nourrisson. J’ai déjà dit qu’il était un peu bête. Sans doute imaginait-il qu’ayant le nez au-dessus de la bouche (comme tout le monde), il faisait moins de mal à l’enfant en expirant la fumée par les narines, puisque celles-ci se trouvaient plus éloignées de l’innocente petite tête que ses lèvres si désirables. « Attention à ce que tu fais, Camille, tu souffles ta fumée dans le visage du bébé ! – Oh ! Il a l’habitude, tu sais. Sa mère a fumé pendant toute sa grossesse ! » Pauvre enfant. En voilà un qu’il aurait mieux valu tuer dans l’œuf ! Mais c’était impossible, puisque la mère n’a su qu’au terme de sa grossesse qu’elle était enceinte. C’est elle qu’il n’aurait jamais fallu mettre au monde ! Il y a des familles auxquelles on devrait mettre un terme. J’ai regardé la façon dont la mère s’occupait du fils (c’est un garçon) : on sait déjà qu’il ne donnera rien de bon ! Lorsqu’il pleure, elle lui crie dessus, comme on pourrait faire après un chien qui aboierait et qu’on voudrait faire taire. Elle a une façon très brutale de le prendre dans les bras. Même Camille le lui dit : « Attention à sa tête ! ». Il paraît qu’il y a un syndrome dit des ‘‘bébés secoués’’. Des mères à bout de nerfs secouent violemment leurs enfants qui, incapables encore de soutenir leur tête, peuvent avoir le cerveau gravement endommagé. L’enfant de l’amie de Camille n’était certes pas un ‘‘bébé secoué’’ (du moins pas à ma connaissance), mais je me suis dit que, vu la façon dont sa tête était ballotée au moment où sa mère le prenait dans ses bras, il devait avoir tant de neurones détruits que, plus tard, il serait probablement aussi limité qu’elle. Ce mépris des nouveau-nés pourrait expliquer pourquoi les membres de certaines familles semblent être si constitutivement frustes et bêtes de pères en fils et de mères en filles. On nous dit toujours que c’est à cause du milieu social, de la mauvaise éducation. Peut-être bien. Mais qui n’a jamais aperçu de ces familles où c’est bien le cerveau qui semble ne pas être normal ? Imaginons que l’enfant d’une de ces familles soit confié à des gens comme il faut quand il aurait déjà deux ans. Est-ce qu’il ne deviendrait pas malgré tout prodigieusement bête, à cause du mauvais traitement de son cerveau, lors des tout premiers mois de sa vie ? Peut-être que Camille a été un ‘‘bébé secoué’’, lui aussi ! Cela expliquerait bien des choses. Mais non ! Il n’est tout de même pas aussi bête. Je dirais plutôt qu’il est immature, affectivement immature. Il ne souffre pas tant d’un déficit de neurones que de sentiments. Du moins, il ne sait pas les montrer. Je le lui ai d’ailleurs écrit, dans l’un des SMS envoyés hier soir, après le départ de Tityre, que j’avais à dîner (il me faut bien un quart d’heure pour taper ces longs SMS sur le clavier de mon téléphone, en abrégeant au maximum, pour que l’envoie puisse être fait en une fois) : « Tu étais vraiment très mignon, tout à l’heure, avec tes cheveux tout courts. Ça m’a fait plaisir de te voir, même si je ne sais pas si toi tu étais content. Finalement, tu es quelqu’un dont il est impossible de connaître les sentiments. Je ne sais même pas si tu en as, des sentiments. Hier, avec Tityre, on a parlé de toi. Il m’a rappelé que tu avais dit chez lui, un soir, que j’avais toujours envie de coucher avec toi quand toi tu n’avais pas envie, mais que, quand toi tu en avais envie, c’était moi qui ne voulais pas… (Je ne me rappelais pas que tu avais dit ça, j’étais sûrement bourré). Peut-être que c’est Tityre qui a mal compris ce que tu disais, mais si c’était bien ça, moi, je ne me suis jamais rendu compte de rien. Je n’ai jamais vu que tu n’avais pas envie. Je n’ai pas vu non plus les fois où tu avais envie. Et j’aurais pourtant vraiment voulu te donner du plaisir au moment où tu le voulais. J’ai décidément tout raté avec toi. Mais tu ne me facilitais pas la tâche. Tu ne communiquais vraiment pas beaucoup. Même encore maintenant. Tu étais si distant, tout à l’heure. J’aurais voulu te toucher, mais je n’ai pas osé. Tu sais, si je te caressais si souvent, c’est parce que je t’aime, c’est tout. » Résultat, il a sonné à ma porte cet après-midi, tout sourire, pour me montrer sa bonne humeur, sa joie et, finalement, son drôle d’attachement à moi. Je doutais qu’il eût des sentiments : il venait me les montrer ! Il pensait, en effet, avoir enfin les clefs de son appartement, ce soir ou demain. D’où sa bonne humeur. J’ai pu le serrer dans mes bras. Nous ne sommes pas restés longtemps ensemble, parce que j’avais plusieurs rendez-vous importants.
