25/11/2008

Lundi 24 novembre 2008

            Il y a déjà trois ou quatre jours que j’ai découvert l’appartement de Camille. Celui-ci avait posé bien en évidence, sur une étagère, le petit chien en peluche que je lui avais offert, orné du ruban de la chienne Pélagie, qui était de la même couleur que la tenue que portait Camille le soir de notre rencontre, et qu’il avait de nouveau sur lui ce jour-là (ce devait être vendredi). C’était une charmante attention, qui m’a beaucoup touché, une sorte d’invitation à renouer plus sereinement. Nous nous sommes allongés sur son lit. Il s’est mis dans la position d’un fœtus, de dos à moi, et je suis allé l’envelopper de mon corps et de mes bras, le nez dans sa nuque. Je lui ai redemandé si c’était à cause des méchantes paroles que je lui avais dites qu’il était parti, le jour de mon anniversaire. Il m’a répondu que non, mais qu’il en avait eu besoin, que moi aussi, et que cette séparation nous avait fait du bien. Tout cela était si vrai que je n’en suis toujours pas revenu de l’intelligence de Camille (que j’ai toujours pris pour une tête de linotte (ce qu’il est d’ailleurs en grande partie, malgré l’intelligence qu’il me faut bien lui reconnaître)), de sa parfaite connaissance de mon caractère, de sa profonde compréhension de ma souffrance et de mes peurs. L’appartement qu’il occupe n’est pas celui qui lui était réservé, dont il n’aurait dû avoir les clés que dans une semaine ou deux. Seulement, la veille de l’heureux jour où on lui donna les clés de celui qu’il occupe aujourd’hui, il avait décidé de partir de chez l’amie d’enfance qui l’hébergeait depuis le jour où il m’avait quitté, et dont il ne supportait plus le petit ami. Il s’était retrouvé à la rue. L’association caritative qui s’occupe de lui avait dû le loger à l’hôtel pour une nuit. Cette nuit d’hôtel a permis d’accélérer les choses. Dès le lendemain, on lui donnait les clés de son appartement, un studio en réalité, beaucoup plus petit que celui qu’il était d’abord prévu de lui faire occuper. Camille m’a fait cet aveu que c’était aussi dans le but de faire accélérer les choses qu’il était parti une première fois de chez moi ; puis une seconde fois de chez son amie d’enfance. Il donnait ainsi de nouvelles preuves de la précarité de sa situation et de l’urgence qu’il y avait de lui trouver un logement. J’ai d’abord été contrarié de n’avoir été qu’un pion parmi d’autres sur le terrain de ses basses manœuvres. Puis je me suis dit qu’en effet, ce n’était pas à cause de moi ni de ma méchanceté que Camille était parti, mais parce qu’il est, lui aussi, quelqu’un d’incroyablement capricieux, au fond, et qu’il n’est pas possible de tenir en laisse. A propos de laisse : je ne pourrai plus offrir à Camille un collier et une laisse pour la chienne Violette, comme j’avais l’intention de le faire à Noël, puisque la pauvre bête a dû être ramenée chez le père de Camille, l’appartement occupé par son jeune maître étant trop petit pour qu’un dalmatien puisse y vivre heureux. C’était pourtant le cadeau idéal : Camille l’aurait tenu tous les jours dans sa belle main pâle éclaboussée de mille tâches de rousseur. Il va falloir que je trouve une autre idée de cadeau, maintenant. Je suis retourné chez lui hier soir, comme nous en étions convenus plus tôt dans la journée, au téléphone (il n’a jamais assez de crédit téléphonique devant lui ; aussi m’envoie-t-il à chaque fois des SMS dans lesquels il me demande de le rappeler). Quand je suis arrivé sur son palier (il m’a donné le code pour entrer dans l’immeuble), j’ai trouvé porte close. Il m’avait laissé un petit mot (que je conserve précieusement, comme tous ses petits mots), dans lequel il m’expliquait qu’il avait dû conduire à l’hôpital la mère vulgipecque de la place