05/11/2008
Mercredi 5 novembre 2008
Au courrier d’aujourd’hui, j’ai trouvé une lettre du tribunal de grande instance adressée à Camille que j’ai ouverte par mégarde, ayant lu mon nom sur l’enveloppe, puisqu’il est apparemment censé vivre encore chez moi. L’aide juridictionnelle lui est accordée. Je lui ai écrit un SMS, pour lui dire que cette lettre était arrivée, mais évidemment, il ne m’a pas répondu. J’irai donc sans doute la porter chez son avocat, qui se chargera de la lui transmettre. J’ai également retrouvé trois des cheveux de Camille, légèrement moins roux que ce poil pubien qui restait encore dans la salle de bain, parce qu’il les avait un peu éclaircis récemment, lors d’une séance ‘‘entre copines’’, chez ses amies vulgipecques de la place Saint-Roch. Accompagné de Corydon, j’avais fait exprès de ne faire les courses qu’hier dans ce supermarché où les produits sont moins chers, pour ne pas risquer de rencontrer Camille, qui devait les faire lundi. Evidemment, il a fallu que nous tombions sur lui, qui avait sans doute fait le même mauvais calcul que moi. Je l’ai invité à venir boire du thé ou du café chez moi, le soir. « Tu verras, je serai tout beau, j’ai rendez-vous chez le coiffeur, à six heures et demie. » Il a répondu très froidement qu’il passerait vers neuf heures. Il n’est pas venu. Cette rencontre au supermarché fut pour moi une nouvelle gifle. C’est à peine si Camille m’a regardé. Il s’adressait presque uniquement à Corydon, comme si je n’avais pas été là. Mon coiffeur m’a dit qu’il me trouvait une mauvaise mine. C’est parce que je suis enrhumé et que je pleure beaucoup. Si je ne pleure pas, c’est que je suis au bord des larmes, tout à l’effort absurde de les retenir. J’ai la gorge nouée et cette espèce de poids dans le ventre. Je suis devenu laid. Personne n’est étonné du départ de Camille. Ce qui étonne Corydon, c’est qu’il soit resté si longtemps avec moi. Mon coiffeur m’a dit que si Camille avait été chassé par son père, je n’avais pas été très avisé d’avoir avec lui la dureté d’un second père. Damis m’a demandé de lui donner le numéro de téléphone de Camille, pour l’appeler et essayer d’arranger les choses entre nous. Comme je lui répondais qu’il voulait surtout son numéro pour tenter de le séduire, Damis m’a dit que c’était sans doute aussi à cause de telles réactions de ma part qu’il avait préféré s’éloigner de moi. Les bécasses de Saint-Roch m’ont rapporté que Camille n’arrivait pas à se sentir chez moi comme chez lui, qu’il avait le sentiment de me déranger, de constamment mal faire les choses. Pire : elles trouvaient que cet être si foncièrement gai, toujours de si bonne humeur, avait un peu perdu de sa joie de vivre depuis qu’il s’était installé chez moi. Il s’était refermé sur lui-même et se confiait moins à elles. Apprendre tout cela m’est insupportable. M’a douleur ne cesse de croître. Je me découvre plus monstrueux encore que j’imaginais, plus sourd et plus aveugle que je croyais. Je n’avais absolument pas vu le mal-être de Camille, obnubilé que j’étais par le mien. Se peut-il que j’aie été si méchant avec un être aussi profondément gentil ? Comment ce garçon si jeune et si simple aurait-il pu me tenir tête ? Que pouvait-il faire d’autre que fuir ? Mais c’est un sentiment atroce que de se découvrir uniquement capable d’inspirer même à ceux qu’on voudrait garder près de soi ce dernier recours : prendre la fuite ! Savoir que Camille ne se sentait pas chez moi comme chez lui m’a brisé le cœur. Moi qui considérais comme la sienne autant que la mienne cette maison qu’il a habitée avec moi dès le premier jour et qu’il a contribué à aménager peut-être même plus que moi ! Lui se sentait de trop ! Je lui écris tout cela dans mes SMS, mais il n’y répond pas. Je ne sais même pas s’il les lit. Je suis désespéré de ne pouvoir m’expliquer, m’excuser de vive voix, désespéré de ne pas avoir une chance de me racheter. Je suis pourtant sûr de pouvoir être meilleur, plus doux, plus vivable. Mon seul crime est d’avoir trop parlé, trop dit mes sentiments, qui étaient parfois violents. Mais je le faisais précisément dans le but de m’en purger. Je croyais arranger les choses, faciliter nos relations. Le problème est que les être simples, même lorsqu’ils parlent fort, comme bien des êtres simples, ont de petites voix. Celle de Camille était inaudible, entièrement recouverte par la mienne. Mais je suis sûr que j’aurais su me taire, si j’avais su qu’il le fallait, que j’aurais su l’écouter, et l’entendre. C’est probablement trop tard, maintenant.
17:56 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal, Mon coiffeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Ce billet teinté de tristesse et de culpabilité à la fois est douloureux à lire. J'espère de tout coeur qu'il y ait encore un peu d'espoir pour que Camille revienne vers vous. Je vous embrasse bien affectueusement.
Ecrit par : Racam | 05/11/2008
Je peux t'accorder une aide amicale à défaut d'une aide juridictionnelle dans ce douloureux divorce d'avec Camille, si tu veux !
Ecrit par : iPidiblue au fil des audiences | 06/11/2008
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