01:31 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Fred, Journal, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18/11/2008
Lundi 17 novembre 2008
Il faut d’abord que je dise que j’ai les nerfs à vif depuis la disparition de Camille. (Car il s’agit bien plus d’une disparition que d’un départ (aphanisme est d’ailleurs le sous-titre de ce Jardin d’Adonis). Camille était en effet encore là le matin du premier dimanche de novembre, jour des morts ; l’après-midi, il avait disparu. Il m’est bien réapparu deux fois, d’abord au supermarché, puis chez moi, quand il est venu chercher une lettre qui lui était destinée, mais depuis, je n’ai plus eu aucun signe de vie de lui. Il n’a pas répondu une seule fois aux SMS que je lui ai envoyés. C’est comme s’il était mort. Mais c’est probablement moi qui suis mort pour lui.) J’étais donc au volant de ma voiture, vendredi après-midi, vers deux heures moins le quart, en ville, place Francis-Planté, quand, boulevard Jean-Lacoste, un malotru, jugeant peut-être que n’allais pas assez vite, s’est mis à me klaxonner. J’ai eu alors la faiblesse de lui faire un doigt d’honneur, qu’il a bien sûr très mal pris. Mon chauffard se met alors à me doubler par la droite et, boulevard d’Haussez, au feu du carrefour de l’église Saint-Jean d’août, qui était rouge, voilà qu’il descend de sa voiture et se précipite sur la mienne, dont il veut ouvrir la portière, qui était fort heureusement fermée à clé, comme souvent. Ne parvenant pas à l’ouvrir, il se met alors à donner des coups dans la vitre avec son poing. Puis, comme le feu était passé au vert et qu’il bloquait la circulation, il a fini par remonter dans sa voiture sous les coups de klaxon des autres automobilistes. Hélas, il allait dans la même direction que moi. Dans l’avenue Henri-Farbos, il a roulé très lentement juste devant ma voiture, en me lançant des regards assassins dans son rétroviseur et en faisant des gestes obscènes et menaçants, auxquels je dois reconnaître que je répondais avec plus d’obscénité encore, et dans une hilarité qui le mettait littéralement hors de lui. J’ai fini par me dire qu’il serait plus prudent de faire un petit détour, plutôt que de me rendre directement à l’endroit où j’allais, que je ne voulais pas lui montrer, et j’ai donc pris à droite, dans le chemin du Baradé, pour rejoindre l’avenue du colonel Rozanoff et, de là, revenir au boulevard d’Haussez. Le chauffard a quant à lui continué tout droit, avenue Henri-Farbos. Mais s’étant aperçu de mon changement de direction, pour me suivre, il a sans doute tourné à droite dans la rue suivante, car je me suis aperçu, parvenu au boulevard d’Haussez, qu’il était de nouveau derrière moi. Arrivant encore une fois au carrefour de l’église Saint-Jean d’août, je suis resté sur la voie du milieu, dans l’intention d’aller directement place Pancaut, où se trouve le commissariat de police, dont la proximité, pensais-je, calmerait un peu mon chauffard, s’il continuait de me suivre. Mais il est resté sur la file de droite et, comme le feu était encore rouge, il s’est arrêté à côté de ma voiture, a baissé sa vitre, craché sur la mienne, puis s’est agrippé à mon rétroviseur et l’a arraché ! Quand le feu est passé au vert, il a disparu dans l’avenue Henri-Farbos, qu’il a empruntée à toute vitesse, cette fois. Fort heureusement, j’avais eu bien assez de temps pour relever son numéro d’immatriculation. Je suis donc allé faire faire un devis dans un garage automobile, pour savoir combien coûterait un