Saint-Roch, qui souffrait d’un mal que la décence m’interdit de rapporter dans ce journal. Il voulait que j’attende son retour. Je ne l’ai pas attendu mais suis revenu chez lui, vers minuit, après qu’il m’eut de nouveau envoyé un SMS dans lequel, etc. Vers une heure et demie du matin, son téléphone à sonné : il fallait aller chercher la grande malade, qui souffrait le martyre, et la reconduire chez elle, où nous sommes restés, pour lui tenir compagnie. En écoutant la conversation qui se tenait devant moi, j’ai appris des choses qui m’ont fort contrarié. Mais la disparition de Camille le jour de mon anniversaire m’a servi de leçon et je me suis bien gardé de montrer ma contrariété. J’ai laissé passer un peu de temps. Puis j’ai feint d’être fatigué et suis rentré chez moi. Je savais que Camille devait passer la soirée de la veille, samedi, avec la ‘‘fille mère’’ récemment accouchée et un ancien petit ami à lui. Je savais aussi que les trois dormiraient dans le même lit, chez Camille. Je savais encore que cet ancien amoureux aurait les mains baladeuses, dans le lit de Camille, comme celui-ci s’y attendait, et qu’il lui ferait des avances. Je savais enfin que Camille refuserait ces avances : il avait tenu à me le dire, comme s’il avait le sentiment de m’appartenir un peu. Mais je ne m’attendais absolument pas à ce que l’amoureux se rabatte sur la fille, et qu’il la monte devant Camille qui n’arrivait pas à dormir. La pensée que cette fille se soit laissé baiser par ce garçon dans le lit de mon Camille, et surtout en la présence de mon Camille, me remplit d’indignation. Cette révoltante promiscuité, cette indifférence à la pudeur de Camille, a vraiment tout de la bestialité. Mais ce qui m’afflige le plus, c’est que Camille n’en soit pas plus offensé : il en a ri au contraire, et moi, je me suis senti profondément blessé par ce sourire, par tant d’indulgence, par une telle complicité. Mais je n’en ai rien fait voir. Pendant que Camille laissait souiller le lieu de son sommeil par ces deux abjectes créatures, j’étais chez Tityre, qui recevait de ses amis (il semble s’être mis en tête de me présenter à tout ce qu’il connaît !). Il a fini par convaincre Damis, qui ne savait pas que j’étais chez lui, de nous y rejoindre. Celui-ci a semblé fort contrarié de me trouver là. Il faut dire qu’il m’en veut un peu d’avoir répondu à la question qu’il me posait l’autre jour, dans un SMS, que nous coucherions de nouveau ensemble quand il aurait enfin terminé son régime ! J’étais ivre, comme toujours, quand je suis chez Tityre. A un moment, Damis a fait exprès de me bousculer, et je suis tombé par terre de tout mon poids quasi mort, en me cognant d’abord le bras, que j’aurais pu me casser, contre un fauteuil. Je n’ai rien senti, grâce à l’alcool, du moins jusqu’au lendemain. Cet après-midi, j’ai croisé Féliciane, qui m’a regardé très froidement, sans me saluer. Quelqu’un a dû dire à l’abominable Trimalcion, dont elle est l’amie, tout le bien que je pensais de lui, ce ‘‘petit protégé’’ de Tityre, comme dit ce dernier, pour m’énerver. Qui donc a pu parler ? Est-ce Camille, ce grand muet, qui parle trop, et toujours pour ne rien dire ? Est-ce Corydon, qui ne m’aime plus et qui m’en veut ?

Commentaires

Moi j'adore les émissions comme "la vie des bêtes", "nos amies les bêtes" etc. Donc je ne suis pas effarouché par la bestialité qui s'épanouit à Mont-de-Marsan, d'ailleurs entourés que vous êtes par une forêt profonde, il est un peu normal que vous retourniez aux moeurs archaïques de nos ancêtres les chasseurs-cueilleurs enveloppés dans des peaux de bêtes et tapis en groupe au fond de grottes pour passer la nuit ...

Ecrit par : iPidiblue primitif du XXIème siècle | 25/11/2008

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