nouveau rétroviseur, puis je me suis rendu au commissariat pour porter plainte. J’ai fait ce récit au policier qui m’a reçu et qui, m’ayant attentivement écouté mais préjugeant de ses capacités intellectuelles, n’a pas trouvé nécessaire de me le faire répéter ensuite, au fur et à mesure qu’il écrivait le procès verbal, que je recopie ici, mais dont le contenu est faux en grande partie. La réalité, pourtant simple, a été récrite et simplifiée par ce policier que le vin rouge, dont son haleine empestait, abrutissait probablement. « Je me présente pour déposer plainte contre le conducteur du véhicule immatriculé 0000 XX 00 pour dégradation volontaire de véhicule. Dans un premier temps, ce conducteur me suivait après la place F. Planté à Mont-de-Marsan. Je ne devais pas rouler assez vite à son goût, il m’a klaxonné. Je reconnais lui avoir fait un doigt d’honneur. Ensuite il m’a doublé et puis s’est mis à circuler lentement tout en continuant à klaxonner. A l’angle de l’avenue H. Farbos, il a pris à droite et moi aussi. J’ai ensuite emprunté le chemin du Baradé et je suis revenu au carrefour de l’église Saint-Jean d’août. Là, je me suis positionné sur la voie centrale et j’ai eu la surprise de le voir arriver sur la voie de droite. Le conducteur est descendu de son véhicule. Il a craché sur ma vitre passager puis s’est accroché à mon rétroviseur extérieur droit et l’a cassé. Je suis allé voir un garagiste pour me faire délivrer un devis dont le montant s’élève à cent-un euros et zéro six centimes (101,06 euros) dont je vous remets copie. Je ne peux vous fournir d’autre renseignement sur le véhicule. Je reconnais être avisé de mon droit à obtenir réparation et à être aidé par un service ou une association d’aide aux victimes. Je n’ai plus rien à déclarer. » En réalité, c’est de l’intérieur de sa voiture, en se penchant par sa fenêtre, que l’homme s’est agrippé à mon rétroviseur pour le casser ! Il était descendu au tout début de ma mésaventure, quand il avait essayé d’ouvrir ma portière, ce dont il n’est pas question dans le procès verbal. Don Esteban m’a dit qu’il lui était arrivé, à lui aussi, que je prenais pour quelqu’un de bien élevé, de faire un bras d’honneur en direction d’un bateau qui l’avait dépassé trop rapidement, lorsqu’il naviguait aux Etats-Unis, dans (sur ?, comment faut-il dire ?) l’intracoastal waterway. (Il paraît qu’il ne faut pas dépasser trop rapidement les autres embarcations, à cause des remous occasionnés…) L’homme à qui ce geste était adressé l’avait également fort mal pris, puisqu’il avait répondu en tirant avec son fusil en direction d’Esteban ! Heureusement, c’était un mauvais tireur. Pauvre don Esteban ! Il n’a plus les moyens de faire nettoyer sa Rolex, qui doit l’être tous les cinq ou six ans, m’a-t-il expliqué, et qu’il faut donc pour cela faire entièrement démonter, ce qui, en Polynésie, coûte à peu près 2000 EUR, qu’il n’a pas, puisqu’il n’a plus rien, pas même les moyens, pour venir me voir, de s’échapper de ses maudites îles Marquises où, me dit-il, au train où vont les choses, il sera probablement enterré ; à condition, lui ai-je fait remarquer, que ces fous de Polynésiens ne déclarent pas leur indépendance : ils seraient bien capable de balancer son corps à la mer, ce qui, me confie-t-il, ne déplairait pas au marin qu’il a toujours été, même maintenant qu’il n’a plus qu’un kayak à commander ! Lui qui avait la passion des montres, et qui les collectionnait, il a dû s’en acheter une en plastique, le pauvre !
02:19 Publié dans 2008, Camille, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12/11/2008
Mardi 11 novembre 2008
Je crois bien que je me suis définitivement brouillé avec ce gros con de Corydon, Corrida, comme l’appellent Tityre et les gens que j’ai croisés chez lui ! (J’ai transposé du mieux que je pouvais le sobriquet qu’ils ont formé à partir du véritable nom de Corydon ; le mot obtenu est encore meilleur, à mon goût, que l’original !) Toute notre brouille s’est faite lors d’un échange de SMS. Corydon, qui est toujours à la recherche de trois sous, pour pouvoir remettre de l’essence dans le réservoir de sa voiture et se transporter ainsi à l’autre bout du département pour y baiser des types encore plus gros et laids que lui, voulait savoir si j’allais lui acheter, comme je le lui avais laissé espérer, cet objet dont il veut se séparer et qu’il vend pour 20 EUR. Je lui ai répondu que je ne pouvais vraiment pas me défaire d’une telle somme en ce moment. « Ah ! Mais je comptais sur toi, moi ! – Je te signale que tu gagnais déjà plus d’argent que moi lorsque tu touchais le RMI, alors maintenant que tu as ton allocation pour handicapés ! (Plus de 600 EUR, tout de même…) – Ah d’accord, bonjour l’esprit… Tu sais bien que je ne peux pas faire ce que je veux de mon argent ! (Je ne me rappelle plus si j’ai déjà dit dans ce journal que Corydon était un tel incapable qu’il s’était fait volontairement mettre sous tutelle, pour ne plus dépenser son argent aussi inconsidérément qu’il faisait autrefois.) – Ah ! Parce que tu crois que je dépense mon argent comme je veux, moi, avec toutes les charges que j’ai à payer ? Redescends sur terre ! – Blablabla, espèce de sale merde, blablabla, oublie-moi, blablabla. » Je me suis tout de même demandé, en lisant son dernier SMS, si les antidépresseurs de Corydon étaient bien efficaces. Je ne devais pas avoir beaucoup d’amitié pour lui, parce que sa désaffection m’est complètement indifférente. Il faut dire qu’elle tombe mal : que peut me faire le désamour de ce gros balourd après celui de mon petit Camille ? Et puis, en me montrant avec lui si détestablement moi, j’ai réellement blessé Camille, ce jeune être qui le méritait si peu, chose que je n’arriverai jamais à me pardonner ! Tandis que je n’ai fait que froisser la susceptibilité de Corydon, de qui je n’ai pas le plus petit désir de me faire pardonner ! Camille était venu trouver refuge auprès de moi, mais, le plus souvent sans m’en rendre compte, je me suis si mal comporté avec lui qu’il n’a pas pu faire autrement que de me fuir moi aussi ! Je m’en veux à un point qu’il n’est pas possible de dire. J’ai perdu un petit amoureux, mais j’ai sans doute aussi perdu l’ami qu’il aurait pu devenir. Je m’en rends compte à présent que je nourris l’espoir d’une nouvelle amourette. Malgré cet espoir inespéré, je regrette encore Camille, sa bonne humeur, sa maladie, ses maladresses, tous ces petits défauts qui lui donnaient tant de charme. Et j’aurais aimé pouvoir parler avec lui de ce nouveau garçon qui me plaît et à qui je ne déplais pas. Bien sûr, je n’ai pas très bonne conscience de vouloir si vite remplacer Camille. Mais on ne remplace pas plus un Camille qu’une Coccymèle. Simplement, la venue de la chienne Pélagie avait considérablement adouci, en m’en détournant, le deuil où j’étais de la chienne qui l’avait précédée. C’était trop dur de rester sur l’échec total de ma courte histoire avec Camille, dont je suis presque certainement le seul responsable, pensée qui m’est intolérable. C’est pourquoi je projette une nouvelle amourette avec cet autre garçon de vingt ans, qui est peut-être encore plus beau que Camille, qui ressemble d’ailleurs un peu au bel Alexis et qui porte le même nom que Damis. Si j’avais à reparler de lui dans ce journal, ce que j’espère, je pourrais l’appeler Daphnis.
02:37 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Coccymèle, Corydon, Damis, Journal, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10/11/2008
Dimanche 9 novembre 2008
Il y a déjà une semaine que Camille est parti. Evidemment, la lame de fond qui m’a tout emporté n’a pas même eu l’effet d’une vaguelette sur mon entourage. L’on est seul parce qu’on a été abandonné par l’être aimé, mais aussi parce qu’il n’y a personne pour voir, pour ressentir ce que cet abandon a de catastrophique. Son monde vient de s’effondrer et le monde reste inchangé. La compassion des rares personnes à s’apercevoir du changement a quelque chose d’intolérable, parce qu’elle est sans commune mesure avec le cataclysme, avec la douleur éprouvée. Même Camille n’a pas conscience de la peine qu’il m’a causée ! Je me souviens du raz de marée de 2004. Au fond, je me contrefichais de ces dizaines de milliers de morts. J’étais seulement heureux, en regardant les cadavres sur l’écran de télévision de ma mère, de pouvoir jouer la comédie de la compassion, quelques jours à peine après Noël. Et puis j’avais trouvé le sujet d’un nouveau sonnet. Je me suis réveillé ce matin infiniment plus fatigué qu’hier en me couchant. J’ai d’abord cru que c’était parce que l’accablement de la semaine écoulée se faisait ressentir à mon corps. Puis j’ai compris que c’était à cause des fumées respirées hier soir chez un type qui m’avait invité à l’enculer et qui n’arrêtait pas de rouler des pétards. Même moi, je ne suis plus tout à ma peine. Je la fuis en allant baiser sans plaisir des fumeurs de shit qu’il est impossible de faire jouir. Sans doute Camille n’était-il qu’une amourette, mais les amourettes sont tout l’amour dont les êtres aussi mauvais que moi sont capables. Je ne me pardonne pas d’avoir été le seul responsable de mon malheur. Je m’en veux énormément de n’avoir su être avec Camille que cet abject moi que même moi j’ai peine à supporter. Camille était l’amourette de ma vie, de ma vie d’alors.
01:27 Publié dans 2008, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07/11/2008
Jeudi 6 novembre 2008
Finalement, Camille est passé hier à la maison, pour prendre la lettre que je lui avais dit par SMS qui lui était destinée. Pendant les cinq minutes qu’il est resté chez moi, pas une seule fois il ne m’a regardé. Il a remarqué le nouveau ruban de Pélagie ; sans voir que j’étais allé chez le coiffeur. Il m’a laissé le prendre dans mes bras et j’ai eu le temps de lui dire que je l’aimais beaucoup, que j’étais très affecté par son départ. Il a dit que ce n’était pas parce qu’il était parti que nous ne nous verrions plus. Il a proposé de nous revoir aujourd’hui pour promener nos chiennes ensemble. Evidemment, il ne s’est pas montré, comme il n’était pas venu la veille boire du café chez moi, alors qu’il avait accepté mon invitation. Pourquoi donc s’entête-t-il à me donner ces faux espoirs, pourquoi refuse-t-il de me regarder, si ce n’est pour me faire souffrir ? Mais s’il tient tant à me faire souffrir, n’est-ce pas que ses sentiments pour moi sont aussi violents que ceux que j’ai pour lui ? Je m’en souviens à présent : moi non plus, lorsque j’étais furieux contre lui, je ne le regardais pas. Je ne l’avais pas regardé de tout le jour de notre dernière dispute, du moins jusqu’à ce que je regrette aussitôt mes tout derniers odieux propos, qu’il avait pourtant bien entendus, et qui l’ont sans doute incité à partir. Je l’avais alors pris dans mes bras et supplié du regard, de la voix, de toute ma personne, de ne pas les entendre. En vain, même s’il fut d’abord assez comédien pour me faire croire le contraire. Je suis allé chez Tityre hier soir comme aujourd’hui, où j’ai bu de la poire, pour mieux me souvenir des deux soirées que j’avais passées chez lui avec Camille, où nous avions également bu de la poire, du whisky et de la poire. « Tu n’es finalement pas venu promener ta chienne avec moi, comme tu n’es pas venu boire de café l’autre jour. Je suis allé chez Tityre hier. J’ai encore bu de la poire pour mieux me souvenir des fois où nous y étions allés ensemble et où nous avions bu de la poire également. Tityre m’a dit que j’avais été odieux avec toi, que j’avais donné l’impression de vouloir que tu partes. En réalité, je disais tout le contraire de ce que je pensais, je voulais juste te faire de la peine, parce que je ne suis qu’un con. Tu ne peux pas savoir comme je regrette. Je n’ai plus envie de rien. La maison est vide sans toi. C’est impossible de l’habiter sans toi. Camille, tu me manques. Je ne peux plus te prendre dans mes bras. Je pleure beaucoup. Pourquoi es-tu parti ? Est-ce parce que j’ai été trop méchant ou parce que j’ai écrit dans la lettre que tu as emportée le jour de ton départ que je t’aimais et que ça t’a fait peur ? Dis-moi pourquoi, s’il te plaît. J’ai besoin de savoir… » Pas de réponse.
02:42 Publié dans 2008, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
05/11/2008
Mercredi 5 novembre 2008
Au courrier d’aujourd’hui, j’ai trouvé une lettre du tribunal de grande instance adressée à Camille que j’ai ouverte par mégarde, ayant lu mon nom sur l’enveloppe, puisqu’il est apparemment censé vivre encore chez moi. L’aide juridictionnelle lui est accordée. Je lui ai écrit un SMS, pour lui dire que cette lettre était arrivée, mais évidemment, il ne m’a pas répondu. J’irai donc sans doute la porter chez son avocat, qui se chargera de la lui transmettre. J’ai également retrouvé trois des cheveux de Camille, légèrement moins roux que ce poil pubien qui restait encore dans la salle de bain, parce qu’il les avait un peu éclaircis récemment, lors d’une séance ‘‘entre copines’’, chez ses amies vulgipecques de la place Saint-Roch. Accompagné de Corydon, j’avais fait exprès de ne faire les courses qu’hier dans ce supermarché où les produits sont moins chers, pour ne pas risquer de rencontrer Camille, qui devait les faire lundi. Evidemment, il a fallu que nous tombions sur lui, qui avait sans doute fait le même mauvais calcul que moi. Je l’ai invité à venir boire du thé ou du café chez moi, le soir. « Tu verras, je serai tout beau, j’ai rendez-vous chez le coiffeur, à six heures et demie. » Il a répondu très froidement qu’il passerait vers neuf heures. Il n’est pas venu. Cette rencontre au supermarché fut pour moi une nouvelle gifle. C’est à peine si Camille m’a regardé. Il s’adressait presque uniquement à Corydon, comme si je n’avais pas été là. Mon coiffeur m’a dit qu’il me trouvait une mauvaise mine. C’est parce que je suis enrhumé et que je pleure beaucoup. Si je ne pleure pas, c’est que je suis au bord des larmes, tout à l’effort absurde de les retenir. J’ai la gorge nouée et cette espèce de poids dans le ventre. Je suis devenu laid. Personne n’est étonné du départ de Camille. Ce qui étonne Corydon, c’est qu’il soit resté si longtemps avec moi. Mon coiffeur m’a dit que si Camille avait été chassé par son père, je n’avais pas été très avisé d’avoir avec lui la dureté d’un second père. Damis m’a demandé de lui donner le numéro de téléphone de Camille, pour l’appeler et essayer d’arranger les choses entre nous. Comme je lui répondais qu’il voulait surtout son numéro pour tenter de le séduire, Damis m’a dit que c’était sans doute aussi à cause de telles réactions de ma part qu’il avait préféré s’éloigner de moi. Les bécasses de Saint-Roch m’ont rapporté que Camille n’arrivait pas à se sentir chez moi comme chez lui, qu’il avait le sentiment de me déranger, de constamment mal faire les choses. Pire : elles trouvaient que cet être si foncièrement gai, toujours de si bonne humeur, avait un peu perdu de sa joie de vivre depuis qu’il s’était installé chez moi. Il s’était refermé sur lui-même et se confiait moins à elles. Apprendre tout cela m’est insupportable. M’a douleur ne cesse de croître. Je me découvre plus monstrueux encore que j’imaginais, plus sourd et plus aveugle que je croyais. Je n’avais absolument pas vu le mal-être de Camille, obnubilé que j’étais par le mien. Se peut-il que j’aie été si méchant avec un être aussi profondément gentil ? Comment ce garçon si jeune et si simple aurait-il pu me tenir tête ? Que pouvait-il faire d’autre que fuir ? Mais c’est un sentiment atroce que de se découvrir uniquement capable d’inspirer même à ceux qu’on voudrait garder près de soi ce dernier recours : prendre la fuite ! Savoir que Camille ne se sentait pas chez moi comme chez lui m’a brisé le cœur. Moi qui considérais comme la sienne autant que la mienne cette maison qu’il a habitée avec moi dès le premier jour et qu’il a contribué à aménager peut-être même plus que moi ! Lui se sentait de trop ! Je lui écris tout cela dans mes SMS, mais il n’y répond pas. Je ne sais même pas s’il les lit. Je suis désespéré de ne pouvoir m’expliquer, m’excuser de vive voix, désespéré de ne pas avoir une chance de me racheter. Je suis pourtant sûr de pouvoir être meilleur, plus doux, plus vivable. Mon seul crime est d’avoir trop parlé, trop dit mes sentiments, qui étaient parfois violents. Mais je le faisais précisément dans le but de m’en purger. Je croyais arranger les choses, faciliter nos relations. Le problème est que les être simples, même lorsqu’ils parlent fort, comme bien des êtres simples, ont de petites voix. Celle de Camille était inaudible, entièrement recouverte par la mienne. Mais je suis sûr que j’aurais su me taire, si j’avais su qu’il le fallait, que j’aurais su l’écouter, et l’entendre. C’est probablement trop tard, maintenant.
17:56 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal, Mon coiffeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04/11/2008
Lundi 3 novembre 2008
C’était hier mon anniversaire. Je n’aime guère ce jour où je vieillis officiellement d’une année. Mais pour une fois, j’étais heureux. Je me faisais une joie de passer cette journée avec Camille. Je suis d’abord allé le rejoindre comme tous les jours dans son lit pour le réveiller doucement en me rendormant à moitié. Puis il a fait comme s’il avait oublié que c’était mon anniversaire. « Le 2 novembre, disait-il, c’est le jour des morts. – Oui, c’est le jour des morts, mais c’est autre chose aussi… – Ah ? Il y a eu autre chose, le 2 novembre ? Je ne suis pas très bon en histoire. » Quand enfin il m’a fait comprendre, par une amusante allusion, qu’il savait que j’avais désormais un an de plus et que je me suis plaint qu’il ait oublié de me souhaiter un bon anniversaire, il a répondu qu’il avait toute la journée pour le faire ! Nous avons fait ensemble la liste des courses qu’il devait faire aujourd’hui, grâce à l’argent auquel il a droit, puis il est parti promener Violette, en me disant qu’il reviendrait quand il aurait fini la chose qu’il avait à faire ce jour-là. « Mais qu’est-ce que tu peux bien avoir à faire un dimanche ? – Je vais aider à démonter des radiateurs chez un ami. » Il a soigneusement plié en quatre une lettre que je lui avais écrite la veille, pour m’excuser d’avoir été si dur lors d’une dispute que nous avions eue, puis il est sorti sous la pluie. Trouvant un peu étrange qu’il ait pris cette lettre, je lui ai écrit un SMS, dans lequel je lui demandais de ne pas la faire lire à tout le monde. Quand il est revenu, quelques heures plus tard, il était accompagné de ces deux amies si vulgaires et braves filles, la mère et la fille, qui m’on fait comprendre, sans le faire exprès, que Camille, qui était en train de rassembler ses affaires, partait s’installer chez une amie d’enfance qu’il venait de retrouver et qui voulait bien le loger jusqu’à ce qu’il s’installe dans l’appartement qui lui est réservé. Je n’ai pas eu d’autres explications, en partie parce que je répugnais à en demander devant ces femmes. J’ai juste dit que c’était cruel de partir si soudainement, et le jour de mon anniversaire. « Ah ? C’est son anniversaire ? Ce n’est pas bien ça, Camille, de partir le jour de son anniversaire ! » J’étais effondré. Le soir, ma mère, chez qui nous devions dîner, m’a rapporté que Camille, qui était passé un peu plus tôt récupérer du linge qu’il avait laissé à laver, lui avait dit qu’il viendrait peut-être, que cela dépendrait de moi. Je lui ai donc téléphoné, pour lui dire que je l’attendais, que je voulais qu’il vienne, mais il m’a répondu qu’il ne le pouvait pas, parce qu’il avait déjà dîné. C’est alors qu’il m’a souhaité un bon anniversaire, et bon appétit, avant de raccrocher. Depuis, je n’ai plus de nouvelles, pas même une réponse aux SMS que je lui ai envoyés. Je suis complètement sonné. Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui s’est passé. Je me dis que c’est à cause de la dispute et de la lettre d’excuses, qu’il est allé montrer à je ne sais qui. Mais tout c’était si bien passé depuis cette dispute, les excuses semblaient avoir été si pleinement acceptées ! Pourquoi donc ces caresses dans le lit, hier matin, et pourquoi faire ensemble la liste de nos courses, si Camille avait décidé de partir ? Je m’en veux énormément. Certains mots que j’ai eus, lors de notre dispute, me font penser que c’est quasiment moi qui l’ai jeté dehors. Parce qu’il était rentré bien après l’heure qu’il m’avait annoncée, samedi, au petit matin, je lui avais dit que la jalousie qu’il me causait et les états dans lesquels il me mettait étaient tellement douloureux que je n’étais pas sûr qu’il pourrait rester chez moi jusqu’à ce qu’il ait enfin les clefs de son appartement. « Puisque tu as tellement d’amis avec qui tu préfères passer tant de temps plutôt qu’avec moi, pourquoi donc ne vas-tu pas t’installer chez eux ? » En m’entendant prononcer ces mots, pris de remords, je m’étais jeté sur Camille, pour le prendre dans mes bras, comme pour l’empêcher de partir, en m’excusant, en le suppliant d’oublier les paroles que je venais de lui tenir dans le seul but de le blesser. Je croyais qu’il m’avait pardonné. J’avais encore écrit cette lettre, samedi soir, que j’avais déposée sur son oreiller. Tout semblait oublié hier matin. Tout était si doux. La journée avait merveilleusement commencé. Ce fut finalement le pire anniversaire de toute ma vie.
00:13 Publié dans 2008, Camille, Journal, Ma mère, Violette | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
01/11/2008
Vendredi 31 octobre 2008
Il y a quelques jours que je suis tombé par hasard sur Tityre, que je n’avais pas revu depuis des années. Je n’avais pas encore l’âge de Camille à l’époque où nous nous fréquentions. Lors d’un petit dîner qu’il avait donné chez lui, Tityre avait essayé de me faire boire, dans le but de me mettre plus facilement dans son lit, m’avait expliqué Damète, l’un des convives, qui m’avait tiré du piège grossier tendu par notre hôte, mais pour mieux me faire tomber dans le sien. Tityre m’a invité à venir chez lui prendre l’apéritif avant-hier. J’y suis resté pour le dîner, puis nous avons téléphoné à Camille pour qu’il nous rejoigne au moment du café. Nous sommes rentrés lui et moi sur les sept heures du matin. Nous avons passé la nuit au coin du feu à boire du whisky (que Camille prétend être un des alcools qui lui sont permis, à moins que ce ne soit le seul auquel il ait droit, si tant est qu’il y ait vraiment droit, et dans de telles quantités, ce dont je doute fort). Tityre, qui a été ‘‘un peu artiste’’ en son temps, nous a montré ses perruques, ses robes et ses chapeaux. Nous avons écouté pendant des heures de ses disques vinyles. Il y a dans sa bibliothèque beaucoup de livres anciens, mais très abîmés. Je me suis redit à part moi la phrase qui sert à me faire honte quand je maltraite mes propres livres : « Si Dominique Autié avait vu ça ! » Ce n’est pas la bibliothèque d’un bibliophile : Tityre l’a simplement héritée de son grand-père : avec la maison. Il n’en a pas soigné les livres. (A propos de ce verbe soigner : Camille, qui est plein d’expressions que j’imagine être propres à la campagne dont il est, me demande toujours : « Veux-tu que je soigne aussi ta chienne ? ». C’est qu’il est alors en train de nourrir la sienne et veut savoir s’il me plairait qu’il en fasse autant pour la mienne. Soigner Violette et Pélagie, c’est remplir leurs gamelles. Je lui réponds souvent avec une autre de ses expressions : « De là étant, je ne peux pas le faire, la gamelle est vraiment trop loin », car je suis généralement assis sur le canapé, en train de le suivre des yeux.) A Tityre, qui me demandait qui je lisais, j’ai répondu en prononçant le nom de Renaud Camus. « Ah oui ! Tricks ! », a-t-il dit. Je me suis alors souvenu de ce qu’écrivait Camus sur Duras et la musique, dans Corée l’absente : « On y apprenait qu’elle écoutait et réécoutait le Requiem de Mozart, les symphonies de Beethoven et les Passions de Bach – bref qu’elle n’aimait pas la musique, ou peut-être plutôt que la musique tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu. » L’on pourrait peut-être dire aussi de tous ces homosexuels qui ont lu Tricks qu’ils n’aiment pas Renaud Camus ou du moins que Renaud Camus tient peu de place dans leurs bibliothèques ! Cela dit, je m’avance peut-être un peu et ne sais pas vraiment de quoi je parle, car bien qu’il y ait beaucoup de Camus dans ma bibliothèque, je dois confesser que je n’ai pas lu Tricks. Comme nous cherchions à savoir si nous avions d’autres connaissances communes que celles de l’époque où nous nous fréquentions encore, lui et moi, Tityre a dit de Trimalcion que c’était « son petit protégé », ce qui a fait sourire Camille, qui connaît l’aversion que j’ai pour cet individu, qu’il s’est pourtant mis à fréquenter occasionnellement. Quand je pense qu’il habite dans la rue parallèle à la mienne… Il ne faudrait pas trois minutes à Camille pour se rendre chez lui ! Je suis sûr qu’il l’a déjà fait, même s’il ne veut pas l’admettre. Mais si ! Il l’a reconnu, puisqu’il m’a dit une fois qu’il n’avait pas trouvé l’appartement de Trimalcion aussi sale que je l’avais dit ! Nous sommes retournés chez Tityre hier soir, jusqu’à très tôt ce matin, comme la veille. Il y avait un autre invité, qui avait les mains baladeuses et voulait absolument voir la rousseur entre les jambes de Camille ! On m’a dit ensuite que je n’avais pas fait beaucoup d’efforts pour cacher ma contrariété et ma mauvaise humeur.
03:33 Publié dans 2008, Camille, Damète, Dominique Autié, Journal, Pélagie, Renaud Camus, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note